- …Et puis j'ai aussi mis un œil au beurre noir à Zita Andrews, pérore Aphrodite. Elle avait dit que si tu pouvais toujours rester à Sainte Mangouste le monde s'en porterait mieux. Alors je me suis jetée sur elle et…

- En plein dans la Grande Salle, continue Jason à côté de moi. Si je ne l'avais pas retenue, elle l'aurait transformée en pâté.

Mon frère a passé un bras protecteur autour de mes épaules. Des triplés, il s'est montré le moins expressif, mais l'éclat qui brillait dans ses yeux a parlé pour lui. Je lui ai manqué, et les mots n'auraient pas suffi à décrire ce qu'il ressentait lorsque nous sommes apparues pour les délivrer de ce cours de Botanique.

En parlant de Botanique, j'espère que le professeur n'a pas remarqué qu'il lui manque un Géranium dentu…

Ceci mis à part, Ulysse a mis en péril les vitres de la serre en me faisant tournoyer, Ajax a renversé la table sur laquelle il travaillait, et Aphrodite a dû rendre sourde toute sa promotion en défiant les aigus.

Réveiller les élèves, du moins. Ils dormaient tous. Histoire de la Magie, vous comprenez… Par contre, je ne suis pas sûre que le professeur ait remarqué notre présence et le départ d'Aphrodite. Remarquez, avec ce planeur, on peut se demander s'il sait qu'il a des élèves en face de lui…

Enfin, c'est quand même un point positif. Si on se sert de lui comme cobaye pour notre peinture pour fantômes, il ne s'en apercevra même pas. On pourra la travailler pendant les cours. Cette matière servira enfin à quelque chose.

Mais avant…les affaires.

- Dis-moi, reprend tout à coup Jason après de longues minutes d'intenses réflexions (je le sais, il avait le regard perdu dans le vide. Rien n'aurait pu le faire décrocher de sa pensée, même Voldemort dansant la samba en tutu rose. Oh, mais d'ailleurs, ça me donne une idée. On parle de plus en plus de ce vilain affreux. Lorsque j'aurais un travail, si jamais je le croise, il ne s'en remettra pas. Après tout, le ridicule ne tue pas mais y contribue grandement. Je suis sûre qu'il reverra ses ambitions maléfiques à deux fois après avoir exposé ses magnifiques poils aux pattes devant tous les Aurors.), tu as tout de même l'intention de parler à Sirius, j'espère.

Gros blanc. Jase, tu es bien gentil, mais tu aurais pu garder cette réflexion pour nos conversations privées. Il y en a déjà une qui se pointe, je le vois gros comme le calamar géant (que je n'ai toujours pas rencontré, d'ailleurs, il faut que je le fasse. Je suis sûre qu'un Serpentard en guise de dessert m'en fera un excellent allié). Nous sommes neuf dans la salle sur demande en cet instant, et chacun sait que, bien que ce sujet me tienne à cœur, ce n'est pas la bonne chose dont il faut parler maintenant.

Ne mens pas, tu le savais. Ça se voit dans tes yeux. Boulet…

Eury, c'est magnifique ce que tu viens de faire là. Je ne suis pas sûre que ton frère sache lire dans tes pensées…

…de même que je ne suis pas sûre que me parler à moi-même soit la preuve d'un grand équilibre psychique.

- Une chose à la fois, si tu permets, je grogne entre mes dents. Bon, on s'y met ?

- Il paraît qu'il t'a parlé lorsque tu étais à Sainte Mangouste ?

Grrr ! Pourquoi l'ai-je aussi bien formé, nom d'une poularde aux marrons ? Je lui ai appris à ne pas se laisser désarçonner par un changement de conversation, et voilà qu'il retourne mes fructueux enseignements contre moi ! Pas de doute, il y a une chose qu'il n'a pas assimilée : le respect, que dis-je, la vénération due aux Maîtres. Je suis si importante que chacun devrait se prosterner à mes pieds.

Faudra que j'arrange ça.

- Il te l'a dit ? je soupire.

Si Jase me connaît parfaitement, l'inverse est aussi vrai. Or, en cet instant, je peux prédire avec plus de sûreté que le professeur de divination (en même temps, ce n'est pas très compliqué, il ne raconte que des salades. Mais d'ailleurs, je me demande, est-ce qu'une boule de cristal fait un bon projectile ? Sûrement. La divination est si ennuyeuse que ce serait un bienfait pour l'humanité si j'allais me servir dans les stocks de la tour nord.) que mon cher frère n'a pas la moindre intention d'abandonner la partie.

Tant pis…la grandeur est de savoir faire des concessions, parfois… Comme il lui appartient également de savoir se tirer des situations les plus épineuses.

- Non, mais enfin…tous ceux qui sont venus entre l'annonce du guérisseur et ton réveil l'ont fait, reprend Mnémosyne. Même moi, je te le rappelle. Et Potter, ce qui est la raison de notre présence ici. Alors Sirius…

- Ce ne serait guère étonnant, termine Ajax.

Admirez la synchronie parfaite qui nous rend si exceptionnels. Lorsque nous sommes bien en train, nous pensons de concert, et nous complétons parfaitement. Grâce à qui, à votre avis ? Gagné ! Applaudissements, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs ! Oui, devant vos yeux ébaubis, je vous déclare que c'est bel et bien moi, la grande, la seule, l'unique, l'incomparable Eurynome qui ai formé notre charmante association !

Et de la même manière son esprit tordu qui nous rend si exceptionnels. Pardon, quoi encore ? Je me suis éloignée de mon sujet… Navrée. Reprenons donc. Retournons à nos Botrucs.

Soupir. Ils feraient mieux de se mêler de leurs Bavboules plutôt que des miennes. Je vais finir par croire que…m'éprendre de Sirius a été la pire chose de ma vie. Jusqu'alors, je croyais que c'était ma crise du mois dernier, mais manifestement…quand on voit la bande de curieux qui est avec moi…

Vous croyez qu'ils m'en voudraient si je leur jetais un silencio perpétuel ?

…Bon, d'accord, il faudrait déjà que j'invente le sort. Déméter pourrait le faire pour moi, mais je crains que vu la situation actuelle, elle ne monnaye ses services par quelques renseignements.

Je ne pense pas que vous le saviez, mais elle est dure aux affaires. Un conseil, n'essayez jamais de l'arnaquer. Vous le payerez très cher.

- Alors ? reprend Maïa. Il a dit quoi ?

Grognement informe. Oui, moi aussi je sais les faire, et bien mieux que d'autres d'ailleurs. Maïa n'a plus qu'à donner aux sons hybrides que je viens de produire l'interprétation qui lui siéra…

- Pardon ? je n'ai pas bien entendu…

Peste qu'est ma sœur.

- Tu tiens vraiment à savoir ? je grogne une nouvelle fois.

- Tu m'offenses, Eury. Je ne pose pas la question parce que je m'ennuie.

…et moi, si je ne réponds pas, ce n'est pas par désir de te faire mijoter dans les règles de l'art. Je l'ai déjà dit, je crois. Sirius m'a parlé de choses que je voudrais garder pour moi. J'aimerais qu'il n'ait pas changé d'avis depuis la semaine dernière, mais enfin… je suis Eurynome Délos. Une lionne sauvage. M'enchaîner ne me correspondrait guère.

Mais il y a tout de même dragon sous gravillon. Je ne vais pas me répéter. J'ai beau paraître une créature insensible, vous savez tous que je ne le suis pas. J'aime mes sœurs, mes frères, mes parents…et Sirius…

- Je disais, je reprends avec un sourire hypocrite qui ne dupe personne, que nous avons une affaire urgente à régler.

- Hum…sort Jason sur un ton rêveur. N'oublie tout de même pas notre affaire…

Ouch, ça en dit long sur lui, ça. Si je traduis le Jasonien, alors mon vénéré petit frère a bel et bien l'intention de me tirer les vers du nez. Dans un futur plutôt proche, si je ne m'abuse.

Navrée, mon cher, mais ça ne se passera pas comme ça. Laisse-moi régler ce problème toute seule. Je t'en parlerais bien assez tôt, que je sois sur un petit nuage ou au contraire avec le cœur brisé.

Et si jamais tu oses insister quand même, je transforme ton hibou en poulet pour le dîner. Non mais ! On ne s'attaque pas à moi comme cela, tu le sais pourtant bien.

Tiens, mais d'ailleurs, ça me donne une idée… Si je plumais tous les hiboux des Serpentards ? Ça ferait des oreillers du tonnerre ! J'ai toujours rêvé de passer ma vie allongée sur des coussins (enfin, j'en ai envie depuis vingt secondes pour être exacte. Mais je suis si importante que le moindre souhait de Ma Grandeur devrait être considéré comme avoir toujours été. Note mentale, tant que j'y pense : faire un petit caprice de star, un de ces jours. Ne me dites pas que je n'en suis pas une ! Vous avez peut-être raison à l'échelle du pays, mais pour Poudlard, je suis crainte, presque révérée. Eurynome Délos… Meneuse des célèbres quintuplées… Revenons à nos vers de terre. Voyons…en réfléchissant bien…je devrais réussir à effrayer l'infirmière, le prof de potions, la vieille aux biscuits, les Serpents, les elfes de maison, les Poufsouffles, Potter et Pettigrow, et peut-être même Lupin. Oui, ce serait drôle.)

A moins… à moins, pour revenir à ce que je disais avant de me perdre dans les profondeurs de mon génie, à moins que je n'arrache quelques plumes à un hippogriffe avant de le lancer dans la salle commune des Serpentards.

Retournons à Jason, celui qui a déclenché toute ma réflexion, rien qu'en parlant cœur brisé, mièvrerie, et j'en passe. L'un comme l'autre, je ne suis pas pressée d'en arriver au point crucial. Je n'ai jamais fait de divination, mais je peux déjà prédire…le summum de l'horreur.

Guimauve dégoulinante. Pitoyable. C'est affreux combien je peux devenir ordinaire lorsque je suis face à Sirius. J'aimerais pouvoir garder le fort caractère que chacun connaît, mais je suis au regret de dire que c'est…presque impossible. Face à lui, je ne peux maintenant présenter une face uniforme. Je suis moi, dans toute la complexité que cela exige.

Cauchemar sur pattes, goinfre, curieuse, et – en toute modestie – intelligente. Moins que Mné cependant, ou peut-être pas de la même manière.

Comment, je fais mon panégyrique ? Que voulez-vous, cela aussi fait partie de ma personnalité. M'encenser est une de mes distractions favorites, et je n'apprécierais guère y manquer.

Oups, je crois que Jase m'avait posé une question. Ou fait une réflexion. Quoi donc, déjà ? J'étais si occupée à m'encenser que j'ai un peu oublié. Tout génie se doit d'avoir des imperfections afin de ne pas éblouir les autres de sa lumière.

Jolie phrase.

- Chaque chose en son temps, je murmure finalement sur un ton énigmatique.

Na. Comme ça, quoi qu'il ait dit, il comprendra que je ne livre que ce que je veux bien dire.

Oh, et puis zut. Je craque. Pas sur Jase, hein. Il serait trop content de connaître la vérité. Mais je vais vous le dire. La scène sera mièvre de toute façon. Autant tenter de limiter la casse. Je serais horrifiée de vous voir larmoyer parce que vous auriez découvert quelque chose que je peux vous dire maintenant.

Sirius…ça me fait bizarre, tout de même, de le penser.

Sirius…c'est vrai, quoi ! Ça ne ressemble ni à lui, ni à moi !

Sirius…nom d'une chaussette, j'espère ne pas devenir aussi ridicule que Mnémosyne avec Lupin.

Sirius…Sirius m'a déclaré… Quelques mots suffiraient-ils à me plonger dans l'angoisse ? Pourtant…je suis une Délos, et les Délos n'ont peur de rien.

Sirius m'a dit – je cite – « j'aurais voulu partager ma vie avec toi ». Ça, rajouté aux « tu as emprisonné mon cœur qu'il m'a servi », il y a de quoi pleurer. Quoi qu'il se fasse, Sirius garde tout de même un penchant un peu stupide sur les bords. Je croise les doigts pour qu'il n'ait pas lu des romans gnangnan à la Mnémosyne – elle aurait été capable de lui en prêter – ce serait vraiment…pathétique.

En tout cas…Voilà. Ça y est. C'est dit. Je vais vous laisser là, maintenant. Méditez dessus, faites-vous un roman, pleurez tout votre soûl, je m'en moque. J'ai un plan à bâtir. Conseil de famille.

Désolée, mais…vous n'y êtes pas invités ! Je vous retrouverais pour faire payer ses crimes à Potter.

Vous serez aux premières loges…