Finalement, le dernier chap n'a pas tellement soulevé de relents de haine (même si certains d'entre vous ont développé le syndrome de Gilles de la Tourette chaque fois que Voldemort se retrouvait dans les parages).

Enfin, juste au cas où, si je peux vous conseiller un truc : si vous ne voulez pas devenir brusquement hystérique et organiser un attentat terroriste dans un milieu très fréquenté par l'auteur de cette fanfic, passez votre chemin. C'est pour votre bien, je suis miséricordieuse, vous voyez.

Sur ce, je remercie cat240, clem2605, AvisThestral, Kervana, Melfique, wild11 et Amandine Valentine pour leurs reviews. Il n'y a pas d'autre commentaire à faire. Ah, si, ce chapitre est trèèès long, et j'espère qu'il répondra à certaines de vos questions !

Et même si vous me détestez, sachez que moi, je ne cesse pas de vous aimer, chers lecteurs :D Peace and love, quoi.

wild11 : Aaaaah, une review parmi une tonne de mails pour le boulot, ça fait vraiment plaisir, y a pas à dire ! Merciii. Les derniers chapitres étaient sans doute (relativement) calmes par rapport à ceux-ci. Ça arrive souvent, des chapitres "pauses" avant d'autres chapitres "bombes" et ça va arriver encore :D Mais c'est bizarre quand même, ce sont les chapitres que je crains d'avoir le plus ratés qui sont finalement les mieux aimés. Enfin, j'ai quand même beaucoup aimé écrire celui-là, même si j'espère que le résultat final sera à la hauteur de ce que je visais ! En tout cas, j'espère de tout mon cœur que tu vas adorer ce chapitre !


Chapitre 47 – La Théorie du Sang

JEAN

La morale ! Parlons-en de la morale, j'en ai assez de la morale, elle est belle la morale ! Il faut dépasser la morale.

Rhinocéros Eugène Ionesco

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« Vous n'avez rien à craindre si vous n'avez rien à cacher. »

Harry Potter les Reliques de la Mort David Yates

Une torpeur si douce… Elle voulait y demeurer pour l'éternité…

Tu peux le faire, ne t'inquiète pas. Tu n'auras pas mal, et puis, tu l'as toujours voulu…

C'était vrai… C'était un désir imprimé en elle depuis si longtemps, et elle n'avait pas eu l'occasion de l'extérioriser. Comme c'était bon de pouvoir enfin se libérer de tout carcan, de pouvoir laisser libre court à ses émotions ! Le rêve permettait tant de belles choses…

Prends le couteau qui est dans le renfoncement du fauteuil, oui, juste là, c'est celui avec une jolie lame argentée.

Sa main se referma sur du vide.

Maintenant, libère cette haine que tu as gardée en toi si longtemps. Tu as envie de le blesser pour ce qu'il t'a fait. Il doit comprendre la douleur qu'il t'a fait ressentir.

L'image d'un garçon aux yeux dorés et aux cheveux d'une couleur changeante, presque brune, lui vint à l'esprit. Elle poussa un halètement. Tout d'un coup, la voix de Tessa vint se superposer à l'autre, tranchante et sans appel :

Je sens ta peur, petite inconsciente. Je sens ta rage aussi, ton désespoir. Je les sens qui te rongent de l'intérieur, te dévorent au point de te réduire en cendres…

Vas-y, il est juste là, offert… Comme il serait aisé de le briser ! Vas-y !

Sa main se redressa, et, sans hésiter, s'abattit. La lame rencontra une résistance, et ne réussit pas à s'enfoncer complètement…

Il a mal, mais ce n'est pas encore assez, ta haine…

« NON ! » s'écria t-elle, et brusquement, elle ouvrit les yeux.

Dans son rêve, son poing s'était refermé autour d'une poignée imaginaire. Elle desserra ses doigts, la respiration rapide et saccadée. Autour d'elle, les lumières des chandelles illuminaient le lit dans lequel elle était allongée.

Essoufflée, elle attendit un moment, le temps de sortir de son hébétude, et de se rappeler de la dernière fois qu'elle avait été consciente. C'était flou… Elle avait ressenti une douleur intense, et puis cela avait été le noir complet… Oui… Et elle se souvenait aussi s'être trouvée seule avec Anita… Comment avait-elle pu être aussi idiote ?

Elle attendit un moment avant de se redresser, parfaitement réveillée, à présent, mais secouée par son cauchemar. Où était-elle, comment se faisait-il qu'elle se trouvât dans un lit aussi confortable ? De larges rideaux étaient accrochés aux baldaquins, lui laissant voir des lueurs dorées, provenant d'une torche. La pièce où elle avait dormi était belle et vaste. Elle n'aurait jamais imaginé pouvoir dormir dans une pièce pareille, c'était en général réservé aux enfants de l'aristocratie ou aux invités de marque.

Elle s'arrêta sur ce dernier terme. Pourquoi lui donnait-il une sensation désagréable ?

Elle regarda autour d'elle, les yeux mi-clos, et soudain, elle se figea. Ses yeux venaient de croiser ceux d'une femme à l'apparence sèche, se tenant près de son lit, la fixant avec une sorte de sévérité, mais elle n'était pas trop sûre. Il semblait aussi y avoir du reproche dans son expression.

Elle ne dit rien, incapable de dire quoi que ce fût, et se contenta de soutenir son regard, avec crainte et curiosité en même temps. Elle voulait poser des questions, mais il lui semblait malvenu d'interroger cette vieille dame maintenant. Même la question de son identité ne lui venait même pas en tête.

Soudain, la vieille femme se leva, les yeux toujours fixés sur elle. Il y avait une telle intensité dans ses iris, et cela lui rappela désagréablement les regards calculateurs des Héros qu'elle avait rencontrés dans sa vie, parmi ceux qui semblaient savoir quelque chose sur elle. Sauf que c'était plus qu'une évaluation. Son étrange visiteuse ne ressemblait pas à tous les autres Héros. Alors qu'elle s'éloignait du lit, Meryl constata quelque chose de curieux : elle semblait glisser dans l'air plutôt que de marcher. En l'examinant plus attentivement, elle comprit pourquoi elle avait cette impression étrange :

« A… Attendez ! » s'écria t-elle.

Mais le fantôme avait déjà disparu en traversant le mur d'en face, l'ignorant superbement. Meryl regarda longuement l'endroit où elle l'avait vu s'en aller, puis soupira. Des fantômes, allons donc… Elle ignorait où elle avait atterri, mais ce n'était pas bon signe. Elle s'était toujours méfiée de ces présences immatérielles.

Elle repoussa la couverture dont elle était recouverte, et découvrit qu'elle était en robe de nuit. Ses anciens vêtements ne se trouvaient nulle part. A la place, sur une chaise située devant une grande coiffeuse, étaient empilés des vêtements, tous noirs et sans nuances. Son accoutrement actuel, en revanche, était grisâtre.

Avec précaution, comme pour vérifier qu'il n'y avait de piège nulle part, elle hissa d'abord son pied droit jusqu'au sol, et ses orteils effleurèrent une moquette douce, dont la couleur rouge donnait un semblant de gaieté à la pièce. Son pied gauche rejoignit son voisin, et elle prit le temps de s'imprégner de l'atmosphère du lieu, ses mains se cramponnant au matelas.

Lorsqu'elle se leva, elle décida d'entreprendre une visite des lieux. En réalité, l'endroit où elle se trouvait n'était pas seulement une chambre, c'était un vaste appartement, constitué de plusieurs pièces. La porte la plus proche d'elle était juste à gauche du lit à baldaquins. Elle le contourna et actionna la poignée, redoutant ce qu'elle trouverait derrière. Mais il n'y avait rien de plus qu'une très belle salle de bains, dont la large baignoire semblait l'inviter à piquer une tête et à noyer ses souvenirs dans le plaisir de se sentir propre.

Propre, elle l'était déjà. On avait encore dû la nettoyer dans son sommeil.

Elle ferma la porte de la salle de bains et continua sa visite. La pièce suivante était un salon, avec un long canapé moelleux, où elle aurait pu passer des après-midi à lire si elle l'avait voulu. Mais il n'y avait de livre nulle part. D'autres meubles donnaient à la pièce un côté chaleureux, et un feu doux brûlait dans la cheminée, faisant craquer le bois dans un crépitement rassurant. Elle était mieux lotie que ce à quoi elle aurait pu s'attendre.

Il n'y avait pas de cuisine, en revanche. Si on voulait manger, il fallait sûrement appeler quelqu'un, comme dans ces grands manoirs remplis de majordomes. Elle se sentit brusquement mal à l'aise à l'idée d'être presque traitée comme une princesse.

Elle revint dans la chambre, et s'approcha de la coiffeuse. Les vêtements noirs la narguaient. Elle hésita, puis les effleura. Le tissu était soyeux, mais semblait pourtant fait d'une matière solide, permettant encore une liberté de mouvement à son porteur. En dépliant totalement ses vêtements, elle vit qu'il s'agissait en réalité d'une robe de sorcière très longue dont les pans larges pouvaient lui descendre jusqu'aux chevilles, et d'une cape noire comme celles que portaient ses professeurs lorsqu'elle étudiait au Pensionnat.

Frappée de terreur, elle lâcha ses vêtements, et s'appliqua à prendre une longue inspiration. Puis elle s'assit face à la coiffeuse. Le miroir lui renvoya l'image d'une adolescente maigre, terrifiée, dont la robe de nuit semblait flotter sur son corps. Ses cheveux blonds cascadaient sur ses épaules jusque dans son dos, et ses yeux avaient déjà vu trop de choses. Des souvenirs lui revinrent.

Tu as les yeux emplis de haine, tu veux le blesser, il doit ressentir ce que tu as subi…

« Non… Ce n'est pas possible… Pas Teddy… » s'entendit-elle murmurer, et elle se prit la tête dans ses mains.

Elle lui avait porté un coup dans le dos, malgré elle. Une nouvelle fois, c'était elle qui l'avait trahi, alors qu'il tentait de la protéger. Elle poussa un gémissement plaintif.

Un grincement se fit entendre, au loin, et elle leva brusquement la tête, circonspecte. Pesant le pour et le contre, elle choisit finalement de vérifier discrètement qui pouvait bien venir la voir. Elle n'avait rien à y perdre, désormais, si elle avait tué Ted.

Non, il n'est pas mort, le coup n'était pas fatal.

Son visage se contracta.

« Tu tires une tête vraiment horrible, Greylord. »

La voix la fit se figer sur place, et elle n'entendit plus que son cœur qui battait. Comment… Elle, ici… ? Mais où était-elle donc ? Ce n'était plus seulement un cauchemar, désormais… C'était l'enfer !

« On répond poliment quand on parle, tu devrais avoir appris ça, normalement, depuis toute petite. »

La jeune fille, de son âge environ, rabattit une mèche de cheveux derrière son oreille avec une moue suffisante. Son sourire se fit narquois.

« Mais c'est vrai, j'oubliais : puisque tu n'as pas de famille, tu n'as aucune éducation, sale demi-sang. »

Cela ne faisait pourtant qu'à peine quelques mois que Meryl n'avait plus vu Helena, après son affectation au camp S et la cérémonie de leur fin de cursus. Et pourtant, elle remarqua qu'il y avait quelque chose de changé dans son attitude, comme si elle l'avait perdue de vue depuis en réalité des années. Helena semblait grandie, plus mince aussi, et ses formes étaient devenues presque voluptueuses. Ses cheveux étaient toujours les mêmes, châtains, raides et longs jusqu'aux omoplates. Son visage était pâle. En la dévisageant des pieds à la tête, Meryl s'aperçut qu'elle s'était maquillée, chose qui, au Pensionnat, n'était jamais autorisée, et qu'elle portait des bottines à hauts talons, ce qui expliquait sans doute sa taille plus grande et son maintien plus raide. Ses paupières fardées de gris clignèrent un moment, tandis qu'elle l'observait avec mépris et dégoût.

« Quelle impudence de te montrer dans un tel accoutrement, Greylord. Je n'avais vraiment pas besoin de voir ça. Dépêche-toi de t'habiller, si tu veux être au moins acceptable à Ses yeux.

-Ses yeux ? répéta la jeune fille.

-Ne pose pas de questions, et dépêche-toi. »

Helena prit place dans le canapé en fixant intensément Meryl. Mal-à-l'aise, celle-ci resta où elle était.

« Où sommes-nous ? essaya t-elle, de nouveau.

-Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans « ne pose pas de question » ? Il faut que je te fasse un dessin, ou simplement une démonstration ? »

En disant ces mots, elle caressait ostensiblement sa baguette, du bout de ses doigts aux ongles effilés, vernis de noir.

« Je veux simplement que tu me répondes, insista Meryl, prise de l'envie de l'irriter, comme avant.

-Tu n'as pas besoin de savoir. Et dépêche-toi, je ne voudrais pas Le faire attendre.

-Est-ce que tu veux parler de… »

Helena se leva brusquement et pointa sa baguette vers elle. Cette dernière crépitait, avide de lancer un maléfice.

« Ne me pousse pas à bout, demi-sang, persifla l'Héroïne, et va mettre les vêtements qu'on t'a mis à disposition. »

Meryl comprit qu'il ne valait mieux pas tenter le diable, et battit en retraite, un goût amer dans la bouche. Une fois dans sa chambre, la porte fermée la séparant d'Helena, elle s'approcha des habits qu'elle avait laissés tomber à terre et les observa. Elle devait vraiment porter ça ?

Elle les prit, à bout de bras, et se dirigea vers la salle de bain, où il lui semblait avoir vu un grand miroir en pied, près de la baignoire. La pièce était vide, il n'y avait pas le moindre effet. Elle avait juste un peigne pour remettre de l'ordre dans sa coiffure. Retirant sa chemise de nuit, elle se retrouva en sous-vêtements. On ne lui en avait pas mis d'autre à disposition, il lui fallait enfiler la robe par-dessus.

Elle la prit, la secoua un peu, et se plaça devant le miroir pour voir l'effet qu'elle aurait avec un vêtement pareil. C'était lugubre… Ce noir-là lui rappelait ses sombres années du Pensionnat, l'uniforme de ses professeurs, leurs punitions lorsqu'elle ne faisait pas bien son travail…

Elle prit son courage à deux mains et enfila la robe. Puis, sans se regarder, elle s'empressa de nouer les lacets dans son dos pour resserrer son tour de taille. Il semblait qu'elle lui avait été taillée sur mesure, car le tissu épousait parfaitement ses formes. Il restait à boutonner le devant, et ce serait bon.

Les manches évasées recouvraient presque entièrement ses mains, et sa peau pâle contrastait avec le noir de jais de sa nouvelle tenue. Elle ramassa la cape qui était au sol et en enveloppa ses épaules, avant de se regarder à nouveau dans la glace, curieuse de savoir le changement qui opérait sur elle. Un col étroit lui montait presque à la mâchoire, couvrant entièrement son cou. Elle ne sut que penser de cette apparence. Elle se trouvait lugubre et laide, comme si elle venait de vendre son âme au diable à peine quelques heures auparavant… Elle se rappela alors ce que signifiait la présence d'Helena, et elle frissonna ; si elle était là, c'était qu'elle était bel et bien revenue chez les Héros… Un frisson d'horreur la saisit : oh non ! Ted et les autres étaient plus que jamais en danger !

Et puis les secondes décisives où une voix lui avait commandé de planter son poignard dans le dos de Ted lui revinrent. Et elle haleta une nouvelle fois, peinant à reprendre une respiration normale.

Un coup violent la ramena à la réalité. Il avait été administré sur la porte de la chambre.

« Dépêche-toi Greylord ! Un parasite comme toi ne devrait pas passer du temps à se refaire une beauté ! »

Meryl resserra ses doigts sur les pans de sa cape, avant de la nouer autour de ses épaules. Elle était prête. Une vraie petite Mangemort, comme auraient dit les Rebelles, à ce moment précis.

Lorsqu'elle entra dans le salon, Helena se contenta de grimacer en voyant sa tenue, et commenta :

« Ce sont les habits d'un serviteur de basse classe. Tu ne mérites même pas ce titre, en vérité… »

Meryl lui jeta un regard impassible, ce qui eut l'effet d'accroître son irritation. Elle savait que rien n'allait faire plus plaisir à Helena que de la voir s'emporter contre elle. Elle pouvait tirer la situation à son avantage, comme elle l'avait toujours fait.

Finalement, elle n'avait pas tant changé que cela. Elle restait la petite peste incontrôlable qui était prête à tout pour la blesser et lui faire du tort.

« Comment peut-Il être aussi intéressé par toi ? Cela m'échappe, en vérité… Tu n'étais qu'une tache dans notre promotion, alors rien n'explique qu'en vérité…

-Si je n'avais été qu'une Sang-Mêlé parmi les autres, je n'aurais pas eu à te subir, Yaxley. »

L'espace d'un instant, elle crut qu'Helena allait la gifler. Mais finalement, un sourire mesquin vint étirer ses lèvres.

« Oh, Greylord, je vois que tu n'es pas encore au fait de toutes les informations qui courent, en ce moment… Ton séjour chez ces traîtres de Rebelles a dû être bien assez atroce… Aussi, je te fais le plaisir de t'informer moi-même de la dernière grande nouvelle : bientôt, je ne m'appellerai plus Yaxley. »

Incrédule, Meryl fronça les sourcils.

« Je suis fiancée, annonça pompeusement Helena. A Caelius Lestrange. »

Elle ne dissimulait pas sa fierté de pouvoir porter bientôt un nom aussi renommé. N'importe qui n'avait pas cette chance. Et Helena n'était pas n'importe qui.

Elle vit soudain du coin de l'œil Meryl murmurer quelque chose, l'air accablée. D'un mouvement vif, elle pointa sa baguette vers elle.

« Ne parle pas tout bas en ma présence, bâtarde. Tout ce que tu penses, je dois le savoir, c'est le respect dû à tes supérieurs qui t'y enjoint.

-Hum, je ne suis pas sûr que ça te plaira… dit Meryl, se pliant à l'invective de bonne grâce. Je me disais simplement : oh, Seigneur, nous avons des ennuis... »

La bouche d'Helena se tordit, et soudain, elle bouscula Meryl du plat de la main. Déroutée par sa force, la jeune fille tituba, mais sa voisine la jeta à terre d'une gifle sèche, avant de poser sa botte droite sur la poitrine de sa victime, le regard flamboyant.

« Comme tu es naïve, demi-sang… Tu ne sais pas ce qu'est la gloire, et tu ne la cherches pas. Tu es lâche, Greylord, tu ne mériterais même pas de vivre… Tu es de la boue sur les chaussures des honnêtes gens… Et pourtant, le Seigneur te veut, toi, absolument, alors que tant d'autres, parmi les sangs les plus purs, ont essayé de se faire remarquer de lui, et n'ont jamais pu faire leurs preuves. Pourquoi ? »

Meryl se sentait souffrir le martyr tandis que son agresseur enfonçait son talon haut dans sa poitrine, et dans un souffle douloureux, elle s'exclama, cette pensée lui traversant soudainement l'esprit.

« Ma parole, Yaxley… Tu es jalouse ! »

Avant qu'elle n'eût eu le temps de regretter ses paroles, un coup fut frappé à la porte, et une voix jeune, que toutes deux reconnurent instantanément, retentit :

« Helena, est-ce que c'est bon ? Le Seigneur ne veut pas attendre trop longtemps, est-ce que la Sang-Mêlé est prête ? »

Un silence plana un instant et, reprenant doucement ses esprits, Helena enleva son pied de la poitrine de Meryl, avant de remettre ses cheveux en place.

« Oui, c'est bon. J'arrive tout de suite. »

En disant ses mots, sa voix était si incroyablement calme, presque douce et… conciliante. Meryl n'avait jamais vu que sa part la plus violente.

Mais l'attitude de Yaxley redevint aussitôt celle qu'elle avait d'habitude d'avoir lorsqu'elle lança un regard haineux à Meryl, qui tressaillit, effrayée. Elle savait qu'Helena avait reçu l'ordre de ne pas lui faire de mal, sinon, elle l'aurait abîmée depuis belle lurette, mais cela ne voulait pas dire non plus qu'elle ne pouvait pas succomber à la tentation.

« Tu ne perds rien pour attendre Greylord… siffla t-elle, à son intention. Rira bien sera celui qui rira le dernier… »

En la voyant lever le bras pour se dégager les cheveux, Meryl vit confusément une trace noirâtre sur un de ses poignets, comme une cicatrice… Mais elle ne put voir avec précision.

Tandis qu'elle se relevait, la porte s'ouvrit et Caelius entra, avec une certaine hésitation. Ses yeux s'arrêtèrent un instant sur Meryl, et son expression était teintée d'un dédain doublé de dégoût, comme si elle était une flaque de boue immonde laissée par mégarde sur la moquette. Toutefois, ce ressenti était moins fort chez lui que chez Helena. En les observant l'un après l'autre, elle s'aperçut alors du couple effroyable qu'ils formaient. C'était comme l'aboutissement de son pire cauchemar…

Pourvu qu'ils n'aient jamais d'enfants ensemble, pria t-elle, en silence.

D'autres Héros avaient emboîté le pas à Caelius. Sa garde rapprochée était bien constituée. Elle resserra sa cape autour d'elle, comme pour se protéger d'éventuels coups. Tout d'un coup, ses mains étaient très moites et elle suait de tout son corps. Si cela commençait déjà maintenant, comment allait-elle réagir quand elle ferait face à… ?

Non.

Cela devait arriver un jour ou l'autre, mais là plus que jamais, elle se rendit compte de l'horreur de sa situation. Il ne lui restait que quelques minutes avant, peut-être, de mourir. Le Seigneur allait sans doute la tuer !

Mais non… Pas tout de suite. Il a autre chose à faire avant. Oh, j'ai si peur !

Formuler ses sentiments les rendait plus tangibles encore, et elle vacilla. Voyant sa réaction tétanisée, les Héros eurent un petit sourire mesquin.

« Tu n'es pas totalement idiote, Sang-Mêlé, dit l'un d'eux. Regardez-la, on dirait une jolie poupée…

-Ne faites pas de telles comparaisons, Amycus, rétorqua sèchement Helena. On pourrait y saisir une ambiguïté.

-Il n'y a rien de tout cela, ma belle, ronronna le dénommé Amycus. Tu sais bien que parmi tous, je suis celui qui croit le plus en l'avènement d'une société pure.

-Vous m'en direz tant, murmura Caelius, tandis qu'Helena fusillait l'homme du regard, sans doute interpellée par la façon dont il l'avait appelée.

-Comment va Père ? s'enquit-elle, la voix glaciale cette fois-ci.

-Il s'en sort, dit l'autre Héros, d'un ton plus calme. Il n'a pas reçu de coup trop grave, il a simplement été assommé. Ces Rebelles sont des mauviettes à tel point qu'ils sont incapables de blesser la plus petite mouche… »

Les deux hommes éclatèrent de rire. Caelius regarda Helena, le visage inexpressif. Celle-ci fixa intensément Meryl. Un ordre luisait dans ses yeux sombres. Elle devait suivre le mouvement.

Les quatre Héros allèrent se placer à ses côtés, formant une garde rapprochée qui s'apparentait davantage à une armée de cerbères. On planta une baguette dans son dos et la poussa de force. Elle n'avait d'autre choix que d'obéir, et se mit en marche tant bien que mal, vacillant comme si elle se trouvait sur un fil suspendu au-dessus du vide.

« Pas un mot, petite sotte, » murmura l'homme dont elle ignorait le nom.

Jamais, des mois auparavant, Meryl n'aurait pu imaginer qu'elle en serait arrivée là. Comme les évènements semblaient lointains… A l'époque, elle était ce que disait Helena : une fille insignifiante. Mais s'il n'y avait eu que ça, le Seigneur ne lui aurait pas sauvé la vie, des années auparavant. Un frisson la parcourut : peut-être que cette rencontre… Elle avait beau se sentir terrifiée à l'idée de faire face à la plus haute instance de ce pays, l'être dont on ne voyait jamais le visage, elle réalisait tout d'un coup qu'elle aurait peut-être, cette fois-ci, l'occasion d'en apprendre plus sur son compte. S'apercevoir d'à quel point elle était proche de la vérité lui donnait le vertige, et une autre peur prit place dans son cœur : celle de découvrir enfin qui elle était.

Les couloirs pierreux lui rappelaient quelque chose. Oui, maintenant qu'elle s'en souvenait… Était-elle revenue dans ce château où elle avait été attirée, avec Brian, la première fois ? L'endroit où ils avaient rencontré Anita pour la première fois, ainsi que Drago Malefoy ? Plus elle reconnaissait les lieux, plus elle se sentait gelée. Dire que cet endroit était en réalité Poudlard… Et que si peu de personnes y avaient accès… Le père de Yaxley devait faire partie des privilégiés. Pas étonnant, vu son statut. Cette fois-ci, les torches brillaient d'un feu vif, comme si elles avaient été allumées exprès pour réserver un bon accueil à l'invitée d'honneur. Les portraits se retournaient sur leur passage, chuchotant entre eux. Elle chercha parmi les tableaux celui qui les avait guidés, la première fois, lorsqu'ils avaient tenté de retrouver la sortie. Qui pouvait-ce bien être ?

Le chemin fut long, mais bientôt, ils parvinrent au lieu où ils souhaitaient l'emmener. C'était un mur, gardé par une immense gargouille en pierre d'une extrême laideur. Forte de son expérience avec les salles cachées, Meryl sut qu'il y avait anguille sous roche, à cet endroit précis. Cela ne manqua pas lorsque le Héros appelé Amycus siffla quelque chose à voix extrêmement basse, un mot qu'elle ne put saisir. La gargouille s'anima et se mit de côté, dans un grincement de mauvais augure. Elle semblait fixer Meryl de ses yeux luisants et impénétrables. Elle se rappela alors la désagréable impression qu'elle avait ressentie lorsque la statue du Seigneur, à sa première messe du camp S, avait paru la dévisager avec attention. A l'époque, elle avait commencé à saisir les premières manifestations de l'intérêt du Seigneur pour elle.

Il y avait un très impressionnant escalier en colimaçon derrière la gargouille, dans le renfoncement du mur. Il tournait sur lui-même dans un rythme lancinant et infini, malgré les stigmates qui restaient imprimés dans sa pierre. Meryl constata alors comme tout semblait vieux, ici. Et pourtant, les dommages que l'on percevait encore, sur la grande gargouille et dans les murs, semblaient dater d'une époque récente.

La fameuse Bataille, peut-être ? Qui n'était donc réellement pas une légende pour asseoir la légitimité du Seigneur ? Elle se rendit alors compte que de nombreux détails lui échappaient encore, sur cette guerre qu'elle n'avait pas connue, étant trop petite pour s'en souvenir. Le Seigneur, peut-être, viendrait l'éclairer sur ce point. S'Il était d'humeur clémente.

Elle ne savait vraiment pas à quoi s'attendre avec une telle entité. Avoir le privilège de la rencontrer était un rêve inespéré pour la plupart des Héros. Alors, elle, qui n'était qu'une souillure du monde magique…

La baguette dans son dos la poussa en avant, et avec ses gardiens, elle grimpa les marches de l'escalier. Aussitôt furent-ils tous entrés que le mur se referma derrière eux, faisant sursauter Meryl. L'escalier bougeait toujours, leur faisant monter les étages toujours plus haut, sans leur laisser la peine de grimper à pied. Elle oscillait entre émerveillement et frayeur : jamais elle n'avait vu ça au Pensionnat ! L'escalier s'arrêta subitement lorsqu'ils atteignirent une imposante porte ouvragée, toute faite de chêne, avec un heurtoir en cuivre. Les dégâts avaient aussi affecté la porte, qui avaient vieilli avec le temps, mais qui restaient visibles. La poignée en cuivre, en forme de griffon, avait été à moitié cassée. Des voix s'élevaient derrière. Vérifiant que tout le monde se tenait au garde-à-vous, Amycus donna un coup pour que Meryl se tînt droite, et lui siffla vertement :

« Témoigne-Lui le plus grand respect. Considère donc ta chance insolente, petite sotte, et fais attention à ce que tu diras. »

Il ne plaisantait plus du tout, et elle se sentit presque rigide, à cet instant, effarée à l'idée de savoir bientôt ce qu'il y avait derrière cette porte. Elle ressentait l'envie de s'enfuir aussi loin que cela lui était possible. Mais il était trop tard pour faire marche arrière. Elle n'en avait même jamais eu la possibilité.

Lorsqu'Amycus frappa trois coups sonores à la porte, et que celle-ci s'ouvrit doucement et silencieusement, elle eut envie de hurler. Hurler comme dans ses cauchemars, où elle faisait face à des événements qu'elle subissait, sans pouvoir changer quoi que ce fût. Son cri retentit réellement dans sa tête, la rendant sourde à tout, et la forçant à plaquer ses mains sur ses oreilles en grimaçant horriblement. Yaxley la regarda comme si elle était une demeurée, mais avec ironie, cependant.

L'impression atroce s'accentua lorsqu'on la força à faire un pas en avant et à entrer dans le bureau. Tout son être vociférait, exprimait son refus, mais son corps obéissait par crainte, malgré les recommandations de sa raison, en se jetant droit dans l'enfer dont elle avait voulu s'extraire, des mois auparavant. C'était une sirène qui hurlait à présent, dans sa boîte crânienne. Des larmes perlèrent aux coins de ses yeux, et dévalèrent ses joues. Elle ne voyait plus rien, et elle se sentait ridicule.

Puis, tout d'un coup, le bruit s'arrêta. Comme si on avait tout d'un coup lancé un Assurdiato. Et cela lui fit un bien fou.

Le temps de se remettre, elle prit connaissance progressivement de son environnement. C'était une salle vaste et circulaire, lugubre, éclairée par de grands chandeliers. Lumière et ombre donnaient un relief saisissant à la pièce, leur effet combiné aux immenses rideaux noirs qui recouvraient les murs, tout autour d'eux. De multiples objets mystérieux et précieux ornaient les meubles ouvragés qui remplissaient le lieu. Un bureau imposant semblait présider, au milieu de tous ces trésors. Tout près de l'estrade, un feu brûlait dans une cheminée, et on entendait le bois se consumer lentement. Elle cligna des yeux, un bref instant émerveillée. Elle n'avait encore jamais vu ça avant.

« Bonjour, Meryl, » dit une voix douce et singulière, tout d'un coup, la ramenant à la réalité.

Elle se figea sur place.

« Je suis ravi de voir que tu as l'air remise. Les derniers événements ont été difficiles à vivre, tant pour toi que pour nous tous. »

L'homme qui parlait portait une longue robe noire comme la nuit, et sa tête était dissimulée sous une ample capuche. Mais cela n'était pas suffisant pour duper Meryl. Elle connaissait cette voix, indubitablement.

Les Héros présents dans la pièce s'inclinèrent alors simultanément, animés du plus profond respect face à l'individu. Meryl resta pétrifiée, à le regarder comme s'il était un fantôme. Elle ne vit pas le coup venir. La gifle n'était pas forte, mais la douleur fut fulgurante sur son crâne, et elle baissa instinctivement la tête, tandis qu'Amycus à ses côtés grognait :

« Rappelle-toi ce que je t'ai dit, idiote !

-Laisse, Carrow. Il est compréhensible qu'elle soit déroutée. Relève-toi, Meryl. »

Mais la jeune fille ne s'exécuta pas, ses yeux fixant le sol d'un air vide. Comment tout cela avait-il pu être possible, comment se faisait-il qu'elle se retrouvait là, dans cette situation impossible, elle et pas quelqu'un d'autre ? Elle se mit à trembler, imperceptiblement.

« Tu trembles, Meryl, constata le Seigneur. Tu ne dois pas avoir peur, si tu te comportes bien, il ne te sera fait aucun mal. Ce n'est pas dans ce but que Je t'ai fait venir ici, par ailleurs. »

Une main s'empara de ses cheveux et tira sa tête en arrière avec brusquerie. Ses grands yeux bleus affolés se posèrent alors sur la silhouette de Celui que tous vénéraient. C'était une chose terriblement contre-nature, de rencontrer pour de vrai l'incarnation d'une divinité. Une divinité ne pouvait avoir d'enveloppe matérielle sur Terre. Et pourtant, elle avait devant elle le Seigneur, le Guide Suprême, la personnification de leur société si bonne et si juste…

« Lâche-la, Carrow. »

Ce dernier obéit, et ses cheveux lui retombèrent devant le visage. Elle devait être dans un état lamentable, malgré ses nouveaux vêtements. Mais ce n'était pas la honte qui la submergea en cet instant précis. C'était la pure terreur.

« Je suis heureux, Meryl. Heureux de te voir de retour parmi nous. Ta présence nous a tous terriblement manquée. Te perdre était une véritable catastrophe, le comprends-tu ? Mais tout a été mis en place pour te sauver de ces ignobles Rebelles. Tu es là, à présent, et tout redeviendra bientôt comme avant. »

Il eut soudain un petit rire.

« Enfin… A quelques exceptions près. »

Il porta les mains à Sa capuche et elle se sentit défaillir. Elle n'avait pas envie de voir ce qui se cachait derrière… Elle fit un pas en arrière.

Mais le Seigneur avait déjà découvert Sa tête et rabattit le tissu, révélant Son vrai visage.

« Tu ne t'y attendais guère, Meryl ? Je comprends. Plus les années passent, plus l'effet de surprise s'agrandit, à l'égard de cette populace si obtuse et vulgaire. Ma pauvre Meryl, Je t'offre le privilège de ne pas en faire partie. Car, malgré les apparences, tu vaux beaucoup plus que cela. »

Meryl perçut un mouvement derrière elle mais elle n'osa tourner la tête. Sans doute était-ce Helena, piquée au vif par cette remarque. Elle ne tarda pas à recevoir confirmation :

« Quelque chose te perturbe, Yaxley ? Mets donc ta rancœur de côté. Tu comprendras bientôt à quel point cette jeune fille M'est précieuse. »

Comprenait-il au moins la nature de leur relation ? Helena la haïssait, là plus que jamais, parce qu'elle se trouvait à la place qu'elle rêvait d'occuper depuis si longtemps. Mais Helena ne se rendait pas compte de la chance qu'elle avait, de ne pas justement se trouver à cette place. Meryl aurait tout donné pour la lui offrir, si elle la désirait tant.

« Ma chère Meryl… Il me semble que des explications s'imposent. Tu as le droit de tout savoir, à présent. »

Tremblant toujours, la jeune fille ne répondit rien. C'était sans doute la réaction qu'on attendait d'elle, puisque personne ne la rappela à l'ordre. Elle n'était pas dans un cauchemar, mais c'était comme tel. Le visage de Harry Potter la narguait, terrifiant et irréel.

« Tu te demandes comment cela peut simplement être possible, » dit le Seigneur, en passant une main dans ses longs cheveux hirsutes. Ses yeux verts pétillaient de malveillance. Il ne portait pas ses lunettes. Il se dégageait de lui une impression qui ne trompait pas. Ce n'était pas comme pour les autres êtres humains. Il ne fallait pas s'arrêter à son apparence, somme toute rassurante et chaleureuse. L'être qui habitait ce corps n'avait plus rien d'humain, c'était une chose qui avait su surpasser la mort et imposer son pouvoir sur l'humanité tout entière. C'était Voldemort, l'être que les Rebelles avaient longtemps prétendu mort. Si Voldemort avait un jour été humain, elle l'ignorait, et ce n'était plus le plus important, à présent.

« C'est une histoire longue et complexe. Tu es l'une des rares à qui Je vais faire l'honneur de la raconter. Toutes les personnes dans cette salle, à part tes deux anciens camarades de promotion, la connaissent. Ils ont été les premiers à Me reconnaître, lorsque J'ai revêtu cette nouvelle apparence. »

Le regard de Meryl parcourut alors la pièce pour voir les personnes en question. Aucune n'avait de capuche. Dans un coin, un homme au visage taillé à la serpe se tenait à un des meubles, visiblement mal en point, mais l'œil vif. Il la regardait intensément, et quelquefois, jetait des coups d'œil par-dessus son épaule. Il devait échanger muettement avec une des personnes se trouvant derrière elle, sans nul doute. Il dégageait une désagréable impression de familiarité, et la sensation qu'elle ressentait en l'observant la mettait mal-à-l'aise. Cet homme était capable de faire le mal sans aucun état d'âme. La vie d'un Sang-de-Bourbe n'avait pour lui pas plus de valeur que celle du plus misérable insecte. Plus que cela, pour certains Héros, les Moldus et les Nés-Moldus avaient volé le droit à la vie qui aurait dû revenir à un autre futur sorcier.

Son regard survola les autres Héros et s'arrêta sur un homme blond, le plus proche du Seigneur, qu'elle pouvait reconnaître entre mille : elle le fixa avec intensité, avide de réponses. Cet homme… Depuis l'instant où elle l'avait rencontré, elle avait de nombreuses questions à lui poser. Et le message qu'elle souhaitait lui transmettre était évocateur : « sais-tu qui je suis ? » demandait-il, clairement.

Comme s'il pouvait lire ses pensées, Drago Malefoy hésita, puis fit un imperceptible mouvement de tête, qui n'était ni un oui, ni un non. Il la fixait à son tour, et ses yeux couleur d'acier l'enveloppaient, comme pour la recouvrir d'une armure qui empêcherait tout dommage extérieur de l'atteindre. Elle se sentait confuse et partagée : que penser de cet homme ? Ami ou ennemi ? Il était le seul dans toute la salle dont elle ne pouvait clairement deviner les intentions.

Le Seigneur surprit leur échange et sourit. Il avait sans doute compris ce qui se tramait.

« Il y a quinze ans, Meryl, commença t-il à raconter, sur un ton modulé et apaisant, il y a quinze ans, j'étais celui que l'on appelait Voldemort. Je peux le prononcer, ce nom, Moi seul en ai le droit. A l'époque, mes fidèles serviteurs Me surnommaient le Seigneur des Ténèbres. Selon les récits populaires, Je faisais régner la terreur sur toute la Grande-Bretagne. J'étais le pire Mage Noir que la Terre ait jamais porté depuis Grindelwald. Connais-tu seulement le véritable sens du terme « magie noire » ? C'est celle que l'on t'encourage à utiliser tous les jours, Meryl. Il n'y a en réalité plus ni magie blanche ni magie noire. La notion de bien et de mal même est devenue une chose dépassée. L'enseignement a bien changé, depuis l'époque désolée où J'ai gagné la grande guerre. Avant, les sorciers avaient une vision terriblement manichéenne de ce qu'était la magie. Ma vision en est totalement différente, et J'ai pu finalement L'imposer.

« Peu de personnes, à part celui dont J'occupe à présent le corps, et d'autres qui sont mortes depuis, savent réellement qui Je suis. Ma date de naissance importe peu. J'ai véritablement naquit durant les années qui ont suivi Ma scolarité à Poudlard, à l'époque où Je n'avais pour seule ambition que de changer le monde. Qui n'en rêve pas, de laisser Sa trace indélébile dans le cours de l'Histoire, même après sa mort ? La vérité, c'est que je ne cherchais pas à imiter tous ces insectes éphémères qui n'ont fait que subir le temps et non le dominer. Je voulais dépasser ces concepts abstraits. Les êtres humains sont des créatures faibles, mais Je suis bien au-dessus d'eux. Je le savais déjà à l'époque où J'ai commencé Mon ascension.

« J'ai alors entrepris, dès le plus jeune âge, de surpasser la mort. Sais-tu ce que sont les Horcruxes ? Peut-être en as-tu déjà entendu parler… Ce sont des objets ayant été fortement imprégnés de magie, dans lesquels tu dissimules des fragments de ton âme, au prix d'une vie… Je ne suis pas le premier à avoir employé cette méthode. D'autres avant moi l'ont fait, mais ils ne sont pas allés aussi loin que Moi… Si eux n'avaient créé qu'un seul Horcruxe, voire deux, pour Ma part j'en ai éparpillé une demi-douzaine à travers le pays. »

Meryl écarquilla les yeux. Une demi-douzaine ? C'était impossible… On ne pouvait disséquer son âme à ce point… Elle comprit alors pourquoi elle ressentait cette impression terrible au sujet du Seigneur. Le fait qu'Il ne fût plus vraiment humain…

« J'étais devenu invincible, de cette manière. Les sorciers Me craignaient, certains se tapissaient au fond de leur chambre, et d'autres essayaient de lutter contre Moi. Les sots. Ils Me sous-estimaient. Chaque jour qui passait, Mes idées étaient soutenues par de plus en plus de personnes. J'en ai fait Mes Mangemorts, et ils ont répandu Ma parole. Mais alors que J'étais sur le chemin de la toute-puissance, un événement tragique a eu lieu, qui a malheureusement dévié Ma course… Sais-tu ce que sont les Prophéties, Meryl ? »

Il n'attendait pas de réponse de la jeune fille, et c'était tant mieux, se dit-elle, car elle n'aurait même pas su dire quoi que ce fût, même si elle connaissait la réponse.

« Les Prophéties… Peu de personnes peuvent se vanter d'en être les sujets, et encore moins d'avoir été la personne à qui elles ont été dites. Dans l'Antiquité romaine, on appelait Sibylles celles qui faisaient les prédictions. Elles transmettaient, selon les croyances, la parole des dieux même. Peu importe que cette légende soit vraie ou non, Je suis le seul dieu vivant, car J'ai vaincu la mort. Au cours de mon ascension, j'ai entendu, de la bouche de l'un de mes serviteurs même, une information cruciale, qui a modifié le cours de nos existences. Un enfant avait la prétention de me tuer dans un avenir proche. Un enfant. Pouvait-on imaginer plus risible situation ? Le Seigneur des Ténèbres, terrassé par un bébé ? Mais je prenais la menace tout à fait au sérieux, car il ne faut jamais discréditer les paroles d'une Prophétie une fois qu'elle est prononcée. Alors j'ai cherché cet enfant sans relâche, et je l'ai trouvé. Cet enfant, tu l'as devant toi. »

Harry Potter, pensa instinctivement Meryl.

« Exact, Meryl (cette affirmation la fit sursauter). Il avait été mis sous protection rapprochée, de sorte que jamais je ne le trouve. Mais un autre serviteur m'a largement facilité la tâche, un beau jour. Il avait été nommé Gardien du Secret du lieu où vivait le gamin. J'ai pu entrer dans la maison, tuer le père, puis la mère, et enfin, quand je me suis tenu face à son berceau… »

Il ferma les yeux. Il paraissait plongé dans des souvenirs douloureux. Il ricana silencieusement.

« Tu ne trouves pas que c'est étrange, Meryl, d'être vaincu par un nourrisson d'à peine un an, qui n'a aucune expérience de la magie, et qui se contente de te regarder avec des grands yeux innocents, innocents et pourtant effroyables ? Jusqu'aux dernières secondes où je me préparais à retirer une nouvelle fois une vie, je croyais sincèrement à ma victoire. Et puis, je n'ai plus rien pensé. »

Il marqua un temps de silence. Les souvenirs s'éloignaient et d'autres prenaient place. Son visage était tordu de haine et d'horreur.

« J'ai erré, peinant à survivre, vivant temporairement dans le corps de quelques animaux, me nourrissant de ce que je trouvais. J'étais à bout de forces, la totalité de mes pouvoirs s'étaient enfuis. J'étais devenu l'équivalent d'une simple larve. J'ai parcouru le monde des années durant, sans jamais trouver d'aide. Tous mes serviteurs m'ont cru mort, ou en ont profité pour déserter, refaire leur vie… Quant au reste, une minorité hélas, ils ont fini à Azkaban en mon nom. Eux seuls croyaient sincèrement à mon retour, des années plus tard. Et puis, un jour, quelqu'un est venu me trouver, qui m'a fait reprendre espoir… Cette année-là, s'il n'y avait eu le jeune Harry, je serais revenu, grâce à la Pierre Philosophale. Mais après ma tentative de la récupérer, elle a été détruite pour m'empêcher de nuire à nouveau. J'ai dû attendre encore quelques années avant de voir mon plan réussir pour de bon, cette fois-ci, grâce à ce même fidèle serviteur qui m'a permis de tuer les Potter, cette nuit-là… Il était venu se racheter. Il Me craignait, mais il voulait être protégé, et il est devenu mes bras et mes jambes, durant le temps qu'il m'a fallu pour retrouver un corps. Ce corps-là, tu ne l'as pas connu. Mais c'est Potter, mon père et mon serviteur qui ont contribué à Me l'offrir.

« C'était si bon de retrouver un corps, après toutes ces années de souffrance, où le temps avait failli avoir raison de moi. Si mon âme restait trop longtemps sans enveloppe corporelle, elle allait se désagréger. Mais je ne devais pas occuper le même corps trop longtemps, car il s'abîmait vite et je devais le quitter avant qu'il ne meure. C'est là le nœud du problème.

« J'avais déjà constaté comme mes hôtes s'épuisaient lorsque je prenais place dans leur corps. Mon premier hôte humain, dix ans après ma disparition, commençait à s'essouffler à vue d'œil, et à vieillir aussi, même si cela n'était pas encore visible. Je pensais qu'avec ma nouvelle enveloppe corporelle, ce genre de problème n'aurait pas lieu d'être. Mais j'ai eu tort. Chaque corps que j'occupe est encore sous la contrainte du temps. Oui, Meryl, j'ai peut-être réussi à vaincre la mort, mais il me reste un adversaire de taille à affronter… »

Il laissa le silence prendre place à nouveau, laissant la jeune fille à sa réflexion. Meryl était à présent dubitative, et peu hâtive de connaître toutes les motivations du Seigneur.

« J'étais désemparé, lorsque je me suis aperçu de ma faiblesse. J'avais peut-être mes Horcruxes, mais je ne pouvais me permettre de tout reprendre à zéro, une fois mon enveloppe charnelle réduite en poussière. La potion qui m'a ramené à la vie est extrêmement complexe, et à présent, le Survivant est mort. Or, c'est lui, mon ennemi héréditaire. A présent que j'ai le pouvoir, je n'ai plus d'ennemi pour s'opposer à moi. Saisis-tu le problème ? Je n'en ai parlé à aucun de mes Mangemorts, à l'époque. A dire vrai, je soupçonnais déjà l'Ordre du Phénix, l'organisation créée par ce maudit Dumbledore, d'avoir envoyé des espions dans mes rangs, et je ne voulais prendre aucun risque. Il ne fallait pas leur donner la possibilité de me détruire si facilement. Jusqu'à l'heure où la Bataille de Poudlard a commencé, je n'avais aucune idée de la solution qu'il me fallait trouver pour éviter tout risque d'anéantissement. Potter et ses amis étaient déjà en quête de mes Horcruxes. Ils savaient que j'étais invincible grâce à eux. Ma dernière heure approchait et mes espoirs s'amenuisaient. Mon corps était encore robuste, mais les moindres symptômes de vieillesse m'inquiétaient, même si contrairement aux autres, je pouvais parvenir à tenir, tout au plus, une dizaine d'années. Je me suis aussi rendu compte que l'utilisation de ma magie accélérait le processus, mon corps étant trop faible pour supporter une telle quantité de puissance. C'est sans doute ce qui aurait pu permettre à Potter de mettre fin à mes jours si facilement… Seulement, une chose s'est passée, à laquelle ni lui, ni moi, ne nous attendions. »

Il fit une nouvelle pause, regarda intensément Meryl, et soudain, lui demanda à brûle-pourpoint :

« Sais-tu ce qu'est la Théorie du Sang ? »

Derrière elle, elle sentit Helena tressaillir. Bien sûr qu'elle connaissait la réponse. On avait bien dû leur enseigner brièvement ça, mais Meryl avait à peine suivi. Pour autant, elle en avait retenu la définition pour un devoir :

« Les propriétés magiques du sang sont extrêmement complexes à étudier, à vrai dire, et les sorciers n'ont pas encore suffisamment approfondi leurs recherches dans ce domaine… Elle est ancestrale, et elle sert le plus souvent pour des rituels ou des potions… »

Le Seigneur la dévisageait avec tant d'intensité qu'elle se sentait de nouveau flageolante.

« La Théorie du Sang… C'est une hypothèse proposée par un mage il y a longtemps, spécialisé dans l'art de la très ancienne magie. A l'époque, peu de gens lui accordaient de crédit, parce que sa théorie était si peu crédible… Il expliquait que l'âme était liée au corps, à la chair, d'une manière ou d'une autre, et il insinuait que si elle l'était à la chair, elle pouvait l'être de ce fait au sang. Sans ces deux éléments, l'âme ne pourrait subsister. Bien sûr, il a été très sévèrement critiqué, d'autres de ses congénères ont réussi à prouver son erreur…

-Ne récite pas ton cours, Meryl. Ne répète pas comme un perroquet tout ce qu'on t'a appris. »

La voix sifflante était devenue coupante comme la lame d'un couteau. Meryl se tut, rougissante. Elle entendit le ricanement moqueur d'Helena dans son dos, mais après tout, elle aussi devait se sentir gênée de sa propre idiotie.

« La vérité, Meryl, c'est que l'âme est en effet liée au sang de l'être. Beaucoup de sorciers trouveraient cela complètement fous, et Moi le premier à une certaine époque. L'idée de la situation exacte de l'âme dans le corps a été longuement débattue. La majorité croyait dur comme fer qu'elle tenait une place maîtresse dans le cerveau. C'est faux, elle ne fait que le contrôler. Une âme n'est pas matérielle, et pourtant elle ne saurait survivre longtemps dans un corps dont le sang n'est pas naturellement le sien. »

Il baissa la tête en souriant.

« Je ne l'aurais pas cru, à l'époque, et l'idée me semblait désespérée. De toute manière, Potter avait détruit tous mes Horcruxes… Sauf un. Lorsque mon âme s'est envolée, Nagini a hurlé avec moi. Dire que cette pauvre Granger était sur le point de lui couper la tête à ce moment-là… Quelle idiote. Le morceau d'âme qui était dans Nagini savait alors qu'il n'allait pas lui rester beaucoup de temps avant qu'il ne se dissolve. Elle est entrée en communication avec moi, qui étais si désemparé… Et je suis resté, pendant ce qu'il me semblait un temps infini, à contempler mon corps mort et vide, inutilisable. Rien ne peut déjouer un sortilège de mort, Meryl. A part peut-être… Cette chose stupide qu'on appelle l'amour. Potter avait le sceau sur lui, et tout ce temps, je n'avais pas compris que je ne pouvais rien contre lui… Jusqu'à ce que mon esprit entre en collision avec le sien. Il s'est alors opéré une étrange fusion, comme une explosion. Et l'instant d'après, nous ne voyions plus rien. »

Jouant avec ses doigts, les promenant tantôt dans ses cheveux ou les examinant avec fascination, il murmura :

« C'était incroyable comme cette union était douce et consentante, et en même temps sauvage et féroce. Il a vainement tenté de résister, mais il était trop abasourdi pour combattre. Il ne m'a pas fallu longtemps pour déchiqueter et éparpiller son âme aux quatre vents. Peu m'importe de savoir s'il y a survécu ou pas. Peu m'importe, car son corps m'appartient, désormais. »

Il caressait son corps comme celui d'un amant, avec beaucoup de tendresse et d'ironie.

« Voilà la vérité, Meryl. Je ne pouvais me lier qu'à un être dont le sang était pareil au mien. Or, j'ai tué tous les membres de ma famille depuis bien longtemps. Quelle erreur ! Heureusement que j'ai eu la présence d'esprit d'invoquer celui de Harry Potter. Nous étions ainsi liés, d'une façon ou d'une autre. Notre sang avait les mêmes dispositions, et là plus que jamais, c'est moi qui bénéficie de l'amour maternel dont il a hérité. Ecoeurant, mais néanmoins nécessaire. J'ai découvert une nouvelle forme d'invincibilité.

-Mais… Votre ancien corps… »

Meryl pâlit subitement, en se rendant compte qu'elle avait parlé trop vite. Cependant, Voldemort se contenta de sourire.

« Mon ancien corps, Meryl ?

-Et les statues de la messe…

-Oh. Eh bien, voix-tu, c'était mon apparence, il y a plus de quinze ans. Mais bientôt, elles ne seront plus nécessaires. La foi se base sur la confiance aveugle de fidèles envers une entité dont ils n'ont pas besoin de connaître l'existence réelle. Heureux sont ceux qui croient sans voir, quant aux autres… Ce ne sont que des pécheurs, tous autant qu'ils sont. »

Il la fixa intensément.

« J'ai éveillé ton intérêt, Meryl. Maintenant, tu veux savoir ce que j'ai l'intention de faire de toi, dans tout ça, et pourquoi je t'ai expliqué tout cela. »

Elle ne répondit pas, les mains tremblantes.

« Vois-tu, Meryl, il a dû y avoir des choses, quand tu étais plus jeune, qui t'ont surprise, des dons inattendus… Oui, Meryl, je suivais ton cas de très près, depuis l'instant où Je t'ai sauvé la vie. Pourquoi ai-Je fait une chose pareille ? Je te l'expliquerai plus tard… Pour le moment, venons-en au rôle que Je souhaite te confier. »

Il fit un pas vers elle et elle lutta pour ne pas esquisser un mouvement de recul, terrifiée à la simple idée qu'Il essayât de la toucher.

« Meryl, il y a une chose, en toi, qui te dévore petit à petit. Je l'ai vue dans tes yeux dès l'instant où Je t'ai rencontrée. Tu avais de grands yeux bleus d'enfant innocente, qui Me faisait face sans comprendre. C'est dans ton regard que J'ai décelé le mal qui te rongeait déjà, à ce moment-là. »

Elle se raidit, et porta une main à sa poitrine, au niveau de son cœur.

« Peut-être as-tu dû en sentir les premiers effets… sourit-Il. Cette chose, Meryl, est ce qui t'a permis de te démarquer des autres dès le plus jeune âge. Elle mettait à mal tes états de pensée. La différence est une chose dangereuse, elle influe sur tes relations sociales. Si tu te sens seule, c'est que tu n'es pas normale. Plus personne ne devrait se sentir seul. Plus personne ne devrait valoir plus ou moins que son voisin. »

Il fit un nouveau pas et elle se mordit les lèvres, les poings serrés, cette fois-ci.

« Je veux détruire cette chose qui est en toi, Meryl. »

Elle sursauta, et leva les yeux incidemment. Elle croisa ses grands yeux verts, et elle se sentit immédiatement prise dans leur spirale hypnotique, sans moyen de s'en sortir.

« La détruire… » répéta t-Il. Et tout d'un coup, Il fondit sur elle et prit son visage entre ses mains. Front contre front avec Lui, elle écarquilla davantage les yeux et resta paralysée, presque sur le point de s'évanouir. Elle avait envie de vomir.

« Cette chose est un danger pour ton corps comme pour tous ceux qui t'entourent. Si elle sévit encore longtemps, ses effets seront néfastes à long terme. Oh, à première vue, un don de guérison ne peut avoir que des effets bénéfiques, il décuple tes mécanismes de défense pour que tu puisses te remettre rapidement, mais cela puise paradoxalement dans ton énergie, et à force, ton corps ne pourra plus le supporter. Il est encore heureux que tu t'en sois aussi peu servi jusqu'à maintenant. »

Il Se détacha soudain d'elle et elle chancela, portant la main à son front comme s'Il venait d'y laisser une brûlure.

« Cependant… C'est justement de cette chose dont J'ai besoin, pour résoudre tous mes problèmes. »

Tous le regardèrent avec surprise et crainte mêlées.

« C'est étrange, n'est-ce pas ? Ne t'inquiète pas, Meryl. Une fois qu'elle n'aura plus son utilité, je la supprimerai sans pitié.

-Mais… qu'allez-Vous faire de moi dans ce cas ? Comment allez-Vous… la retirer ?

-J'attendais que tu te poses cette question, murmura t-il, avec un doux sourire. Tu es intelligente, Meryl, il ne pouvait en être autrement. Tes yeux sont habités par cette lueur vive que l'on croise si peu souvent… Cela ne se fera pas sans douleur, mais Je ne te tuerai pas. Si je le faisais, cette chose continuerait à vivre même sans enveloppe charnelle, jusqu'à temps de trouver un autre être vivant dans lequel s'abriter. Car oui, Meryl, elle détient ce secret dont J'ai si longtemps cherché la clé. Je ne l'ai découvert que très récemment, mais sans être véritablement une âme, elle fonctionne comme elles. Elle se trouve un corps, et peut l'occuper pendant une longue durée, jusqu'à épuisement. Elle est immortelle. Et le plus épatant, c'est qu'elle n'a pas besoin de se rattacher à un corps disposant des mêmes propriétés que celui dont elle provient, puisqu'à l'origine, elle n'en possédait pas. »

Ses mots mirent un moment à faire leur chemin jusqu'au cerveau de Meryl. C'était totalement surréaliste… Elle regarda ses mains tremblantes.

« Cette chose cohabite avec toi dans un même corps. Tu ne l'as jamais sentie, car elle est enfouie au fond de toi. Plus tu utiliseras ton don, plus elle se manifestera. Et à ce moment-là, je frapperai.

-Et pourquoi voulez-Vous me… l'utiliser ? »

Son ton monocorde le fit rire un bref instant.

« Je vais lui soutirer ses moindres secrets, avant de l'éteindre comme une flamme de bougie. Tu m'aideras, Meryl. A comprendre comment elle est parvenue à ne pas s'étioler avec le temps, tandis que Moi, Je ne suis presque qu'un cadavre dans un corps qui ne m'appartient pas. Je M'essouffle, il suffirait qu'une personne porte le coup de grâce pour que Je Me meure à mon tour. Il ne me reste que Nagini, et si elle meurt, Ma vie ne tiendra plus qu'à un fil. Je dois trouver une solution avant d'en arriver à cette extrémité. Car J'ai beau avoir franchi une nouvelle étape dans mes découvertes, tant que Je ne serai qu'un simple mortel, Je n'aurais pas vaincu le temps. Le temps est devenu mon pire ennemi. »

Sa tirade terminée, il tourna la tête vers elle, ses yeux verts accrochèrent les siens, et il tendit la main.

« Prête-moi ta force, Meryl. Et ma reconnaissance sera de même valeur, je te le promets. »

Elle regarda la main tendue avec une expression circonspecte qu'elle ne pouvait s'empêcher de faire apparaître.

« J'aurais aimé pouvoir l'utiliser plus tôt, pour sauvegarder ce corps, ajouta t-Il. Il M'aurait encore beaucoup servi. Mais il est trop tard, maintenant. Dans quelques années, au plus, il sera réduit à l'état de lambeaux. Bientôt, l'icône ne sera plus, J'aurais perdu un avantage dans ma lutte contre les Rebelles, mais de toute manière, ils ne sont qu'une poignée. Cela fait quinze ans qu'ils essaient de Me vaincre, pourquoi y parviendraient-ils maintenant ?

-Mais… Ce corps… Combien de temps mettra t-il avant de…

-Ta curiosité t'honore, Meryl. Ne t'inquiète pas, Je M'en débarrasserai bien avant qu'il ne soit qu'un tas de cendres. Mon prochain réceptacle sera bientôt apprêté pour le rituel. »

D'abord, Meryl ne comprit pas, et fronça les sourcils d'incompréhension. Elle redoutait de comprendre ce qu'Il voulait lui signifier. Elle murmura alors, très doucement :

« Et ce réceptacle, c'est…

-Tu as déjà eu le privilège de le voir. Anita sera mon prochain corps, un corps de substitution cependant, en attendant la venue d'un héritier parfait. »

Elle n'aurait su dire si le nombre de révélations qu'Il lui avait faites allait finir par lui faire tourner de l'œil. La plupart étaient trop choquantes pour qu'elle osât y croire. Tout cela ressemblait à une farce grotesque.

« Tu as une bonne mémoire, Meryl, tu pourrais donc te souvenir de ce que Je t'ai révélé plus tôt. »

Toutes sortes de pensées se bousculaient dans la tête de Meryl, sans rapport logique entre elles. Elle était incapable d'ordonner ses idées. La panique se heurtait à l'incompréhension, et en même temps, les paroles revenaient dans sa tête, comme un retour en arrière :

Voilà la vérité, Meryl. Je ne pouvais me lier qu'à un être dont le sang était pareil au mien.

L'autre hypothèse est encore plus folle : gageons que le fou furieux ait pu avoir… un enfant.

Une âme n'est pas matérielle, et pourtant elle ne saurait survivre longtemps dans un corps dont le sang n'est pas naturellement le sien.

-Ce n'est pas possible. C'est même totalement réfutable. Pourquoi voudrait-il d'un enfant s'il était convaincu d'être immortel grâce à ses Horcruxes ?

-En cas d'ultime recours ? »

Elle retint brusquement une envie de rire. Encore une fois, Tessa avait eu raison…

Vous devriez quand même réfléchir à ça. Ce n'est pas franchement courant de voir des personnes aux yeux rouges tous les jours. Et il me semble que jusqu'alors, d'après la description qu'on m'en a faite, Vous-Savez-Qui avait cette couleur d'yeux.

« Qu'est-ce qui est drôle à ce point, Meryl ? »

Elle ne s'était pas aperçue qu'elle avait laissé un sourire fleurir sur ses lèvres.

« Oh, bien sûr, dit-il, en souriant. J'ai joué la comédie ce jour-là, mais cette Métamorphomage est un danger pour moi. Elle est trop perspicace. Si elle n'avait pas refusé mon offre, elle aurait fait un agent redoutable, et J'aurais eu bien mieux à lui offrir que ces maudits Rebelles. Il existe cependant un détail fâcheux, concernant Anita. C'est qu'elle ne possède pas la moindre goutte de mon sang, étant née avant ma résurrection.

-Comment c'est…

-Mais elle reste celle que j'ai conçue, car l'âme qui vit en elle est une part de la mienne. »

Il finit par tourner le dos, un bref instant. Sa cape noire flottait dans son dos.

« Par ailleurs, passons à autre chose. Tu as eu toutes les informations que Je souhaitais te donner. Reste à te convaincre du bien-fondé de mes actions. Car oui, Je l'ai bien vu, ils t'ont pervertie… En t'enfonçant leurs idées dans le crâne, ils t'ont détournée de nos idéaux… C'est bien fâcheux, mais je n'en attendais pas moins. Tu as beau être intelligente, ton esprit est fragile, il est si facile à corrompre… Mais tous les hommes sont faibles, de toute manière, et il est normal que tu ne fasses pas exception. Ne te laisse pas envahir par leurs mauvais jugements, et leurs idéaux ineptes. »

Les mots entraient en elle et semblaient vouloir l'amadouer. Il employait un ton doux et apaisant, qui était comme une mélodie rassurante pour ses oreilles. C'était une voix si humaine, c'était la voix du Sauveur. Du temps où il était le propriétaire de son propre corps, il devait avoir une pareille voix pour rassurer ses partisans…

Qui devait-elle écouter ?

N'abandonne pas.

Elle sursauta. Cette voix-là…

Elle vit, en face d'elle, le Seigneur avancer vers le bureau et tendre les mains pour s'emparer d'un objet qui se trouvait dessus. Elle le regarda faire, ne comprenant pas ce qu'il tentait de faire. Elle avait les yeux rivés sur lui, et restait inattentive aux présences des autres Héros. Drago Malefoy continuait de la regarder avec insistance, une expression profondément perturbée sur le visage.

Les robes noires virevoltèrent lorsque le Seigneur se retourna pour lui faire face, caressant quelque chose du bout de ses doigts. Il avança vers elle, et elle se mordit à nouveau la lèvre. Chaque fois qu'il s'approchait, elle avait l'impression que son corps entier se glaçait, comme si Sa simple proximité pouvait la tuer.

« Reconnais-tu ceci, Meryl ? »

Il tendit les bras, et la jeune fille put voir ce qu'il tenait. C'était une longue baguette, d'un bois très sombre, droite et qui semblait rigide. Elle se demanda que dire. N'ayant rien qui lui venait à l'esprit, elle choisit de se taire.

« Il y a nombre de baguettes que j'ai conservées après la guerre, autant de Mes ennemis que de Mes fidèles. La plupart sont Mes victimes, et d'autres sont morts pour Ma cause. La baguette de Bellatrix Lestrange, que j'ai utilisée pour t'assommer, fait partie de celles-ci. »

Tout le monde dans la pièce sursauta, à commencer par Meryl. Helena et Caelius, juste derrière, froncèrent les sourcils, effrayés de savoir ce que cela pouvait signifier.

Le Seigneur sourit, satisfait de l'effet de surprise qu'Il avait provoqué.

« Ne tirez pas de conclusion trop rapide, cependant. Cette baguette a appartenu à quelqu'un de valeureux et de dévoué. Quelqu'un qui a donné sa vie pour Me servir jusqu'au bout. Son sacrifice n'a pas été vain, puisque aujourd'hui, nous en sommes tous là. Ta baguette est devenue inutilisable, Meryl. Mais, si tu acceptes ma proposition, celle-ci te reviendra.

-Me… revenir ? » répéta t-elle.

Elle était sincèrement dubitative et un peu effrayée. Quelque chose dans Sa façon de la regarder, comme s'Il guettait la moindre de ses réactions, l'interpellait. Elle pouvait presque deviner le rictus moqueur au coin de Ses lèvres.

« A qui appartenait-elle ? »

Pour toute réponse, le sourire du Seigneur s'accentua. Comme la réponse tardait à venir, elle leva doucement la main, et s'arrêta brusquement dans son geste. Elle avait la sensation que si elle touchait le bois, des souvenirs, peut-être, lui reviendraient… Des souvenirs…

« Tu hésites ? Tu le regretterais beaucoup, si tu refusais.

-A qui appartenait-elle ? »

Sa voix se faisait plus pressante, et elle ne pouvait se résoudre à quitter l'arme des yeux. Comme il n'avait toujours pas l'intention de lui répondre, elle leva son bras plus haut et ses doigts se posèrent progressivement sur le bois rêche. Brusquement, elle poussa un cri de surprise et de douleur. Le Seigneur venait d'emprisonner sa main dans les siennes, la serrant à l'en faire grimacer. Son cœur battait à toute allure. Elle gémit.

« Alors, cela veut dire que tu es avec Moi ? » susurra t-il, d'une voix caressante.

Et, sans la lâcher du regard, il lança à voix haute :

« Helena, viens donc ici, je te prie. »

Surprise d'être appelée, et à plus forte raison par son prénom, la jeune Héroïne avança avec hésitation vers son Maître. Sans lui accorder la moindre attention, il lui intima :

« Il me semble que tu es gauchère. Relève donc ta manche et montre à Meryl le prix d'une adhérence. »

Le visage d'Helena s'éclaira un bref instant, et une joie mauvaise se fit voir dans ses yeux sombres. Le sourire machiavélique, elle s'exécuta et tendit son avant-bras, de manière à ce que Meryl pût le voir. La jeune fille frissonna. Une horrible cicatrice indélébile était imprimée sur le poignet pâle. Le sang coagulé formait une écriture nette et soignée, comme si Helena avait eu la fantaisie de se charcuter elle-même le poignet en souhaitant faire un tatouage. Mais une telle netteté dans la formation des mots ne pouvait signifier qu'une chose.

« La Plume de la Promesse, murmura t-elle.

-Bien vu, sourit le Seigneur. Tu en as forcément entendu parler, les meilleurs élèves de promotion, à la sortie d'un Pensionnat, se lient à Moi d'une manière ou d'une autre. La Plume est un rite que J'ai instauré, même s'il M'arrive exceptionnellement de réutiliser la Marque des Ténèbres. Cependant la Marque n'était pas un moyen assez fiable pour contrôler Mes partisans. La Plume, en plus de signifier qu'ils M'appartiennent, est porteuse d'un maléfice qui se transmet dans le sang. Si un de mes Héros M'est infidèle, il le paiera très cher. Je peux ainsi éviter de répéter les erreurs du passé. »

Son regard s'assombrit, et il soupira. Meryl fixait toujours la cicatrice. De l'écriture raffinée d'Helena, qu'elle avait pu voir quelquefois sur ses parchemins, était inscrit un mot, un seul. Un mot qui signifiait tout.

Toujours.

« Je pense, Meryl, que Je peux te faire une faveur. Tu as peut-être été défavorisée, n'étant que Sang-Mêlé. Mais tu es un trésor précieux, la vérité était que je voulais éviter de faire parler de toi trop tôt. Maintenant, c'est trop tard. A Noël dernier, J'avais voulu marquer le coup en révélant ton existence pour la première fois. J'ai été très désappointé lorsque cette idiote de Jessica Goldheart M'a avoué qu'elle t'avait perdue. Perdue. »

Elle pouvait presque sentir comme il fulminait encore de rage à ce souvenir.

« Jessica Goldheart M'a terriblement déçu. Je l'avais mise à la tête d'un Pensionnat parce que Je savais qu'elle était prête à tout pour Me servir. Je pensais, à tort, qu'un tel zèle Me serait profitable… Mais elle n'en a finalement fait qu'à sa tête, elle s'est laissée emporter par sa haine. A cause d'elle, toute une génération d'Enfants de Rebelles ont vu leur éducation bafouée. »

La vision fugitive de Ted vint à Meryl. Jessica Goldheart était morte… par sa faute. La même amertume qu'elle avait ressentie lorsqu'elle avait appris le suicide de Natanael lui vint en bouche. Elle ne pouvait pas croire que toutes ces choses s'étaient déroulées à cause d'elle. Si elle n'avait pas fait tant de vagues, tous deux auraient été encore vivants, à l'heure qu'il était…

« J'aurais dû comprendre les sentiments qui l'animaient, à l'époque, expliqua t-il, de son timbre si soyeux. Elle était encore ravagée par le chagrin… Elle n'avait que peu participé aux combats qui opposaient nos deux camps durant la guerre. Elle faisait partie de ceux qui considéraient Harry Potter comme un illuminé, rien de plus. Elle s'inquiétait de voir qu'un tel garçon puisse sombrer dans la folie. Et puis, elle a finalement su la vérité, comme les autres. Elle a d'abord été effrayée, elle a tout fait pour protéger sa famille durant la guerre. Bien sûr, Meryl, elle en avait une (il hocha la tête en constatant son expression abasourdie). Elle était mariée à un homme aimant, tout ce qu'il y a de plus respectable, un petit fonctionnaire du Ministère, et elle avait un tout jeune fils, qui faisait son bonheur. A la fin de la guerre, ils se sont ralliés au plus fort. Elle aurait pu continuer sa vie de sorcière de troisième rang, s'il n'y avait eu un jour cet incident fâcheux… »

Meryl, suspendue à ses lèvres, ne faisait plus attention à son toucher, ni à ce qui se passait autour d'elle. Elle laissait les mots envahir son esprit, et ils laissaient comme une plaie plus vive encore dans son âme.

« Tu as sans doute entendu parler des incidents de Londres, il y a près de douze ans ? »

Elle hocha la tête, lentement. Elle avait appris cela dans ses cours d'Histoire.

« Ce jour-là, des centaines de personnes sont mortes, murmura le Seigneur. Une grande catastrophe pour les hautes instances. Tuer un sorcier de sang pur revient à mériter la peine capitale… Des dizaines de personnes ont été arrêtées à la suite de cette série d'attentats, et après être passées par la phase d'interrogatoire, exécutées sur le champ. Parmi les victimes des attaques, il y avait le jeune Matthew et son père, partis faire des courses en cette journée nuageuse. Elle les a perdus, tous les deux, d'un seul coup. Par la faute des Rebelles. »

La dernière phrase avait été prononcée d'un ton grave, les syllabes maîtrisées avec adresse, de manière à laisser leur aura après s'être affaiblies et diluées dans le néant. Meryl avait le cœur au bord des lèvres, elle voulait tant pleurer, mais les larmes refusaient de surgir. Elle se contentait donc de respirer fort.

« Il a suffi que le monde s'écroule autour d'elle, elle, la mère de famille qui n'aspirait qu'à une vie paisible et heureuse, pour que se construise sur les décombres de son bonheur, la haine de ceux qui le lui avaient retiré. Dès lors, elle a commencé à considérer Mes idées, à être de plus en plus attirée par les possibilités qu'elles pouvaient lui promettre… Pour beaucoup d'autres aussi, ce jour-là, J'ai été la seule alternative évidente. J'ai pu ainsi démontrer à quel point les Rebelles étaient des monstres sans cœur, qui n'hésitaient pas à tuer des civils pour atteindre leur cible. Son dévouement lui a permis de gravir les échelons progressivement, et J'ai fini par la remarquer… au point de lui confier la responsabilité d'un Pensionnat. Mais ce n'était pas un service à rendre. Ce qu'elle aimait, c'était torturer les gens qui lui avaient fait du mal. Elle voulait se venger à tout prix, et au bout d'un moment, son aveuglement a été plus fort que tout. Alors Je me suis aperçu de l'état dans lequel elle avait laissé son établissement. Elle avait voulu reproduire sur les enfants ce qu'avaient fait leurs parents, et elle a mis à mal leur instruction. Partout ailleurs, des Enfants de Rebelles que nous avons arrachés à leurs parents ont pu s'insérer dans la vie active en Me priant avec vénération. Peu de gens pourraient se douter de l'endroit d'où ils proviennent. Ceux qui se sont enfuis compromettaient la position de Jessica Goldheart et pis encore, la stabilité de Mon empire. Elle voulait gravir toujours plus les marches jusqu'à la puissance pour pouvoir réprimer la résistance comme jamais. Mais Je n'aime pas qu'on ait des ambitions si démesurées. L'éliminer était finalement une bonne chose, elle avait beau proclamer sa fierté d'être Ma servante, elle allait finir par commettre des actes irréparables. J'ai fait le bon choix. A partir de ce jour, J'ai pris garde à ne pas faire confiance aux sorciers qui avaient le cœur brisé, car ce sont les plus dangereux. »

Il s'arrêta un moment, comme pour se donner le temps de la réflexion, et susurra :

« Les gens qui ont un cœur sont les plus dangereux. Il serait tellement simple de bannir tous les sentiments. Il serait ainsi tellement plus facile de contrôler la population. »

Brutalement, il lui lâcha la main, lui cédant la baguette, un rictus goguenard au coin des lèvres :

« Maintenant, Meryl, tu sais ce que tu dois faire à présent que je t'ai donné cette baguette. Tu en es la nouvelle propriétaire, et je pense que ton prédécesseur serait ravi de te la léguer.

-Est-ce que vous voulez dire qu'elle est…

-Rien n'est moins sûr, Meryl, mais je peux t'offrir de tout savoir dès lors que tu seras des nôtres. Je te donnerai cependant la liberté de choisir, mais alors, si tu ne vois pas où est ton avantage, je ne pense pas que tu pourras jouir longtemps des nouveaux droits que je t'ai donnés. »

Il fit un signe derrière lui et Drago Malefoy sortit alors de son immobilité, allant jusqu'au bureau pour récupérer quelque chose. Lorsqu'il revint, elle vit qu'il tenait une sorte de plateau, où différents objets reposaient. Le premier était un livre, un peu vieux, à la couverture noirâtre marquée d'un serpent s'enroulant autour d'une tête de mort. Les deux autres étaient un parchemin jauni et une longue plume dorée, impossible à ignorer. Elle les identifia immédiatement :

« La Plume de la Promesse, et… »

Elle saisit le livre, hésita, puis l'ouvrit. La première page était recouverte de son écriture familière et irrégulière d'enfant, tout juste en âge de savoir écrire ce qu'on lui dictait. Elle sentit une boule se former dans sa gorge.

« Pour nous rejoindre, tu n'as besoin que de cela. Tu écriras ton nom en jurant sur ton Vox, et en vouant fidélité à ton Seigneur et Maître. Je te garantirai une place spéciale à Mes côtés, et Mon simple pouvoir te garantira la sécurité pour le restant de tes jours. »

Il avait la voix si suave, si peu ressemblante à son physique… Le vice dissimulé derrière le masque de l'innocence. Le ton qu'Il employait lui donnait pourtant presque envie de Le croire, et ses doigts tremblaient en parcourant les lignes de son Vox. Ils avaient dû le récupérer dans ses affaires, au Pensionnat…

« Alors, Meryl, fais-tu ton choix ? »

Elle garda les yeux baissés, son cerveau fonctionnant à toute allure. Que faire ? Si elle refusait, Il ne lui laisserait pas la moindre alternative. Ou bien Il la soumettrait par la force, ou bien Il la tuerait sans autre forme de cérémonie. Dans les deux cas, elle allait souffrir, elle le savait. Jurer fidélité était de loin la plus facile des solutions, mais elle répugnait à inscrire un tel mot sur le parchemin, qui resterait imprimé dans sa chair pour le restant de ses jours. C'était comme vendre son âme au diable.

« Vous m'avez dit qu'en réalité, je vaux bien plus que ce que je suis, dit-elle, d'une voix sourde. Sauf que je ne sais pas vraiment qui je suis, à part ce que Vous voulez bien me dire.

-Que veux-tu dire ? » dit-il, fronçant légèrement les sourcils.

Elle leva soudain les yeux vers lui et affronta courageusement son regard. Elle savait que c'était de la folie, mais elle ne pouvait pas baisser la tête. Son corps lui hurlait de la garder haute, aussi haute que cela lui était encore possible.

Cet acte de bravoure ne passa pas inaperçu, et il se pinça les lèvres, appréciant peu le geste. Lord Voldemort avait l'habitude qu'on courbât la nuque devant lui.

« Meryl… » murmura t-il.

-Pourquoi m'avoir préservée, tout ce temps ? Je sais qu'il y autre chose, parce que s'il ne s'agissait que de mon don… Et pourtant, Vous avez l'air de tenir à ce que je vive. Comment, alors que je suis une… »

Le mot se coinça dans sa gorge, mais elle ravala sa salive et le murmura tout doucement :

« Sang-Mêlé… »

Le Seigneur parut un instant en proie à la réflexion. Il sourit.

« Dans notre société qui prône le sang pur, tu n'as pas ta place… J'en suis conscient, mais après tout, quelques Sang-Mêlé travaillent encore en collaboration avec nous, ils se logent et mangent simplement comme ils peuvent, puisqu'ils ne jouissent pas tout à fait des privilèges des Sang-Pur… Beaucoup voulaient ta mort, c'est vrai. Ton envoi au camp S était le moyen de tester ta résistance psychologique, mais nous avons bien failli échouer… Et en attendant, tu avais presque réussi les tests. Même, tu t'épanouissais mieux dans cet environnement que dans celui du Pensionnat. Tu ferais un soldat parfait, aux qualités multiples. Une aide précieuse et aux ressources inépuisables. Il est tellement stupide de se débarrasser de trésors comme toi. »

Il baissa la tête vers elle. Elle se sentait si petite, brusquement…

« Tu sais, Meryl… Après tout, c'est Moi qui décide qui a le sang pur (1). »

Cette simple phrase eut comme l'effet d'une bombe. Les Héros écarquillaient les yeux. Jamais ils n'avaient vu leur Maître admettre une telle chose devant leurs yeux, Lui qui était si fier. Mais il ne paraissait pas le moins du monde honteux, fixant simplement Meryl, quêtant sa réaction.

A cet instant, elle ne savait pourquoi, mais elle savait sa décision prise. Elle allait le regretter, elle le savait, elle allait souffrir, et ne jamais pouvoir revenir en arrière. Elle était prête à faire une croix sur ce qui avait été sa raison de vivre des années durant. Elle allait renier ce à quoi on l'avait préparée, tout ce temps. Sa simple raison d'être.

Une dernière fois, elle ouvrit le Vox, le tenant solidement en mains comme pour imprimer dans sa mémoire la texture de sa couverture. L'écriture maladroite de ses onze ans s'étalait sous ses yeux, et plus on avançait dans la narration, plus elle mûrissait.

Intérieurement, elle disait adieu à son enfance.

Elle savait qu'il avait compris. Elle s'était attendue à ce qu'il réagît rapidement, à ce qu'il laissât éclater sa rage, mais il ne disait rien, il restait stoïque, attendant patiemment de voir ce qu'elle allait faire, connaissant déjà par avance le dénouement de cette funeste farce. Et cette passivité lui semblait plus effrayante encore. Par Sa simple immobilité, le Seigneur instaurait le doute dans son esprit, lui demandant si ce qu'elle allait faire était vraiment une bonne idée. Et si elle le faisait, alors ainsi fût-il.

Elle recula. Personne à part Lui ne semblait comprendre ce qu'elle avait en tête. Elle n'avait pas pris la Plume de la Promesse, elle n'avait pas même prêté attention au parchemin. Elle tenait son Vox précieusement contre elle. Le feu crépitait toujours dans la cheminée. Sentant sa chaleur dans son dos, elle se retourna. Observant un instant les flammes mouvantes et voraces, tentant désespérément de l'atteindre, elle n'hésita qu'un bref instant. Son choix était fait, et sa fierté nouvelle exigeait qu'elle ne regardât pas en arrière une seule fois.

Le Vox émit un bruit sourd lorsqu'il tomba dans le bûcher. Aussitôt, le feu s'en empara, et les pages commencèrent à brunir puis à disparaître, tandis que la couverture se craquelait. Dans la pièce, elle entendit des exclamations horrifiées, surprises, des cris de rage et de stupeur. Elle venait de commettre le pire des sacrilèges. Non seulement elle avait tourné le dos au Seigneur, mais en plus, elle avait commis un crime passible de la peine suprême. Elle était un élément divergent, une ennemie du régime, à présent. Elle n'était plus une Héroïne.

Comment un homme s'assure-t-il de son pouvoir sur un autre, Winston ?

Mentalement, le dialogue lui revint.

En le faisant souffrir.

Exactement. En le faisant souffrir. L'obéissance ne suffit pas.

Elle se préparait déjà à ce qu'elle allait subir.

Comment, s'il ne souffre pas, peut-on être certain qu'il obéit, non à sa volonté, mais à la vôtre ?

Le sort l'atteignit dans le dos avant qu'elle eût eu le temps de prendre conscience des conséquences qui allaient s'ensuivre.

Le pouvoir est d'infliger des souffrances et des humiliations. Le pouvoir est de déchirer l'esprit humain en morceaux que l'on rassemble ensuite sous de nouvelles formes que l'on a choisies. Commencez-vous à voir quelle sorte de monde nous créons ?

Elle chuta au sol, et la douleur intense lui arracha un hurlement. Il se répercuta dans toute la salle, et il lui semblait que son corps entier implosait de l'intérieur, que ses organes se ratatinaient et que sa boîte crânienne se resserrait autour de son cerveau, presque sur le point d'exploser. La folie n'était pas loin de prendre le dessus.

C'est exactement l'opposé des stupides utopies hédonistes qu'avaient imaginées les anciens réformateurs. Un monde de crainte, de trahison, de tourment. Un monde d'écraseurs et d'écrasés, un monde qui, au fur et à mesure qu'il s'affinera, deviendra plus impitoyable.

Pourquoi cela ne s'arrêtait-il pas ? Ses hurlements lui vrillaient les tympans, et plus rien n'existait, il n'y avait plus qu'elle et cette douleur, cette affreuse douleur, sa chair qui se déchirait et ses yeux qui se révulsaient, qui semblaient se dissoudre dans ses propres orbites. Elle se mordit la lèvre inférieure jusqu'au sang, et le goût salé envahit sa gorge. Elle avait même dû se couper la langue.

Le progrès dans notre monde sera le progrès vers plus de souffrance. L'ancienne civilisation prétendait être fondée sur l'amour et la justice. La nôtre est fondée sur la haine. Dans notre monde, il n'y aura pas d'autres émotions que la crainte, la rage, le triomphe et l'humiliation. Nous détruirons tout le reste, tout.

« QUE CA S'ARRÊTE ! QUE CA S'ARRÊTE » sanglota t-elle, à moitié, tandis que le peu de voix qui lui restait se perdait dans ce cri. Mais la douleur allait en s'accroissant, et elle ne pouvait imaginer qu'un tel degré de souffrance pût être atteint sans qu'on atteignît indubitablement la folie. Des griffes lui lacéraient le corps, s'enfonçaient dans sa chair, elle était écrasée sous une masse insoutenable qui lui explosait le crâne. Plus rien n'avait de sens.

Une question, en tout cas, avait trouvé sa réponse. Jamais, pour aucune raison au monde, on ne pouvait désirer un accroissement de douleur. De la douleur on ne pouvait désirer qu'une chose, qu'elle s'arrête.

« Devant la douleur, il n'y a pas de héros, aucun héros »

Tout d'un coup, la souffrance s'arrêta. Elle resta affalée au sol, soufflant comme un bœuf, ses mains tremblantes serrées contre sa poitrine, s'accrochant à sa nouvelle baguette comme à un moyen de survie. Ses yeux n'en pouvaient plus de pleurer, elle était même incapable de réfléchir.

Elle avait déjà été victime du Doloris avant, mais jamais à un tel degré.

Une voix froide s'éleva au-dessus d'elle, survolant ses oreilles. Cependant, elle pouvait saisir distinctement ses paroles :

« J'avais dit qu'il était hors de question de lever la main sur elle sans mon consentement, Carrow.

-Mais, Maître… dit l'homme qui l'avait accompagnée, Amycus lui semblait-il. Maître, elle a…

-Je sais ce qu'elle a fait, Carrow, Je ne suis pas aveugle, rétorqua l'autre, d'un ton lourd.

-Maître, je pensais…

-Tu n'écoutes jamais les ordres quand il le faudrait. Ton imprudence commence à bien faire, et Je cherchais depuis un moment à trouver le moyen de disposer de toi. Tu sais ce qui est arrivé à ta sœur, n'est-ce pas ? »

Rien ne Lui répondit, et Il prit cela comme une approbation.

« Très bien. »

Il y eut un sifflement, puis :

« Avada Kedavra ! »

Une lumière vive éclaira un instant le visage de Meryl, qui ne voyait rien de ce qu'il se passait. Quelque chose s'écroula, un silence tendu s'installa. Cela sentait la peur à plein nez.

« Apprenez à l'avenir ce qu'il en coûte d'aller à l'encontre de Mes ordres, » dit le Seigneur, de sa voix calme.

Elle entendit un bruissement, et brusquement, sa vue fut bouchée par la vision des robes noires. Le Seigneur s'agenouilla près d'elle, et un frisson la traversa tout entière. Elle se recroquevilla davantage.

« Oh, Meryl, très chère Meryl… »

Une main serpenta dans ses cheveux, puis les lui tira, la forçant ainsi à lever la tête. La douleur dans son cuir chevelu lui tira une grimace.

« Je suis si profondément déçu, Meryl. »

Sa voix claquait comme un coup de tonnerre, si bien qu'elle sentit sa peau s'électriser. Le reproche forçait le passage vers sa conscience, la modelant à sa guise.

« Je ne sais pas si tu sais ce que cela fait, quand quelqu'un à qui tu fais confiance te trahit. Quelqu'un en qui tu plaçais beaucoup d'espoirs, et qui te poignarde dans le dos par la suite, ingrat qu'il est. Tu as sûrement déjà connu cela ? Ou bien tu as voulu te protéger en évitant de te faire des amis ? »

La pique réveilla aussitôt la souffrance de Meryl, et l'image de Ted lui vint en tête. Elle n'avait jamais voulu s'attacher à lui, pas vraiment, mais malgré elle, le lien entre eux s'était renforcé, et lorsqu'il leur était arrivé de vouloir tirer sur le fil, la souffrance avait été telle qu'ils étaient revenus l'un vers l'autre. Et la dernière fois, Ted avait voulu la protéger, lui avait été là pour elle. Et voilà comment elle l'avait remercié, une nouvelle fois…

C'était finalement bien elle, la traîtresse.

La main aux doigts froids du Seigneur se glissa sous son menton, tandis qu'il exerçait une pression sur ses cheveux pour la forcer à relever la tête. Les joues rougies de larmes, ses yeux bleus grands ouverts, elle se retrouva presque nez à nez avec lui. Un frisson de dégoût la secoua.

Quelque chose la secoua alors, l'ébranlant jusqu'au plus profond de son âme. Il lui semblait que son cerveau cognait très fort contre sa boîte crânienne, et que ses pensées ne lui obéissaient plus. Avec horreur, elle vit succinctement des images du passé revenir dans sa mémoire, des choses enfouies qu'elle avait cru avoir oubliées. L'extraction de ses souvenirs lui causait une douleur sans nom, presque pire qu'avec le Doloris. Il lui semblait voir passer toute sa vie en accéléré. Enfin, les souvenirs de ces derniers mois revinrent, à partir du moment où elle avait quitté le Pensionnat, jusqu'à son escapade avec Ted. Les images se concentrèrent alors sur lui, son sourire, son physique changeant, ses yeux si souvent dorés, sa main tendue et sa voix qui lui disait qu'il ne pouvait faire autrement que lui accorder sa confiance…

Quelque chose se rompit et elle s'écroula de nouveau au sol, Voldemort l'ayant lâchée. Il avait le visage mortellement sérieux, une lueur très dure au fond des yeux et son aura glacée refroidissait davantage l'atmosphère, si bien que le feu près duquel Meryl se trouvait ne parvenait pas à réchauffer jusqu'à ses os.

« Je vois… Tu fais tout ça pour lui, souvent bien malgré toi. Ce pauvre garçon que tu as tué… »

Un rictus moqueur tordit Son visage.

« Tu sais, Meryl, si tu avais réellement été forte, tu aurais lutté contre l'Imperium. Mais je pense aussi que si tu ne l'as pas fait, c'est parce que ta rancune était trop forte. Il devait le payer. »

Il se redressa de toute Sa hauteur, Ses pieds à seulement quelques centimètres du visage de la jeune fille. Elle voulait tant être sourde, en cet instant, pour ne rien écouter de ce qu'il lui disait. Son ton exprimait la rage pure, la déception, la déconvenue, tout cela à la fois.

« Souviens-toi que tu ne dois ta vie qu'à Moi. Tu le sais, Meryl, jusqu'à quel point J'ai œuvré pour toi ? J'ai tenu à ce que tu survives, et tu devrais continuer à M'en être reconnaissante. Il est absurde que tu te retournes si brusquement contre Moi, parce que tu auras avalé bêtement les bêtises de quelques marginaux, nostalgiques de l'ancien régime qui était, tu le sais, une vaste supercherie. Moi seul sais la vérité, Meryl, et Moi seul peux te la dispenser. Je sais tout, Meryl, Je vois tout. J'ai vu même jusqu'au plus profond de toi. »

Il se passa un moment de silence. Elle pleurait en silence, assaillie par des émotions contradictoires : d'un côté, la culpabilité la rongeait, et de l'autre, la bête à l'intérieur d'elle grondait, griffait pour étouffer ces mots sortis de la bouche du Tout-Puissant.

« Lève-toi, maintenant, Meryl. »

Elle ne fit rien. Ses jambes pouvaient à peine la soutenir, ce n'était plus que de la gelée.

« Lève-toi ! »

Alors quelque chose, comme une force invisible, la secoua, la traversant comme une épée. Une douleur envahit sa tête, et malgré elle, elle se hissa sur ses genoux, se servant de ses mains comme appui pour se remettre en équilibre. Tremblante, vacillante, elle se retrouva une nouvelle fois face au Seigneur, qui tendait la main vers elle. Sa baguette se trouvait dans l'autre, qui crépitait semblait-il d'impatience. Une baguette tordue, en bois très sombre celle-là, comme le cœur de Celui qui la manipulait.

« Le chemin est long et parfois impraticable pour se faire pardonner, mais il y a encore moyen de te ramener sur le droit chemin. Après cela, Je te laisserai en paix, et tu vivras une vie paisible, à l'abri des représailles. Tu aspires à ce qu'on te laisse en paix, n'est-ce pas ? A ce qu'on te reconnaisse enfin à ta juste valeur ? Je peux t'offrir cela. Mais il subsiste une condition, dont je veux m'assurer dès maintenant. »

Une lueur rougeâtre brillait intensément dans Ses yeux, plus encore que le feu dans la cheminée.

« Renie-le. »

Meryl savait qu'elle ne pouvait pas espérer avoir compris. Elle manquait trop d'énergie pour déterminer le vrai du faux, de toute façon. Le désordre dans sa tête l'empêchait de réagir systématiquement aux paroles du Seigneur.

« J'ai dit : renie-le. C'est ta seule chance de salut. Si tu refuses, ton sort sera tout tracé. »

L'ordre se fraya un chemin jusqu'à son cerveau, et elle resta pétrifiée, la respiration encore haletante, ne souhaitant qu'une chose, s'enfoncer sous terre. Son expression horrifiée trahissait ses véritables pensées. Mais Voldemort n'avait pas besoin de voir cela, Il savait que rien ne pouvait devenir comme avant, désormais. Meryl n'était plus l'adolescente naïve qui ignorait encore sa véritable utilité. Quelques mois avaient suffi pour la changer, pour qu'elle goûtât enfin à la connaissance.

Tout d'un coup, il leva sa main droite, où se trouvait sa baguette, et l'agita dans sa direction. Elle comprit trop tard ce qu'il faisait. L'Imperium la frappa doucement, prenant le contrôle de son corps et de son esprit.

« Renie-le. »

Que…

Renie ce garçon qui n'a rien à te donner. Ce garçon qui t'a abandonnée lâchement dès que l'occasion s'est présentée.

Elle voulut secouer la tête, mais elle était entièrement paralysée. La tentation était insidieuse, quelque chose, et c'était plus fort qu'elle, voulait la faire ployer et prononcer les mots qui rechignaient à passer ses lèvres. C'était comme un mauvais rêve : vous aviez beau vouloir à tout prix reculer, vous éloigner d'un lieu que vous redoutiez, vous vous y dirigiez quand même, happé par une puissance attraction.

Les Rebelles ne sont que des lâches. Ils n'ont pas idée de la puissance qui est Mienne. Ils s'obstinent à lutter parce qu'ils n'ont aucune attache dans la vie, et ils veulent faire parler d'eux. Ils n'en valent pas la peine. Renie-les tous, et renie Ted Lupin.

« Je… » commença t-elle à dire, et elle s'aperçut que le mot avait franchi ses lèvres.

Non ! Non !

FAIS-LE !

L'injonction, à l'origine persuasive, était impossible à contrer lorsqu'elle se faisait encore plus insistante. Alors, elle sut qu'elle allait se haïr, sans doute pour le restant de ses jours. Des mots qui n'étaient pas les siens franchirent alors la barrière de ses lèvres, qu'elle ne put freiner.

« Je renie tous ceux qui s'opposent à la volonté de mon Maître, le seul vrai Juste, le Tout-Puissant. Je renie… »

Un bruit énorme retentit alors, qui fit sursauter toutes les personnes présentes. Le charme se rompit, le Seigneur étant momentanément dérangé, et regardant autour de lui. Tous les Héros avaient dégainé leurs baguettes, intrigués et surpris.

Un gloussement retentit dans la pièce, qui ressemblait à une sorte de caquètement. Meryl prit peur ; qu'est-ce que c'était encore que cela ?

Le Seigneur, en tout cas, sembla reconnaître ce bruit. Il plissa les yeux de colère.

« Qui l'a dérangé ? » murmura t-il, d'une voix très douce, qui présageait un danger.

Il regarda tour à tour Ses serviteurs qui hochaient la tête en signe d'impuissance, effrayés d'être la cible de Sa furie. Le rire se renforça et soudain, quelque chose explosa, tout près d'un Héros qui poussa un cri de stupeur. Tous les autres reculèrent, fixant sans comprendre la trace noire au sol.

« Allons, réagissez ! Dépêchez-vous d'aller l'emprisonner à nouveau ! »

Quelques-uns réagirent aussitôt, lançant des sorts dans le vide. Une voix aiguë retentissait à présent, qui lançait des injures en chantant. Meryl en était désormais certaine : c'était un cauchemar, un simple cauchemar, dont elle allait se réveiller.

Quelque chose la souleva soudain par la cape et elle manqua s'étouffer lorsque celle-ci se resserra autour de son cou. S'agitant dans tous les sens, paniquée, elle se laissa soulever, impuissante, dans les airs, et ferma les yeux, attendant la chute inévitable.

Mais la chose navigua un moment au-dessus du sol et la lâcha brusquement, à faible hauteur, avant de faire demi-tour en fredonnant un air grossier.

Désorientée, elle s'aperçut alors qu'elle avait été sortie du bureau, et était de retour dans les escaliers. C'était une belle occasion de fuir, s'aperçut-elle, alors. Quoi qu'eût été cette chose qui l'avait sortie d'ici, elle voulait son bien, en réalité. Elle devait profiter de cette aide inopportune.

Alors qu'elle se relevait, tenant toujours, par un miracle qu'elle n'aurait su expliquer, la baguette dans ses mains, quelque chose la fit chuter tout aussi brusquement. En tournant la tête, elle vit une Helena Yaxley folle de rage, qui la dévisageait avec des yeux flamboyants, assassins.

« Tu crois t'en tirer à si bon compte, demi-sang ? Endoloris ! »

Le sort la frappa de nouveau, et elle se tordit au sol de douleur, respirant à peine. Ce n'était plus possible, elle allait mourir si cela continuait ainsi… Le maléfice s'arrêta presque aussitôt, et elle sentit quelque chose lui entailler la joue. Helena ne comptait pas la laisser repartir à bon compte.

« Espèce de lâche ! Lâche ! »

Helena lui donna un coup de pied dans les côtes, lui arrachant un gémissement étranglé. Elle ne pouvait pas rester ainsi, à se faire martyriser, elle devait faire quelque chose…

« Je savais que tu n'étais qu'une souillure, que tu n'allais faire que le mal où cela t'était possible… Tu es une honte, Greylord ! Rien qu'une honte qui ne mérite pas la vie ! »

Quand ils venaient d'Helena, les mots ne lui faisaient plus rien. Ceux du Seigneur faisaient beaucoup plus mal. Sa main se resserra autour de sa baguette et, aussi rapidement que cela lui était possible, elle la dirigea vers son agresseur, en s'écriant :

« Lashlabask ! »

Jamais baguette n'avait aussi bien fonctionné dans sa main. Aussi constata t-elle avec stupeur les effets qu'eut le sort sur Helena. Cette dernière fut presque projetée à l'autre extrémité de la pièce, dans une bourrasque violente. Même sa baguette de poirier n'avait jamais témoigné de tels résultats.

Mais ne prenant pas le temps de réfléchir, elle se releva avec difficulté et descendit les escaliers, manquant tomber à plusieurs reprises. Dehors, elle entendait les cris, mais elle devait s'éloigner le plus possible de ces gens, et ne jamais se faire prendre. Son cœur battait à toute allure, la peur se terrait dans son ventre. Le cauchemar se terminerait par une course-poursuite, comme la dernière fois.


Dans le prochain chapitre :

Elle avait oublié que les couloirs étaient interminables, ici. Le long des murs, il y avait toujours la même chose : des portraits, encore et encore, et puis parfois des armures. Un détour, encore un, et le décor se répétait, tant et si bien qu'elle avait l'impression de tourner en rond. Et à chaque instant, elle croyait entendre les bruits de pas de ses poursuivants à sa suite, un souffle près de son oreille… Et elle frissonnait de terreur.

Comment tout cela était-il arrivé ? Pourquoi avait-il fallu en arriver là ? Elle était devenue une Rebelle, malgré elle, et jamais plus elle n'aurait son intégrité nulle part. Elle avait trahi Ted, une fois encore, et plus encore, elle s'était retournée contre Celui qui lui avait accordé la vie. Elle se sentait affreuse, honteuse, indigne de sa propre vie.

Tu as le droit de vivre !

La voix semblait parler d'elle-même, ces derniers temps. Ce n'était pas vraiment la sienne, c'était comme s'il y avait une autre conscience dans son cerveau, ou du moins une conscience en connexion avec la sienne. C'était une sensation très étrange, elle ne savait si elle devait lui inspirer de l'inquiétude ou du réconfort.


(1) La phrase est inspirée de cette citation de Joseph Goebbels, à l'époque ministre de la propagande en Allemagne, qui, au cours d'un échange avec le cinéaste Fritz Lang, qui se disait d'ascendance juive, lui aurait dit ceci : « C'est nous qui décidons qui est aryen. » Je vous laisse méditer dessus.


Fiche d'identité n°9 : Isis

Age : 9 ans ½ (son anniversaire est en juillet)

Surnom : aucun

Signe particulier : Cracmol

Baguette magique : /

Aime : la vie, et les gens en général, sa mère, Katie

N'aime pas : Qu'on fasse du mal à sa mère

Sa plus grande peur : Theodore Nott

Son meilleur souvenir : découvrir la liberté

Son pire souvenir : les punitions corporelles

Son plus cher désir : rester pour toujours auprès de sa mère

Ce que serait son Patronus : n'étant pas une sorcière, elle ne peut en produire.


Et voilà. Un chapitre de 25 pages word, dont il me semble avoir déjà parlé auparavant.

Je suis passée par des émotions multiples et variées en l'écrivant, et j'ai trouvé ça simplement fantastique. Depuis le temps que j'attendais d'écrire ce moment... C'est drôle, lorsque je l'ai eu fini, j'en étais à sauter partout en hurlant ma grande joie et en me considérant comme un génie. Mais quand j'en ai parlé à ma sœur, elle m'a tout de suite ramenée sur terre parce que je commençais un peu trop à avoir les chevilles qui gonflaient. J'avais dit quoi, déjà ? Ah oui : "c'est un putain de chapitre de la mort qui tue".

Et c'est là que vous intervenez. Histoire que je sache si je ne suis pas en train de me fourvoyer, ou si vous pensez la même chose que moi, ou si vous avez une critique plus mitigée à me faire... Tout est permis (sauf les "c'est de la merde" qui ne sont pas suivis d'une argumentation), et je suis ouverte - à peu près - à tout ! Si, si, je vous jure, je prends bien les critiques, maintenant, et même, j'en demande. Alors quitte à m'en prendre plein la gueule... Faites-vous plaiz' !

Un petit jeu de piste pour terminer en beauté : " Oh dear, we are in trouble ! " disait-il. La citation issue de la VF a été insérée dans ce chapitre. Sauriez-vous la retrouver ?

NB : le prochain chapitre ne paraîtra sans doute qu'aux alentours de Noël, quand les choses se seront un peu calmées de mon côté, j'espère. Profitez bien de votre calendrier de l'Avent ! :D