Trop d'Amour Te Tuera
44 – Parfois on écrase des roses
Le lendemain, Severus se rendit chez Albus Dumbledore concernant les explications supplémentaires au sujet de ce qu'il s'était passé la veille. Le Directeur était content de le voir afin qu'ils puissent discuter des diverses implications de ces événements.
Dumbledore raconta à Severus ce qu'il avait dit aux étudiants au dîner de la veille, attentif aux détails qu'il présentait. Que Lorena Nottingham utilisait une forme de magie particulière qui lui permettait de jeter des sorts sans recourir à sa baguette, qu'elle avait agi uniquement avec la sécurité des personnes présentes en tête car la fourmi géante qui avait été invoquée était dangereuse, qu'en effet elle était une Fourchelang mais d'une manière très différente de ce qui était considéré habituellement comme de la Magie Noire, que les cours de D.F.C.M. étaient emplis d'expériences inattendues, tout comme n'importe quel autre domaine de la connaissance humaine, et qu'ils devraient être acceptés et appréciés en tant que tels.
"J'ai essayé de montrer à tous les étudiants qu'elle a agi d'une manière responsable et mature, qu'elle ne pensait qu'à la sécurité des autres. Bien qu'aveugle, elle reste une sorcière puissante et elle ne devrait pas être défiée stupidement. J'espère que vous ferez entrer ce dernier point dans la tête de Mlle Parkinson."
"J'aurai une petite discussion avec Mlle Parkinson, en effet. J'en ai assez de ces histoires de préjugés de sang-pur par ailleurs."
"Je peux l'imaginer, étant vous-même un sang-mêlé." Il soupira. "La Maison de Serpentard est pleine de ces préjugés, Severus. Il serait bon de rappeler à vos étudiants que Poudlard ne les cautionnent pas. Mlle Nottingham est officiellement une née-moldue, ce qui la rend méprisable aux yeux de la plupart de ses camarades de Maison. Elles une Serpentarde, ce qui la rend suspecte aux yeux de la plupart des étudiants des autres Maisons. Et je dois reconnaître qu'elle est une jeune femme intelligente car elle est la seule de chez Serpentard à avoir été capable de construire des relations non conflictuelles avec quelques étudiants des trois autres Maisons."
"C'est un exploit, certes. Je dirais même, un miracle," dit le Maître des Potions. "Vous pouvez ajouter que sa magie particulière est vue par la plupart des autres Serpentards comme primitive, sans considération de sa puissance. Je vais faire en sorte que ce préjugé ne soit plus mis en avant par ses camarades de maison."
"Je pense qu'avec la démonstration d'hier, les choses devraient se calmer sur ce point de vue. Je crois que tout le monde dans les classes supérieures la regardera avec respect désormais. Etre capable de jeter l'Avada Kedavra sans baguette, à son âge, n'est pas une prouesse que beaucoup de sorciers et de sorcières peuvent accomplir – pas même parmi les adeptes de Voldemort."
Severus grogna. "Non, en effet." Son ton était anxieux.
"Si ma mémoire me sert correctement, j'ai connu un seul étudiant qui était capable d'invoquer suffisamment de pouvoir pour tuer une grosse créature ou un homme – et encore, avec sa baguette – à l'âge de seize ans."
Les deux hommes échangèrent un regard songeur. "Le Seigneur des Ténèbres," murmura Severus.
"En effet. Aussi connu en ce temps-là sous le nom de Tom Marvolo Riddle. Il avait tué trois adultes en quelques minutes."
"Ce qui m'amène à vous faire part d'une de mes inquiétudes. Je crois que le Seigneur des Ténèbres serait plus qu'intéressé par cette capacité qu'elle possède. Ce qui s'est passé hier fera son chemin dans les familles de Mangemorts qui scolarisent leurs enfants ici. Tôt ou tard, le Seigneur des Ténèbres en entendra parler."
Albus comprit l'inquiétude du Maître des Potions derrière sa déclaration. "Il vous questionnera à ce sujet. Je pense que vous devriez lui répondre dans les mêmes lignes que ce que j'ai dit hier aux étudiants." Ce disant, le Directeur posa sa baguette tout contre sa tempe, puis l'en sépara d'un mouvement délicat. Un mince fil d'argent lui sortit de la tête, qu'il laissa tomber dans la Pensine à côté de lui. "Examinez ce souvenir, il est des plus frais, et voyez ce que vous pouvez dire à Voldemort. Mais je pense que ça devrait marcher. Après tout, ce n'est que la vérité."
"Vous croyez que je devrais dire la vérité à ce propos au Seigneur des Ténèbres ?"
Albus observa son Maître des Potions avec attention. "Oui. Vous devez le lui dire, car il vous croit si bien informé. Conserver votre rôle d'espion pour lui est de la plus grande importance pour nous. J'y ai songé toute la nuit. A moins que vous ayez une quelconque objection, mais avant ça, je pense que vous devriez jeter un coup d'oeil à la Pensine. L'explication devrait convenir aussi à Voldemort. Je ne veux pas vous mettre en danger à cause d'un détail ou d'une information dont il aurait pris connaissance ultérieurement et pas par vous, alors qu'il croit que vous savez tout ce qui se passe ici."
Severus hocha la tête et se dirigea vers la Pensine. Il y plongea et bientôt il se retrouva dans la Grande Salle. Tout le monde était là à la table des professeurs, sauf lui-même. Lorena manquait parmi les étudiants, bien entendu. Il y régnait un silence total, quand le Directeur expliqua les événements de la journée. Une fois qu'il eût terminé, Severus sortit de la Pensine. "Vous avez raison, Albus, cela devrait faire l'affaire avec le Seigneur des Ténèbres. Je lui dirai ça. Je sens d'ailleurs qu'il ne devrait pas tarder à me convoquer."
"Vraiment ?"
"Disons, une forte intuition." Il s'arrêta, le regard fixé dans le vide. "Est-ce que vous croyez que cette nouvelle aptitude qu'elle possède pourrait être en relation avec le rituel ?"
"C'est très possible, en effet. Pourquoi est-ce que vous demandez ?"
Severus prit une profonde inspiration. "Ca m'est arrivé aussi," fit-il dans un murmure à peine audible. "Bien que non formulé, et de manière totalement involontaire, je pense qu'il m'est arrivé la même chose il y a quelques temps de ça."
Albus fronça les sourcils. "Que voulez-vous dire ? Vous avez jeté un Maléfice Impardonnable de cette façon ?" Le Directeur se demanda comment les alarmes anti-Magie Noire ne s'étaient pas alors déclenchées.
"Pas exactement. La nuit où j'ai appris qu'elle était enceinte de moi. J'étais en colère après elle. Très en colère et… j'ai voulu lui soutirer la vérité. Je croyais fermement alors que le « Remède Contre les Lendemains Non-Désirés » avait parfaitement fait son oeuvre. J'étais persuadé qu'elle m'avait caché la vérité, qu'elle était enceinte d'un autre que moi…"
"Et vous l'avez fait avouer en utilisant…"
"… l'Endoloris." Severus grimaça à ce souvenir. "Je ne l'ai pas dit. Cela ne m'a même pas traversé l'esprit. Mais je suppose que le voir être jeté à tant de gens, y compris moi-même, pour obtenir la vérité ou toute autre information, a pu le suggérer à mon esprit, et ma magie a utilisé cette image – bien involontairement. J'ai amené Lorena à Poppy et… vous savez combien Poppy est quelqu'un de perceptif. Elle a remarqué que Lorena avait l'air d'avoir reçu l'Endoloris. C'est alors que j'ai compris ce que j'avais fait. Mais seulement lorsque Lorena a jeté l'Avada Kedavra sans baguette, j'ai compris ce qu'il m'était arrivé cette nuit-là."
"Poppy vous a raccommodé tant de fois, qu'elle pourrait reconnaître les effets de l'Endoloris à des kilomètres." Il soupira. "Intéressant. On dirait que le rituel vous a donné à tous les deux des aptitudes magiques que vous n'aviez pas ou si peu auparavant. Les Maléfices Impardonnables exigent non seulement de la magie, mais aussi l'intention pour être efficace. Et une baguette bien entendu, pour mettre en œuvre cette intention. Que vous ayez été capables, tous les deux, de jeter deux de ces maléfices sans baguette, constitue un élément important dans notre analyse. Bien que Lorena ait eu l'intention, alors que vous, non. Hmmmm…" A ce stade, Dumbledore n'était pas certain : Severus avait eu l'intention, il avait voulu connaître la vérité et l'obtenir, par tous les moyens, de la jeune fille.
"Albus… qu'avons-nous fait ?"
Le vieux Directeur regarda son Maître des Potions. "Que voulez-vous dire, Severus ?"
"Ce rituel. Je veux dire… nous n'aurions pas dû l'accomplir. J'aurais juste dû… la prendre, dans mon lit à l'Impasse du Tisseur ! Sans ce rituel, elle ne serait pas tombée enceinte car le Remède aurait fonctionné. Sans ce rituel, notre magie ne serait pas devenue aussi… dangereuse." Il soupira.
"Vous y avez consenti tous les deux, Severus. Tout le reste n'a rien à voir."
"Elle m'avait fait une proposition qu'aucun Serpentard sain d'esprit aurait pu refuser. Ses pouvoirs, qui m'auraient été transmis… et les miens, à elle. Elle m'a même dit que… ça pourrait m'être utile, ainsi qu'à vous."
"Parce que vous êtes mon espion, Severus." Albus soupira. "Je comprends votre réaction à tous les deux. Ce qui est fait, est fait. Nous ne pouvons pas retourner dans le passé. C'est là la donne que nous avons reçue et avec laquelle nous devons jouer. A mon avis, elle n'est pas si mauvaise que ça, vous savez."
Les deux hommes demeurèrent silencieux, réfléchissant à ces paroles. "Cette partie… concernant cette nouvelle aptitude que vous avez gagnée, Severus, ne doit en aucun cas parvenir aux oreilles de Voldemort. Non seulement cela pourra vous être utile plus tard, mais surtout, pour le dire crûment, Tom fera le lien et en tirera ses conclusions. Vous seriez tué sur le champ."
"J'en suis conscient. Il n'aime pas trop ça quand des rivaux se pointent."
"Non, pas vraiment," rit doucement Dumbledore. "Faites-lui seulement savoir que la fille a un talent particulier pour jeter des sortilèges."
"Et qu'est-ce qu'on fait de son aptitude à parler le Fourchelang ?"
"Elle est quelqu'un de spécial. Il doit l'accepter tel quel." Il s'arrêta. "Ce qui me fait penser... J'ai toujours cru qu'elle était une née-moldue, mais cette histoire avec sa grand-mère… qui lui a appris le Fourchelang. Je vais faire quelques recherches sur la grand-mère. Peut-être qu'ils ont quelque chose au Ministère. Son nom de famille est Nottingham mais pas son nom de jeune fille."
"Elle est la mère du père de Lorena."
"Ce qui est sûr, c'est que cette jeune dame ne peut plus être considérée comme une née-moldue. C'est une sang-mêlée ou entre les deux. Une quart-de-sang ? Je ne sais pas comment définir ça. Selon la classification du Ministère, elle devrait être une sang-mêlée. Ce qui pourrait expliquer certaines choses et nous aider avec des éléments supplémentaires. Dommage que sa grand-mère soit décédée. Je lui aurais bien fait la causette."
"Le Seigneur des Ténèbres s'intéressera à elle s'il apprend qu'elle une Fourchelang. La seule autre personne qui le soit est…"
"… lui-même." Albus prit un air soudainement inquiet. Et même effrayé. Les deux hommes échangèrent un regard rapide. "Je n'aime pas ça, Severus."
"Moi non plus, je n'aime pas ça, mais si cela peut augmenter ses chances de survie, je jouerai cette carte."
"Il se peut que vous n'ayez pas d'autre choix alors."
"Vous avez raison, Albus. Je ne crois pas que ce soit si mal après tout. Je veux dire, ça pourrait être pire. Lorena aurait pu avoir été retournée déjà par le Seigneur des Ténèbres pour servir ses objectifs."
"Oui, c'est vrai. Au moins, nous ne l'avons pas perdue. Et d'après ce que j'ai vu, vous l'avez même gagnée."
Albus regarda attentivement son Maître des Potions. Le jeune sorcier rougit un peu, très rapidement, avant de revenir à son visage habituellement impassible. Pourtant, ce fut juste suffisant pour que le Directeur le remarque et en sourit.
Albus avait dit à son Maître des Potions qu'il en avait parlé avec Alastor Maugrey. Non seulement il était l'autre professeur de D.F.C.M., mais il était aussi un ex-Auror. Il était aussi l'un des meilleurs amis d'Albus et un membre de l'Ordre du Phénix. C'était aussi un individu qui n'avait que fort peu de goût pour les absurdités en tout genre, avec une approche pratique à la vie et aux événements. A l'instar d'Albus, son expérience de la vie lui avait donné une certaine philosophie qui lui permettait de poser un regard acéré sur les gens et les choses autour de lui.
L'ancien Auror s'était rendu à l'Infirmerie pour voir Lorena. Il la trouva toujours alité sur son lit, le regard perdu dans le vide. Cependant, elle l'avait entendu s'approcher, sans savoir que c'était lui. Elle écoutait avec attention. Elle entendit quelqu'un tirer une chaise à côté de son lit et s'asseoir.
"Qui est là ?" demanda-t-elle.
"Alastor Maugrey. Le professeur de D.F.C.M. des petites classes."
"Oh, Professeur… bonjour…"
"Je ne vous enseigne pas, je crois que vous êtes en sixième année."
"Oui, c'est bien ça, monsieur."
"Comment vous sentez-vous ?"
Lorena savait qu'il faisait allusion à l'incident qui avait eu lieu en cours la veille. "Je vais bien, merci."
Il resta silencieux pendant quelques secondes, comme s'il la jaugeait. Ce qu'il était en train de faire en fait. "Vous en êtes sûre ?"
Elle soupira. "Si vous faites allusion à mon corps, oui."
"Est-ce que cela veut dire que votre esprit va moins… bien, pourrions-nous dire ?"
Lorena détourna la tête. Alastor n'était pas habitué au langage corporel de la jeune femme. "Regardez-moi, jeune dame !"
Elle s'assit subitement sur le lit. "Je suis aveugle, Professeur !" répondit-elle fraîchement.
Alastor réalisa son erreur. "Désolé, Mlle Nottingham. Mais hier… ce n'est pas l'impression que vous m'avez donnée. Votre attitude fut remarquable – pour une aveugle."
Lorena se détendit. Elle pouvait comprendre que son comportement faisait croire aux autres qu'elle n'était pas handicapée. "Si vous faites allusion au Sortilège de la Mort… puis-je ne pas être d'accord avec vous, Professeur."
Alastor lui prit la main dans la sienne. Elle fut surprise. La main de l'homme était chaude, délicieusement chaude. Une poigne ferme mais pourtant douce. La poigne d'un homme d'action mais sensible aussi, plus que son ton rugueux ou son apparence pouvaient laisser croire. Lorena pensa qu'il n'était pas au courant de son aptitude de télépathe de contact. Elle tenta d'enlever sa main mais il la garda fermement dans la sienne. Elle se rendit. Tant pis pour lui si elle parvenait à connaître ses pensées et sentiments.
En fait, elle ne le connaissait pas. Ce serait là une bonne opportunité de le faire. Comme tout bonne Serpentarde, Lorena saisissait toujours le bon côté des situations qui se présentaient à elle. Sa main se détendit dans celle de l'homme.
"Est-ce que vous voulez en parler ?" suggéra-t-il doucement.
Lorena sonda les pensées de l'homme un peu avant de répondre. Elle remarqua qu'il était un Légilimens compétent – de là sa demande qu'elle le regarde – et aussi un très bon Occlumens. Cela devait être une condition obligatoire pour devenir Auror. Ou bien il était seulement doué. Malgré son comportement bourru, il était authentiquement gentil. Ce qui la surprit. Il inspirait la confiance.
"Je ne sais pas quoi en dire. C'est juste…" Elle se mordit la lèvre inférieure.
Alastor l'observait. Les lèvres de la jeune femme rougirent encore plus. Elle était vraiment jolie.
"Ca arrive à tout le monde, vous savez, un jour ou l'autre. Enfin, à beaucoup de gens."
"Quoi ? De tuer ?"
"Non, pas de tuer. Mais de jeter le Sortilège de la Mort. C'est un peu différent."
"J'ai pris une vie."
"Vous en avez protégé d'autres. La vie de vos camarades de classe."
Elle s'arrêté à ses paroles, les laissant pénétrer en elle. "Quand j'étais à la maison, chez ma grand-mère, j'avais l'habitude de parler aux araignées, aux fourmis, aux cafards et toutes ces créatures. Je ne les tuais jamais. Je n'en avais pas besoin. Je leur disais de partir et elles quittaient les lieux."
"Est-ce que ça comprend… aussi les serpents ?"
"Oui. Ma grand-mère m'a appris à ne pas en avoir peur. Qu'ils sont utiles parfois. Ils chassent les autres créatures. Leur venin est utile aussi. Elle m'a appris à parler à toutes ces créatures. Elle leur parlait aussi."
"Vous voulez dire… votre grand-mère était une Fourchelang ?"
"J'ai expliqué au Professeur Rogue que je ne connaissais même pas ce terme." Elle soupira. "Eh bien, je suppose qu'elle l'était et que je le suis aussi."
"Ne vous sentez pas triste pour cette fourmi. C'était une vilaine grosse fourmi et franchement, si vous ne l'aviez pas tuée, Rogue ou moi nous en serions chargés."
"Je sais. Mais quand même. Je me sens mal. Ma magie…" Elle se tut subitement. Etait-il au courant ? Est-ce que Dumbledore ou Severus lui avaient parlé de sa forme particulière de magie ?
"Cela ne dépend pas de votre magie, Mlle Nottingham. Cela dépend de votre âme et de ce qu'il y a dedans."
La perplexité s'affichait sur le visage de Lorena. Elle était confuse. "Que voulez-vous dire ?"
"C'est l'intention qui fait la différence. La magie est fondée sur l'intention. C'est encore plus vrai en ce qui concerne les trois Impardonnables, car ce sont les seuls trois maléfices qui exigent une intention absolue afin d'être efficaces. Vous devez être sincère. Votre intention est conditionnée par ce que vous avez dans votre âme. Quelle était votre intention lorsque vous avez jeté l'Avada Kedavra ?"
"Se débarrasser de cette fourmi pour protéger…" Pas les étudiants. Pour protéger l'homme que j'aime. "Pour protéger les personnes autour."
"Et c'est ça qui fait toute la différence entre vous et un… Mangemort, par exemple."
En entendant ces paroles, Lorena trembla. Severus est un Mangemort, il porte la Marque des Ténèbres. Il a déjà dû… tuer. Son coeur flancha. Il l'avait déjà violée. D'une certaine manière, il l'avait torturée, il pouvait fort bien l'avoir déjà fait à d'autres gens auparavant. Il était un authentique criminel. Mais je l'aime toujours, inconditionnellement. Peu importe ce qu'il a pu faire par le passé, ce qu'il m'a fait, ce qu'il pourrait être amené à faire à l'avenir. Je l'aime toujours et je l'aimerai toujours.
"Est-ce que vous… l'avez déjà utilisé, Professeur ?"
L'ex-Auror la regarda. Elle avait serré sa main dans la sienne.
Il hocha la tête. "Oui. Je l'ai déjà jeté. Plusieurs fois. En vérité, à chaque fois que je n'ai pas pu faire autrement. Comme ça arrive en légitime défense, ou bien pour défendre mes collègues ou le public. En tant qu'Auror, c'est une chose à laquelle nous sommes confrontés un jour ou l'autre. C'est pourquoi je suis venu ici pour avoir une petite discussion avec vous. Parce que dans ce château, je suis probablement la seule personne à savoir exactement ce qu'il en retourne." Il s'arrêta. "Avec Severus Rogue et Albus Dumbledore."
Lorena réalisa que Maugrey devait avoir appris des choses sur les activités du Maître des Potions en tant que Mangemort. Il ne pouvait pas en être autrement. Cependant, il la réconfortait d'une manière toute autre que celle de Severus. Elle devait reconnaître que les explications des deux hommes, bien que différentes, se complétaient l'une l'autre. Elles avaient été bonnes à entendre.
"Je ne veux pas tuer, Professeur. Ma magie est… pour la guérison. Je voulais devenir une Guérisseuse avant de devenir aveugle."
"Laissez-moi dire les faits franchement, jeune dame. Même les Guérisseurs y sont confrontés. Prendre une vie. Il nous arrive parfois à tous d'écraser des roses. Involontairement. Ne l'oubliez jamais."
Lorena hocha la tête. "Je comprends et j'y penserai. J'ai besoin d'y réfléchir."
"Bien." Alastor lui relâcha la main. Elle perçut qu'il était sur le point de partir.
"Professeur Maugrey !" appela-t-elle.
"Oui ?"
"S'il vous plaît… pourriez-vous me faire une faveur ?"
Il s'assit sur le lit, à côté d'elle. "Allez-y."
Elle prit une inspiration. "Je suis aveugle. Je me souviens de tous mes professeurs parce qu'ils étaient là avant que je perde la vue. Cependant, je ne vous connais pas. J'aimerais… vous sentir… je veux dire… sentir votre visage avec les mains pour que je puisse avoir une image de vous dans ma tête. Si vous êtes d'accord."
Elle avait exprimé sa requête d'une voix hésitante. "Il se peut que vous n'aimiez pas cette image, jeune dame," répliqua Maugrey platement.
"Ce que j'aime n'a rien à voir. J'ai dépassé ce stade, Professeur. J'attache plus d'importance à ce qui se cache sous la surface. Sinon, j'aime bien connaître la surface aussi, mais pas pour la juger."
Sa voix avait une intonation persuasive et douce en même temps.
"Très bien. Mais n'allez pas ensuite vous plaindre ! Vous avez été avertie."
Elle sourit et s'assit plus près de lui. Les mains de la jeune femme trouvèrent ses bras, remontèrent le long de ses épaules, pour atteindre son cou et enfin son visage. Elles caressèrent ses cheveux, suivirent ses tempes, son front, y touchèrent ses cicatrices. Maugrey lui prit la main du côté où se trouvait son œil magique. "Attention, là… je porte un œil magique…" Lorena sentit la sangle qui le soutenait et évita l'oeil.
Les doigts de la jeune femme sur son visage étaient doux, légers et délicats. Son toucher était comme une caresse. Ses mains parcoururent les joues, le nez, la mâchoire de l'homme, pour finir sur ses lèvres. Alastor se sentit avoir très chaud, très émoustillé à cet instant. Il imagina ce que cela pourrait être d'avoir son propre corps caressé par elle. Il se retint douloureusement d'embrasser ces doigts dessinaient ses lèvres.
Lorena lui sourit. En dépit de ses cicatrices, il avait la peau douce. "Quelle est la couleur de votre… œil naturel ? Et celle de vos cheveux ?"
"Ah, mes cheveux, ils sont gris, grisonnant, et mon vrai œil est couleur noisette. Pas trop déçue ?"
"Pas du tout. En fait, je vous imaginais un peu comme ça. Un ancien Auror, un guerrier de plein droit, déterminé, avec du tempérament. Et doux en même temps. Les petites classes ont de la chance de vous avoir."
Alastor se sentit rougir à sa déclaration inattendue. "Est-ce que ça veut dire que vous autres dans les grandes classes, n'ont pas la chance d'avoir le Professeur Rogue ?"
Lorena pouffa. "Non, pas du tout. Mais je pense que les plus jeunes seront ravis d'avoir quelqu'un comme vous, un guerrier, un héros très vraisemblablement, pour leur professeur. Un mélange de gentillesse et de fermeté."
"Oui, mais pas enveloppé dans un bel emballage, j'en ai bien peur."
"Aussi longtemps que vous continuez à les impressionner, ça ira, je suppose. Je plaisante mais les gamins ne sont pas idiots. Ils vous aimeront si vous leur apprenez des choses utiles et si vous êtes justes avec eux." Elle s'arrêta, ses mains toujours posées sur les joues de l'homme. "Vous savez comment dire les choses, vous venez de me le prouver il y a quelques minutes seulement. Si vous savez comment trouver les mots justes, je vous promets que les gens oublieront votre apparence. Je n'y prête même pas attention. Mais j'avais besoin de savoir car je n'ai pas toujours été aveugle. Je vous remercie de m'avoir laissée faire, Professeur. Merci pour votre soutien et votre gentillesse."
Maugrey ne put résister cette fois. Il s'était demandé si la jeune fille en face de lui ne flirtait pas carrément avec lui. Mais non, elle avait dépassé ce stade. Il laissa ses propres mains lui caresser la joue aussi. Elle ferma les yeux en appréciation, ses lèvres s'entrouvrant un peu. Il dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas la prendre dans ses bras et lui ravager la bouche avec la sienne.
Au lieu de cela, il continua seulement à lui caresser la joue. Mais lorsqu'il sentit qu'il était sur le point de céder à son envie, il se retira doucement. Il se sentait dur dans son pantalon aussi. Heureusement qu'il portait son manteau, qui serait parfait pour couvrir sa mâle protubérance. Je ne suis pas encore mort, pensa-t-il. Plus que jamais je suis vivant. Heureux l'homme qui la possèdera. Comme j'envie l'homme qui sera son premier amant… Comme j'aimerais tant être cet homme…
Alastor Maugrey entre de plein pied dans l'histoire. Pour sa description, j'ai utilisé l'image de Brendan Gleeson, dans les films. Maugrey est l'un des personnages que JE N'AURAIS PAS voulu voir mort dans les livres – avec Fred Weasley et bien entendu Severus Rogue... On le verra de plus en plus dans les futurs chapitres, alors restez branchés sur cette chaîne !
Merci de laisser des revues ! Plein de revues et d'encouragements !
