.accroOvampire: Alors ça te fera de la lecture pendant tes vacances ?! ;p (Si tu en as bien entendu ^^). Je suis contente si cet(te) auteur(e) a continué à écrire, rien ne devrait jamais nous empêcher de faire ce que l'on aime :) Je suis également ravie que le passage avec Thranduil t'ait procuré cet effet, car j'espère profondément avoir réussi à véhiculer ce que "je voyais" pour ça ... Legolas est trop chou, sans être "gnian-gnian" il garde cette foi inébranlable qui le caractérise tant. Oui le risque pour elle est gros. Et Seth ne doit rien voir venir, autrement c'est la cata ! ^^ Ouais la page blanche est une "sale bête "en effet :p Ne t'excuse pas pour la review un peu longue, les auteurs adorent voir les lecteurs réagir ;)

Neiphtys16: De rien vraiment. Merci à toi de continuer à lire. Sans lecteur il n'y as pas de partage ;) Ailein a quelque chose à accomplir dans un avenir proche, vous le découvrirez à ce moment-là :p Thranduil replonge dans ses ombres, et c'est en effet assez dur ce qu'il traverse (perso j'aimerai pas être dans sa situation XD). Legolas ! Notre choupinet au grand coeur ! Qui sauve quelque peu l'honneur de la famille quand même ! ;) XD Et le roi renoue avec une partie de ce qui fait les elfes ... Alexandra essaye de tirer son épingle du jeu au mieux, tout en s'informant le plus possible ... après elle joue un jeu dangereux ... Les retrouvailles ici et maintenant Madame ! J'espère qu'elle sera à la hauteur de tes attentes ! ;)

.JulieFanfic: Coucou lady Chamallow ! Oui plusieurs points de vue ça fait du bien parfois ! ;) Ouais enfin, Alex s'en sort bien ... c'est pas la joie non plus hein ! XD (bah elle a déjà connu des situations similaires sur Terre, d'où la "maîtrise" et son "sang-froid" face à tout ça. Comme je dis toujours, son passé a énormément d'importance, il n'est pas le fruit du hasard, tu sais que j'essaye de réfléchir à tout :p ). Oui tu commences à me connaître, mes écrits sont rarement "Bisounours Land" ! ;) Ni une pièce digne d'un film de Jim carrey ! ^^ Je suis contente que tu aies trouvé un peu de temps pour passer ! :))

.Eilonna: En effet court et concis ! :) Si tu continues à aimer, c'est le principal ! ^^

.Sandrine: Un grand merci à toi d'être passé sur cette histoire, et de l'avoir lu ! Tu es à jour, et vas suivre les publication comme mes chères lectrices, avec un peu d'attente entre chaque chapitres ;) Je suis réellement ravie que ce "marathon" te plaise à ce point, et que tu n'aies pas décroché ! Je souhaite que la fin qui approche petit à petit, te plaira tout autant ! Bisous ;)

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Et voilà Chapitre en ligne !

Merci pour votre patience et votre compréhension, suite au petit retard survenu !

Merci également de ne pas avoir abandonné cette histoire malgré sa longueur !

(Je vous rassure elle touche à sa fin ;) )

Bonne lecture à Vous ! Enjoy Mesdames ! ^^

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Sa respiration bien que lente, trahissait une mauvaise fièvre. Des cauchemars ne cessaient de torturer son âme épuisée. Elle voyait la mort de ses amis, le fin d'Arda sous le feu et l'acier. Seth s'érigeant tel un dieu devant tous les peuples, leur demandant leur reddition, et une adulation sans borne. L'Arbre Blanc et son vieux chêne arrachés et débités pour alimenter les hauts fourneaux des forges aux gueules béantes. La chaleur. Toujours cette atmosphère torride et insupportable qui dévorait chaque millimètre de sa peau. Elle entendait des voix au loin, des cliquetis omniprésents. Reprenant peu à peu conscience de son corps, elle bougea faiblement. D'un seul coup elle ressentit une morsure glacée au niveau du front. Elle fit un mouvement brusque du bras gauche pour se défendre, et sa main heurta un objet dur et froid, ce qui lui procura un douleur fulgurante qui la fit grogner. Une voix féminine s'éleva dans un ton réprobateur :

« Cessez de vous agiter, ce n'est que de l'eau ! ».

Les paupières d'Alexandra s'ouvrirent lourdement. Chacune d'elle semblait peser une tonne, puis, la vue encore un peu floue, elle tourna la tête sur le côté. Après quelques secondes, elle discerna l'esclave personnelle de Seth à son chevet. Elle essaya de se redresser vivement, mais ses gestes étaient gourds, et la tête lui tournait. Serrant les dents elle jura et s'allongea de nouveau sur le matelas. Prenant du temps pour analyser où elle était, elle devint encore plus pale quand elle s'aperçut qu'elle était dans la chambre du Maître. Elle tourna lentement la tête sur le côté. Elle avait l'impression d'avoir le crâne dans un cocon de ouate abrutissante. Chaque son était un supplice, et même le souffle ténu de sa nurse improvisée, semblait rugir comme un orage. Le bruit de ses chaînes était insoutenable, sonnant et trébuchant comme de multiples carillons assourdissant. Elle grimaça, et gémit quand elle sentit à nouveau le linge humide embrasser son front. Son sang se démenait dans ses veines telle la lave dans sa folle course. Elle déglutit avec effort, sa gorge sèche la faisait souffrir, puis elle demanda :

« Je voudrais un peu d'eau, s'il vous plaît …. ».

La belle brune la toisa un court instant, comme surprise. La politesse n'était peut-être pas d'usage quand on s'adressait à elle. Hochant la tête elle se leva et alla chercher un verre. Calmement elle le remplit, songeuse. Quand elle revint à côté du lit, Alexandra put à loisir regarder son visage. Elle était réellement très belle. Des traits fins et doux, dans un visage en coeur délicat. Ses yeux noirs légèrement en amande étaient bordés de cils tout aussi sombres. Ses sourcils étaient délicatement dessinés en arc-de-cercle. Une vraie poupée. Ses longs cheveux de jais cascadaient, lisses et soyeux, tel le plumage d'un fabuleux corbeau. Cependant, la flamme qui brasillait dans ses prunelles de jais, était tout, sauf tendre. Un subtil mélange de haine et d'une insoutenable capitulation. Des tressautements d'orgueil agitait l'océan de son regard brun. Se redressant légèrement, Alexandra prit le verre tendu et le porta à ses lèvres desséchées. Quel bonheur de sentir le liquide frais apaiser les brûlures qui lui mordaient la peau fine de la bouche, et les muqueuses taries de son oesophage. Elle soupira malgré elle, et ce n'est que quand elle eut fini qu'elle nota la fixité du regard de l'esclave qui lui servait d'aide-soignante.

« Quoi ? Demanda-t-elle sans détour.

- Rien … répondit juste la femme en baissant immédiatement les yeux. Tout dans son comportement trahissait la peur de terribles représailles.

- Quel est ton nom ?

- Mathilda … mais tout le monde m'appelle Tilda …. enfin .. m'appelait …. fit la belle brune, tout en réprimant les douloureux fantômes qui vinrent obscurcir ses magnifiques yeux d'onyx.

- Tu peux me regarder en face, Mathilda. Je ne suis pas ton maître, ni ce connard d'elfe sans scrupule ! Dit alors Alexandra en se rallongeant lourdement. Ce simple geste drainant le peu de forces qu'elle avait.

- Ha vraiment ?! Siffla alors Mathilda dans un air de défiance, la fixant droit dans les yeux. La jeune-femme effacée venait réellement de s'éteindre pour laisser place à autre chose, de bien plus combattif. Son aura de rancoeur explosa littéralement. Vous êtes quoi alors ?! Vous qui les côtoyez sans avoir peur ! Sans risquer le pire ! Comment se fait-il qu'ils ne s'amusent pas avec vous comme ils le font avec les autres et moi-même ?! Qu'êtes-vous donc au final, pour que l'on vous épargne tout ceci, si vous n'êtes pas leur complice ?! Vous êtes à mettre dans le même sac ! Vous ne valez pas mieux qu'eux ! Vous êtes même pire ! Car vous leur apportez les réponses dont ils ont besoin pour continuer leurs méfaits ! »

La voix de la jeune-femme était désagréablement montée dans des grognements de bête fauve. Habillant son timbre de tressautements colériques. Alexandra put voir les bras et les mains tremblantes de cette magnifique femme pas totalement brisée; malgré tout; qui secouaient les chaînes et les bracelets de fers, dans des soubresauts épouvantables. Elle prit les remontrances de plein fouet. Ces accusations perforèrent son coeur avec le couperet d'une lame algide. Elle serra les phalanges sur le matelas. Ravalant le flot véhément qui gangrénait son être en cet instant, elle essaya de garder son calme. Des larmes brûlantes coulaient sur les joues de la belle brune. Ses lèvres tremblaient comme des feuilles mortes. Essayant vaillamment de rester closes sous la rage qui ne demandait qu'à s'extirper de sa gorge. Alexandra riva ses yeux vers le plafond gris de la chambre, à même taillé dans la roche. Fermant les paupières, elle fit d'une voix lasse :

« Ainsi donc voilà tout ce que je suis pour vous ….. ma foi …. ce n'est peut-être que justice …. »

Son interlocutrice l'observa, médusée, réellement troublée par sa réponse. Pour le coup, elle ressentit un étrange pincement au coeur, s'en voulant de s'être ainsi défoulée sur une malade. Avant qu'elle ne réponde, Alexandra continua :

« Vous avez le droit de me détester … je ne vous en veux même pas …. mais sachez que je ne suis pas là par plaisir. Malgré tout ce que vous pouvez voir ou entendre … j'ai ... ».

Mais sa voix se tut brusquement. Son état de faiblesse déliait trop sa langue. Après tout, même esclave, elle ne savait pas ce que Mathilda dirait ou non à son Maître. Pouvait-elle seulement lui faire confiance, elle qui voyait en sa personne l'expression même de tout ce qu'elle pouvait détester ? Alexandra se sentait si seule et si démunie qu'elle pouvait bien commettre un impair fatal en s'épanchant sur son sort et ses états d'âme. Serrant les dents, elle refusa de continuer, créant dès-lors un silence inconfortable. Confuse, Mathilda vint alors lui éponger le front, et murmura :

« Qui ou quoi que vous soyez, je ne peux décemment pas vous laissez dans cet état sans lever le petit doigt. Nous reparlerons de cela une autre fois …. peut-être …. ».

Alexandra ne put que sourire faiblement à ces mots. Reconnaissant bien en ces gestes, les attentions toutes maternelles qui étaient souvent l'apanage des femmes. Comme le disait Seth, un point commun « au beau sexe ». En cet instant, elle ne put que le louer et l'apprécier. Puis, des fourmillements engourdirent sa conscience, et lentement, elle replongea dans le sommeil.

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Elle grelotta un instant. Le froid parcourait sa peau dans une chair de poule douloureuse. Instinctivement, elle essaya de tirer quelque chose sur elle, mais rien ne tomba sous sa paume. Elle ouvrit les yeux en faisant une moue des plus explicite. Elle était dans sa chambre, et cette dernière était vide. Cherchant à tâtons de quoi se réchauffer, elle trouva la couverture pliée au pied de son lit, et avec des gestes lents, elle l'ouvrit pour se recouvrir avec. Le monde pouvait bien s'effondrer, qu'en cet instant, elle n'en avait cure. Elle se sentait épuisée au-delà de toutes limites. De tout entendement. Appelant un repos long et salutaire. Sombre et éternel comme la mort. Sa fièvre la tétanisait de spasmes infernaux. Le souvenir de sa pneumonie la hanta quelques secondes.

« Et puis merde, si je dois finir ainsi, et bien je finirai ainsi …. je suis lasse de toutes ces choses … de toutes ces souffrances …. si seulement j'avais été une elfe, j'aurai pu affronter tout ceci avec bien plus de panache …. ce corps mortel est une bien maigre arme face à tout cela ….. Thranduil …. ». Bien évidemment son esprit vagabonda vers son époux. Cet être tant aimé qui lui était à présent inaccessible. Tant par le physique que par l'essence. Le reverrait-elle seulement dans cette vie ? Cette optique lui glaça les os, encore plus sûrement que la fièvre qui la malmenait. Se roulant en boule, disparaissant sous le maigre réconfort que le tissu de laine suscitait, elle replongea dans une torpeur bien agitée. Tant bien que mal, après d'âpres minutes d'un combat silencieux, elle arriva à canaliser ses douleurs, et les turpitudes de son esprit fiévreux. Calant sa respiration, essayant d'atteindre un stade proche de la méditation, telle que certains shamans qu'elle avait croisé lui avaient enseigné. Lentement, elle arriva à atteindre le stade qu'elle recherchait tant. Comme figé dans l'espace, dans une sérénité bienfaisante où tout devenait insignifiant. Les souvenirs réconfortants de l'Eryn Lasgalen vinrent la trouver, rafraîchissants au-delà de toutes descriptions. Les arbres semblèrent entonner un chant ancestral, en résonance avec la terre entière. Elle ressentit leur force paisible, leur inébranlable bienveillance. Revoyant son chêne, elle s'imagina se lover dans ses racines, pelotonnée aux creux de son corps massif et d'une tendre chaleur. Comme une enfant retrouvant le giron rassurant de sa mère, elle se laissa aller contre la présence éthérée de son ami de toujours. Une voix au loin, ténue et maternelle s'éleva, semblant la bercer au travers de ses délires fiévreux. Arda lui parlait. Lui murmurait quelque chose qu'elle n'arrivait pas à comprendre. Puis une lumière éblouissante traversa les sous-bois. Un cerf blanc, auréolé d'une lumière crue totalement divine se présenta à elle. Dans un demi sourire, elle pensa « Tiens te revoilà …. il y avait bien des années que je ne t'avais pas vu …. ». Oui, il était loin cet instant, où au détour d'un rêve, elle avait déjà croisé les pas d'un cerf d'or. Coïncidences ? Elle ne pouvait plus le croire. Comme rassurée par la présence de la noble bête, elle se laissa totalement sombrer. Le besoin de tout abandonner et de prendre ce repos ainsi tendu, devenant de plus en plus hypnotisant. « Alexandra! » la voix de Thranduil explosa presque dans son esprit dans une détonation douloureuse, tandis que le cerf accourait vers elle. La silhouette lumineuse s'étira pour prendre les traits de son époux, qui se pencha au-dessus d'elle l'air inquiet. La joie de le revoir se battait insidieusement avec l'envie de rester là sans rien faire, ni bouger. Dans ce mirage qu'était leur rencontre, elle leva des yeux las vers lui, mais son sourire fut éblouissant. La tête collée sur la mousse qui lui faisait office d'oreiller, elle tendit une main fébrile vers lui, et les phalanges du roi étreignirent les siennes avec une chaleur qui la brûla. Il était si vivant, son aura la consumait comme un astre flamboyant. Elle lisait son bonheur de la retrouver, ses frayeurs également, aussi intimement que si elles lui appartenaient.

« Il n'est pas temps, ma douce amie …. déclara-t-il dans un murmure puissant alliant la tendresse et la fâcherie.

- Je me sens si fatiguée Thranduil …. avoua-t-elle pitoyablement. Si solitaire dans ces enfers ….

- Je t'avais averti il me semble, la sermonna-t-il peu enclin à la laisser abdiquer ainsi ».

Sa réflexion eut l'effet escompté, car l'orgueil d'Alexandra ne fit qu'un tour dans son sang déjà bouillant.

L'espace idyllique que son esprit avait créé, s'estompa lentement. Disparaissant comme un dessin de sable, balayé par la brise. Les chants des arbres et de la terre également. Ne restaient plus que leurs esprits, à nouveau liés dans cette âcre réalité. Les yeux d'Alexandra s'ouvrirent pour rencontrer les murs froids, sombres et humides de ses appartements. Le vent passant au travers des meurtrières et entre les lattes en bois de la porte de sa salle d'eau, entonnait un lied lugubre qui n'avait rien de rassurant.

« Je sais que tu m'avais averti ! Mais comment aurions-nous pu faire ? Jamais nos troupes auraient eu de renseignements aussi précis sans cela ….. veux-tu conduire les Elfes, les Hommes et les Nains à une mort certaine ? Rétorqua-t-elle, ses traits se contractant sous la douleur que ce courroux passager lui injecta ».

Silence. Après quelques secondes la voix de Thranduil s'éleva de nouveau, plus douce cette fois-ci. Il était que trop conscient de son état de faiblesse, il ne voulait certes pas en rajouter. Il grignoterait sûrement le peu de courage qu'il lui restait en agissant ainsi. Et si il y avait bien une chose qui comptait le plus dans sa vie actuelle, c'était bien de la retrouver en vie et en bonne santé. Il musela les sombres démons qui lui titillaient les entrailles. Déchirant son fëa entre épouvante et rage inutiles.

« Tu as fait un travail remarquable meleth …. finit-il par lui admettre, même si la situation lui faisait mal. Je suis réellement fier de toi …

- Punaise .. il va falloir que je marque cette journée d'une pierre blanche ! Rétorqua-t-elle taquine. Le Grand Roi Thranduil qui me fait la grâce d'un compliment …. avoues que c'est assez remarquable pour le noter non ?!

- En effet … et j'aurais peut-être dû te féliciter un peu plus, être plus conciliant, et à l'écoute. Plus tendre aussi peut-être … quand j'avais encore la chance de t'avoir à mes côtés …. admit-il alors contre toute attente ».

Coite. Voilà ce qu'elle était. Jamais elle n'aurait pu le soupçonner de dire telles choses. Puis, son humour noir ne voulant céder le terrain, elle continua :

« Faut-il réellement que ma situation soit à ce point désespérée, et que je sois dans une merde noire, pour que tu en viennes à m'avouer telles choses ….. »

Elle sentit le pincement que cela causa à son amant. Elle soupira longuement, essayant de quérir un peu de lumière aux travers des ténèbres qui étaient en train de l'engloutir. Au bout d'un silence qui devenait interminable, elle cala sa joue contre le coussin mité qui accueillait son repos, puis serrant la couverture sur elle, elle reprit :

« J'ai trouvé comment mettre à mal les forces destructrices de Seth ….

- Comment ?! S'enthousiasma l'esprit de Thranduil dans une tonalité ressemblant à celle d'un enfant découvrant le plus inestimable des trésors.

- Je vais te montrer ce que j'ai vu …. et t'expliquer ce à quoi j'ai pensé ….. ».

Alors, avec application, elle lui montra les cartes, les schémas, les plans, et au bout d'un moment elle l'entendit avancer :

« Mais …. meleth …. si tu fais cela, ne mets-tu pas ta vie en danger ?

- Si … mais je trouverai le moyen de m'extirper de là avant que tout ne saute. Il me faut juste un peu de temps pour réellement mettre mon plan en place. Faire le plus de dégâts possibles et m'en sortir sans trop de casse ….

- Pourquoi est-ce que tes calculs ne me plaisent pas ? Énonça-t-il plus que soucieux. Il n'était pas à ce point stupide, il savait qu'elle ne lui disait pas tout. Il regretta les moments où son esprit avait encore de l'ascendant sur le sien, et qu'il pouvait à loisir tout lire en elle.

- Ne t'inquiètes pas, une fois que j'aurais bien mémorisé les plans des accès et autres sorties, ou bouches d'aération, je n'aurai plus qu'à m'échapper par l'une d'elles. Je te l'ai dit … il me faut juste du temps ….

- Tu en auras à loisir, les souverains viennent à peine de se séparer. Les armées se meuvent et prennent position très lentement. Nous ne voulons pas éveiller les soupçons ….

- Très bonne idée … acquiesça Alexandra avec soulagement. Au moins de leurs côtés ils faisaient également tout pour que leurs efforts conjoints ne soient pas caduques ».

Un frisson lui mordit la peau, et une contracture lui prit tout le corps. Sa fièvre ne partait pas, et malgré le réconfort de savoir à nouveau son amant avec elle, elle se sentait exténuée. Elle grimaça quand elle entendit la poignée de la porte de sa chambre bouger, et une clé tourner dans la serrure.

« Et merde …. c'est pas le moment …. grogna-t-elle réellement indisposée par cette visite malvenue.

- Courage amour …. je suis là … et je ne compte plus partir …. assura Thranduil d'une voix éthérée ferme et dont le timbre la caressa comme une tendre brise de printemps ».

Un pilier sur lequel elle pouvait prendre appui, et qui la soutiendrait sans faillir. Elle le savait à présent. Le fantôme d'un sourire habilla ses lèvres quand il lui souffla presque un « Je t'aime » des plus adorable, tandis que la lumière du couloir se révélait dans la pièce, profitant de l'ouverture de la porte, pour s'insinuer dans des méandres ambrés sur les murs brillant d'humidité. Elle ne fût pas longue à reconnaître la silhouette de Seth, et elle pria pour trouver la force de continuer sans trop faiblir. En silence l'ombre de son ennemi prit une des deux chaises présentes dans la pièce et la traîna dans son sillage pour venir l'installer à côté du lit. Alexandra maudit son état de faiblesse. Elle ne put que se tourner douloureusement vers lui en essayant de ne pas trop montrer son amoindrissement. Chose ardue avec un teint des plus pale, des cernes dignes d'un mort, et des tremblements de fièvre qui vous mordent de tout votre long. Les yeux métalliques de Seth la regardèrent longuement, et elle aurait voulu, tout en ne le souhaitant pas réellement, pouvoir lire dans son esprit. Histoire de voir ce que son crâne pouvait bien receler comme pensées tordues. Or, contre toute attente, sa mine se fit profondément anxieuse, et d'une voix lasse il énonça :

« Je vous avais dit de mieux vous hydrater il me semble. Voilà ce qui arrive quand on ne fait pas ce qu'il faut. Vous avez beau avoir du cran, vous ne pouvez lutter indéfiniment contre votre état de mortelle ….

- Vous l'êtes aussi …. rétorqua-t-elle la gorge brûlante ».

Un mince sourire habilla les lèvres de son hôte. Ce dernier ne pouvait rester de marbre face à sa combattivité. Malgré son teint blafard et ses yeux brillant de fièvre, il ne pouvait s'empêcher de l'admirer en un sens. Il comprenait pourquoi les puissants de ce monde s'étaient intéressés à elle. Elle devait représenter une véritable énigme. Forte, fière, indépendante, et ayant dans ses bagages, autant de connaissances que leurs aînés réunis. Voire plus. Seth l'appréciait réellement, allant de lui-même à l'encontre des règles qu'il devait s'établir. Elle était de son monde. SON monde, et ça, c'était réellement un trésor à nulle autre pareille. Qu'elle ne comprenait pas encore, mais qu'il se ferait un devoir de lui enseigner. Tôt ou tard, les murs de sa forteresse finiraient par totalement la broyer, et elle les suivrait, comprenant que ses projets étaient les seuls viables sur le long terme. Il finit par répondre, d'une voix tout aussi traînante :

« Oui, et en même temps, je ne le suis plus tout à fait …. il fit une pause, ses iris se parant d'une profonde nostalgie, puis il reprit, il est long le temps passé seul … incroyablement interminable … vous ne savez pas ce que c'est que de vivre si longtemps comme un étranger. Loin de toutes mes racines, ma famille, mes amis, ma patrie …. des compagnons qui étaient partis en guerre …. morts depuis si longtemps déjà, que même leurs visages viennent à s'effacer de ma mémoire à la longue. Je ne sais, dans le fond, si c'est une malédiction, ou une bénédiction, cette vie prolongée. Tout semble perdre de la saveur. Toutes lumières semblent se ternir, et même la nourriture et les plaisirs terrestres, perdent leurs attraits ….. La lassitude est une gangrène Alexandra …. »

Elle resta silencieuse. Retrouvant dans les traits tirés, et le timbre monocorde de Seth, les mêmes maux qu'elle avait décelé chez Thranduil au début de leur relation. Puis, contre toute attente, Seth se pencha vers elle, et lui posant une main amicale sur l'épaule, il avoua :

« Remettez-vous vite. Je serai réellement peiné si quelque chose de grave vous advenait. Vous avez su redonner le sens qui me manquait. L'énergie qui contribuait à alimenter mes actions, et mes projets. Je saurai à qui léguer tout ceci si il m'arrivait quelque chose. Nous nous érigerons comme le couple qui changera la face de ce monde. Nous serons, ensemble, les souverains de cette nouvelle ère …. Saroumane l'avait prédit ! Il savait que tôt ou tard, quelqu'un d'autre que moi foulerait ces terres. Qu'il fallait que je sois patient, et que tout viendrait à moi, naturellement. Comme si les astres eux-mêmes avaient béni et programmé notre venue à tous deux ….. Nous sommes liés Alexandra … d'une façon ou d'une autre ... et je dois avouer, que je ne suis pas mécontent que le destin m'ait envoyé une femme. C'est réellement plus plaisant ainsi ….»

Dès qu'il eut posé sa paume sur le haut de son bras, Alexandra entendit l'esprit de Thranduil grogner comme un loup défendant son bien. Le roi des elfes ne supporterait certes pas que l'on touche sa compagne de la sorte. Et les paroles de Seth allumèrent en lui les pires signaux d'alarme, ravivant les foyers destructeurs qui habillaient son être. Nul ne s'emparerait de son âme soeur, de gré ou de force. Elle lui appartenait, depuis que le monde était monde. Depuis que l'Univers fût créé par Eru lui-même. Nul ne la lui ravirait à nouveau. Alexandra grimaça, tant la fureur de son époux comprimait sa boîte crânienne sous sa violence. Affaiblie, elle ne pouvait l'encaisser aussi facilement qu'avant. Déjà que le contact de Seth lui était difficile à supporter, les égarements télépathiques de Thranduil n'allaient pas aider. Décidément, tout la malmenait, et elle garda pour elle la réplique qui lui brûlait les lèvres. Si cet homme pensait l'allier à sa cause, il était clairement dément. Elle aussi avait vu et vécu l'enfer par moments, mais il voulait rester sourd à cela. Grand bien lui fasse, il ne soupçonnait donc pas ce qu'elle était réellement. Ne pouvait ne serait-ce qu'imaginer où ses décisions extrêmes, pouvaient la conduire. Mais pour le moment, elle n'était qu'une petite chose pitoyable luttant contre la fièvre. Quand il retira sa main, ce fût comme si on lui ôtait un poids incommensurable de dessus le corps. Il se leva et déclara :

« Tilda viendra s'occuper de vous le temps qu'il faudra …

- Maeglin ! Fit-elle alors vivement; ce qu'elle regretta de suite vu l'élancement qui lui arracha le larynx.

- Ne vous inquiétez pas, fit Seth comprenant de suite son sous-entendu. Il n'oserait jamais la toucher elle. Il sait trop bien où cela le mènerait. Je vous l'ai déjà dit, l'emprisonnement de cette femme est le meilleur sauf-conduit qui puisse exister pour elle. Reposez-vous à présent. Je vous tiendrai informée de l'évolution de nos plans …. ».

Le « nos » eut du mal à passer. Là aussi, elle essaya de l'accuser au mieux. Elle savait qu'elle en passerait par là, qu'elle dénaturerait son humanité, si elle voulait avoir une chance de survivre. Mais plus important encore, une chance de mener ses desseins à terme. Seth rangea la chaise, puis s'en alla sans un mot de plus.

« Nos plans ? Répéta la voix de Thranduil, réellement perplexe.

- Oui …. il faut que tu le saches, et avertis Gimli dès que tu le pourras …. Aglarond ne pourra être sauvée. Je suis réellement navrée Thranduil ….. je n'avais pas le choix ….. »

Elle sentit un étau de fer se resserrer sur son coeur, le comprimant à la limite de l'implosion. Elle ne put s'empêcher de pleurer en pensant à toutes ces vies qui seraient fauchées, et ce, par sa faute. Thranduil reçut son chamboulement de plein fouet, et peina pour ne pas se laisser submerger par les remords de sa compagne. Il lisait sans difficulté tout ce qui la rongeait inexorablement. Il avait mal de la sentir si triste et démunie si loin de lui. La bonté, la compassion et l'humanité de sa femme avaient réussi, au fil du temps, à percer les défenses de son coeur de glace. En bon elfe qu'il était, il lui importait peu que le peuple nain souffre …. enfin ça … c'était avant. Maintenant, il arrivait à concevoir, à toucher du doigt, du coeur et de l'esprit, ce que sa rebelle d'humaine, avait tant et tant de fois essayé de lui expliquer. Et cela ne lui plaisait qu'à moitié. Voir pas du tout. Cette empathie était désagréable, car elle heurtait trop. Il se demanda un bref instant, comment la race des Hommes pouvait paisiblement vivre avec ce flot effroyable de sentiments, de maux contradictoires. Tout était si vif, si puissant. Jamais ces êtres ne pourraient ressentir la pleine sérénité des Elfes. Et quand ils y arrivaient, c'était si fugace, que cela tenait de l'utopie, d'un rêve furtif et éphémère. Ainsi donc, le Roi Cerf, en cet instant, exprima une profonde compassion envers ce peuple, qu'il avait souvent qualifié de « bouffeurs de pierre, sans une once de cervelle ou de savoir-vivre ». Il s'imagina serrer contre sa poitrine puissante l'objet de ses tourments. Son humaine, son épouse, son âme soeur, qui avait l'air d'un oiseau tombé du nid et qui luttait âprement pour survivre. Dans le maelström de ses obscures pensées, la lumière du cerf trouva le passage pour venir la réconforter. Elle finit par trouver un peu de repos, tendrement bercée par les murmures de Thranduil, qui lui chanta une vieille ballade en Quenya.

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Les ombres se mouvaient paresseusement sur le sol, ondulant au rythme des frondaisons. Celles-ci offraient littéralement un océan de fraîcheur dans les sous-bois. Les oiseaux et les animaux, bien loin des tumultes de la guerre, parcouraient les sentiers en toute quiétude, humant de temps à autres les fragrances de l'été. L'astre solaire flamboyait. Dardant ses rayons torrides sur Arda, annonciateurs des prochaines canicules. Legolas leva le nez vers le ciel, encore aujourd'hui, il ne pleuvrait pas. Pourtant, l'orage grognait au loin. A des lieues et des lieues en amont. Cela faisait des jours et des jours que la chaude atmosphère avait tendance à amoindrir la vigilance, et fatiguer les soldats. Ces derniers, tapis dans la forêt, restaient invisibles pour les yeux non avertis. Véritables enfants sylvestres, se fondant dans la nature avec perfection. Cette capacité avait suscité dans l'imaginaire collectif nombre de légendes sur quelques pouvoirs magiques. Si du temps de Melian tout ceci demeurait vrai, il y avait des siècles et des siècles à présent, que le cercle avait été brisé. Sur une haute branche, le regard du Prince se porta sur l'horizon. Les plaines séparant la Lórien de Vertbois-Le-Grand demeuraient vides. Pourtant, leurs ouïes elfiques l'entendaient. La sombre musique remontant des profondeurs, battant le rythme des tambours de guerre. Il posa sa paume sur le frêne qui lui servait de promontoire, et fermant les yeux, il put ressentir les tressaillements de l'arbre. Il fronça les sourcils, l'ennemi n'était pas loin. Il entendit le froissement d'une étoffe suivie du maigre cliquetis d'une côte de mailles, et ouvrant à nouveau les yeux, il vit Brilthor à son côté. Le roi Thranduil avait ordonné à ce dernier de suivre son héritier, et de veiller sur sa personne coûte que coûte. Aredhel quant à lui, s'occupait de leur roi. Le jeune Capitaine avait perdu son sourire depuis quelques temps. Les combats successifs avaient miné sa bonne humeur naturelle, et sa lassitude se peignait sur son adorable visage, dans une teinte grise et blafarde. Cependant, les iris céruléen étaient toujours aussi vifs, et malgré la chaleur et la fatigue, le jeune ellon, faisait honneur à ses fonctions. Il portait l'armure habituelle des gardes de la noblesse. Seules les spallières un peu plus ouvragées, témoignaient de son rang. Elles reprenaient les volutes gracieuses qui ornaient le plastron et les jambières, et la tunique verte qu'il portait en dessous, faisait ressortir avec raffinement, le travail d'orfèvre des forgerons. Les tresses communes aux périodes de batailles, tombaient en un rideau de soie épars. Donnant des éclat de miel là où la lumière arrivait à percer entre les feuilles. Legolas remis le brassard de mithril qui lui protégeait l'avant-bras, en prenant soin de bien rattacher entre ses doigts, le gantier de cuir qui lui servait à tirer ses flèches avec autant de précision, puis il demanda :

« Alors?

- Les troupes du Seigneur Haldir remontent vers nous mon Prince. Elles les suivent comme leur ombre ….

- Savons-nous où ils vont émerger ? »

Brilthor sortit l'obsidienne magique d'une des poches en cuir suspendues à sa ceinture, et la caressant du bout des doigts, il déclara :

« L'ouverture n'est pas loin d'ici. Nous pensons qu'ils vont apparaître d'ici peu, à la lisière plus au Nord. Près de la Porte de la Forêt …

- Pourquoi aussi haut ? Murmura Legolas en pleine réflexion ».

Il se doutait que leurs assauts successifs au sein des galeries, irriteraient profondément leur adversaire. Mettant scrupuleusement leur plan à exécution, les raids avaient commencé peu de temps après leur retour.

Legolas avait suivi Faramir jusqu'en Ithilien, puis, expliquant les inquiétudes de son père à ce dernier, ils avaient alors déplacé ceux qui restaient, dans des endroits plus au Nord-Est, au coeur des Terres Sauvages. Réquisitionnant des petits hameaux sans grande population, laissant sur place assez de soldats, Elfes et Hommes, pour maintenir les défenses. Legolas n'aimait pas trop le fait de scinder leurs forces, mais si son roi avait raison, mettre tout le monde au même endroit, serait bien pire. Diviser pour mieux régner, cela pouvait aussi s'appliquer à d'autres stratégies. Ces monstres ne seraient jamais assez nombreux pour couvrir tous les fronts. Ce qui marchait pour les uns, marchait également pour les autres. Actuellement ils avaient mis à jour cinq grands accès souterrain. En comptant celui qu'avaient trouvé Gandalf et Radagast presque par hasard. Plus quelques galeries annexes, qui servaient souvent de bouches d'aérations ou de vides ordures. Ils s'étaient faufilés assez loin pour faire le plus de victimes en peu de temps. Mais jamais ils ne s'étaient aventurés trop avant, ne voulant entrer en confrontation directe avec le gros des armées souterraines. Non. Résolument, il fallait les faire sortir au grand jour. Dans les méandres terrestres, les avantages au corps-à-corps s'annuleraient, pire, les machines de l'ennemi leur donnaient une longueur d'avance. Et surtout une force de frappe bien trop importante, qui réduirait leurs efforts à néant. Inutiles de gâcher des vies, si cela pouvait être évité. Les plaines du Rohan avaient été perforées en de nombreux points. Encore une fois, cette patrie payait un lourd tribut aux invasions. Les Obsidiennes de Gandalf leur étaient d'une aide inestimable. Leur permettant de faire leurs offensives sans éveiller les soupçons. Leurs ennemis ne pouvaient prévoir de les voir cheminer ainsi, pour les mettre à mort, et repartir aussitôt. Pire, à chaque fois qu'ils refaisaient surface, ils comblaient les accès, et enterraient à leur suite tous ceux qui tentaient de les rattraper. Les Nains, dont Gimli, sous le concours de Gandalf, leur avaient appris à creuser des tranchées qu'ils emplissaient d'une étrange poudre noire. Ils disposaient des petites jattes en argiles, reliées aux canaux saturés, et quand la flamme arrivait jusqu'à elles, elles explosaient purement et simplement. Faisant sauter terres et roches dans un bruit assourdissant. Legolas répugnait à se servir de ces méthodes, qu'il trouvait bien trop barbares, et d'un usage trop facile. Quel honneur y avait-il à se battre ainsi ? Apparemment, cette façon de faire ne gênait que les Elfes pour le moment. Les Nains et les Hommes trouvant cette solution d'une redoutable efficacité. Voilà comment les Nains arrivaient si judicieusement, et avec telle vélocité, à creuser les flancs des montagnes. La seule force des bras, des pelles et des pioches, n'était pas l'unique outil dans leurs entreprises d'excavations à grande échelle. Le Prince s'était plongé longuement dans des pensées solitaires. Se demandant si Arda ne sentait pas en son sein, ce qu'on lui arrachait sciemment, sans même lui demander son avis. Ce fût lors d'une de ces introspections, qu'il avait réellement compris le sens des mots d'Alexandra, et de son combat fou, qui prenait souvent pour eux, des allures de chasse aux moulins à vent. Or, elle avait raison, tout était lié, sur leur planète, comme ailleurs. En voyant ce ballet de roches fusant dans l'espace, nimbé d'un nuage de poussière, et de fumées noires et blanches, il avait senti son estomac se tordre, son essence tressaillir. Voyant en cet acte, une violence inouïe, que de nombreux elfes perçurent comme littéralement une violation de leur Terre Mère. Alexandra avait raison, les elfes avaient cette empathie, cette sensibilité, qui faisait parfois cruellement défaut aux autres peuples d'Arda. Il réalisa que son désir de les voir rester, était insufflé par cela. Sans eux, les derniers êtres réellement douées de cette finesse magique et éthérée; qui les reliait naturellement au Tout; s'éteindraient. Il sursauta presque quand Brilthor répondit :

« Le Prince Haldir pense qu'ils veulent nous prendre en tenailles. Le faucon du Roi Eomer, et celui du Seigneur Celeborn nous rapportent que le mouvement s'est mis en marche au même moment, partout sous les plaines. Ils craignent qu'ils sortent comme un seul homme, et nous accule vers le centre …...

- Ne serait-ce pas trop tôt pour cela ? Intervint Legolas qui fit quelques pas agiles sur la large branche porteuse qui retenait ses pas. Ses iris se plaquèrent sur le bois aux dessins nervurés qui lui servait de support, et croisant les mains dans le dos, il continua, nous n'avons pas réellement mis son armée en danger. Nos escarmouches l'ont plus agacé qu'autre chose …. j'ai peine à croire qu'il sorte le plus gros de ses troupes maintenant …. c'est trop tôt Brilthor …. beaucoup trop tôt …. a-t-on des nouvelles du Roi Thranduil ?

- Oui.

- Et de Dame Alexandra ?

- Oui …. »

Legolas nota l'hésitation de son second. Aiguisant son regard, le prince se tourna vers lui, et venant à son côté, demanda :

« Et ?

- Elle se remet de sa maladie. Vous saviez qu'elle n'était pas au mieux de sa forme il y a quelques temps. Sachez que la fièvre l'a déserté, et qu'elle oeuvre toujours pour nous aider ….

- Tu me caches quelque chose Brilthor …. fit Legolas en scrutant le jeune Capitaine ».

Legolas, bien que plus ouvert et aimable, était le digne héritier de Thranduil. Quand son visage se fermait ainsi, il en était même son portrait craché. Brilthor déglutit avec effort, et avoua :

« Votre père craint pour sa vie …. il n'a pas pu s'introduire dans ses pensées les plus secrètes, mais il redoute qu'elle commette un acte insensé ….

- Cela lui ressemblerait bien en effet, fit Legolas pour le coup très soucieux. Sais-tu de quoi il en retourne ?

- Il a vaguement fait allusion à une explosion …. une attaque de l'intérieur ».

Legolas eut du mal à réfréner le sourire qui vint à naître sur ses lèvres, ainsi que le petit rictus qui l'accompagna. Si il y avait bien une chose dont elle serait capable, c'était bien de ça. Créer à elle seule, une véritable apocalypse. Bien que cette idée l'amusait quelque peu dans la forme, le fond lui plaisait beaucoup moins. Une étrange appréhension vint à le mordre. Soupirant il déclara pensif :

« J'espère que mon père ne va prendre ça trop à coeur sans savoir … il est aussi impulsif qu'elle par moment ….

- Ho ça vous le lui demanderez vous même …. il est en route pour l'Eryn Lasgalen, il sera là dans quelques jours ! Et encore, si il ne pousse pas sa monture pour avaler les lieux aussi vite que le vent ! Déclara d'un coup Brilthor, d'une voix étonnamment chaleureuse, apparemment ravi de revoir son Roi ».

Le visage de Legolas s'allongea de quelques centimètres à cette annonce. Priant pour que son père arrive avant l'attaque de leurs ennemis. Thranduil était un des elfe les plus forts et les plus habiles qu'Arda puisse porter. Mais tout puissant soit-il, il ne pouvait venir à bout d'une armée. Une ombre attira le regard du prince, et rivant son attention sur un arbre voisin, il vit un de ces éclaireurs le saluer :

« Ernil Legolas ! Le Seigneur Haldir sera bientôt là, un jour tout au plus !

- Très bien ! Brilthor rassemblez les hommes, nous partons. Guidez-nous, vous seul savez où ces bêtes immondes vont surgir …. ».

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La flèche siffla en passant près de son oreille. Haldir planta sa lame dans le corps musculeux qui lui faisait face, transperçant le coeur de part en part dans un geste ferme. L'Uruk-Haï tomba à la renverse, les yeux révulsés sous la douleur et l'incompréhension. Quand il retira l'épée d'un coup sec, l'os raclant le métal émit un grincement désagréable. Relevant la tête, il chercha ses frères du regard. La marée sombre de leurs ennemis s'était étirée comme une langue poisseuse et nauséabonde en ce matin d'été. Le ciel menaçant rendait l'air insupportablement moite et suffoquant. La sueur se mêlait au sang noir et rouge, qui maculaient armures, peaux et chevelures. Son cimier gisant à ses pieds, le Seigneur des Galadhrim sentait l'hémoglobine rouler le long de sa tempe. La force du tir avait fait sauté son casque, et la dernière avait clairement failli avoir raison de lui. Repérant l'archer, il saisit la dague à sa taille, et dans un mouvement ample, il visa. La lame donna un éclair métallique avant de ficher dans le crâne de son assaillant. Celui-ci s'écrasa dans un bruit sourd au pied d'un rocher. Un corps de plus chutant sous la violence des assauts.

L'herbe jaunissante aux abords de Vertbois s'était teintée d'un clair obscur macabre, où les fluides corporels se mariaient sous les cadavres dans des flaques à l'aspect et aux odeurs repoussants. Des nuées de mouches recouvraient déjà ceux tombés au combat. Le Capitaine de la Marche se hissa sur un arbre non loin, prenant de la hauteur pour voir au mieux. Les troupes se battaient avec acharnement. La lumière contre les ténèbres, le métal contre le cuir. Ils avaient dû trouver refuge dans le couvert de la forêt quand des orques, affublés d'étranges armures, avaient jailli des sous-sols, brandissant de curieuses tiges en métal qui crachaient des flammes comme les dragons. Nombre d'elfes, et même d'orques, périrent dans les brasiers. A présent, les archers Galadhrim les tenaient en respect, les flèches construisant un rempart de fortune contre leurs attaques incendiaires. Mais les flèches viendraient à manquer. Orophin et Rúmil tenaient le front avec les leurs. Une dernière ligne bravant la mort pour sauvegarder leurs arrières. Bandant son arc, il décocha et visa à la vitesse d'un souffle. Il ciblait les étranges porteurs de mort. Qui ressemblaient plus à des épouvantails de peau et d'acier, qu'à autre chose. Ridiculement dangereux et nuisibles. C'est là qu'il s'aperçut quand perçant les grosses bombonnes qu'ils véhiculaient sur leur dos, les monstres se retrouvaient eux-même en proie aux flammes. Se fut dès-lors l'hécatombe. La voix puissante d'Haldir arrivant à couvrir les cris de rage et de douleur, pour donner l'ordre de viser leur point faible. Les cors des orques mugissaient les ordres au loin. Là-bas, Haldir vit Hasufeld passer entre les lignes ennemies. Legolas, suivit de Gloredhel , de Brilthor et de quelques elfes, passèrent par l'arrière. Haldir vit qu'ils déversaient quelque chose dans leur sillage. Les chevaux, couverts d'écume, courageux et téméraires, traversaient ce vaste champ de mort avec difficulté. Leurs yeux révulsés tant par la peur que par les efforts fournies, étaient injectés de sang. Leurs sabots martelaient le sol dans un grondement puissant, qui se jumelait à celui du ciel d'orage au-dessus de leur tête. Le groupe de cavalier se scinda en deux. Une partie rebroussa chemin et entra dans le combat avec fureur. L'autre continua sa route vers l'accès souterrain que Brilthor avait décelé quelques jours plus tôt. Haldir sauta agilement de son observatoire pour se jeter à corps perdu dans le combat. Son sang perlait sur sa spallière gauche, dégoulinant sur le mithril pour se fondre et disparaître dans l'obscure sève de leurs assaillants. Il força le passage, poussa ses adversaires. Sa lame ne semblait jamais apaisée. Beaucoup furent fauchés par elle, tués sur le coup où mutilés à mort. Arrivés à la hauteur des ses frères, il déclara :

« Le signal va être donné ! Tendait l'oreille mes frères et tenez bon ! »

Même si les elfes fatiguaient, de voir leur Seigneur se joindre à eux, les galvanisa. Reprenant un second souffle, ils poussèrent en avant. Jusqu'à ce que dans leur fureur et cette prodigieuse poussée qui leur demanda un effort colossal, deux lames elfiques viennent à s'entrechoquer. Legolas et Haldir se regardèrent un instant, un sourire entendu dépeint sur les lèvres.

« Nous avons failli attendre ! Grommela Haldir quelque peu essoufflé par les affrontements.

- Désolé, nous avions un colis à déposer ! Rétorqua Legolas qui dégaina sa dague et égorgea un orque qui essayait de le prendre à revers. Soyez prêts ! Ordonna-t-il alors ».

Au loin, le cor des elfes se fit entendre, et Legolas hurla « A COUVERT ! ». Les soldats s'abaissèrent alors, surprenant leurs belligérants. Une détonation percuta l'atmosphère, faisant vrombir l'air, et crachant les flammes. L'espace se para des nuances chaudes d'un immense brasier. La ligne de feu prit le chemin que les elfes avaient tracé dans leur folle cavalcade. Le bruit de la terre qui s'effondre, les tremblements sous leurs pieds, leur signalèrent que le tunnel venait d'être scellé. Une pluie de cendres et de cailloux tapissa les alentours. Rebondissant sur les carapaces métalliques, ou quelques crânes. Il y eut une clameur de victoire, tandis que les orques et les uruk-haïs regardaient autours d'eux, abasourdis. Ne comprenant pas ce qui était en train de se jouer. Ils n'eurent d'ailleurs pas le temps d'y réfléchir. Des nuées de flèches vinrent assombrir le ciel, et les lames scintillèrent sous les éclairs blancs, tandis que l'armée des elfes fondait sur eux avec la fulgurance d'un poing. Les hurlement de terreur et d'agonie s'élevèrent dans un concert lugubre, tandis que la pluie tombait enfin. Legolas, aux côtés de Brilthor et Haldir ne cessait de guetter l'horizon, à la recherche des siens. Ceux qui partaient près du tunnel, étaient toujours les plus exposés. Il y eut un reflux vers le Sud, remontant vers eux. Comme si le reste de l'armée noire entrait dans un dernier combat désespéré. Mais il en était tout autre. Ils fuyaient les flammes, qui les léchaient comme la gueule d'un prédateur affamé. Certains couraient même sans savoir où ils allaient, se consumant sur pieds. Ils ressemblaient à des torches exhalant une odeur âcre et puissante de chair calcinée. Cette guerre était un véritable carnage. Mais le Prince savait qu'ils avaient de la chance. Ils étaient des Elfes. Son regard se porta plus au Sud encore; au-delà de l'horreur, au-delà des fumées, et pria pour ses amis. Un cri de terreur déchirant s'éleva à une centaine de mètre. Un elfe venait d'être victime d'un coup vicieux d'un ennemi qui l'avait pris en traître. La bête immonde eut un sourire affreux qui dévoila ses canines jaunâtres. Sourire qui resta à jamais figé ainsi, tandis que sa tête se détachait de son corps dans un geyser de sang noir. Le crâne vola dans les airs, bousculé par la masse énorme du cerf de Thranduil qui sauta un mur de flammes pour les rejoindre. Le corps prit de spasmes de l'orque fut allègrement piétiné lors de la réception de ses pieds agiles. Puis le roi, du haut de sa monture, coula un regard critique face à tout ce qui se déroulait devant lui. Ses yeux clairs reflétant les flammes comme le feraient les iris d'un démon, sa chevelure presque blanche se parant des teintes mordorées des flammes. Habillé de ses vêtements de voyage, seul son diadème en mithril trahissait son statut. Un uruk-haï le reconnu, et une vingtaine d'entre eux fondirent sur lui. Ridicules petits soldats tenant à peine debout, qui s'attaquaient à un géant. Le cerf cabra violemment, puis baissant la tête, il entra dans la bataille. Poussant, écrasant, empalant tous ceux qui se mettaient au travers de sa route. Thranduil finissant le travail du haut de son fier destrier, décapitant ou transperçant tout ce qui était à portée de sa lame. Une véritable tornade de muscles, de hardiesse et d'agilité. Ne faisant qu'un avec l'animal, il se mouvait tel un centaure, comme peu gêné de l'agression dont il était la cible. Il eut fini son oeuvre avant que son fils ou même le Seigneur Haldir viennent lui prêter main forte. Le souffle brûlant du cerf arriva à créer des fumerolles sous la pluie qui se faisait battante. Ses flancs se levaient et s'abaissaient avec force et rapidité. Fébrile, la bête tenait néanmoins debout, portant fièrement sa ramure ensanglantée. Une fois à ses côtés, Legolas son père salua joyeusement, et avec un sourire éblouissant, il déclara :

« Adar ! Que je suis heureux et soulagé de vous voir ! ».

Le visage fermé de son père ralentit son ardeur. L'eau cascadant sur ses vêtements à présent trempés, se colora du sang de ses ennemis. Le menton relevé, les muscles de la mâchoire du roi se contractèrent plusieurs fois avant qu'il ne parle. Il posa un regard réprobateur sur son fils, et énonça froidement :

« Est-ce ainsi que nous faisons la guerre ? Quelle honte ! Quel déshonneur ! Il n'y a nulle victoire dans ce carnage ! Il n'y a que la déchéance ! Et au lieu de fanfaronner sur votre bonne fortune, allez porter secours aux arbres de ma forêt, qui sont actuellement assaillis par les flammes, grâce à vos folies ! ».

Les elfes présents tournèrent la tête vers les abords de la forêt, et leur visage se décomposa. Les grands arbres gémissaient et se tordaient de douleurs, rongés par un mal qu'ils ne pouvaient fuir. La pluie seule ne pourrait arrêter le fléau. Après l'adrénaline due aux affrontements, ce fut celle de l'affolement général qui les étreignit. Plus de la moitié des soldats firent volte-face pour aller éteindre les feux, les autres quant à eux, s'attelèrent à s'occuper des blessés. Thranduil vit deux Galadhrim rejoindre Haldir, et il ne fut pas long à reconnaître la fratrie. Une légère grimace effleura ses traits sévères, et il demanda d'une voix de pierre :

« Où est passé Gloredhel ?

- Il .. il a prit la tête des cavaliers, hésita à dire Legolas qui ne prenait conscience que maintenant des absents. Comme il le savait, les elfes qui allaient si loin près des bouches béantes de cet enfer aveugle, risquaient gros. La détonation, par ailleurs, avait été impressionnante. Le Prince frissonna. Devant l'attention à la fois dure et inquisitrice de son père, il baissa les yeux, et reprit, nous ne savons pas encore ce qu'il en est. Ils ne sont pas revenus ».

Les mains de Thranduil se crispèrent sur le cuir de ses rênes, et talonnant doucement les flancs extatiques de son destriers, il le fit avancer sans un mot de plus. Tous savaient les rapports quasi fraternels qui unissaient ces deux cousins. Si l'un d'eux venait à périr, l'autre se verrait affublé d'un immense chagrin. Legolas, après ces rudes combats prit ces remontrances avec difficultés. L'épuisement qu'il ressentait, ainsi que ses hommes, ne saurait accueillir paisiblement si peu de reconnaissance. Ils avaient repoussé l'envahisseur de l'Eryn Lasgalen, n'était-ce pas suffisant ? Digne d'éloges ? Le bruit des gouttes de pluie cliquetant sur les armures et les lames, le tira de ses réflexion. Un rideau de pluie habillait à présent les alentours. Ensevelissant les corps d'une vapeur blanchâtre et malsaine, qui étalait son voile comme un linceul. L'eau avait néanmoins pour elle d'apaiser les tensions, mais surtout, d'amoindrir les effluves funestes dans lesquelles ils baignaient à présent.

« Votre père a toujours les mots qu'il faut ! Grogna Haldir dont la moitié du visage était peint d'un masque rouge.

- Il n'a pas toujours le verbe adéquat, mais je sais qu'il est heureux de notre réussite, de ça n'en doutez point Seigneur Haldir, fit Legolas ne pouvant s'empêcher de prendre sa défense.

- Vous ferez un bien meilleur souverain que lui, Ernil Legolas, de ça n'en doutez point également … rétorqua le Capitaine de la Marche ».

Faisant un mouvement de tête pour que ses frères lui emboîtent le pas, il délaissa alors le prince pour aller quérir les soins qu'il lui fallait. Seul, Legolas leva le visage vers le ciel, et apprécia de sentir la pluie lui tomber dessus ainsi. Comme si elle avait le pouvoir à elle seule, de nettoyer son corps et son âme. Les souillures des duels, la colère, la rage, la peur aussi …. Les pas d'un cheval s'approchant lui firent ouvrir les paupières, et quand il reconnut la silhouette du cavalier le coin de ses lèvres se retroussa dans un doux sourire. Aredhel mit pied-à-terre, et à la vue du sang noir maculant ses vêtements de voyage, Legolas sut que lui aussi avait eu son lot d'échauffourées. Comme à son habitude le Seigneur eut un geste réconfortant. Posant une main ferme et virile sur l'épaule du prince; ce qui dénotait toujours grandement avec son apparence si fine; il s'exclama la voix chaleureuse :

« J'espère que vous allez bien Ernil Legolas ! Et que ces jours ne furent pas plus sombres qu'il n'y paraissent !

- Ils furent bien pire mon ami …. répondit Legolas étreignant le bras tendu dans une embrassade fraternelle. Même si cela faisait déplacé de s'adonner ainsi sans pudeur aux attachements, surtout pour un prince, Legolas n'en avait cure. Mais nous sommes sortis vainqueurs, c'est ce qui compte …

- En effet. Voulez-vous vous joindre à moi, je m'en vais chercher les tentes ? Je suis harassé par cette chevauchée. Le cerf de votre père est une monture trop endurante pour de simples chevaux, même elfiques. J'ai dû laisser ma monture par deux fois pour pouvoir avoir une chance de le rattraper. Heureusement que les postes de gués sont toujours pourvus en bons destriers. Et qu'ils sont assez bien dissimulés pour passer inaperçus surtout ».

Le cheval d'Aredhel soupira longuement, comme pour appuyer ses dires. Les iris d'émeraude du Seigneur se posèrent sur le champ de bataille qui s'étendait devant eux, et sa mine se fit sombre. Flattant l'encolure de sa monture, il commença alors à évoluer entre les corps, organes et autres marres de sang qui jonchaient la plaine. Ne pouvant s'empêcher de soulager les agonisants au passage. Legolas quant à lui, l'observa longuement. Il n'avait plus le coeur d'ôter une seule vie. Il loua le courage de l'ellon à ses côtés, qui se faisait un point d'honneur à faire ce maudit travail proprement. Même si ils savaient tous qu'ils rejoignaient Mandos par la suite, il n'était jamais simple et agréable, de quitter son corps physique. Après près d'une heure, ils rejoignirent le campement installé plus profondément dans la forêt. Là-bas; ils trouvèrent Thranduil dans sa tente, plongé dans un étrange état second. Ils savaient qu'il était dès-lors là-bas, avec elle, et qu'il faisait tout pour s'imprégner de ce qu'elle voyait pour le leur resservir plus tard.

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Après avoir laissé au bon soin de son meilleur palefrenier présent, son fidèle et courageux destrier, Thranduil entra d'un pas lourd sous la tente royale. Son fils avait beau avoir des attitudes de rôdeurs, Gloredhel avait dû réussir à le plier aux us et coutumes des campagnes. Bon gré ou mal gré, peu lui importait. Même si il ne portait pas aussi doctement les atours royaux, Legolas restait le seul héritier du trône. Avec tout le fardeau que ça imputait. Il se dirigea vers le coin qui servait de salle d'eau, et dépliant le paravent pour avoir un peu d'intimité, il commença à retirer sa couronne quand un page entra en trombes. Face à un grand psyché, Thranduil regarda l'intrus par l'intermédiaire du miroir, et découvrit un jeune ellon, à peine sorti de l'adolescence, couvert de boue et de sang, qui essayait tant bien que mal de se décrotter et de discipliner ses tresses châtain qui s'étaient défaites lors des combats. Un bref instant, Thranuil eut de la peine pour lui. Les souvenirs des plaines de Dargolad revenant le hanter vivement. Il n'était pas bien plus vieux quand il avait tout perdu. Son père, son roi mais aussi son âme soeur. La même qui, aujourd'hui, se démenait seule dans une situation des plus inconfortable. Rien que de revoir cet humain poser sa sale paluche sur elle, lui fit remonter de la bile dans l'oesophage. Inspirant à fond pour ne pas se laisser dominer par ses instincts, il tenta de calmer l'ardente géhenne qui le consumait en silence. La fixité de son regard, même si ce n'était qu'un simple reflet, pétrifia le jeune ellon, qui se sentit rougir, et riva ses yeux sur le bout des ses bottes imbibées.

« Vas me chercher de l'eau ! J'ai besoin d'un bain ! Ordonna Thranduil sans forme, la voix sèche comme la pierre ».

Le page hocha simplement la tête sans rien dire, et avant qu'il ne disparaisse, Thranduil ajouta :

« Et ne reviens pas les pieds souillés de la sorte ! Sois présentable devant ton roi ! Même en période de guerre ! Est-ce clair ?! »

L'elfe émit un « oui aran-nin » des plus timide, et disparut derrière la toile tendue qui servait de porte. Long soupir. Si il y avait bien une chose à laquelle il tenait c'était bien la discipline. Surtout en tant de guerre. Demander aux hommes de s'occuper de leur apparence, de leurs armes, leurs armures, et autres convenances, leur évitait de trop penser aux horreurs inhérentes à ce type d'hostilités. Par les Valar qu'il était las ! La chevauchée avait été pénible, entrecoupée de combats éreintants. Défaisant son ceinturon, il enleva ses chausses dont le cuir était encore chaud des frottements contre les flancs de sa monture. Puis il déboutonna sa tunique lentement. L'image des doigts d'Alexandra l'aidant à se défaire de ses habits, lui chatouilla l'esprit. Ses phalanges agiles dansant sur les cuirs et l'argent, comme des fées mutines. Son regard brillant de malice, son sourire provocateur, tout vint l'envelopper d'une morsure à la fois tendre et d'une abjecte amertume. Quand le page revint, il était armé de seaux, aidé par une jeune elfine aux couleurs de sa maison de guérison.

« Peut-être que Silpion est également ici …. pensa Thranduil soudainement. Je l'espère tout du moins. Je ne lui en voudrais pas si il était resté aux Havres. A la limite …. je le souhaite même ». Le bruit de l'eau chutant dans la baignoire en cuivre avait quelque chose d'apaisant. De même que celui de la pluie battant les tissus imperméables de son gîte itinérant. Quand ils eurent terminés leur vas et viens; avec des chaussures propres nota-t-il au passage; il les congédia en leur exprimant le désir de ne pas être dérangé par les gens de maison. Il n'avait envie de voir personne. Il ne ferait exception que pour sa famille, et les Seigneurs. Aux peines de son voyage et de ses épreuves, il n'allait pas s'ajouter celle de devoir diriger les domestiques. Aussi peu nombreux soient-ils réellement. Il devrait leur être reconnaissant de s'être ainsi joints à leurs troupes, mais en cet instant, un poids tel martyrisait ces épaules, que seul le repos trouvait grâce à ses yeux. Il laissa choir ses vêtements sans en prendre soin. Ils tombèrent dans un bruit lourd. Révélant l'odeur âcre du sang qui les tâchait. Le roi riva ses yeux sur la baignoire fumante, où des huiles parfumées teintaient un peu les ondes. Il songea qu'Alexandra, elle, était loin de baigner dans tel luxe depuis des semaines à présent. Et qu'avec son état de faiblesse, elle en aurait eu bien besoin. Le liquide chaud, voir brûlant, lui saisit les chairs vivement. Désagréable sur l'instant, il le savoura en s'enfonçant progressivement dans le bain. Il se laissa glisser le long de la paroi inclinée, et ferma les yeux. Les rires de sa femme emplirent ses oreilles. Tant de fois ils s'étaient cherchés dans les salles d'eau. Battus même parfois, à grands jets d'eau savonneuse. Et leur bonne humeur s'élevait comme un chant au travers de leurs rires joyeux. Où étaient-ils à présent, ces témoins de bonheur ? Ces dépositaires de leurs instants volés. Varda qu'elle lui manquait ! Son absence était comme un lent poison, qui glaçait son corps et son âme dans une agonie sans fin. Si elle avait été bien portante et jouissant de tous les bienfaits, il ne souffrirait pas ainsi. Ne ressentirait pas cette torture coupable. Commençant à se laver, il se laissa bercer par le grognement du tonnerre, les pleurs du ciel s'étirant sur le toit de sa tente, et même les cris des elfes au loin, qui s'activaient à leurs tâches. En cet instant, rien n'avait d'importance, si ce n'était l'absence. La vision des flammes dévorant les corps, puis plus loin, celle de la terre se soulevant et volant en éclat, lui revint. Il en serra les poings de rage. « Comment ont-ils pu faire cela ?! Se servir de ces armes ? Encore un coup des Nains, à ne pas en douter ! Ils sont les seuls à manier la poudre noire avec autant de dextérité et de savoir-faire ! Dire. … dire qu'il y a des mois en arrière j'aurais tout donné pour acquérir tel savoir ! Telle puissance ! Mais je me trompais lourdement. Elle avait raison … elle a toujours eu raison …. ces armes ne sont que l'enfantement de la Mort. Des oeuvres dignes des fosses de Morgoth lui-même ! Si nous avions pu voir ! Ou même ne serait-ce que deviner ce qui se jouait sous notre nez, depuis tant d'années, jamais tout ceci ne serait arrivé ….. » ses iris bleus se voilèrent un instant. La tristesse du monde semblant l'envelopper. « Et tu ne l'aurais peut-être pas retrouvée non plus ….. mais au final ? Si c'était pour nous faire endurer telles épreuves, était-ce réellement un bienfait ? Aujourd'hui, je n'y vois qu'une mascarade. Qu'un jeu vil et égoïste de Dieux juvéniles cherchant de la distraction ….. comme des gamins s'amusant à tyranniser des insectes …. pourtant, l'Arbre Blanc m'a montré autre chose …. une chose que j'avais oublié. Cette vision du monde que oui, mon peuple a délaissé. Je n'en avais même plus la mémoire. Comment les Elfes ont pu négliger cette part de leur âme ? Les esprits m'ont parlé d'ego. Est-ce que ce savoir était perdu avant sa naissance, ou s'est-il fait par la suite ? »

Son trouble cessa quelques instants, tandis qu'il se remémorait sa discussion avec eux.

« Le don de Melian ….. pensa-t-il avec sagacité. Ils m'ont parlé du don de Melian, et de ses enseignements. Alexandra aurait-elle cela en elle ? Caché quelque part dans les recoins de son âme ? Aurait-elle le pouvoir, mon étrange humaine, de nous réapprendre tout ceci ? ».

Il tapota la surface de l'eau avec ses doigts, jouant à créer des vaguelettes qui allèrent s'écraser nonchalamment contre le cuivre flamboyant. Ce n'était pas aujourd'hui qu'il trouverait les réponses à ses propres énigmes. Se redressant, il se rinça, puis sortit. Se séchant lentement, massant ses membres endoloris, il enfila ses atours royaux, et recoiffa sa couronne de branches et de feuilles. Verdoyante et pleine de vie, tels que les jours d'Eté naissaient. Il s'affala plus qu'il ne vint s'asseoir sur un fauteuil fastueux, et se calant dedans de la manière la plus confortable possible, il décida de projeter son esprit vers elle. Cela faisait trop de temps qu'il ne s'était pas sérieusement acquitté de cette tâche. Son voyage ne lui permettant pas d'avoir une perception accrue. Avachi comme un animal fourbu, il ferma les paupières et partit en quête de son âme soeur. Plongé dans la transe que demandait telle intrusion, et qu'il connaissait à présent très bien, il n'entendit même pas Legolas et Aredhel entrer sous les couverts royaux.

Les deux elfes se figèrent sur le seuil de la tente, ne sachant pas si ils devaient rentrer totalement, ou ressortir. Après de longues secondes immobiles, Legolas finit par prendre une décision. Il entra, invitant Aredhel à sa suite. Thranduil dut enfin s'apercevoir de leur présence, car ses paupières frémirent. Dévoilant ses orbes de givre, il les posa sur eux, dans un moue figée qu'ils n'arrivèrent pas à définir. Ils savaient que ces voyages astraux drainaient énormément de force vitale à celui qui les effectuait, et qu'il en souffrait en silence. Jamais Thranduil ne s'était plaint de tout ceci, gardant avec force et dignité les maux qui le rongeaient. Ils savaient qu'ils mettraient plusieurs minutes avant d'être totalement opérationnel, aussi s'installèrent-ils en silence.

La tente avait des toiles tendues de couleur blanche, commune à la royauté. La pureté de la lignée étant ainsi représentée. Il y avait plusieurs couchages en arc de cercle, méridiennes et autres lits plus ou moins confortables. Les plus riches étant réservés au Roi et au Prince. Les autres servaient au cas où la présence d'autres Seigneur envahissait les lieux. De hauts chandeliers dardaient une lumière fauve, parfois rehaussée d'un éclat ivoirin grâce à une ingénieux système de verres translucides apposés autours. De riches tapis ornaient les sols recouvert d'un tissu lui aussi imperméable, pour éviter que l'humidité ne pénètre par le bas. Ou que des insectes en trop grand nombre ne s'invitent. Le Cerf en argent, couronné des étoiles à six branches se tenait fièrement, sous leurs pieds. Il semblait les observer de ses grands yeux sombres. Des commodes et autres menues armoires, servaient d'ameublement d'appoint. Legolas se dirigea vers celui qui lui était dévolu, et enlevant son armure tâchée de sang, il posa ses gants sur le faîte en bois. Ressortant sans un mot, il donna son équipement à nettoyer à un des gardes. Aredhel en fit tout autant, et tout ceci se passa dans le plus grand des silences. Ce dernier, à peine perturbé par le tonnerre au-dessus d'eux, finit par devenir pesant. Même si les deux ellyn s'affairaient à se vêtir de façon plus décontracté, et se faire une toilette sommaire, ils sentaient que l'humeur du souverain était aussi électrique que l'orage au dehors. Thranduil se passa une main lasse sur le visage, et finit par se lever. Allant vers une desserte en argent, il se servit un verre de vin. Habitude qu'il avait peu à peu oublié au fil des mois et qui était revenue tout aussi naturellement. Il vit Legolas ouvrir la bouche pour lui parler, mais la voix du prince mourut dans sa gorge tandis que quelqu'un faisait intrusion dans la tente sans s'avertir. Rien qu'à la tignasse blonde et à l'armure, ils reconnurent Brilthor. Même si son visage était méconnaissable sous le voile sanguin qui lui mangeait le faciès. Le sang étant sombre, cela n'inquiéta personne. On ne distinguait clairement que ses yeux azur, dont les pupilles contractées prouvaient l'état d'agitation dans lequel il se trouvait. Avant que Thranduil lui rappelle vertement les usages, Brilthor déclara :

« Le Seigneur Haldir vous demande de le rejoindre. Le Seigneur Gloredhel est revenu …. et il a rapporté quelque chose avec lui ! Ou plutôt … quelqu'un …. ».

Sans même savoir de quoi il en retournait, Thranduil jaillit de sa sclérose passagère et dit simplement « Conduis-nous ! ». Brilthor hocha la tête, et prit les devants. A sa suite, Thranduil, Legolas et Aredhel étaient plus que perplexes. Si le Seigneur Gloredhel avait jugé bon de ramener un prisonnier, c'est que ce devait être important. Quand ils arrivèrent près des tentes des maisons de guérison, un attroupement indigne des soldats royaux se tenait. Ils hurlaient et crachaient comme des paillards. Au centre de toute cette virulence se tenait Gloredhel. Droit et fier comme tout elfe de son rang, ce dernier maintenait par la nuque un homme plus mort que vif. Tel un trophée de chasse exposé aux yeux de tous. Ce dernier trouvait tout de même la force de se débattre et de demander à ce qu'on le relâche. Le cousin de Thranduil était presque une réplique parfaite du roi. Aussi grand, aussi fort et aussi froid quand il s'agissait de la sécurité de leur peuple. Legolas s'était souvent fait la réflexion que ces deux-là auraient pus être frères. Et le Seigneur Aredhel lui avait par ailleurs rapporté certaines anecdotes fortement amusantes, sur leur passé respectif de « trublions » de la Lórien. Mais l'heure n'était plus aux farces et autres tours plus ou moins innocents. Les deux cousins avaient depuis fort longtemps perdu leur costume de chérubins espiègles. Les phalanges solidement arrimées dans les chairs de son supplicié, Gloredhel eut un sourire sincère quand il vit enfin arriver Thranduil. La marée de soldats braillards et indisciplinés, s'ouvrant en deux devant lui comme la mer devant le prophète. Un silence de plomb s'abattit, et seuls les vagissements du prisonnier s'élevèrent alors, mêlé aux bruit régulier des gouttes de pluie. Une cercle parfait se tenait autours d'eux. Les visages normalement si impassibles des elfes croulant sous des expressions de haine et de rage, que seules les guerres arrivaient ainsi à révéler. Thranduil s'approcha, toisant le prisonnier avec une morgue contenue, mais son regard trahissait ses traits flegmatiques. Les vaines gesticulations de l'humain attisait même chez lui un instinct de prédateur au-delà de l'imaginable. L'homme était dans un état pitoyable. Le visage tuméfié, couvert de boue et de son propre sang. Il avait le nez cassé. Ce dernier offrait une ligne oblique désagréable au regard. Et, chose que nota de suite le souverain, il ne portait pas d'armes ou d'armure. Intéressant. Les mains agrippées désespérément aux avant-bras de l'elfe qui le tenait en respect, il hurla en Commun :

« Vous allez le regretter ! Lâchez-moi !»

La plupart des elfes ne comprenait pas ce qu'il hurlait. Seuls quelques seigneurs, et Haldir comprenaient parfaitement la langue des Hommes. Même si avec l'ouverture des frontières, ceci avait tendance à s'amenuiser. Le cercle se referma aussitôt que Thranduil et les autres furent au milieu. Gloredhel jeta sans douceur le prisonnier aux pieds du roi, qui dans un geste vif plaqua une semelle autoritaire sur le dos du supplicié, qui tenta immédiatement de se relever. Le plaquant face au sol, il déclara froidement :

« Tu te relèveras quand je t'en aurai donné l'ordre ! ».

L'homme grogna de douleur, mais aussi de frustration. La face en plein dans la boue, il avait peine à respirer, et le poids de la jambe du roi des elfes entre ses omoplates, semblait peser une tonne. Il tenta d'aller contre la volonté du souverain, mais il ne fit que gratter le sol comme un animal dans des gestes frénétiques qui n'eurent aucun effet. Ou si, un seul, celui de déclencher une hilarité générale. Mais les Seigneurs, eux, ne riaient pas. Legolas même eut une étrange moue, à la limite du dégoût. Ce genre d'amusement ne lui plaisait guère. Haldir arriva suivi de ses frères. Enfin soigné, son crâne arborait des points de suture sur le côté gauche. Plaie qui se refermerait vite dans les deux jours à venir. Le pouvoir de guérison des elfes leur permettant de se remettre facilement des blessures, cela était un avantage considérable sur les champs de bataille.

« Le Seigneur Gloredhel l'a trouvé près de l'accès souterrain. Apparemment il coordonnait les attaques, expliqua Haldir d'une voix froide, limite désincarnée.

- Je te l'ai ramené cousin, quand j'ai vu ceci ! »

Gloredhel pencha son immense stature au-dessus du corps allongé, couvrant ainsi le peu de lumière que l'homme arrivait à déceler. Il posa sa main ganté sur un des bras, et balayant énergiquement la peau maculée de boue et d'herbe, il dévoila un tatouage, que Thranduil reconnu de suite.

« C'est bien ce signe dont tu nous a parlé cousin ? Non ? Demanda Gloredhel avec un sourire carnassier à faire frémir ».

Thranduil hocha la tête, et enlevant son pied tout en se reculant d'un pas, il ordonna sèchement :

« Lève-toi ! ».

Le prisonnier ne se le fit pas dire deux fois. Quelque peu chancelant, il redressa néanmoins le menton, et crachant au sol une glaire pleine de sang; juste devant le bout du pied de Thranduil; il ricana en disant :

« Si vous pensez que vous allez obtenir quoi que ce soit de moi …..

- Qui te dit que j'ai envie d'obtenir des réponses ? Rétorqua placidement Thranduil ».

L'homme frémit. Il n'avait encore jamais rencontrer d'elfe à la stature de ce monarque. Un elfe aussi charismatique, et tout aussi antipathique. Dont l'aura cannibale avalait tout autours de lui. On ne pouvait détacher le regard de sa personne, une fois qu'on le posait dessus. Il était d'un magnétisme effroyable, tant la dureté de sa personnalité suintait par tout ce qui le faisait. Une beauté froide comme la mort. Dont le regard clair dévoilait des enfers glacés. Le prisonnier déglutit malgré lui. Le calme apparent, quasi olympien, d'un ennemi, n'était jamais bon. Le coeur de l'homme s'emballa un peu plus dans sa poitrine, sentant inexorablement sa fin proche. Le masque algide de Thranduil se fendit d'un sourire torve, et tournant la tête de côté tout en le gratifiant d'un regard oblique, il continua :

« Je sais qui tu es, d'où tu viens. Que pourrais-tu m'indiquer de plus ? Non … c'est toi qui va délivrer un message de notre part ….. ».

Sans un mot de plus, il fit un signe à Haldir qui s'avança calmement. D'un geste sec ce dernier dégaina sa dague, et la ficha dans la gorge de leur ennemi. L'homme attrapa le bras de son assaillant dans un geste désespéré. La peur s'insinuant dans tout son corps tandis qu'il se sentait mourir. Des gargouillis atroces se firent entendre. Le sang afflua dans sa bouche, se répandant dans son oesophage, sa trachée, ses poumons. Une agonie lente et terrible, qui extorqua une grimace de dégoût à Legolas. L'expression de marbre de son père le tétanisa encore plus. Une minute, et le corps tomba raide mort, quand Haldir retira sa lame avec tout autant de fermeté. Thranduil releva le menton, et avec une finesse à couper le souffle, il émit simplement :

« Je vous laisse le soin de leur apporter, Seigneur Haldir. Si vous souhaitez ajouter quelque chose à notre petite missive, n'hésitez surtout pas …. à présent, je m'en vais quérir un peu de repos. Je vous convie à ma table ce soir ».

Puis la silhouette du Haut Roi s'effaça derrière la masse des soldats. Gloredhel eut un rire effroyable tandis qu'il bougeait pour rejoindre son cousin. Brilthor à son côté, Legolas semblait hypnotisé par le cadavre qui se vidait peu à peu de son sang à leurs pieds. Une effroyable nausée le tenaillant. Il était un guerrier, un elfe aguerri au combat, qui en avait vu bien d'autres, mais cette mise à mort lui laissa une goût amer dans la bouche. L'homme était vaincu, prisonnier, sans arme. Pourquoi le tuer si froidement ? Etaient-ils obligés d'en venir à ces extrémités ? Il pensa non sans amertume, que oui, parfois les elfes, ne valaient pas mieux que les êtres humains. Leur cruauté se valait sans peine. Haldir se pencha pour ramasser le cadavre. Empoignant le col du malheureux, il le traîna à sa suite comme un vulgaire sac de denrées périmées.

« Pourquoi ? Demanda alors le Prince, sans réellement savoir pour quelle raison il avait exprimé sa pensée tout haut ».

Haldir se tourna vers lui, et avec un sourire limite hautain, il répondit simplement :

« Votre patience et votre affection pour les Hommes, m'est inconnue, cher Prince. Seuls certains d'entre eux, trop rares, méritent mon attention. Nous sommes en guerre, nulle pitié n'a sa place en ces lieux. A présent excusez-moi, mais j'ai un colis à livrer ».

Le glorieux Galadhrim continua sa route, ses frères sur les talons, tels deux fiers chiens de garde paradant autours de leur maître. L'attroupement des elfes se dispersa peu à peu, comme une fourmilière se diluant pour vaquer à ses occupations. Brilthor appela le prince doucement. Ce dernier vissa son attention sur lui, et fut quelque peu réconforté par le maigre sourire que le capitaine lui offrit. Brilthor lui souffla alors :

« Venez cher Prince. N'en voulez pas trop à votre père, vous êtes un des rares qui connaissent réellement ses tourments. L'inquiétude qui le mine à chaque seconde qui passe.

- Il a raison Ernil Legolas, renchérit Aredhel qui était resté silencieux tout ce temps. Et en un sens, la mort de cet homme est-elle si importante, quand on voit le nombre des nôtres tombé aujourd'hui ? Voyez en cela, un message également adressé à Alexandra, mon prince …. Legolas tourna vivement la tête vers lui, apparemment confus. Aredhel eut un superbe sourire, et reprit, oui Legolas. Le message que nous nous battons, que nous sommes là, même au loin, pour la soutenir. Qu'elle n'est pas seule à affronter ce fléau ….. que pensez-vous qu'elle va ressentir en voyant cela ? Car nul doute que notre ennemi va lui en parler ….

- Elle en sera ravie, de cela en effet j'en suis certain, avoua Legolas en hochant la tête. Mais, j'ai peur aussi …. personne ne pense ici, qu'elle pourrait être aussi victime d'affreuses représailles ? ».

Une profonde retenue lui répondit. En effet, peut-être que personne à part lui n'y avait songé. L'âme et le coeur lourds, Legolas traîna alors ses pas jusqu'à la tente royale. Incapable de dire, ou manger quoi que ce soit, pour le restant de la journée.

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