Merci pour toutes vos reviews, et désolée de vous avoir fait autant patienter pour la suite. Plantage d'ordinateur, qui m'a obligé à réécrire complètement la deuxième partie du chapitre...
Vous êtes apparemment assez partagés concernant une possible romance entre Severus et Ardwenna, je crains cependant ne pouvoir changer le cours de l'histoire. J'espère simplement que celle-ci vous plaira toujours autant malgré tout... Quoi qu'il en soit, romance ou pas, leur relation n'en est qu'au début...
Tu vas être content Bohemio, on va voir un peu Mixiel et Nuwan, pas énormément, juste un peu, histoire de..., mais on les verra un peu plus au prochain chapitre, c'est certain... ;) Après tout, c'est en partie grâce à eux que Severus se maintient, même si difficilement, sur la voix de la lumière, comme le dit si bien Lone Wolf...
Bon, cette fois-ci le chapitre est moins mélancolique, et moins sombre, bien que subsistent encore quelques tensions... Allez je vous laisse lire et à bientôt! Bonne lecture!
CHAPITRE 47 : Promesses de lutte
Il sentit soudain la douce chaleur du soleil réchauffer son visage encore endormi et perçut la faible lueur du jour perler à travers ses paupières closes, le sortant insidieusement des brumes du sommeil.
Qui donc avait osé entrer dans sa chambre et le réveiller de la sorte ? Ansky ? Non, l'elfe n'était pas suicidaire et ne se serait jamais permis de le réveiller de la sorte, sauf en cas d'urgence. Et aujourd'hui, il n'y avait aucune urgence prévue… Ardwenna peut-être ? Oui, ce serait bien son genre de venir le troubler dans un de ses rares moments de paix… Oui, il en était sûr, ce ne pouvait être qu'elle.
- Veuillez refermer les rideaux de suite, Ardwenna, bougonna Severus d'une voix encore empâtée, sans même prendre la peine d'ouvrir les yeux pour vérifier son hypothèse, tout en se protégeant le visage de sa main droite. Ou je vous promets de vous faire regretter de m'avoir réveillé de la sorte dans peu de temps… Retournez donc dans vos appartements, je viendrai vous chercher plus tard.
Et sans attendre la réponse, il retourna dans les limbes du sommeil, douce torpeur où la douleur s'estompait, où même les cauchemars de son passé semblaient avoir fait une trêve et acceptaient, pour un moment, de le laisser en paix…
Molly, quelque peu surprise de trouver le Maître des potions ainsi étendu sur le canapé du salon, et surtout de s'être fait apostropher aussi vivement, obtempéra sans plus de protestation et ferma les rideaux, la sereine pénombre regagnant aussitôt la pièce. « Ardwenna, il m'a appelé Ardwenna… », pensa-t-elle, tout en ravivant doucement le feu de cheminée. « Qui peut-elle bien être ? Pourquoi se permet-il de la réprimander ainsi ? Bon, à vrai dire, Severus se permet souvent de réprimander tout le monde… Mais là… Il devait se croire au manoir des Mangemorts, et il ne semblait pas vraiment surpris que cette Ardwenna soit là… Etrange… Se pourrait-il ? » Un sourire espiègle naquit sur les lèvres de Molly, tandis que son esprit romantique imaginait déjà mille scénarios possibles. Une fois ses yeux de nouveau habitués à l'obscurité ambiante, elle se permit d'observer un moment l'homme, apparemment reparti dans un profond sommeil, et qui paraissait alors si vulnérable sans son austère carapace.
Severus reposait, allongé sur le flanc gauche, recroquevillé en position fœtale, tel un enfant, sur le divan qui avait été visiblement légèrement modifié pour permettre un peu plus de confort. La couverture le recouvrant avait légèrement glissé sur ses hanches et laissait son torse à nu, de même ses pieds nus dépassaient quelque peu à l'autre extrémité. Son bras gauche pendait mollement dans le vide, dévoilant la sombre Marque aux yeux de quiconque, tandis que sa main droite reposait doucement juste au côté de son visage. Visage qui montrait alors des traits détendus, dépourvu de tout rictus dédaigneux ou narquois ou de tout pli soucieux, un visage doux et presque serein, rendant soudain Severus plus jeune… Quand il dormait, il faisait enfin son âge, bien qu'il restât marqué par les soucis et les coups durs de la vie… « Il fait alors vraiment ses trente-sept ans… », se surprit à penser Molly. « Et pourrait presque avoir un certain charme, dans son genre… »
Attendrie par cette image d'abandon, si rare chez cet homme, elle avança doucement sa main vers le visage de Severus, pour rabattre précautionneusement une mèche rebelle derrière son oreille. Puis elle réajusta la couverture jusque sur les épaules du jeune homme, pour qu'il ne prenne pas froid, et lui souhaita à voix basse un bon repos, avant de sortir et de refermer doucement la porte.
…………………………………………………………………………………………………
Une délicieuse odeur de café l'extirpa lentement de sa torpeur…
Severus se risqua à ouvrir un œil, qu'il referma aussitôt face à la vive lumière qui lui agressait les rétines, tout en rabattant une main devant ses yeux pour mieux les protéger. Il cligna alors doucement des paupières, tentant de s'habituer tant bien que mal à l'ardente clarté qui envahissait la pièce.
- Allez, belle au bois dormant, il est temps de se réveiller, fit une voix que Severus reconnut sans peine.
Black. Mais qu'est-ce que Black foutait donc dans sa chambre ? Non, une petite minute, Black ne pouvait être dans sa chambre. Impossible. Donc s'il n'était pas dans sa chambre au manoir des Mangemorts, c'est qu'il devait être au quartier général de l'Ordre… Et peu à peu, tout lui revint en mémoire… Oui, il était au quartier général de l'Ordre. Il était arrivé hier soir tard, alors que tous dormaient déjà, et s'était entretenu avec Minerva et le portrait d'Albus… et Pomfresh… Traîtresse qui lui avait fait boire une potion de sommeil sans rêve.
En tout cas, la dite potion avait été efficace. Ce qui était peu étonnant, sachant qui l'avait concoctée, à savoir lui-même… Il avait dormi comme rarement il dormait, comme un bébé, sans cauchemar ou vision apocalyptique… Et il en avait bien besoin, il se sentait effectivement reposé, bien qu'encore un peu endolori.
Severus parvint enfin à entrouvrir ses lourdes paupières, pour mieux appréhender où il se trouvait. Dans le salon. Mais pourquoi était-il dans le salon ? Il avait certainement dû s'endormir juste après avoir bu la potion, et les deux femmes n'avaient pas voulu le déranger, pensa-t-il.
- Allez, réveille-toi. Les autres ne vont pas tarder à arriver, reprit Sirius, sa voix trahissant son amusement à voir le ténébreux Maître des potions, soi-disant terreur des cachots de Poudlard, émerger si difficilement des brumes du sommeil.
Severus émit un faible grognement comme toute réponse et tenta de recouvrer ses esprits. Le réveil était difficile ce matin… Ou plutôt cet après-midi, car, au vu de la vive lumière du soleil, il devait être midi passé… Il jeta alors un bref coup d'œil alentour, et constata, avec dépit, qu'il était vêtu uniquement de son pantalon, et qu'une simple couverture, ou plutôt sa cape métamorphosée en couverture, était le seul autre rempart aux yeux des indiscrets. Il remarqua par la même occasion, que le canapé avait légèrement été agrandi pour l'occasion, certainement par les bons soins de Minerva…
- Il ne te reste que vingt minutes avant la réunion. On n'a pas osé te réveiller avant, tu dormais si bien, continua l'animagus, avec un air goguenard sur le visage.
Mais Severus n'y prêta pas vraiment attention, les mots « que vingt minutes » et « réunion » l'alarmant soudain.
- La réunion ? Quelle réunion ? Demanda-t-il, une ride inquiète marquant alors son front.
- Oui, la réunion de l'Ordre. Tu n'as pas oublié quand même, toi à la mémoire si légendaire… rétorqua l'autre, incapable de cacher plus longtemps son amusement.
- Ah. La réunion, marmonna simplement Severus, cette fois très réveillé.
Si, il l'avait oubliée, cette satanée réunion. Et voilà, qu'il n'avait plus que vingt minutes, pour se rendre un tant soit peu présentable… Or, vu son air lamentable à l'heure actuelle, ce n'était pas gagné d'avance. Il tenta alors de se redresser, d'abord sur un coude, puis en s'appuyant lourdement sur sa main droite, la gauche se crispant sur son flanc soudain douloureux. Il s'arrêta un instant, et parvint enfin à s'asseoir lentement, la respiration difficile et légèrement haletante. Quand il disait, que ce n'était pas gagné d'avance !
D'un seul coup, Sirius n'eut plus du tout l'air amusé. Le Serpentard semblait épuisé, alors qu'il venait de dormir toute la matinée, et surtout il semblait ressentir de la douleur, sans qu'aucune blessure ne soit visible. La conclusion de ses réflexions le frappa subitement de plein fouet : des doloris ! Severus avait encore dû subir des doloris… Ce qui concorderait d'ailleurs avec les cauchemars de Harry d'il y a deux jours, étrange coïncidence…
- Ca va aller ? S'enquit-il, voyant le Maître des potions rester assis sur le bord du canapé et reprendre doucement sa respiration.
Respiration légèrement sifflante, comme ses sens aiguisés d'animagus lui révélaient… Y aurait-il autre chose que des doloris ?
- Oui, ça va aller, cracha Severus, d'un ton peu amène et amer.
Voulant alors prouver de suite ses dires, il essaya de se lever. Mais à peine se trouva-t-il debout, qu'il sentit un malaise l'envahir : tout se mit à tourner dangereusement autour de lui, des lumières jaunes et blanches papillonnèrent brutalement dans ses yeux, l'aveuglant partiellement, et une brusque bouffée de chaleur lui brûla le corps, suivie d'une sueur froide, tandis que son sang tambourinait fortement dans ses veines… Sous l'assaut de toutes ses folles sensations, il se sentit défaillir et sa respiration lui manqua.
Sirius observa son ancien ennemi se lever avec difficultés, mais le laissa faire, le connaissant assez bien pour savoir qu'il n'accepterait pas son aide, pas maintenant. Quand, soudain, il le vit pâlir affreusement, devenant plus livide qu'une statue de marbre, et le vit vaciller en arrière. En un éclair, il accourut pour le soutenir, et l'aida à se rasseoir, le calant contre le dossier du canapé.
Severus sentit à peine les bras vigoureux le rattraper à temps, avant la chute inéluctable, et n'eut même pas conscience d'être à nouveau assis. Il se laissa faire comme un pantin, incapable de réagir pour l'heure, peinant à retrouver une respiration normale et à recouvrer ses sens. Il ferma simplement les yeux, se concentrant autant qu'il put pour chasser ce malaise troublant. Qu'il détestait ces états de faiblesse ! Surtout devant Black !
Il entendit celui-ci l'appeler, comme venant de très loin, pour tenter de le maintenir conscient, puis il perçut des mouvements rapides auprès de lui, alors que Sirius ouvrait une porte et appelait quelqu'un :
- Madame Pomfresh. On a besoin de vous, fit la voix tendue de l'animagus.
Celle-ci s'empressa de les rejoindre, ayant compris le problème avant même de pénétrer dans la pièce.
- Que s'est-il passé ? Severus, comment vous sentez-vous ? S'inquiéta-t-elle.
Les voix autour de lui et les bruits l'environnant, bien que martelant son crâne douloureux, lui permirent de reprendre pied dans la réalité et de dissiper peu à peu son étourdissement.
- Très bien, voyons, murmura-t-il enfin, pour répondre à l'idiote question de l'infirmière.
- Cessez donc de faire de l'ironie avec moi, jeune homme, le sermonna-t-elle. Au moins, j'ai l'honneur de découvrir, que le Severus Snape que nous connaissons est revenu parmi nous.
Le dénommé lui répondit par un rictus indéchiffrable, gardant cependant les yeux mi-clos, afin de se réhabituer progressivement aux sensations ambiantes.
- Que s'est-il passé ? Demanda Pomfresh.
Sirius lui expliqua alors rapidement, ce qui venait de se passer quelques minutes plus tôt. Une fois son récit fini, Severus avait repris quelques couleurs et plantait maintenant ses sombres onyx dans les prunelles déterminées mais inquiètes de l'infirmière.
- Je vais mieux, Pompom, fit-il d'une voix grave.
- Buvez ceci. J'aviserai ensuite pour décider, si vous allez effectivement mieux.
Severus hésita un instant, mais devant l'air autoritaire et assuré de Pomfresh, appuyée par McGonagall qui venait juste de les rejoindre, il céda et obéit. Il but la dite potion, un air dégoûté parcourant furtivement ses traits tirés par la fatigue.
- La réunion doit avoir lieu dans dix minutes, intervint McGonagall. Mais vous ne semblez pas en état d'y assister. Nous nous contenterons donc de retranscrire ce que vous nous avez relaté hier. Et concernant les sujets dont vous deviez nous donner plus de précisions, nous les étudierons plus tard.
- Non, Minerva. Je tiens à y assister, ne serait-ce que pour avoir mon mot à dire, quant aux décisions que vous allez devoir prendre. Et les… « sujets », dont vous parlez, ne peuvent attendre indéfiniment.
- Mais vous n'êtes pas en état, objecta Minerva.
- Effectivement, Severus. Vous tenez à peine debout, insista Pomfresh.
- Sois donc un peu raisonnable, continua Sirius. Tu m'as fait une peur bleue tout à l'heure, tu aurais dû voir ta tête !
- Ah non, tu ne vas pas t'y mettre, fulmina Severus, la frustration et la colère l'emportant. Je tiens à y assister, et j'y assisterai. Un point c'est tout.
- Et si un autre malaise vous prend ? Argumenta Pomfresh.
- Vous n'avez qu'à faire en sorte que cela n'arrive pas, rétorqua Severus, sur un ton de défi.
- Mais la réunion n'est plus que dans cinq minutes, fit McGonagall. Vous ne serez jamais prêt.
- Si vous ne m'aviez pas fait perdre stupidement mon temps avec vos récriminations insensées, je serais déjà prêt, répondit-il avec une certaine mauvaise foi. Et les autres peuvent bien patienter encore dix petites minutes, non ? Pour toutes les fois, où nous les avons attendus…
Sur ces dernières paroles, il fit une deuxième tentative pour se lever, écartant d'un geste ferme l'infirmière qui tentait de le retenir. Deuxième tentative qui s'avéra fructueuse. Une fois debout, il attendit quelque secondes, que le léger vertige qui l'assaillait se dissipe, puis se dirigea à pas lents vers sa chemise et sa robe.
Mais quand il s'en saisit, il ne put réprimer un air dépité, devant l'état quelque peu défraîchi de ces vêtements. Ce qui fit sourire McGonagall et carrément rire Sirius. Rire qui lui valut un regard noir des plus assassins de la part du Maître des potions.
- Oh c'est bon, fit Sirius, un sourire moqueur flottant encore sur son visage. Inutile de me fusiller du regard. Tu devrais voir ta tête…
- Vaudrait mieux pas, marmonna Severus.
Un pouffement mal étouffé et fort peu discret s'éleva dans son dos. Bien qu'elle fût plutôt amusée, McGonagall était en fait bien plus soulagée d'entendre de nouveau ces remarques snapiennes si cyniques, cela prouvait au moins que le jeune homme avait repris ses esprits. Et cela montrait aussi, qu'il était inutile de le retenir plus longtemps au lit, il n'y resterait pas de toute façon.
- Bois donc ton café. Cela devrait déjà arranger les choses, suggéra Sirius.
- Ah non, pas de café. Je vous interdis le café, ou toute sorte de boisson caustique, Severus, intervint Pomfresh, son alarme d'infirmière tintinnabulant dans son fort intérieur. Vous n'avez qu'à boire du thé, ajouta-t-elle devant l'air furibond qu'il lui adressa. Et léger, le thé.
- Rousko, appela soudain McGonagall.
L'elfe apparut en une seconde.
- Bonjour Maître McGonagall. Bonjour Maître Snape, fit l'elfe, un large sourire le défigurant.
- Si vous pouviez apporter de quoi se rafraîchir à Monsieur Snape, Rousko. Cela nous serait d'une grande aide, fit doucement la directrice de Poudlard.
Après une courbette digne de ce nom, l'elfe s'exécuta sur le champ et réapparut quelques secondes plus tard avec une grande bassine d'eau et une serviette, tandis que Pomfresh métamorphosait le café en thé, et que Sirius tendait à Severus des habits propres et frais qu'il avait rapportés de la chambre du Maître des potions.
Severus resta momentanément coi, à la fois ébahi devant tant d'activités soudaines autour de lui et ému de tant d'attention, bien qu'il n'en montrât rien. Son état second dura quelques secondes à peine, au bout desquelles il s'efforça de reprendre rapidement contenance, pour enfin commencer à se préparer, après avoir demandé aux trois compères de sortir quelques minutes.
…………………………………………………………………………………………………...
- Ah te voilà enfin, Snape. Ce n'est pas trop tôt. Cela fait vingt minutes qu'on t'attend, s'exclama Fol'œil, son œil magique roulant follement dans son orbite.
- Il faut bien une première à tout, Maugrey, répondit Severus d'une voix suave et doucereuse, tout en pénétrant d'un pas lent et mesuré dans la cuisine, où les membres de l'Ordre s'étaient assemblés.
Sa voix avait visiblement retrouvé de son assurance et de sa fermeté dans son écrin de soie, mais ses mouvements légèrement tremblotants trahissaient son immense fatigue et son état fébrile.
- Alastor, s'il vous plaît, ce n'est pas le moment, fit McGonagall d'une voix sèche et autoritaire. Peut-être vaudrait-il mieux s'installer dans le salon, nous pourrions ainsi bénéficier de précieux conseils.
Tous comprirent sans peine l'allusion à l'ancien directeur défunt, ils acquiescèrent donc aussitôt à cette suggestion et allèrent s'installer dans le petit salon, que Severus venait tout juste de quitter. Heureusement, il avait eu la présence d'esprit de faire disparaître toute trace de sa nuit ici. Bon, à tout avouer, Rousko, ce brillant petit elfe, l'avait bien aidé…
Severus attendit que tous prennent place, et était pour s'installer, comme à son habitude, debout à quelques pas de la porte ou prêt de la fenêtre, lorsqu'il vit Pomfresh conjurer une confortable chaise, qu'elle lui indiqua ostensiblement d'un signe de main. Son orgueil et son caractère fier lui dictaient de ne pas céder, mais le regard ombrageux de l'infirmière n'était pas des plus engageants et lui promettait mille maux s'il n'obtempérait pas sur le champ. Severus soupira intérieurement, mais décida finalement d'écouter sa raison et son instinct de survie, qui lui conseillaient de concéder cette exigence. Une petite voix lui susurra dans son esprit, qu'il devrait plutôt s'en réjouir, car il n'aurait pu tenir debout très longtemps. Il préféra cependant l'ignorer. Sournoise petite voix, toujours là quand on le désire le moins…
Il prit ainsi place entre Pomfresh et McGonagall. « Charmante place ! », se dit-il pour lui-même, pendant qu'il écoutait d'une oreille distraite McGonagall lancer le début de la réunion.
Dite réunion qui s'annonçait tendue, d'autant plus que les dernières nouvelles n'étaient pas des meilleures.
Les attaques des Mangemorts étaient de plus en plus incisives et, malgré les informations récoltées par Severus, l'Ordre peinait à les contrer, même si la plupart des cibles prioritaires étaient mises à l'abri ou sous haute protection. Tous les pions de Voldemort se plaçaient inexorablement sur son échiquier géant. Les institutions majeures de la société sorcière étaient minutieusement surveillées et espionnées de part et d'autre, que ce soit les places de commandement ou de recherche, comme le Ministère et les principales universités, ou que ce soit les postes d'informations, devenus plutôt des postes de mésinformations, tel la Gazette du sorcier…
Quant aux alliances, celles-ci restaient fragiles, aussi bien du côté de l'Ordre que du côté des Mangemorts.
- En parlant d'alliance, s'exclama Sirius, coupant momentanément McGonagall, tu as le bonjour de cette charmante Valâa, Severus.
Le Maître des potions haussa simplement les sourcils, incitant, par là même, l'animagus à continuer. Ce que celui-ci s'empressa de faire :
- Elle me fait te dire, qu'elle se languit de te revoir, et qu'elle aimerait grandement pouvoir te rencontrer de nouveau, bien qu'elle comprenne parfaitement que tu ne puisses pas, ou ne veuilles pas, la retrouver tout de suite.
Un léger ricanement s'éleva du côté de Nayasta, tandis que des sourires goguenards et plus ou moins moqueurs apparurent sur les lèvres de certains membres, dont le trio Griffondor. Ce qui exaspéra au plus haut point Severus, qui s'apprêtait déjà à répliquer et à rabaisser l'arrogance de ces jeunes insolents, mais Sirius ne lui en laissa pas l'occasion et poursuivit, faisant apparemment fi des réactions alentour :
- Elle souhaite aussi que tu saches, que le Pacte a parfaitement rempli son office. Tout son office, a-t-elle précisé.
Sirius ne put s'empêcher de sourire à son tour, se retenant à grande peine de ne pas rire tout bonnement. Le Serpentard en face de lui paraissait déjà assez bouillonnant de rage et de gêne mêlées, et ne verrait certainement pas d'un bon œil une telle réaction « infantile »…
- Elle souhaite d'ailleurs te remercier du « cadeau », ajouta-t-il dans un grand sourire.
- Du cadeau ? Répéta Severus, légèrement incrédule et ne comprenant pas de suite ce que Black voulait insinuer.
- Oui, le cadeau. Tu sais, ce fameux cadeau, lors du pacte…
Severus comprit alors enfin, et toute couleur quitta brutalement son visage, déjà si pâle.
- Le cadeau ? S'enquit soudain Mixiel, pensant avoir compris l'allusion si peu subtile de Sirius, tout en le redoutant.
Severus regarda son fils quelques secondes, dans un silence lourd de sens et de non-dits, ne sachant que faire ni que répondre. Il n'avait pas envisagé d'apprendre à Nuwan et Mixiel la nouvelle de cette façon. En fait, il n'avait pas vraiment envisagé de leur annoncer…
En effet, comment dire à ces deux jeunes gens, qu'ils allaient certainement avoir d'ici peu un demi-frère ou une demi-sœur, demi-vampire qui plus est ? Comment leur annoncer une telle nouvelle, alors qu'il avait déjà bien du mal à nouer plus ample connaissance avec eux ?
Mais l'apprendre ainsi n'était peut-être pas la meilleure façon. Sûrement pas… Quoi qu'il en soit, le mal était fait dès lors. Et Severus se voyait, une fois de plus, dans l'obligation de rattraper la bévue monumentale de Sirius.
Le Maître des potions commençait à maudire intérieurement l'animagus de tous les maux de la terre, quand McGonagall, enfin remise du fou rire qui menaçait de la submerger, décida d'intervenir :
- Oui, voilà une bonne nouvelle. Au moins, cette alliance semble assez stable.
Mixiel ne lâcha pas pour autant Severus du regard, regard qui réclamait ardemment des explications. Explications que celui-ci lui promit, silencieusement. Ainsi qu'à Nuwan. Oui, il devait leur dire, leur expliquer. Il ne devait pas leur mentir. Ni leur cacher quoi que ce soit. Ce serait détruire le peu qu'il avait construit si difficilement avec eux deux. Oui, il leur dirait, bientôt, et le plus tôt sera le mieux.
Quelque peu apaisés par cette promesse muette, les trois Snape reportèrent enfin leur attention sur McGonagall qui continuait, stoïque, son exposé, plutôt désastreux. Elle en était au bilan des actions du Ministère.
En résumé, ce dernier, malgré l'acharnement de ses Aurors, semblait avoir perdu tout contrôle et ne jouait quasiment plus qu'un rôle de tampon, étant entré trop tard dans la course, pour pouvoir rester en lice.
Même si la situation restait précaire dans les deux camps, l'Ordre perdait peu à peu de la vitesse et le monde sorcier semblait sombrer de plus en plus dans les Ténèbres. Les forces de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom étaient légèrement supérieures en nombre à celles de l'Ordre, mais cette perte de vitesse de la résistance s'expliquait surtout par la peur grandissante qui tétanisait les sorciers, et les non sorciers également d'ailleurs, et qui les faisait se terrer dans leur tanière. Ainsi nombreux étaient ceux qui n'osaient s'engager ou prendre parti, de peur des représailles… Inaction qui entrait alors en faveur des Mangemorts, leur permettant de commettre leurs exactions sans crainte de rencontrer de grande résistance, à part l'Ordre…
Le tableau dressé par McGonagall était des plus alarmants. Mais sans les Horcruxes, ils ne pouvaient rien entreprendre de plus pour le moment.
- La patience doit être notre allié le plus cher, même si le temps semble jouer contre nous, fit la directrice de Poudlard d'une voix assurée et ferme, instillant la confiance dans l'esprit de ses coéquipiers. Nous devons redoubler d'effort pour maintenir nos forces sur un pied d'égalité avec celles de Vous-savez-qui, mais nous ne devons pas perdre espoir. Nous sommes vraisemblablement à un cheveu d'obtenir enfin les cruciales informations que nous espérons tant. Il y en outre un autre point à aborder aujourd'hui. Un événement plutôt inattendu, et dont les répercutions sont encore difficiles à appréhender, a eu lieu il y a peu.
Elle expliqua alors, succinctement, les dernières nouvelles apportées par Severus, en se gardant bien de tout dévoiler cependant. Tout n'était pas bon à dire, nombre de membres présents ne pourraient comprendre et étaient loin d'être prêts à accepter tout ce que cet « événement » pourrait impliquer…
Et la suite lui donna raison. Quand ils apprirent qu'une nouvelle novice avait fait son apparition au sein des Mangemorts, et qu'elle n'était autre qu'Ardwenna Lennard – Dumbledore, arrière petite-fille d'Abelforth, l'atmosphère devint nettement houleuse, pour ne pas dire plus. Et celle-ci s'électrisa définitivement, quand ils surent, que cette même novice était certainement retenue contre son gré par Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, qui avait dû lui arracher son engagement au sein des Mangemorts grâce à un moyen de pression encore inconnu, et qu'elle avait été placée sous la responsabilité de Severus.
McGonagall préféra garder secrète l'histoire du rite du sang de la vierge. Inutile d'attiser davantage la colère et la haine de certains membres, dont l'humeur avait déjà été suffisamment assombrie de la sorte. Une telle nouvelle portait effectivement un coup dur à leur moral à tous, considérant cette affaire comme un affront à Dumbledore, voire comme une sorte de trahison, même s'ils ne pouvaient en récriminer totalement la jeune femme… McGonagall se contenta donc d'un « pieux mensonge », en affirmant que les intentions de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom restaient encore vagues concernant la jeune Ardwenna, et que cela ne changeait en rien leur plan dans l'immédiat.
Après quelques contestations indignées, tous durent admettre qu'il leur était impossible d'intervenir à l'heure actuelle, sans compromettre leurs autres plans, plus primordiaux, et sans mettre la vie de la jeune femme plus en danger encore. Ils durent donc se ranger à l'avis de McGonagall. C'est ainsi que l'Ordre prit la lourde et difficile décision de laisser Ardwenna au sein des Mangemorts pour le moment, en attendant d'en savoir davantage…
- Vous aviez également d'autres informations à nous communiquer, il me semble ? S'enquit finalement l'ancienne professeur de métamorphose, en se tournant vers Severus.
- Oui, répondit celui-ci. Comme vous le disiez il y a quelques minutes, la quête aux informations avance peu à peu. Voici la composition complète des différentes équipes chargées de la surveillance des Horcruxes et du Manoir.
Se disant, il tendit à McGonagall un morceau de parchemin, où figurait une liste de noms répartis en cinq groupes.
Tous notèrent les légers tremblements qui animaient les mains de Severus, quand celui-ci tendit le parchemin, mais personne n'osa émettre un commentaire. McGonagall lut la note avec attention, un air appréciateur et presque conquérant prenant place peu à peu sur son visage sévère.
- Et le nom de lieux entre parenthèses, à quoi correspond-il ? Demanda-t-elle, curieuse, se doutant en fait parfaitement de la réponse.
- Il s'agit du lieu présumé, où se trouveraient les Horcruxes. Mais, comme vous pouvez le constater, ce n'est qu'une vague hypothèse et l'indication est très floue.
- Comment avez-vous réussi à obtenir cette indication, même vague ? Demanda Nayasta, quelque peu suspicieuse.
- J'ai suivi discrètement chacun des Mangemorts, de chaque groupe, à plusieurs reprises. Tous les membres d'un même groupe reviennent régulièrement à l'endroit que j'ai indiqué. Mais à chaque fois que j'arrive sur le lieu présumé, je ne peux rien voir de particulier. Je ne peux en savoir plus pour le moment. Pour cela, il faut, avant tout, briser le serment du fidelitas.
- Il serait peut-être plus rapide de trouver le gardien du secret et de lui extorquer l'information, rétorqua Maugrey.
- Ah oui… J'aimerais bien voir ça, fit Severus narquois. Et comment comptez-vous donc vous y prendre ? En capturant le Lord Noir et en Le torturant jusqu'à ce qu'Il parle ? Ou peut-être avec du veritaserum ? Je ne sais pas pourquoi, mais je doute de cette méthode.
- Je ne parlais pas de Lui.
- Et de qui donc, si ce n'est du Lord Noir ? Je vous l'ai pourtant déjà dit. Le gardien du secret pour les Horcruxes est, à coup sûr, le Seigneur des Ténèbres Lui-même. Il ne fait confiance en personne d'autre pour une tâche aussi cruciale.
- Et comment comptes-tu t'y prendre pour briser le fidelitas ? Intervint Rémus, sentant la tension montée d'un cran entre l'Auror et le Maître des potions.
- Je ne vous révélerai rien à ce sujet, je vous le répète. Sachez seulement, qu'il me faut obtenir quelques gouttes de sang du Lord Noir avant toute chose. Ce qui n'est peut-être plus qu'une question de temps, si mon plan fonctionne comme prévu.
- Et quel est ce plan ? Insista Harry.
Le jeune Griffondor ne pouvait cacher son impatience et les quelques résidus de sa méfiance envers son ancien professeur. Il était frustré de ne pas avoir de cartes à jouer lui-même, et de devoir s'en remettre autant à cet homme qui cachait tant de choses. Même s'il avait décidé de jouer la confiance avec le Maître des potions, leurs relations étaient toujours difficiles, et leurs discussions à demi-mot n'arrangeaient rien. Il sentait en outre, qu'il perdait inéluctablement du terrain par rapport à Voldemort et que leurs chances s'amenuisaient rapidement au fil du temps qui passait… Il sentait qu'ils avaient besoin de temps, pour que leur plan aboutisse, mais que ce temps leur manquait justement. Harry perdait en fait espoir.
Alors oui, il pouvait comprendre pourquoi Snape ne voulait pas révéler comment briser un fidelitas : cela assurait ainsi la sécurité de l'Ordre… Oui, il pouvait comprendre aussi qu'il soit si réticent à expliquer tous ses plans : il devait manipuler des informations plus ou moins compromettantes, qu'il ne pouvait certainement pas révéler à tous… Mais Snape avait un peu trop tendance à oublier qu'il n'était pas seul, que l'Ordre était là, que lui, Harry, était là, et qu'ensemble ils pourraient peut-être aller plus vite dans cette quête. Bon, il est vrai, que les informations fournies par Snape les avaient faits progresser plus rapidement qu'auparavant, et que ces informations nécessitaient certainement du temps et de la patience, du doigté et de la finesse pour les obtenir. Mais Harry n'était pas du genre patient…
Qui plus est, McGonagall semblait être au courant de beaucoup de choses, tout du moins semblait en savoir plus qu'eux sur certains points, et Harry ne supportait pas d'être laissé autant à l'écart. Il ne supportait pas, que les deux adultes agissent ainsi, comme s'il n'avait pas son mot à dire, comme s'il devait être protégé de tout… Il se croyait revenu au temps de Dumbledore, mais Dumbledore était mort et lui avait grandi.
- Je préférerais ne pas avoir à vous le divulguer de suite, répondit Severus d'une voix doucereuse qui ne cachait en rien son irritation croissante. Pour l'heure, tout ce que vous avez à savoir est ici, sur ce parchemin.
- En somme, nous devons vous faire confiance et nous fier à vos… plans, conclut Harry, montrant lui aussi son irritation de ne pas avoir vraiment le choix dans cette affaire.
- Oui, répondit Severus imperturbable. Aussi difficile que cela puisse paraître. Mais je n'ai rien de mieux pour l'instant.
Harry et Severus s'affrontèrent du regard durant de longues minutes, un lourd silence s'installant entre eux, tandis que chacun des spectateurs attendait avec avidité et appréhension ce qui allait s'ensuivre. Mais aucun esclandre n'éclata. Finalement, Harry se décida à rompre le silence :
- Bien. J'ai décidé de vous faire confiance, et je continuerai sur cette voie. Mais il serait peut-être temps que vous en fassiez de même me concernant. Je n'insisterai pas maintenant, cependant, j'aimerais à l'avenir être mis un peu plus au courant de vos… plans et de vos avancées. Quelles qu'elles soient. J'aimerais que vous m'accordiez le même privilège que vous semblez accorder au Professeur McGonagall.
Severus crut qu'il allait littéralement exploser. Comment ce petit impertinent se permettait-il d'exiger ainsi de lui un peu plus de considération ? Un impudent et arrogant Griffondor qui, sous prétexte qu'il était considéré comme le Sauveur du monde, croyait que tout lui était dû. Il se préparait à répliquer une de ses remarques acerbes dont lui seul avait le secret, mais une légère pression sur son épaule le pria de se calmer.
Il tourna légèrement la tête vers la source de ce désagréable contact, pour voir McGonagall lui adresser un regard amical mais ferme, l'incitant à se taire, ou tout du moins à faire preuve d'un peu de courtoisie, pour changer. Il la foudroya d'abord du regard, mais au vu des éclairs qu'elle lui rendit, il se ravisa et lui concéda cette bataille… De toute façon, aujourd'hui, il n'était pas en mesure de se battre, ni contre Potter, ni contre Minerva.
Se forçant au calme, il retourna donc lentement son attention sur Potter, sur lequel il fixa ses deux onyx rageuses, et lui dit, d'une voix parfaitement maîtrisée, dissimulant sa colère sous des accents suaves et profonds :
- Soit, Monsieur Potter. Je veux bien admettre que votre situation est… disons… frustrante. J'espère cependant que vous comprenez, ou essayez de comprendre, que je ne peux, pour plusieurs raisons, tout dévoiler. Et si je ne souhaite pas vous expliquer plus en détails mes projets, ce n'est pas par pur manque de confiance, mais surtout parce que cela ne vous avancerait à rien de les connaître, puisque vous ne pouvez pas m'aider à les réaliser. Je préfère donc ne pas vous encombrer avec des détails inutiles pour vous, seuls les résultats comptant réellement, et vous laisser tout le loisir de vous concentrer sur ce qui importe vraiment. Maintenant, concernant les informations plus « délicates » dont je fais part à Minerva en privé, et qu'elle ne juge pas forcément bon de vous transmettre, ce n'est pas à moi de prendre la décision de vous les divulguer. Vous n'avez qu'à en discuter avec elle, et je me plierai à sa décision. Cela vous convient-il ainsi ?
Harry jaugea encore quelque temps Severus du regard, puis McGonagall. Cette dernière soutint le jugement de son ancien élève, sans ciller, sans non plus paraître outrée ou vexée de ce qui aurait pu ressembler à de l'insolence ou de l'arrogance. Non, bien au contraire, elle était fière de son ancien élève, qui se montrait digne de sa maison, digne de ses parents, et digne de la confiance de Dumbledore. Il se montrait digne de l'espoir que les sorciers avaient placé en lui. Il avait mûri, grandi, peut-être un peu trop vite, mais il était devenu adulte. Il n'y avait plus de raison de le surprotéger. C'était à lui de prendre les décisions le concernant désormais, il fallait donc qu'il sache, qu'il soit mis au courant de ce qui l'attendait…
Elle lui adressa alors un sourire bienveillant et encourageant et lui donna son consentement tacite d'un simple hochement de tête. Ce qui n'échappa guère à Severus et n'était pas vraiment pour lui plaire. Il avait parié sur le caractère surprotecteur de McGonagall et avait secrètement espéré qu'elle aurait préféré tenir le jeune garnement à l'écart de ces fastidieux et délicats comptes-rendus, mais apparemment il s'était trompé. Et ayant donné tout pouvoir de décision à McGonagall, il ne pouvait plus s'y opposer…
- Cela me convient, accepta finalement Harry, défiant toujours le Maître des potions du regard.
- Et pour le Manoir ? Demanda brusquement Sirius, interrompant ainsi ce duel silencieux. Comment comptes-tu t'y prendre pour le Manoir ?
- De même, je dois rompre le serment de fidelitas. Je pense que le gardien du secret est ce rat de Queudver, répondit Severus, ne prenant cette fois même pas la peine de cacher son mépris envers le dénommé. Et comme précédemment, il me faut un peu de son sang pour rompre le serment. Mais dans son cas, ce sera certainement moins… délicat.
- Combien de temps vous faudra-t-il ? Fit Harry, sentant l'espoir revenir peu à peu en lui. Si, au moins, ils pouvaient percer les secrets de ce fameux manoir, ils auraient alors une arme clé en main…
- Quelques semaines je pense, répondit le Maître des potions d'un ton moins froid, plus calme. Pour rompre ce serment, je dois élaborer une potion qui demande minimum un mois de préparation.
- Bien, conclut McGonagall. Voilà quelques nouvelles un peu plus encourageantes.
- Voici également le compte-rendu de mes dernières découvertes, concernant les potions dont je vous avais parlé il y a quelque temps, ajouta Severus avec un air plein de sous-entendus à l'égard de McGonagall, tout en lui tendant un deuxième parchemin.
Parchemin qu'elle s'empressa de prendre et de parcourir fébrilement. Elle connaissait parfaitement l'objet des potions demandées par Vous-savez-qui, Severus ayant jugé finalement préférable de la mettre au courant, et il lui avait fait part rapidement de ces dernières avancées la veille, sans pour autant rentrer dans tous les détails. Ce parchemin allait enfin éclaircir ce point. Chacun respecta presque religieusement le silence occasionné et attendit patiemment le verdict de leur meneuse.
L'expression de celle-ci variait au fur et à mesure de sa lecture, passant par plusieurs stades : de dégoûtée d'abord, à curieuse, puis presque enthousiasmée.
- Êtes-vous sûr de ces résultats ? Se risqua-t-elle à demander, connaissant en fait parfaitement la rigueur scientifique du Maître des potions.
Et devant le regard plus que meurtrier qui lui répondit, elle ne put qu'admettre que la réponse était affirmative, comme elle s'en doutait déjà.
- Mais Severus, s'exclama-t-elle alors, cette découverte est d'une importance majeure, bien plus encore que ce que je pouvais imaginer, quand vous m'aviez expliqué brièvement vos avancées hier soir…
Un rictus énigmatique, hésitant entre la moquerie, le cynisme et le fatalisme, étira les fines lèvres de Severus.
- Elle permettrait une avancée considérable en médicomagie, ou autre, j'en suis sûre, se laissa-t-elle emporter, toute à son enthousiasme, oubliant à quoi ces recherches allaient aboutir en réalité, si Severus réalisait ce que demandait Vous-savez-qui. Il faudrait en faire part à vos confrères…
- Non Minerva, la coupa brutalement Severus. Pour le moment, tout ceci doit rester secret. Et ce pour plusieurs raisons. Inutile de vous les rappeler, je suppose.
Oui, ces découvertes sur le fonctionnement cellulaire des potions, tout du moins les prémices de cette théorie, prémices plus que prometteuses au vu des premiers résultats obtenus, représentaient un grand pas pour la science sorcière. Mais il ne pouvait se permettre de les divulguer pour l'heure. Ne serait-ce que parce qu'il serait difficile de justifier l'origine de ces fameuses découvertes. Le nom de Severus Snape n'était plus vraiment le bienvenu au sein de cette communauté.
Ensuite, parce que cela équivaudrait également à divulguer ses recherches, recherches sur des potions interdites et au but plus qu'inavouable. Sans compter que le Seigneur des Ténèbres prendrait certainement ombrage, que Son Maître des potions ait osé divulguer de telles informations si cruciales. Bref, ceci devait rester secret dans un premier temps.
L'enthousiasme de McGonagall retomba comme un soufflé. Soudain soucieuse et songeuse, elle observa quelques instants le Maître des potions. Elle savait qu'il avait raison. Mais cela la frustrait. A la fois pour le monde sorcier, qui devrait encore patienter pour pouvoir bénéficier d'une telle découverte, et pour Severus, qui ne pouvait, une fois de plus, accéder à la reconnaissance qu'il aurait tant appréciée et qu'il avait tant espérée durant toutes ces années.
- Soit, capitula-t-elle simplement.
Sa voix ne pouvait cependant cacher une certaine amertume et sa frustration rentrée, ce qui en étonna plus d'un, d'autant plus qu'ils ignoraient tout de ces recherches et de ces fameux résultats. Severus lui-même en fut surpris… S'il y avait quelqu'un qui devait se sentir amer et frustré, c'était bien lui, mais pas elle…
Il ne put toutefois s'appesantir outre mesure sur ce sujet, car elle enchaîna sans plus attendre, donnant déjà ses consignes aux divers membres, en vue de parer les prochaines attaques des Mangemorts, attaques qui pourraient faire définitivement pencher la balance du côté de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, si elles réussissaient.
Severus perdit alors le fil de la conversation, qu'il avait déjà eu quelque mal à suivre jusque-là. Il se sentait nauséeux et oppressé, et aurait aimé respirer un peu d'air frais. Mais il se devait de garder une certaine contenance. Et se lever en pleine assemblée, pour sortir ou aller à la fenêtre, n'aiderait en rien à conserver cette image implacable et assurée qu'il voulait donner de lui.
Il espérait que la réunion touche bientôt à sa fin. Mais celle-ci semblait au contraire vouloir s'éterniser. Et il se sentait peu à peu suffoquer davantage, chaque minute lui semblant interminable. Soudain, il n'y tint plus, et ferma les yeux un instant, tout en baissant légèrement la tête, pour mieux se concentrer sur sa respiration et tenter de maintenir son masque impassible, quand un doux frôlement se fit sentir sur son bras.
- Severus, entendit-il chuchoter à son oreille, vous sentez-vous bien ? Un peu d'eau ?
Il rouvrit les yeux et se tourna vers son inopportune interlocutrice. Pomfresh l'observait attentivement et paraissait n'avoir que faire d'interrompre ou non la réunion. Certes, elle avait chuchoté, et donc seuls leurs voisins immédiats, à savoir McGonagall et Potter, l'avaient entendue. Mais cela suffisait amplement aux yeux de Severus, qui l'aurait alors volontiers avadakedavariseé sur le champ. Elle, et tous les membres présents, pendant qu'on y était. Membres, qui avaient par ailleurs remarqué le bref intermède de l'infirmière et avaient donc reporté leur attention vers eux, n'écoutant plus que d'une oreille distraite ce que disait McGonagall.
- Bien, puisque tout le monde semble avoir compris les consignes, conclut McGonagall, nullement vexée de ce moment d'inattention, je crois que la réunion est finie pour aujourd'hui.
Les raclements bruyants des chaises contre le sol, célébrant la libération tant attendue, ne se firent pas attendre plus longtemps, et un brouhaha s'éleva rapidement dans la petite pièce, tandis que les conversations reprenaient bon train.
- Tu restes encore ici quelques jours, Severus ? S'enquit Sirius, d'un ton badin.
Etrangement, toutes les conversations à peine entamées cessèrent aussitôt et tous se tournèrent vers l'intéressé, qui fulmina intérieurement contre le manque flagrant de discrétion de l'animagus.
- Oui, je pense, répondit simplement Severus.
- Alors, on pourrait commencer les entraînements demain, qu'en penses-tu ? Continua Sirius, faisant fi des oreilles indiscrètes, qui écoutaient attentivement leur petit échange.
- Non, pas demain. Je vais devoir m'absenter dans la journée.
La concision était de mise. Severus n'avait pas vraiment envie de s'éterniser sur le sujet, surtout lorsque tout le monde écoutait sans scrupule.
- T'absenter ? Et pourquoi, si je puis me permettre ? Demanda l'animagus, dont la curiosité légendaire revenait au galop, surtout lorsque la déception la concurrençait.
« Mais qu'ai-je fait au ciel pour me retrouver avec des crétins pareils, tous plus curieux les uns que les autres, et si peu subtils de surcroît… Tous mes crimes ne méritent pas une telle punition, n'est-ce pas ? », ne put s'empêcher de penser Severus, alors qu'il hésitait. Devait-il répondre ou se taire ? Son premier réflexe aurait été le silence, ou une riposte acerbe et caustique. Mais, au vu de certains regards des plus malintentionnés, il comprit rapidement que ce ne serait certainement pas la meilleure option. Garder le silence serait à coup sûr trop soupçonneux, et l'agressivité n'aiderait pas à dissoudre le problème. Déjà que sa côte n'était pas mirobolante, ces derniers temps… Inutile de se les mettre davantage à dos, sait-on jamais... Il jugea donc préférable de répondre, sans pour autant trop en dire…
- Je dois aller chercher certains objets dont je vais avoir besoin, fit-il donc, son impatience transparaissant volontairement dans sa voix.
- Des objets ? Intervint soudain Tonks, une pointe d'inquiétude dans la voix. Et vous comptez aller les chercher chez vous ? Enfin, je veux dire… à l'Impasse des Tisseurs ?
- Oui, à l'Impasse des Tisseurs, répondit froidement Severus, excédé de cet interrogatoire sans queue ni tête. Cela vous pose-t-il problème ?
- C'est-à-dire… C'est-à-dire que votre ancienne demeure est sous constante surveillance, fit la métamorphomage. Vous ne parviendrez pas à rentrer sans vous faire prendre.
Severus haussa les sourcils d'étonnement, et ses lèvres pâles s'étirèrent en un rictus ironique.
- Je sais encore comment rentrer chez moi, sans me faire remarquer par vos chers collègues… Comment croyez-vous que j'ai fait il y a quelques semaines ?
- Cela était peut-être vrai avant, mais je crains que ce ne soit plus le cas. Quoi qu'il en soit, si vous comptiez emprunter le passage sous les décombres de votre maison, qui mène de la trappe dans votre cave aux égouts deux rues plus loin, vous vous ferez prendre immédiatement. Le passage est étroitement surveillé, nuit et jour.
Severus blêmit alors à ces paroles. Ainsi les fouilles des Aurors avaient finalement porté leur fruit, malgré le temps qu'il leur avait fallu… « Mais inutile de se laisser abattre, se morigéna-t-il, il reste toujours l'autre passage… » Son maigre espoir fut cependant rapidement réduit en miettes, quand Tonks ajouta, d'un air penaud :
- Quant à l'autre passage, allant de votre laboratoire, par la porte cachée derrière l'étagère, jusqu'à l'extrémité de votre petit jardin, celui-ci a été purement et simplement détruit.
Le regard de Severus s'assombrit subitement. Le coup porté avait été rude… Il lui était donc maintenant impossible de se rendre à l'Impasse des Tisseurs, sans se faire immanquablement capturé au premier pas dans la maison. Il était fait comme un rat. Son chez lui, même si en fait il ne s'était jamais vraiment senti chez lui là-bas, lui était devenu inaccessible… Et soudain, une sourde peur l'étreignit. Avaient-ils aussi découvert la salle souterraine ? S'ils l'avaient découverte elle aussi, il serait perdu. Tout espoir serait définitivement perdu. Et ils auraient enfin les preuves qu'ils avaient toujours rêvé d'avoir…
- Et qu'avez-vous découvert d'autres ? S'enquit-il, d'une voix légèrement atone.
- Le passage reliant votre chambre au laboratoire, ainsi que la bibliothèque secrète donnant sur le salon, répondit Kingsley.
Même s'il avait encore du mal à comprendre l'homme et à lui faire pleinement confiance, Kingsley était à présent persuadé, que Snape n'était pas le traître qu'il avait cru tout d'abord. Il était indéniable, que le Maître des potions avait véritablement œuvré et oeuvrait encore pour l'Ordre du phoenix. Nombre de ses travaux trouvés dans le laboratoire et plusieurs documents cachés dans cette bibliothèque secrète l'attestaient, pour ceux qui connaissaient les actions de l'Ordre. Alors, oui, peut-être Snape prenait-il toujours soin de préserver ses arrières, en bon Serpentard qu'il était… Peut-être aussi était-il féru de Magie Noire et la pratiquait-il encore… Mais c'était à peu près les seuls doutes qui subsistaient encore dans l'esprit de l'Auror concernant l'ex-Mangemort. Il était en tout cas convaincu de sa loyauté envers Dumbledore… et de sa volonté de défaire Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom.
Bref, Kingsley compatissait envers Snape, et voyait bien que le coup était difficile à accuser, malgré la parfaite maîtrise du Serpentard. Maîtrise qu'il avait toujours admirée au fond de lui… Comment un homme pouvait-il rester si impassible et garder son self-contrôle de la sorte, face à une telle défaite, face à un coup presque fatal ?
Severus, quant à lui, fut légèrement soulagé intérieurement, bien qu'il s'efforçât de n'en rien montrer. Au moins, ils n'avaient pas découvert l'autre salle… Pas encore… Mais ce ne serait probablement qu'une question de temps… Et de toute façon, cela ne l'avançait en rien de ruminer ainsi, puisqu'il ne pouvait lui-même s'y rendre pour récupérer les objets dont il avait besoin et pour éventuellement effacer par la même occasion les « traces » compromettantes…
- Et que vouliez-vous récupérer ? Demanda Tonks. Peut-être pourrions-nous essayer de les prendre pour vous ?
Severus hocha imperceptiblement la tête en signe de négation. Non, ils ne pourraient pas les prendre à sa place. Car il devrait alors leur révéler l'existence de cette salle et la façon de s'y rendre… Et ils verraient… Ils auraient la preuve de ce qu'ils lui avaient toujours reproché, bien qu'il n'ait pas utilisé cette salle depuis longtemps, depuis vingt longues années pour tout dire. Mais ça, ils ne le comprendraient pas. Ils ne verraient que ce qu'ils voudraient bien voir, sans chercher à comprendre au-delà… Et quand bien même il leur dirait ne pas avoir pratiqué depuis sa jeunesse, ils ne le croiraient pas…
D'un autre côté, il avait réellement un besoin urgent de ces objets… Et il lui serait impossible d'en trouver d'autres ailleurs. Ou à des prix exorbitants. Il n'avait lui-même plus aucune fortune en main, ses pauvres petites économies lui ayant servi à survivre quelques mois, et le reste de ses comptes ayant été gelés à Gringotts. Et il ne pouvait se permettre de se servir de la fortune du Lord Noir sans éveiller Ses soupçons… Non, décidément, il ne pouvait les racheter… Il devait récupérer ceux qu'il possédait, coûte que coûte…
- Severus, intervint McGonagall. Dîtes-nous donc ce que vous comptiez aller chercher, je suis sûre que Tonks ou Kingsley parviendront à les récupérer.
- Non, Minerva. Tant pis, je trouverai une autre solution.
- Mais pour le moment, vous n'en voyez pas d'autre, fit soudain Nuwan, qui jusque-là était restée muette et attentive. Je me trompe ?
Severus l'observa un instant mais ne répondit pas. Il ne pouvait répondre. Il ne voulait pas lui mentir, mais il ne pouvait non plus lui dire la vérité. Car ce serait aussi avouer devant les autres. Mais ce simple silence fut à lui seul un aveu.
- Ce sont des objets de Magie Noire que vous voulez récupérer, s'exclama enfin Maugrey, un air victorieux sur son visage balafré, tandis que la compréhension éclairait son esprit paranoïaque.
Un silence pesant s'installa dans la salle, l'air devenant de nouveau suffoquant pour Severus. Oui, il aurait dû se douter que le vieil Auror aurait vite compris… Il n'était, après tout, pas totalement stupide… Surtout quand on traitait de Magie Noire…
- Severus ? Fit McGonagall, d'une voix douce mais ferme. Est-ce cela ? Est-ce bien des objets de Magie Noire dont vous avez besoin ?
Severus s'obstina dans son mutisme. Le portrait d'Albus prit alors le relais :
- Severus, faîtes-leur donc confiance et dîtes-leur ce dont vous avez besoin. Quoi que ce soit. Même s'il s'agit d'objets occultes. Si vous jugez en avoir besoin, ce n'est certainement pas pour une raison futile.
- Oui, insista McGonagall. Si vous ne dîtes rien, on ne peut pas vous aider. Et on ne vous juge pas.
- Peut-être pas vous, Minerva, répondit enfin Severus.
McGonagall fit alors le tour des membres présents de ses yeux félins, son regard perçant scrutant chacun, comme voulant les sonder au plus profond de leur âme. Elle comprenait ce que voulait dire le Maître des potions. Et pour être tout à fait honnête, peut-être aurait-elle réagi comme eux il y a quelques mois à peine. Certainement même. Et comment leur en vouloir d'ailleurs ? Severus était tellement secret, il se cachait tellement bien derrière sa carapace de méchanceté, de froideur et de mesquinerie ? Comment pouvaient-ils déceler l'homme véritable qui se cachait derrière ? Comment pouvaient-ils comprendre les véritables intentions de Severus dans ce cas-là ?
- Oui, je vois, conclut-elle doucement. Vous craignez que ces objets ne jouent en votre défaveur, à leurs yeux ou aux yeux d'autres Aurors… et que cela ne détruise à jamais vos chances de blanchir votre réputation plus tard.
- Ce n'est pas exactement ces mots que j'aurais employés, mais c'est assez approchant, fit Severus, d'un air cynique. Non pas que ma bonne « réputation » me préoccupe grandement, mais certaines… choses feraient mieux de rester cachées…
- Et si je vous fais le serment, que seuls moi ou Kingsley iront chercher ces objets, où qu'ils soient, et que nous ne ferons part à personne de ce que nous verrons ? Proposa Tonks.
Severus eut un léger mouvement de surprise, qu'il s'empressa de masquer au plus vite. Quelle jeune femme étonnante ! Elle l'avait déjà à maintes reprises surpris lors de leur rapide escapade, quelques mois plus tôt, mais il n'aurait jamais parié qu'elle puisse faire preuve parfois d'autant de tact, elle d'habitude experte en bourdes en tout genre et si extravagante…
- Où qu'ils soient ? Répéta-t-il. Et vous ne direz rien à personne, quoi que vous pourrez voir ?
Tonks acquiesça silencieusement, commençant à regretter légèrement sa proposition. Cependant, elle ne pouvait pas reculer, n'est-ce pas ? Et puis, elle qui avait envie d'aider cet homme, depuis qu'elle avait appris à le voir sous un autre jour… C'était enfin l'occasion de lui faire comprendre qu'elle voulait lui faire confiance.
- Je ne suis pas d'accord, intervint Maugrey. Quand je vous disais que ce n'était qu'un mage noir, et un vulgaire Mangemort. Et vous, en plus de lui avoir confié un des rares Horcruxes que nous avions en main, vous allez lui procurer des objets de Magie Noire ? Et qui vous garantit, qu'il ne va pas les utiliser contre nous ?
- Vous n'avez pas le droit de dire ça, s'exclama Nuwan, hors d'elle. Vous ne savez rien de lui.
S'ensuivit alors une des plus mémorables querelles, que l'Ordre connût concernant l'épineux problème Snape, chacun y mettant son grain de sel. Mais pour la première fois dans l'histoire de l'Ordre, les forces étaient un peu plus équilibrées, voire plus en faveur du Maître des potions. Ce qui l'étonna grandement d'ailleurs. Minerva, Pomfresh, Nuwan et Mixiel, prenaient ardemment sa défense, face aux accusations farouches de Maugrey, Nayasta, Sturgis et Dedalus. Les autres, quant à eux, n'avaient pas pris réellement de parti : certains, comme Harry, Sirius, la famille Weasley en général et Kingsley, se taisaient, écoutant attentivement les arguments de chacun, tels les juges d'un procès, et d'autres, comme Hermione, Tonks, Rémus ou Albus, essayaient, en désespoir de cause, de temporiser les tensions qui montaient dangereusement.
Severus, pour sa part, était partagé entre l'amusement d'être l'objet de tant de discordes si passionnées, et la colère face à tant de mauvaises foies de la part de ses détracteurs et face à tant de bienveillance étouffante de la part de ses défenseurs. En fait, à tout prendre, il aurait préféré qu'on le laisse se défendre tout seul. Il n'avait besoin de personne pour relever les affronts qui lui étaient faits… Personne. Et, finalement, la colère l'emporta.
- Assez, rugit-il, tout en se levant lentement, et en les dardant d'un regard de braise.
Tous se turent instantanément.
- Assez. Je n'ai pas besoin de votre aide pour me défendre, commença-t-il à l'attention de ses quatre avocats commis d'office.
Ceux-ci, quelque peu vexés, mais connaissant l'homme, gardèrent le silence et le laissèrent continuer sa diatribe.
- Oui, Maugrey, à part quelques outils, comme un microscope ou un chromatographe, qui me permettraient de poursuivre mes recherches ici, les autres objets sont bel et bien des objets rattachés aux Arts Sombres, que vous vous plaisez tant à appeler Magie Noire. Et oui, comme vous venez de le dire à l'instant, si je ne veux pas révéler où ils se trouvent, c'est parce qu'ils sont justement cachés dans une pièce réservée à la pratique des Arts Sombres et que je ne souhaite pas donner aux Aurors et au Ministère une nouvelle preuve pour m'accabler davantage. Ils en ont déjà suffisamment ainsi.
Il se tut quelques secondes, sondant l'impact que ses paroles pouvaient avoir. Puis, il reprit, d'une voix de plus en plus basse et menaçante, faisant davantage ressortir sa colère :
- Cette salle serait la preuve, que tous mes détracteurs recherchaient depuis toujours pour me condamner définitivement. Car elle leur révélerait que j'ai effectivement pratiqué cet art prohibé. Et même si je vous affirme m'être abstenu pendant près de vingt ans, qui me croira, à part quelques rares exceptions ?
Son regard se porta alors vers les quatre personnes qui avaient pris sa défense sans concession.
- Qui ? Répéta-t-il, toute son amertume filtrant dans ses paroles. Qui, parmi vous, me croira encore ? Votre réaction me donne déjà la réponse. Personne. Ou si peu. Alors non, vous comprendrez aisément que je ne souhaitais pas particulièrement vous donner des armes contre moi. Ma situation est déjà bien assez accablante comme ça, sans avoir à en rajouter.
- Mais… voulut intervenir Nuwan.
- Non, il n'y a pas de mais. Quoique je fasse, quoique je dise, je ne serais toujours à vos yeux, pour la majorité d'entre vous, qu'un Mangemort et un mage noir, cracha-t-il. Inutile de chercher à vous convaincre. Je n'en ai pas l'envie et je n'en ai surtout plus le temps. J'estime qu'une autre bataille plus importante m'attend. Et si vous avez du temps à perdre dans de si basses considérations, grand bien vous en fasse, mais pour ma part, j'ai plus urgent à faire.
- Comme aller récupérer ces fameux objets ! Lança Nayasta.
- Oui, riposta Severus, d'une voix toujours aussi contrastante avec sa rage intérieure. Oui, « comme aller récupérer ces objets ». Car ces objets, quoique vous en pensiez, ont un but de protection. Mais c'est une conception qu'une Griffondor de votre acabit, insolente et arrogante, incapable de réfléchir par elle-même, ne peut assimiler.
- Quels sont-ils ? Demanda simplement McGonagall, passant outre l'insulte envers une ancienne élève de sa maison. Insulte que la jeune femme avait amplement méritée selon elle d'ailleurs…
Severus la considéra un instant. Au point où il en était, il pouvait bien le lui dire…
- Il s'agit essentiellement d'une sphère de Vouzgo, d'une amulette de Mulzgord et d'un palondrir. Le dernier objet n'est qu'une simple dague que j'avais pour habitude d'utiliser à une époque. Certains ingrédients rares et inestimables seraient également dignes d'intérêt.
McGonagall plissa les yeux, dans un effort de concentration, essayant de comprendre de quoi parlait Severus. Mais elle n'avait jamais entendu parler de tels objets, ou avait juste vaguement entendu leur nom sans en savoir leur utilité. Et elle aurait été bien incapable de le deviner, même avec toute l'imagination dont elle pouvait faire preuve.
- A quoi servent-ils ? Demanda-t-elle finalement, cette fois sa curiosité vivement attisée.
Severus s'apprêtait à lui répondre, mais Maugrey fut plus rapide :
- Une sphère de Vouzgo est une sphère protectrice, qui permet d'isoler le mage noir effectuant le rituel de son environnement. Ainsi les ondes néfastes ne peuvent se propager en dehors du cercle d'action de la sphère, et ne peuvent donc atteindre que le Maître de cérémonie à l'intérieur de ce cercle.
La voix de l'Auror était empreinte de déception mesquine et de dépit rageur. Car ces objets, bien que classés dans les objets de Magie Noire et donc prohibés, n'étaient pas néfastes en eux-mêmes, bien au contraire. Ils étaient destinés à protéger. Snape n'avait pas menti, et ce n'était pas eux qui permettraient de démontrer les mauvaises intentions du Maître des potions, ni sa traîtrise… Il poursuivit, de plus en plus dépité :
- L'amulette de Mulzgord permet, quant à elle, de protéger partiellement le mage noir lui-même contre les effets négatifs et attractifs de la Magie Noire. Elle est censée l'aider à rester intègre et à ne pas se laisser emporter par les puissances dégagées. Elle est censée l'aider à ne pas sombrer dans la folie destructrice de cette Magie.
« Bien qu'elle ne suffise pas souvent… et qu'il faille aussi une forte volonté… », aurait voulu rajouter Severus. Mais il se tut, curieux d'entendre ce que l'Auror pouvait bien savoir d'autre, et surpris d'ailleurs qu'il en connaisse autant sur la question, pour quelqu'un qui se disait ne pas pratiquer… ou ne pas avoir pratiqué…
- Quant au palondrir, continua Maugrey, fixant Severus d'un lourd regard scrutateur et perçant, il s'agit d'une sorte de catalyseur, qui permet au mage noir de ne pas s'épuiser et d'utiliser au mieux ses forces magiques et vitales. En bref, un palondrir lui permet de rentabiliser sa puissance, en limitant les risques d'y rester.
- Est-ce vrai ? Demanda McGonagall, en se tournant vers Severus.
Ce dernier hocha simplement la tête. Même si les explications de Maugrey étaient simplistes et simplifiées à l'extrême, elles étaient justes. Il n'aurait pu faire mieux…
- Alors, je ne vois vraiment pas pourquoi vous faîtes tant d'histoires concernant ces artefacts, fit-elle, s'adressant cette fois à l'Auror.
Celui-ci s'apprêtait à protester, mais elle l'arrêta d'un geste péremptoire de la main :
- Non, Alastor. Vous venez vous-même de nous expliquer que ces objets avaient essentiellement un but de protection, envers le sorcier qui les utilisait et envers son entourage, exception faite de la dague. Mais Severus a déjà une autre dague, alors une de plus ou une de moins, cela ne fera pas de grande différence. Vous devez en outre comprendre, que Severus n'a pas réellement le choix, concernant la Magie Noire. Son rôle d'espion auprès de Vous-savez-qui l'incite et l'oblige à la pratiquer. Et pour détruire les Horcruxes, peut-être faudra-t-il faire également appel à elle… Alors, autant lui permettre de se protéger, et de nous protéger par la même occasion, du mieux qu'il peut.
Severus observa la directrice de Poudlard durant tout ce petit laïus, soulagé au fond de lui qu'elle réagisse ainsi, et quelque peu admiratif de tant d'aplomb et de tant d'assurance. Elle venait de faire un discours digne d'Albus, un discours tel qu'il en aurait certainement fait en pareille occasion… Elle avait profondément changé, et en si peu de temps, réalisa-t-il soudain. Il sentit alors que le lien qui les unissait, déjà si fort depuis tant d'années à travailler ensemble, s'était considérablement renforcé. Et il réalisa qu'il pouvait dès lors réellement compter sur elle, tout comme il le faisait autrefois avec Albus…
A cette pensée, il ne put empêcher un petit sourire d'effleurer ses lèvres, sourire qu'il s'efforça de rendre ironique et cynique, réputation oblige… Avant de retourner un sourire vainqueur et provocateur au vieil Auror.
- Severus, je vous laisse voir les détails avec Tonks et Kingsley pour qu'ils aillent récupérer ces objets et ingrédients, continua McGonagall. Je vous fais confiance tous deux, ajouta-t-elle, à l'adresse des deux missionnaires, pour votre discrétion et pour ne pas porter de jugements hâtifs sur ce que vous pourrez découvrir, ainsi que pour ne rien divulguer à personne. Si quoi que ce soit vous pose problème ou un cas de conscience, vous viendrez m'en parler directement.
Severus était prêt à protester, quand McGonagall l'arrêta d'un regard.
- Inutile de contester cette décision, Severus. Je vous interdis formellement d'y aller vous-même, je ne souhaite pas perdre le seul espion que nous ayons. Et si vous dîtes avoir besoin de ces objets, ce n'est pas sans raison, nous irons donc les chercher pour vous.
- Mais ce pourrait être dangereux pour … pour des profanes, qui n'y connaissent rien, tenta-t-il de suggérer, cette idée étant loin de lui convenir totalement.
- Et bien, vous n'avez qu'à donner vos consignes, rétorqua l'animagus, d'un ton sans appel.
Severus se vit donc dans l'obligation de céder, une fois encore... Et décida alors de tirer un léger profit de cette « décision ».
- J'en profiterai donc pour vous faire récupérer deux ou trois ingrédients rares de mon laboratoire personnel, fit-il avec un sourire carnassier à l'adresse des deux Aurors, se plaisant à leur faire redouter les pires monstruosités ou turpitudes possibles.
Et cela eut l'effet escompté. Les cheveux de Tonks virèrent aussitôt au vert, la jeune femme redoutant ce que leur réservait le Maître des potions, ne se doutant pas qu'en fait ces ingrédients, bien que rares, n'avaient rien de dangereux en soi, mais étaient particulièrement chers et difficiles à se procurer. Dont la poudre d'argent nécessaire à la potion Tue-loup, dont se délectait chaque mois son cher et tendre amoureux.
- Ah, Minerva, ajouta Severus, en retenant doucement McGonagall par le bras, avant qu'elle ne s'éclipse par la cheminée pour rejoindre Poudlard. J'allais oublier de vous donner cette liste.
- Qu'est-ce ?
- Simplement une liste d'ingrédients pour Hagrid et dont j'ai besoin de toute urgence, ainsi que les instructions précises pour les récolter.
- Des ingrédients ? Pour Hagrid ?
- Oui, mon alibi, en quelque sorte… pour Vous-savez-qui. Je suis censé devoir m'absenter tous les dix - quinze jours pour récolter des ingrédients délicats, rares et difficiles à trouver… Même s'Il n'est certainement pas totalement dupe, autant jouer le jeu jusqu'au bout.
- Je vois, répondit McGonagall, avec un sourire appréciateur.
Les ruses du Serpentard l'avaient toujours impressionnée et l'impressionnaient toujours encore aujourd'hui. Ce jeune homme recelait d'astuces en toute sorte et pensait vraiment à tout…
- Et vous jugez Hagrid apte à accomplir cette mission ? Demanda-t-elle d'un ton moqueur et taquin, se rappelant les piques dédaigneuses que Severus ne manquait pas d'émettre au sujet du demi-géant, quand il était à Poudlard. Bien qu'au fond de lui, elle le savait, le Serpentard ait appris à apprécier Hagrid pour d'autres talents. Mais ça, il ne l'avouerait jamais…
- Il devrait pouvoir s'en sortir. Il en a l'habitude, depuis le temps… C'était un de mes fournisseurs les plus assidus à Poudlard… Bien qu'il faille, à chaque fois, rappeler à sa maigre intelligence comment récolter ces ingrédients…
- Bien, je la lui transmettrai, répondit-elle, un pétillement amusé au fond des yeux. Je suppose qu'il vous les faut avant votre départ.
- Vous supposez bien. Je ne peux plus rien vous cacher, fit-il avec un sourire narquois.
Et après un bref échange de regards complices, McGonagall partit rejoindre les tâches fastidieuses de directrice de Poudlard, laissant chacun retourner à ses préoccupations quotidiennes.
Fin du chapitre 47.
