Salut tout le monde! J'espère que vous allez tous bien et que vous parvenez à profiter du soleil! :D On entame ici le dernier chapitre qui couvre l'anime (omg ça sent dangereusement la fin) et donc l'attaque du château d'Hadès :) Il est bien plus long que le précédent, et j'espère qu'il vous plaira ^^
Sur ce, je ne vous retiens pas plus longtemps!
Enjoy!~
Kardia s'étira jusqu'à ce que son épaule pousse le craquement de la délivrance et il soupira de contentement: enfin, enfin il allait avoir droit à un peu d'action! Se dirigeant vers l'entrée de son temple, il inspira profondément, profitant de la caresse brulante du soleil matinal. Vu que personne à part aux n'était au courant de la mort du Pope, on les avait briefé la veille concernant la petite mise en scène qu'ils allaient devoir suivre. Se tenir prêt, chacun dans son temple, comme si de rien était, puis Hakurei irait sur le mont étoilé et entamerait un discours d'encouragements avant d'envoyer ses troupes vers le château d'Hadès, d'aussi loin, jamais personne ne comprendrait la supercherie. Et ils pourraient aller se battre. Enfin!
Une lueur émanant du neuvième temple le fit légèrement se retourner, puis une flèche de lumière mêlée du cosmos de Sisyhe et de Sasha déchira le ciel, fonçant droit vers l'Italie et vers le château d'Hadès, vers cette barrière qui l'entourait et qui plongeait quiconque s'en approchait dans un profond sommeil. Pile comme un frisson d'excitation le poussait à secouer les bras, une voix grave résonna dans tout le Sanctuaire. Kardia esquissa un sourire ravi, allant jusqu'à laisser échapper un ricanement:
-C'est parti.
En contrebas, alors que tous les apprentis et Chevaliers disponibles essayaient de remettre les baraquements en état, tout mouvement cessa et tous levèrent la tête vers le mont étoilé:
-Guerriers du Sanctuaire, le moment de la bataille finale contre Hadès est enfin arrivé. La barrière du sommeil a été brisée, laissant le château ennemi sans défense face à nos attaques. Cette opportunité d'attaquer a été payée au prix de la mort de plusieurs de nos camarades, nombreux sont ceux déjà tombés au combat pour nous permettre cette avancée, des hommes tels que Manigoldo du Cancer, El Cid du Capricorne, Aldébaran du Taureau, Asmita de la Vierge ou encore Albafica des Poissons. Même ces Chevaliers d'Or ont péri sur le champ de bataille, cependant, vous ne devez pas laisser la crainte emplir votre coeur: notre force vient de notre cosmos, la force de nos émotions. Alors, pour notre Déesse Athéna, pour la Terre, pour nos camarades tombés au combat et pour les générations futures, nous allons passer à l'attaque et en finir une bonne fois pour toute!
Le Sanctuaire tout entier explosa en un tonnerre de cris de guerre, de rage de vaincre et d'applaudissements impatients. Un large sourire sur les lèvres, Kardia fit craquer ses doigts et descendit une première volée de marches, rongé par l'impatience à un tel point qu'il manqua presque de ne pas attendre Dégel:
-Bordel, il était vraiment temps!
Sisyphe arriva le premier à son temple et lui conseilla de les rejoindre au plus vite au Colisée:
-Il ne faut pas perdre une minute, dès que nous serons tous réunis, Atla nous téléportera tous directement au château d'Hadès.
A vrai dire, Kardia doutait légèrement des capacités du jeune Atlante (au vu de son âge et de son gabarit), mais il jugea tout à fait inutile de faire part de ses états d'esprit au Sagittaire. Non, il avait décidé qu'il était de bonne humeur et il allait le montrer! Il adressa un sourire lumineux à son aîné:
-Est-ce que je t'ai déjà dit que j'adorais ton plan, Sisyphe?
-Etonnamment, oui, trois fois déjà.
Ravi, le Scorpion ajusta son casque sur sa tête et repoussa une mèche de cheveux derrière son épaule:
-Tu comprends j'en avais ras-le-bol de rester là à rien foutre pendant que tous les autres jouaient aux héros, donc voilà!
L'air légèrement absent, comme s'il n'était pas encore entièrement réveillé, Sisyphe hocha la tête:
-A nous de reprendre le flambeau: montrons-nous dignes de leurs sacrifices.
-Tu l'as dit!
Il se retourna vers l'arrière de son temple et adressa un signe à la silhouette bardée d'or qui venait d'y entrer:
-Tiens mais qui voilà! Sa majesté Dégel en personne!
Le Verseau leva les yeux au ciel et ôta ses lunettes:
-Je suis ravi de te voir aussi, Kardia.
Sans se départir de son sourire, le Scorpion laissa Sisyphe les distancer de plusieurs pas pour se retrouver seul avec Dégel lors de leur descente vers le Colisée:
-Purée qu'est-ce que j'ai hâte d'y être!
-Tu as bien pris ton médicament avant de partir?
Kardia secoua distraitement la main:
-Ouais ouais, t'en fais pas pour ça, je compte pas laisser une crise se mettre entre moi et mon combat!
-Tu sais que nous devrons attaquer ensemble, n'est-ce pas?
-Ouais, mais on sait tous que je cours plus vite que n'importe quel Argent. Donc tant pis pour eux, mais premier arrivé premier servi!
Dégel haussa les épaules mais fronça légèrement les sourcils d'un air à la fois préoccupé et réprobateur:
-Ne fais rien de stupide surtout, tu dois rester en vie.
-Je ferai mon possible, seigneur Dégel.
-Fais-le, c'est tout ce que je te demande. Et pour ça, il faut que tu suives les ordres, compris?
-T'inquiète pas pour ça et occupe-toi de pas te blesser.
-Tu peux parler.
Ils se jetèrent un regard complice, teinté d'inquiétude masquée pour Dégel et d'excitation mal contenue pour Kardia. Puis, comme s'il avait lu dans son esprit, le Scorpion posa la main sur le bas de son dos et demanda, un ton plus bas:
-Dis, Dégel.
-Qu'y a-t-il?
-Je peux t'embrasser?
Dégel écarquilla les yeux et se décala d'un pas, regardant aux alentours pour voir si quelqu'un avait pu l'entendre. Puis comme il jugeait que Sisyphe s'était assez éloigné et que personne d'autre ne risquait de se présenter, il souffla:
-Pardon?
Sans faire mine de détacher sa main de son dos, Kardia haussa les épaules:
-J'ai juste envie, tu l'as dit toi-même y'a un bail: on n'est pas certains qu'on va en revenir, alors au cas où, j'aimerais juste avoir un dernier moment privilégié avec toi. C'est normal non?
Le Verseau fit la moue, hésitant, puis il poussa un soupir:
-Tu as sans doute raison…
-J'ai toujours raison.
-Tu ne pouvais pas me demander ça à un autre moment que maintenant?
-Tu voyais un autre moment plus adéquat?
Ils soutinrent le regard de l'autre pendant une longue seconde puis, comme ça avait déjà été le cas à Paris, la veille, il y avait une éternité, leurs bras se refermèrent sur l'autre et leurs lèvres se trouvèrent, sans qu'ils soient capables de dire qui avait incité le mouvement. Le coeur battant à la fois d'émotion et d'inquiétude, Dégel serra Kardia contre lui, comme si c'était la dernière fois, comme si l'un d'entre eux pouvait ne pas en revenir vivant. Pensant à tant de paroles qu'il n'aurait jamais le courage de dire à haute voix. Craignant de devoir se retrouver comme presque tous les Chevaliers restants, privé de sa moitié, de la personne qui illuminait sa vie.
Ils se reculèrent, comme à regret, et Kardia sourit:
-Tu vois, c'était pas te demander la lune, si?
-Tu as l'art de demander les choses à des moments impossibles.
-Je fais pas exprès en plus, c'est un talent naturel.
Dégel le gratifia d'un coup de coude faussement réprobateur et il reprit sa descente, suivi de près par son frère d'armes. Mais il ne voulait pas que la conversation s'arrête sur une pirouette, parce qu'au fond, Kardia ne lui avait pas promis de prendre véritable soin de lui, et il refusait de ne pas avoir de réponse claire:
-Kardia, tu sais ce qui me ferait plaisir?
-Qu'on recommence? Ok quand tu veux je t'attends!
-J'aimerais que tu fasses attention à toi. Est-ce que tu peux me promettre que tu obéiras aux ordres et que tu ne te mettras pas inutilement en danger?
Le Scorpion passa la main dans sa nuque et poussa un soupir rieur:
-Je ferai de mon mieux.
-Je compte sur toi.
Presque tous les apprentis étaient déjà rassemblés au Colisée, et les derniers Chevaliers d'Argent et de Bronze y arrivaient, vêtus de leurs armures et prêts à combattre. Dressé sur la pointe des pieds, Mikhail passa légèrement la langue en grommelant:
-Purée je vois rien du tout.
-Qu'est-ce que tu cherches?
Demanda Liam en ajustant son protège-bras, se contentant de dresser légèrement la nuque pour voir au dessus de la majorité des gens. Frustré de constater une nouvelle fois qu'il risquait de ne plus prendre un centimètre et que le Grec resterait définitivement plus grand que lui, Mikhail abandonna et se pencha en avant, imitant Liam (tout en le narguant subtilement avec sa souplesse que lui ne possédait pas) en vérifiant que son protège-genoux et son protège-tibia étaient bien fixés:
-Rien de spécial, je regardais juste pour voir à quel point on était nombreux.
Les bras levés pour attacher ses cheveux en une queue de cheval aussi fixe que possible, Liam haussa les épaules, un léger sourire aux lèvres:
-Normalement on ne doit pas être loin d'une centaine si on compte tous les apprentis et les soldats du Sanctuaire.
Léger silence, juste le temps que le dernier lacet soit noué autour de sa cheville, puis Mikhail se redressa sans parvenir à le regarder dans les yeux:
-Tu crois qu'on a une chance?
-De gagner? Bien sûr! Nous avons les meilleurs guerriers à nos côtés (Une lueur admirative illumina son regard doré quand il mentionna indirectement Kardia et Dégel), je suis certain que cette bataille peut être la dernière et qu'on va la remporter!
A peine touché par l'enthousiasme positif de son ami, le Russe souffla:
-Et tu crois qu'on va s'en tirer?
-Evidemment! Puisque je te dis qu'on va gagn-…
-Pas « on » en général, je veux dire « nous ».
Liam pencha légèrement la tête sur le côté, intrigué:
-« Nous », les apprentis?
-Non, « nous » nous deux.
Soupira Mikhail en faisant craquer ses poignets et en échauffant ses épaules. Le jeune garçon aux cheveux rouges poussa un « oh » compréhensif puis il sourit de nouveau et posa une main rassurante sur l'épaule du Russe:
-Bien sûr qu'« on » va s'en tirer: après tout, on a encore tellement de choses à apprendre, ça serait trop bête de tout abandonner, non?
-Si seulement il suffisait de dire qu'on va survivre pour que ça arrive…
Liam fronça le nez, conscient que Mikhail faisait référence à sa soeur adoptive et il eut lui-même une pensée pour son propre père, disparu lors de cette… Il se secoua, refoula ce souvenir au fond de sa tête et reprit sur un ton bien plus sérieux, s'assurant que le Russe le regardait bien dans les yeux:
-Je veillerai sur tes arrières. Je promets qu'il ne t'arrivera rien. D'accord?
Une légère rougeur flattée (et peut-être émue?) colora les pommettes de Mikhail qui baissa la tête et se dégagea en soufflant sur un ton faussement distant:
-J'ai pas besoin de toi pour me protéger, j'peux m'en sortir tout seul.
-Je n'en doute pas.
Il y eut un léger silence, une seconde, deux tout au plus, plus un murmure hésitant lui répondit:
-Je surveillerai tes arrières aussi… On sait jamais…
Amusé et parfaitement conscient que Mikhail s'efforçait de toujours cacher ce côté sensible de lui, Liam se contenta d'une phrase:
-Je compte sur toi.
Un murmure ébloui et une vague de cris et d'applaudissements résonna soudain et Mikhail se dressa de nouveau sur la pointe des pieds, essayant de voir ce qui faisait réagir tout le monde ainsi. Et comme il l'avait prévu (il détestait avoir à le reconnaitre), ce fut Liam, des étoiles dans les yeux, qui s'exclama:
-Ce sont eux! Les Chevaliers d'Or! (Il plissa les yeux et son sourire s'élargit encore d'un cran) Le seigneur Kardia et le seigneur Dégel sont là aussi!
Frustré malgré tout de ne pas pouvoir profiter du spectacle, Mikhail ne parvint pas à empêcher un soupir admiratif de s'échapper de ses lèvres quand les quatre Chevaliers d'Or se dressèrent sur l'estrade: ça faisait longtemps qu'il ne les avait plus vus avec leur armure d'Or, et il devait avouer que leurs deux protecteurs n'avaient rien perdu de leur aura charismatique et de leur… Oui, classe. Leur présence même. Rien à faire, il avait beau adorer titiller le Scorpion, il devait admettre qu'il était sincèrement admiratif de leur puissance, de leur aura,… Qu'est-ce qu'il aurait donné pour être aussi fort qu'eux…
Debout à côté de leurs protecteurs, le Chevalier du Sagittaire adressa un regard complice à son neveu, le jeune Chevalier du Lion, Régulus, à peine plus âgé qu'eux et pourtant déjà vêtu d'une armure d'Or et pourvu d'une puissance incommensurable. Malgré lui, Liam ne put s'empêcher de cligner des yeux admiratifs. Sisyphe fit un pas en avant et, quand il leva la main, la foule se tut en un instant:
-Le moment est enfin venu! Il est temps d'unir nos forces pour l'assaut du château d'Hadès! L'ennemi se trouve en Italie, luttez de toutes vos forces, et remportons cette victoire, mes amis!
Galvanisé par cette parole, tous poussèrent de nouveaux cris, prêts à en finir. Même Mikhail se surprit à lancer un cri de guerre dans sa langue, lui qui avait si longtemps douté de son appartenance au Sanctuaire, voilà qu'il se retrouvait en train de hurler à l'unisson avec une centaine de guerriers, d'amis, de frères. Et il ne parvint pas à réprimer un frisson.
Soulagé par l'énergie de la foule malgré son angoisse, Sisyphe balaya le Colisée d'un regard circulaire et s'empêcha de froncer les sourcils quand il se rendit compte que ni Dohko ni Shion n'étaient présents. Pas plus qu'Hakurei, d'ailleurs. Mais bon, autant le vieux maître de Jamir lui avait expliqué son plan avec précision, autant l'absence de ses deux frères d'armes ne faisait aucun sens. Où pouvaient-ils bien être? Pourquoi tardaient-ils tant?
-Shion!
Le Bélier sursauta violemment et le portail qu'il venait de créer s'évanouit dans les airs sur le coup de la surprise. Le coeur battant, il se retourna et laissa échapper un soupir presque choqué quand il croisa le regard brun réprobateur et inquiet de celui qui l'avait interrompu:
-Dohko?
La Balance fronça les sourcils et raffermit sa prise sur l'avant-bras de Shion, désignant l'arène en contrebas de son bras libre:
-Où crois-tu aller comme ça sans autorisation? Tous les Chevaliers ont reçu l'ordre de sa rassembler au Colisée, alors qu'est-ce que tu fais?
Shion poussa un soupir las et baissa les épaules, incapable de soutenir le regard rempli de reproche de son compagnon:
-Je sais, je suis désolé Dohko. Mais tu dois me laisser partir.
-Hors de question, pas tant que tu ne m'auras pas donné une excuse valable!
Le Bélier hésita une seconde à dévoiler sa raison de quitter le Sanctuaire à un moment pareil, crut que Dohko ne comprendrait pas,… Puis il céda, certain que son frère d'armes ne le lâcherait pas tant qu'il n'aurait pas dit ce qui le tracassait, et il pouvait être incroyablement patient quand il le voulait:
-Mon maître Hakurei est déjà parti au château d'Hadès, seul.
Dohko tressaillit, comme s'il n'y croyait pas:
-Quoi?! Mais pourquoi est-ce qu'il?! (Son franc tomba pile quand il commençait cette question et il baissa la tête en soupirant) Il est parti plus tôt pour aller sceller Hypnos, c'est ça? C'est ça qui le hante depuis que Manigoldo et le Grand Pope sont… Morts…
Shion hocha la tête et se tourna vers le Colisée, détaillant la foule au loin et pouvant presque distinguer les cris de chaque guerrier présent:
-« Tuer les Dieux Jumeaux pour le bien des enfants de cette ère », c'était là leur souhait le plus cher depuis plus de deux cent ans. Et maintenant c'est au tour de mon maître… Mon maître qui veut se sacrifier pour nous sauver… (Il leva la tête vers le ciel, là où des anges ornaient les nuages depuis des semaines déjà, comme pour y chercher le visage des guerriers tombés au combat) Il a toujours été ainsi, solitaire et égoïste, sans jamais penser à ce que les autres pourraient ressentir. Il prend tout sur lui et ne se rend pas compte de la douleur que nous pouvons ressentir. (Il serra les poings) Je veux me battre à ses côtés, pas rester sur la touche comme un enfant qu'il faudrait protéger!
Il sursauta légèrement quand la main de Dohko se saisit de la sienne, sans violence, juste… Comme pour lui montrer son soutien. La Balance sourit, de ce sourire sincère qu'il appréciait tant:
-Te battre à ses côtés, hein?
-Oui, c'est mon voeu le plus cher. Je refuse de le laisser se mettre en danger seul. (Il baissa d'un ton et se tourna vers son compagnon) Il m'a élevé, Dohko, je ne peux pas le regarder se battre sans rien faire.
Il y eut un bref silence, juste le temps que le Chinois ne passe sa main libre dans sa nuque et ne lève des yeux faussement ennuyés au ciel:
-Pff je n'aime pas vraiment désobéir aux ordres d'un supérieur mais bon… Je suppose qu'on devra encore écouter les réprimandes de Sisyphe après qu'on soit revenus avec ton maître, n'est-ce pas, Shion?
Un sourire sincèrement soulagé apaisa le visage tendu de Shion et il serra la main de son frère d'armes dans la sienne, à la fois ravi de l'entendre l'encourager et soulagé de ne pas se retrouver seul dans cette bataille. Reconnaissant de pouvoir compter sur Dohko pour l'épauler et le guider:
-Dohko…
La Balance lui adressa un clin d'oeil complice et dit, sur un ton de rigolade destiné à masquer sa propre inquiétude et à apaiser celles de son frère d'armes:
-A condition qu'on en revienne vivants tous les deux, pas vrai?
-Bien sûr qu'on va s'en sortir.
Ils échangèrent un sourire puis une bulle de lumière bleue les engloba, et ils disparurent tous les deux.
Sans un regard en arrière.
Debout sur l'estrade, Sisyphe et les autres Chevaliers d'Or se tendirent imperceptiblement quand ils comprirent que Shion et Dohko venaient de quitter le Sanctuaire, de désobéir aux ordres. Autant le Sagittaire se contenta de pousser un soupir, conscient de ce que Shion voulait sans doute accomplir et de la raison pour laquelle Dohko l'avait suivi, autant Kardia fronça les sourcils et adressa un regard agacé à Dégel:
-Putain je rêve où ils viennent de déserter?!
-Tais-toi Kardia.
-Pff, de toute façon on n'a pas besoin d'eux, ils auraient fait que nous gêner!
Dégel leva les yeux au ciel et se tourna vers Sisyphe qui se décalait pour laisser la place au jeune garçon aux courts cheveux mauves qui s'avançait sur l'estrade:
-Ce jeune garçon, Atla, possède de grands pouvoirs psychokinésiques: il va nous transporter jusque là.
Des murmures sceptiques parcoururent le Colisée et Kardia ne put s'empêcher d'esquisser un rictus moqueur:
-C'est juste un gamin, qu'est-ce qu'il croit pouvoir faire?
-Contente-toi de te taire et de regarder.
-Sérieux tu crois que ce gosse va pouvoir téléporter tout ce monde?
-Vois par toi-même.
Malgré lui, Kardia ne put s'empêcher d'écarquiller des yeux surpris quand le jeune Atlante forma une sphère avec ses mains puis les écarta légèrement. Une bulle de lumière bleutée, d'abord petite, enfla au fur et à mesure qu'il éloignait ses mains les unes des autres. Atla leva ensuite les bras et la sphère grossit au point d'englober tout le Colisée.
-A la bataille finale!
Un grand flash de lumière bleue les éblouit tous et, quand ils rouvrirent les yeux, ils se trouvaient en Italie, au pied d'un château dressé au sommet d'un pic qui semblait tout sauf naturel. Une vague de soupirs ébahis souleva la centaine de guerriers et Kardia laissa échapper un sifflement malgré lui:
-Purée, efficace le mioche!
Il devait l'admettre, cet endroit avait de quoi foutre la chair de poule. Pas une once de vie à des kilomètres (hormis quelques arbres et un semblant de forêt à moitié décimée), englobé par un cosmos sombre d'une force imposante, cet endroit était parfait pour une bataille finale. Un sourire ravi lui échappa tandis qu'il détaillait l'ultime obstacle qui se dressait devant eux, devant lui. Entre lui et sa plus belle proie, une proie de luxe.
Un Dieu.
A peine s'il parvenait à s'empêcher de taper du pied sur le sol tant il mourrait d'envie de se jeter en avant et de commencer cette putain de bataille! Presque dans le même état d'impatience (quoique pas pour la même raison), un Chevalier d'Argent s'exclama:
-Seigneur Sisyphe, donnez ordre d'attaquer! Nous sommes prêts à venger nos camarades sacrifiés pour nous, cette barrière ne nous fait pas peur! Pas vrai les gars?
Un même cri s'échappa des soldats réunis mais Sisyphe tendit un bras sur le côté, le visage fermé:
-Attendez! Restez sur vos positions.
Un murmure surpris et choqué s'éleva dans les rangs et Kardia ne put s'empêcher de pousser une exclamation dégoûtée:
-Comment ça « on reste sur nos positions »? C'est quoi ce délire?
-Que chacun tienne sa position et attende mon ordre pour attaquer. Nous devons lancer l'assaut au bon moment et pas avant: inutile de nous jeter dans la gueule du loup. Les apprentis et les soldats du Sanctuaire, rendez-vous dans la forêt à l'opposé de notre position et tenez-vous prêts à attaquer. Vous serez la deuxième vague d'assaut alors attendez les ordres.
Un Chevalier d'Argent fit un pas en avant, l'air perdu:
-Mais, seigneur Sisyphe…
-C'est la volonté du Pope. Alors nous attendrons aussi longtemps qu'il le faudra.
Tandis qu'un groupe se détachait de la foule pour se rendre dans la forêt, et comme Kardia poussait une exclamation enragée en shootant dans un caillou, Dégel analysa chaque parole de Sisyphe, la manière dont il se tenait, la légère douleur dans sa voix… Et il fronça les sourcils quand il comprit ce que le Sagittaire leur avait caché, ce que Hakurei leur avait caché. Il ne comptait pas revenir vivant. Il comptait se sacrifier pour faire tomber cette barrière et vaincre Hypnos et leur permettre d'attaquer en étant en possession de tous leurs moyens.
Inconscient de ces détails, trop irrité pour relever les indices, Kardia fit un pas menaçant vers Sisyphe:
-Tu te souviens que je t'ai dit que je trouvais ton plan génial? (Le Sagittaire hocha la tête) Bah oublie, je retire ce que j'ai dit: il est merdique ton plan!
Il fit claquer sa cape derrière lui et s'éloigna d'un pas décidé, incapable de rester calme s'il ne bougeait pas. Incapable de rester immobile alors qu'il était si proche du but. Régulus fit mine de le rattraper mais Dégel posa une main sur son épaule:
-Laisse, je m'en occupe.
-Il ne faut pas qu'il s'approche du château, Dégel. Je compte sur toi.
Dit simplement Sisyphe en lui adressant un mouvement de tête pour le remercier. Le Verseau inclina légèrement la tête et suivit son bouillant compagnon de loin, jugeant préférable de le laisser se calmer un peu avant d'essayer de le raisonner. Lui parler trop tôt, c'était risquer d'être la proie de sa colère, et il en avait déjà assez eu comme ça. A vrai dire, réfléchir un petit peu ne lui ferais pas de mal non plus. Quelque chose le dérangeait dans ce plan, trop de détails inconnus le chiffonnaient, l'empêchaient d'aborder cette bataille sereinement et avec toutes les cartes en main. Non, décidément, quelque chose clochait et il ne parvenait pas à se sentir à l'aise.
Dégel se retrouva au milieu de ruines sans qu'il s'en rende vraiment compte. Il leva la tête et détailla les quelques bâtiments encore debout, les restes calcinés de ceux qui n'avaient pas résisté aux flammes et à la destruction,… La désolation qui risquait de s'étendre partout dans le monde s'ils ne remportaient pas cette bataille. Un reflet du soleil attira son regard vers le bas une nouvelle fois et il s'accroupit, dégageant quelques débris pour découvrir un livre, presque parfaitement conservé malgré l'état du village. S'en saisissant doucement, il l'entrouvrit avec précautions et reprit sa route distraitement, certain que Kardia finirait par s'arrêter et à réfléchir à quelle manière d'attaquer discrètement serait la plus efficace pour ne pas se faire réprimander par Sisyphe. Tout en marchant, calmement, sans se presser, il emprunta un chemin différent de Kardia, coupant à travers d'autres rues, d'autres ruines, certain de l'endroit où il allait finir par le trouver.
Une centaine de mètres plus loin, le Scorpion avait fini par s'arrêter, le corps tendu par la colère et le souffle rendu court par l'insupportable règle d'attendre. C'était absolument ridicule, complètement débile de les faire venir aussi vite pour se contenter d'attendre. Et attendre quoi au fond? Hein? Que la barrière tombe? Putain mais elle allait pas tomber toute seule, ils allaient rester là pendant des siècles! Kardia fit craquer ses doigts et plissa les yeux, essaya de se calmer, de respirer, de ne pas…
La simple idée de devoir attendre alors qu'il était si près du but le rendait complètement fou. C'était comme promettre un truc, le lui tendre, le laisser le toucher, puis le lui retirer. Et il détestait ne pas avoir ce dont il avait envie. Il détestait devoir attendre et suivre des ordres ridicules. Il détestait se sentir inutile. Il détestait devoir obéir quand les ordres allaient contre ses désirs:
-Putain, combien de temps est-ce qu'on va encore me faire attendre?!
Il leva le bras, darda un ongle rougeoyant, et le vestige de bâtisse à sa droite glissa sur le côté pour s'écraser sur le sol, littéralement tranchée en deux et dévoilant ainsi une vue imprenable sur le château d'Hadès. Une vue depuis laquelle Sisyphe ne pourrait pas le voir se faufiler jusqu'à sa proie. Sa proie qui était là, juste sous ses yeux, à portée de mains. Si seulement il pouvait simplement y aller, juste…
-Je savais que tu essayerai de partir d'ici. Tu en deviens presque prévisible quand tu es énervé.
Kardia leva la tête, les sourcils froncés, mais ne put s'empêcher d'esquisser un sourire moqueur, presque amusé, quand ses yeux rencontrèrent ceux de Dégel, paisiblement assis en hauteur, un livre ouvert sur les genoux. Le Scorpion posa les mains sur ses hanches et s'exclama d'un ton faussement surpris:
-Ca alors, le grand Dégel du Verseau me fait l'honneur de sa présence! Lire dans l'esprit des gens pour anticiper leurs actions, je te reconnais bien là, sale petit fourbe.
-Je n'en ai pas eu besoin, je te connais par coeur, je savais que tu essayerais de partir d'un endroit où Sisyphe ne te verrait pas. (Il referma le livre qu'il avait trouvé quelques minutes auparavant, une ancienne version du « Décaméron » de Boccace) Et ici me semblait parfait.
-Ton sens de la logique m'épatera toujours, tu le sais ça?
Dégel baissa les yeux puis le rejoignit d'un bon léger, avant de lancer d'un ton désintéressé:
-Tu ne comptes tout de même pas ignorer l'ordre d'attendre, n'est-ce pas, Kardia?
Le Scorpion laissa échapper un ricanement irrité et se détourna, certain que s'il bougeait, Dégel finirait par le suivre:
-Je vais me gêner, tiens. Mais t'en fais pas, reste ici à potasser ton bouquin - d'ailleurs t'es sérieux? T'as amené un putain de bouquin sur le champ de bataille? - : je vais juste aller jeter un oeil et faire un petit tour du propriétaire. (Il plissa les yeux) Et si par le plus grand des hasards je devais tomber sur ce salopard d'Hadès… (Son sourire s'élargit franchement et son visage fut déformé par un vrai rictus de folie meurtrière) J'en profiterai pour m'occuper de lui.
-Toi, t'occuper du roi des Enfers?
Le ton sceptique et supérieur de Dégel lui donna presque envie de le baffer tant c'était insupportable, tant la situation le rendait déjà assez fou et irritable comme ça:
-C'est la plus belle proie de ce buffet, évidemment que je vais me la faire!
-Je ne doute pas que tu le ferais, mais ta présence ne sera pas nécessaire.
-Hein?
-On dirait que quelqu'un t'a déjà devancé.
-Qu'est-ce que tu…
Une explosion retentit dans leurs dos et Kardia se retourna d'un bond, les mains tremblantes de rage et une grimace dégoûtée sur les lèvres:
-Quoi?! (Un frisson de colère le secoua tout entier et il shoota dans un rocher en poussant un cri de frustration) Mais putain de merde c'est pas vrai ça! Même si j'y vais maintenant y'aura plus rien à se mettre sous la dent, bordel!
-Désolé de te décevoir.
-Oooh ne joue pas à ce petit jeu-là avec moi Dégel, pas quand je suis dans cet état! (Gronda le Scorpion en dardant un index menaçant sur lui) Je te jure que si tu essayes de jouer au plus malin maintenant je vais faire un malheur!
Dégel haussa les épaules, pas effrayé le moins du monde:
-Que veux-tu que je te dise à part « arrête ton caprice »?
-Je veux que tu me dises ce qui se passe précisément dans ce putain de château, je veux que tu m'expliques pourquoi on peut pas simplement attaquer et pourquoi ce salopard de Sisyphe ne nous a pas tout dit quand il a étalé son plan! Et arrête avec cet air innocent, je te jure que je suis pas en état de le supporter!
Les sourcils froncés, Dégel ôta ses lunettes et se tourna vers lui:
-Nous ne passerons pas à l'attaque tant que maître Hakurei n'aura pas mis Hypnos hors d'état de nuire. Alors tu dois simplement être patient et revenir auprès des troupes pour être prêt à attaquer quand notre moment sera venu.
-Et ça sera quand, ce moment béni?!
-Je n'en ai aucune idée… Ca peut tout aussi bien être dans cinq minutes que jamais.
-Mais putain de merde alors pourquoi on est venus si tôt?!
-Pour être aux portes de l'ennemi, créer le danger et la pression, et attaquer à la seconde même où cette barrière sera tombée. Alors maintenant tu arrêtes ton cinéma et tu reviens attendre patiemment avec les troupes, comme tout le monde.
Assommé par la colère et la frustration, Kardia resta silencieux un instant avant de grommeler des insultes dans sa barbe et de shooter de nouveau dans tout ce qui pouvait subir sa colère. Dégel s'empêcha de pousser un soupir soulagé: il avait sans doute réussi à convaincre cet idiot de ne pas se lancer dans la gueule du loup pour l'instant. Il leva la tête vers le château, inquiet malgré lui, espérant qu'Hakurei n'y laisserait pas la vie…
$s$s$s$
Luttant pour ne pas être submergé par ses émotions, par sa colère et son envie de vengeance, Hakurei fronça les sourcils et feula, sans quitter son adversaire des yeux, parfaitement conscient que derrière son apparence paisible et calme, Hypnos n'hésiterait pas à l'attaquer s'il en avait l'occasion:
-Je n'ai jamais oublié cette colère, cette sensation, cette impuissance face à mes compagnons décimés.
Un léger sourire sur les lèvres, le Dieu du Sommeil alla jusqu'à laisser échapper un léger soupir amusé:
-C'est donc cette colère qui t'a maintenu en vie pendant toutes ces années? C'est donc cette rage qui a coûté la vie à mon frère Thanatos?
Hakurei se tendit imperceptiblement, certain qu'Hypnos, rongé par la perte de son jumeau, allait l'attaquer immédiatement, pousser un cri enragé,… Mais contre toute attente, le sourire du Dieu s'élargit et il se tourna vers lui en levant la main:
-Magnifique, très impressionnant. Tu peux être honoré, humain, car tu as gagné mon estime. (Il leva les yeux et souffla sur un ton presque rêveur) J'avoue être impressionné par ce que le courage, l'audace des humains peuvent accomplir.
Son regard devint soudain perçant comme celui d'un oiseau de proie et, quand la pièce fut plongée dans l'ombre, Hakurei serra la main sur la garde de l'épée bénie du sang d'Athéna, attentif, prêt à riposter à l'attaque qui n'allait pas tarder à…
-Les rêves…
Un léger mouvement attira le regard du vieux maître de Jamir vers le haut:
-Les émotions…
Deux lueurs éclairèrent la voûte un instant et Hakurei sentit un mauvais pressentiment angoissé lui nouer le ventre:
-L'art…
Un filet de sueur froide roula le long de sa tempe et un frisson irrépressible secoua ses épaules:
-La servitude…
Hakurei écarquilla des yeux horrifiés quand deux silhouettes apparurent clairement dans son champ de vision, surgissant de nulle part. Si bien que pendant un instant, il crut avoir affaire à une illusion. Puis son coeur s'arrêta quand le sourire dans la voix d'Hypnos s'élargit clairement:
-La faiblesse…
Le reflet de cette armure d'or, ces longs cheveux châtains et ce foulard rouge… Hakurei sentit l'horreur lui nouer le ventre quand il reconnut ses apprentis, apprentis qu'il pensait avoir laissé en sécurité ou escorté par de puissants alliés, apprentis qui allaient servir de moyen de pression… Apprentis qui étaient en danger de mort ou même pire:
-Shion! Yuzuriha!
Il leva vivement les bras et ne put empêcher ses genoux de plier sous le choc quand il rattrapa du mieux qu'il pouvait ses deux disciples évanouis:
-La fragilité…
D'une main fébrile, le sang pulsant dans ses tympans, il s'assura qu'ils respiraient encore et leva un regard furieux vers le Dieu du Sommeil, dégoûté par la ruse traitre dont son ennemi faisait usage pour le mettre en position de faiblesse. Hypnos sourit, ravi de l'effet de sa petite mise en scène:
-L'audace de s'opposer aux Dieux, toutes ces qualités me fascinent sincèrement. Alors, vas-tu me montrer cette détermination dont tu es si fier? Si tu me lasses je mettrai fin à cette mascarade.
-Ne les mêle pas à ça!
Gronda Hakurei en resserrant les mains sur les épaules de ses apprentis, réfléchissant à toute vitesse à un moyen de les faire partir d'ici au plus vite. Un moyen de les sauver et de les envoyer en sécurité. Un sourcil s'arqua gracieusement sur le front d'Hypnos, sourcil à la fois innocent et moqueur, s'amusant, se délectant de cette situation et des réactions de ces créatures humaines si imprévisibles:
-Je n'y suis pour rien, je n'ai fait qu'exaucer leur désir voyons. Vois-tu, ces deux inconscients ont eu l'imprudence et la bêtise de venir jusqu'ici. Je crois même comprendre que le jeune - quelle Armure est-ce donc encore? Ah oui - Bélier ici présent mourrait d'envie de t'accompagner pour lutter aux côtés de son maître.
Hakurei tiqua et secoua légèrement Shion en grondant d'une voix rendue rauque par la colère et l'angoisse de ne pas pouvoir protéger ceux à qui il tenait le plus:
-Espèce d'idiot! Pourquoi as-tu fait une bêtise pareille?! Je t'avais pourtant bien dit de ne surtout pas me suivre!
Les paupières de Shion frémirent légèrement puis il entrouvrit difficilement les yeux en laissant échapper un soupir irrité:
-Le seul idiot ici… C'est vous…
Hakurei tiqua mais ne parvint pas à empêcher son ancien apprenti de se lever malgré ses jambes tremblantes, malgré son souffle court et son front perlant de sueur à cause de l'effort:
-Vous vous comportez toujours comme ça, vous avez disparu avec l'intention d'agir seul… Ca fait déjà des années que j'ai quitté Jamir pour devenir un Chevalier, alors pourquoi? Pourquoi est-ce que vous ne me demandez pas de vous aider?! Je ne suis plus un enfant qu'il faut protéger, je peux vous aider!
Sa voix d'abord faible et tremblante s'était muée en un véritable cri de reproche, mêlé de colère et de douleur. Et pourtant, Hakurei ne pensa pas une seule seconde à hausser le ton et à les réprimander. Il fut simplement touché par la fidélité et l'amour sincère et respectueux que lui portait son jeune disciple, la dévotion mêlée d'admiration de Yuzuriha qui venait de rouvrir les yeux,… Si bien qu'il crut se reconnaitre dans l'attitude du Bélier, dans ce regard brûlant de colère et d'envie d'agir, de bien faire, d'aider, de se sacrifier pour la bonne cause… Le vieil homme poussa un soupir faussement lassé pour masquer son émotion, le bonheur ému qui lui étreignait le coeur, et il posa les mains sur le haut des crânes de ses disciples, avec une affection difficilement contenue:
-Décidément, vous êtes vraiment des enfants désobéissants: vous n'en faîtes qu'à votre tête, comme toujours.
Le sourire rassuré de Shion disparut bien vite quand des légers applaudissements résonnèrent dans la longue pièce. Un air satisfait sur le visage, Hypnos souffla distraitement, comme s'il se parlait à lui-même:
-Les humains sont vraiment magnifiques, je dois l'avouer… Mais tellement misérables à la fois. Malgré le fossé qui nous sépare en terme de force et malgré la barrière qui draine votre puissance, votre maître bien-aimé croit encore qu'il peut vous protéger. Mais comme je suis magnanime, je vais vous permettre de mourir ensemble. (Il fit mine de réfléchir) Et si vous commenciez par faire l'expérience d'une chute de plus ou moins dix mille mètres, hm?
Le sol s'évanouit sous leurs pieds et ils tombèrent sans espoir de se rattraper à quoi que ce soit. Le paysage changea, donnant l'impression qu'ils tombaient du ciel et que le sol se rapprochait d'eux à toute vitesse. Et malgré le fait que cette chute ne soit qu'une illusion, la douleur fut bien réelle. Ils heurtèrent le sol de la pièce en poussant des cris de douleur, à moitié évanouis sous le choc. Un léger sourire sur les lèvres, Hypnos se détourna et poussa un soupir amusé, quoique légèrement déçu:
-Si fragiles… C'en est presque décevant, j'avais de telles attentes après un si beau discours…
Il tiqua et se retourna à temps pour voir Hakurei se relever, un sourire farouche sur les lèvres:
-Fragile? Qui est fragile ici?
Un instant, Hypnos se dit que cet humain était véritablement dangereux. Que ce sourire et ces yeux rieurs masquaient mal la rage qui alimentait le vieux guerrier. Que c'était sans doute cette même colère, cette même lumière, que Thanatos avait dû sous-estimer avant de perdre. Puis cette méfiance disparut immédiatement et un sourire à la fois surpris et amusé étira légèrement ses lèvres:
-Ha je comprends mieux: l'humiliation que tu as subi lors de la dernière Guerre Sainte te frustre encore et c'est elle qui te pousse à te relever et à survivre. Néanmoins, je me demande comment tes fameuses « émotions » vont t'aider à protéger tes chers disciples de la puissance d'un Dieu.
Quand un véritable météore se matérialisa au dessus des deux jeunes gens, encore à moitié évanouis, Hakurei poussa un hoquet horrifié et son coeur se serra un peu plus dans sa poitrine, à la fois de peur et de frustration, conscient que si ces deux idiots n'avaient pas eu la stupide idée de le suivre jusqu'ici, il aurait un poids en moins sur la conscience et qu'Hypnos n'aurait eu aucun moyen de pression sur lui. Au lieu de ça, il dut se précipiter en avant à toute vitesse, jouer le jeu du Dieu du Sommeil sans parvenir à l'attaquer. Parce qu'au fond de lui (et ce n'était pas vraiment une surprise), la vie de ces enfants, de « ses » enfants valait tellement plus que sa vengeance.
Hakurei leva les bras et embrasa son cosmos pour repousser l'énorme de rocher qui tombait à toute vitesse sur eux. Il sentit ses bras trembler, ses jambes manquer de céder, ses bandages se déchirer et sa plaie se rouvrir… Mais il banda les muscles, serra les dents et repoussa le rocher qui alla s'écraser juste derrière Hypnos qui, une expression de surprise légèrement effrayée sur le visage, le regardait se dresser, pratiquement indemne et le sourire aux lèvres, le corps englobé d'un cosmos bleuté qui ne cessait de gonfler:
-Regardez bien, Shion, Yuzuriha: je vais vous dévoiler mon ultime technique.
Un éclair bleu jaillit au niveau de la voûte, puis des centaines de filets de lumière bleue s'en échappèrent pour se poser aux côtés d'Hakurei, prenant la forme de feux follets, puis de silhouettes humaines vêtues d'armures de toutes sortes… Shion poussa un cri abasourdi quand il comprit que son maître venait d'invoquer les esprits des morts, de ses compagnons tombés au combat deux siècles auparavant. Une imposante armée se tenait maintenant face à Hypnos, une armée poussée par une détermination et une envie de vaincre de deux cent ans.
Un petit rire amusé s'échappa des lèvres de la divinité:
-Pitoyable: des guerriers morts dépourvus de force? Les renvoyer en Enfer sera un jeu d'enfant.
-Oh que non, Hypnos! Tu ne vas rien pouvoir faire!
Les esprits des morts jetèrent un regard déterminé vers leur ennemi comun avant de s'élever, de former une boule d'énergie bleue qui grandit, grandit, grandit… Hypnos écarquilla les yeux et fit un pas en arrière malgré lui quand il constata avec horreur la taille de la masse d'énergie qui allait le frapper de plein fouet:
-Seki Shiki Tenryo Ha!
Au dernier moment, Hypnos leva la main, arrêtant l'attaque comme s'il avait s'agit d'un simple coup de vent. Il sourit et se moqua mentalement de lui-même qui, de peur d'agir comme son frère et de sous-estimer ces insectes, avait cru un instant qu'il était en danger. Comme il se trompait: cette « force et détermination » vieilles de deux cent ans n'étaient rien comparées aux siennes. Jamais cet homme et ses fantômes n'auraient assez de puissance pour le mettre en danger, pour le faire reculer. En finir avec eux serait un véritable jeu d'enf-…
Il écarquilla des yeux horrifiés et arrêta un coup de poing in extremis, un coup qui le fit reculer d'un pas et qui fendilla son casque. Et quand il croisa le regard déterminé du jeune homme aux cheveux blancs qui venait de le frapper, Hypnos tressaillit:
-Quoi?! Il s'est lui-même désincarné pour augmenter la puissance de son attaque?!
Un instant, il se dit qu'il pourrait peut-être essayer d'échapper à l'attaque, de peut-être battre en retraite. Mais il repoussa cette idée et poussa un petit rire: fuir n'était pas digne de lui. Et contrairement à Thanatos, son irritable cadet qui refusait la défaite, il savait reconnaitre quand il était perdant. Il s'agissait simplement de quitter la scène dignement et d'attendre patiemment son heure.
-Parvenir à me vaincre avec de la simple détermination, décidément ces humains sont d'une folie sans limite. (Son surplis vola en éclat, petit à petit, comme pour lui laisser le temps de changer d'avis. Mais il avisa le corps de son adversaire et, faisant fi de sa fierté mal placée, secoua légèrement la tête et avoua) Mais je te félicite, tu m'as bien distrait, Hakurei de l'Autel.
Hypnos ferma les yeux et leva la tête puis, en un éclair, disparut, aspiré dans la boite sacrée et scellée que le vieil homme tenait encore dans son propre corps. Pendant un instant, le silence qui régna dans la pièce fut si irréel que ni Shion ni Yuzuriha ne réagirent, encore ébahis du combat titanesque qui venait d'avoir lieu sous leurs yeux. Puis, un frisson horrifié secoua le Bélier qui se jeta en avant:
-Maître!
Il redressa le buste du vieil homme et poussa un soupir soulagé quand il rouvrit les yeux, épuisé mais vivant. C'était donc là son maître, un homme surpuissant doté d'une volonté héritée de la précédente Guerre Sainte… C'était donc ce souhait qui l'avait maintenu en vie aussi longtemps… De le voir ainsi, si fatigué, si faible presque, après avoir fait preuve d'autant de puissance et de détermination, le Bélier sentit son coeur se serrer dans sa poitrine: après deux cent ans de lutte acharnée, de travail sur soi et de désir de vengeance modéré, comment son maître allait-il trouver la motivation de vivre encore? Avec son jumeau décédé, son but atteint, allait-il simplement abandonner et les laisser seuls? Shion se sentit soudain honteux de s'être mis en travers de la route d'Hakurei, d'avoir manqué de mener son ultime mission à l'échec. Il baissa la tête et poussa un soupir:
-Pardonnez-moi, maître… Je ne pensais pas à mal en vous suivant, je voulais juste vous…
Hakurei poussa un petit rire rauque et posa une main à la fois rassurée et affectueuse sur le haut de la tête de son ancien disciple:
-Pas besoin de t'excuser, Shion… Il faut bien que jeunesse se fasse, non? (Il adressa un clin d'oeil à Yuzuriha) Vous êtes bien braves pour supporter une vieille peau égoïste comme moi.
Shion laissa échapper un soupir rassuré et se força à rester immobile quand Hakurei se leva lentement en grommelant un vague « Allez, je vais finir le travail tant que je suis encore debout ». Il entrouvrit la bouche, sur le point de remercier son maître, de l'encourager, de lui démontrer toute sa reconnaissance et son affection,… Mais il se retint et se contenta de se relever en esquissant un sourire ému et admiratif à la fois (négligeant sa douleur au niveau de la cage thoracique). Qu'est-ce qu'il était soulagé, rassuré qu'Hakurei se soit relevé, ait vaincu son ennemi de toujours et puisse encore vivre, profiter d'une victoire qui était presque à portée de main.
Après tout, Hakurei était tellement plus que son mentor, c'était un véritable père, un ami, un modèle,… Un véritable héros. Il n'aurait sans doute pas supporté de le perdre, de tirer une croix sur son passé presque paisible, sur ces années d'entrainement et de liens tissés, sur cet héritage que lui avait livré son maître… Il avait encore tellement de choses à apprendre, de remerciements à donner à son mentor. Mais il le ferait plus tard, quand ils seraient seuls tous les deux, quand son maître se serait reposé et remis.
Oui, c'était un vrai soulagement qu'il ait pu vaincre Hypnos sans pour autant perdre la…
Un son étranglé le fit sursauter et il vit Hakurei lâcher l'épée d'Athéna, juste avant de tomber en avant, comme au ralenti, un ralenti accompagné d'un cri de souffrance et d'un flot de sang carmin. Shion resta immobile une longue seconde, la bouche entrouverte et les yeux écarquillés, le coeur arrêté pour mieux repartir à toute vitesse, comme s'il ne croyait pas ce qu'il venait de voir. Et à vrai dire, il n'y croyait pas, il ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Il y avait à peine une minute, son maître scellait un Dieu après un combat d'une intensité incroyable… Et là… Et là…
Comme il allait se ruer en avant, tout faire pour sauver Hakurei, le cosmos du maître de Jamir disparut et une voix rieuse résonna dans la pièce pour le remplacer, irréelle, mortelle:
-Cet idiot d'Hypnos aurait donc baissé sa garde devant un humain?
Un frisson terrible remonta le long de la colonne vertébrale de Shion qui en eut presque le souffle coupé. A ses côtés, Yuzuriha fit un pas en arrière, les yeux écarquillés d'horreur et les jambes flageolantes: d'abord subtil, comme le parfum entêtant d'une fleur, puis explosant dans toute sa puissance, un cosmos d'une noirceur incroyable envahit la pièce, le château tout entier. Le coeur battant à tout rompre, partagé entre la terreur et la rage, Shion ne put pas bouger immédiatement quand une silhouette apparut devant eux, une silhouette qui s'affina, se précisa et se mua en un jeune homme aux cheveux d'un noir de jais et aux yeux d'un bleu désormais si sombre:
-Pourtant, ils sont si faciles à tuer, si fragiles…
Le jeune homme esquissa un sourire presque amusé et pourtant légèrement distant qui servit d'électrochoc et poussa Shion à faire un pas en avant, la gorge serrée par la colère et le ventre noué par l'angoisse, l'envie primitive de fuir sans se retourner:
-Hadès!
Sans vraiment lui prêter attention, conscient d'être intouchable, le Dieu des Enfers se pencha en avant pour détailler un instant le corps à ses pieds:
-Au fond, la seule chose digne d'intérêt chez eux… (Il fit glisser son doigt dans la large flaque rouge qui s'étirait sous le corps sans vie d'Hakurei, puis fronça les sourcils en esquissant un sourire mauvais) C'est la couleur de leur sang.
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Au pied du château d'Hadès, tous les Chevaliers eurent un frisson commun quand, après un ultime sursaut, le cosmos sombre qui avait enflé pendant de longues minutes finit par disparaître. Certains poussèrent des soupirs soulagés, conscients qu'un grand combat venait d'être remporté, mais Dégel fronça les sourcils: ce n'était pas fini, loin de là. Le maître de Jamir avait eu beau réaliser son souhait et sceller le deuxième Dieu Jumeau, il lui restait encore une chose à accomplir en territoire ennemi. Après tout, la barrière entourait toujours le château, il fallait encore qu'Hakurei la…
A sa gauche, Sisyphe se tendit soudain, imité par les autres Chevaliers d'Or qui frémirent quand, à peine trente seconde après la disparition de celui d'Hypnos, le cosmos d'Hakurei, leur guide dans cette bataille, s'évanouit à son tour, remplacé par une aura d'une noirceur si terrible qu'un filet de sueur glacé roula le long de la colonne de Régulus. Un cosmos de mort, de noirceur et symbole de défaite.
-Hadès.
Instinctivement, tous reculèrent d'un pas, aussi léger soit-il, quand ils comprirent que le Dieu des Enfers lui-même venait de se matérialiser dans sa demeure. Qu'il était là, en pleine possession de ses moyens et de sa puissance, et que la barrière n'était toujours pas tombée, rendant un assaut équilibré impossible. A l'inverse de tous les autres, Kardia fut le seul à avancer d'un pas, le visage déformé par un large sourire euphorique et le corps tendu par l'excitation:
-Alors comme ça le Roi des Enfers daigne enfin sortir de son trou! Il était temps!
Comme il faisait mine de se rapprocher d'encore un pas, Dégel fronça les sourcils et fit un pas en avant, se contentant d'une simple parole qui, il l'espérait, empêcherait le Scorpion de faire la plus grosse bêtise de sa vie:
-Kardia.
Simple, efficace, une subtile menace légèrement inquiète et réprobatrice. Juste ce qu'il fallait pour que Kardia se retourne à demi et lui jette un regard mi agacé mi ravi:
-Quoi, tu vas encore me faire chier en me disant d'obéir aux ordres et d'attendre? Alors que la plus belle proie est enfin à portée de main?
Comprenant dans le regard réprobateur de Dégel que la réponse serait positive, il poussa un long soupir irrité et se laissa tomber sur un rocher aussi lourdement que possible. Calant son menton dans la paume de sa main, il gronda, sans quitter le château de ses yeux plissés:
-Et tu voudrais que je reste ici les bras croisés sans bouger le petit doigt… (Comme pour accentuer son irritation, il poussa un léger sifflement énervé et se tourna vers lui, comme pour lui faire tous ses reproches) Ca c'est vraiment un plan ingénieux.
Les lèvres pincées, incapable de répondre sans risquer de provoquer une véritable scène (voire même un incident diplomatique) en public, Dégel se contenta de lever la tête vers le château devenu soudain si noir. Il réprima un frisson, comprenant petit à petit que cette mission d'apparence si lumineuse, victorieuse même, risquait de virer au cauchemar s'ils ne recevaient pas très vite de nouveaux ordres adaptés à la situation.
A l'opposé de leur position, les apprentis et soldats du Sanctuaire déglutirent de la même manière horrifiée quand le cosmos du Dieu des Enfers effleura les leurs. Malgré lui, Mikhail ne put réprimer un frisson horrifié et il se tourna vers Liam, accroupi juste à côté de lui:
-C'était prévu, ça?
Le visage terriblement livide (et le contraste était assuré par le rouge flamboyant de ses cheveux), le Grec mit quelques secondes avant de répondre, sans quitter l'infâme tour du regard:
-Je ne sais pas… Je suppose…
Le coeur battant à tout rompre dans sa poitrine, le Russe déglutit difficilement et se tourna de nouveau vers le château qu'il apercevait à travers les frondaisons. Il avait beau faire le fier la majorité du temps, la soudaine idée de passer à l'attaque le paralysait presque. La simple probabilité qu'il doive se retrouver directement face à face avec le Dieu de la Mort le rendait presque nauséeux. Si bien que sa main trouva celle de Liam sans qu'il s'en rende vraiment compte. Le Grec lui rendit son étreinte et Mikhail put sentir qu'ils n'étaient pas les seuls à avoir peur, à en avoir le ventre noué et la gorge serrée.
Pile comme il se disait que l'immobilisme et l'ignorance étaient encore pire que l'attaque, alors que des murmures intrigués et effrayés s'élevaient parmi les apprentis, un bruit sourd les fit se redresser imperceptiblement et plusieurs soldats et apprentis levèrent la main pour désigner le château:
-Regardez! La barrière!
Mikhail écarquilla les yeux et entrouvrit les lèvres en poussant un soupir presque soulagé: la barrière venait de tomber! Le château d'Hadès était sans protection, ils allaient pouvoir passer à l'assaut. Mais comme Liam plissait les yeux et se tournait vers lui, sur le point de dire quelque chose, une voix forte et assurée les fit sursauter violemment:
-Il est temps de passer à l'attaque, soldats du Sanctuaire!
Tous se relevèrent et la silhouette du Grand Pope leur apparut clairement. Tous se levèrent, sans une once de crainte, le coeur rempli de soulagement et de foi face à leur chef spirituel et des cris d'encouragement résonnèrent. Mais malgré lui, malgré le beau discours que le Pope était en train de déclamer, Liam était incroyablement mal à l'aise. Quelque chose dans le cosmos tremblotant du Grand Pope ne lui plaisait pas, cette barrière qui disparaissait puis réapparaissait en une seconde et que personne ne semblait relever,… Non, décidément quelque chose clochait, tous ses sens lui hurlaient de faire demi tour, de fuir tant qu'il en était encore temps, de ne surtout pas avancer:
-Ne craignez rien, tout se déroule comme prévu. Vous allez maintenant pouvoir passer à l'attaque!
Insensible aux cris motivés et ravis de ses frères d'armes, les lèvres sèches et les sourcils froncés, Liam plissa les yeux et fit un imperceptible pas en arrière. Quelque chose n'allait pas. Il ne parvenait pas à mettre le doigt sur ce qui clochait, mais il savait, sentait qu'ils étaient tous en très grand danger. Un danger mortel qui faisait se hérisser les cheveux dans sa nuque. Si bien que quand le Pope sonna la charge et que Mikhail se jeta en avant en même temps que tous les autres, il l'arrêta en agrippant son bras:
-Micha, attends, quelque chose cloche!
Le Russe lui jeta un regard interloqué et fronça les sourcils:
-Qu'est-ce que tu racontes? La barrière est tombée et le Pope a donné l'ordre d'attaquer, c'est notre moment!
-Je sais, je sais mais… Tu ne sens pas?
-Quoi?
Le coeur battant, Liam balbutia, bousculé par les autres soldats et apprentis:
-Je… Je ne sais pas, je ne saurais pas te dire mais… Il ne faut pas qu'on…
-Liam, c'est à nous d'agir maintenant. (Répondit doucement Mikhail en se dégageant et en gardant sa main dans la sienne, comme pour l'encourager et le rassurer) Je sais, c'est flippant, mais pense un peu à toutes ces années d'entrainement, pense un peu à tous les espoirs que les seigneurs Dégel et Kardia ont placé en nous. (Il sourit franchement) On va s'en sortir, d'accord?
Le Grec sentit le noeud dans son ventre se dé-serrer légèrement et il esquissa un demi sourire mal à l'aise, quoique vaguement rassuré par les commentaires de son ami. Il hocha la tête et serra sa main dans la sienne:
-Tu as raison.
Mikhail lui adressa un clin d'oeil:
-Allez, on y va alors.
Leurs mains se lâchèrent et ils se jetèrent en avant, dépassant le Grand Pope qui ne faisait pas mine de se retourner. Une odeur de pourriture prit Liam à la gorge et il sentit un filet de sang rouler depuis son nez. Intrigué, il s'apprêta à faire un commentaire, fronça les sourcils quand Mikhail poussa un hoquet devant lui…
Sa voix s'étouffa dans sa gorge et il se mit à tousser violemment, allant même jusqu'à cracher du sang, à manquer de s'étouffer. Tout devint soudain flou, les corps des autres soldats et apprentis devant eux, la tour d'Hadès, si bien qu'il vit à peine Mikhail tomber en avant, le dos soudain marqué de deux larges traces sanglantes. Avant même qu'il ait pu penser à l'aider, une douleur horrible enfla dans son ventre, explosa dans sa tête, et il s'effondra sans parvenir à se rattraper.
Sa tête heurta une pierre et entailla son crâne. Ses jambes tremblantes ne le soutenaient plus, sa tête lui faisait mal, tout son corps n'était que souffrance. Le coeur battant à tout rompre sous le coup de la panique et de l'angoisse, un hoquet de douleur mêlée de larmes horrifiée s'échappa de ses lèvres ensanglantées. Trois silhouettes floues et fantomatiques se dressèrent devant lui et Liam hoqueta, lutta pour essayer de respirer, essaya de se redresser, d'appeler à l'aide… Et contrairement à tout ce qu'il aurait pu imaginer, il n'appela pas son protecteur et sauveur au moment où la Mort s'approcha de lui. Contrairement à tout ce que sa colère et sa rancoeur lui auraient suggéré, ce fut elle qu'il appela:
-Maman…
Des sanglots incontrôlables roulèrent sur ses joues trempées de sang, puis son coeur s'arrêta.
Et tout devint noir…
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Un filet de sueur glacée roula le long de la colonne vertébrale de Tenma quand, sans se départir de son sourire amusé, Hadès leur dévoila le massacre qu'il venait de réaliser parmi les rangs des forces d'Athéna, exterminant des apprentis, encore des enfants, des soldats fidèles,… Le sang qui tachait le sol de la forêt, les gémissements de ceux qui n'avaient pas encore perdus la vie, les regards éteints et vide de tous ceux qui étaient déjà partis, les visages tordus de douleur des plus jeunes, ceux trempés de larmes des plus âgés,…
Un frisson de colère pure secoua les épaules de Tenma qui ne se rendit pas immédiatement compte qu'il hurlait:
-Comment peux-tu faire une chose aussi horrible, Alone?! Tu vas me le payer!
Il força sur ses jambes douloureuses et attaqua aussi vite que possible, tellement vite qu'il crut un instant l'avoir rêvé. Un large sourire amusé sur les lèvres, Hadès éclata de rire en arrêtant les coups, les faisant disparaître et en renvoyant quelques autres:
-Tu reprends enfin du poil de la bête, je reconnais bien là le Chevalier de Pégase!
Aveuglé par la rage, Tenma se jeta en avant, le poing tendu, et écarquilla des yeux horrifiés quand une épée se matérialisa soudain entre Alone et lui. Plus que le mouvement, ce fut la voix, devenue murmure, de son ami d'enfance, qui manqua presque de le paralyser:
-Mais tu n'en restes pas moins un simple mortel…
Mais comme le coup allait le frapper de plein fouet, comme Tenma réalisait avec horreur qu'il n'aurait jamais le temps de se décaler assez vite, une silhouette dorée se précipita devant lui et leva le bras:
-Recule, Tenma!
Les pieds campés dans le sol, Dohko grimaça quand le coup d'épée heurta le bouclier de la Balance avec tant de puissance que la douleur se répercuta dans son bras jusqu'à son épaule. Si fort que, pendant une seconde, il crut qu'il allait lâcher le bouclier. Il se mordit la lèvre jusqu'au sang et, quand leur rempart se fissura légèrement, il poussa Tenma sur le côté et lâcha le bouclier.
Coupé en deux.
Inutilisable.
Le souffle court et les yeux brulants à cause du sang qui y roulait, Dohko leva le bras devant son protégé, comme pour empêcher Hadès de l'attaquer… A moins que ça ne soit pour éviter que Tenma ne se jette une fois encore dans la gueule du loup:
-Merci, Dohko…
Haleta Tenma, le front trempé de sueur. La Balance lui adressa un signe de tête accompagné d'un sourire aussi lumineux que possible au vu de la situation et souffla:
-Tu te souviens de ce que je t'ai appris concernant les armes gorgées de cosmos?
Le jeune garçon hésita une demi seconde puis, une lueur nouvelle éclaira ses yeux foncés:
-Il faut toujours un temps d'arrêt avant de pouvoir les utiliser pour un nouveau coup!
-Tout juste.
Ce qui voulait dire qu'ils n'avaient que très peu de temps pour attaquer tant qu'Hadès ne pouvait plus utiliser son épée! A vrai dire, si Hadès n'avait pas été armé, Dohko ne serait pas intervenu, conscient que quelque chose, leur destin peut-être, destinait ces deux garçons à un affrontement, un duel auquel personne d'autre n'avait le droit de participer. Mais il était tout bonnement hors de question qu'il reste là sans rien faire! Se jetant un regard entendu, maître et élève levèrent les mains et attaquèrent ensemble, aussi vite qu'ils le pouvaient:
-Pegasus Ryu Sei Ken!
-Rozan Hyakuryu Ha!
-Vos stupides techniques me fatiguent, vous venez de signer votre arrêt de mort à tous! (Gronda Hadès en levant son épée, si vite que c'en était impossible, si vite que le hoquet d'horreur de Dohko se retrouva sur les lèvres de Shion) Vous tomberez tous en Enfer, tous autant que vous êtes!
Le coup partit, plus vite que la vitesse de la lumière, plus vite que tout ce que Shion ou Dohko avaient pu imaginer. A peine eurent-ils tous le temps de croiser les bras devant leurs visages que l'attaque les heurtait de plein fouet, les envoyer valser aux quatre coins de la pièce. La cage thoracique en miette et le visage ensanglanté, la Balance se redressa difficilement, luttant pour forcer ses membres douloureux à obéir:
-C'est impossible… Il est surpuissant, plus encore que la dernière fois!
La voix haletante et presque éteinte de Shion lui répondit:
-Il peut nous frapper tous en même temps sans se fatiguer, la différence de force est insurmontable! Mais on ne peut pas abandonner, on ne peut pas laisser quelqu'un d'aussi important que Tenma mourir ici! Il faut au moins le sauver lui! Si nous restons ici, nous sommes tous condamnés! (Un grognement de colère mêlée de douleur résonna dans sa tête) Le mieux à faire serait de se replier… Encore une fois…
-Pour mieux perdre la prochaine fois? Pour laisser le temps à Hadès de rassembler toutes ses troupes et de gagner en puissance alors que nous perdons des compagnons à chaque jour qui passe?
Un silence horrifié les unit un instant, si bien que quand son regard croisa celui, épuisé et légèrement perdu de Shion, alors que son coeur battait si vite la seconde d'avant, alors qu'il comprenait petit à petit que la fin était proche, Dohko se calma instantanément. Une grande paix envahit son coeur et l'apaisa doucement comme il comprenait ce qu'il devait faire. Quand il sut quel était son rôle dans cette Guerre. Quand il sut comment sauver son disciple et son meilleur ami… Son compagnon…
Inconscient de sa décision, le Bélier continuait de réfléchir à toute allure:
-Il faudrait que je puisse créer une brèche, que je puisse distraire Hadès pour faire disparaître Tenma de sa vue et le sauv-…
Shion sursauta quand un bruit sourd résonna juste à côté de lui:
-Dohko?
Le poing écrasé sur le carrelage, un masque de détermination sur son visage basané, la Balance lui jeta un regard brulant:
-Shion, je vais t'offrir cette brèche. Je serai ta distraction.
Le Bélier entrouvrit les lèvres et sentit son coeur s'arrêter:
-Non… Non, Dohko, ne fais pas…
-C'est la seule solution et tu le sais.
-Non, je te l'interdis! Je ne le supporterai p-…
-Shion.
Soufflé par le ton à la fois autoritaire et las de son compagnon, Shion se tut. Dohko esquissa un léger sourire sans le quitter des yeux, apaisé, résolu, déterminé:
-Il faut que je le fasse. Tu sais que c'est la meilleure solution.
-Je peux le faire, je peux le distraire et vous permettre de fuir!
-Comment?
-Je… Il faudra que vous…
-Shion, je vais le distraire, et quand je te le dirai, tu téléporteras tous les autres dehors, hors de portée d'Hadès, là où il ne pourra plus vous toucher.
-Ne fais pas ça, s'il te plaît, il y a sans doute une autre solution!
-Nous n'avons pas le temps de réfléchir à une autre solution, il faut faire vite. (Un sourire mental effleura l'esprit de Shion qui sentit sa gorge se serrer) Je fais ça pour vous, pour Tenma, pour toi: alors s'il te plaît, vis, Shion. C'est ce que ton maître Hakurei voulait aussi. Vis et remporte cette Guerre pour moi.
Le Bélier s'apprêta à riposter, à se sacrifier à la place de son ami de toujours… Puis croisa son regard et s'y noya, comprit qu'il ne parviendrait jamais à le faire changer d'avis… La lèvre tremblante, il souffla:
-Je ne te décevrai pas.
Oh comme le sourire de Dohko lui faisait mal, comme il se détestait de ne pouvoir rien faire d'autre que fuir comme un lâche en laissant son compagnon derrière:
-J'en suis certain. Je compte sur toi, Shion.
La Balance se releva et, embrasant son cosmos autant qu'il le pouvait, quitta le haut de son armure, s'attirant immédiatement un regard intrigué de la part du Dieu des Enfers:
-Tu es donc assez fou et stupide pour m'affronter sans armure? L'insolence des humains n'a vraiment aucune limite.
Sans plus perdre de temps, sans un regard en arrière, Dohko se jeta en avant, les mains légèrement tremblantes malgré lui:
-Rozan Ryu Hishou!
Un dragon de lumière jaillit devant eux et se rua droit sur Hadès, l'aveuglant momentanément et le distrayant parfaitement. Juste le temps que Shion n'agrippe vivement le bras de Tenma et celui de Yuzuriha. Absorbé par le combat qui se déroulait sous ses yeux, Tenma ne réagit pas immédiatement, mais la jeune femme, elle, comprit quand elle surprit le regard tremblant et les lèvres mordues du Bélier. Son regard fiché dans le dos de Dohko. Ses lèvres blessées pour refouler la douleur de la perte,… La perte de son maître et celle de son meilleur ami et même plus… Yuzuriha baissa la tête et posa une main encourageante sur celle de Shion.
Puis, comme le Dieu de la Mort ne semblait pas affecté par l'attaque, Dohko se retourna à demi, croisa le regard hésitant de Shion et hurla:
-Maintenant, Shion! Allez!
Comme secoué par un électrochoc, Shion sursauta et une lumière bleutée les engloba tous les trois comme le sol s'éloignait de leurs pieds. Comme Dohko s'éloignait d'eux. Les yeux écarquillés sous le coup de la surprise, Tenma poussa un hoquet horrifié, incapable d'accepter ce qui se déroulait sous ses yeux:
-Que? Shion, attends! Dohko, Dohko doit…
Le Bélier pinça les lèvres et croisa une dernière fois le regard soulagé de son frère d'armes, son ami, son compagnon de toujours,… Il ne parvint pas à répondre à son sourire, pas même à esquisser un clin d'oeil.
Ils disparurent du château en même temps que le cosmos de Dohko…
-Que ta vie soit belle, Shion.*
$s$s$s$
-Putain de merde, ça ça me fait vraiment chier!
Gronda Kardia en shootant dans un morceau de marbre, l'envoyant valser non loin de la tête d'un Chevalier d'Argent qui ne dut sa survie qu'à un heureux réflexe. A peine le cosmos de Dohko avait-il disparut que le château tombait en morceaux et que ce petit salopard d'Hadès les narguait depuis son putain d'escalier magique pour rejoindre les nuages, rien que ça! Les nuages! Et quoi, il fallait se faire pousser des ailes pour aller lui buter la gueule?!
Kardia était tout bonnement enragé. Enragé d'avoir fait le déplacement pour rien, enragé de ne pas avoir pu se défouler un minimum, enragé d'avoir dû battre en retraite aussi vite, enragé d'entendre qu'ils n'avaient aucun moyen de rejoindre ce putain de Lost Canvas de merde,… Franchement, il avait juste envie de tuer quelqu'un, un Spectre si possible, un type lambda sinon. Les mains tremblantes à cause de la rage, le Scorpion enleva violemment son casque et gronda à l'adresse de Dégel qui le suivait de loin:
-Je vais me défouler sur Mikhail et Liam pour essayer de me calmer, tu fais comme tu le sens mais je te jure que si tu oses me dire de me calmer, je fais un malheur!
-J'allais juste te dire qu'il fallait que tu… (Il ravala sa phrase et pâlit légèrement en observant l'arène) Attends un peu…
-Non putain j'attendrai plus! J'ai attendu tout le temps qu'on était là-bas alors maintenant tu me fous la paix et tu me laisses me défouler gentiment!
-Où est passé le groupe des soldats et des apprentis?
-Mais qu'est-ce que j'en sais moi! Ils doivent être là en train de se faire dessus ou de…
Mais, le ventre noué par un sentiment de malaise croissant, Dégel s'était déjà tourné vers une jeune femme Chevalier qui se trouvait près d'eux:
-Savez-vous où sont les apprentis?
La jeune femme aux cheveux blonds haussa ses épaules bardées de mauve:
-Je ne sais pas, seigneur Dégel, je ne les ai pas vus depuis que nous avons divisé nos troupes en deux devant le château d'Hadès.
-Merci.
La jeune femme s'inclina légèrement et s'éloigna, poussant Dégel à faire demi tour pour aller immédiatement en parler à Sisyphe. Un long soupir irrité résonna dans son dos avant que Kardia ne lui emboite le pas:
-Qu'est-ce qu'il y a putain?
-Les apprentis ne sont pas rentrés.
-Bah ils vont arriver, qu'est-ce que tu veux que je te dise?
-Qu'ils sont en sécurité et en vie.
Un léger silence régna un instant avant que le Scorpion ne souffle:
-Oh, ça veut dire quoi ça?
-Ca veut dire qu'ils sont restés là-bas et qu'on ne sait pas du tout où ils sont, qu'ils n'ont pas obéi à l'ordre de se rassembler et de se replier ou bien…
-Qu'il ne l'ont pas reçu!
Termina Kardia en accélérant le pas. En les voyant revenir au pas de course, Sisyphe s'empêcha de soupirer, certain que le Scorpion allait encore piquer une crise dont il avait le secret, et il anticipa:
-Ecoute, Kardia, ce n'était pas censé se passer ainsi, nous aurions dû…
-Où sont les gosses?
Le Sagittaire haussa les sourcils:
-Les…
-Les gosses, les apprentis quoi!
Une goutte de sueur froide roula le long de la colonne vertébrale de Sisyphe qui pâlit et se raidit en une seconde: maintenant qu'il le disait… Aucun apprenti ni soldat du Sanctuaire n'était là. Croisant le regard perçant de Dégel, le Sagittaire se tourna vers Atla:
-Pourrais-tu y retourner et les ramener?
Le petit garçon aux cheveux mauves hocha paisiblement la tête et Régulus fit un pas en avant:
-Je vais avec lui, nous revenons tout de suite.
L'attente leur parut interminable, si longue qu'au bout de cinq bonnes minutes, Kardia explosa:
-Ok là c'est plus possible, faut envoyer quelqu'un d'autre!
-Kardia, un peu de patien-…
-Ouh putain si tu prononces ce mot, Dégel, je te jure que je t'étrangle! J'ai été patient, ok?! J'ai été patient pendant toute cette journée de merde!
-Je sais, et je sais que ça a été difficile pour toi, mais il faut leur laisser le temps de les retrouver et…
-Si j'y étais allé, on serait déjà revenus!
-Kardia, ça suffit, Dégel n'y est pour rien! Ce n'est la faute de personne s'ils n'ont pas suivi l'ordre, ils seront bientôt de retour!
-La ferme, Sisyphe! J'en peux plus de cette inaction et c'est en grande partie de ta faute! Alors maintenant tu la boucles et tu me fous la paix, tu m'as déjà assez cassé les cou-…
-Kardia!
-Dégel!
Mima Kardia en se tournant vers lui avec un air menaçant, si menaçant que Dégel avisa même un reflet rouge au niveau de son ongle. Le Verseau agrippa son poignet et plongea dans ses yeux si clairs:
-Calme-toi, c'est trop dommage de craquer maintenant après tous les efforts que tu as fait. Alors s'il te plait, je te demande juste de respirer un grand coup et de patienter encore quelques minutes.
-Combien précisément?
Pile à ce moment-là, une lueur bleutée apparut devant eux trois et ils se retrouvèrent nez à nez avec Atla, Régulus et les appren-…
Atla et Régulus qui soutenaient un soldat du Sanctuaire, le corps trempé de sang, l'armure en miettes, les yeux vitreux et hagards, et les jambes… La jambe flageolante. Sisyphe écarquilla des yeux horrifiés et Dégel refoula une nausée comme un murmure lui échappait:
-Qu'est-ce qui s'est passé?
Le visage trempé de larmes, le soldat hoqueta un moment avant de sangloter:
-Je… Je ne sais pas ce qui s'est passé… Le… Le Grand Pope nous… Nous a donné l'ordre d'attaquer et ils… Ils sont…
Les Chevaliers d'Or se jetèrent un regard interloqué et horrifié, incapable de dire tout haut et publiquement que le véritable Grand Pope n'aurait pas pu se trouver en Italie puisqu'il avait péri, des semaines auparavant. Un frisson secoua les épaules de Kardia qui feula:
-Ils sont quoi, parle bon sang!
La voix rendue tremblante par l'horreur de ce cauchemar vivant, le soldat fondit en larmes:
-Ils sont tous morts!
Dégel eut l'impression qu'on lui plantait un couteau dans le dos, si fort qu'il crut un instant que ses jambes n'arriveraient pas à le soutenir. Il ne parvint pas à lâcher le moignon sanglant du soldat des yeux comme Sisyphe s'exclamait, horrifié:
-Mais c'est impossible! Ils ne peuvent pas tous avoir été décimé sans que nous ayons rien senti! Tu dois te tromper!
-Je vous jure que c'est la vérité, seigneur, c'était… Oh, c'était horrible! Ils se sont, nous nous sommes tous effondrés, nous n'avons rien pu faire!
-Du poison, ça avait dû être du poison…
Sauf que le poison ne détruisait pas les armures et ne tranchait pas les jambes… Le coeur au bord des lèvres, Dégel leva les yeux vers Sisyphe, croisa son regard horrifié et comprit:
-C'est l'oeuvre d'Hadès…
Le Sagittaire hocha lentement la tête, choqué d'avoir perdu autant d'hommes, d'enfants, de jeunes guerriers prometteurs et dévoués, promis à une vie tellement plus lumineuse… Des enfants qui avaient été décimés, massacrés comme du bétail dans un abattoir. Des enfants…
Le visage livide de Sisyphe vira au verdâtre et il dû se faire violence pour ne pas se détourner et pour souffler d'une voix aussi calme que possible (après tout, il était leur aîné à tous, il ne devait pas les effrayer plus encore!):
-Tu es certain d'être le seul survivant?
Les épaules secouées de lourds sanglots et le visage enfoui dans ses mains, le soldat ne parvint pas à répondre. Si bien que ce fut Régulus qui répondit d'une voix blanche:
-J'ai tout vu… C'était un véritable massacre, la forêt est jonchée de corps… Il était le seul qui respirait encore…
-Et on n'est pas encore certain qu'il va survivre à ses blessures…
Songea Dégel avec horreur. Une étincelle de cosmos effleura le sien et il se retourna vivement pour croiser le regard noir de Kardia. Les épaules tremblantes, les poings serrés jusqu'au sang et les cheveux hérissés dans sa nuque, le Scorpion respirait bruyamment et de plus en plus fort. Une nouvelle nausée manqua presque de le faire craquer quand le Verseau réalisa que cette histoire les touchait directement.
Que Liam et Mikhail étaient là-bas.
Qu'ils avaient entraînés Liam et Mikhail, leurs propres apprentis, dans ce cauchemar.
Qu'il ne sentait plus leurs cosmos.
Qu'ils étaient morts, sans doute dans d'atroces souffrances.
Mikhail et Liam étaient morts, et ils n'avaient rien pu faire.
D'une voix légèrement rauque, Dégel essaya de parler, faisant mine de poser une main réconfortante et consolatrice sur l'épaule de son frère d'armes:
-Ka-…
Une lueur de rage pure, de ce rouge qu'il détestait tant, le foudroya sur place et Kardia se dégagea violemment pour s'éloigner, bousculant volontairement Sisyphe sur son passage:
-Bien joué, « chef ».
Même s'il l'avait voulu, Dégel ne l'aurait pas suivi, c'était bien trop risqué. Et puis, après tout, lui-même avait seulement envie d'être seul, de réaliser petit à petit que leurs apprentis étaient morts. Qu'ils étaient en partie responsables. Et qu'ils n'avaient rien pu faire. Il n'eut même pas la force de s'excuser auprès de Sisyphe ou d'adresser une parole au soldat. Il passa simplement la main sur son visage, comme pour se réveiller, et il s'assit sur les marches de l'arène, le regard perdu dans le vague.
$s$s$s$
Kardia frappa violemment dans le pic montagneux qui se dressait à côté de lui, à l'extérieur du Sanctuaire. Le souffle court et les yeux exorbités sous le coup de la colère et de la douleur, il poussa un cri enragé et frappa de nouveau, sans se retenir, sans en avoir rien à faire du mal qu'il risquait de se causer à lui-même. Même Scorpion se taisait, se murait dans un silence douloureux et complice. Même elle avait comprit qu'il n'était absolument pas en état de parler, d'être éventuellement consolé.
Il ne savait même pas ce qui lui arrivait, après tout il n'aimait même pas ces putains de gosses! Il n'en avait rien à foutre d'eux! Il détestait les enfants!
Nouveau coup, plus fort encore que le précédent.
Alors qu'est-ce qu'il avait? Alors pourquoi est-ce qu'il était aussi en colère? Parce qu'il n'avait pas pu les protéger correctement? Parce que ce n'étaient que des gamins et qu'ils méritaient pas de mourir ainsi? Parce que c'était injuste? Parce qu'il aurait voulu pouvoir intervenir? Parce qu'il se sentait coupable? Ou bien parce que…
Kardia ficha son poing dans la roche en haletant, les sourcils froncés, et essaya d'empêcher sa main de trembler, son coeur de s'emballer.
Il revoyait encore le visage éteint de Liam dans cette cale insalubre, ses yeux qui s'étaient illuminés quand il lui avait tendu la main, la détermination et la patience avec lesquelles il avait travaillé pour devenir digne de leurs espoir… L'aide qu'il avait apportée à Mikhail… Mikhail qui avait déjà failli mourir sous leurs yeux, à qui Dégel et lui avaient promis protection et puissance, ses piques ironiques, ses progrès énormes,…
Une grimace de colère déforma son visage et il grinça des dents.
Morts.
Massacrés.
Il se prit la tête entre les mains, avec l'impression qu'elle allait exploser, et il tomba à genoux en poussant un hurlement mêlé de rage et de douleur qui résonna dans les montagnes.
Leurs apprentis étaient morts, et il venait de comprendre ce qui lui faisait si mal: c'était qu'au fond de lui, comme pour Sasha, malgré tout ce qu'il disait de lui-même, il avait considéré ces gosses comme les siens ou presque… Qu'il avait voulu les protéger comme lui ne l'avait jamais été. Mais qu'il les avait laissé mourir.
Et il ne pourrait jamais se le pardonner.
*Je crois que je ne me lasserai jamais de faire des références à Pierre Bottero et à son oeuvre
Pfff tout devient tellement dark tellement vite... TT^TT
Pour ce chapitre, j'ai décidé de faire un petit mix entre le manga et l'anime (par exemple, pas de passage avec l'armure divine ni d'intervention de Sasha, pas de Yato,…) mais plus d'explications sur les attaques de Dohko et Tenma contre Hadès, le passage avec la mort des apprentis,… J'espère que ça vous a plu! Ce chapitre est le dernier centré sur l'anime (l'attaque du château d'Hadès en Italie) ce qui veut dire que dès le suivant, je suivrai le manga pour les derniers chapitres que je posterai (Ca sent la fin! Plus que 5 chapitres les amis)
J'espère que ce chapitre vous aura plu malgré tout et à très vite pour la suite (qui sera tout aussi joyeuse ou presque ;-; )!
Bisous et à bientôt!
