Gays of thrones
Chapitre 53
Allumez le feu !
Bien que cela ne fît que quelques épisodes que Daenerys logeait dans le Dosh Khaleen, elle se sentait déjà au bout de sa vie.
« Arrête de te plaindre ! », lui disait Mémère Dothrak, « ici, au moins, on est consulté de temps à autre par les khals, notre vie a un sens… »
Elle regarda Daenerys. Il y avait presque de la tendresse dans son regard.
« J'espère que les khals t'autoriseront à rester. », dit-elle.
Daenerys déglutit. Elle savait qu'elle allait être jugée par l'assemblée des chefs de khalassars, et que ces derniers décideraient de son sort : soit elle restait au Dosh Khaleen, et on ne parlait plus de sa faute, soit… Ben, c'était la surprise, en fait, vu qu'aucune khaleesi n'avait osé avant elle snober le Dosh Khaleen pour aller conquérir un royaume.
N'empêche… Entre rester dépérir avec les vieilles et se faire violer par tous les Dothrakis et leurs chevaux, Daenerys hésitait. D'autant que les intentions de Mémère n'étaient pas claires…
Elle avait essayé de s'adapter à sa nouvelle vie. Au moins pour tenir le coup provisoirement. Elle s'était rapprochée d'une jeune de son âge, et lui avait demandé aimablement : « Comment tu t'appelles ? »
« On s'en fout, lui avait répondu l'autre, je ne fais qu'un épisode dans cette série ! »
Autant dire que c'était mal parti.
Après plusieurs semaines de recherches, Daario Naharis et Jorah Mormont arrivèrent à Vaes Dothrak.
Nos deux compères se cachèrent derrière un muret, et observèrent les Dothrakis qui se préparaient pour leur grande fête annuelle.
« Comme j'aurais aimé être un Dothraki ! », soupira Daario en regardant un homme étreindre une femme contre le mur d'une masure, au vu et au su de toute la ruelle.
« Dis-donc, nota Jorah, les mœurs ont changé : maintenant ils le font de face ! »
Daario se jeta soudain sur lui.
« Hé ! Mais qu'est-ce que tu fous ? », s'exclama Jorah, alors qu'ils roulaient derrière le muret.
« C'est toi que je vais foutre ! », lui répondit Daario à l'oreille. « J'ai envie de faire le Dothraki avec toi ! »
« Mais arrête ! On est censé passer incognito ! »
« Justement, faut qu'on se déshabille, ça fera plus local ! »
« Non ! Daario ! Non ! »
Trop tard : Daario découvrit le bras meurtri de Jorah. Son désir s'effondra.
« Jo… C'est quoi, ça ? »
Jorah ne répondit rien.
« Depuis quand… ? »
Daario empoigna Jorah : « Fumier ! T'as essayé de me refourguer ta lèpre ! »
« Mais pas du tout ! Pourquoi tu crois que je repousse tes avances ? »
Daario jura, cogna le muret, emportant une partie de la terre crue dans sa fureur (vraiment pas solides, ces baraques !).
Jorah était embarrassé.
« Bon, fit-il, au moins, si on arrive à sauver Daenerys, tu pourras faire le Dothraki avec elle ! »
Vraiment sympa, le Jorah : la lune de miel avec Daario était finie, la reine allait revenir, chacun allait reprendre sa place, et il l'acceptait bravement. Un vrai soldat.
« Pas sûr qu'elle veuille encore de moi après ça… », dit Daario.
Il regardait son corps : pour l'instant, pas trace de lèpre.
« Ça alors ! », s'exclama Jorah.
Comme une apparition fantomatique, Daenerys Targaryen avait surgi dans son champ de vision. Jorah ne rêvait pas : c'était bien elle, toujours aussi blanche, aussi fière, aussi froide.
« Daario ! Elle est là ! », murmura Mormont.
Daario n'écoutait pas : il s'observait le nombril.
Ce ne fut que lorsque son compagnon se leva qu'il se décida à regarder. Saisi du même choc que Jorah, il mit une seconde à le rejoindre.
« Khaleesi ! »
Daenerys se retourna : « Jorah ? Daario ? »
« C'est nous, Khaleesi ! Nous sommes revenus pour vous ramener ! »
« Mais… Qu'est-ce que vous faites à poil ? »
« Euh, ça… », fit Jorah, confus.
« On joue les Dothrakis ! », répondit Daario en souriant. « Mais maintenant qu'on vous a retrouvée, on pourra y jouer ensemble, dans la chambre, à Meereen ! »
Daenerys resta sans voix.
« Daario, le Dothraki, ça se joue dans une tente ou en plein air ! », fit remarquer Jorah.
« Je préfère ne pas savoir de quoi vous parlez, les garçons ! »
« Vous avez raison, ma reine : venez, on a assez traîné ici ! »
« Non, attendez, j'ai une meilleure idée ! », dit Daenerys.
En fait d'idée, le plan de Daenerys était une de ces manœuvres bien sadiques dont elle avait le secret : dégommer un ennemi et affirmer sa suprématie.
Ce soir-là, les khals chassèrent les vieilles khaleesis du Dosh Khaleen (on donne vraiment le sens qu'on peut à sa vie, hein, Mémère ?), et s'y rassemblèrent pour décider du sort de Daenerys. Celle-ci ne les fit pas lambiner longtemps : face à leur médiocrité, elle leur balança les braseros à la figure, et mit le feu à la Grande Hutte.
Les Dothrakis se regroupèrent, paniqués, autour de leur temple. Jorah et Daario se joignirent à la foule, passablement préoccupés : Daenerys leur avait donné comme consigne de barricader toutes les issues.
« Ben mince, songea Daario, faire tous ces kilomètres pour un suicide assisté ! »
Mais Daenerys n'avait pas prévu de se suicider.
Bien au contraire : alors que les flammes consumaient le Dosh Khaleen, on la vit, nue mais invaincue, intouchée et intacte, sortir du brasier.
Il n'en fallait pas plus pour convaincre les Dothrakis de se soumettre. En même temps, ils perdaient leur temple et leurs chefs d'un coup, et ce n'était pas Mémère Dothrak qui allait mener le khalassar… Surtout face à une petite blonde à poil. (Vous hésiteriez, vous ? Pas moi !)
Ainsi Daenerys du Typhon, de la Maison Targaryen, l'Imbrûlée et plein d'autres titres, éradiqua-t-elle ses rivaux et se rallia-t-elle l'une des plus puissantes armées d'Essos.
Mais elle n'était pas la seule à agir ainsi.
Pendant que Daenerys changeait la face du monde à Essos, de l'autre côté du Détroit, Cersei Lannister s'apprêtait à défigurer définitivement Port-Réal.
Elle aussi allait être jugée par une assemblée de crasseux. Le Grand Moineau s'était mis en tête que sa confession et sa marche de l'Infamie n'avaient pas suffi à absoudre ses péchés, et il prétendait lui intenter un procès de septons. La cour s'était donc réunie dans le Septuaire de Baelor.
Un procès ? A moi, la plus grande gagnante du game of thrones ! Et puis quoi, encore ?
Cersei s'était fait servir du vin. Elle attendait.
Cette fois, ça y est, elle le savait : ç'allait être son jour.
Ils étaient là. Tous. Le grand Septon, ses curetons, ses bigottes, Mace Tyrell et ses deux enfants, la reine Margaery et Loras, qui se faisait mutiler avant de rentrer dans les ordres (c'était ça ou finir à poil dans les rues de Port-Réal, trop belle la vie !), l'oncle Kevan, le cousin Lancel, et même quelques autres Lannister et courtisans dont elle avait oublié le nom mais qui faisaient une belle déco'. Tous là-bas, à l'attendre comme des glands. Le Grand-Mestre Pycelle était chez lui, le bon Qyburn était chargé de s'en occuper.
Seul Tommen était resté dans ses appartements. Pas folle, la guêpe : elle avait envoyé la Montagne l'empêcher de sortir.
Certes, il y en aurait bien un dans le tas qui soupçonnerait quelque chose. Mais à ce point-là…
Margaery sentait bien que quelque chose clochait : un procès de la reine-mère sans la reine-mère, ni même le roi, ça n'allait pas. Elle s'en ouvrit au prêtre.
Mais le Grand Septon ne voyait pas le problème : « La reine-mère n'est pas là ? On va la juger par contumace ! »
« Là n'est pas la question, Grand Septon : si elle n'est pas là, c'est qu'elle a prévu un sale coup ! »
« Mais non, mais non, mon enfant, vous dramatisez trop… »
« C'est ma belle-mère, je la connais ! »
Le prêtre rappela à Margaery qu'il avait envoyé Lancel la chercher.
« Vous êtes sérieux ? Confier une responsabilité à Lancel ? Surtout face à Cersei ? Mais… vous ne croyez quand même pas que ça va marcher ? »
« Les dieux… »
« Tu sais où tu peux te les carrer, tes dieux ? »
Le grand Moineau resta un instant interloqué. Margaery était décidée à partir, mais elle avait un lourd handicap : elle ne voulait pas abandonner Loras. Son boulet de frère restait là, passif, ne cherchant même pas à l'aider pour sortir, ne serait-ce que casser des nez aux septons qui leur barraient la route. Mais non, il se laissait porter… C'est comme ça, à Hautjardin : c'est les femmes qui font tout.
Le résultat de cette confusion fut que les gens commençaient à s'inquiéter, sans trop savoir pourquoi, et personne ne pouvait sortir, parce que les moines barraient les issues.
Et Lancel ne revenait pas…
Non, définitivement, ça n'était pas normal. Allez savoir comment, mais Margaery commençait à soupçonner que sa vie était en jeu… Trop de saisons à Port-Réal.
Seulement, voilà : même en danger de mort, Margaery n'était pas agressive. Aussi se retrouva-t-elle bloquée dans le temple par des septons abrutis.
Et Loras ne réagissait pas (mais pète des nez, Loras, bon sang à quoi tu sers ?!)…
Et Lancel ne revenait pas…
Et Jon Snow ne savait pas pourquoi…
(Oups, pardon, une erreur de montage !)
Et alors que le sol se mit à trembler, Margaery Tyrell, épouse Baratheon, reine des Sept Couronnes, commit la plus grosse erreur de sa vie : jeter son dernier regard au Grand Moineau.
Non mais, quand même : quand tu sens que ta fin est proche, tu évites de regarder un type pourri ! Même si les statues massives des Sept, ça n'est pas dans tes goûts, il y a toujours des vitraux, le bleu du ciel, ou même le carrelage, splendidement pourfendu par le feu grégeois…
Cersei Lannister, reine-mère des Sept Royaumes, contemplait le spectacle depuis sa loggia. Son et lumière, même en plein jour, ça en jetait. Le feu grégeois transperça les murs, les toits, les baies vitrées du temple, vit voltiger les cloches, et des têtes, des membres, des cris arrachés aux corps…
Du haut de sa fenêtre, Tommen était sidéré. Comment l'être humain pouvait-il ressentir tant de haine ? Bisounours ne comprenait pas. C'est vrai que ces derniers temps, certaines choses l'avaient fâché : le peuple le traitait de bâtard, on avait maltraité sa mère, les gens ne respectaient rien, Margaery l'avait trompé avec Maman… Mais de là à exploser un temple !
Et il réalisait, lentement mais implacablement, que, qui que fût le coupable (il avait sa petite idée sur la question…), ce serait lui, le Roi des Sept Couronnes, Protecteur-du-Royaume-mon-œil, qui serait responsable.
Ce ne fut que lorsque ses serviteurs lui confirmèrent que, oui, la tête qu'il avait vue voler au-dessus de Culpucier, précisément le long de la Rue des Fientes de Pigeons, était bien celle de sa femme, que Tommen se décida à aller la rejoindre : moi aussi, se dit-il, je vais m'envoler au-dessus de la Rue des Fientes de Pigeons.
Dit comme ça, ça paraît soudain moins classe…
Alors qu'il dévalait les tours du Donjon Rouge en chute libre, Tommen Baratheon, dit l'Ange qui saute, se dit qu'il aurait dû au moins prendre le temps de changer les noms des rues avant de mourir.
Fort heureusement pour lui, il s'écrasa au sol avant d'avoir eu le temps de s'infliger le moindre reproche.
