Chap 52- Jours de trêve
Severus éteignit le feu sous le chaudron, couvrant les braises pour la nuit. La potion refroidirait paisiblement pendant quelques heures et elle serait prête au matin, enfin. Après trois essais infructueux, frustrants, cette maudite potion était enfin réussie. Combien de fois l'avait-il préparée dans sa carrière ? Des dizaines, des centaines peut-être. Sans aucune faute. Mais chaque étape devait être réalisée minutieusement, à la seconde près, et cela posait à présent un problème. Ce n'était pas son attention qui était en cause, non, rien n'avait changé pour cela…mais quand ses sorts n'avaient aucune efficacité réelle, que pouvait-il y faire ?
Recommencer, encore et encore, jusqu'à ce que la chance soit avec lui.
Il leva les yeux vers le soupirail, passant une main sur son visage pour chasser la fatigue. La nuit était bien avancée. Harry devait dormir paisiblement, là haut, dans sa chambre. Le garçon avait semblé ravi de revenir ici, dans sa nouvelle maison… il aimait vraiment cet endroit, aussi étonnant que cela paraisse. Severus en venait presque à penser au Manoir comme à la maison d'Harry… et l'endroit, qu'il redoutait jadis, était finalement devenu une sorte de refuge.
La maison d'Harry… il jeta un regard écœuré au chaudron qui refroidissait lentement. Cette potion aurait pu attendre, bien sûr. Rien d'indispensable. Mais il avait tenu à la faire, et il se retrouvait là, au milieu de la nuit, à veiller. Il aurait voulu penser qu'il ne s'agissait que d'un éclat de fierté, mais… il était inutile de se mentir à soi même. Harry dormait et c'était le moment idéal pour quelques recherches.
Sans un bruit, il monta l'escalier qui menait au rez de chaussée, légèrement surélevé, de la maison. Evitant soigneusement les planches qui grinçaient, il passa devant la porte d'Harry. L'absence de bruit et la Marque apaisée lui indiquaient que l'adolescent dormait paisiblement. Quelques pas plus loin, il s'introduisit dans la bibliothèque et referma la porte derrière lui. La pièce était une des rares qu'il occupait réellement quand il venait ici, la seule qui donnait réellement de la valeur au Manoir à ses yeux.
Quand Voldemort, ou Merlin savait lequel de ses architectes et décorateurs d'intérieur, avait élaboré l'endroit, tout avait été fait pour lui donner un air cossu, noble, vénérable. Il supposait qu'il n'avait pas à se plaindre de la décoration, bien qu'elle lui importa peu, mais les meubles de prix, les tentures épaisses et les tableaux de maître le laissait passablement indifférent. Ce qui n'était pas le cas du laboratoire de potions et, presque plus encore, de ses livres.
Il n'avait pas grand doute sur la provenance des manuscrits anciens et précieux, la plupart avaient probablement été volés lors de raids dans des familles sorcières persécutées, et les autres acquis au marché noir ou dans de plus sombres circonstances encore. Mais pour être honnête, Severus s'en moquait. Les livres étaient rares, précieux, introuvables pour certains, et ils étaient là, à lui, à sa disposition… il respira l'odeur du vieux parchemin et du cuir tanné, et passa un index à la peau jaunie par les potions sur leur dos.
Traités sur les potions. Botanique. Histoire de la magie. Alchimistes. Son doigt s'arrêta sur une couverture noire et or. Magie Noire. Ces volumes là, plus encore que les autres, étaient introuvables aujourd'hui, et pour de bonnes raisons. Totalement illégaux, gardés au fond de coffres au plus profond de Gringotts, ou dans les cabinets secrets de maisons de Mangemorts… comme la sienne. Il n'avait jamais songé à les dissimuler, le Manoir étant protégé. Personne d'autre que lui n'avait mit les pieds dans cette pièce depuis la construction du Manoir, en dehors de rares visites de Dumbledore… et à présent, Harry. Peut-être devrait-il songer à placer ces volumes hors de vue et de portée, après tout.
Non pas qu'il craignait que le garçon ne se mette en tête d'apprendre la magie noire, non, mais… les chats étaient curieux. Et l'opinion qu'Harry avait de lui risquait fort d'en pâtir.
Oui, Harry désapprouverait, songea-t-il en retirant le volume des rayons, ainsi que son voisin. L'adolescent avait une vision très manichéenne du monde des sorciers et de la magie en général, et étant donné son histoire et le contexte dans lequel ils vivaient, il ne pouvait guère lui en vouloir. Ils devraient avoir une discussion à ce sujet, bien sûr, et probablement pas qu'une seule. Mais Harry avait récupéré les pouvoirs de Voldemort, et il doutait de pouvoir affirmer, pour l'instant, que les utiliser à des fins de magie noire serait totalement anodin.
Ses propres pouvoirs, en revanche… soupirant, il s'autorisa un moment de défaite. Sa magie était bien trop faible. Il l'avait sentie revenir, lentement, convalescente mais le fait de solliciter ses pouvoirs à tout bout de champ avait rapidement épuisé ces progrès. Comment un sorcier adulte pouvait-il du jour au lendemain se résoudre à s'économiser ? Il n'en était pas capable. Mais il ne pouvait pas non plus se permettre cette faiblesse, pas en ce moment, pas avec Harry à protéger.
Et cette magie qui le désertait, précisément, avait toujours été plus sensible à une certaine forme de pratique… celle de sorts puisant dans une énergie plus sombre, nourrie de colère et de frustration. Celle s'exerçant sous la forme de sorts complexes et létalement efficaces. Ils avaient toujours mieux convenus à son tempérament, sa baguette, son âme… et Dumbledore, ce vieux fou, ne l'ignorait pas. Plus encore que la malédiction qui pesait sur le poste de Professeur de Défense, c'était pour cette raison, il le soupçonnait, que le directeur le lui refusait année après année.
Pourtant, qui de meilleur pour connaître les mécanismes de défense que celui qui maitrisait les Forces du mal ? Et cette branche de la magie n'était pas nécessairement employée à des fins néfastes, non… elle fonctionnait simplement différemment. Etait-ce de sa faute s'il avait toujours eu plus d'énergie à revendre dans le domaine de la colère et de la hargne que dans celui de l'héroïsme et de la noblesse ?
Les livres à la main, il se dirigea vers son bureau où il s'installa confortablement dans un large fauteuil. A la lumière d'une bougie, il se plongea dans le plus gros grimoire, murmurant à voix basse des incantations oubliées.
Demain, peut-être, pourrait-il enfin mener une journée normale…
Harry regarda le soleil se coucher sur les bois du domaine avec un mélange de sérénité et d'étonnement. D'étonnement devant la journée parfaitement normale qu'il venait de vivre.
Il s'était réveillé dans sa chambre, au Manoir, au bruit des oiseaux qui chantaient. Il avait dormi sans cauchemar dans son confortable lit et il avait senti la présence de Severus plusieurs fois, veillant sur son sommeil.
Il s'était levé, avait enfilé des habits neufs et avait préparé le déjeuner qu'ils avaient pris tous les deux dans la salle à manger de leur maison. Puis il avait aidé Severus à mettre quelques potions en bouteilles, et ils étaient partis se promener dans les bois, paisiblement, sans aucune menace autour d'eux. Rien d'autre que des animaux, des arbres, et toutes les petites particularités du domaine que Severus lui avait raconté au fil de leur promenade.
Il y avait un grand champ appelé le champ de Magnus, en mémoire d'un sorcier suédois qui avait quelques temps été l'hôte des Prince et avait vécu quelques années dans une tente au milieu des chevaux. D'après Snape, Lily et lui avaient également campé ici un été, et avaient été dévorés par les moustiques. Il y avait aussi un ruisseau qui serpentait entre les arbres, les ruines de plusieurs cabanes et maisons ravagées par le temps, un petit renfoncement dans les rochers qui pouvait servir d'abris en cas de mauvais temps, et des dizaines d'autres choses qui faisaient du domaine un endroit à la fois magique et totalement normal.
Pas de dragon, de loup-garou, de plante carnivore ou de créature étrange… juste la nature, des souvenirs, et eux. Rien qu'une promenade, et Severus ne lui avait pas même demandé d'exercer ses pouvoirs, ou de pratiquer sa maitrise de la forme animagus.
Juste une balade entre père et fils sur leur territoire… et les histoires empruntes de nostalgies et d'ombres d'une autre époques que l'Homme en noir lui racontait d'une voix douce qui contrastait étrangement avec son ton de professeur.
Ils avaient mangé ensemble, Severus avait cuisiné cette fois, à la façon moldue, rien que ça ! L'expérience avait à la fois amusé et impressionné Harry. Le professeur était décidément plein de ressources…
L'après-midi, ils avaient préparé des potions ensemble pendant quelques heures, avant qu'Harry ne décide de prendre l'air pendant que le temps le permettait. Avec la recommandation de ne pas s'éloigner plus que nécessaire, il avait survolé les alentours sur son balais, et avait même fait le rencontre d'un troupeau de chevreuils et d'un cheval qui avait semblé particulièrement surpris de le voir.
Il était rentré à temps pour prendre une douche, préparer le dîner avec Severus, et le soleil s'était couché. Déjà. Quand avait-il passé une journée aussi paisible pour la dernière fois ? Cet été, probablement, ici même. Mais ses craintes étaient bien plus présentes à l'époque, et maintenant… bien sûr, il y avait Loki, Rémus, Voldemort et une guerre en préparation, et il ne pouvait totalement l'ignorer. Mais aujourd'hui avait été un jour de trêve, et à présent il était, on ne pouvait plus officiellement, le fils de quelqu'un. De quelqu'un de vivant, de présent, qui était prêt à le protéger au péril de sa vie et qui lui présentait son territoire, son monde. Sans doute, songea Harry, était-il la personne qui connaissait le mieux Snape à présent.
Il doutait même que l'homme ait encore des secrets pour lui… oh, des petites choses, sûrement. Des histoires de Poudlard, de Mangemorts, des petits détails de la vie, mais quelque chose d'important ? Non. Severus ne lui mentait pas, ne lui cachait rien. Il tourna la tête pour observer l'homme discrètement, tandis qu'il finissait une lettre. Son visage était toujours aussi impassible, mais il savait que ce n'était pas un masque à présent. L'homme en noir était apaisé, calme, son cœur battait lentement, et non de ce rythme nerveux qui était le sien dans l'enceinte de Poudlard.
Harry fronça les sourcils. Comment savait-il cela ? Intuition, songea t il. Il ne voulait pas y penser maintenant. Pas plus qu'à cette sensation étrange dans sa cicatrice, cette après-midi, tandis qu'il volait autour du Manoir. Ce n'était pas de la douleur, non, plutôt comme si quelque chose se réveillait en lui… peu importait. Ce n'était pas important, et la journée était trop belle pour être gâchée.
Severus posa sa plume et capta enfin son regard. Ses yeux noirs semblèrent s'adoucir, et il sourit imperceptiblement.
« Que dirais-tu d'une partie d'échec ? »
Harry grimaça.
« Pour que tu me battes en deux coups ? Non merci, j'ai déjà Ron pour ça ! Tu ne veux pas plutôt faire une partie de dames ? »
Severus sourit.
« Parce que tu t'imagines que je ne te battrai pas aux dames ? »
« Disons que j'aurai une petite chance ! »
« Très bien. Je suppose qu'il doit y avoir un damier dans la salle de jeu du premier étage, essaie de le trouver. »
Ravi, Harry fila vers l'escalier qu'il monta quatre à quatre. Il n'était pas remonté ici depuis l'épisode de la chambre verte, et il s'arrêta un instant devant la porte, hésitant. Severus avait dit qu'il pouvait y aller quand il voulait…
Prenant une grande inspiration, il ouvrit la porte de la chambre. Il y avait même un interrupteur, constata t il, comme dans une maison moldue. Tout était tellement… normal. Penser que Lily n'était jamais venue ici, n'avait pas habité cette chambre paraissait inconcevable. Tout comme le soin que Severus avait pris à réaliser ceci. Ce qui donnait une idée de la peine qu'il avait du avoir, réalisa Harry, et Lily n'était même pas encore morte à l'époque… il espérait vraiment la voir revenir. Comment la jeune fille avait elle pu repousser ainsi son ami ? Tout le monde lui avait répété que Lily était une jeune femme formidable, douce, d'une grande bonté… et pourtant. Que s'était-il vraiment passé pour qu'elle rejette à ce point Snape ? Il devait y avoir quelque chose…
Il pris un disque sur le bureau, tenté de le faire jouer sur le vieux tourne disque, mais il se retint. Severus pourrait entendre, et il n'avait pas envie de remuer le couteau dans la plaie. Il passa en revue les livres poussiéreux qui trônaient sur l'étagère, et finit par sortir celui qui paraissait le plus usé. Les Hauts de Hurlevent… visiblement lu et relu, les pages cornées, le dos cassé… il avait fière allure, décida Harry.
La couverture l'intrigua, et il décida de l'emporter avec lui. Il n'aurait qu'à déposer le livre dans sa chambre et Severus n'en saurait rien…
Décidant qu'il avait déjà pris trop de temps, il quitta la pièce à regret pour finalement regagner la fameuse salle de jeu. Il faudrait qu'il demande à Snape de lui apprendre le billard, songea t il. Le professeur avait tout à fait un genre à jouer au billard. Il ne lui fallut que quelques minutes pour localiser un jeu de dames en bois précieux, et il retourna rapidement au rez de chaussée, laissant derrière lui l'étage inhabité.
« J'ai trouvé ça, » fit il en montrant le jeu. « Il n'a pas l'air d'avoir servi souvent. »
« Il est probablement neuf, » fit négligemment Severus en sortant les jetons d'un petit tiroir.
« Tu as déjà utilisé les autres jeux, ou ils sont là pour la décoration ? » demanda Harry, curieux.
« Purement décoratifs, » confirma Snape. « Voldemort devait penser que c'était nécessaire à la panoplie du parfait notable. Noires ou blanches ? »
« Blanches. Tu sais jouer au billard ? »
« Oui. J'avais oublié qu'il y en avait un là-haut. »
« Tu m'apprendras ? J'ai déjà regardé des gens jouer, mais je n'ai jamais essayé. »
« Vraiment ? » s'étonna Severus. « C'est pourtant un jeu éminemment moldu et commun. »
« Ce n'est pas comme si les Dursleys m'emmenaient jouer avec eux, » murmura Harry. « Et je n'avais pas vraiment d'amis dans le quartier non plus. J'ai joué au baby-foot, une fois. Dans une station service où Oncle Vernon m'avait oublié, quand on était partis en vacances et que personne n'avait pu me garder. Je crois qu'il espérait que quelqu'un me kidnapperait s'il m'oubliait suffisamment longtemps, » ajouta t il en riant. « Malheureusement pour tout le monde, personne ne s'est proposé. Il a du revenir me chercher. Il était franchement furieux. »
Severus lui adressa un regard songeur.
« Je suis étonné que les services sociaux ne se soient jamais inquiétés de ton cas, » fit il remarquer.
« Ce n'était rien de si grave, » fit Harry en haussant les épaules. « Ca arrive. Pas toujours volontairement, mais ça arrive. »
« Hum, » fit Snape d'un air dubitatif. Puis, déplaçant un jeton sur le damier : « j'ai souvent joué au baby-foot. Ta mère adorait ça. »
« Vraiment ? Elle était bonne ? »
« Elle trichait et je la laissais faire, » répondit Snape avec un mince sourire. « Ne compte pas sur autant de sollicitude aujourd'hui. »
« Elle trichait ? » Harry éclata de rire. « Elle faisait des roulettes ? »
« Ca la faisait énormément rire, » confirma Severus. « Mais elle faisait un scandale s'il me prenait la mauvaise idée d'en faire de même. »
« Evidemment, » fit Harry en riant. « Et au billard, vous y avez joué ? »
« Aussi. Elle s'appliquait énormément, elle ne pouvait pas s'empêcher de tirer la langue quand elle calculait ses coups. Mais elle n'aimait pas beaucoup ce jeu, probablement parce qu'elle me battait rarement. »
« A quoi d'autre est-ce que vous jouiez ? »
Severus prit un instant pour réfléchir.
« Aux fléchettes. Elle était assez douée. Ses parents avaient installé un jeu sur la terrasse de leur jardin. » Il hésita un instant avant de continuer. « Pétunia était très mauvaise joueuse. Je suppose qu'elle aurait eu de meilleurs scores si je n'avais pas dévié ses fléchettes, cela dit. »
« Tu as fait ça ? » s'extasia Harry. « Tu ne t'es pas fait remarquer ? »
« J'ai toujours su être discret, et je n'ai pas utilisé ma baguette. Il suffit d'un peu de concentration. »
Harry éclata à nouveau de rire.
« Je n'arrive pas à imaginer tante Pétunia en train de jouer aux fléchettes ! »
« Elle boudait plus qu'elle ne jouait, » confirma Severus. « Elle m'accusait de tricher. Lily protestait, j'insultais Petunia, et tes grands-parents finissaient généralement par nous envoyer chacun de notre côté. C'étaient malgré tout des après-midi sympathiques, » conclut-il en souriant.
« Au moins, vous ne vous ennuyiez pas, » fit Harry en tentant de s'imaginer la scène.
« En effet. Et tu viens de perdre la partie. Souhaites-tu une revanche, ou préfèrerais tu essayer le fameux billard qui trône au premier étage ? »
« Le billard ! » s'exclama Harry en refermant le boitier de dames avec enthousiasme. Quitte à perdre contre Snape, mieux valait que ce soit à un jeu amusant !
Et il l'avait été, songea le jeune homme en éteignant sa lampe de chevet ce soir là, non sans jeter un coup d'œil à la photo posée là. Severus ne l'avait pas laissé gagner, mais il lui avait appris à jouer, et la journée s'était conclue aussi parfaitement qu'elle avait commencé. Et demain… une autre de ces journées l'attendait.
Snape referma la porte, doucement. Le garçon dormait, et il dormait bien. Pas de cauchemar pour cette nuit, du moins il pouvait l'espérer. La journée avait été étonnamment… reposante. Douce. Non, ce n'était pas le mot exact, mais il n'arrivait pas à trouver de terme juste pour ce qu'il avait ressenti.
Etait-ce ce à quoi était sensé ressembler une journée paisible en famille ? Il était probablement un peu vieux pour se poser la question, mais il n'en était pas moins perplexe. Il ne s'était rien passé de mémorable, de spectaculaire, il n'avait pas inventé de nouvelle potion ni d'ailleurs accompli grand-chose de productif, et malgré tout, il avait le sentiment que la journée avait été bien remplie, chaque seconde parfaite à sa façon.
Bien que cette impression de plénitude arriva un peu tard dans sa vie, il soupçonnait qu'il pourrait rapidement s' habituer… ce qui rendait d'autant plus difficile la tache qui l'attendait à présent. D'un pas lourd, il se dirigea vers la bibliothèque et repris sa lecture là où il l'avait laissée la veille. Sa baguette légère entre ses doigts, il enchaina les sorts murmurés jusqu'à ce qu'il sente la fatigue l'emporter.
Refermant le livre, il jeta un regard las à l'horloge qui trônait entre deux bibliothèques. Trois heures du matin… il n'aurait pas beaucoup de sommeil cette nuit, mais cela suffirait. Sa nouvelle stratégie fonctionnait, dans la limite de ses pouvoirs. Les sorts lancés sous forme de magie noire avaient définitivement plus de force pour les soutenir que les sorts habituels…
Il aurait du en être satisfait, mais quelque chose dans le fond de sa conscience ne cessait de le tarauder, comme un irritant petit grincement qui ne voulait pas se laisser dissiper. Machinalement, il porta la main à son avant bras. La Marque était chaude, constata t il, plus que d'habitude. Il était pourtant certain qu'Harry dormait.
D'un haussement d'épaule, il tenta de dissiper le malaise. Il ne pouvait rien faire de plus que dormir à présent, et profiter au mieux de la journée de demain… l'obscurité de sa chambre lui parut accueillante, et il s'étendit sur son lit avec un soupir satisfait. La baguette au creux de la main, il s'endormit aussitôt.
Mais l'obscurité, au lieu d'être apaisante, devint rapidement oppressante dans ses rêves. Quelque chose approchait, tournait autour de lui, le cherchait, et pas pour de bonnes raisons… l'air était lourd, irrespirable, et soudain le noir fût percé par l'éclat rouge de deux yeux qui le fixaient d'un air triomphant et avide. La chose était là, tout autour de lui, mais ce n'était pas lui, pas Voldemort, et pourtant…
Les yeux rouges si familiers se rapprochèrent, et Severus tenta en vain de s'éloigner, le cœur battant.
« Fidèle, toujours si fidèle, » susurra la voix
« Non, » tenta t il de protester mais aucun son ne sortit de sa bouche. C'était impossible, impossible, les alarmes n'avaient pas sonné et rien ne pouvait entrer dans sa chambre, cette chambre sans fenêtre.
Les yeux se rapprochèrent encore, et une silhouette se détacha dans le noir. Pas celle de Voldemort, pourtant, une silhouette encore plus familière et, à cet instant, plus effrayante encore. C'était Harry, mais un Harry différent, à la fois plus jeune et au visage plus dur, marqué par une cruauté qu'il ne lui connaissait pas.
« Tu y reviens toujours, » fit la voix avec une pointe d'amusement teintée de mépris. « La magie noire. Elle a beau te perdre, tu ne peux pas t'en empêcher. Mais tu as raison, nous allons l'utiliser, tu vas me l'apprendre ! Tu as bien dit que je devais me servir de mes pouvoirs, n'est-ce pas ? Alors je vais m'en servir. »
« Pas comme ça, » tenta de murmurer Snape, « ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. »
« Et pourquoi pas, si tu le fais ? »
« C'est différent. J'en ai besoin. Je dois... »
« Moi aussi, » fit le garçon qui ne semblait pas plus âgé que lorsqu'il était arrivé à Poudlard. « J'en ai besoin aussi, plus que toi ! »
Les yeux rouges brillèrent, hérissant les cheveux sur la nuque de Snape.
« Tu ne dois pas, » murmura t il. « Pas de cette façon, souviens toi. Comme pour Kreattur. Pas de cette façon. Tu n'es pas comme moi."
« Mais tu es mon père maintenant, alors je dois suivre ton exemple. Je peux faire de grandes choses ! Si tu m'apprends, je pourrai faire plus que vaincre Voldemort, je pourrai changer le monde ! »
« Ce n'est pas ton rôle, Harry, » fit Snape. « Tu n'es qu'un petit garçon. »
« Je ne le serai pas toujours. Et tu seras là pour m'aider. »
« Non, pas pour cela, ce n'est pas ce que je veux pour toi... »
« Mais c'est ce que je veux, et tu n'auras pas le choix, » fit le garçon qui ressemblait de moins de moins en moins à Harry. « Tu as choisi de servir, et tu devras obéir. »
« Harry ! » s'écria t il, ses paupières soudain ouvertes, et haletant pour trouver de l'air dans la chambre close.
Mais Harry n'était plus là. Ne l'avait jamais été, réalisa t il en s'épongeant le front avant de néanmoins se redresser pour scruter l'obscurité. Rien. Personne. Juste sa propre culpabilité qui l'avait rattrapé, cette stupide marque qui ne voulait pas s'endormir, et cette chambre sans fenêtre où il s'était toujours senti en sécurité et qui à présent lui faisait l'effet d'un piège.
Saisissant sa baguette qui avait glissé à quelques centimètres de ses doigts, il se leva nerveusement, lissant ses robes. Il n'arriverait pas à se rendormir ici. Mieux valait descendre au laboratoire, et s'endormir dans un fauteuil en relisant un vieux traité de potions…
Sans un bruit, il descendit au sous-sol.
De l'autre côté du couloir, le sommeil d'Harry, paisible jusque là, commença à s'agiter. Imperceptiblement, la tension monta jusqu'à ce que ses muscles ne se contractent involontairement, la sueur coulant le long de son dos en dépit de la température. Les sons et les couleurs se mélangeaient dans des fresques étranges et inquiétantes, et Harry pouvait sentir ses pouvoirs électriser l'atmosphère, courant dans son corps comme s'ils cherchaient à s'échapper pour mieux s'exprimer.
Avalant une grande goulée d'air, Harry se réveilla en sursaut. Mais sa panique ne céda pas pour autant : il était pris au piège, enfermé, dans le noir, étouffant, comme dans ce cachot où Malfoy l'avait enfermé, et il ne voyait aucune issue. Pendant quelques courtes secondes, il se débattit de toute son es forces et se retrouva soudain à l'air libre, nageant au milieu de couvertures, des plumes volant autour de lui.
Et, constata-t-il après un rapide coup d'œil, les griffes plantées dans le duvet. Des griffes… Shadow tourna une fois sur lui-même. Il s'était changé ! Sans s'en rendre compte, au milieu de son sommeil ! Il s'était piégé tout seul au creux des épaisses couvertures… sentant le poids du ridicule lui retomber dessus, Shadow s'assit et se lécha les babines. Contrariant.
Et étrangement, Severus n'avait pas accouru… la présence du sorcier apaisait pourtant toujours ses cauchemars. Il ne lui en voudrait sûrement pas s'il le rejoignait pour se rendormir ? Sautant sur la poignée pour l'ouvrir, il opéra de la même façon sur la porte d'en face et se faufila discrètement dans la chambre. L'endroit était imprégné de l'odeur de Severus, familière et rassurante. Mais le lit aux draps froissés était vide, et la chambre déserte.
Pas depuis longtemps, pourtant, l'odeur était encore fraiche, et elle était mêlée à quelque chose d'inhabituel… la peur, réalisa Shadow. Aucun signe de lutte dans la chambre hermétique cependant, et personne n'aurait plus traverser les sécurités qui entouraient le manoir. L'Homme en noir aurait il eu un cauchemar, lui aussi ?
Si c'était le cas, il ne pouvait se trouver que dans un seul endroit… sans hésiter, le chat fila vers le sous-sol. La lumière d'un feu allumé à travers la porte entrebâillée confirma ses soupçons : confortablement installé dans son fauteuil, Severus lisait un vieux grimoire d'un air absent. L'espion nota aussitôt l'arrivée du chat et son visage s'adoucit. Sans prendre la peine de se changer, Shadow bondit sur ses genoux et se roula en boule.
Snape sentit le coin de ses lèvres se relever tandis qu'il passait une main dans le poil dru du chat, qui se mit aussitôt à ronronner. Un adolescent et un chat pour le même prix… il devait reconnaitre qu'il n'avait pas fait une mauvaise affaire. Le ronronnement du chat, la douceur de sa fourrure, sa présence tiède sur ses genoux… il sentit ses nerfs se détendre un peu plus, et sa tête vint reposer doucement sur le cuir du fauteuil.
Confortablement installé devant le feu, un chat sur les genoux et un bon livre de potions sous les yeux, il songea que ce moment pourrait bien compter parmi les plus paisibles de son existence.
Le chat se réveilla en sentant deux mains le saisir et le soulever de l'endroit doux et chaud sur lequel il dormait profondément. Il poussa un miaulement de protestation, laissant son long corps de félin s'allonger comme un élastique pour ne pas quitter son confort, mais il n'en fut pas moins déposé avec délicatesse un peu plus loin, sur une surface molle mais qui manquait de chaleur.
Il entrouvrit ses grande yeux verts et bailla de toute la force de ses mâchoires, étirant ses pattes devant lui. Les rayons du soleil filtraient à travers le soupirail du laboratoire… le laboratoire ! Il avait dormi ici ! Et Severus aussi, visiblement, à en croire les grimaces que faisaient l'homme en faisant craquer les os de son dos. Sans doute avait-il passé l'âge de dormir dans un fauteuil… il n'était pourtant pas si vieux, songea Harry, même pas encore quarante ans.
Et pourtant, à la lumière rase du matin, il pouvait voir les petites rides aux coins des yeux du sorcier, discrètes mais indéniables. Il ne les avait jamais remarquées avant…
« Quelque chose d'intéressant sur mon visage ? » grogna Snape à son intention.
Harry se retransforma aussitôt et sourit. Si les gens pensaient qu'il était généralement d'humeur massacrante, que penseraient ils de Snape avant son café ?
« Oui, des rides, » répondit-il avec un air navré.
« Votre œuvre, M. Potter, n'en doutez pas. »
« C'est Potter-Snape, » rappela Harry.
« C'est ridicule. »
« Ce n'est pas ridicule du tout ! C'est mon nom ! »
« Et tu n'as jamais pris une seconde pour réfléchir au fait qu'accoler les noms de deux personnes diamétralement opposées pouvait avoir un effet à la fois comique et profondément stupide ? »
Harry en resta bouche bée. L'idée ne l'avait même pas traversé.
« Tu aurais du me le dire, si ça te gênait ! » protesta-t-il.
« Je n'ai pas dit que ça me gênait. »
« Tu as dit… » Harry passa les deux mains dans ses cheveux, tentant de mettre ses idées en place. « Je crois que j'ai aussi besoin d'un café. »
« Enfin une phrase sensée, » soupira Severus en faisant apparaitre une cafetière.
Un instant plus tard, ils étaient installés devant un café fumant, Snape ayant pris soin de noyer celui d'Harry dans le lait. Celui-ci sourit en contemplant le visage calme de son père, son long nez bataillant avec le rebord du bol qu'il s'était servit.
« Tu as tout de même des rides, au coin des yeux, » cru-t-il bon de souligner.
Severus lui jeta un regard désabusé.
« Des rides d'expression. C'est ce qui arrive quand on sourit de trop. »
Sous le choc de la réponse, Harry s'étouffa littéralement avec la gorgée de café qu'il tentait d'ingérer et qui ressortit de la manière la plus humiliante par son nez. En face de lui, Severus secoua la tête, hésitant visiblement entre l'exaspération et l'amusement.
« Vraiment, Harry, en adoptant un adolescent, j'espérais au moins passer le stade des bavoirs. »
Toussant, crachant et riant à la fois, il tenta de remettre ses lunettes en place.
« Ce n'est pas du jeu ! Pas quand je bois ! »
« Le Garçon Qui A Survécu étouffé par un café au lait… je serais curieux de voir ce que Voldemort en dirait, » fit Snape. « Il serait probablement déçu de ne pas y avoir pensé tout seul. »
« Et il t'offrirais une médaille et une crème antirides, » répondit Harry en épongeant le café qu'il avait recraché sur la table. Mais en regardant Severus et le regard amusé et tendre qu'il posait sur lui, il dût admettre que les rides lui allaient bien. Elles lui donnaient un air vénérable et… paternel.
« Tu crois que je te ressemblerai, quand j'aurai ton âge ? » demanda-t-il sans réfléchir. L'image de James Potter lui revint soudain en mémoire. Ce jeune homme qui souriait sur les photos, qui tenait un bébé dans ses bras c'était lui, son père biologique, comment pouvait-il si facilement l'oublier ?
« J'espère bien que non, » répondit Severus en grimaçant. « La génétique devrait jouer en ta faveur. Ton grand père maternel portait très bien son âge. »
« Et mes grands parents paternels ? » hasard Harry.
« Je n'en ai pas le souvenir. »
« Je me demande… » commença le garçon, avant de secouer la tête et de s'interrompre.
« Fini tes phrases, » intima Severus.
« Rien d'important. »
« Dis-le tout de même. »
« Je me demande à quoi mon… à quoi James ressemblerait. S'il avait vécu. »
Severus hocha la tête, comme s'il s'était attendu à la question.
« Ton père avait une prestance naturelle et un physique avantageux. Le genre d'attrait qui ne se fane pas avec les ans. Il aurait probablement été un séduisante trentenaire charismatique et irritant, du type dont les étudiantes raffolent. Tu aurais probablement été exaspéré en surprenant ta petite amie à le contempler d'un air rêveur. »
« Eh ! » protesta Harry, « je ne demandais pas tant d'informations ! Je n'en demandais pas du tout, d'ailleurs ! Et je n'ai pas de petite amie ! »
« Que de protestations, » fit Snape avec un sourire en coin. « Miss Weasley serait désolée de l'apprendre. »
« Ginny ? Elle s'en fiche pas mal. Elle est avec Dean, de toute façon. »
« Il me semblait pourtant que la demoiselle ne demandait qu'à se laisser convaincre. »
« Je ne vois pas ce qui t'a fait dire ça ! »
« Quelques rumeurs du couloir, et des regards jetés à la dérobée. Miss Weasley ne brille pas toujours par sa discrétion. »
« Avant, peut-être, » soupira Harry. « Mais maintenant… » le souvenir de la conversation surprise la veille lui revint amèrement en mémoire, et plongea un regard lugubre dans son bol.
« Maintenant ? » reprit Snape.
« Elle a dit certaines choses hier. Je ne crois vraiment plus que ce soit une option. Ginny, je veux dire. Nous deux. »
« Souhaites-tu en parler ? »
« Pas vraiment, mais je suppose que tu ne me laisseras pas en paix tant que tu ne sauras pas, hein ? » plaisanta Harry.
« Déformation professionnelle. Mais tu as tout à fait le droit de vouloir garder ton intimité, bien sûr. »
« Et me faire legilimenser à la première occasion ? Non merci. »
« Je ne ferais jamais cela ! » protesta Snape, avant d'ajouter : « du moins pas pour ce genre de sujet, et pas du tout si je peux l'éviter. »
Harry leva les yeux au ciel mais se garda de répondre.
« Quoiqu'il en soit, j'ai discuté avec Ginny hier. Je croyais qu'elle… enfin que je l'intéressais, au moins un peu. Mais quand elle est partie, je l'ai entendue discuter avec Dean. »
« Entendu, hum ? » fit Snape.
« D'accord, j'ai espionné. C'est de famille, tu n'as rien à me dire. »
« Il me semblait pourtant que tu avais appris ta leçon à ce sujet, aux dépens de ton ami Rémus. »
Rémus, nota Harry, pas Lupin… c'était intéressant.
« Ce n'était pas vraiment comme ça, mais je voulais savoir… oh, peu importe. Ce qu'elle a dit à Dean, ça montrait assez bien qu'elle ne s'intéresse pas à moi. »
« J'imagine difficilement Miss Weasley en train de se vanter devant son petit ami d'être attiré par un autre garçon, » fit remarquer Severus.
« Peut-être, mais je sais qu'elle pensait ce qu'elle a dit. Même si c'était vraiment n'importe quoi… que je cherchais une petite amie qui me materne, quelque chose dans ce goût. »
Snape fronça sensiblement les sourcils.
« Et après ça, Dean a ajouté quelques horreurs sur ce que les Gryffondors pensent de moi, histoire de ne pas être en reste, » soupira Harry. « Ginny m'a un peu défendue, mais sur le fond, je sais qu'elle pense comme eux. Je ne la pensais vraiment pas comme cela. Mais ça m'a fait réfléchir à une chose : il serait peut-être temps que je ré emménage dans mon dortoir. »
« C'est probablement une bonne idée, » acquiesça Severus. « Tu es libre d'aller et venir comme tu veux, évidemment, mais n'oublie pas de me faire savoir où tu dors. Quant à miss Weasley… il est probable que sa mère lui ait mis ces idées en tête. Je ne prendrais pas cela trop au sérieux, à ta place. »
« Il n'y a pas que ça, » fit Harry en haussant les épaules. « Ca ne peut vraiment pas marcher entre nous. Figure toi qu'elle est allergique au poil de chat. »
A ces mots, le regard de Severus se fit incrédule, figé sur lui comme s'il cherchait une trace de mensonge ou de plaisanterie dans ses yeux. Puis le sorcier posa son front dans sa main, avant de finalement laissé échapper un son étranglé. Son expression était difficile à lire, mais à voir les soubresauts qui agitaient son dos et les hoquets silencieux qui lui échappaient, Harry était certain que son père était en train de rire. De vraiment rire.
« Ce n'est pas drôle ! » protesta-t-il en étouffant un rire à son tour.
Mais Severus semblait incapable de s'arrêter de rire et avait reposé son bol sur la table, cachant toujours son visage comme s'il était honteux de cet inhabituel accès de gaieté.
« Allergique… au poil… de chat ! »
« C'est la pire excuse qu'une fille ait jamais trouvé pour ne pas sortir avec un garçon, non ? » ajouta Harry en sentant le rire le gagner.
« Je… suis désolé, » hoqueta finalement Severus quand il réussit enfin à reprendre le contrôle de lui-même. « Il y a des potions, mais rien qui ne soit définitif. Je… ne sais vraiment pas quoi dire, Harry, c'est vraiment regrettable. »
Mais l'ombre de sourire qui planait encore sur ses lèvres enlevait une certaine crédibilité à ses paroles.
« Ce n'est peut-être pas si grave, » fit Harry sans s'en offenser. « Ce n'est pas comme si j'avais prévu de l'épouser ou quelque chose comme ça. C'est peut-être un signe que je dois chercher ailleurs. Même si je ne cherche pas vraiment. Enfin je veux dire… »
Severus leva une main apaisante.
« Je sais ce que tu veux dire. Inutile en effet de forcer les choses ou de prendre quelque décision que ce soit. Tu ne manques ni de succès ni d'opportunité, tout viendra en son temps. »
« Il faut juste que j'évite les filles allergiques au poil de chat, c'est ça ? » plaisanta Harry.
Severus eut un sourire qui éclaira son visage, lui ôtant toute sa sévérité habituelle. Le jeune homme décida qu'il aimait beaucoup cela.
« Je suppose que c'est un critère intéressant. »
« C'est toujours sur moi que ça tombe, non ? Ma vie est vraiment complètement bizarre, » fit Harry.
« Ce n'est pas forcément toujours une mauvaise chose. Etre un chat peut aussi avoir ses avantage à ses heures. Je propose d'ailleurs que nous y travaillions cet après-midi. »
« Sur ma forme animagus ? Je commence à bien maîtriser les choses, tu sais. McGonagall m'aide bien aussi. »
« Professeur McGonagall. Un peu d'entrainement ne te fera aucun mal malgré tout. Nous travaillerons sur tes pouvoirs également. »
« Et ce matin ? » demanda Harry, « potions ? »
« Ce matin, devoirs, » fit Snape de son air le plus professoral.
Harry grimaça, mais il devait admettre que Severus n'avait pas tort. Il avait pris suffisamment de retard cette année.
« Tu m'aideras ? »
« Essaie déjà par toi-même, et note ce que tu ne comprends pas. Je t'aiderai pour cela. »
« Ca me va. Tu crois que je pourrai faire une pause quidditch dans la matinée ? »
« Je suppose que ce serait acceptable, » fit Snape en se resservant un café. « Mange. Tu as du poids à reprendre. »
« Tu peux parler, » rétorqua Harry en se jetant sur un muffins avec appétit. « Tes genoux pourraient être plus confortables pour dormir. Un chat a besoin de confort. Mange aussi ! »
« Je connais un chat qui va dormir dehors cette nuit et chercher du confort dans la nature, » grogna Severus.
Mais ce soir, songea Harry, il serait de retour dans la tour de Gryffondor. Pour la première fois, l'idée ne le réjouissait pas.
Et la journée, si elle fut studieuse, n'en fut pas moins aussi agréable que celle de la veille. Faire ses devoirs dans sa chambre, les faire corriger par son père, faire un tour de balai autour du Manoir, préparer le repas…
Et puis, ils avaient joué au billard. Alors qu'Harry se concentrait sur son prochain coup, il avait senti la vague de nostalgie émanant de Severus. Avant même de relever les yeux, il avait réalisé : il se tenait penché sur le billard, un bout de langue dépassant entre ses dents, comme sa mère l'avait fait. Il n'y avait même pas réfléchi… le visage de Snape ne trahissait rien quand il le regarda, mais il savait que l'homme avait été ramené à des scènes qui avaient eu lieu bien des années auparavant, avec un autre personne.
Et comme à cette époque, il avait impitoyablement écrasé son adversaire, laissant un Harry admiratif et frustré.
« Je suppose que ça ne s'oublie pas, comme le vélo, » fit-il remarquer.
« N'ayant jamais fait de vélo, je ne saurais te dire. Mais le billard est un simple jeu de précision et d'observation, je suppose en effet qu'il est difficile d'oublier. »
« Tu n'as jamais fait de vélo ? Eh, tu sais quand même voler à balai, non ? »
« Certainement. Je suis a peu près aussi efficace qu'un hippogriffe sur une piste de danse, mais je sais me déplacer. »
« On devrait faire la course ! » suggéra Harry, sentant un terrain propice.
Severus se contenta de hausser un sourcil.
« Auriez-vous un penchant pour la victoire facile, M. Potter ? »
« Potter-Snape. Ca serait amusant, je suis sûr que tu n'es pas si mauvais que tu le dis ! »
« Je n'ai jamais dit que j'étais mauvais, » rectifia Snape. « Mais à la réflexion, il est presque dommage que je n'ai pas gardé de chevaux dans l'écurie. Tu aurais certainement aimé monter, et j'aurais pu te suivre. »
« Je suis presque sûr d'avoir vu des empreintes de sabot, » fit Harry d'un air songeur.
« Des descendants des chevaux de mon grand-père retournés à l'état sauvage, certainement. Rien qui ne soit d'une grande aide. Bah… les animaux donnent bien plus de travail que de satisfaction, quoiqu'il en soit, » dit Severus avec un sourire en coin en envoyant une boule dans un trou d'un coup net et précis.
Avant qu'il ait eu le temps de se redresser, un chat noir lui avait bondi sur les épaules, s'agrippant de toutes ses griffes à sa robes et mâchonnant impitoyablement ses cheveux. La partie tourna court, dans un tourbillon de poils et de cheveux, de miaulements joyeux et du rire silencieux du sorcier.
Le reste de l'après-midi fut consacré à la maîtrise des pouvoirs d'Harry, et le garçon du admettre que la séance n'était pas superflue. Severus ne le poussa pas dans ses retranchements comme il l'avait fait la fois précédente, mais il dût cependant lutter pour canaliser sa magie et se concentrer sur les objectifs exigeants du professeur.
Lumos, en particulier, fût analysé et travaillé dans toutes ses facettes. Oh, certes, Harry pouvait toujours se contenter d'éclairer faiblement le bout de sa baguette s'il le souhaitait, mais selon l'intensité qu'il mettait dans son sort, il pouvait également changer la structure de ce qui l'entourait jusqu'à rendre les objets et les plantes transparents. Nox avait également le pouvoir de plonger les alentours dans l'obscurité, même en plein jour, et Harry dut admirer le calme du professeur qui continua de lui donner des instructions comme s'il ne s'était agit de rien de plus que d'un cours de potion.
Severus, cependant, ne lui demanda pas de s'exercer aux sorts de combat et il en fût reconnaissant. Il pouvait sentir le bouillonnement de ses pouvoirs tenter de lui échapper, courant dans son sang en cherchant un exutoire. Plusieurs fois, Snape secoua la tête et lui demanda de recommencer son sort intrigué, Harry avait réfléchi à ce qu'il venait de dire pour réaliser qu'il avait incanté en fourchelang. L'idée lui déplaisait d'autant plus qu'il ne s'en était pas rendu compte.
Quand la séance prit fin, cependant, il se sentait plus détendu et son énergie enfin apaisée. Savoir que chaque sort pouvait avoir un aussi large éventail d'effets était passablement angoissant, mais aussi excitant. La magie prenait tout à coup une nouvelle dimension…
Alors qu'ils se dirigeaient à nouveau vers le manoir, Severus posa nonchalamment son bras sur les épaules de l'adolescent, comme il en avait pris l'habitude.
« Tu as bien travaillé, » assura-t-il. « Tu progresses vite. »
Harry se tourna pour lui sourire.
« C'est bizarre, c'est comme le fait de voler, je me sens plus détendu après. Si je n'utilises pas mes pouvoirs pendant un moment, j'ai l'impression qu'ils cherchent à sortir d'eux-mêmes. »
« Je suppose que c'est logique. Nous essaierons de faire une séance comme celle-ci tous les deux jours, par précaution. Tu ne dois pas hésiter à me prévenir si tu sens que quelque chose ne va pas. »
« Non, ça va, » fit Harry, bien qu'il n'en était pas bien sûr. « C'est juste… il faut que je m'y fasse. »
Severus serra brièvement son épaule.
« C'est une grosse responsabilité. »
« Je ne suis pas vraiment sûr que je sois la bonne personne pour tout ça, » admit Harry à mi-voix. « C'est un peu… trop. Et moi je suis juste… moi, tu comprends ? »
Snape hocha la tête.
« Ce n'est un choix pour personne, même si c'est assez injuste. Tu es bien trop jeune à mon goût pour tout cela… mais je dois reconnaitre que tu es certainement la personne la plus apte à maîtriser ces pouvoirs que je connaisse. »
« Tu plaisantes ? Je suis nul à ça ! Je n'ai pas réussi la moitié des sorts que tu m'as demandé ! »
« Je testais moi-aussi, Harry. J'ignorais si ce que je te demandais était seulement possible, » avoua Severus.
« Tu aurais pu me le dire plus tôt ! » protesta le garçon. « Je pensais… peu importe. »
« C'est beaucoup pour un si petit chat, je sais, » admit Snape. « Mais si cela peu te rassurer, j'ai lu un nombre assez important de documents concernant l'absorption de pouvoirs ces derniers temps. De tout ce que j'ai pu trouver, aucun sorcier n'œuvrant pas pour le mal n'a connu d'effet négatif à long terme. Tout ira bien. »
« Tu as vraiment lu ça ? Je croyais que ce n'était jamais arrivé avant ? »
« La façon dont cela s'est passé est inédite, » rectifia Severus. « Mais en remontant assez loin, on trouve des exemples de cette magie utilisée à des fins non néfastes. L'ampleur de ce qui t'arrive est très rare, mais j'ai toute confiance en toi. Nous allons y travailler. Et expédier cette fichue prophétie, seigneur des ténèbres compris, au fond des oubliettes. »
Le garçon sourit.
« Et le plus tôt possible. »
« Pas avant que tout ne soit prêt, » précisa Snape. « Mais oui. Et je suis prêt à parier qu'au final, tu n'auras pas même à lever ta baguette contre lui. »
« Mais la prophétie dit… »
« Il faudra m'excuser si j'ai du mal à prendre au sérieux une prophétie énoncée par une médium lunatique, » fit sèchement Severus. « Ne pense pas trop à cela. Vois la comme une éventualité. Une sinistre éventualité, je te l'accorde. Contente toi de faire de ton mieux pour le reste, c'est tout ce qui peut t'être demandé. »
Le garçon resta quelques secondes à le dévisager.
« Tu as changé, tu sais. »
Snape émit un reniflement de dérision.
« Ce n'est qu'une question de perspective. »
« Et quand ce sera fait ? » demanda soudain Harry. « Après, Voldemort, je veux dire. Est-ce que je pourrai toujours venir ici ? »
Severus lui jeta un regard effaré.
« Eh bien, juste quand je pensais que la question était résolue… c'est une plaisanterie ? Non, inutile de répondre. Harry, as-tu vu marqué 'valable jusqu'à une éventuelle reconduction du contrat' sur le certificat d'adoption ? »
« Non, mais… »
« Penses-tu que M. Weasley, dans sa grande sagesse, prévoie de dire à certains de ses rejetons de se trouver une nouvelle famille après la chute de Voldemort ? »
Le garçon ne put s'empêcher de pouffer de rire, se sentant subitement stupide.
« Je suppose que c'est pour la vie, hein ? »
« Merlin me garde des répliques outrageusement sentimentales, » grogna Severus. « Je t'ai même enregistré sous mon nom au registre des animaux magiques. Tu n'as aucune chance de t'échapper, est-ce assez clair ? »
« Ca me va, » fit Harry en riant.
D'une légère bourrade, Snape poussa le garçon devant lui pour rentrer dans la maison, vaguement ennuyé par la question.
« Je dois surveiller quelques potions pendant qu'elles arrivent à maturation, » annonça t il. « Nous partirons d'ici deux heures. Je te laisse quartier libre. J'ai mis quelques livres qui pourraient t'intéresser de côté, ils traitent de l'absorption de pouvoir et de ses conséquences. »
C'était ce que Severus appelait 'quartier libre' ? Harry leva les yeux au ciel.
« Bonne idée. Ils sont lisibles ? Pour moi, je veux dire ? »
« L'écriture est un infâme gribouillis dans la plupart, effacée par endroits, et la langue est celle d'il y a quelques siècles. Les explications sont pompeuses et le langage volontairement hermétique. Je suis certain que tu n'auras aucun problème. »
Harry gémit.
« Sadique, » grogna t il.
Snape lui retourna un fin sourire qui méritait tout à fait ce titre. Puis il s'installa dans son fauteuil et se mit en devoir de lire le journal, laissant Harry fasse à la pile de grimoires.
« Bon, » soupira l'adolescent sans enthousiasme, « je suppose que je vais commencer par le premier. »
Severus se contenta de hausser un sourcil narquois sans daigner tourner son regard vers lui.
« Le premier. C'est parti. » Prenant place sur la table qui servait habituellement au Maître des potions pour écrire, il se mit en devoir de déchiffrer le contenu du livre poussiéreux. Une demie heure plus tard, sentant venir un sévère mal de crâne, il se tourna vers le professeur, estimant avoir sauvé l'honneur. Mais l'expression contrariée de Severus l'arrêta. Il n'était pas aussi sombre habituellement lorsqu'il lisait le journal… ce qui, à y bien réfléchir, lui arrivait rarement.
« Quelque chose de spécial dans la Gazette ? » demanda t il enfin.
Snape eut un claquement de langue désapprobateur.
« Des attaques de chiens dans tout le pays. Une nouvelle fois. »
« Des chiens ? » s'étonna Harry. « Des chiens domestiques ? »
« Ce n'est pas la première fois que cela arrive cet été. Ces stupides animaux s'échappent et agressent des moldus ou des sorciers, parfois même leurs propres maîtres. Les choses s'étaient calmées depuis que Loki était à Poudlard, mais il semblerait que sa petite escapade n'ait pas été sans conséquences. »
« Loki ? Quel rapport avec ça ? »
« Il semblerait que ce soit lui qui les dirige, » grimaça Severus. « Il a apparemment une sorte de pouvoir quasi hypnotique sur tout ce qui est canidé. Chiens, loups… et peut-être même loups-garous. Il n'y a que les renards qui ne semblent pas affectés, à moins qu'il ne s'y soit pas intéressé. »
« Comment peut-il faire cela ? » demanda Harry. « Il n'a pas pu voir tous ces chiens en si peu de temps ! »
« Il transplane. Il court le pays. Il délègue, également, il est très charismatique et efficace d'après nos sources. Je suppose que son intelligence de sorcier y est pour beaucoup, son sens de la stratégie lui permets de fédérer tout ce petit monde. »
« C'est pour ça qu'il a voulu sortir l'autre jour, » murmura Harry. « Préparer une attaque. »
« Sans doute, oui. Il y a eu plusieurs morts. J'ignore si le jeu en valait la chandelle, cependant, de nombreuses personnes ont abattu leurs chiens, et les lois contre les loups-garous risquent d'être renforcées. »
« Rémus… »
« Il sera le premier touché. Je crains pour son poste à Poudlard, » admit Snape.
« Tu ne serais pas si mécontent, avoue, » murmura le garçon.
« Ne dis pas de bêtise, » fit sèchement Severus. Harry en fut étonné, mais hocha la tête.
« Depuis quand est-ce que tu lis le journal ? »
« Depuis que j'ai un fils qui figure régulièrement en première page, » grogna Snape.
« C'est la Gazette des Sorciers, tu sais que c'est un ramassis d'imbécilités ! » protesta Harry.
« Justement. Je préfère savoir à l'avance quelles sont les stupidités qui risquent d'être utilisées contre toi, et éventuellement faire un procès à ces insupportables fouines. »
Le garçon cligna des yeux. Un procès ? Il n'avait jamais envisagé la question…
« C'est possible ? »
« Je ne vais certainement pas me priver, » grogna Snape. « Mais je n'ai rien lu d'excessivement outrageux pour l'instant. »
« Tu t'y feras, » fit Harry avec un sourire amusé, qui lui valut un regard noir de son père. « Et pour Loki, tu penses que ça va s'arrêter là ? »
« J'en doute. Mais peut-être la leçon aura-t-elle porté pour Hagrid, tout au moins. »
« Je ne sais pas quoi penser de lui, » fit Harry d'un air songeur. « Loki, je veux dire. Si c'est vraiment Voldemort qui l'envoie, pourquoi est-ce qu'il est revenu ? »
« Peut-être est-il plus efficace dedans que dehors, » suggéra Snape. « Après tout, Voldemort vient de perdre son espion dans la place. »
« Qui ça ? » demanda naïvement le garçon avant de se reprendre : « oh, toi. Mais bizarrement, j'ai du mal à imaginer Loki en espion. Je ne sais pas pourquoi, il a juste l'air… différent. »
« Quel bel euphémisme, » ricana Severus. « Si tu as fini avec ce livre, il serait temps de faire tes bagages. Nous n'allons pas tarder à rentrer. »
« Entendu, » fit Harry avec soulagement. Le grimoire était sûrement passionnant, mais il n'était pas certain d'avoir compris un traitre mot de ce qu'il avait lu. Fonçant vers sa chambre, il s'empressa de réduire et de ranger son balai, ainsi que le livre de sa mère. Les vêtements prirent plus de temps en l'absence d'elfe de maison, il devait reconnaitre que le rangement avait subit un certain laisser-aller. Les Dursleys seraient devenus fous s'il avait osé laisser trainer ses affaires de cette façon chez eux…
Mais Severus ne semblait pas s'en préoccuper. En réalité, il n'avait probablement pas ouvert la chambre du week-end, réalisa t il. Quelques sorts de nettoyage ne seraient sans doute pas du luxe…
Quand il se mirent enfin en route pour le château, Harry était satisfait de l'état de l'endroit, qu'il avait eu le temps d'agrémenter de quelques posters offerts par Ron et dessins conservés depuis longtemps dans sa malle.
Les quartiers de Snape à Poudlard, cependant, avaient presque autant ce côté familier et confortable qui l'assaillait chaque fois qu'il revenait au manoir. Impressionnant comme un chat prenait vite ses marques, songea t il… mais l'heure était à présent au déménagement. Ou plutôt, au ré-emménagement.
« Je vais retourner dans la Tour, » annonça-t-il à Severus qui acquiesça.
« Très bien. Tache de ne pas te coucher trop tard. Si tu oublies quelque chose, passe par la voie de cheminette plutôt que de traverser tout le château seul, c'est compris ? »
« Entendu. »
« Alors fiche moi le camp, chat de gouttière, » grogna le professeur. « Que je puisse enfin profiter de ma tranquillité sans poil de chat pour infester mes robes et mes fauteuils. »
Harry éclata de rire et fit un signe de la main avant de refermer la porte derrière lui, un sourire aux lèvres. Il allait manquer à Snape, il le savait. Et il se pourrait bien que l'homme lui manque aussi… jusqu'au prochain repas où il le verrait probablement dans le Grand Hall. Sans plus attendre, son sac sur l'épaule, il se dirigea au pas de course vers la tour de Gryffondor.
Il était encore tôt, et la salle commune était pleine. Son arrivée fût accueillie avec la convivialité habituelle, et Harry se demanda un instant s'il avait bien entendu les commentaires de Dean… Retrouver Hermione et Ron et pouvoir raconter son week-end en famille était une nouveauté particulièrement agréable, et les sourires entendus de ses amis ne parvinrent pas à ternir son plaisir. De leur côté, Ron et Hermione semblaient avoir passé un week-end totalement Poudlarien.
« Et finalement, tu as été voir Draco ? » demanda Harry en se rappelant des résolutions de son amie.
« Tu parles, » grogna Ron, « évidemment qu'elle y a été. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé de la retenir. »
« Et heureusement que je ne t'ai pas écouté, » fit Hermione en haussant le menton.
« Comme si ça avait été une possibilité ! »
« Quoiqu'il en soit, Draco a accepté de me parler… »
« C'est grand de sa part, » ricana Ron.
« … et d'étudier avec moi, » fini Hermione en ignorant totalement son ami. « Je ne dis pas qu'il soit totalement ravi de l'idée, mais je pense qu'il a compris que c'était dans l'intérêt de tous. »
« Dans son intérêt, » rectifia Ron. « Tu aurais du voir l'air de ce petit snob… »
« Parce que tu y étais aussi ? » demanda Harry, intrigué.
« Il a tenu à ce que nous étudions dans la bibliothèque, » expliqua Hermione.
« En public ? » s'étonna Harry. « Avec une née-moldue ? Pas d'offense, Hermione, mais… »
« Une née-moldue et une Gryffondor, oui, » approuva la jeune fille. « Diplomatiquement, c'est important pour lui, je pense. »
« Les Serpentard n'ont pas du apprécier. »
« Deux d'entre eux se sont permis des remarques, en effet, » admit Hermione. « Mais comme l'a fait remarquer Mal… Draco, ce n'est pas comme s'il pouvait étudier dans sa salle commune. »
« Il affiche son camp, » murmura Harry. « C'est plutôt courageux de sa part, je présume. »
« Ce n'est pas comme s'il avait le choix, » fit Ron. « Les Serpentards veulent déjà sa peau. »
« Ca doit quand même lui couter… à sa place, j'aurais du mal à m'afficher avec, je ne sais pas, un mangemort de Serpentard. »
« On parle de l'éventualité où Voldemort gagnerait, là ? » grimaça Ron. « Parce qu'honnêtement, dans ce cas, je pense qu'on ne passera pas par la case 'fraternité entre les maisons'. On passera directement à un nouveau jeu où les Gryffondors seront les elfes de maisons des Serpentards, et personne ne nous demandera notre avis. Et puis, les Gryffondors ne te tourneront jamais le dos comme ces serpents l'ont fait. »
A ces mots, Harry déglutit péniblement. Il songea un instant à parler à ses amis de ce qu'il avait entendu quelques jours auparavant, mais il préféra s'abstenir. Le sujet était un peu trop glissant.
En revanche, Ginny se trouvait à cet instant isolée à un bureau, près d'une fenêtre, et la tentation d'aller tâter le terrain était forte…
« Je reviens, » glissa t il à ses amis en se dirigeant vers la jeune fille. Discrètement, il s'installa face à elle et attendit qu'elle lève les yeux.
« Oh, bonsoir, » fit elle en quittant son livre des yeux. « Tu es de retour. »
« Oui. J'ai passé le week-end chez moi. »
La jeune fille lui sourit, et il ne put nier que ce sourire avait quelque chose d'attirant. Même si cette pointe d'assurance qui ne la quittait pas avait quelque chose d'irritant.
« Rien de tel que quelques jours en famille, » acquiesça t elle.
« J'ai découvert ça récemment, mais je dois dire que je suis assez d'accord, » fit Harry. « C'est un peu bizarre de découvrir ça à mon âge, non ? » lança-t-il d'un air détaché.
Il vit les lèvres de Ginny se pincer sensiblement.
« Il n'y a pas d'âge pour ça, je suppose. Le principal est que tu sois heureux, Harry. »
« Je le suis, » assura t il. « C'est bizarre de penser que c'est avec Snape, de toute les personnes, que ce soit arrivé, tu ne trouves pas ? »
« Un peu, oui, » répondit elle prudemment.
Incapable de résister, Harry continua.
« Je sais que les Gryffondors ne l'aiment pas beaucoup. »
« Tu dois admettre qu'il ne nous a jamais donné de raisons de l'apprécier, » protesta Ginny « Toi-même, avant cet été… eh bien, disons que ce n'était pas ton professeur préféré. »
« C'est certain, » admit Harry. « Mais les choses changent. Tu en penses quoi, toi ? »
Ginny recula dans sa chaise, visiblement déstabilisée.
« Je te l'ai dit. Tout ce qui te rend heureux est certainement une bonne chose. »
« Mais tu ne crois pas que je suis un peu vieux pour tout ça ? Trouver une famille, je veux dire ? »
« Je pensais que tu avais déjà un famille d'adoption avec la notre, » fit doucement Ginny. « Mais je comprends que tu aies besoin de quelqu'un à toi tout seul. Snape… le professeur Snape n'avait pas non plus de famille, alors je suppose que c'est un bon choix. »
Ginny supposait beaucoup, songea Harry, agacé. Mais il n'avait que faire de la prudence. Il voulait des réponses franches, cette fois.
« C'est bizarre, non ? » renchérit il. « Moi qui ne me souvient pas d'avoir eu des parents, et lui qui n'avait pas d'enfant. Ca fait une drôle de famille. »
« Il y a des familles de toutes sortes, » fit évasivement la jeune fille. « Personne ne vous oblige à être une famille conventionnelle. »
« J'ai l'impression que c'est ce qu'on est, pourtant, » fit Harry. « Je sais que c'est bizarre, mais j'ai vraiment l'impression qu'on est… je suppose que normaux n'est pas le bon terme. »
« Probablement pas, » fit Ginny en souriant. « Mais vous êtes là l'un pour l'autre, c'est ce qui compte. »
« Tu ne penses pas que… enfin que Snape veut autre chose, je veux dire que, notre relation… tu sais, il y a eu des rumeurs… »
« Merlin, non ! » s'exclama Ginny. « Je ne suis pas mon imbécile de frère, merci beaucoup ! Je suis sûre que vous êtes… de bons camarades. C'est important d'avoir quelqu'un sur qui compter, surtout quand on n'est pas majeur. »
« Camarades ? Ginny, c'est un peu plus que cela ! » protesta le jeune homme.
« Harry, » soupira son amie, « je sais que les choses sont assez… intenses pour toi, et sûrement pour Snape. Je te le répète, c'est formidable que vous vous soyez trouvés. Peu importe ce que les gens pensent, l'important est ce que vous avez. »
« Mais tu ne penses pas que nous ayons une vraie relation de famille, » insista Harry, incapable de s'arrêter tout en sachant qu'il avait dépassé la limite du raisonnable.
Face à lui, ginny prit une grande inspiration et se redressa avant de se pencher vers lui, les yeux dans les yeux.
« Dis moi, comment est-ce que tu l'appelles ? »
« Snape ? Je veux dire, Severus. Par son prénom. »
« Connais-tu beaucoup d'enfants qui appellent leurs parents par leur prénom ? »
« Ca ne veut rien dire ! » protesta Harry. « Et il y en a qui le font ! Et c'est juste récent pour nous ! »
« D'accord, » acquiesça Ginny. « Tu t'imagines l'appeler 'papa' un jour ? »
Le jeune homme réfléchit un instant. L'idée était tentante, mais il devait admettre qu'elle paraissait plutôt improbable. Le mot aurait du mal à venir, et il n'osait même pas imaginer la tête de Severus.
« Ca ne veut rien dire, » répéta t il d'un ton boudeur.
« Très bien. Est-ce qu'il t'a déjà puni ? » continua la jeune fille sans céder de terrain.
« Je ne lui en ai pas donné l'occasion, » fit Harry avec un petit rire nerveux.
« Vraiment ? Je suis sûre que si. Mais il ne l'a pas fait. »
« Je ne vois pas… »
« Si, Harry, tu vois. Vous vous appréciez, vous avez besoin l'un de l'autre, vous êtes de bons camarades. On peut appeler ça une famille, oui. Mais ce n'est pas ce que tu aurais eu avec ta vraie famille, avec Lily et James Potter… tu n'as pas de souvenir de quand tu étais petit et qu'il t'apprenait à jouer au Quidditch, il ne connait pas le premier livre que tu as lu tout seul ni la première chanson que tu as chantée… »
« Tu es injuste, » protesta Harry, « je ne m'en souviens pas moi-même ! »
« Moi non plus, » fit remarquer Ginny, « mais mes parents s'en souviennent. C'est l'idée. Il ne t'a pas connu en train de barbouiller les murs du salon avec ta nourriture, tu ne l'as pas attendu à la sortie de l'école, tu n'as pas eu à lui faire signer tes punitions, tu n'imagines pas l'appeler papa et il n'imagine pas te punir. C'est différent, tu comprends ? Tu es grand, il n'a pas d'enfant… Ca ne signifie pas que ce que vous avez ne veuille rien dire, c'est simplement… différent de ce que tu crois que c'est. »
Pendant de longues secondes, Harry fixa la jeune fille des yeux, fouillant son regard rempli de compassion et de tristesse, ébranlé. Il savait qu'elle avait raison, sur ces points. Mais elle ne savait pas que Severus se levait la nuit quand il faisait des cauchemars, qu'il s'endormait parfois sur son lit, qu'il passait un bras sur ses épaules quand ils rentraient à la maison et qu'il le surveillait discrètement quand il volait sur son balais autour de la maison. Ginny savait sans doute beaucoup de choses sur la famille, mais elle ne savait rien sur lui et Snape.
« C'est toi qui ne comprends rien, » fit il finalement en se levant, raide. « Notre famille ne correspond peut-être pas à ta petite vision étriquée des choses, mais c'est une famille malgré tout. »
« Si tu n'es pas prêt à entendre les réponses, ne pose pas de question, Harry Potter ! » fit sèchement Ginny en se levant à son tour.
Tournant les talons, elle le planta là, tous les regards fixés sur lui.
Bonjour à tous ! C'est un peu dans la précipitation que je publie ce chapitre sans beta, m'étant rendu compte que le temps m'était compté… en effet, je m'envole pour un mois aux USA dans deux jours, et je n'aurai guère de temps de faire les choses bien, j'en suis désolée ! j'espère que ce chapitre vous plaira quand même, je n'ai pas eu le temps de répondre à toutes les reviews ( j'ai gardé les plus longues de côté pour un répondre plus tard), mais j'essaierai de donner des nouvelles en voyage !
Et de vous ramener un souvenir du Parc Harry Potter -)
Je vous dit rendez vous en août, et prenez soin du château en notre absence, nous partons nous dorer le poil comme des fous ! mwahahaha !
