Bonjour !

Merci encore pour les retours sur cette fiction, ça me fait très plaisir de voir qu'elle continue de plaire :)

A vrai dire, je ne pensais pas pouvoir finir ce chapitre cet après-midi. Comme dit précédemment, je les fais presque d'une traite et si je n'avais pas trouvé une playlist des OST de FMA Conqueror of Shamballa, je n'aurai même pas commencé aujourd'hui haha.

Bonne lecture !


Est-il mieux de battre pour une cause et de mourir pour elle ou tout faire pour protéger sa vie? Pour protéger sa vie, avons-nous le droit d'ôter celles des autres?

Le fourgon est plongé dans un silence de corbeau depuis une vingtaine de minutes. Mes yeux sont lourds à cause des larmes qu'ils n'ont pu retenir. Les battements de mon coeur résonnent dans mes oreilles. Tournant la tête légèrement sur le côté, je balaie du regard le corps du premier inconnu que j'ai abattu.

Ils devraient finir par se rendre compte qu'ils ont perdu des hommes. Rester dans ce véhicule est une très mauvaise idée. Eux-aussi doivent posséder des armes. Je me glisse près du corps et pose une main tremblant sur son épaule pour le redresser. La balle lui a atteint la tempe, le sang continue lentement de couler sur son visage. Retenant mon souffle, je le pousse pour atteindre ses poches: une arme de service est accrochée à sa ceinture. Marmonnant des mots qui n'ont pas tant de sens, je la retire et la plonge dans mon sac à main.

- Et de une.

Il ne reste plus que les deux morts à l'avant. Je suis obligée de m'accrocher aux sièges pour soutenir mes jambes, presque tétanisées. La seconde arme se trouve au pied du siège passager. Il n'aura définitivement pas été assez rapide pour me descendre en premier. Dommage?

- Et de deux. Et de ...

Je pivote le haut de mon corps vers le conducteur, le seul dont je n'ai pas pu voir le visage. Celui-ci est relevé vers le plafond par la strangulation. Une énorme boule se forme dans ma gorge quand je m'approche davantage pour atteindre ses poches. Cette mâchoire carrée, ces yeux bridés, ces cheveux gris et noirs et ces joues creusées, je les connais déjà. J'ai donc tué l'adjudant-chef Falman de ce monde. Etrangement, celui-ci ne portait rien sur lui. Je ne pourrais pas parler de légitime défense. En même temps, est-ce que ça existe au final?

L'odeur de sang devient insupportable, je retourne en arrière pour pousser le siège passager et frapper dans la portière jusqu'à ce qu'elle cède et me laisse sortir. Je tombe la tête la première par terre. Le froid hivernal calme mes ardeurs, le sentier sur lequel nous sommes continue à perte de vue. La neige recouvre les champs environnants. Par où est-ce que je vais bien pouvoir filer?

Je m'assure de bien avoir tout récupéré dans mon sac et me relève pour m'éloigner le plus possible du fourgon. Mes mains sont tâchées de sang tout comme une partie de mes vêtements. L'envie de vomir me traverse un moment mais ça rendrait les choses pires qu'elles ne le sont déjà. Je marche le long du sentier, ne sachant pas si la ville se rapproche ou s'éloigne.


L'après-midi défile rapidement. En me retournant, je n'aperçois plus le fourgon noir où demeurent toujours les trois corps. Je m'accroche à mon manteau pour me protéger du froid et continue d'avancer.

Tout à coup, des sons parviennent à mes oreilles. Je crains que ce ne soit un véhicule de la NSDAP quand le son devient plus audible. Au loin, une charette remplie de gens se rapprochent, je me décalle du sentier, couvrant ma tête de ma capuche pour passer inaperçue. Pourtant, alors je continue à marcher dans le sens opposé des cheveaux, je crois entendre le conducteur les forcer à s'arrêter. Je tente vaguement de l'ignorer.

- Vous allez où mademoiselle? Demande ce que j'imagine être un homme d'âge mûr.

- Nulle part, je réponds, pressée.

Il n'insite que davantage.

- Vous savez, il est dur pour les tziganes de se débrouiller dans le froid. Venez, j'amène ces demoiselles au camp !

Tzigane? Ai-je vraiment l'air d'une tzigane moi? Je relève la tête pour lui répondre, énervée sans raison convenable. Au moment où mes yeux se posent sur les passagères, toutes couvertes de voilent aux couleurs criades, l'une d'elles me fixe intensément.

- Lorène? M'appelle-t-elle.

- Noah? Que fais-tu ici?

Je la pensais partie d'Allemagne depuis la veille. Je suis pourtant sûre que nous nous trouvons toujours sur le territoire. Son expression dévie vers de la tristesse tandis que ses compagnons de voyage me regardent, intriguées.

- Nous partons pour un meilleur endroit. Je te pensais avec Edward.

Ed...il a voulu m'empêcher de tuer quelqu'un de mes propres mains, je peux comprendre pourquoi désormais. Je ne sais quoi lui répondre.

- Allez, monte. Insiste l'homme à l'avant.

Après tout, je n'ai pas beaucoup d'autres possibilités, je me hisse à bord du carosse de fortune. Les jeunes femmes me toisent d'un regard bienveillant qui me rend perplexe. Comment peut-on sourire à quelqu'un dont les mains sont tâchées de sang et de boue? Je me glisse à côté de Noah sans un mot.

Seulement, lorsque celle-ci cherche un contact direct avec moi, j'esquisse un brusque mouvement de recul.

- Il y a des choses qu'il ne vaut mieux pas savoir, Noah.

Ses yeux s'écarquillent, j'en ai sûrement trop dit. Quelle idiote...Je soupire bruyammant en regardant ailleurs. Nous nous rapprochons peu à peu du fourgon. Si le conducteur ne l'a pas vu, je le discerne parfaitement à l'horizon, faisant accélérer mon rythme cardiaque.

- Où allons-nous? Je demande à la tzigane.

- Dans un endroit où nous convictions sont entendues. Nous mettons en sécurité les femmes et les enfants pendant que les hommes subissent le courroux des hommes de pouvoir.

- Les nazis de la race aryenne. J'ajoute dans un souffle. Je crains qu'ils n'aient réussi à faire fuir tout ce qu'il y a de bon dans ce pays.

Je n'ai pas besoin de la regarder pour connaitre son avis sur le sujet. Mon attention se reporte sur la route. Je constate avec effroi que le fourgon à l'arrêt est suivi d'un autre.

- Eh merde, je jure en grinçant des dents.

Il y a des gens que notre charrette se fasse intercepter par les autorités. Le conducteur a probablement conclu la même chose car il nous indique de nous dissimuler sous un longue bache prévue à cet effet. Je me faufile au fond de la cargaison pour glisser un oeil en dehors.

Nous nous faisons effectivement arrêter. Même en tendant l'oreille, je ne comprends que partiellement ce qu'un homme visiblement de mauvaise humeiur demande au vieil homme. En même temps si je découvrais un massacre dans un véhicule, je ne sauterais pas au plafond non plus.

- Pour la dernière fois, que transportez-vous?! S'énerve ce que j'imagine être un gendarme.

Notre ami insiste une fois de plus que nous ne sommes que des marchandises en partance pour un village à quelques kilomètres.

Au bout de la troisième fois, l'homme semble enclin à nous laisser repartir sans vérifier ce qu'il se trouve en dessous de la bâche. Les filles répriment un soupir de soulagement et la charette repart.

- C'est étrange qu'ils nous laissent en paix comme ça, je chuchotte.

Tournant le visage sur le côté, je soulève très légèrement le tissus pour inspecter la route. Le véhicule nous suit de quelques mètres. Ils ont abandonné le fourgon?!

- Pouvons-nous nous dévoiler? Demande une des femmes à côté de moi.

- Ils nous suivent, s'ils continuent, c'est votre camp qui court un grave danger !

Un vent de panique traverse le petit groupe. Toujours baissée, j'agrippe mon sac et en ressors une première arme, geste pas très malin quand je remarque la peur que ça provoque chez ces dames.

- Que vas-tu faire avec ça?! S'insurge une au voile bleu marine.

Va-t-elle me croire si je lui promets de ne pas tuer davantage de personne aujourd'hui? Non, cela l'informera que je l'ai déjà fait et si elle est maligne, elle comprendra que c'est de ma faute si on est poursuivi.

- Ne t'en fais pas, je ne crois pas en un quelconque Dieu.

C'est tout ce que je parviens à répondre. Profitant d'un calme momentanné, je me tourne vers les autres filles.

- Les gendarmes nous poursuivent. Le but n'est pas de les descendre mais de les ralentir, pour ça je vais avoir besoin de temps et de votre aide.

Etrangement, elles semblent prêtes à m'écouter, je me sentirais presque puissante. Le plan est plutôt simple: je vais tenter de toucher les roues dans un premier temps. Je suis parfaitement consciente qu'une arme de mon calibre a pu de change de trouer un pneu, d'autant plus que je n'y connais rien dans ce domaine. Les premiers tirs seront une façon de les prendre par surprise et c'est pour ça que la seconde idée est de tirer suffisamment dans la vitre avant du véhicule pour leur brouiller la vue. Le sentier est plutôt abrupte et ils n'auront pas d'autre choix que de s'arrêter.

- Et nous, tu veux qu'on fasse quoi? Demande Noah.

- Vous, vous allez me couvrir, au sens propre j'entends. Il ne faut pas courir le risque de toutes nous exposer au danger. Il me faut trois personnes à l'avant pour soulever et baisser la bâche à mon signal. Les autres derrière, vous vous occupez de l'autre côté et assurer vous qu'on ne perde pas notre protection. Ah, il me faut aussi quelqu'un pour me passe une autre arme de mon sac si jamais je tombe à court de munitions.

Je me sens un peu bizarre, elles sont toutes plus agées que moi mais écoutent avec attention mes instructions et se mettent à leur poste. C'est Noah qui se chargera de me fournir mes munitions. Celles derrière s'occupent d'informer le conducteur qui doit me donner le signal quand on peut commencer.

Tout à coup, alors je pose une main sur l'arrière de la charrette, un coup d'accélérateur est insufflé aux cheveaux. J'inspire une bonne fois avant de crier:

- Soulevez !

L'air glacial et la lumière s'infiltrent d'une traite dans notre cachette, je me redresse brusquement et tire une première balle dans la précipitation. Celle-ci atteint le capot mais j'aperçois la surprise dans les yeux des deux hommes à l'avant du véhicule. Je ne tarde pas et vise les roues.

Je ne sais pas si c'est à cause de mes piètres performances en tir ou la matière du pneu mais rien y fait. L'homme sur le siège passagé ouvre bêtement la fenêtre, lui-même armé. Prise par la peur, j'actionne la gâchette vers l'arme et touche - sûrement par chance - sa main. L'arme tombe sur le sentier et disparait à l'horizon.

Nous gagnons du terrain mais ils suivent toujours notre trace. Je passe rapidement au plan B. Noah me tend une seconde arme. Cette fois-ci, je prends le temps de viser et provoque un impact dans la vitre avant de leur fourgon. Soigneusement, je crée des éclats un peu partout, évitant à chaque tir de toucher les deux hommes.

Au bout de secondes qui m'ont paru des heures, l'écart entre les deux véhicules se creusent jusqu'au moment où le leur s'arrête définitivement, nous laissant partir au loin.

Personne ne bouge, comme si nous nous attentions à ce qu'ils reprennent la route aussitôt. Le fourgon n'est plus en ligne de mire quand je baisse l'arme et m'assis, les yeux rivés sur le sentier.

- C'est fini. Je proclame.

La bâche est définitivement retirée, les femmes poussent de petits cris de joie. La fraicheur du vent reffroidissent mes joues que je sais rouge par l'adrénaline. A quel moment cette journée est-elle partie en bordel total?

- Merci. Souffle Noah en déposant sa main sur mon épaule.

Son geste n'est pas anodin, je suis consciente qu'elle voit à l'instant même mon acte répréhensible. Pourtant, elle ne retire pas sa main.

- Alfons aurait sûrement aimé te connaitre aussi. Poursuit-elle avant de finalement revenir au niveau du groupe.

Elle est assez douée d'esprit pour comprendre que je n'ai pas envie d'en parler. Je reste à l'écart pendant un moment. Nous nous éloignons de plus en plus de la ville pour rejoindre le camp de protection improvisé par les juifs et les Tziganes. Je ne peux m'empêcher de me poser des questions: dans quel camp est-ce que je me trouve? Que font Edward et Alphonse en ce moment? Pourquoi la vérité m'a envoyé ce message? Il est possible pour un alchimiste de se transmuter lui-même, d'accord mais qu'en est-il dans un monde qui n'a pas évolué avec cette science?

A l'abris des regards et dans le plus grand secret, je retire les armes que j'ai volées et retire leur munition pour jeter dans la nature celles qui ne me serviront plus.

Pour répondre à ma propre question, en ce moment, je pense que l'homme n'est pas assez évolué pour comprendre qu'il n'a pas besoin de tuer pour parvenir à ses fins. Mais vu que je suis un humain, moi aussi, je ne suis pas assez évoluée pour me sauver sans dommage colatéral.