Chapitre 51 : Marion dans la tourmente
Mercredi 15 septembre 1994
Cher Journal,
Je ne comprends pas. Je n'arrive pas à comprendre. C'est pourquoi je viens te demander conseil. Comment arranger cette situation ? Elle empire de jour en jour. Et toutes les situations sont englobées dans le même panier. Tout d'abord, celle de Juliette, Nono et Théodore. J'essaye de comprendre ce qui à poussé Juliette à agir comme ça. Et pourquoi ne comprend-t-elle pas elle-même ? Est-ce de l'égoïsme plus que je ne le pensais ? Ou l'aime-t-elle au fond d'elle ? Non, cette dernière solution me paraît impossible. Je le sais, je la connais tout de même. Enfin, pas si bien que ça car je n'arrive à comprendre. Pourquoi refuse-t-elle, si elle ne l'aime pas, de le laisser ? Théodore l'aime, ça se voit. Seulement, il est gentil, adorable comme garçon, et elle peut le mener par le bout du nez comme elle l'entend. C'est ça, elle le traîne comme une marionnette, un jouet. Alors, comment aider Nono ? Si Juliette refuse de se retirer, comment arranger la situation ? Dans un sens, je ne devrais pas me mêler à cette affaire mais Nono m'aide elle aussi dans mon affaire. On s'entre-aide ensemble. Il va falloir peut-être laisser le temps passer et voir comment cette situation évolue… Je ne peux pas me couper en deux, tout de même ! Je ne peux pas être du côté de Juliette et du côté de Nono. Être neutre ? Comment être neutre quand votre amie brûle pour un garçon qui aime sa cousine qui elle, ne l'aime pas en retour ? Le côté juste me paraît évident, non ? Peut-être ais-je tords et peut-être devrais-je juste laisser les choses se dérouler ? Après avoir « parler » avec Juliette, je ne vois pas ce que je pourrais faire d'autre.
Il y a ensuite le problème de ma situation. Où en suis-je ? Et même qui suis-je ? Telle est la question. J'avoue que je ne sais plus trop où j'en suis dans cette affaire. Et là aussi, je n'arrive pas à comprendre. Oui, je fais beaucoup de répétition du verbe « comprendre » mais c'est justement le problème ! Comprendre ! Je dois d'abord comprendre avant de pouvoir agir. Et pour cette situation, je ne peux pas laisser les choses se dérouler puisque je tiens le rôle principal dans cette affaire. Youpi… Ça ne m'enchante pas du tout ! Pourquoi embrasser quelqu'un, lui donner de faux espoirs, et l'ignorer par la suite ? Le plaisir simple d'avoir fait du mal à quelqu'un ? Est-ce ça ? Ce serait ridicule mais pourtant… sûrement. Le simple fait de savoir que quelqu'un souffre peut procurer du plaisir à certaines personnes viles. Mais Claude, tout de même ! Je le connais, depuis quatre ans je le considérais presque comme mon meilleur ami… je pensais le connaître alors que peut-être non. J'ai traîné avec lui pendant quatre ans avec Nono et Théodore. Faut-il qu'il y ait de nouveau des clans à Serpentard ? Je ne peux pas laisser les choses se dérouler puisqu'elles vont empirer sinon. La seule solution que j'ai trouvé, c'est de lui parler et de s'expliquer. Cela fait quand même depuis samedi que ça traîne. Encore faudrait-il que je le croise puisqu'il m'évite. Et surtout qu'il soit seul ! Parce qu'évidemment, s'il est avec ses amis, ça risque d'être un peu pitoyable si j'arrive en mode incruste. Surtout que comme il sera avec des amis, il m'ignorera sûrement rien que pour le plaisir de m'envoyer un vent. Bref, il faut vraiment que le moment se présente. Et à ce moment-là, il faut aussi que j'ai le courage de provoquer cette explication où je risque de m'en prendre plein la face. Oh puis tant pis ! Il aura beau m'insulter, me blesser encore, j'ai assez souffert depuis samedi, ça ne sera rien comparé à ce que j'ai déjà ressenti. Et au moins, les choses seront claires et j'arrêterais de me tracasser pour ça.
Bisous,
Marion.
La cousine referma violemment son journal qu'elle rangea dans sa valise ensuite. Elle était décidée ! Oui, elle était bien décidée à trouver Claude et à lui parler face à face. Plus motivée que jamais, elle sortit des dortoirs et sortit ensuite de la salle commune. Elle marchait dans les cachots, avec la ferme intention de s'expliquer. Claude allait arrêter de la prendre pour une idiote ! Elle allait se faire entendre en ce mercredi 15 septembre 1994 ! *Vas-y Marion !* S'encouragea-t-elle solitairement. Durant le trajet qui l'emmenait à la recherche du jeune garçon, elle ne cessait de se poser des questions. Des questions qui la préoccupaient depuis le fameux samedi soir, jour où tout avait basculé. Pourquoi avait-il fallu que sa cousine ne se décide à lancer une soirée verte ? Si Juliette n'avait pas organisé cette soirée - qui avait ravi tout le monde avant que les choses ne dérapent - est-ce que la situation serait restée comme elle l'était avant ? C'est-à-dire, parfaite : Nono, Théodore, Claude et elle, des amis comme les quatre ans précédemment. Est-ce que Marion aurait le courage d'affronter Claude ? Ou même, pourrait-elle réagir assez tôt et au bon moment lorsqu'elle le croiserait ? Et si elle ne le croisait pas ? Jusqu'à quand devrait-elle alors attendre pour lui parler ? Saurait-elle le provoquer ? Saurait-elle se faire entendre ? Et comment allait-il réagir ? Tant de questions qui attendaient toutes une réponse. Marion avait trop attendu, elle ne pouvait plus contenir ces questions dans sa tête, il fallait qu'elle sache. Elle désirait connaître la raison de ce comportement étrange qui l'avait surprise, elle, tout aussi bien que les autres. Avant ceci, ils étaient presque inséparables. Nono, Théodore, Claude et elle avaient souvent l'habitude d'être ensembles. Mais tout avait changé depuis cette soirée.
Il venait. Ses pas résonnaient dans les couloirs vident en ce mercredi après-midi. Sa longue silhouette reconnaissable de loin avançait peu à peu à elle. C'était comme si cette rencontre avait été prévu, comme s'il venait à elle de lui-même. Marion devait se l'admettre qu'il était éblouissant. Très grand, avec un corps bien élancé, toujours bien habillé d'une chemise blanche et d'un pantalon noir qui le rendait absolument irrésistible. Ses cheveux noirs à semi en bataille, semi coiffé, lui donnait un charme. Ses yeux noirs étaient… étaient noirs. Marion se surprit à l'admirer après l'avoir bien décrypté. Lui, en revanche, ne l'admira pas et sans un regard, lui passa à côté.
En ce moment-là, la jeune fille se mit à le détester. C'était très étrange en elle, tantôt elle l'admirait, tantôt elle le détestait. Claude venait de lui passer devant, comme à chaque fois, sans lui accorder un regard, même pas celui qu'il lui lançait amicalement autrefois. Dégoûtée, outrée, elle s'arrêta dans les couloirs et se retourna. Il s'éloignait d'elle sans même se presser, sans même avoir honte de ne pas lui accorder la moindre importance. La verte ouvrit la bouche pour l'interpeller lorsqu'elle se rendit compte qu'elle ne savait absolument pas ce qu'elle allait lui dire. Comment l'appeler ? *Hey toi ! Ou peut-être : Toi là-bas, l'imbécile ! Hummm… non. Ou encore : T'as le culot de me passer devant sans même prendre ton courage à deux mains pour m'expliquer ce qu'il s'est passé ! Euh, non là c'est sûr qu'il continu sa route sans se retourner.*
« Claude ! » L'appela-t-elle.
La solution la plus simple était souvent la meilleure. Il ne fallait pas chercher à se compliquer la vie. Dans un premier temps, il ne s'arrêta pas et continua sa route. Marion craint qu'il ne l'ignore et ne fasse comme s'il ne l'avait pas entendu. Puis, dans un second temps, il ralentit avant de s'arrêter. Alors, la température monta en Marion qui chercha quoi lui dire. Comment débuter la conversation ? Par où commencer pour bien comprendre ? Elle commença à trembler lorsqu'il se retourna. Elle eut peur que ses jambes ne se dérobent sous elle tant elle se sentait faible et tremblante.
« Je… euh… » Hésita-t-elle en avalant sa salive.
*Par le caleçon de Merlin, par où commencer ?* Se demandait-elle en réussissant à coordonner son esprit - ce qui était déjà un bon début.
« Bon, se lança-t-elle. Je n'ai pas apprécié qu'on se croise et que tu m'ignores alors que… voilà, à la soirée tu ne m'avais pas vraiment fait comprendre qu'on ne se parlait plus. » Déballa-t-elle.
*Pour quelqu'un qui tremble, je trouve que je m'en sors plutôt pas mal. Vas-y, trouve un argument pour t'expliquer.* Lorsqu'elle avait parlé, Claude avait baissé les yeux. *C'est bien, t'as honte ! Tu n'assumes pas devant moi. Au moins, ça prouve que tu n'en es pas si fier que ça.* Elle le vit avaler sa salive, se racler la gorge, lui aussi devait être aussi mal à l'aise qu'elle.
« Je vois, fit-il. En fait, je crois qu'on s'est mal compris. Tu pensais qu'on sortait ensemble, c'est ça ? Sauf que je n'avais pas assez de sentiments. Et justement, j'avais peur que tu le prennes mal…
_Pff… C'est n'importe quoi, lança-t-elle en levant les yeux au ciel.
_Je suis désolé si je t'ai fait mal, ok ? S'emporta-t-il soudainement agacé. Ce n'est pas ce que j'ai voulu. Je n'ai pas assuré, je le sais. Sauf que je ne savais pas comment te le dire, c'était ça le problème, j'avais peur de ta réaction.
_T'aurais dû me le dire. J'aurais préféré que tu me le dises franchement, plutôt que de m'ignorer. J'aurais encaissé que t'avais pas assez de sentiments. Au pire, je n'en avais rien à faire de ça ! Mais tu m'as ignoré durant presque une semaine et c'est surtout ça que je n'ai pas apprécié.
_Ouais, je suis désolé. Je regrette, je n'aurais pas dû te faire ça.
_Ouais.
_Ouais. »
*En fait, ça se passe mieux que prévu. Je suis surprise qu'il réagisse comme ça. Je pensais qu'il allait m'envoyer balader, pas du tout.* Songea-t-elle lorsqu'elle s'aperçut qu'ils n'avaient plus rien à se dire.
« Bon… Lâcha-t-elle. Merci, je pense que j'ai compris maintenant.
_Ouais.
_Bah euh… à plus, quoi. »
Ils échangèrent un regard avant que chacun ne repartent dans sa direction, comme pour s'assurer qu'aucun d'eux ne désiraient rajouter quelque chose. Marion marchait donc dans les couloirs en ruminant sur cette conversation. A la réflexion, rien n'avait changé après cela. Enfin peut-être un peu, elle ne risquait plus de se poser des questions sur cette fameuse soirée. Mais leur amitié avait disparu. Après tout, elle ne pouvait pas espéré qu'en une conversation leur amitié serait rétablie. Il fallait bien plus que ça pour rétablir une amitié détruite par une simple soirée. *C'est quand même dingue, en une soirée… VLAN ! Tout est parti en vrille, plus rien. Tout a été détruit, disparu, etc. Qu'est-ce qu'elle a été faire une soirée Juliette aussi ? Pas de soirée à Serpentard et ça marchait très bien. Enfin, pas si bien que ça mais avec cette soirée, ça a empiré.*
Marion s'arrêta au milieu du couloir et regarda autour d'elle en se demandant pourquoi elle se promenait toute seule dans le château. Elle n'avait plus rien à faire ici maintenant qu'elle lui avait parlé. *Une pauvre fille qui se déplace seule dans les couloirs du château. Je ne sais même pas pourquoi je suis montée au quatrième étage, ça n'a servi à rien ce détour inutile.* Elle fit donc demi-tour et entreprit de descendre les étages pour rejoindre sa salle commune. Au moins, maintenant, elle avait réussi à avoir les réponses à une partie des questions qu'elle se posait. Était-elle décidée à lui pardonner ? L'avenir nous le dirait, elle n'y penserait même pas, cela viendrait sans doute spontanément. Tandis qu'elle marchait, elle songeait à Nono qui était restée dans les dortoirs pour réviser leur prochain devoir en Métamorphose que la vieille McGo avait cru bon de leur donné deux jours à l'avance seulement.
En entrant dans les dortoirs, Nono se redressa et d'un simple regard, lui posa la question qui devait lui brûler la langue.
« Oui, je l'ai vu, répondit Marion.
_Et alors ? L'encouragea-t-elle.
_Alors, pas grand-chose… Ouais, j'aurais peut-être dû m'énerver plus.
_Tu ne t'es pas énervée !
_Bah… non. En fait, c'était plutôt une conversation très courte du genre : voilà, je t'explique ensuite tu me laisses tranquille.
_Mais ça craint, t'aurais dû lui crier dessus presque ! Il fallait que tu te fasses entendre, qu'il comprenne que tu n'es pas comme la Lisa qu'il pourrait tripoter comme il voudrait. T'avais dit qu'il allait s'en prendre plein la gueule !
_Ouais, mais… c'était plus facile à dire. Devant lui, je n'ai pas osé.
_Tu crains, t'aurais trop dû. Maintenant, il va se dire que voilà, il pourra recommencer parce que tu ne diras rien, t'iras juste lui parler pour dire : t'as fais ça, et je n'ai pas aimé. Point final.
_Si on se reparle un jour, parce que c'était plutôt froid comme conversation. On était à dix pas l'un de l'autre, on se regardait à peine et c'était… voilà, quoi. On a fini par : « ouais, à plus. »
_Tu lui as dit « à plus » ! S'horrifia Nono.
_Euh… ouais… Pourquoi ? Il ne fallait pas ?
_Absolument pas ! Purée, mais tu n'as trop pas assuré sur ce coup-ci ! T'aurais dire un truc, genre comme si tu n'en avais rien à foutre de sa gueule. Pour bien le rabaisser dans son égo, qu'il comprenne bien que ce n'est pas le roi ici et que toi, tu t'en fiche de lui. C'est qu'un gars de passage.
_Ouais… je n'ai pas osé. En même temps, je n'en avais pas rien à foutre de sa gueule.
_Mais justement, tu ne devais pas lui laissé voir. Bon, bref ! On va rattraper le coup, demain tu ne le regardes même pas. Tu ne lui dis rien, tu passes tout droit pour bien lui faire comprendre que voilà, c'est fini, vous vous êtes expliqués et c'est tout.
_Je ne pourrais même pas lui jeter un tout petit coup d'œil pour voir s'il me regarde ?
_Non rien, tu l'oublies !
_Même pas un tout petit coup d'œil ? Insista Marion.
_Non, je te dis ! Si tu veux, je regardais discrètement s'il te regarde. Mais toi, tu dois absolument joué la fille indifférente qui est passée à autre chose.
_Ouais, t'as raison, admit finalement Marion. Je vais arriver dans la Grande Salle pour prendre mon petit-déjeuner et c'est tout.
_Ouais, aller tape-là ! »
