Chapitre 52 : A la dérive …
- C'est ça ton rafiot Franz ? Fit alors Emiliae en montrant du doigt le navire de mister Poporo . J'en ai vu des plus beaux ...
En effet, le navire ne payait pas de mine sur la jetée, il semblait tout cabossé et sur le point de couler mais il venait de faire une courte escale à Tortuga, revenant avec un butin bien mérité de North Blue. Et plus important, Franz connaissait le capitaine du navire, alias mister Poporo, l'ourson contrebandier le plus fiable du nouveau monde. Il le fréquentait depuis un certain temps déjà et savait qu'il ne les balancerait ni aux marines et encore moins aux Cornelli, il en allait de sa parole d'honneur et la confiance dans ce monde était sacrée. Pour lui Franz était un client sérieux et silencieux qui payait son anonymat. Ils n'avaient donc rien à craindre.
- Peut-être qu'il est laid, mais n'oublies pas qu'il s'agit d'un navire de contrebande capable de naviguer sur la Calm Belt ! Il n'a pas à être beau.
C'est alors que l'on vit sortir mister Poporo , un espèce de petit ourson parlant particulièrement mignon dans ses petits vêtements entourés de dentelle… Par contre, le pistolet à gros calibre qui ornait sa ceinture était beaucoup moins mignon et dissuadait les éventuels emmerdeurs souhaitant lui chercher des puces.
- Alors te voilà, Franz. Que se passe t'il ? Tu as des problèmes ? Oh… Sympas la gonzesse, c'est ta copine ?
Emiliae plissa les yeux et faillit maudire cet ourson sans gêne, tout d'un coup, il était encore moins mignon…
- En quelques sortes. Répondit Franz. Nous devons nous rendre à North blue par la Calm Belt. C'est bien sur ton chemin non ?
- Ouais. Mais sinon ... C'est qui cette fille ? Elle a les cheveux rouges. Ça porte malheur…Et j'espère pour toi que tu as de quoi payer cette fois ci car je refuse de te faire de nouveau crédit. Tu sais que les temps sont durs avec les nouveaux pirates qui saccagent tout, homme comme cargaison ... C'est l'enfer depuis que Roger est ...
- Combien ? fit-il pour couper court à son monologue redondant.
- 500 milles.
- Tss. Trop cher. 350.
- Te fous pas de moi l'ami. A ce prix-là j'exigerais fissa ta copine dans mon lit ! Et pour tout le voyage ! 400.
Mais alors que Franz allait répliquer, Emiliae sortit une dague de sous sa jupe et menaça l'ours.
- 375 avec service complet. C'est-à-dire que si jamais je t'entends encore parler de moi sur ce ton je t'étripe.
- Mais ! Mais !
- On s'occupera de la sécurité du navire si des pirates tentent de s'en prendre à toi. Alors ? Marché conclu ?
- D'accord. Fit l'ourson de bien mauvaise grâce, la dague encore sous le cou. C'est bien pour te faire plaisir que j'accepte.
Emiliae retira la lame et la rangea à sa place avant de s'éloigner.
Franz souriait mentalement. Leur voyage vers North Blue était assuré.
…
- Quel ennui…
Cela faisait plusieurs mois qu'ils naviguaient en eau trouble… la mer était brumeuse depuis une semaine et toujours aucune terre en vue…Parfois, Emiliae se mit à rêver de ces mondes étranges présents dans les livres qu'elle avait lu pour tuer le temps… La dérive, une espèce de navet qui avait dû être écrit par un pirate beurré en pleine tempête si elle se fiait à l'écriture toute tordue de l'auteur… L'histoire commençait dans ces conditions, sur un bateau perdu sur une mer brumeuse où l'on ne voyait pas à dix mètres à la ronde… Et alors qu'ils continuaient à naviguer sans savoir où ils allaient, ils ne se rendaient pas compte qu'ils faisaient route vers un autre monde… Elle n'a pas pu en savoir plus, à la moitié du bouquin il y avait une grosse tache de sang… On l'avait sans doute tué pour éviter qu'il écrive la fin, qui sait…
Enfin, comme on disait, la fiction n'égalait jamais la réalité… Pour les distraire durant ce périple, le navire était sans cesse chamboulé par d'immenses monstres marins comme elle n'en avait jamais vus. Si un navire osait s'aventurer dans les parages sans coque en granit marin, il était certain d'essuyer un naufrage et de finir dans les charmants estomacs de ces créatures sous-marines.
- Dans ce cas, vive mister Poporo…Fit alors Emiliae avec ennui.
En parlant de cet ourson pervers, ces temps-ci il passait plus de temps avec Franz qu'avec elle…Il avait dû retenir la leçon, surtout lorsqu'il avait été surprit à l'épier aux bains. Il peut remercier Franz de l'avoir sauvé, il pourrait même lui faire crédit à vie. Mais ce qui était sûr, c'est qu'elle ne voulait plus revoir cette sale bête.
Quelqu'un frappa à la porte. Emiliae se releva de sur son lit où elle s'était aplatie comme une crêpe. La porte s'ouvrit.
- Ah… ce n'est que toi ? Fit-elle en voyant Franz
- Tu t'attendais à poporo ? Il a compris la leçon. Il tient à sa vie.
- Dommage… Alors, pourquoi es-tu venu ?
Franz avisa un instant tous les livres étalés un peu partout et les feuilles qui trainassaient, sans compter les avis de recherche et les journaux annotés…
- Tu passes le temps en écrivant un livre ?
- Non, mais c'est bien nos vies que j'essaie d'écrire.
- Nos vies ? Fit-il interloqué
- Il nous faut une couverture pour north blue. Quelque chose qui s'approche suffisamment de la réalité sans trop en dire. L'histoire d'Emiliae Sopranno et Franz Paganini.
- Ta nouvelle identité ?
- Mon nouveau nom de scène. Expliqua-t-elle. Car dans cette vie, j'imagine être une cantatrice et toi, tu me suis partout où je vais en m'accompagnant de ton violon.
- Et comment on expliquera la vivre card ?
- On n'aura qu'à dire avoir croisé dans un bar quelqu'un qui nous l'a donné en sous-entendant qu'à north blue, on aurait besoin de nos services… Par contre, comment expliquer notre rencontre ?
- On n'aurait qu'à les convaincre que c'était à jaya dans un pub crasseux et mal éclairé où personne ne m'écoutait jouer… commença franz prit au jeu…
- Et je me serais mise à chanter pour toi. Pourquoi pas ?!
Franz regardait Emiliae s'exciter comme une puce dans l'invention de leurs nouvelles vies fausses et vides de sens…Mais il était heureux, il préférait la voir sourire dans le déni que déprimée comme aux premiers jours… Le temps finirait bien par tout effacer…
Emiliae Sopranno et Franz Paganini… pas mal. Il pourrait s'y accrocher, à ce pseudonyme…
…
- Oh ! Vous avez apporté tout ça ?
- Hé hé ! fit alors Emiliae plutôt fière d'elle. Je les ai appâtés et Franz les a découpés en rondelles.
- C'est un vrai festin ! On va se régaler. Proclama alors le cuistot.
Ce jour-là, ce fut la fête. On dansait, on chantait, on riait…Emiliae se souvient avoir joué sa partie de carte la plus mémorable. Elle s'était tellement amusée…
Mais ce calme idyllique ne dura pas.
En effet, ils furent vite pris en chasse par d'autres navires qui peuplaient les environs. Des navires pirates. Emiliae haussa les sourcils. Il était très rare de croiser de tels navires dans les parages...Mais ils arrivaient à temps pour se faire anéantir. Franz et Emiliae avaient envie d'un peu d'exercice histoire de rester en forme.
Mais malheureusement, ces navires ne firent pas long feu et ils contemplèrent, impuissants les navires se faire transpercer par d'immenses serpents géants à écailles laiteuses, presque translucide à l'éclat irisé.
- Ah ... Voilà ce qu'il arrive lorsque l'on ne navigue pas avec une coque en granit marin. On se fait transpercer par un banc de Serpent marbreur. C'est comme ça et on n'y peut rien ... Ces pauvres malheureux ont déjà dus se faire engloutir par ces immenses prédateurs carnivores ... fit soudain mister Poporo. On les surnomme les mirages de la mort. Leurs écailles se vendent à prix d'or à north blue car on peut fabriquer des armes et des armures avec leurs écailles. C'est l'or blanc de la Calm Belt, un or très inaccessible pouvant provoquer la… eh ! Vous m'écoutez ?!
Ils avaient cessés de l'écouter après « prix d'or », c'est qu'ils étaient fauchés comme les blés. Ces serpents allaient les rendre riche sur la terre ferme…
Quelques jours plus tard, ils arrivèrent enfin à North Blue. Ils étaient encore très loin de leur objectif, mais leur image de fugitif du nouveau monde leur collait moins à la peau. Par contre c'était le froid qui voulait leur peau ! Ces derniers jours, Emiliae ne quittait plus son lit tellement il faisait froid et elle harcelait Franz pour qu'il lui apporte un peu de chaleur… On était bien loin de Dressrosa…
…
Quelque chose de terrible était arrivé, partout on en parlait… Il s'agissait d'un assassinat cruel et odieux qui eut lieu à Dressrosa. Les autorités ignorent l'identité de l'assassin mais il pourrait s'agir d'une proche de la famille concernée. Pour le coup, même la marine se mit à enquêter, mais elle ne trouva rien car on avait effacé les traces. Ne restait plus que trois cadavres, ceux de Lisandre Cornelli, de son épouse Bella et de leur enfant. Ils auraient étés tellement déchiquetés qu'il était particulièrement difficile d'identifier le nouveau-né.
Mais personne ne souhaita dire un mot sur cette mort. Tout le monde avait de sérieux doutes, surtout en voyant le sourire satisfait vissé sur le visage de Lorenzo, mais c'étaient les règles du jeu qui s'était joué. Sans perdre un seul instant, il avait trouvé le moyen d'éliminer définitivement ses rivaux du paysage de Dressrosa et à jamais. Et il savait aussi que la personne qu'il avait forcé à commettre ce crime ne pourrait plus jamais mettre les pieds sur l'ile et se regarder dans une glace. Son plan était parfait et le sang de sa famille coulait à flots.
Cependant, il avait fait une erreur et il ne s'en rendra compte qu'au moment où l'erreur en question reviendrait le tuer, 17 ans plus tard.
Pédrille Cornelli était en vie. Installé dans des langes de filles et braillant sans s'arrêter contre la poitrine de celle qui avait assassiné ses parents, il avait survécu.
- Dites ma jolie, c'est qu'il est beau ce bébé.
- Merci. C'est gentil…
- Et votre mari ?
- Mort en mer, c'était un marine. Répondit-elle machinalement. Je me rends chez mes beaux-parents où la vie est moins chère.
La personne acquiesça et la laissa tranquille. Antonella soupira. Dès qu'elle disait ces mots, on la prenait tout de suite en pitié et on s'imaginait qu'elle pleurait la mort de son « mari ». Non, c'était la mort ses amis décédés qu'elle pleurait. Les parents de Pédrille qu'elle avait tué dans leur sommeil. Elle n'avait pas eu le choix, on avait menacé de tuer son frère, Sergio… L'assassinat de Lisandre et Bella l'avait anéantie. Elle ne leur voulait aucun mal… Mais l'appel du sang était le plus fort, son petit frère passait avant tout.
Elle sera le bébé contre elle et lui donna le sein. Elle comptait aller d'ile en ile discrètement et s'arranger pour obtenir de l'argent sans qu'on la remarque. Son sentiment de culpabilité la dotait d'un instinct maternel extrêmement fort pour ce petit être qui devait absolument passer pour une fille. Antonella ignorait jusqu'à quand son stratagème allait marcher, mais il devrait tenir un peu, assez pour s'être fait oublier. Il le fallait où elle aurait des assassins aux trousses jusqu'à la fin de ses jours.
Et son frère pourrait bien y laisser la vie…
- Peut-être que je l'ai perdu, mais toi, je t'ai gagné. La la la …chantonna elle
L'enfant se mit à rire. Elle aussi.
Ce jour-là, elle se promit de vivre pour expier. Elle devait élever cet enfant pour qu'il ait les moyens de se venger et de se forger une vie à sa hauteur. Mais elle devrait vivre aussi pour sa vengeance afin de trouver un moyen de retrouver ce qu'elle avait perdu.
Antonella Cornelli, 19 ans.
Plus tard Cassandre de la commedia del arte.
Pedrille Cornelli, 18 mois.
Prochainement chef de Baroque Works et peut être même roi de Dressrosa.
A suivre…
