Nous mettons tous les quatre un moment avant d'assimiler et de comprendre la gravité des faits dont vient de nous parler Castiel, d'un ton à la fois neutre et angoissé. Je vois bien qu'Hermione cherche ses mots, mais pas un son n'émane d'elle.
-Attends un peu, que je résume la situation… En gros, si j'ai bien compris, le Quartier Général, qui est censé être l'un des endroits les plus sûrs, après Poudlard et Gringott's, a été attaqué et totalement réduit en cendres ?
-En gros… C'est à peu près ça. Nous ignorons comment les Mangemorts ont retrouvé les membres de l'Ordre, mais heureusement, on a su évacuer tout le monde à temps, et personne n'a été blessé lors de ce bref affront.
-Et… Où se sont-ils réfugiés, alors ?
-Au Terrier. A vrai dire, c'est le dernier endroit auquel on pourrait penser, et le tout est protégé par de nombreux sortilèges de haut niveau.
-Ils sont tous chez moi, s'exclame Ron. Ça fait quand même pas mal de monde… Et ma mère, elle s'y fait, à cette idée, d'avoir tout un tas de sorciers recherchés par le Ministère planqués chez elle ?
-A vrai dire, c'est elle qui a proposé cette idée à tout le monde. Ensuite, pendant qu'on évacuait, Sirius et Remus m'ont conseillé d'aller voir Dumbledore et de lui en parler. Et de prendre ce poste par la même occasion. Résultat me voilà. Et comme le directeur est souvent absent, j'en profite pour veiller sur vous. Parce qu'honnêtement, je ne pense pas que cette vieille carcasse qui vous sert de professeur de Potions ne remplisse entièrement cette tâche.
J'échange un bref regard avec Harry. Nous ne pouvons révéler à Castiel la vraie nature de Rogue, même si j'ai entièrement confiance en lui. Cela risquerait de le placer en une position délicate, et il aurait probablement de gros ennuis. En particulier avec Voldemort, si cela remontait jusqu'à lui. Et malgré tout ce temps où il nous a « traités comme des moins que rien », il a toujours gardé un œil sur nous, juste au cas où.
-Au fait, Cas', je reprends en pensant à quelque chose. Qui a procédé à l'évacuation des lieux ? Je veux dire, ils t'ont bien contacté pour que tu leur viennes en aide, mais tu n'es probablement pas arrivé tout seul…
-C'est vrai. Nous étions cinq à venir. Premièrement, il y avait Madi. Elle vient tout juste d'être relâchée par le Ministère pour bonne conduite, et elle leur a promis de ne plus se transformer en loup-garou à n'importe quelle heure de la journée. Promesse qu'elle ne tient évidemment pas… Ensuite, Amelia a tenu à nous accompagner.
-Amelia… L'animingus ?
-C'est exact. Elle a réussi à distraire les Mangemorts en se transformant en chien, un peu comme Sirius l'a fait il y a de nombreuses années. Juste après l'attaque, elle nous a rejoints au Terrier. Et puis, il y avait aussi Hanna avec nous.
-Justement, en parlant d'elle… Est-ce que tu vas enfin finaliser ta relation avec, ou bien tu vas attendre que la guerre ne soit terminée ?
-Hum…
Il se met à rougir brusquement. Bien sûr que je savais qu'il avait craqué pour Hanna dès la seconde où il l'avait rencontrée… Sauf qu'il était bien trop borné pour l'avouer… Il en avait envie, mais il craignait sa réaction. Ce qui était assez idiot, puisqu'elle n'attendait que ça.
-Bon… Alors qui est le dernier ?
-Le dernier… ?
-Eh bien, oui, tu as bien dit que vous étiez cinq à venir, non ?
-Ah, oui, c'est vrai. Nous étions cinq… Mais crois-moi, il ne vaut mieux pas savoir qui ils ont appelé pour venir filer un coup de main… J'arrive quand même pas à croire que l'on ait eu assez confiance en lui pour qu'il s'occupe de l'évacuation majeure des lieux… Il y avait quand même des personnes plus expérimentées sur place pour s'en charger, mais il faut toujours qu'il débarque dans des moments pareils… Ce gars est un abruti fini et pourtant, on le charge d'un truc comme ça ?!
-… Cas' ?
-Un beau jour je vais finir par l'étrangler, et il ne va rien comprendre. Il sait pertinemment que la vie n'est pas un jeu, mais un champ de bataille parsemé de mines prêtes à nous sauter à la figure et pourtant, il persiste à n'en faire qu'à sa tête, et bien sûr, en prenant tout au millième degré !
-Castiel !
-Quoi ?!
-Je sais très bien de qui tu parles, et honnêtement, je ne vois pas pourquoi tu te mets autant en rogne contre lui… Après tout, c'est vrai, il ne fait que vivre à sa manière, pendant que certains se terrent dans l'ombre comme des taupes… Je sais que ce n'est pas forcément le bon moment pour qu'il se mette à courir partout comme un gamin, mais je te demande simplement de lui laisser un peu d'espace, tout comme Sam l'a fait avec moi depuis le début de l'année.
-Il reste quand même sous ma responsabilité, Charlie. Et le pire, c'est que Maugrey a accepté son adhésion à l'Ordre, malgré toutes les conneries qu'il a pu faire…
-Excusez-moi de vous interrompre ainsi, dit alors Hermione, mais de qui parlez-vous, exactement ?
-… De mon jeune cousin. Enfin, il a seulement deux ans de moins que moi, mais dans sa façon d'agir, il me fait penser à un adolescent capricieux qui ne veut faire que ce qui lui plait. Il est irresponsable et n'a aucun sens des priorités.
-Cas', je reprends, je crois que Balty se rend parfaitement compte de ce qui se passe, et que la situation est grave. Il a quasi le même âge que toi, il est adulte, et ce n'est pas pour rien que ce soit lui qui se soit occupé de l'évacuation du Quartier Général.
Une fois ma phrase achevée, le silence reprend ses droits. Castiel garde la tête baissée vers le sol. Je sais bien qu'il ne veut pas que Balthazar se mette à faire n'importe quoi, mais je le connais aussi bien que lui il a une manie de s'attirer des ennuis, mais il parvient toujours à s'en extirper. Et bien sûr, il n'hésite pas à s'en vanter dès qu'il croise quelqu'un, mais je ne peux le lui reprocher. C'est comme ça qu'on l'adore.
Le bruit distinct de la cloche de l'école retentit brusquement, ce qui signifie que nous allons devoir y aller. J'aurais aimé rester avec lui pour parler, encore et encore pendant des heures, rattraper le temps perdu, comme je l'ai fait avec Gabe.
-Vous feriez mieux de filer, tous les quatre. Vous êtes censés aller déjeuner dans la Grande Salle, et si Ombrage vous croise dans les couloirs, elle risque de ne pas du tout apprécier… On pourra toujours se reparler plus tard, en dehors des cours.
Alors que nous nous apprêtons à quitter la salle de classe, il nous lance une dernière recommandation.
-Dites, évitez de révéler la raison de ma venue… Bien sûr, les Weasley et autres membres de l'Ordre ont le droit de savoir, mais il ne faudrait pas que cela remonte jusqu'au Ministère. Cela nous attirait pas mal de problèmes, à Dumbledore et moi.
Après avoir acquiescé, nous quittons la pièce sans ajouter le moindre mot, nous dirigeant tout droit vers la Grande Salle où nous attends un délicieux repas chaud.
. . . . . . . .
-Je dois bien avouer, je dis en enroulant des spaghettis autour de ma fourchette, qu'il y a un point sur lequel je suis d'accord avec Castiel.
-Vraiment, lequel ?
-Eh bien, Balthazar est vraiment impossible, et il est très difficile à supporter. Mais je crois que si on lui a demandé de venir filer un coup de main aux membres de l'Ordre, c'est que la situation dégénère très rapidement.
-Je suis assez inquiète, poursuit Hermione sans pour autant lever les yeux de son livre. Et si la nouvelle cachette de l'Ordre n'était pas assez sûre ? Après tout, on pensait que personne ne serait en mesure de pénétrer au 12 square Grimmaud sans mot de passe… Et pourtant, les Mangemorts ont réussi à y entrer. Alors maintenant, je crois que la situation est encore plus délicate qu'avant… Tout le monde là-bas devra apprendre à se montrer encore plus prudent, à commencer par ceux qui sont recherchés par le Ministère de la Magie… A commencer par Sirius et Gabriel, mais je crains aussi le fait qu'au moment où on les trouvera -si on les trouve-, que…
Elle se penche vers nous afin qu'aucune oreille indiscrète ne puisse l'entendre.
-Si on les trouve, ils s'en prendront à ta famille Ron, pour les avoir cachés…
-J'espère que personne ne les trouvera, lui répond-t-il. De toutes manières, je crois que tout le monde avait surestimé le Quartier Général d'origine. Certes, il était protégé par de puissants sortilèges, mais qui datent d'il y a plusieurs siècles, et personne n'avait jugé utile de les renouveler, mais cette fois-ci, c'est différent, puisqu'ils ont pris toutes les mesures nécessaires.
-On a plus qu'à croiser les doigts pour que ça marche, soupire Hermione. Au fait Harry, quand aura lieu la prochaine réunion de l'A.D ? La dernière date d'il y a plus d'une semaine…
-Je crois qu'elle sera pour demain soir. On arrive à la mi-mai, et il y a encore deux-trois trucs que je dois vous apprendre. On fera passer le mot aux autres Gryffondors dans la soirée, et on s'occupe des Poufsouffle et Serdaigle demain, juste après notre cours de Défense contre les forces du Mal. Charlie, tu n'oublieras pas de prévenir Drago ?
-Je m'en charge.
Après l'épisode où ils nous avaient tous défendus face aux autres Serpentard, pendant le cours d'Hagrid, les élèves de notre Maison commençaient à avoir des doutes. Lorsqu'on leur a dit, il y a plus d'un mois et demi, qu'il allait venir s'entrainer avec nous, on s'était d'abord attendus à de nombreuses protestations, mais au final, cela ne les avait pas vraiment dérangés. Ils s'étaient finalement fais à l'idée que « tous les Serpentard ne sont pas des monstres qui n'en ont rien à faire des autres Maisons ».
Du coup, Drago avait déjà suivi cinq cours avec nous. Il ne pouvait pas assister à chacun d'entre eux, car sinon, les Serpentard auraient fini par se douter de quelque chose, et il aurait eu pas mal d'ennuis.
J'ai eu l'occasion de découvrir, lors de ces leçons qu'il apprenait très rapidement, et qu'il avait une facilité exemplaire à retenir les sortilèges que nous enseigne Harry.
Je sors de mes pensées au moment où je vois à mes côtés, Harry frotter son front à l'aide de sa main gauche, à l'endroit exact où se situe sa cicatrice, tout en se mettant à plisser les yeux.
-Harry ? Il y a un problème ?
-Je… Je l'ignore… C'est bizarre, je n'avais pas eu mal comme ça depuis au moins trois mois…
-Est-ce qu'il se passe quelque chose du côté de Voldemort, s'empresse de demander Ron, en reposant ses couverts dans son assiette. Tu crois qu'il s'apprête à lancer une offensive, ici ou ailleurs ? Est-ce parce qu'il vient de tuer quelqu'un ?
-Je n'en sais rien, Ron…
-J'ai peut-être un moyen de le savoir, dit alors Hermione. Mais pour ça, il va me falloir ton accord, Charlie…
-M… Mon accord ? Qu'est-ce que tu as derrière la tête ?
-Tu es bien capable de lire dans l'esprit des gens, et tu peux voir leur passé, ou leur avenir… Alors peut-être que si tu connectes ton esprit à celui de Harry, tu parviendras à savoir ce qui ne va pas…
-Tu es folle, Hermione, s'exclame Harry, c'est bien trop dangereux !
-Depuis quand recule-tu face au danger, Mr Potter, lui répond-t-elle.
-Je vais le faire, je m'empresse de dire. Si quelque chose ne va pas, nous devons le savoir. Ça nous permettra peut-être de savoir où Il en est dans ses plans, et s'il sait quoi que ce soit à propos de la nouvelle cachette de l'Ordre…
Harry finit par acquiescer, mais je vois bien qu'il n'en avait aucune envie. Je regarde à droite, puis à gauche, m'assurant que personne ne se concentre vraiment sur nous, puis je pose ma main sur son épaule.
. . . . . . . .
-Vous avez lamentablement échoué !
-Maitre… pardonnez-nous, laissez-nous une dernière chance…
-Vous en avez déjà eu un peu trop à mon gout… Vous étiez censés retrouver cette maudite bague ayant appartenu à ma très chère mère… Et vous en avez été incapables ! Vous n'êtes que de misérables vermines !
Les hommes s'étalent sur le sol en poussant des cris de douleurs et de désespoir. Ayant été dans l'incapacité de remplir leur tâche, Il n'hésite pas à cruellement les punir.
-Ils l'ont détruite… Ils savent, et ils ne mettront pas longtemps avant de trouver le dernier… Etes-vous aptes à comprendre cela ? Ils vont le trouver, et ils me détruiront à mon tour !
-Mais, Maitre… Comment peuvent-ils le trouver ? Vous ne vous en séparez jamais… Si vous ne les approchez pas, ils…
-Ne pas les approcher signifie se montrer lâche, et je ne reculerai jamais devant mon ennemie… Et je vous conseille de ne rien ajouter de plus s vous ne voulez pas souffrir plus encore… Me suis-je montré assez clair ? Personne ne doit connaitre l'existence de ce dernier Horcruxe…
-A… A vos ordres, Maitre… Nous tâcherons de nous rattraper, et vous ne serez pas déçu, nous en faisons le serment…
-Je l'espère pour vous, siffle-t-il de sa voix lugubre.
. . . . . . . .
J'ouvre brusquement les yeux, mais contrairement à l'habitude, cette fois, je ne me sens pas vraiment prise de vertiges, et je ne tombe pas de ma chaise, ce qui m'arrange assez. Je croise ensuite le regard d'Harry. Il ne semble plus avoir mal. En revanche, il semble tout aussi perturbé que moi.
-Alors, s'empresse de nous demander Hermione. Que s'est-il passé ? Vous avez découvert quelque chose ?
-Ca… On peut le dire, je lui réponds.
-Alors, expliquez-nous, dit Ron d'un ton impatient.
-J'ai une question, je reprends. Est-ce qu'il y a quelque chose, n'importe quoi, dont Voldemort ne se sépare jamais, quelles que soient les circonstances ? Cela peut être vraiment… Vraiment n'importe quoi…
Tous deux se mettent à réfléchir, tandis qu'Harry et moi reprenons lentement nos esprits. Après quelques minutes de réflexion cependant, aucun ne parvient à trouver quoi que ce soit, jusqu'à ce qu'Harry ne se décide à intervenir.
-Il y a bien quelque chose, mais… C'est un peu bizarre…
-On t'écoute.
-L'année dernière, quand Cédric et moi on s'est retrouvés dans ce fameux cimetière et qu'Il est revenu, il y a un détail qui m'a marqué. Je l'avais pourtant jusque-là jugé sans importance.
-… Qui était… ? …
-Le serpent. Il y avait un immense serpent qui le suivait partout où il allait. Je crois qu'il s'appelait Naguini.
-Attends attends attends, s'exclame Ron, il a foutu une part de son âme dans un animal qui peut mourir à tout instant, même s'il est tout le temps avec lui ?
-C'est un peu…
-Mais c'est juste hyper bizarre ! Pas seulement un peu ! Genre, t'imagine la pauvre bête qui a rien demandé et qui se retrouve possédée par le plus grand malade de tous les temps ? J'vous jure, je crois que ce gars, c'est vraiment le diable…
-Ah, ça non, je rétorque. Il est bien pire que le Diable…
Tous les trois tournent lentement la tête vers moi. Au début, je ne comprends pas vraiment le message que leurs regards insistants essayent de me faire passer.
-Tu dis… Que… Le Diable, c'est à dire « Satan », serait plus… Gentil que lui ? Et tu serais en mesure de savoir ça parce que…
-Ne me dis pas que tu le connais, murmure Harry.
-C'est… Une longue histoire… Je vous avais prévenus que dans le domaine de la chasse, on tombait vraiment sur tout et n'importe quoi…
-Peut-être, mais de là à l'avoir rencontré…
-Ecoutez… Mon frère et moi, on était sur une piste de vampires avec Gabriel, il y a deux ans… Et il se trouve qu'on est tombés sur un gars qui détenait beaucoup trop d'informations pour n'être qu'un simple directeur de boite de nuit…
-Boite de… De quoi ?
-Laisse-tomber, Ron, je t'expliquerai ça plus tard… En bref, on avait des doutes sur lui, jusqu'au moment où il se décide à nous révéler sa véritable identité… Bien sûr, au début, on ne l'a pas cru… Jusqu'à ce que Castiel ne débarque et ne se mette à trembler en le voyant. A l'époque, j'ignorais encore qu'il était à moitié sorcier. Il était vraiment terrorisé par le fait qu'il ait réussi à s'échapper de la prison dans laquelle il était retenu…
-Et… Du coup, vous avez fait quoi ?
-Un paquet d'anges ont débarqué et l'ont emmené pour l'enfermer… Et le pire dans tout ça, c'est qu'il ne s'est même pas senti trahis sur le coup…
-Ok, mais juste avant, tu disais qu'il n'était… Pas si terrible que ça…
-En fait, on compare souvent Lucifer au mal incarné, on se dit qu'il est maudit et maléfique, qu'il n'hésite pas à rependre du sang et à semer des cadavres derrière lui, mais au final, il n'a rien fait de tout ça. Mais comme il a essayé de détruire la moitié de l'Angleterre d'un simple claquement de doigts, on a jugé utile de l'enfermer…
-… Mh… A la limite, c'est vrai que Voldemort est pire que ça, finit par avouer Harry d'un ton neutre.
