Hey tout le monde !

Oui, je sais, ça fait très, très, très longtemps que je n'ai pas posté de nouveau chapitre. Je suis vraiment désolée ! J'ai eu beaucoup trop de choses à faire et très peu de temps pour écrire. Mais ça devrait normalement s'arranger dans les temps à venir. Je ne peux cependant pas vous en faire la promesse. Toujours est-il que, après cette longue absence, je vous poste ce nouveau chapitre que vous attendiez, j'en suis certaine, avec une impatience folle. J'espère qu'il sera à la hauteur de vos exigences.

Je me dois cependant de répondre à un commentaire avant de vous souhaiter une bonne lecture.

Elilisa, tout d'abord, merci pour ton commentaire. Ensuite, je m'efforce de garder la trame de l'histoire originale, mis à part pour Regulus ainsi que la présence de personnages de mon invention, bien évidemment. Donc oui, Peter est toujours vivant. Comme tu as la flemme de tout relire, je vais t'expliquer pourquoi ils sont sûrs qu'il s'agit d'un garçon : C'est la mère de Heather qui l'a confirmé à Regulus lorsqu'ils étaient dans l'autre dimension. Voilà, j'espère que ces réponses t'ont aidée à mieux comprendre. :)

Bonne lecture à toutes et à tous !


Chapitre 52

Instant de panique

16 Avril 1996

Heather se reposait dans le salon, allongée dans le divan tandis que Regulus lisait, assis par terre, la tête près du ventre rond. C'était ce genre de moments qu'ils affectionnaient tous deux particulièrement, bien qu'ils trouvaient le temps long à rester coincés ici entre les murs sans jamais pouvoir sortir. Certes, ils n'étaient pas totalement seuls car Sirius demeurait avec eux en tout temps. Il leur laissait leur intimité quand il se sentait de trop, comme dans ce moment précis. Dans ce genre de moments, Sirius en profitait pour aller s'occuper de Buck.

Parfois d'autres personnes venaient leur tenir compagnie. Molly, qui venait quotidiennement passer du temps avec la future mère pour lui prodiguer conseils et la préparer à l'arrivée du bébé qui approchait, et aussi pour cuisiner des repas excellents. Remus revenait aussi à chaque fois qu'il terminait une mission pour l'ordre. La révélation de l'identité de la dernière résidente en date l'avait choqué à tel point qu'il était resté figé pendant plusieurs minutes. Elle avait craint un instant d'avoir déclenché quelque complication dans la santé de son ami. Mais il avait finalement repris ses esprits et l'avait serrée dans ses bras en pleurant de joie. Ne restait plus qu'à mettre Dumbledore dans la confidence et Heather demeurait inébranlable sur le sujet. Quant à Harry, tant qu'il ne pouvait protéger convenablement son esprit, il était impossible d'envisager de lui dire la vérité.

Tandis que Regulus lisait à haute voix, Heather scrutait son visage, ne se lassant jamais de voir ses traits. De temps à autre, elle caressait ses cheveux et il se laissait aller en fermant un bref instant les yeux, savourant le contact avant d'aller lui voler un baiser. Puis il retournait à sa lecture. Cette fois, c'était les contes de Beedle le Bard qu'il avait décidé de lire pour le bébé qui se prélassait dans ce ventre rond.

- Tu sais, souffla Heather après un moment. Je ne suis pas sûre qu'il nous entende.

- Peu importe, sourit Regulus en refermant son livre. As-tu faim ? demanda-t-il ensuite en se levant et en s'étirant.

Heather, pour toute réponse, tendit les mains vers lui pour qu'il l'aide à se lever. Ignorant ses mains, il se pencha plutôt pour la prendre dans ses bras et la porter jusqu'à la cuisine où il l'assit avec précaution sur une chaise qui avait été métamorphosé en fauteuil confortable et adapté à sa condition. Elle avait beau protester, il ne lâchait jamais une once de terrain sur le sujet.

- Tu approches du terme, Apodis. Il faut prendre toutes les précautions nécessaires, lui répétait-il inlassablement et cette fois-ci ne faisait pas exception.

Réglée comme une horloge, Molly arrivait déjà par la cheminée pour venir préparer le repas. Arthur venait souvent avec elle quand il ne travaillait pas. Cette fois-ci, cependant, elle était seule, jour de semaine oblige. Elle embrassa le jeune couple avant d'aller se mettre au fourneau tout en leur donnant les nouvelles de la journée. Ce qu'elle faisait chaque soir. Et chaque midi.

- Oufff, se crispa Heather en portant la main à son ventre.

- Encore un coup ? s'enquit Molly en se détournant de ses fourneaux.

- Parfois je suis surprise de ne pas voir d'hématomes couvrir ma peau, soupira Heather.

Regulus avait aussitôt posé la main sur son ventre, caressant doucement l'endroit douloureux. Quelques secondes plus tard, Heather s'était détenue, le bébé semblant avoir fini de gigoter. Elle était parfois étonnée de voir comment Regulus parvenait à calmer le bébé avec un simple touché. C'était comme si l'enfant sentait sa présence et que cette dernière le plongeait dans le sommeil.

- Ça marche à chaque fois, rigola-t-elle.

Regulus leva les yeux au ciel, portant peu de fois à la certitude de Heather comme quoi sa présence endormait l'enfant, et ce, avec un simple touché. S'excusant auprès d'eux, Heather se leva pour aller aux toilettes. Il semblait qu'elle y passait maintenant les trois-quarts de son temps. C'était à se demander si elle ne ferait pas mieux de s'installer complètement dans la salle de bain.

- Elle a l'air d'être en pleine forme, souffla Molly une fois la jeune femme hors de vue.

- Avec la sieste qu'elle a faite cet après-midi, c'est tout naturel, sourit Regulus.

- Elle dort la plupart du temps, ajouta Sirius en arrivant. Un vrai bébé, plaisanta-t-il.

Soudain, ils entendirent du bruit dans l'entrée. Regulus tourna son regard vers la matrone puis vers Sirius. Tous deux semblaient tout aussi surpris que lui. Immédiatement, Sirius se leva pour quitter la cuisine tandis que Molly aidait Regulus à emmener Heather hors de la cuisine. Il ne perdit pas de temps, montant les escaliers comme si sa vie en dépendait pour venir la déposer sur son lit. Instinctivement, il l'avait amené dans sa propre chambre. Elle ne semblait pas s'en formaliser, se redressant légèrement sur le lit et tendant l'oreille le plus possible. Malgré son ouïe surdéveloppée, elle n'entendait rien.

- Reg, tu veux bien… ? souffla-t-elle tout bas.

Il acquiesça immédiatement et quitta la chambre, refermant la porte derrière lui avant de reprendre sa forme animagus. Il dévala les escaliers sans perdre de temps afin de se renseigner sur l'intrus qui venait d'arriver. Il n'entendait aucun cri ni aucun son distinctif d'un combat. C'était déjà ça. Quand il arriva au niveau de la cuisine, il tendit l'oreille.

- Le groupe d'entraînement formé par Harry et ses amis a été découvert, disait une voix qu'il n'eut aucune peine à reconnaître.

- Il n'a rien j'espère ? s'inquiéta immédiatement Molly.

- Je ne pense pas qu'il encourt un danger excessif, reprit Dumbledore. J'ai endossé la responsabilité de ses initiatives. Le fait qu'ils aient appelé leur groupe de soutient l'Armée de Dumbledore aidait en ce sens. C'est pourquoi je suis ici, ma chère madame Weasley. Je suis à présent un fugitif.

- Et donc, cette affreuse femme se retrouve à la tête de Poudlard, gronda la voit de Sirius.

Regulus partageait évidemment son ressentiment et son inquiétude. Ombrage était une plaie des plus désagréables. Il n'osait même pas imaginer ce que les élèves allaient endurer à présent, avec cette vile femme aux commandes. Il entra dans la cuisine, se faufilant jusqu'à son frère qui lui tapota la tête pour lui montrer qu'il l'avait bien vu.

- Et comment se porte notre jeune amie ? demanda finalement Albus après avoir remarqué le renard.

- A merveille, Albus, répondit Molly avec un grand sourire. Elle est toutefois un peu fatiguée. Elle se repose en ce moment.

- Bien, commenta-t-il.

Callidus ne s'attarda pas plus longtemps en cuisine et remonta rejoindre sa sorcière qui l'attendait. Il devait la rassurer et aussi discuter avec elle de la suite des événements. A savoir, comment se dévoiler à Dumbledore. Il savait que ce ne serait pas une discussion facile car elle ne voulait pas se dévoiler à plus de monde. En un sens, il comprenait, mais Dumbledore était son père. Et puis… il était probable qu'il allait demeurer un temps avec eux. Et elle ne pouvait plus maintenir sa fausse identité à présent.

Fumseck le devança dans les escaliers et s'engouffra dans la chambre dont la porte était entrouverte. Heather avait dû l'ouvrir pour essayer d'entendre ce qu'il se passait en bas. Quand il entra dans la chambre, le phœnix venait de se percher sur la tête de lit pour venir ainsi frotter sa tête contre la joue de la sorcière. Heather souriait en lui grattant le dessous du bec avec affection.

- Je n'ai donc pas besoin de te dire qui est notre invité, dit-il en reprenant son apparence humaine et en fermant la porte.

- Pourquoi est-il ici ? demanda-t-elle en se focalisant sur lui.

Regulus débattit un moment en son for intérieur sur ce qu'il allait lui raconter. Il ne voulait pas lui mentir, mais dans son état, certaines nouvelles pouvaient être désagréables à entendre voir dangereuses pour elle et le bébé. Cependant, elle finirait par le découvrir tôt ou tard et mieux valait que cela vienne de lui.

- Dumbledore a endossé la responsabilité pour le club de défense fondé par Harry et ses amis, expliqua-t-il. Ombrage venait sûrement l'arrêter et il a pris la poudre d'escampette.

- Ombrage est donc maintenant à la tête de Poudlard, comprit-elle, déconfite. Harry ?

- Elle n'osera pas s'attaquer ouvertement à lui, la rassura-t-il. Elle peut toujours lui donner ces retenues révoltantes, mais elle si un élève sous sa responsabilité venait à disparaître, se serait mauvais pour elle.

Elle ne sembla pas plus rassurée, mais elle acquiesça tout de même avant de grimacer quand le bébé bougea et donna quelques coups. Regulus vint s'asseoir près d'elle et posa doucement sa main sur son ventre rond. Elle tenta de se détendre et de prendre une longue inspiration. La moindre petite émotion forte pouvait déclencher le travail. Et ce n'était vraiment pas le moment.

Pour le moment, ils ne pouvaient rien faire. C'était frustrant. Ils ne pouvaient qu'attendre et rester cachés. Un passe-temps qui ne les faisait pas franchement rêver. Et encore, lui il pouvait encore se déplacer sans problèmes. Heather, elle, devait passer la plupart de son temps alitée si elle ne voulait pas que le bébé ne naisse de manière un peu trop prématurée. Sous sa paume, il sentait le bébé bouger et reprendre une autre position pour se rendormir dans le ventre de sa mère.

- J'ai eu peur que ce soit une contraction, soupira-t-elle finalement en se laissant aller contre la tête de lit.

- Le stress est un déclencheur, dit-il tout simplement. Et on ne peut pas dire que tu en manques.

- Et pourtant je t'assure que j'essaye de ne penser à rien, soupira-t-elle.

Il eut un petit sourire amusé. Heather ? Ne penser à rien ? C'était une anomalie d'ordre cosmique. Elle ne pouvait pas ne pas penser à quelque chose. Elle avait beau essayer par tous les moyens possibles, elle finissait toujours par revenir à ce qu'elle essayait d'ignorer. Son sourire s'élargi quand il rapprocha son visage du sien.

- Il y a un excellent moyen pour que tu ne penses à rien, souffla-t-il avant de s'emparer de ses lèvres sans lui laisser le temps de réfléchir.


Beaucoup de choses s'étaient passées en si peu de temps. D'abord, le départ de Dumbledore de Poudlard, ensuite Harry qui avait réussi à vraiment foutre Severus en rogne, si bien qu'il n'avait à présent plus de cours d'occlumancie pour se défendre. Heather ne pouvait pas vraiment blâmer Severus. Quand il était venu se confier à elle, il était au plus mal. Voir son plus mauvais souvenir exposé à quelqu'un qu'il détestait… C'était quelque chose de dur. Très dur. Mais à présent, elle craignait que Harry ne soit en danger. Il ne parvenait pas encore à protéger son esprit. La seule chose qui ait fait sourire Heather parmi toutes ces nouvelles, était le fait que les jumeaux Weasley faisaient des leurs et compliquaient la vie d'Ombrage. Rien que pour ça elle leur aurait donné cent points. L'idée de lâcher une de leurs inventions dans le couloir du deuxième étage, c'était tout bonnement fabuleux.

Et à présent, les vacances scolaires commençaient. Harry avait décidé de revenir à Square Grimault avec Hermione et la tribu Weasley. Ils ne tarderaient d'ailleurs pas à arriver. Heather se rongeait encore les sangs. Il allait bien falloir qu'elle avoue la vérité à son filleul. Mais pour cela, il fallait aussi se préparer à annoncer la nouvelle à son père. Regulus ne cessait de l'enjoindre à lui dire la vérité, mais c'était tellement compliqué pour elle. Comment allait-il réagir ? C'était sa plus grande peur.

- Il t'aime, lui avait sans cesse déclaré Regulus. Il te pardonnera.

Malgré ses rassurances, l'angoisse était toujours là. Encore plus maintenant qu'elle avait demandé à Sirius d'envoyer son Patronus auprès de Dumbledore pour lui demander une entrevue en son nom d'emprunt au vieil homme. Il devait arriver d'une seconde à l'autre. Tout était calculé. D'abord son père, et ensuite elle dirait la vérité à Harry. La seule condition qu'elle avait exigé auprès de Regulus, c'était qu'il promette de reprendre l'enseignement en occlumancie de Harry. Il devait à tout prix être maître de son esprit et ne pas divulguer cette information à Voldemort par inadvertance. Car s'il découvrait qu'ils étaient encore envie, il les rechercherait de nouveau. Et avec la marque incrustée dans la chair de Regulus, ce serait une traque sans fin jusqu'à un résultat tragique.

Perdu dans ses angoisses comme elle l'était, elle n'entendit les coups frappés à sa porte que lorsque celle-ci commença à s'entrouvrir. Sirius lui jeta un regard inquiet. Elle tenta de lui faire un sourire rassurant, mais échoua lamentablement.

- Es-tu sûre d'être prête ? demanda-t-il tout bas, ce qui lui fit penser que Dumbledore devait encore être en bas et s'apprêtait à monter les marches.

- Je n'ai pas vraiment le choix, Sirius, soupira-t-elle.

Il lui jeta un regard peu convaincu mais ne tenta pas de répliquer. Ce n'était pas sa place de critiquer les décisions de son amie, seulement de la soutenir si le besoin s'en faisait ressentir. Regulus hocha la tête à son attention, posant une main protectrice sur l'épaule de sa compagne. Sirius acquiesça et s'effaça pour inviter Dumbledore à monter le dernier étage qu'il restait. Heather prit une longue, très longue inspiration et s'évertua à expirer lentement, très lentement. Elle n'était plus très loin du terme de sa grossesse. Elle pouvait accoucher d'un moment à l'autre et elle avait la désagréable impression qu'une contraction venait de se faire sentir.

- Apodis ? s'enquit Regulus qui venait de la sentir tressaillir et froncer les sourcils.

- Ce n'est rien, tout va bien, murmura-t-elle.

Il ne sembla pas vraiment dupe ni rassuré, mais il n'insista pas. Il se leva pour aller attendre près de la porte. Heather se redressa sur le lit, tendue comme un ressort. Trois coups furent bientôt frappés successivement sur le bois et elle se raidit davantage. Regulus lui jeta un regard sévère, lui intimant subtilement de se détendre. Elle hocha la tête et reprit une longue inspiration avant d'expirer lentement.

- Entrez, intima-t-elle finalement.

La clenche s'abaissa et le bois craqua sous le mouvement. Lentement, la porte s'entrouvrit, puis s'ouvrit complètement. Dumbledore se tenait sur le seuil. Son expression changea d'un instant à l'autre. D'abord la surprise, puis le choc, et enfin, l'émotion. Son regard fit l'allée-et-retour entre Regulus et elle dans le silence le plus total. Chacun attendant la réaction de l'autre, en retenant son souffle. Puis, soudain, Fumseck débarqua dans la chambre et se précipita vers Heather en gazouillant de plaisir. La jeune femme ne put empêcher un sourire d'étirer ses lèvres et un rire nerveux lui échapper. Elle cajola l'oiseau avec tendresse avant d'avoir le courage de lever les yeux vers le sorcier en visite.

- Depuis tout ce temps… fit Dumbledore d'une voix étranglée.

- Je suis désolée, souffla-t-elle d'une voix tremblante. Je voulais te le dire mais… il y avait tellement de danger… J'étais terrifiée…

Rien ne fut dit de plus pendant un long, très long moment. Elle n'aurait su dire combien de temps passa dans le silence et l'immobilité. Plusieurs minutes, une heure ? Elle sentit une sueur froide couler le long de sa colonne vertébrale, puis, soudain, une douleur vive la saisie.

- Apodis ? s'inquiéta immédiatement Regulus en se précipitant vers elle.

Elle demeura sans voix, encaissant cette douleur en serrant les dents. Cette fois, elle n'avait pas rêvé. C'était bel et bien une contraction. Et celle-ci était bien douloureuse. Quand la douleur sembla refluer, elle reprit une inspiration hésitante, tremblante et expira lentement.

- C'est la deuxième en moins d'une demi-heure, nota Regulus doucement.

- Je vais bien, murmura-t-elle d'une voix presque maladive. Je te laisse le soin des explications, souffla-t-elle.

Il acquiesça, serrant doucement sa main avant de se relever et de se diriger vers Dumbledore qui n'avait pas bougé de sa place sur le seuil de la porte. Il lui fit un bref signe de tête, lui intimant de le suivre avant de se tourner de nouveau vers elle.

- Ne bride pas le lien, souffla-t-il.

Elle acquiesça en silence. Regulus sortit de la chambre, suivit par le vieil homme. Il préférait que ça se passe ainsi. Il relaterait tout à Dumbledore et ainsi ôterait un sacré poids des épaules de sa fiancée. C'était préférable dans son état. Et il s'assurerait que le vieil homme n'ait aucune rancœur envers elle, aucun sentiment négatif qui pourrait la blesser.

Il guida Dumbledore jusqu'à la bibliothèque et referma la porte derrière eux, s'assurant que personne ne viendrait les déranger. Il envoya ensuite Kreattur aller leur chercher du thé et s'installa dans l'un des fauteuils, en face du canapé sur lequel Dumbledore venait de s'asseoir. Le vieil homme avait croisé ses doigts longs et fins sous son menton, l'observant avec curiosité et intérêt. Toute trace de choc semblait l'avoir déserté.

- C'est un vrai prodige, souffla-t-il.

- Attendez de savoir toute l'histoire avant de qualifier de prodige ce qui n'en est pas un, répondit Regulus.

Dumbledore s'installa plus confortablement en lui lançant un regard plus que parlant. Il était prêt à entendre toute l'histoire. Kreattur apporta le thé et servi les deux hommes avant de disparaître. La théière était pleine, et sur le plateau se tenait également deux verres et une bouteille d'Odgen. Bien… ils en avaient de toute façon pour un moment… Regulus prit une longue inspiration et ficha ses yeux dans ceux du vieil homme. Puis il commença à compter leur aventure.


Regulus observait le vieil homme. Il n'avait pas dit un mot depuis qu'il avait fini de raconter tout ce qu'il s'était passé depuis leur disparition. Il semblait réfléchir, assimiler tous les éléments. Regulus ne le pressa pas, attendant patiemment qu'il prenne la parole. Il se servit un verre d'Ogden et en servit un autre pour Dumbledore avant de se réinstaller confortablement dans son fauteuil, son verre à la main. La théière était vide depuis longtemps et le soleil avait terminé sa course jusqu'à l'horizon. Le lendemain, Harry et ses amis feraient leur arrivée.

- Pourquoi n'êtes-vous pas venus me trouver dès votre retour ? demanda finalement le vieux sorcier. J'aurais pu vous aider, vous protéger.

- Nous voulions continuer à œuvrer dans l'ombre, répondit-il. Et Apodis voulait absolument veiller sur Harry.

- L'un n'empêche pas l'autre.

- Vous auriez accepté qu'elle enseigne, avec Ombrage dans les parages ? demanda Regulus en haussant un sourcil, sceptique.

Dumbledore ferma la bouche. La réponse était évidente. Il l'aurait plutôt forcée à se cacher, tout comme Sirius. Ils auraient été confinés à cette demeure sans pouvoir agir. En un sens, sa réaction aurait été sensée et dictée par l'affection qu'il portait à sa fille. Mais Apodis n'aurait jamais accepté… et lui non plus.

- Vous avez pris tant de risques, Regulus, souffla-t-il finalement.

- Nécessaires et calculés, défendit-il en avalant une gorgée de sa boisson. Nous avons pu détruire deux Horcruxes et en trouver un troisième. L'avez-vous détruit ? demanda-t-il finalement.

Dumbledore hocha la tête tout en frottant machinalement sa main droite. Regulus se redressa, jetant un regard suspicieux à la main en question pour voir son index légèrement noirci. Il posa immédiatement son verre et se leva pour attraper la main que Dumbledore tentait de cacher à son regard.

- Vous l'avez mise au doigt, souffla-t-il effaré. Elle vous avait pourtant dit de ne la toucher en aucun cas !

- Je sais, soupira-t-il.

- Cette malédiction est virulente et mortelle… déplora Regulus. Elle peut être ralentie… Parlez-en à Severus.

Dumbledore ne répondit pas, retirant sa main emprisonnée dans la poigne de Regulus. Il la cacha de nouveau dans les plis de sa robe de sorcier et leva des yeux implorants sur le jeune homme. Le message était clair. Heather ne devait en aucun cas être mise au courant. Regulus jura entre ses dents et se mit à faire les cents pas dans la bibliothèque, se triturant les méninges pour trouver un contre-sort, une simple possibilité pour que ce vieux fou survive.

- C'est inutile, Regulus, déclara-t-il. J'ai vécu suffisamment longtemps.

- Avez-vous pensé à votre fille ? A la souffrance qu'elle endurera ? explosa Regulus. La mort est peut-être facile à accepter pour vous, mais pour elle qui a déjà tant perdu… C'est plus facile pour ceux qui partent et abandonnent ceux qui restent à la douleur de la perte !

Dumbledore, pour la première fois devant lui, sembla sans voix, pris en faute comme un vulgaire écolier qui aurait fait une bêtise, triché à un examen ou encore versé un mauvais ingrédient dans le chaudron d'un de ses petits camarades pour rigoler. Regulus soupira et se laissa retomber sur son fauteuil en se passant la main sur le visage.

- Je ne lui dirai rien, déclara-t-il finalement. Elle a déjà suffisamment de stress comme ça. Mais le moment venu, vous lui devrez la vérité.

- J'en ai conscience. Et j'irai voir Severus, promit-il.

- Ne tardez pas, Professeur, le prévint-il. La malédiction est difficile à retarder et se renforce, progresse de jours en jours.

Dumbledore acquiesça avant de changer le sujet, l'interrogeant, lui demandant plus de précisions sur ce qu'ils avaient vécu. Il félicita leur déguisement et leur capacité à passer inaperçu sous les yeux de tous.

- Pas de tous, corrigea Regulus. Severus n'a pas été dupe très longtemps. Et je gage que Minerva a aussi eu des doutes, tout comme vous.

- Doutes que vous avez adroitement esquivés, rappela le vieil homme avec un sourire admiratif.

Regulus ne put réprimer un sourire suffisant. Il avait esquivé la suspicion suffisamment longtemps pour savoir comment s'y prendre. Il avait trompé les siens, trompé Voldemort lui-même. Duper les autres était une seconde nature pour lui. Et Heather, il devait l'avouer, ne se débrouillait pas trop mal. Mais elle était bien trop émotive pour maintenir cet exploit suffisamment longtemps. Dumbledore allait dire autre chose quand Regulus bondit hors de son fauteuil.

- Apodis !

Sans ajouter quoi que ce soit, il se rua vers la porte qu'il ouvrit dans la foulée et se précipita dans les escaliers. Il grimpa les marches quatre à quatre et s'engouffra dans leur chambre. Heather respirait par à-coups, courbée en deux sur le lit, ses bras autour de son ventre. Il sentait les contractions arriver par vagues à travers leur lien. Il s'approcha d'elle et vint s'asseoir sur le bord du lit, essayant d'envoyer une vague d'apaisement puissante à travers leur lien pour la calmer et l'aider à se détendre. Cela sembla marcher car elle sembla se calmer et les contractions commencèrent à cesser.

- Apodis ? murmura-t-il.

- Ça fait mal, pleura-t-elle.

Regulus acquiesça et se leva en lui promettant de revenir immédiatement. Il quitta la chambre et partit en quête de la seule personne ici qui pouvait potentiellement aider.


Molly avait passé son après-midi aux fourneaux pour préparer un merveilleux festin et accueillir les enfants pour les vacances. Tout était parfait, de A à Z, ne manquait plus que la finition sur le gâteau. Elle allait s'y atteler quand elle entendit quelqu'un dévaler les escaliers à toute vitesse. Elle se redressa, baguette en main et attendit un instant en tendant l'oreille.

- Molly ! s'écria Regulus en déboulant dans la cuisine. C'est Apodis !

Aussitôt elle s'essuya les mains sur son tablier, l'ôta en vitesse et fit signe à Regulus de lui montrer le chemin. Il ne se fit pas prier, faisant demi-tour sur ses talons et faisant le chemin inverse, la matrone sur les talons. Ils montèrent les escaliers quatre à quatre et, dans la précipitation, Molly loupa une marche et faillit tomber. Regulus la rattrapa in-extremis et l'aida à reprendre son équilibre.

Quand ils arrivèrent dans la chambre, Heather haletait, la douleur déformant ses traits. Albus tenait sa main et tentait de la calmer, de l'apaiser. Aussitôt, Molly sortit sa baguette et lança un sort diagnostique sur la jeune femme. Le résultat était assez alarmant. L'enfant et la mère étaient en détresse. Il fallait amener une médicomage d'urgence et provoquer l'accouchement s'ils ne voulaient pas que le pire vienne à arriver.

- Poppy, dit alors immédiatement Albus. Il faut que ce soit Poppy.

Molly acquiesça immédiatement et dévala les étages jusqu'à la cheminée. Elle devait trouver un moyen de contacter Madame Pomfresh au plus vite. Mais elle ne pouvait pas le faire du QG. Alors qu'elle s'apprêtait à quitter la demeure, Sirius l'intercepta.

- Que se passe-t-il ? s'enquit-il, inquiet.

- C'est Heather, répondit Molly. Il lui faut une médicomage, maintenant ! Je vais tenter de faire venir Poppy, continua-t-elle en attrapant son manteau et en quittant la maison pour aller transplaner.

Sirius se retourna vers l'escalier, un peu angoissé pour le coup. S'il fallait une médicomage, c'est qu'il y avait des complications. Molly avait fait de son mieux pour garder son calme, mais il avait bien vu dans ses gestes nerveux que la situation était grave. Il monta immédiatement dans sa chambre et tenta de contacter Remus, priant de toutes ses forces qu'il ait le miroir sur lui.

- Sirius ? souffla la voix de Remus immédiatement.

Il ne parlait pas fort, ce qui laissait à supposer qu'il n'était pas dans un endroit très sûr. Sirius ne parvenait pas à discerner où son ami se trouvait. Il faisait trop sombre et aucune lumière, sinon celle de la lune, presque pleine, qui venait éclairer ses traits tirés.

- On a un problème avec Heather, dit-il immédiatement. Molly va essayer de contacter Poppy le plus discrètement possible… Mais je pense que Heather apprécierait que Snive… Severus soit là en renfort. Pourrais-tu essayer de le contacter ?

- Je m'en charge immédiatement, répondit Remus avant de couper la communication.

Sirius soupira en se laissant tomber sur son lit. Pour Heather, il était prêt à faire tout ce qu'il pouvait. Même à supporter la présence de son pire ennemi. Il était après tout un ami cher à la jeune femme, un confident… tout comme lui l'avait été pendant de longues années. Cependant, quand elle était revenue, lui seul était là pour elle. Il ne doutait pas que leur amitié s'était beaucoup renforcée. Et Regulus apprécierait sans doute d'avoir également un ami sur qui se reposer dans cette épreuve qui s'annonçait difficile.

- Sirius ? appela la voix de Remus.

Sirius reprit le miroir qu'il avait posé à côté de lui et regarda dedans. Remus semblait essoufflé. Le pauvre devait sûrement être en pleine mission pour l'ordre. Il espérait ne pas l'avoir mis en danger. Remus semblait à présent se trouver dans un bâtiment éclairé faiblement.

- Tout va bien ? demanda-t-il.

- Ne t'en fais pas pour moi. J'ai envoyé un patronus à Severus. Il arrive immédiatement et il se charge de ramener Poppy avec lui. J'ai dit à Molly de revenir auprès de Heather.

- Merci, soupira Sirius, soulagé.

- Je ne peux pas trop m'attarder, déplora Remus. Tiens-moi au courant, ajouta-t-il avant de terminer la conversation.

Sirius glissa le miroir dans sa poche et sortit de sa chambre pour aller accueillir Molly qui ne devait plus tarder. En effet, quelques minutes plus tard, elle franchissait le seuil et sourirait à Sirius. Elle déposa son manteau et lui tapota gentiment la joue.

- Remus m'a dit ce que tu as fait, c'est très gentil, sourit-elle.

- Je ferais tout pour Heather, répondit-il, un peu gêné. Tu devrais…

- Oui, oui, j'y vais de ce pas ! s'exclama-t-elle en se précipitant vers les escaliers.

Sirius la regarda monter avec précipitation tout en demeurant planté sur place. Il attendrait que les renforts arrivent. Connaissance Poppy et Severus, ils ne tarderaient pas. Mais ils devaient sûrement brouiller un peu les pistes, trouver une excuse pour expliquer leur départ précipité. Il faisait confiance au Serpentard pour ça. Après tout, c'était leur domaine, la ruse et le mensonge.

Dix minutes plus tard, la porte s'ouvrait sur une Poppy en furie qui prit à peine le temps d'enlever son manteau et de saluer son hôte avant de se précipiter vers l'escalier. Severus hocha la tête en signe de salut vers un Sirius qui y répondit avec une reluctance difficilement dissimulée. Toutefois, il ne lancerait pas les hostilités, ce n'était pas du tout le moment.

- Ils sont dans la chambre de Reggie, souffla-t-il. Si tu veux y aller…

- Je vais faire en sorte que rien ne leur arrive, promit Severus.

Sirius acquiesça machinalement. Il n'avait aucun doute sur la sincérité de son ennemi. S'ils avaient une chose en commun, c'était bien leur attachement pour Heather et Regulus. Jamais Severus ne les trahirait. Il avait déjà fait cette erreur avec Lily et il était certain que ce dernier avait appris de ses erreurs.

Il hésita, son regard se portant vers l'escalier que tout le monde n'avait de cesse de monter avec précipitation. Il hésitait. Il voulait aller voir s'il pouvait aider, mais que pouvait-il bien faire ? Il n'était pas médicomage, n'avait aucune connaissance dans le domaine. Ses pieds restèrent résolument ancrés dans le sol. Il soupira et alla s'asseoir sur la première marche, espérant de toutes ses forces que tout se passerait bien.


Quand Poppy entra dans la chambre, Molly épongeait le front en sueur de la jeune femme. Regulus tenait sa main, lui insufflant toute son énergie et son courage, tentant également de la rassurer avec des mots doux. Dumbledore se tenait droit comme un i, observant la scène avec un peu d'inquiétude. Il avait déserté sa place auprès de sa fille pour laisser Regulus la soutenir et Molly s'occuper d'elle.

- Molly ? demanda Poppy en arrivant.

- Elle a des contractions violentes et peu espacées. Je crains que le bébé soit en détresse.

Poppy se raidit. Elle n'était pas spécialisée dans le domaine de la maternité. Elle n'avait fait que quelques accouchements dans toute sa carrière et jamais aucun avec un tel risque. Elle déplorait qu'ils ne se soient pas tournés vers quelqu'un de plus compétent. Cependant, Severus lui ayant tout expliqué, elle comprenait qu'elle était leur unique recourt. Elle allait devoir se montrer à la hauteur.

- Poppy ? s'inquiéta Molly devant la stature figée de la médicomage.

- Il va nous falloir des linges propres et de l'eau chaude, Molly, se secoua Poppy. Severus, il me faut les potions revitalisantes ainsi que de quoi la calmer sans risquer la vie du bébé. Il va falloir vous préparer, dit-elle sombrement à l'intention des autres. Ça va être une longue et très éprouvante nuit.

Aussitôt, ils se mirent en mouvement. Severus se dirigea vers son sac et en sortit fioles après fioles. Il était heureux que la plupart des potions demandées étaient déjà prête, mais il allait falloir qu'il en refasse quand même car celles-ci n'y suffiraient pas. Il se tourna vers Regulus qui tenait toujours la main de sa fiancée.

- Regulus, appela-t-il doucement. Je vais avoir besoin de ton aide.

Il vit dans le regard de son ami toute la détresse que sa déclaration lui amenait. Il ne voulait pas laisser Heather seule. C'était compréhensible. Mais il ne pouvait rien faire de plus que lui tenir la main. Il pouvait continuer à lui envoyer des forces à travers le lien sans être près d'elle. Et il serait plus utile en venant préparer, lui aussi, les potions nécessaires.

- Regulus, appela-t-il de nouveau avec plus de fermeté. Tu seras plus utile en m'aidant avec les potions. Je ne fais confiance qu'à toi en la matière, ajouta-t-il.

Regulus acquiesça lentement et posa ses lèvres sur le front plein de sueur de Heather qui lui sourit malgré sa douleur. Elle l'encouragea à y aller et il s'éloigna avec reluctance. Severus prit son sac, laissant les quelques potions déjà prêtes sur la commode pour Poppy et suivit Regulus. Il l'emmena dans la bibliothèque et Severus haussa un sourcil. Ils seraient sûrement mieux dans la cuisine pour…

Regulus frappa trois fois sur le côté d'une des étagères de la bibliothèque. Celle-ci se mit à bouger en grinçant, dévoilant une porte dans le mur. Regulus l'ouvrit et s'y engouffra sans même prendre la peine de s'assurer que son ami le suivait. Derrière la porte, un escalier descendait dans le noir le plus complet. Severus illumina sa baguette et suivit le mouvement. Après une trentaine de marches, l'escalier débouchait sur un laboratoire qui était apparemment à l'abandon à en juger par les monticules de poussières qui recouvrait chaque recoin.

- Le laboratoire de ma mère, souffla Regulus en nettoyant rapidement la pièce d'un coup de baguette. Elle y concoctait des potions en tout genre. Je suspecte qu'elle a commencé à empoisonner mon père avec une potion de son cru quand j'étais encore à Poudlard…

- Je suis navré, souffla Severus en comprenant ce qui lui en coûtait de mettre les pieds ici.

- Mettons-nous au travail, soupira ce dernier en allumant les lumières.

Severus ne perdit pas de temps à sortir tout ce dont il avait besoin. Il fut agréablement surpris quand Regulus posa sous ses yeux un chaudron d'une très grande qualité. Il ne perdit pas de temps à récupérer quelques autres ingrédients dans l'armoire dont il brisa le cadenas sans aucune forme de remord. Severus connaissait les talents de son ami en potion, certes il n'était pas maître dans le domaine, mais il n'avait jamais eu le temps de se pencher sur le sujet.

- Tu te souviens de ce qu'il faut ? demanda-t-il tout de même.

- Je peux te réciter la liste des ingrédients pour la potion revitalisante et comment les préparer et quand les ajouter à la potion, fit Regulus d'un ton las. C'est une potion basique.

- Occupe-toi de cette potion, je m'occupe des autres.

Regulus acquiesça en silence. Il ne s'offusquait pas que Severus lui laisse la tâche de fabriquer la plus simple des potions. Après tout, dans l'état d'inquiétude dans lequel il était, mieux valait qu'il effectue les tâches les plus simples et sans danger. On ne risquait pas de se blesser en préparant une potion basique comme celle-ci.

Il crispa ses mains sur le coin de la table quand il ressenti une nouvelle vague de douleur à travers le lien. Il serra les liens et encaissa en tremblant. S'il pouvait ne serait-ce que diminuer la douleur ressentie pas Heather, il le ferait. Même si cela signifiait ressentir cent fois sa puissance. Si Severus remarqua quoi que ce soit, il ne commenta pas. Il sortit de sa poche une fiole de potion revitalisante et la lui tendit.

- Si tu veux pouvoir la soutenir et supporter sa douleur tout en préparant une potion, je te conseille de boire la fiole entière, déclara-t-il devant l'air incrédule de son ami.

- C'est à elle que tu devrais donner cette potion, maugréa-t-il.

- Non, la dose est bien trop forte et serait dangereuse pour le bébé, répondit-il en secouant la tête. Celle-ci est pour toi. Fais-moi confiance, demanda Severus, la fiole toujours dans la main.

Regulus capitula et prit la fiole, la vidant d'un très avant de frissonner. Dire qu'elle avait un goût horrible était bien en dessous de la vérité. Mais il sentait déjà une énergie toute nouvelle l'envahir. Sans plus attendre, il se mit au travail.


- Heather, souffla Poppy de manière la plus rassurante possible. Je vais devoir déclencher l'accouchement.

- C'est trop tôt, haleta-t-elle, les larmes aux yeux.

- Si on ne le déclenche pas maintenant, on risque de vous perdre tous les deux. Ton bébé est en détresse, je ne sais pas exactement ce qu'il a, mais il faut l'extraire au plus vite, lui expliqua Poppy. Tu comprends ?

Heather lâcha un cri quand une nouvelle contraction la vrilla, la déchirant de l'intérieur. Elle acquiesça en serrant les dents. Poppy fit signe à Molly d'aider la jeune femme à s'installer correctement. Des coussins furent empilés dans son dos pour lui rendre la position plus confortable. Poppy souleva sa robe et lui enleva son sous-vêtement, lui positionnant les jambes correctement.

- Heather, prends une grande inspiration, je vais percer la poche des eaux, la prévint-elle.

Heather acquiesça et prit une longue inspiration, agrippant la main de Molly. Cette dernière passa un bras autour de ses épaules et se tint prête à soutenir la jeune femme du mieux possible. Quand elle fut prête, elle hocha la tête et Poppy se mit au travail. La tâche n'était pas compliquée, c'était la suite qui allait l'être. Poppy espérait ne pas se tromper. Il était possible qu'elle doive sortir le bébé par césarienne. Mais pour le moment, elle devait déjà essayer la manière naturelle.

La poche des eaux percée, les contractions repartirent de plus belle. Heather hurla, ses jambes tremblant sous l'effort surhumain qu'elle devait accomplir. Molly tentait de l'aider, de lui imposer un rythme de respiration, mais elle n'y arrivait pas.

- Molly, il faut lui donner une potion revitalisante maintenant, elle faiblit, ordonna Poppy qui se tenait entre les jambes de la jeune femme, observant la progression du travail.

Molly se précipita vers la commode et attrapa la fiole en question. Elle la déboucha et l'amena aux lèvres de la jeune femme qui luttait pour ne pas sombrer. Avec le plus de précaution possible, elle lui en fit avaler le contenu, une gorgée à la fois.

- Tiens bon Heather, lui souffla Molly.

- Le col n'est pas encore assez dilaté, expliqua Poppy. Heather, ça risque de prendre un moment, il faut tenir, d'accord ?

Elle acquiesça faiblement. Poppy jeta un regard à Molly et cette dernière acquiesça. Elle quitta sa place à côté de la jeune fille et se dirigea vers la porte. Poppy la suivit et referma la porte derrière elle. Elle ne voulait pas que la jeune femme entende ce qu'elle allait dire.

- J'ignore si je vais réussir à les sauver tous les deux, Molly, souffla-t-elle. Un accouchement à risque comme celui-ci… il lui faut quelqu'un de plus compétent.

- Tu es la seule personne en qui on puisse avoir confiance, répondit Molly.

- Si ce que je pense est juste, la détresse du bébé provient du fait que le cordon médical est enroulé autour de son cou. Si c'est le cas, alors il ne faut pas l'accoucher par voie basse, mais effectuer une césarienne.

En soi, une césarienne n'était pas la fin du monde. Molly en avait subi quelques-unes et s'en était très bien remise. Mais Poppy n'était pas formée dans le domaine. Elle pouvait faire plus de dommages que de bien. Elle allait avoir besoin d'être épaulée et elle était probablement la seule personne à pouvoir le faire.

- Dans ce cas, il ne faut pas attendre, conclut Molly. De quoi as-tu besoin ?

- De ton assistance.

- Tu l'as.

Poppy acquiesça, un peu soulagée et se prépara à retourner dans la chambre. Molly l'intercepta, lui attrapant le bras et hésita un instant. Puis, consciente que de toute façon les choses ne pouvaient pas attendre, elle se lança.

- On devrait peut-être prévenir Regulus, souffla-t-elle.

- Non, Molly. On ne peut plus attendre et ça ne l'aidera pas.

Molly n'était pas d'accord, mais elle ne pouvait pas non plus remettre la parole de la médicomage en doute. Certes, avoir le père de l'enfant paniqué et se précipiter dans la chambre durant l'opération n'était pas une bonne idée, mais il devait quand même être mis au courant de la décision prise.

Quand elles retournèrent dans la chambre, Heather transpirait à grosse gouttes et ses jambes tremblaient sous les coups de la douleur et de l'épuisement. Poppy s'approcha immédiatement d'elle et vérifia l'avancement du travail avant de regarder Heather.

- Heather, ton bébé se présente mal, lui annonça-t-elle. Il va falloir le sortir par césarienne.

Ne pouvant pas répondre, elle se contenta d'acquiescer en serrant les dents. Elle ferait n'importe quoi pour que cette douleur s'arrête. S'il fallait une putain de césarienne pour ça, elle ne reculerait pas. Poppy dû voir la détermination dans son regard car elle sourit de manière aussi rassurante que possible.

- C'est l'esprit, Heather. Tu es une battante et tout va bien se passer, l'encouragea-t-elle. Molly, prépare les serviettes et l'eau chaude.

Molly s'exécuta immédiatement, l'espoir que tout se termine bien resurgissant soudain. Si Heather avait la détermination nécessaire et suffisamment de force, tout se terminerait sûrement bien. Seulement… elles n'avaient plus de potions revitalisantes et elle en aurait sûrement besoin. Elle espérait que Severus et Regulus en aurait bientôt à disposition…


Dans le laboratoire, Severus surveillait ses potions et celle de Regulus. Il devait avouer que malgré la douleur qui tirait ses traits et la fatigue qui semblait le gagner, ce dernier se débrouillait fort bien. La potion n'était pas loin d'être parfaite. Ne restait plus qu'à la mettre en bouteille. Avec le chaudron plein à raz-bord qu'il avait fait, ils en auraient largement assez. Severus se chargea de cette dernière tâche.

- Elle va en avoir besoin. Tu devrais les lui apporter. Je me charge du reste, conclut Severus en se tournant de nouveau vers ses chaudrons.

Regulus acquiesça et rassembla toutes les fioles et les disposa dans le sac pour les transporter plus facilement. Puis il se hâta vers les escaliers s'arrêtant quand Severus reprit soudainement la parole.

- Tu devrais également manger quelque chose, conseilla-t-il.

- Je ne pourrais rien avaler, répondit-il.

- Il le faudra pourtant, répondit Severus en se tournant vers lui. Tu ne lui seras d'aucun secours si tu t'écroules.

Regulus acquiesça avec reluctance avant de reprendre son chemin. Il appela Kreattur une fois dans la bibliothèque et lui demanda de lui préparer quelque chose à manger avant de se dépêcher de monter les escaliers vers sa chambre. Il hésita un instant avant de finalement se décider à toquer. Il valait mieux ne pas entrer en trombe dans un tel moment. La porte s'ouvrit et Molly en sortit, s'essuyant les mains sur son tablier.

- Regulus ? s'enquit-elle. Je suis désolée mais il ne vaut mieux pas que tu rentres pour le moment…

- Comment va-t-elle ? demanda-t-il malgré le fait qu'il le savait pertinemment grâce au lien.

- Elle se bat mais elle faiblit, dit-elle avant qu'il ne lui tende le sac plein de fioles. C'est exactement ce dont elle a besoin, merci, sourit-elle.

- Molly, soit sincère, dit-il le visage sombre. Comment les choses se présentent-elles ?

Molly soupira. Elle ne pouvait pas lui mentir et lui dire que tout allait bien, que le premier accouchement était toujours plus long et douloureux. Non, elle ne se le pardonnerait pas. Elle devait lui dire la vérité, même si ce n'était pas ce qu'il voulait entendre.

- On ne peut pas l'accoucher par voie basse. Le bébé se présente mal. On doit le sortir par césarienne, expliqua-t-elle. Tout va bien se passer, Regulus, lui assura-t-elle avec le plus de confiance possible.

Il ne répondit pas, se contentant de hocher pensivement la tête. Quand Molly retourna dans la chambre et referma la porte derrière elle, il y appuya le front en fermant les yeux. Il commençait à avoir la tête qui tourne. Il se décida finalement à descendre dans la cuisine pour manger ce que Kreattur lui aurait préparé.

En arrivant sur la dernière marche de l'escalier, il trouva Sirius, assis les coudes sur les genoux et la tête basse. Lui aussi n'en menait pas large. Regulus lui tapa sur l'épaule et lui fit signe de le suivre dans la cuisine. Si lui tournait de l'œil, Sirius ne devait pas non plus en être loin. Kreattur avait laissé sur la table un repas froid mais suffisant pour deux. Regulus fouilla un instant dans le placard et en sortit une bouteille de Whiskey-pur-feu.

- Tu ne devrais pas être avec elle ? demanda Sirius, étonné.

- Non, Poppy et Molly doivent l'accoucher par césarienne, soupira-t-il.

- Oh… souffla Sirius. Décidément, ne put-il s'empêcher de sourire. Tel père tel fils. Mère a également dû subir une césarienne pour t'avoir.

Regulus leva un sourcil. Cette histoire-là, il ne l'avait jamais entendue. Sirius sourit de plus belle et après leur avoir servi une bonne rasade chacun, il lui raconta l'histoire de sa naissance. Apparemment, dès le début, il avait causé du souci. Et pour couronner le tout, il n'avait pas voulu sortir du ventre de sa mère.

- Et tout s'est bien passé ? s'enquit-il, essayant de se rassurer quant à Heather.

- Oui, bon… tu as bien quelques séquelles mais rien d'insurmontable, plaisanta Sirius.

Regulus ne put s'empêcher de sourire. C'était bien la première fois depuis le début de cette nuit effroyable. Ça faisait déjà plus de quatre heures que les choses s'étaient déclenchées. Il se demandait encore comment elle pouvait supporter toute cette douleur. Lui avait du mal à le faire.

- Hey, souffla Sirius en posant sa main sur son épaule. Tout va bien se passer.

- J'aimerais en être aussi sûr, soupira-t-il.

- C'est une battante et elle ne baisse jamais les bras.

Certes. Mais est-ce que ce serait suffisant pour survivre à cet accouchement compliqué ? Tellement de femmes mourraient en couche. Les choses allaient en s'améliorant, mais il restait quand même un risque. Surtout quand la grossesse se montrait difficile dès le début. Le sentant de nouveau reparti dans l'angoisse, Sirius se dépêcha de remettre sur le tapis un autre sujet pour lui changer les idées.

Il venait de commencer à parler d'une de leurs escapades d'enfance sur la plage sorcière de Brighton quand Regulus releva la tête. Heather lui avait parlé de ses souvenirs sur cette plage quand elle était enfant. Elle les avait vus. Lui ne se souvenait pas de l'avoir remarquée, mais peut-être que Sirius s'en souviendrait.

- Il n'y avait pas eu une fille se baladant à cheval à un moment ? s'enquit-il, mine de rien.

- Je suis étonné que tu t'en souviennes, tu avais la tête dans le sable à ce moment, ricana Sirius en portant son verre à ses lèvres.

- C'était Apodis.

Sirius recracha la gorgée qu'il venait de prendre et regarda son frère avec des yeux effarés. Regulus ne put s'empêcher de s'amuser de sa réaction. Voir Sirius sur le cul était suffisamment rare pour qu'il en profite amplement.

- Tu te fous de moi ! finit par s'exclamer Sirius en nettoyant ses bêtises.

- Du tout, répondit Regulus en secouant la tête. Elle me l'a dit lors d'une de nos ballades sur la plage.

- Raison de plus pour penser que vous étiez destinés l'un à l'autre, souffla Sirius, mélancolique.

Regulus se sentit soudain bête. Il n'avait pas voulu causer de tristesse à son frère en lui racontant cette anecdote. Pourtant, s'il y réfléchissait, ce jour-là, avec la tête pleine de sable, il avait senti quelque chose. C'était infime, trop pour que l'enfant qu'il était puisse comprendre, mais il y avait bien eu quelque chose.

- Sirius, commença-t-il, prêt à s'excuser.

- Ce n'est rien, Reggie, soupira-t-il. Ce jour-là… tu as eu un moment de flottement. Je comprends maintenant pourquoi.

- Je ne l'avais même pas compris à l'époque, murmura-t-il.

Sirius se força à lui sourire. Regulus lui tapota l'épaule avant que le silence ne s'installe entre eux. Un silence un peu lourd, mais pas non plus insupportable. Sirius continuait à faire son deuil, même après toutes ses années. C'était à se demander comment il arrivait à se trouver dans la même maison qu'eux.

Soudain il sentit la douleur qu'il avait ressenti durant tout ce temps à travers le lien s'atténuer un peu. Il tourna la tête vers la porte de la cuisine, attendant avec une angoisse grandissante que Molly vienne le rassurer sur Heather et l'enfant. Ce ne fut d'ailleurs pas bien long. Quelques minutes plus tard, la matrone entrait dans la pièce, les traits tirés par l'épuisement, mais les yeux resplendissant de joie.

- Un petit garçon de deux kilos cinq, sourit-elle. Ils vont bien tous les deux, ajouta-t-elle ensuite. Heather s'est évanouie mais Poppy m'a assurée qu'elle n'était plus en danger. Elle se réveillera dans quelques heures.

Sirius poussa un cri de joie et serra les épaules de son frère en le félicitant. Toute tristesse semblait l'avoir déserté. Regulus resta encore un moment silencieux, assimilant la nouvelle. Il ne se rendit compte qu'il pleurait que lorsqu'une larme tomba sur sa main. Maladroitement, il s'essuya le visage avant de remercier Salazar et Merlin que tout se soit arrangé. Il remercia également Molly qui l'encouragea à monter rejoindre sa famille.

- Vas-y, je t'attends ici, sourit Sirius, sa main le démangeant déjà d'attraper le miroir pour tout raconter à Remus.

Regulus acquiesça et se leva rapidement, quittant la cuisine dans la foulée. Il monta les marches quatre à quatre jusqu'au dernier étage, arrivant en face de la porte de sa chambre le souffle court. Il prit quelques secondes pour reprendre ses esprits avant de finalement ouvrir doucement la porte. Poppy tourna immédiatement la tête vers lui et lui fit signe d'entrer en silence. Elle lui sourit avec chaleur et lui fit signe de la suivre jusqu'à un berceau de fortune qui avait sûrement été métamorphosé à partir d'un autre objet.

- Il vont bien tous les deux, souffla Poppy.

- Merci, Poppy, souffla-t-il en regardant son fils, émerveillé.

- Je vais y aller. Je ne suis plus d'aucune utilité à présent et je dois retourner à mon poste, conclut-elle en lui tapotant la joue avant de déserter la pièce.

Regulus était trop obnubilé par le petit être qui dormait à poing fermé dans le berceau pour ne serait-ce que remarquer le départ de la médicomage. Pour tout dire, il avait à peine entendu sa phrase. Il se pencha sur le berceau, ses longs cheveux tombant légèrement autour de l'enfant. Il peinait encore à assimiler le fait qu'il était maintenant un père. Et pourtant, c'était bel et bien le cas.

Se redressant, il tourna la tête vers Heather qui dormait elle aussi, son visage encore tiré par la fatigue. Il s'éloigna finalement du berceau pour venir s'allonger à côté d'elle, passant ses bras autour d'elle et enfouissant son visage dans son cou. Quel bonheur que de savoir qu'elle n'était plus en danger et que l'enfant avait survécu lui aussi. Épuisé par toute la peur et le stress contenus ses dernières heures, il sombra lui aussi dans le sommeil.


Fin du Cinquante-Deuxième Chapitre