Chapitre 48: let's the War begin.

Cela devenait une récurrence, mais les étés de Draco n'étaient pas sa période préférée de l'année.

Et cette année, c'était encore pire que tout.

Enfermé dans sa chambre, allongé sur son lit alors que la nuit tombait et que les étoiles brillaient dans le ciel, Draco songea qu'il aurait donné n'importe quoi pour se trouver au Sanctuaire d'Orgon avec tous les autres.

Là-bas, il se serait trouvé avec des gens qu'il aimait, il se serait entraîné, il aurait passé du bon temps tout en se préparant pour la guerre.

Etant donné que son courrier était surveillé par son père, ses amis devaient être extrêmement prudents dans la rédactions de leurs missives : montrer qu'ils pensaient que Draco était de leur côté, tout en ne dévoilant pas trop d'éléments qui pourraient être utiles à papa Voldy.

Draco de son côté tentait de recueillir des informations utiles, mais il ne pouvait pas les communiquer pour l'instant, les lettres qu'il envoyait étaient lues auparavant, il le savait. Bellatrix Lestrange ne lui faisait pas confiance, malgré le fait que Lucius affirmait haut et fort que son fils était de leur côté. Visiblement, la Mangemorte était plus lucide qu'elle n'en avait l'air.

Si jamais Draco avait une information importante à communiquer le plus vite possible, alors il s'était mis d'accord avec Harry pour envoyer un Patronus. Mais c'était tout ce qu'il pouvait faire.

Etre un espion était loin d'être facile. Il aurait du s'en douter, mais du haut de son arrogance malfoysienne il avait préféré penser qu'il s'en tirerait haut la main.

Rien ne l'avait préparé à ce qui allait alors se passer.

Flash-back.

Quand le Poudlard Express était arrivé à King's Cross, Draco avait rapidement dit au revoir à ses amis, évitant de trop s'attarder sur leurs regards émus ou inquiets. D'un pas assuré il s'était dirigé vers sa mère qui l'attendait, seule, au bout du quai, le menton fier et le regard haut.

Narcissa Malfoy était d'une beauté glaciale, et cela ne faisait que refléter son comportement et sa personnalité. Elle n'avait jamais été une mère très présente pour Draco. Elle préférait le laisser aux soins des elfes de maison.

Mais pourtant Draco savait qu'à sa manière à elle, Narcissa Malfoy aimait son fils.

Simplement, elle n'aimait pas le montrer.

- Ton père n'a pas pu venir te chercher avec moi, dit-elle en guise d'accueil. Il nous rejoindra au manoir ce soir. Il a des choses importantes à te dire.

Draco acquiesça d'un hochement de tête froid. Il s'y attendait. Au moment où il avait compris que face-de-serpent allait faire son come-back, il était évident que Lucius Malfoy allait tenter de convertir son unique héritier.

Cela facilitait les choses, quelque part. Draco n'allait pas devoir prétendre de lui-même qu'il était intéressé par la cause.

Narcissa et Draco rentrèrent chez eux par Transplanage, Draco s'agrippant à sa mère, et Draco passa la fin d'après-midi dans sa journée, à angoisser.

Ce soir il allait devoir prétendre. Il allait devoir dissimuler sa véritable personnalité au plus profond de lui devant un Mangemort sadique, pervers et à qui il manquait un petit bout d'âme. Un monstre qui pouvait le trucider en deux coups de baguette s'il se rendait compte que son fils était un traître à son sang.

Finalement, finit-il par penser non sans une certaine morbidité, il aurait du parier sur le temps qu'il allait durer face aux Mangemorts de papa Voldy, comme le surnommait Lizzie. Ça lui rapporterait peut-être plus que les actuels paris sur les deux couples maudits. Mais par Salazar quand allaient-ils se décider tous les quatre ! Ne se rendaient-ils pas compte que Draco avait misé sur eux et détestait perdre de l'argent !

Draco avait en effet parié qu'Harry et Eli sortiraient ensemble avant qu'ils ne repartent chez eux. Et ça aurait du arriver, si papa Voldy n'avait pas abruptement fait irruption sur la scène ! Et une raison de plus de lui en vouloir. Il faisait perdre Draco.

Mais Draco n'avait pas dit son dernier mot. Face à un Neville et une Daphnée hilares qui empochaient ses gallions, il avait réitéré les paris et avait cette fois-ci décrété que les deux zigotos seraient ensemble à la rentrée, foi de Malfoy.

Au pire des cas il allait les forcer. Non mais.

Quand à Roméo et Juliette numéro deux, c'était à s'en arracher les cheveux, et Draco adorait ses cheveux, plus que tout au monde ou presque. Mais disons juste qu'avec ces deux là il était résigné à perdre de l'argent pendant encore un certain temps.

Quel dommage qu'Hermione les empêche de la sorte de leur donner un « léger » coup de main.

Draco finit par sortir de ces pensées qu'il avait fait surgir dans sa tête uniquement pour se distraire et faire naître un sourire sur ses lèvres et revint à la réalité.

Les heures passèrent aussi vite qu'un cours d'histoire de la magie avec Binns. Draco essayait de se changer les idées, mais en vain.

Puis la nuit tomba.

Et Lucius Malfoy rentra chez lui.

Draco entendit la porte d'entrée claquer et les chaussures de Lucius claquer sur le sol en marbre. Son sang se glaça dans ses veines et les battements de son cœur montèrent crescendo.

Il n'aurait qu'une seule chance, il le savait.

Il attendit dans sa chambre que son père ne le convoque, car il le savait, s'il montrait des signes d'impatience ou d'empressement, Lucius serait suspicieux. Après tout, jamais Draco n'avait manifesté la moindre sympathie pour papa face-de-serpent.

Et cela ne manque pas. Quelques minutes plus tard, un elfe de maison vint dire d'une petite voix à aiguë à maître Draco que maître Lucius l'attendait dans son bureau illico presto.

Draco descendit lentement les escaliers en marbre (les Malfoy avaient toujours eu un goût prononcé et étrange pour le marbre) et se rendit d'un pas princier dans l'antre du lieutenant de Voldemort.

Le menton haut, une lueur inexpressive dans ses yeux gris, les lèvres pincées, Draco entra dans le bureau de son père sans même frapper.

Lucius était assis derrière son bureau juste à côté de la fenêtre, et était visiblement en train de rédiger une lettre. Il leva les yeux en entendant la porte s'ouvrir.

- Bonsoir père.

- Bonsoir Draco, répondit froidement Lucius. Approche, ordonna-t-il.

Draco obtempéra, toujours ce masque de froideur et d'indifférence sur son visage, et quelque part, songea-t-il brièvement, toutes ces années d'expérience avec tous les gens en dehors de son groupe allaient finir par payer semblait-il.

Il se stoppa à quelques centimètres du bureau, l'air toujours imperturbable et Lucius sembla l'examiner attentivement pendant un temps infini.

- Je suppose que tu sais déjà, finit-il par dire. Harry a du te raconter sa petite notre rencontre avec notre Lord.

- Il a confiance en moi, il m'a tout raconté, en effet.

- Que va-t-il faire à présent ?

- Il a l'intention de se battre, bien sûr, répondit Draco en fronçant les sourcils comme s'il réfléchissait à la question. Tous ses amis sont de son côté, mais bien entendu personne ne le croit alors c'est compliqué. Il a l'appui de Rogue, McGonagall, son oncle, les Tonks et les Derwent je crois. Après je ne sais pas trop. Je crois qu'il est encore sous le choc de toutes ces nouvelles, et surtout du fait que Dumbledore ne le croie pas.

Apparemment il va essayer de passer son été à le convaincre.

Draco ne faisait que débiter la ligne de discours qu'Harry avait élaboré d'une voix froide et traînante, comme si tout cela ne l'intéressait pas vraiment. Mais Lucius sembla y croire.

- Et toi, où te positionnes-tu ?

Draco haussa les épaules d'un geste désinvolte.

- J'agis pour mon propre compte et selon mes intérêts. Je n'ai pas l'intention de l'aider et faire partie du camp des losers. Il n'a pas la moindre chance.

Au début Draco avait pensé dire à son père qu'il voulait embrasser la cause de papa Voldy, mais il avait par la suite pensé que ce ne serait pas crédible si tout d'un coup, alors que jamais il n'en avait montré le moindre signe auparavant, il se mettait à parler avec enthousiasme du Seigneur des Ténèbres. Non, il fallait la jouer profil bas.

Et Lucius sembla satisfait de cette réponse.

- Harry ne t'a pas demandé de les rejoindre ?

- Il m'a dit que c'était à moi de faire mon choix. Qu'il accepterait que je reste neutre.

Typiquement Gryffondor, si vous voulez mon avis, rajouta Draco avec un dédain calculé.

- Comportement digne d'un Malfoy, murmura-t-il. Cependant Draco je compte te faire changer d'avis. Tu es mon unique héritier, et tu sais que je suis un des bras droits du Seigneur des Ténèbres. Maintenant qu'il est enfin de retour, le monde sorcier va subir de profondes transformations et bouleversements. Douloureux, mais nécessaire. Les sang-de-bourbes ont acquis beaucoup trop de droits et d'importance ces dernières décennies, beaucoup trop ! Les Sang-Purs ne sont plus respectés, alors que nous sommes la race supérieure, la pureté de notre sang fait de nous l'élite. Tous ces dégénérés ne devraient jamais ne serait-ce qu'entrer à Poudlard, ou dans notre monde !

Le but du Seigneur des Ténèbres, Draco, est de restaurer un ordre où nous serons les seuls et uniques dirigeants, où tous ceux n'ayant pas au moins un parent d'ascendance sorcière seront éliminés, purement et simplement. Où les mariages mixtes seront interdits afin de ne pas permettre la dégénérescence de notre race.

Il est temps que la décadence qui règne aujourd'hui cesse mon fils ! Les créatures magiques doivent reprendre leur rang inférieur, les moldus, ces misérables insectes, doivent rester dans leur monde, à l'abri du notre !

Lucius parlait avec une telle passion que Draco crut qu'il allait vomir. Est-ce qu'il se rendait compte de la portée des mots qui sortaient de sa bouche ? Des horreurs qu'il professait ? Comment un seul être humain pouvait-il penser de la sorte ?

Les Mangemorts sont des monstres, songea-t-il alors avec dégoût. Tous ces mariages interfamiliaux pour préserver la pureté de leur sang avaient fini par les rendre complètement décérébrés.

Mais il avait un rôle à jouer.

- Je suis assez d'accord je dois dire, finit-il par répondre après un faux instant de réflexion. Mais je ne vois pas en quoi cela me concerne.

- Cela te concerne mon fils, cela te concerne ! Ce soir, je vais t'emmener à une petite réunion assez spéciale. Je veux que tu voies le Maître de tes propres yeux ! Crois-moi, j'ai partagé tes doutes quand j'avais à peu prés le même âge. Je ne voulais pas m'impliquer dans quelque chose qui semblait me dépasser. Mais quand j'ai rencontré le Maître, j'ai tout de suite compris, et cela a changé ma vie !

Une folle lueur brillait à présent dans les yeux gris du père de Draco. Celui-ci était terrorisé. Rencontrer papa Voldy, ce n'était pas au programme ! Severus lui avait assuré qu'il ne pourrait devenir Mangemort avant ses 17 ans, et quelque part, le Serpentard avait espéré que d'ici là, ils auraient trouvé une autre solution et il n'aurait pas à franchir le pas.

Il revoyait l'image du monstre qu'il avait vu dans la Pensine quelques jours auparavant, les yeux d'un rouge écarlate, les longs doigts blancs et fins, la lueur démoniaque de son visage, le sourire cruel, l'impression horrible de sadisme et pouvoir qui s'en dégageait.

Il ne voulait pas se retrouver dans la même pièce que Voldemort.

Il avait trop peur, il n'était pas Gryffondor.

Mais en l'occurrence, il n'avait pas le choix.

- Très bien père, répondit-il d'une voix qu'il espéra assurée.

Lucius hocha la tête avec satisfaction.

Et quelques heures plus tard, quand Draco rentra enfin au manoir, il se réfugia dans sa salle de bain personnelle et vomit tout son malaise et son dégoût.

Au risque de se répéter, jamais il n'aurait cru que ce serait aussi compliqué.

Lui et son père avaient transplanés chez les Nott, dans une de leurs résidences secondaires au Pays de Galles, où apparemment papa Voldy se cachait en compagnie de Bellatrix Lestrange et Peter Pettigrew.

Là, Draco avait été surpris de voir que Théodore Nott était également présent, en compagnie de son père. D'après ce qu'il savait, sa mère ne voulait pas qu'il serve papa Voldy. Soit elle avait changé d'avis, ou soit on ne lui avait pas demandé son opinion en la matière.

Mais le Serpentard connaissait suffisamment le jeune Nott pour savoir que celui-ci n'avait pas envie d'être là, et que pour la première fois de sa vie, il avait peur.

Théodore adressa un faible hochement de tête à Draco alors que tous les 4 attendaient dans l'antichambre. Lucius et Mordred chuchotaient des messes basses, mais Draco sentait qu'on parlait d'eux.

Puis, au bout de quelques minutes, Bellatrix Lestrange fit son entrée, et Draco retint un murmure de dégoût devant sa tante qu'il n'avait pas revu depuis ses six ans. Honnêtement, elle ne lui avait pas du tout manqué.

Elle avait toujours l'air aussi folle.

- Le Maître les attend, dit-elle avec enthousiasme.

Les deux Mangemorts intimèrent d'un geste autoritaire de la main à leurs fils de les suivre et tous les quatre se rendirent au deuxième étage, dans une grande pièce lugubre tout au fond d'un couloir tout aussi sombre et malodorant.

Ils entrèrent dans la pièce, suivant Bellatrix qui se déplaçait de plus en plus lentement, avec déférence presque.

Quand Draco rentra dans la pièce, il ne vit que le dos du Seigneur des Ténèbres, mais comme dans ses souvenirs il était très grand. Chauve. Pas très beau apparemment.

Lord Voldemort se retourna et embrassa les deux jeunes Serpentard du regard. Draco, qui savait que le monstre était un expert en Légilimentie fit la première chose qui lui passa par la tête pour éviter à son esprit d'être fouillé et sa couverture aussitôt découverte.

Il baissa les yeux et fit la révérence.

- Maître, murmura-t-il.

Théodore à côté de lui avait l'air à la fois apeuré et stupéfait.

- Qu'est ce que tu attends ? Siffla avec colère Mordred.

Théodore acquiesça et fit à son tour la révérence, mais même d'où il était Draco voyait les tremblements qui agitaient son ami.

- Ton fils doit apprendre le respect, Mordred, commenta papa Voldy d'un ton nonchalant qui faisant néanmoins froid dans le dos. Il devrait peut-être passer un peu plus de temps avec le jeune Draco, ça pourrait lui faire du bien.

- Tout à fait Maître, excusez-le il…

- Vous êtes encore trop jeunes pour rentrer à mon service, le coupa d'une voix glaciale face-de-serpent. Il s'adressait directement aux deux jeunes Serpentard qui ne relevaient pas la tête. Le cœur de Draco battait tellement fort dans sa poitrine qu'il avait l'impression que c'était le seul bruit qui résonnait dans la pièce, et de la sueur commençait à couler sur ses tempes. Il devait se mordre les lèvres si fort qu'il n'aurait pas été étonné d'avoir un goût de sang sur sa langue.

Mais cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas travailler pour moi. J'ai entendu dire qu'Harry te considérait comme un ami, jeune Draco ?

C'était un des effets du sort de reniement, plus personne ne pouvait accoler le nom de Potter à Harry. C'était étrange d'entendre papa Voldy de parler de son ami comme s'ils étaient familiers, intimes.

- Oui maître.

La suite restait confuse dans l'esprit de Draco. Ils étaient restés plus de deux heures agenouillés sur le sol. Après tout, ils n'avaient pas encore le statut de Mangemort et devaient le plus profond respect au Lord s'ils ne voulaient pas finir dolorisés.

Papa Voldy avait tenu à peu prés le même discours que Lucius tantôt, mais en plus violent, plus psychotique. Mais à travers les ligne les lignes, Draco pouvait lire que ce que face-de-serpent voulait, c'était le pouvoir avant tout. Il avait des délires mégalomaniaques et se réjouissait d'être à la tête des Mangemorts, il en tirait un plaisir presque jouissif.

Ce fut la seule fois de l'été où Draco rencontra en tête-à-tête le Seigneur des Ténèbres. Par la suite, il passa presque tout son temps libre en compagnie de Théodore Nott et du Triumvirat, et plus particulièrement Bellatrix Lestrange qui leur apprenait à se battre.

Elle leur apprenait des sorts de magie noire.

Et les Impardonnables.

Ainsi, le jour de l'anniversaire d'Harry, Draco savait jeter un Doloris.

A la fin de l'été il aurait tué un elfe de maison d'un Avada Kedavra.

Non, décidément, l'été n'était pas la période préférée de Draco Abraxas Malfoy.

Sanctuaire d'Orgon.

25 juillet 1994.

C'était aujourd'hui ou jamais.

Ce serait aujourd'hui, Harry en avait ainsi décidé. Il devait passer à l'action, les choses devaient enfin changer.

Il était fatigué de cette situation, fatigué de ces sentiments qui grandissaient jour après jour. Fatigué de ne pas être avec elle, de devoir dissimuler ce qu'il ressentait. C'était aujourd'hui. Sa vie, leurs vies, leur amitié allait devoir se transformer. C'était inéluctable.

Elisabeth se trouvait en ce moment dans la chambre qu'elle partageait avec Jenny. Et Harry rassembla tout son courage de Serpentard pour aller la voir et lui avouer la nature des sentiments qu'il portait à son égard.

Sa chambre se trouvait au second étage, et Harry eut le sentiment que le chemin qui l'y menait s'étendait sur des kilomètres. Il était conscient de chaque pas qu'il faisait, des bruits qui l'entouraient, des battements un peu trop précipités de son cœur, des gouttes de sueur qui coulaient lentement sur son front…Il était conscient que dans quelques minutes sa vie allait changer à tout jamais.

Et il arriva devant la porte en bois qui menait à Elisabeth.

Il prit une profonde inspiration, priant Salazar, Rowena, Merlin…n'importe qui, pour qu'il ne ressorte pas de là avec le cœur en morceaux. Après tout ce qui s'était passé depuis le 21 juin, avec sa famille, il n'était pas sûr de pouvoir supporter une nouvelle déception, un nouveau rejet.

Il frappa à la porte. Trois petits coups déterminés, confiants.

- Oui entrez, cria la voix claire d'Elisabeth Black.

En entrant dans la pièce, Harry constata avec un soulagement évident que Neville avait tenu parole et avait réussi à éloigner Jenny. Harry avait en effet confié son intention à son meilleur ami dont la seule réaction avait été un 'enfin c'est pas trop tôt' avant de grommeler dans sa barbe que c'était injuste et qu'il allait devoir cinq gallions à Draco et Tracey. Harry n'avait pas cherché à comprendre.

La pièce, contrairement à la chambre qu'il partageait avec son meilleur ami Gryffondor, était bien mieux rangée et ordonnée, et c'était d'ailleurs étonnant quand on connaissait Jenny. Y régnait un léger parfum de vanille, et pendant quelques secondes, Harry se laissa doucement intoxiquer par la fragrance de celle dont il était fou amoureux.

- Est-ce que tout va bien Harry ? lui demanda Elisabeth avec un petit sourire, le voyant perdu dans ses pensées. Et Harry se ressaisit aussitôt. Il n'avait pas l'intention de se laisser distraire, c'était bien trop important.

- J'ai quelque chose d'important à te dire, déclara-t-il sans préambule aucun, et il sut qu'il avait capté toute son attention quand il la vit se redresser, ses yeux bleus arborant immédiatement une lueur intriguée, et aussi malheureusement inquiète. Depuis quelques semaines c'était comme si tout le monde attendait avec fatalisme la prochaine mauvaise nouvelle. Harry reprit une profonde inspiration et s'assit en face d'elle sur son lit.

- J'ai quelque chose à te dire, et ce n'est vraiment pas facile pour moi, alors, n'étant pas Gryffondor, je vais y aller sans ambages et tenter le tout pour le tout. Je cherche la plus belle façon de te le dire mais il n'y en a aucune. Je cherche les mots depuis des mois mais je n'y arrive pas. J'ai lutté mais c'était en vain. Tu es la fille la plus forte, la plus belle et la plus brillante que je connaisse. Tu es le feu et la glace en même temps, et tu m'émerveilles continuellement, et je suis juste complètement amoureux de toi, déclara-t-il alors qu'un sourire naissait sur ses lèvres. Maintenant qu'il était lancé, il n'avait plus peur et les mots sortaient tous seuls de sa bouche, comme s'ils avaient été trop longtemps enfermés en lui et brûlaient de s'évader et d'envelopper Elisabeth. Pour qu'elle sache. Une fois pour toute. Personne jamais ne l'aimerait autant que lui.

Tu représentes tout pour moi, continua-t-il, et il vit avec émotion que de minuscules larmes apparaissaient dans ses yeux, mais il poursuivit néanmoins. Tu es ma meilleure amie depuis que nous sommes gosses, ma sœur, ma confidente. Tu m'as toujours supporté, quoi qu'il arrive et même s'il m'en a fallu du temps, maintenant je comprends. Et là j'espère, qu'avec un peu de chance ces sentiments pourraient être réciproques, conclut-il, tremblant sans même s'en rendre compte.

Le temps s'arrêta pour eux deux. Voldemort lui-même aurait pu débarquer dans la pièce qu'ils ne l'auraient certainement pas remarqué. Une bulle de cristal les enveloppait à présent, et absolument rien n'aurait pu la briser.

- Je t'aime Harry, fut la réponse entrecoupée de larmes coulant à présent librement sur ses joues. Je t'aime, et j'en suis consciente depuis des années, dit-elle avec un petit rire nerveux. Et j'attends ce moment depuis si longtemps, que maintenant je ne sais même plus quoi faire ou comment réagir.

Mais Harry lui savait exactement comment réagir.

Il s'approcha lentement d'elle, jusqu'à ce que leurs visages ne soient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Et encore plus lentement, il ferma les yeux et rapprocha ses lèvres de celles d'Elisabeth, pour son premier baiser, leur premier baiser.

Il se laissa emporter par le moment et oublia tout ce qui n'allait pas dans sa vie. Le psychopathe et ses mignons qui voulaient sa peau, la communauté sorcière toute entière qui était contre lui. Il oublia tout, hormis ses lèvres sur les siennes et le sentiment de bonheur complet qui l'envahit aussitôt. Ce sentiment de plénitude intense mélangé à de l'excitation hormonale croissante.

- Harry…murmura Elisabeth, quand ils se furent enfin séparés. Elle avait les yeux presque entièrement clos et avait l'impression d'être en train de rêver. Cinq minutes auparavant elle se trouvait seule dans sa chambre en train de réfléchir à l'épineuse question des Horcruxes et là maintenant elle était dans les bras d'Harry et ils venaient de s'embrasser. De s'embrasser…est-ce que sa chance avait enfin tournée ?

- Elisabeth…répondit en retour Harry, plus heureux qu'il ne l'avait jamais été.

- Je dois bien avouer que c'était parfait, dit-elle avec un petit sourire complice. Alors maintenant, qu'est ce qu'on fait ?

- Je comprendrais parfaitement que tu ne veuilles pas sortir avec moi, commença-t-il le plus sérieusement du monde, et les yeux de la jeune fille s'agrandirent sous l'effet de la surprise. Je suis le Survivant et la cible numéro 1 d'un sorcier mégalomane. Je suis conscient des risques et des dangers qu'il y a pour chaque personne proche de moi, et plus encore pour une éventuelle petite amie. Mais je sais aussi que malheureusement la vie est trop courte pour jouer au héros au noble cœur. Si tu es en danger, je te promets que je te protégerai de toutes mes forces, de toute mon âme et que jamais je ne laisserai quoi que ce soit t'arriver. Simplement, j'ai besoin de toi à mes côtés. Mais c'est à toi de décider et je…

- Tu es un idiot Harry, l'interrompit Elisabeth. Tu es un idiot, mais je t'aime. Et si tu crois que maintenant que tu t'es enfin décidé à sortir avec la génialissime personne que je suis je vais te laisser te défiler, c'est que tu me connais très mal. Je ne laisserai rien nous séparer, jamais, et surtout pas Voldemort !

- Alors tu veux bien…dit Harry, presque incapable de croire que ce moment n'était pas qu'un simple rêve, n'était pas qu'un des nombreux fantasmes qu'il avait eu cette année incluant sa meilleure amie.

- Bien sur que je le veux ! Acquiesça-t-elle. Et Elisabeth entreprit aussitôt de lui prouver à quel point elle était sérieuse.

Si Harry avait pu produire un Patronus en ce moment même, ce Patronus aurait rayonné dans toute l'Angleterre.

Mais parce que dans la vie d'Harry rien de positif ne se produisait sans se payer très cher, il reçut dans la même journée une lettre.

Une lettre anonyme.

Il venait de descendre dans la salle de réunion où se trouvaient les Zabini, les Tonks et quelque uns de ses amis, et avant que quiconque n'ait pu émettre la moindre remarque sur les mains entrelacées des deux nouveaux tourtereaux, Tonks déclara.

- Harry, tu tombes bien, une lettre vient d'arriver, pour toi et Remus.

L'air profondément troublé sur le visage de la jeune aurore inquiéta le Survivant. Il saisit la lettre, et la lut en vitesse.

A l'attention d'Harry et Remus Lupin.

Il est venu à mon attention Remus que tu désirais adopter le jeune Harry. Bien que je comprenne tes motivations et ton envie de procurer au jeune Survivant un foyer aimant où il pourrait enfin être heureux, après tout ce que lui ont fait subir James et Lily Potter, je dois cependant te mettre en garde. Adopter Harry serait une erreur épouvantable, une erreur qu'il regretterait toute sa vie, une fois qu'il aura appris la vérité.

Les étoiles brillent dans le ciel Remus, elles brillent et veillent sur vous, mais elles ne peuvent laisser une telle chose se produire. Harry doit rester un Potter, de sang et de cœur.

Faites très attention, ne vous engagez pas sur ce chemin.

Je vous en conjure.

Un ami qui vous veut du bien.

Harry ressortit de cette lecture absolument furieux.

Qui était cette personne qui n'osait même pas révéler son identité, et qui osait prétendre vouloir diriger leurs vies ? Et ces paroles sans aucun sens ? Est-ce qu'il était au courant que James et Lily Potter l'avaient renié, que jamais il ne pourrait redevenir l'un des leurs, et que de toute façon, jamais il ne voudrait ?

Remus Lupin était son père, de cœur et bientôt de sang si tout se passait bien. Les Potter pouvaient bien mourir, en ce qui le concernait.

Il froissa la lettre et son visage arborait une mine à la fois furieuse et déterminée.

- Remus a vu cette lettre ? Demanda-t-il à Tonks, sa probablement future mère, même si elle n'avait que sept ans de plus que lui. Non que cela le dérangeait.

- Non, il est encore au travail. Qui penses-tu…

- Personne d'important, trancha le jeune homme. Quelqu'un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas Quelqu'un qui ferait mieux d'arrêter de parler de ce qui ne le regarde pas s'il ne veut pas que ma baguette aille lui donner mon avis sur la question.

Il émanait une telle rage et une telle puissance du jeune homme que personne dans la pièce n'osa répliquer la moindre chose. Elisabeth en revanche prit tranquillement la lettre qui était tombée à terre, la défroissa et entreprit de la lire.

- Pourquoi ces étoiles ? Murmura-t-elle dans sa barbe, intriguée. De quoi est-ce qu'il parle ?

- C'est tout ce qui t'intrigue ? Demanda son petit ami énervé.

- Pas la peine de te défouler sur moi Harry, répliqua-t-elle, un petit sourire naissant sur les commissures de ses lèvres. Ce n'est pas parce que maintenant tu es mon petit ami que tu as le droit de me prendre pour punching-ball !

Harry lui rendit son sourire. Seule Elisabeth avait le pouvoir de le détendre de la sorte et de lui remettre les pieds sur terre.

- Oh mon dieu vous êtes ensemble ! S'exclama alors avec force Jenny. Eh ben c'est pas trop tôt !

- Elle peut parler celle là, chuchota Blaise dans l'oreille de Tracey. Hey mais attends, cria-t-il plus fort, venant de réaliser quelque chose d'important. Ça veut dire que je dois dix gallions à Draco moi ! Oh mais non !

- Quoi ? S'exclamèrent en même temps le nouveau couple et celui qui s'ignorait encore.

- Et ne m'oublie pas, ajouta gaiement Tracey. Tu me dois également, attends je sors mes notes…huit gallions mon ami, huit beau gallions ! Allez viens voir maman, dépêche-toi !

- Oh, mais ça me rappelle que quelqu'un ici me doit également me doit de l'argent, intervint une Tonks guillerette. Elle se retourna alors vers un certain professeur des Potions qui essayait de se cacher. Severus, comment ça va ?

Le dit Severus tirait une tronche si maussade que Tonks se demanda un instant si elle avait vraiment bien fait de titiller la bête. Comme si cela lui était physiquement pénible, Rogue sortit quelques pièces de sa poche qu'il tendit tout aussi péniblement à la fiancée de Remus.

- Non mais attendez, vous faisiez des paris sur notre vie amoureuse ? Demanda une Elisabeth éberluée. Son entourage était encore pire qu'elle ne le croyait.

- Ben en même temps ils avaient bien raison moi je dis, répondit son frère avec un haussement d'épaules. C'était tellement drôle de vous voir tourner autour et rien faire comme des idiots. J'aurais su j'y aurais participé.

- T'inquiète on a d'autres trucs sur le feu, murmura Tracey dans son oreille. Tu vas vite te rendre compte qu'on s'ennuie jamais ici.

En rejoignant le camp d'Harry, Emmett avait craint au début de ne pas y être vraiment accepté. Il avait bien vu les regards jetés à sa mère par Remus, Harry, Neville ou Andromeda pour ne citer qu'eux.

Mais ce traitement ne semblait pas s'appliquer à lui. Tous même Harry l'avaient accepté avec un sourire. Pourtant il restait le meilleur ami de Ryan, malgré tout ce qui s'était passé.

Ryan ne se souvenait de rien, et Emmett ne pouvait rien lui dire, il avait promis par un Serment Inviolable lui aussi. Mais entendre Ryan déblatérer sur Harry était de plus en plus dur. Prétendre était de plus en plus dur.

Il n'était pas Draco.

Mais il se plaisait parmi eux. Contrairement à ce que leurs réputations pouvaient laisser à entendre, ils étaient très gentils, drôles, mais surtout, ce qui était incroyable, c'était leur détermination et leur volonté qui semblait commune et sans failles.

Emmett avait toujours été un bon élève qui savait s'appliquer et travailler mais il ne cultivait pas l'amour des livres comme sa sœur ou sa mère, ou Hermione. Il avait été stupéfait en apprenant que le Trio d'Or était des Animagus, et que tous les autres étaient en passe de le devenir.

Ils étaient tous simplement incroyables. Tous si unis, et pourtant si différents. Chacun avait sa personnalité bien affirmée, comme les différents pièces d'un même puzzle.

Différents, mais complémentaires.

Tout comme l'était Harry et Elisabeth. Emmett était heureux pour eux deux, mais il avait un peu peur de la réaction de son père quand il l'apprendrait. Ce qui avait été évident pour tous ceux qui connaissaient les deux adolescents l'était un peu moins quand même pour un Maraudeur qui de toute façon refusait d'admettre que sa petite fille chérie ait l'âge de s'intéresser au sexe opposé.

Il allait avoir un sacré choc.

Et Emmett espérait se trouver très loin ce jour là.

Quelques jours après l'anniversaire d'Harry, les habitants du Sanctuaire reçurent une nouvelle assez perturbante. Et oui, encore une autre.

Harry était en train de s'entraîner avec Neville et Lucas dans une des grandes pièces du troisième étage vide et pratique pour apprendre de nouveaux sortilèges et se défouler, quand Tracey vint les interrompre.

La jeune Serpentarde tenait une lettre à la main et entra sans frapper. Lucas, qui était en train d'apprendre le sortilège de bombardement, un sort très puissant qui, s'il était lancé à son niveau maximum pouvait tuer un sorcier en l'assommant, la manqua de très peu. Tracey baissa vivement la tête et le jet de lumière gris toucha le mur juste derrière elle.

- Bon sang Tracey, cria le jeune Gryffondor avec émotion. Ça va tu n'as rien ?

Tracey secoua vigoureusement la tête, mais elle avait l'air bouleversée.

- Je viens de recevoir une lettre de Daphnée, Harry il faut que tu voies ça tout de suite !

Elle tendit la lettre à Harry et les trois garçons la lurent avec curiosité.

Depuis qu'ils avaient quitté Poudlard aucun des adolescents n'avaient revu Daphnée qui avait du rentrer chez ses parents, tout comme Draco. Les parents de Daphnée étant des sorciers des Ténèbres n'éprouvant aucune amitié pour Harry et les idéaux que celui-ci professaient, ils avaient refusé que leur fille aînée, la seule héritière qu'ils avaient, se joigne à eux durant les vacances.

Daphnée n'avait pas eu le choix. Simplement, elle avait espéré que ses parents changent d'avis.

Mais les choses avaient pris un nouveau tournant pour la jeune sorcière.

Harry.

Lucius Malfoy et Mordred Nott sont venus voir mes parents hier soir. Ils sont restés des heures, j'ai entendu des cris et des disputes, et un elfe de maison m'a rapporté que Malfoy et Nott sont venus au nom de Voldemort. Ils voulaient rallier mes parents à leur cause. Quand ceux-ci ont refusés, Malfoy et Nott ont alors dit qu'étant donné mes liens avec Harry, mes parents avaient deux choix : rejoindre Voldemort ou mourir. Ils sont ensuite partis en donnant 24h à mes parents pour changer d'avis.

Inutile de dire que mes parents sont fous de rage contre moi, ils me reprochent cette situation et mon amitié avec vous tous.

Harry, mes parent ont l'intention de s'enfuir, de quitter l'Angleterre et se cacher très loin chez de la famille. Et ils ont dit que je pouvais soit venir avec eux soit rester ici, mais qu'alors je devrais me débrouiller seule, et si je me bats à tes côtés, je dois me considérer comme reniée car ils ne lèveront plus jamais le petit doigt pour moi.

Je ne veux pas partir, je veux me battre, avec vous tous. Qu'est ce que je dois faire Harry ? Si mes parents partent sans moi, qu'est ce que je vais devenir ?

S'il te plait réponds moi très vite, par Patronus. Mes parents seront partis dans moins de deux heures.

Daphnée.

PS : j'ai adressé cette lettre à Tracey au cas où quelqu'un intercepterait mon courrier. J'ai l'impression que mon courrier a été lu par d'autres que moi ces derniers temps.

Une fois qu'il eut terminé de lire la missive, Harry prit les choses en main.

- Je vais aller voir Minerva et lui demander si on peut héberger une personne de plus au Sanctuaire, décréta-t-il avec autorité. Je ne vois pas pourquoi elle dirait non, et Daphnée restera ici en permanence.

Il n'attendit même pas la réaction ou l'avis de ses amis et partit trouver la professeure de Métamorphoses. Neville, Lucas et Tracey le regardèrent agir, à la fois surpris et impressionnés.

- Est-ce que c'est moi ou Harry est devenu un adulte depuis le retour de papa Voldy ? Dit Tracey, énonçant à voix haute ce que tout le monde pensait à voix basse.

- Il assume son rôle, répondit sombrement Neville.

C'était horrible. D'un côté, il était heureux que l'Elu désigné par la prophétie ne soit pas ce boulet de Ryan, mais de l'autre, voir Harry se comporter en chef de guerre, s'entraîner sans répit, voir ses épaules s'affaisser jour après jour devant l'énormité de la tâche à accomplir, tout cela le rendait malade. Harry n'avait pas mérité ça. Et le pire était qu'il était traité en pestiféré par la communauté qu'il allait sauver.

Quelque chose ne tournait pas rond au royaume de Merlin.

Dix minutes plus tard Harry envoyait son Patronus à la résidence des Greengrass, avertissant que les Zabini qui avaient été mis au courant de la situation venait la chercher dans moins de cinq minutes, alors il valait mieux qu'elle fasse en vitesse ses valises.

Et vingt minutes plus tard Daphnée atterrissait dans le salon principal du Sanctuaire, déboulant de la cheminée avec grâce et délicatesse, Gabriel et Andréa juste derrière elle.

C'était eux qui avaient été la chercher car ils connaissaient ses parents, et cela avait donc été plus facile pour eux de leur annoncer que leur fille unique allait rejoindre le camp certes un peu vide mais très actif d'Harry-tout-court.

C'était triste à dire, mais aucun des deux n'avait semblé ému ou triste. Ils avaient haussé les épaules, crié aux elfes de se dépêcher, et sans un regard en arrière étaient sortis de la pièce.

Gabriel et Andréa avaient alors aidé la jeune orpheline à rassembler ses affaires, avaient tout rétrécis puis étaient aussi repartis au Sanctuaire.

- Daphnée est-ce que tu vas bien ? S'écria Tracey, courant aussitôt vers sa meilleure amie et se jetant dans ses bras. Oh Salazar tes parents sont horribles ! Comment ont-ils pu faire ça ?

- Ca va aller, t'inquiète pas pour moi, la rassura la jeune blonde qui avait cependant une sale mine. En tout cas, merci Harry, d'avoir trouvé une solution aussi vite, dit-elle en direction du Survivant.

- Tu ne croyais quand même pas qu'on allait te laisser partir, répondit-il d'un ton nonchalant. Ta place est ici, parmi nous.

Il avait déjà perdu sa famille biologique, il n'allait pas perdre celle qu'il avait crée au cours des années.

- Merci, répéta-t-elle, et Daphnée avait l'air sincèrement émue.

- Désormais tu vivras avec nous, complètement, expliqua-t-il. A priori tant qu'on sera en guerre le Sanctuaire sera notre refuge à tous. On vit tous plus ou moins ici, et Minerva va s'occuper de ta situation vis-à-vis de l'école. Je suppose que tes parents t'ont également coupé les vivres ?

Daphnée acquiesça tristement d'un hochement de tête.

- Pas de problème, intervint alors Andréa Zabini. On s'occupera de toi Daphnée.

- Oh mais je ne veux pas de…

- Petite ne dis rien, répliqua Gabriel. Nous sommes plus riches que Crésus, et nous serions ravis de pouvoir t'aider, tous comme tous les amis d'Harry. C'est la guerre, et on doit faire tout ce qu'on peut. Cela ne nous pose absolument aucun problème.

- Ne dis plus rien, ajouta Andréa. Nous allons créer un compte à Gringotts pour toi où nous déposerons de l'argent tous les mois, et tu seras libre d'en faire ce que tu veux. Crois-moi, nous ne remarquerons même pas que cet argent a disparu de notre compte.

- Je ne sais pas comment vous remercier !

- Moi je sais, coupa sèchement Severus. Arrêtez vos jérémiades, sortez votre baguette et allez vous entraîner Greengrass, vous avez plus d'un mois de retard sur vos camarades ! Allez, zou !

Daphnée ne fut pas la seule nouvelle arrivante au Sanctuaire.

Au tout début du mois d'août, Remus ramena un cadeau d'anniversaire supplémentaire à Harry.

Un allié en plus.

Et pas n'importe qui.

- Professeur Maugrey, s'exclama avec surprise la petite Jenny qui descendait les escaliers en courant et se stoppa net en voyant les deux hommes rentrer.

- Bonjour petite, répliqua d'une voix bourrue le vieil Auror.

- Qu'est ce que vous faîtes là ?

- J'ai vu de la lumière alors suis entré, répondit-il d'une voix si sérieuse que pendant un quart de seconde Jenny le crut. A ton avis petite, je suis là pour filer un coup de main !

Jenny jeta un regard interrogatif au père d'Harry qui confirma d'un joyeux hochement de tête.

- Yeah, trop bien ! Je vais aller le dire aux autres.

Et sans attendre son reste la Serpentarde remonta les mêmes escaliers et partit répandre la bonne nouvelle.

- J'en déduis que jusqu'à maintenant tu as réussi à convaincre peu de sorciers, dit Alastor en se retournant vers Remus.

- A part Evana non, répondit avec lassitude l'ancien Maraudeur.

- Evana Black ? Là je suis surpris. Je pensais qu'avec son mari…

- Comme toi, elle est venue me demander des comptes, elle a tout vu dans la Pensine et nous a aussitôt ralliés. Je ne peux pas dire que je lui ai complètement pardonné, mais elle fait de son mieux. Pour l'instant c'est suffisant.

- Et tu es sûr de pouvoir faire confiance à cette racaille de Rogue ? C'est quand même un Mangemort Remus !

- Ancien Mangemort, ancien, tel est le mot clé Alastor. Severus est tout autant en danger que Jenny ou Morgana tu sais. Malfoy, Nott et Lestrange veulent sa peau. Il est obligé de rester caché ici et ça le rend fou. Il veut se battre, aux côtés d'Harry !

- Tu sais, en parlant de ça, jamais Dumbledore n'aurait accepté qu'Harry, même s'il est le Survivant, puisse avoir un rôle aussi important, dans la prise de décision et tout ça. Toi tu me donnes l'impression que c'est Harry, un gamin de 15 ans, le chef.

- Mais c'est le cas Alastor, intervint alors Andromeda qui de la cuisine avait entendu des bribes de leur conversation. On a peut-être le double ou le triple de son âge, mais ici nous sommes sous ses ordres.

- Mais ce n'est qu'un gamin encore !

- Un gamin qui a déjà vaincu à quatre reprises Voldemort, répondit avec fougue Andromeda. Est-ce que tu peux en dire autant Alastor ? Toi qui as perdu ton œil contre Avery, ta jambe contre les Lestrange ? Harry lui s'en est sorti presque sans une égratignure à chaque fois !

- Je ne dis pas qu'il n'a pas de capacités, répondit l'Auror d'un ton bourru. Mais il n'a pas encore suffisamment d'expérience ! Cette guerre va être différente de la dernière, Harry part avec de très sérieux handicaps, quasi seul ! La moindre erreur lui sera fatale !

- J'en suis conscient, professeur Maugrey.

La voix claire de l'Elu résonna dans le couloir. Se retournant, Maugrey vit Harry dans les escaliers, les mains croisés sur la poitrine et un sourire à la Draco Malfoy sur son visage.

- Je vois professeur que vous avez décidé de nous rejoindre ! Qu'est ce qui nous vaut ce plaisir ?

- C'est parce qu'on a des cookies, chantonna Luna en descendant les escaliers en gambadant. Bonjour professeur Alastor Fol-Œil Maugrey, dit-elle avec un immense sourire en passant devant lui.

Maugrey fronça les sourcils.

- Bonjour Harry, en effet, ton oncle m'a montré les souvenirs dans la pensine.

- Il faut dire père, le corrigea Andromeda. Remus va adopter Harry Alastor.

- Vraiment, je l'ignorais. C'est très bien!

Harry acquiesça d'un léger hochement de tête.

- Donc vous avez quelques doutes à mon sujet professeur ? Reprit-il d'un ton innocent.

- De un Harry ne m'appelle plus professeur, je n'enseignerai pas à Poudlard l'année prochaine. Et de deux, je pense simplement que tu es un peu jeune et que cette guerre va être plus dure que la dernière. Bien plus terrible. Tu ne sais pas comment c'était à l'époque. Une boucherie perpétuelle, des scènes de massacres qui se multipliaient. La guerre n'est pas un jeu d'enfant !

- Alastor toujours le mot pour mettre l'ambiance à ce que je vois, railla soudainement Tonks. C'est très sympa, on devrait te mettre en charge de l'animation dans les mariages, bar-mitsva et autres soirées en tout genre. Tu ferais un malheur !

- Nymphadora ! Tonna son ancien professeur. Un peu de sérieux bon sang !

- C'est Tonks, répondit à la place de sa cousine qui fulminait Elisabeth, descendant à son tour et se glissant dans les bras de son petit ami. Et professeur, relax, on sait que c'est la guerre, mais tant que papa Voldy n'est pas sorti de sa cachette, il n'y a pas grand-chose qu'on puisse faire à part se préparer du mieux que l'on peut.

- Papa Voldy ? Répéta Maugrey avec un ébahissement croissant qui se marquait sur son vieux visage ridé.

- C'est le surnom qu'Elisabeth lui a donné, répondit Harry d'un ton nonchalant. C'est un peu devenu son surnom officiel.

- Ouais, il manque plus que le logo, le slogan et on lui crée son fan-club, acquiesça Jenny.

Maugrey secoua lentement la tête. Il savait qu'il avait fait le bon choix, mais honnêtement, dans quelle maison de fous venait-il d'atterrir ?

*

Qu'est ce que voulait papa Voldy, telle était la question.

Harry comprenait pourquoi il gardait le silence. Peut-être espérait-il qu'Harry soit condamné par le ministère et qu'on lui brise sa baguette, mais comme le disait Severus, c'était peu probable. Voldemort savait qu'Harry pouvait très bien se procurer une autre baguette et pouvait toujours pratiquer la magie, illégalement certes, mais ce n'était pas comme si Harry se préoccupait des règles.

Alors que voulait-il ? Qu'Harry devienne fou sous la pression et abandonne, ou le rejoigne ?

Non, Voldemort savait qu'Harry préférerait mourir plutôt que de le rejoindre.

Alors quoi ?

Car tant que les Mangemorts étaient dans l'ombre, Harry et ses alliés piétinaient sur place.

Ce fut deux semaines avant la rentrée à Poudlard qu'Harry obtint enfin la réponse.

Par deux biais différents.

Le premier fut par une vision.

Depuis le début du mois de juillet Harry maîtrisait parfaitement l'occlumentie. Ce qui était au début simplement destiné à empêcher toute personne (Dumbledore pour ne pas le citer : au Sanctuaire, c'était un peu l'opposé du monde sorcier. Ils osaient en toute impunité cité le nom Voldemort et même lui inventer certains diminutifs, en revanche, le nom de Dumbledore était presque tabou) d'entrer dans son esprit et de fouiller dans ses souvenirs et pensées était devenu un moyen de se prémunir des visions qu'il pouvait avoir de papa Voldy. Severus avait bien insisté sur ce point. Les visions semblaient provenir de la cicatrice qu'Harry avait et du lien qu'il partageait avec le Seigneur des Ténèbres. Et si Harry pouvait le voir en rêve, le contraire n'était-il pas également possible ?

Le directeur des Serpentards avait donc martelé encore et encore qu'Harry devait pouvoir fermer son esprit et empêcher papa Voldy d'y entrer.

Mais plus les semaines passaient, plus Harry restait dans l'inaction (du moins de son point de vue), et plus il se surprenait à penser que peut-être, il devait rouvrir son esprit et espérer avoir une vision qui pourrait les aider.

Il n'en parla à personne, surtout pas à Eli qui l'aurait probablement étranglé avant qu'il ne puisse mettre cette idée folle à exécution, mais peu à peu, il « oublia » d'ériger ses barrières mentales chaque soir avant d'aller se coucher.

Et cela finit par payer.

Il se trouvait dans un couloir sombre où régnait une odeur insupportable. Mélange de sang et d'excréments. Harry dut se retenir de ne pas vomir.

Des bruits de conversation lui parvenaient, des murmures, des doloris lancés. Sa cicatrice picota, et Harry sut que face-de-serpent n'était pas content.

Il avança dans le couloir qui devenait de plus en plus sombre. Aux murs étaient accrochés des têtes d'elfes morts, mais aussi, Harry reconnut l'animal qui figurait sur les tapisseries aux murs. Des chèvres.

Il était chez les Nott.

Soudain, il vit une porte devant lui, tout au fond du couloir, dont émanait une lumière blafarde. Il se rapprocha et colla son oreille à la porte.

- Comment est-il possible que tu ne parviennes pas à lire dans l'esprit de ce morveux Lucius ? Siffla Voldemort. Il me faut la prophétie !

- Maître, sommes-nous sûrs que Ryan Potter connaisse bel et bien la prophétie ! Intervint alors une voix inconnue, basse et féminine. Je doute que Dumbledore ait révélé quelque chose d'aussi important à un gamin aussi stupide, surtout s'il savait qu'il n'était pas le vrai Survivant.

Il y eut un instant de silence pendant lequel Harry retint son souffle.

- Tu as raison Antonia, finit par dire Voldemort, et le soulagement dans l'air était palpable. Il me faut la prophétie qui est au Ministère.

- Maître, vous ne pouvez pas vous y rendre, s'éleva alors la voix d'un autre Mangemort.

La réponse de papa Voldy fut brève et éloquente.

- Doloris, cracha-t-il, et Harry entendit quelqu'un tomber et hurler sa douleur. Ça Avery, c'est pour énoncer des stupidités aussi énormes. Tu crois peut-être que je ne sais pas que je ne peux pas me rendre au Ministère ?

Non, poursuivit-il, il faut un autre plan.

Un seul sorcier peut me ramener la prophétie.

Harry, conclut-il, et Harry pouvait presque sentir le mince sourire qui s'étalait sur le visage anormal du Seigneur des Ténèbres. Harry va nous ramener la prophétie.

- Comment ? Osa demander un Mangemort.

Harry aussi attendait la réponse avec une anxiété évidente.

Mais sans prévenir, sa cicatrice brûla, et il se réveilla, le front ensanglanté.

- Alors c'est ça qu'il veut, murmura-t-il pour lui-même. Heureusement pour lui, Neville, dormeur comme il était, n'avait rien remarqué. Très bien.

Que la guerre commence.

Harry ne dormit pas du reste de la nuit. Il avait enfin trouvé quelque chose de précis pour lequel se battre. Voldemort ne devait pas mettre ses mains sur la prophétie, quoi qu'il arrive.

Et quand le soleil se leva le lendemain matin, Harry avait une idée.

Lui personnellement ne pouvait rien faire pour protéger la prophétie qui se trouvait au département des mystères, mais il avait quelques alliés qui travaillaient dans ce même ministère.

Maintenant, restait à trouver la manière dont il allait annoncer à tout le monde qu'il avait obtenu cette information. Il ne tenait pas forcément à révéler à tout le monde qu'il avait eu une vision. Jamais Severus ou Elisabeth ne croirait qu'il avait « oublié » de pratiquer l'occlumentie avant d'aller se coucher.

Mais parce la vie d'Harry n'était pas déterminée à l'avance par une auteur cruelle qui ne songeait qu'à la lui rendre plus difficile encore, quelqu'un vint ce matin là à sa rescousse.

Il était en train de prendre son petit déjeuner avec sa petite amie, Tracey, Severus et Minerva quand un Patronus émergea dans la cuisine.

Un Patronus qui avait la forme d'un petit elfe de maison.

Le Patronus de Draco.

- J'ai une information très importante, débita alors le petit elfe argenté. Papa Voldy veut la prophétie. Je répète, papa Voldy veut la prophétie. Il prépare une excursion au Ministère pour l'avoir.

Puis, aussi brusquement qu'il était apparu, le Patronus se dissipa en une volute de fumée argentée, laissant des sorciers stupéfaits derrière lui.

Tous sauf un.

- La prophétie, murmura Severus qui était tombé en pleine introspection philosophique. Pas étonnant de sa part. Avant sa chute il ne disposait que de la première partie, mais justement à cause du 31 octobre 1981 il doit probablement vouloir savoir s'il n'a pas manqué une partie importante de la prophétie.

- Alors qu'est ce qu'on fait ? Demanda Tracey. Il faut l'empêcher de mettre la main dessus.

- En effet, dit Harry en se levant et en allant mettre son bol de céréales dans l'évier. La prophétie étant au Ministère, le seul moyen pour la protéger est que des gens qui travaillent là-bas, mon père, Tonks, Andromeda, Maugrey, Evana, ne la surveillent.

- Tu veux dire, monter la garde ? Demanda Minerva. Oui, pourquoi pas.

Harry acquiesça d'un petit hochement de tête, dissimulant un sourire triomphant. Sur ce coup-là, l'intervention de Draco lui avait sauvé la mise.

Harry se sentit revigoré ce jour là. Maintenant qu'il avait trouvé quelque chose de bien précis à faire, il se sentait mieux. Les deux derniers mois et le manque d'indices et avancement dans la quête des Horcruxes lui laissaient un goût amer.

Surtout qu'il ne savait que trop bien que sa bourde le 21 juin avait compliqué encore plus la situation comme Severus ne manquait pas de lui rappeler.

C'était Andréa, Morgana et Minerva qui s'occupaient principalement des Horcruxes, elles et les adolescents qui participaient quand ils le pouvaient aux recherches. Quand ils le pouvaient, car Harry, Severus et Remus insistaient sur l'entraînement. Face-de-serpent n'allait pas rester caché toute sa vie, et les amis d'Harry allaient être la première cible des Mangemorts. Et si l'un de ses amis se faisait assassiner, Harry ne le supporterait pas.

Les adolescents passaient donc des journées entières à s'entraîner sous l'égide de Severus et Maugrey. Le fait que les deux hommes ne se supportaient pas rendait les choses piquantes aux yeux des jeunes sorciers qui généralement se divisaient en deux groupes.

Mais pour les Horcruxes ils piétinaient, il n'y avait pas d'autre mot pour décrire la situation. Comment savoir combien d'objet papa Voldy avait crée, et surtout, quels objets il avait choisi et où il les avait cachés ?

La tâche semblait gargantuesquement impossible à réaliser.

Mais dans l'obscurité renaissait une lueur d'espoir. Même si les mauvaises nouvelles s'étaient accumulées ces derniers mois, il y avait toujours de l'espoir. Et la main d'Elisabeth dans la sienne durant les repas, les baisers qu'ils échangeaient dés qu'ils le pouvaient et les très courts moments d'intimité qu'ils avaient, tout cela lui rappelait de ne jamais abandonner.

Des gens comptaient sur lui. Plus que jamais il s'en rendait compte. Il le voyait dans les yeux de ses amis à chaque entraînement, à chaque moment où ils parlaient de la guerre, durant chaque réunion. Et même dans les yeux des adultes, des sorciers plus expérimentés, des sorciers qui s'étaient déjà battus, qui avaient regardés Dumbledore quatorze ans auparavant de la même façon.

Mais Harry savait que s'il avait leur respect et leur confiance maintenant, ils allaient devoir continuer à les mériter. Il avait besoin de résultats, il avait besoin de leur prouver qu'il était digne de porter l'étiquette de l'Elu désigné par la prophétie.

Mais il se sentait prêt, et c'était tout ce qui importait. Il était prêt à assumer ce rôle, il était prêt à se battre.

La guerre avait commencé.