Chapitre 51 : Branle-bas de combat

Izabella Matthews observa un long moment le jeune couple avant de se tourner vers le policier en tenue qui les avait accompagnés.

-« Excusez-moi mais… Vous pensez qu'ils seront assez forts pour faire face à la disparition de leur fille ? »

-« Bien sûr ! Vous ne les connaissez pas mais ils sont impressionnants. Même quand ils ont des désaccords, à partir du moment où ils sont ensembles, ils sont plus forts. »

-« Pourtant, ce qu'il lui a dit était loin d'être tendre… »

-« Ils s'en sortiront, » affirma le latino. « Ils s'en sortent toujours. »

Le silence se fit à nouveau puis les parents d'Alizée arrivèrent en catastrophe. Matthews, aidée de Ryan, expliqua au couple la situation et Esposito eut juste le temps de rattraper Madame Brown alors que ses jambes la lâchaient à l'annonce de l'enlèvement de sa fille. Il l'aida à prendre place dans un fauteuil avec une grande douceur puis son mari prit place à côté d'elle et l'entoura de ses bras.

-« Ce n'est pas possible… Pas mon bébé… »

-« Je suis désolée Madame mais sachez que nous allons tout mettre en œuvre pour la retrouver au plus vite. »

Beckett ne dit rien mais elle savait que chaque minute comptait dans ce genre d'affaire et que le FBI n'allait pas tarder à prendre l'affaire en main. Soudain une pensée terrible la traversa et la panique enfla dans son ventre.

-« Inspecteur ? » demanda la jeune femme en se redressant pour plonger son regard dans celui de sa collègue. « Où est Adam ? Est-ce qu'il va bien ? Avez-vous prévenu mon cousin ? »

-« Calmez-vous Mademoiselle… »

-« Mais il s'agit de notre neveu ! » intervint Castle en réalisant à son tour l'absence du jeune garçon.

-« Ne vous en faites pas. Adam se trouve dans la salle d'à côté à attendre son père en compagnie de son instituteur. »

-« Nous voulons le voir ! Maintenant ! » insista Beckett. « S'il vous plaît… Je ne veux pas qu'il se retrouve seul face à ses craintes ! Je sais trop bien ce qu'il peut ressentir… »

-« Très bien, nous allons vous le rechercher, » sourit Matthews avant de faire un signe à Ryan qui disparut pendant un instant.

Lorsque l'officier Ryan revint avec Adam cependant, alors que le couple s'attendait à ce que l'enfant se précipite dans leurs bras, ce dernier resta sur le pas de la porte, la tête basse.

-« Hey, Bonhomme, » l'interpella Beckett en essayant d'attirer son attention. « Tout va bien ? »

Devant le mutisme du garçon, le couple prit peur et se tourna vers Matthews.

-« Que lui est-il arrivé ? »

-« Il a été fortement choqué par ce qu'il lui est arrivé mais rassurez-vous, il est sorti indemne de sa rencontre avec les agresseurs. »

-« On a tenté de l'enlever lui aussi ? » demanda Beckett en se redressant brusquement. « Mais pourquoi ne nous avez-vous rien dit ? »

-« D'après ce que nous savons, le commando s'est servi d'Adam et Christopher pour faire diversion et ainsi enlever sans problème les deux fillettes. »

Sans un mot, Beckett se leva et s'approcha de son neveu afin se mettre à sa hauteur. Cependant l'enfant faisait tout pour éviter son regard.

-« Hey ! Ce n'est pas ta faute ! Ni Rick ni moi ne t'en voudrons pour ce qui est arrivé à Alexis. »

-« Mais je… »

-« Non Adam, » intervint alors Castle en les rejoignant. « Comme te l'a dit Kate, nous ne t'en voulons pas. Tu n'aurais rien pu faire. »

-« Christopher et moi, on a pas attendu Madame Smith et les filles, » avoua alors le jeune garçon avant de fondre en larmes. « Si on l'avait pas fait, Alizée et Alexis elles seraient toujours là… »

Sans réfléchir plus, Beckett prit son neveu dans ses bras et se releva pour se blottir dans les bras de son fiancé.

-« Tu n'y es absolument pour rien Adam, » insista la jeune femme. « Ce sont ces messieurs qui s'en sont pris à toi puis à ta cousine qui sont responsables de notre malheur. »

-« Alors vous m'en voulez pas ? » osa espérer le garçonnet.

-« Bien sûr que non ! » répondirent en chœur les deux jeunes gens.

Le couple retourna s'asseoir dans les bras l'un de l'autre, Adam sur les genoux de Kate. Ils étaient installés ainsi depuis quelques minutes lorsqu'un groupe d'individus pénétra dans le salon.

-« FBI, qui est le responsable de l'enquête ? »

-« Bonjour, inspecteur Izabella Matthews. C'est moi qui suis arrivée ici avec mon coéquipier Mitchell peu après les officiers Ryan et Andrews. Je vais vous transmettre ce que nous avons recueilli jusqu'à présent. »

L'inspectrice fit donc son rapport aux agents du FBI en charge de l'affaire puis se tourna vers les deux couples.

-« Sur la droite, vous avez les parents d'Alizée dont la mère est femme au foyer tandis que le père, Philip Brown est l'un des politiciens en lice pour devenir le prochain gouverneur de l'Etat. »

-« Ce qui pourrait expliquer un enlèvement afin d'affaiblir politiquement le candidat… »

-« Quant au couple sur la gauche avec l'enfant assis sur leurs genoux, il s'agit du célèbre romancier à succès Richard Castle et père de la jeune Alexis ainsi que sa fiancée, une jeune officier prometteuse de la police New Yorkaise qui travaille au 12ème district. »

-« Là encore, il peut y avoir plusieurs raisons expliquant un enlèvement… Et sinon, où se trouve la mère de l'enfant disparue ? »

-« Aucune idée… »

-« Très bien. Merci pour ces informations, » fit l'agent du FBI en se dirigeant vers les deux couples. « Bonjour Messieurs Dames. Je suis l'agent Peterson. Puis-je vous poser quelques questions afin de mieux vous connaître et de comprendre un peu plus les circonstances entourant l'enlèvement de vos filles. »

-« Nous ferons tout pour vous aider à les retrouver au plus vite ! » affirma le père d'Alizée tout en soutenant son épouse.

-« Très bien. Si ça ne vous dérange pas, je vais commencer par vous Monsieur Brown. Auriez-vous reçu des courriers inappropriés, des menaces ? Avez-vous des ennemis ? »

-« Comme tout homme politique influent et en lice pour un poste fortement disputé, je reçois des courriers ambigus voire menaçants mais aucun n'a menacé ma famille. Et j'ai bien quelques opposants politiques, cependant… Iraient-ils jusqu'à cet extrême ? Je ne pense pas… »

-« Philip, n'oublie pas ce jeune homme qui s'est présenté à plusieurs reprises à la maison et qui m'a suivie alors que j'étais seule avec les enfants ! Ce type m'a fichu la trouille… »

-« Ah oui ? Vous rappelez-vous de son nom ? »

-« Je ne l'ai pas retenu mais nous avons porté plainte. Son nom doit être dans le dossier de vos collègues de la police de New York. »

-« Très bien, nous allons nous renseigner. En attendant, je vous laisse ma carte. Si vous avez la moindre idée, n'hésitez pas à me contacter, » fit Peterson en leur tendant sa carte professionnelle avant de se tourner vers le second couple. « Monsieur Castle, votre popularité doit vous apporter votre lot de parasites, je me trompe ? »

-« C'est sûr mais je dois dire que je le vois peu. L'ensemble du courrier de mes fans arrive chez Black Pawn. C'est eux qui font le tri avant de me remettre uniquement les courriers politiquement corrects comme on dit. »

-« Très bien, c'est noté, » fit Peterson avant de se tourner vers Beckett. « Et de votre côté Mademoiselle ? Y a-t-il une raison pour que quelqu'un veuille s'en prendre à votre famille ? »

-« Euh… » réfléchit un instant la jeune femme en jetant un rapide coup d'œil à Esposito pour confirmation. « Non. Nous avons bien arrêté tout un lot de cinglés mais rien de plus que les autres. »

-« Votre mère a été assassinée il y a un an d'après mes sources. Pensez-vous qu'il pourrait y avoir un rapport entre son meurtre et l'enlèvement de votre belle-fille ? »

-« Quoi ? Mais on ne sait même pas qui est derrière le meurtre de ma mère ! » s'écria Beckett en luttant contre son émotion alors que Castle entrelaçait ses doigts aux siens en signe de soutien. « Pour quelles raisons son assassin s'en prendrait-il à ma fille maintenant alors qu'on ignore qui il est ? »

-« Très bien. Mais vous parlez d'Alexis comme de votre fille. Qu'en est-il de sa mère biologique ? »

-« Meredith et moi avons divorcé il y a plusieurs années maintenant. Elle vit à Los Angeles et vient voir Alexis quand elle en a le temps. Depuis quelques mois, c'est silence radio de son côté. J'ai beau lui laisser des messages, elle ne rappelle jamais. Même pas pour prendre des nouvelles d'Alexis… »

-« L'avez-vous avertie de la disparition de sa fille ? »

-« Oui, je l'ai appelée mais elle n'a pas répondu. Je lui ai cependant laissé un message mais je ne peux malheureusement pas vous assurer qu'elle l'écoute vraiment. »

-« Nous allons donc tenter à notre tour de la joindre, » affirma l'agent Peterson avant de regarder les deux couples. « Maintenant je vais vous demander de rentrer chez vous. Une équipe de techniciens du FBI va vous suivre afin de mettre vos lignes téléphoniques sur écoute au cas où les ravisseurs tentent de vous contacter pour une rançon. »

-« Adam ! Oh mon Dieu Adam ! » s'exclama Jack en se précipitant vers son fils alors qu'il venait de pénétrer dans le salon.

-« Papa ! » répondit l'enfant en quittant les bras de son oncle et sa tante pour se jeter dans ceux de son père.

-« Oh mon Chéri, tu vas bien ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »

-« C'est Alexis Papa. Y'a des méchants messieurs qui l'ont prise… » eut le temps de murmurer Adam avant de fondre en larmes dans les bras de son père.

-« Quoi ?! Alexis a disparu ? » demanda Jack en regardant sa cousine pour confirmation.

-« Une de ses petites camarades et elle ont été kidnappées Jack, » souffla Beckett avec émotion alors qu'elle se levait pour rejoindre son cousin. « Tu veux rentrer au loft avec nous ou tu préfères aller chez toi ? »

-« Je ne vous laisserai pas seuls face à cette terrible épreuve. Je viens avec vous au loft. »

-« Et nous aussi, » intervint Lanie qui venait d'arriver. « Ca va aller Rick ? »

L'écrivain hocha doucement la tête sans pour autant parvenir à donner le change auprès de ses proches. Après s'être levé, il les rejoignit et prit Beckett dans ses bas ayant besoin de sa proximité, de sa chaleur. La jeune femme se laissa faire sous les regards complices de leurs amis et famille.

-« Rentrons, je ne veux pas risquer de manquer le moindre appel, » articula d'une voix enrouée Castle alors que tous acquiesçaient en silence.

Ils quittèrent tous ensemble le salon pour se rendre dans le hall d'entrée du Metropolitan Museum of Art. Ils allaient en sortir quand Esposito retint sa partenaire par le bras.

-« Oui ? » fit Beckett en fronçant les sourcils.

-« Pars devant. Moi j'appelle le capitaine pour l'informer de la situation. Avec Lanie, on vous rejoint au loft avec la voiture de patrouille, » déclara le latino avant de poursuivre avant que la jeune femme n'ait eu le temps d'intervenir. « Tu n'es absolument pas en état de conduire Kate alors maintenant rentre chez toi. »

-« File ma belle, il a besoin de toi, » insista Lanie avec un regard en direction de Castle qui semblait complètement perdu et abattu.

Une vingtaine de minutes plus tard, Castle, Beckett, Jack, Adam et une équipe de six techniciens du FBI arrivèrent au loft. Martha, qui était de repos et travaillait un scénario, se leva en voyant tout ce monde débarquer à l'improviste.

-« Mon Dieu ! Qu'est-ce qui se passe ? Richard ? »

-« Alexis et l'une de ses petites camarades ont été enlevées lors de leur sortie scolaire, » répondit Beckett en faisant tout pour contrôler ses émotions alors que son fiancé restait silencieux.

-« Où se trouve le téléphone principal ? » questionna l'un des agents.

-« Par ici, » répondit la jeune femme en le guidant vers le salon, se maîtrisant pour le bien de l'enquête. « Avez-vous besoin d'autre chose ? »

-« Il nous faudrait également vos téléphones portables. Les ravisseurs peuvent utiliser n'importe quel moyen afin de vous joindre. »

Beckett obtempéra et s'activa à leur fournir tout ce dont ils avaient besoin avant d'aller à la cuisine préparer cafés et autres boissons chaudes.

-« Hey darling, comment vas-tu? » demanda la mère de Castle en la rejoignant dans la cuisine pour lui donner un coup de main.

-« Ca va, ne vous en faites pas, » affirma la jeune femme avec un sourire forcé.

-« Si tu as besoin… »

-« Merci Martha, ça va aller pour moi. Mais vous ? Comment vous sentez-vous ? »

-« Il faut que je sois forte pour mon fils tout comme toi, » répondit la rouquine consciente de l'effort que faisait sa belle-fille. « Cependant je dois avouer que je suis terrifiée. J'ai tellement peur pour ma petite Alexis… »

-« Je sais… » répondit la jeune femme en s'avançant et prenant son aînée dans ses bras. « On va la retrouver Martha, on va tout faire pour, je vous le promets. »

Toutes deux se séparèrent, se sentant un petit peu mieux et rejoignirent le salon où tout le monde s'était installé. Soudain Beckett réalisa que Castle n'était nulle part en vue. Elle s'apprêtait à partir à sa recherche quand l'agent en charge de l'équipe sur place l'interpella.

-« Officier Beckett, un appel entrant sur la ligne fixe, » fit l'agent en désignant le téléphone pour qu'elle décroche. « Rappelez-vous : s'il s'agit des ravisseurs, faites-les parler le plus possible et tentez d'avoir des nouvelles des enfants, voire même de les avoir en ligne. »

La jeune femme acquiesça avant de décrocher la boule au ventre.

-« Beckett. »

-« Oh ! Vous devez être la jeune fiancée ! Je suis Paula, son agent. Puis-je parler à Ricky s'il vous plait ? »

-« Je suis désolée mais… Je ne sais pas où il est en ce moment même. Puis-je prendre un message ? » fit la jeune femme en se mordant la lèvre inférieure ayant peur d'interférer dans le travail de son compagnon.

-« Dites-lui de me rappeler au plus vite ! J'ai une opportunité à lui proposer. »

-« Très bien, merci Paula, » répondit Beckett avant de raccrocher puis de se tourner vers les agents du FBI. « Maintenant, si vous voulez bien m'excuser… »

-« Mais… Et si le téléphone sonne ? » tenta de la retenir l'un des agents du FBI.

-« Laissez-là, » dit Martha. « Je peux répondre au téléphone sans que ça paraisse louche puisque je vis ici moi aussi. »

Avec un sourire reconnaissant pour sa belle-mère, la jeune femme quitta le salon et se dirigea vers l'étage du loft. Elle savait instinctivement où trouver Castle et, n'écoutant que son cœur, elle rejoignit rapidement la chambre d'Alexis. Cependant, arrivée sur le pas de la porte, elle se figea devant le spectacle désolant qui s'offrait à elle. En effet, l'écrivain était assis sur le rebord du lit de sa fille, sa peluche préférée entre ses mains et des larmes coulant sans interruption le long de ses joues. On avait l'impression que le jeune homme venait de prendre dix ans en quelques minutes…


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