Dédicace spéciale à Lunagarden pour qui ce texte a été spécialement écrit et qui a eu la gentillesse de m'autoriser à le publier.

Ce texte fait partie de la série comprenant également « Trois papillons autour d'une flamme » « Tels des plantes sur un sol désertique » et « Le temps des gardiens ». Il se passe avant les trois autres et retrace un pan de l'adolescence de Sephiroth, Genesis et Angeal.


Trois plumes noires

Chapitre 48) Rêves révélateurs : Sarge

Gaïa année 1997

Sarge se retrouva dans le jardin de la maison, face à ses parents.

Les revoir le bouleversa.

Il les considéra en tremblant, partagé entre la tristesse et la honte.

Ils devaient être tellement déçus de ce qu'il était devenu... ils avaient quitté un enfant en pleine santé, ils retrouvaient un être artificiel, au corps atrocement modifié...

Dévasté par cette pensée, il baissa les yeux, incapable de soutenir leurs regards.

Il aurait aimé disparaître, ne pas s'être montré à eux dans un état aussi lamentable.

Il sentit la main de sa mère se poser sur sa joue et la caresser avec douceur.

- Nous ne serons jamais déçus, ni honteux, que tu sois notre fils. Affirma son père. Bien au contraire, nous sommes très fiers de toi, tu as sacrifié ton corps pour protéger tes amis, plusieurs fois.

Sarge s'inclina devant eux, le cœur battant à tout rompre.

- Merci père. Murmura t'il.

Sa mère caressa à nouveau son visage puis se recula pour se placer aux côtés de son père.

- Nous ne sommes pas venus uniquement pour te rassurer, mais pour te dévoiler quelque chose que tu te dois de savoir. Nous ne sommes pas morts, nous savions ce qui allait se produire, cela était nécessaire.

Sarge les regarda avec ébahissement, ne parvenant pas à en croire ses oreilles.

Pourquoi son père lui disait il une chose aussi difficile à entendre ?

Il sentit son cœur se serrer, il revit leurs corps sans vie s'écrouler sur le sol, scène si pénible pour ses yeux d'enfant.

- Non... ce n'est pas possible... je vous ai vu mourir... balbutia t'il.

- Tu as vu nos corps d'alors mourir. Corrigea son père. Nous sommes des Särnes, nous ne pouvons mourir que si nos âmes sont détruites. Ce sont elles qui déterminent ce à quoi nous ressemblons.

Sarge cilla, puis l'information lui donna un peu d'espoir.

Si ce que son père disait était la vérité, alors, il pouvait se délivrer des modifications apportées à son corps, il lui suffisait d'apprendre de ses parents comment faire.

- Alors, je peux récupérer mes bras et mes jambes ? Me débarrasser de ce que le professeur a mis en moi ?

Il vit les visages de ses parents s'assombrir, sa mère réprima un sanglot.

- Non, hélas. Tu as failli le pouvoir, lorsque les miliciens t'ont tué, mais l'action de ton compagnon a empêché la chose. L'écaille qu'il a placé sur ton corps te condamne à rester tel que tu es pour l'éternité.

Sarge se figea, tandis que l'horreur de la révélation le frappait de plein fouet.

Il était coincé dans ce corps à jamais, avec ces membres artificiels et ces os de métal. En voulant le sauver, Ren-Qing l'avait en vérité condamné.

Un hurlement désespéré lui échappa, qu'il ne parvint pas à réprimer. Aussitôt ses parents le rejoignirent et l'entourèrent de leurs bras avec douceur.

- Il ne pouvait pas savoir fils, ne l'oublie pas. Lui dit gravement son père lorsqu'il cessa de hurler.

Sarge le regarda, tout en reprenant son souffle péniblement.

- J'en suis conscient... il m'aime, il ne voulait que me sauver. Je ne lui en voudrai jamais, il n'est pas responsable de mon état. C'est le professeur qui a fait de moi cette créature en partie mécanique.

Ses parents le regardèrent avec approbation.

- Tu vas devoir te montrer très prudent en lui révélant. Dit doucement sa mère.

- Je ne lui en parlerait pas, il n'est pas nécessaire de lui faire de la peine, il a déjà bien assez de choses qui le font souffrir. Répondit Sarge.

Ses parents approuvèrent en silence, lui souriant et le regardant avec satisfaction.

Lorsqu'ils avaient du le laisser derrière eux, ils l'avaient fait à contre cœur, tristes et inquiets pour lui, il était encore si jeune, bien loin d'avoir développé ses capacités. Ils savaient qu'il allait devoir apprendre seul, sans leur présence.

Ils étaient soulagés de voir qu'il avait su trouver son équilibre sans leur aide.

Il ne s'était pas éveillé à ses pouvoirs de Särne, ne le pourrait sans doute jamais, mais il était un homme dont ils pouvaient être fiers.

Sarge se redressa un peu, puisant du réconfort et de la force dans les regards qu'ils posaient sur lui, où il ne pouvait lire que de la fierté et de l'amour.

- Si nous laissions ces mauvaises choses de côté pour le moment ? Proposa t'il. Puisque nous sommes réunis dans ce rêve, nous pourrions en profiter, jusqu'à son terme, pour nous retrouver.

Sa mère sourit et inclina la tête avec grâce, tandis que son père approuvait.

- Très bonne idée, que veux tu faire ? Demanda t'il.

- J'aimerai répondre « revenir à l'époque où nous étions encore une famille » mais j'ai passé l'âge de croire que cela est encore possible. Répondit Sarge. Je me contenterai donc d'une discussion, vous pourriez me dire où vous étiez toutes ces années, ce que vous faisiez...

Il vit ses parents échanger un regard.

- Fils, nous te répondrons avec plaisir, mais il n'y a pas grand chose à dire en vérité, après avoir perdu nos corps, nous sommes restés dans la rivière de la vie, ainsi que le voulait la Déesse, nous n'avions plus de rôle à jouer, nous avons donc dormi et attendu. Comme tu t'en doutes, cela ne nous fait pas beaucoup de souvenirs à retracer. Soupira son père.

Sarge les regarda avec remords.

- Je suis désolé, je ne voulais pas raviver de mauvais souvenirs. Murmura t'il.

- Ce n'est pas le cas, le rassura sa mère, nous étions en paix... enfin, en dehors du fait que nous pensions à toi et que ton sort nous inquiétait.

- Vous saviez ce que je traversais ? Questionna Sarge.

- Nous en avions des échos en effet. Admit son père. Nous nous sommes tenus informés autant que cela nous était autorisé, sans pouvoir hélas intervenir. Nous n'en avions pas le droit, si douloureuses que soient les épreuves que tu as du traverser, tu devais en passer par là pour devenir celui que tu es à présent.

Sarge hocha la tête, acceptant ces propos à leur juste valeur. Même s'il était pénible d'entendre que ses parents avaient su ce qu'il endurait et n'étaient pas intervenus, il comprenait leur position. Il ne leur en voulait pas, il savait qu'ils l'aimaient et que cela avait du être fort dur pour eux de rester loin et de ne rien pouvoir faire.

- Es-ce que je vous reverrai ? Demanda t'il. Allez vous revenir à la vie ?

Ses parents échangèrent à nouveau un regard incertain.

- Nous ne savons pas encore ce que la Déesse attend de nous. Répondit finalement son père.

Sarge sentit son cœur se serrer légèrement, malgré ses efforts pour ne pas trahir la souffrance que les révélations lui causaient. Il était conscient qu'il ne pouvait s'opposer à la volonté de Minerva, pas plus que ses parents ne le pouvaient, mais, à repenser à ce qu'ils avaient vécu, il ne parvenait pas à se retenir de songer qu'il y avait tout de même une part d'injustice dans tout cela.

En quoi cela servait il les desseins de la Déesse qu'il se retrouve orphelin si jeune ? Qu'il perde ses membres de manière aussi cruelle, pour ensuite devenir le cobaye du professeur ?

Pour la première fois de son existence, lui qui s'était toujours plié sans rechigné au sort qui était sien, il se prenait à penser que cela était injuste.

Alors que ces pensées naissaient en lui, il vit ses parents le considérer avec inquiétude, puis disparaître sans un mot, le laissant en proie au désespoir.

Un vent violent se mit à souffler et il s'abrita le visage d'un bras pour se protéger des débris que cela projetait dans sa direction.

Minerva se matérialisa devant lui et le regarda avec sévérité.

- Serais tu en train de remettre mes décisions en question ? Questionna t'elle sèchement.

Submergé par la honte, Sarge s'agenouilla devant elle, reconnaissant ainsi son erreur et le fait qu'il avait conscience d'avoir outrepassé ses droits. Il baissa humblement la tête, n'osant dire un seul mot.

Elle avait raison de le réprimander, qui était il pour oser avoir des pensées de ce genre ?

Puis l'image des corps de ses parents, ensanglantés, gisant sur le sol, lui revint, tout comme le souvenir de ses propres souffrances et il se risqua à relever la tête.

- Déesse... vous servir devait vraiment nous exposer à la mort et à tant de souffrance ? Osa t'il demander. Ne suis-je né que pour être votre instrument ? Comme mes parents avant moi...

- Tu es né pour être un élément d'un destin que je ne peux qu'infléchir. Répondit Minerva. Je n'ai pas joué de rôle dans ta conception, ni dans ce qui t'est arrivé, qui est arrivé à tes parents, je n'ai fait que vous envoyer là où il était possible que cela se produise. Je savais que c'était dans la mesure du possible, cela m'en rend il pour autant responsable ?

Sarge la considéra avec un peu de perplexité. Il avait le sentiment que les propos qu'il venait d'entendre ne sonnaient pas très juste, que Minerva elle même n'y croyait pas vraiment. Qu'elle les avait placé là justement pour que les événements se produisent, mais dans quel but ? Pourquoi ne parvenait elle pas à l'admettre ?

Minerva se rapprocha de lui et posa ses mains sur ses joues. Sarge frissonna devant la froideur de la peau de la Déesse. Il ne pouvait plus bouger, comme paralysé par son regard.

- Ne te détourne pas de la voie qui est tienne Sarge... murmura Minerva. Si tu le faisais, l'avenir dont je n'ai fait qu'entrevoir l'esquisse pourrait être bien pire qu'il ne doit l'être.

Elle retira ses mains avec lenteur, en un geste qui était presque une caresse.

- Est-ce que je pourrai éviter que cela le soit ? Questionna Sarge avec angoisse.

- Tu seras sans doute l'un des gardiens du futur de Gaïa. Répondit Minerva d'une voix lasse. Mais pas si tu te laisses submerger par le doute et la tristesse. Je comprends ton chagrin, mais le futur nécessite des sacrifices parfois. Tu dois sans doute te dire que j'en parle à ma guise. Que ces sacrifices ne sont pas les miens, mais un jour, tu découvriras que ce n'est pas aussi simple.

- Ces sacrifices vont ils me séparer de mon compagnon ? Demanda Sarge.

- Non. Vous devrez rester tous les deux pour que l'avenir que j'entrevois se réalise. Répondit Minerva.

Sarge soupira de soulagement.

Il laissa retomber sa tête vers l'avant. Il avait redouté que la Déesse ne lui annonce qu'il allait perdre Ren-Qing également.

Il n'osait pas poser plus de questions, il sentait que Minerva serait réticente à lui en dire plus. Qu'elle se soit donné la peine de venir lui parler était déjà très surprenant. Il avait du l'alarmer pour qu'il en soit ainsi.

Un regain de honte se glissa en lui. En doutant il n'avait pas seulement déçu ses parents, il avait aussi déçu la Déesse.

Il avait également gâché sa chance de passer du temps avec les siens.

Lorsqu'il redressa la tête, Minerva avait disparu, il était seul à nouveau.

Il regarda en direction de la maison.

Il avait le sentiment que cet endroit était important, pas seulement pour lui. Qu'il y reviendrait, même s'il en partait bientôt.

Lorsqu'il était enfant, ses parents lui avaient dit que le lieu était un refuge, construit par d'autres des années auparavant, qu'il ne devait jamais l'oublier.

Levant les mains, il contempla ses bras artificiels avec un mélange de fascination et de répulsion.

Les mots de la Déesse continuaient à tourner en boucle dans son esprit.

Lui ? Un gardien du futur de Gaïa ? Non... il ne pouvait pas y croire... il pouvait accepter de devoir faire des sacrifices, mais ne parvenait pas à s'imaginer pouvoir représenter quoi que ce soit d'important pour l'avenir de Gaïa.

Y croire serait faire preuve de beaucoup d'orgueil. Il ne pouvait pas se le permettre.

Mais... si cela était vrai ? S'il avait vraiment un rôle à jouer pour le futur de Gaïa ?

Il sentit son cœur se mettre à battre un peu plus fort à cette pensée.

Il avait toujours cru que ce serait Sephiroth celui qui aurait un rôle de ce genre à jouer... l'argenté était si doué, pour tout un tas de choses, il était intelligent, apprécié, sain de corps et d'esprit, tout le contraire de lui en fait.

Cependant, la Déesse avait admis qu'elle n'était certaine de rien, que ce qu'elle voyait de l'avenir n'était qu'une probabilité et non ce qui se produirait avec certitude, peut être qu'à l'avenir les choses allaient changer, que Sephiroth serait le garant du futur à sa place. Cette éventualité lui semblait bien plus probable.

À suivre