Amélia ne put retenir un sursaut lorsque le portable posé sur la table de nuit se mit à sonner. L'ancien téléphone portable vibrait violemment et la sonnerie était particulièrement forte, elle l'observa de longues secondes avant de le prendre dans ses mains. Personne ne l'avait appelée depuis qu'elle avait disparu de l'église à Londres. Elle se remémora brièvement les deux personnes à qui elle avait laissé son nouveau numéro de téléphone. Et elle savait qu'aucune de ces deux personnes, ne l'appellerait sans raison valable.
- Allo ? S'enquit-elle.
Sa voix était mal assurée, presque tremblante. De l'autre côté du fil elle entendit une respiration et l'espace de quelques secondes, elle crut qu'il s'agissait de Bucky.
- Amélia ?
- Steve ?
Le souffle du soldat était rapide et sa voix particulièrement basse comme s'il fuyait quelque chose.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Interrogea-t-elle.
- Tu as regardé les infos ?
- Pas dernièrement. Pourquoi ?
- Il y a eu un attentat. À Vienne. Pendant la signature des Accords. Le roi du Wakanda est mort.
- Ils remettent ça sur le dos des Avengers ?
- Pas cette fois. Ils y des vidéos de caméra de surveillance qui montre que c'est Bucky.
Son cœur se mit à battre plus fort dans sa poitrine, une boule se forma dans sa gorge et elle eut toute les peines du monde à déglutir.
- C'est impossible. Réfuta-t-elle. Il n'aurait pas fait ça.
- On est d'accord.
- S'il avait posé une bombe aux Nations Unies, il ne se serait pas fait prendre par une caméra de surveillance. Pas lui.
- Ce n'était pas lui.
- Tu sais où il est maintenant ?
- En combien de temps tu peux être à Berlin ?
- Où est-ce que vous êtes ?
Elle écrivit rapidement l'adressa que lui donna Steve et alors qu'il n'avait pas encore raccroché, elle commença à s'agiter dans sa chambre d'hôtel, rangeant le plus vite possible ses affaires.
- Amélia ?
- Je serais prudente.
- Tu portes toujours le bracelet que Stark t'a donné ?
- Bien sûr, le bracelet et j'ai les armes.
- Débarrasse-t'en.
Il n'eut pas besoin d'en dire plus pour que la jeune femme comprenne. Elle fronça les sourcils et laissa échapper un soupir agacé.
- On en parlera quand je serais arrivée. Je devrais être là dans quatre heures.
Elle se débarrassa de son pantalon de yoga et du t-shirt de Bucky et enfila des vêtements confortables, un jeans et un haut ample. Elle attacha ses cheveux, les plaquant du mieux possible contre sa tête et enfila la perruque blonde qu'elle portait depuis son départ. Elle coinça une arme dans sa ceinture, enfila une veste et une paire de lunettes de soleil. D'un pas vif, elle se dirigea vers la salle de bain et elle se débarrassa du bracelet de Stark dans les toilettes, tirant la chasse d'eau pour le faire disparaître. Elle attrapa sa valise et quitta l'hôtel, plus déterminée que jamais.
La route fut particulièrement longue. Le manque de sommeil s'était bien vite fait sentir et elle avait été obligée de s'arrêter plusieurs fois pour s'acheter du café. En traversant l'Allemagne, elle se fit arrêter plusieurs fois par des agents de police mais ils ne lui posèrent aucun problème, il recherchait probablement Barnes et non pas une jeune femme blonde. La nuit commençait à tomber lorsqu'Amélia commença à se rapprocher de son point de rendez-vous avec Steve. Elle s'était vue forcée de demander plusieurs fois son chemin et ne parlant pas allemand, ça avait relevé du parcours du combattant pour se faire comprendre et pour ensuite comprendre les indications qu'on lui donnait. Elle passa une première fois près de l'entrepôt dont lui avait parlé le blond mais elle continua sa route pendant encore dix bonnes minutes, elle gara la voiture qu'elle avait volée à Prague sur un parking, récupéra ses affaires, prenant soin de ne rien oublier et refit le chemin inverse à pieds. Plusieurs fois, elle se surprit à regarder par-dessus son épaule, vérifiant qu'elle n'était pas suivie. Quand elle arriva finalement à l'entrepôt, elle y pénétra rapidement, non sans avoir regardé une nouvelle fois dans son dos. Elle déposa sa valise sur le sol, se débarrassa de sa perruque et de ses lunettes de soleil et par réflexe sorti son arme. L'endroit était calme, il paraissait désert et la jeune femme eut peur d'arriver trop tard. Elle continua sa progression arme au poing, un mouvement sur sa gauche attira son attention et elle pointa le canon dans cette direction.
- Du calme !
Elle vit Sam sortir de l'ombre, les deux mains levées. Il lui adressa un léger sourire, Amélia rangea son arme et se dirigea vers lui, lui offrant une brève étreinte. Il posa une main dans son dos et la guida vers une autre pièce. Elle vit d'abord Steve, les bras croisés sur le torse et la mine grave. Ses traits se détendirent cependant lorsqu'il la vit.
- Tu as mis plus de temps que prévu.
- Je me suis perdue. Maugréa-t-elle en le serrant dans ses bras. J'ai dû demander mon chemin mais je ne parle pas allemand. J'ai abandonné la voiture plus loin et je suis venue à pieds.
- Tu as été suivie ?
- Non. Mais tout le monde est sur le qui-vive en ville.
- Rien d'étonnant. Intervint Sam.
Du coin de l'œil, elle aperçut du mouvement derrière Steve et elle s'éloigna du blond pour se concentrer sur l'individu. Contrairement ce qu'elle aurait cru, elle ne se précipita pas vers Bucky pour le serrer dans ses bras. Elle serra les poings et sa poitrine se serra. Et c'est la colère et non le soulagement qui s'exprima. Ses yeux se firent glacials et elle jura voir Bucky grimacer. Il était exactement comme dans son souvenir, ses cheveux étaient simplement un peu plus longs.
- On va vous laisser. Proposa Steve en posant une main sur l'épaule de la jeune femme. N'oublie pas qu'on est cachés et qu'on ne veut pas attirer l'attention, reste calme.
Même lorsqu'elle fut seule avec lui, elle n'arriva pas à prononcer le moindre mot. Toutes les choses qu'elle avait pensé lui dire quand elle le reverrait semblaient s'être envolées. Ne restaient plus que la colère et la tristesse. Une colère similaire à celle qu'elle avait ressentie les semaines qui avaient suivi son départ. Lorsqu'il fit un pas vers elle, elle se recula et il s'immobilisa.
- Amélia…
- Épargne-moi ça. Siffla-t-elle.
Les yeux de la brunette lui hurlaient toute sa colère, toute sa tristesse et toute sa détresse. Cet afflux d'émotions le heurta de plein fouet, cela faisait des mois qu'il ne s'était plus retrouvé face à autant de sentiments. La tension était palpable entre eux, elle semblait sur le point de se mettre à hurler mais ses lèvres demeuraient résolument fermées. Une part de lui aurait préféré qu'elle crie, il pouvait gérer les cris. Mais ce silence, son silence était bien pire que n'importe quel mot qu'elle aurait pu prononcer. Elle esquissa un nouveau pas vers l'arrière tandis qu'il s'avança jusqu'à être à moins d'un mètre d'elle. Il attrapa son poignet pour l'empêcher de s'enfuir plus loin et pour la première fois depuis qu'elle était arrivée, il prit le temps de l'observer. Elle semblait épuisée et son visage lui sembla plus fin. Ses doigts remontèrent le long de son bras jusqu'à ses épaules où ils caressèrent distraitement les pointes de ses cheveux.
- Tu as coupé tes cheveux. Murmura-t-il.
- Le temps ne s'est pas arrêté quand tu as décidé de claquer la porte.
- Amélia…
- Tu es parti.
- Je devais le faire.
- C'est faux ! S'écria-t-elle. Ta place était avec moi. Pas à l'autre bout de la terre à faire Dieu sait quoi.
- Te laisser a été la chose la plus difficile que j'ai eu à faire.
- Alors imagine un peu ce que j'ai dû ressentir quand je me suis réveillée et que tu n'étais plus là.
- J'ai fait ce que je devais faire pour te protéger.
- Tu es parti au beau milieu de la nuit ! Tu m'as laissée seule. J'ai cru que tu reviendrais. J'ai pensé que tu n'avais pas réussi à dormir, que tu étais allé courir, que tu étais sur le toit, que tu vérifiais qu'on était hors de danger ou que tu avais besoin d'air. Mais je n'aurais jamais pensé que tu avais décidé de me quitter comme un lâche, sans même prendre la peine de dire au revoir. Sans même essayer de m'en parler.
- Tu ne m'aurais jamais laissé partir.
- Évidemment que je ne t'aurais jamais laissé partir ! Qu'est-ce que ça nous a apporté que tu t'en ailles ? Je suis recherchée par je ne sais combien de pays, tu es accusé d'avoir commis un attentat aux Nations Unies.
- Tu es recherchée ? Répéta-t-il.
- Tu nous as détruits.
- Tu crois que ça a été simple pour moi ?
- C'est toi qui as pris cette décision ! Toi et toi seul. Tu es le seul responsable.
- Je voulais te protéger !
- Mais tu m'as fait plus de mal qu'autre chose ! Tu m'as quittée et puis, comme si ce n'était pas suffisant, tu as décidé de m'appeler. Mais tu ne m'as pas parlé, non, tu as simplement décidé de rester silencieux.
- J'essayais juste de…
- De soulager ta conscience ? Proposa-t-elle.
- Je voulais juste savoir comme tu allais.
- J'allais mal. Voilà comment j'allais.
- Ce n'est pas ce que je voulais.
- On avait une vie normale et tu as tout gâché.
- On n'aurait jamais eu une vie normale.
- On avait un semblant de vie normale !
- Et ça t'aurait convenu ? De vivre comme ça pour le restant de ta vie ? Sans certitude d'avenir ?
- Bien sûr que ça m'aurait convenu ! Cria-t-elle.
- Regarde-moi dans les yeux et dis-moi que ça t'aurais convenu de vivre sur tes gardes pour le restant de tes jours. Pas de mariage, pas de grande maison avec le jardin et les barrières blanches, pas de grand chien, pas d'enfants.
- Je ne t'ai jamais demandé tout ça. Ce n'est pas ce que je voulais.
- Mais à un moment donné c'est ce que tu aurais voulu et tu sais comme moi que je n'aurais jamais pu t'apporter tout ça.
- C'est faux.
- Je t'en prie Amélia… Je t'ai vu avec les enfants de Barton.
- C'est depuis ce moment-là que tu penses à partir ?
- C'est à ce moment-là que j'ai commencé à l'envisager. Après avoir parlé à Natalia…
- Natasha ? S'écria-t-elle. C'est elle qui t'as laissé entendre que tu devais partir ?
- Ce n'est pas ce que j'ai dit.
- C'est ce que j'ai compris.
- Elle ne m'a pas dit que je devais partir. Elle a simplement énoncé la vérité.
- Quelle vérité ?
- Que les gens comme elle et moi, on n'était pas fait pour avoir une vie de famille. Et elle a raison.
- Elle devrait surtout apprendre à se mêler de ses affaires.
- Je ne pourrais jamais te donner tout ce que tu mérites.
- Il y a une différence entre ce que je veux et ce que tu crois que je veux. La seule chose que je voulais, c'était être avec toi. Rien de plus.
Ils entendirent un raclement de gorge, Bucky releva les yeux tandis qu'Amélia se retourna pour découvrir Steve sur le pas de la porte. À voir son expression gênée il avait probablement entendu une partie de leur conversation mais ni l'un ni l'autre ne lui fit une remarque.
- Sam est parti nous chercher quelque chose à manger. Les informa-t-il.
- J'aurais pu y aller. Fit remarquer Amélia.
- Stark te cherche probablement. Il doit se douter que je t'ai appelé.
- C'est quoi le plan ? Interrogea-t-elle.
- On doit aller en Sibérie.
- Pourquoi la Sibérie ?
- Bucky nous a parlé d'un escadron de Soldats de l'Hiver.
- Au moins tu es plus au courant que moi. Marmonna-t-elle. Comment on fait pour aller jusque-là ?
- On a réussi à contacter Clint. Il va passer prendre les jumeaux et quelqu'un que Sam connait.
- Tu veux vraiment mêler Clint, Wanda et Pietro à tout ça ?
- On a besoin d'aide.
- Si les choses tournent mal, ils seront enfermés.
- Tout comme nous.
- Je ne suis pas inquiète pour moi. Je suis inquiète pour eux. Clint à une famille, les jumeaux sont encore jeunes.
- Tu crois que Stark ira jusqu'à nous arrêter ?
- Il a signé les Accords, il n'a pas le choix.
- Alors on doit faire en sorte que tout se passe bien. Trancha Steve. On va passer la nuit ici.
Amélia avait les yeux rivés sur les flammes qui crépitaient devant elle. Elle aurait presque pu se croire en plein camping et non en cavale. À moins d'un mètre d'elle, Bucky l'observait. Cela faisait un peu moins d'une heure que Sam et Steve s'étaient allongés dans un coin de la pièce. Sam était couché sur le dos, un bras posé sur le visage tandis que Steve leur tournait le dos. Après leur conversation à cœur ouvert, Bucky et Amélia ne s'étaient plus parlé, ils avaient échangés quelques regards mais pas le moindre mot.
- Pourquoi tu ne m'as jamais parlé de ces mots ? Interrogea-t-elle se souvenant de ce que Steve lui avait raconté quelques heures plus tôt.
- Je n'ai pas pensé que quelqu'un retrouverait cette liste un jour.
- Tu aurais dû m'en parler.
- Pourquoi ?
- Parce que j'aurais aimé savoir qu'il existait une liste de mots qui faisait ressurgir ton alter-ego. On aurait pu essayer de la retrouver, si ce gars a réussi sans aucune ressource particulière, on aurait pu le faire avec les ressources de Stark.
- Il voulait mon rapport de mission du 16 décembre 1991. Murmura-t-il.
La brunette tourna brusquement la tête vers lui et lorsque leurs yeux se rencontrèrent, ils purent lire l'inquiétude dans le regard de l'autre.
- Qu'est-ce que tu lui as dit ?
- Je lui ai tout dit. Je ne pouvais pas m'en empêcher.
- Tu leur en as parlé ? Interrogea-t-elle à voix basse en désignant Sam et Steve d'un mouvement de tête.
- Non.
- Bien.
- Je ne te veux pas mêlée à ça.
- Je préfère me faire arrêter pour une bonne cause.
- Une bonne cause ?
- Sauver le monde d'un escadron de la mort me semble pas mal.
- Tu viendras peu importe ce que je dirais ?
- Oui.
