Chapitre 53 : Repos mérité

« Allez, va te reposer maintenant, ordonna-t-il avec un petit sourire – il se rendait au fur et à mesure compte qu'il se souciait de quelqu'un, d'elle. »

Allison acquiesça, recula jusqu'au lit et s'y glissa, sans quitter House des yeux. Il sourit en la voyant et hésita à aller la rejoindre – il hésitait beaucoup trop, ces derniers temps.

« Reste avec moi, s'il te plait… dit-t-elle alors.

- Tu ne te reposeras pas si je suis là… murmura-t-il, comme douteux de ses propres paroles – pour preuve qu'il plissa les yeux de désapprobation.

- Et je me reposerai encore moins si tu es ailleurs, alors viens ! insista-t-elle avec un bref rire. »

Il fit la moue pendant quelques secondes et se décida enfin à s'allonger à côté d'elle – et la prendre dans ses bras. Une de ses mains tenait celle d'Allison. Les deux mains qui avaient un bracelet correspondant. House accrocha les deux bracelets entre eux et posa un baiser sur le front d'Allison.

« Dors, maintenant. »

Elle le fixa quelques secondes avant d'enfin fermer les yeux, et de reposer la tête contre le torse de son amant. Elle se sentait bien dans cette étreinte. Elle se sentait bien avec lui. Il pouvait dire ce qu'il voulait, qu'il n'était pas un bon amant, qu'il ne pouvait pas être romantique, qu'il n'était pas quelqu'un pour elle, elle l'aimait tout de même. Pour ce qu'il était.

Environ une demi-heure plus tard, le portable de House sonna pour la deuxième fois dans la journée. House grogna à l'entente de sa sonnerie.

« Ils vont la réveiller ! Mais en même temps c'est peut-être l'équipe qui appelle pour parler d'Ashley, dans ce cas là je ferai mieux de décrocher… Et puis peu importe, je décroche, je veux pas réveiller Allison…, décida-t-il. »

Il lâcha la main d'Allison – avec difficulté puisqu'elle lui serrait la main, même endormie – pour prendre son portable dans sa chemise.

« Dans le mille, c'est l'équipe ! pensa-t-il en voyant le numéro de l'équipe sur le cadre extérieur de son portable. »

Il ouvrit son portable et le colla à son oreille.

« Qu'est-ce qu'il y a ? murmura-t-il tout doucement, évitant de faire trop de bruits – il souhaitait qu'Allison se repose le plus possible et s'en voudrait s'il devait la réveiller pour rien.

- House ? Vous avez un problème ? Pourquoi vous parlez doucement ? demanda Foreman, qui s'inquiétait pour Allison – il se rappelait encore l'énorme dispute qu'elle avait eu avec House.

- Aucun problème, Allison essaie de se reposer… dit House le plus simplement du monde.

- Et tu la laisses dormir sans rien dire, comme un gentil garçon ? répliqua la voix de Wilson, non sans une pointe d'ironie. »

House marmonna quelques jurons qu'il ne douta pas entendus par l'équipe – et Wilson, qui les avait rejoints.

« J'aurais dû me douter qu'il était là, lui aussi… Cuddy doit être sur mon fauteuil, se croyant fièrement à ma place… Qu'est-ce que c'est dur d'être si populaire, on peut dire que j'ai la côte avec les femmes... Je lui rappellerai les bonnes manières quand Allison et moi renterons à l'hôpital... »

Wilson toussota bruyamment et House revint à la réalité, la dure réalité.

« Je la laisse se reposer simplement parce qu'elle ne tient pas debout, dit-t-il sèchement. Et quand est-ce que vous vous déciderez à me dire pourquoi vous m'appelez ?

- L'état d'Ashley s'améliore, avoua Treize en soupirant. »

House fut intrigué par cette voix désespérée. Il regarda Allison quelques secondes.

« Mais qu'est-ce qu'il va bien arriver encore ? se demanda-t-il. »

Il soupira lui aussi, comme Treize.

« Et alors ? Ce n'est pas une bonne nouvelle ? dit-il, presque inquiet – et soucieux d'entendre la réponse à sa question.

- Elle veut voir sa sœur… déclara Wilson avec difficultés. »

House faillit lâcher le portable mais paradoxalement, par réflexe, il le serra plus fort dans sa main pour ne pas montrer sa réaction à Wilson – et pour ne pas réveiller Allison accessoirement.

« J'en parlerai à Allison quand elle se réveillera. »

Et il leur raccrocha au nez. Il ne voulait pas continuer la conversation, pour ne pas montrer la déception qui le traversait en ce moment même. Il ne voulait pas se montrer « à découvert » devant Wilson ni le reste de l'équipe.

« C'était prévu, on ne pouvait pas non plus rester à Chicago toute notre vie… Allison voudra sûrement rentrer pour voir sa sœur… Après tout, elles sont très liées toutes les deux... »

Il fit rentrer sa main dans sa chemise et reposa le téléphone. Il réfléchit quelques instants sur la situation qui se présentait à lui.

« Allison veut voir sa sœur, c'est évident... Je ne devrais pas me poser de questions, et lui proposer de rentrer immédiatement, mais je n'arrive pas à m'y résoudre... De plus, elle est crevée et il vaut mieux pour sa santé qu'elle se repose au lieu de courir dans tous les sens... Mais si je lui cache ne serait-ce qu'une minute une information sur sa sœur, elle risque de mal le prendre et je me retrouve dans de beaux draps après... »

Il soupira. Que devait-il faire ? Il l'ignorait. Et il ne pouvait pas demander conseils à Wilson ou à l'équipe – ils risqueraient de se faire des idées. Il se retourna vers Allison, observa son visage quelques secondes il se remémora leur dispute... lorsqu'il lui avait caché les nouveaux symptômes de sa sœur.

« Je ne veux pas revivre ces moments-là, sous n'importe quel angle. »

Il déglutit difficilement et posa une de ses mains sur l'épaule d'Allison et la secoua, sans pour autant la brusquer. Allison fronça les sourcils et marmonna quelques mots inaudibles, avant de finalement ouvrir un œil. Elle aperçut House, en face d'elle, et lui sourit lentement. Elle ouvrit le deuxième œil et vit son air inquiet. Son sourire s'effaça et laissa place à de l'anxiété.

« Tout va bien ? demanda-t-elle.

- L'équipe vient de m'appeler... »

Allison se redressa brusquement, comme pressée de connaître la suite. House se releva également, mais sans autant de précipitation. Un nœud se forma au niveau de son estomac, mais il tenta de l'ignorer et de se concentrer sur autre chose – le visage d'Allison, par exemple.

« Apparemment, Ashley va bien mieux. Ne t'inquiète pas pour ça, poursuivit-il. »

Elle soupira de soulagement mais fut loin d'être soulagée lorsqu'elle revit cette déception sur le visage de House.

« Elle veut te revoir. Il va falloir rentrer très bientôt. »

Allison resta quelques secondes sans bouger suite à cette phrase. Oui, elle voulait revoir sa sœur. Mais elle souhaitait en même temps rester dans ce lieu, avec House, où elle se sentait particulièrement à l'aise.

« Tu as pensé à une date ? demanda-t-elle avec une voix légèrement tremblante.

- Non, je me demandais plutôt si je devais te réveiller ou non... Mais il ne faut pas tarder. Cuddy doit déjà savoir que l'on a fini notre boulot, si on s'attarde ici on risque de le payer en heures de consultations... »

Un léger sourire se dessina sur les lèvres d'Allison, malgré les signes de fatigues toujours apparents.

« On peut rentrer... demain ? Le temps... de nous remettre de nos émotions, disons, proposa-t-elle avec un bref rire à la fin de sa phrase. »

House lui prit brusquement la main et la fit basculer sur le côté. Il vint l'embrasser brièvement avant de la regarder sérieusement.

« Et je peux savoir de quelles émotions tu parles, en particulier ? »

Elle l'embrassa promptement avant d'entreprendre un vrai baiser et de se laisser aller par son amant.

***

Chase regardait tranquillement la télévision, quand son téléphone portable sonna. Avec un grognement, il daigna l'attraper et le porter à son oreille.

« Chase, c'est Wilson, s'empressa de se présenter ledit Wilson.

- Oh. Qu'est-ce qui se passe ?

- House et Cameron ont trouvé la maladie d'Ashley – la sœur d'Allison, mais je pense que vous le saviez déjà – et il s'avère qu'elle a la maladie de Behçet.

- Et alors ? répliqua Chase sèchement. »

Un silence de mort prit le dessus pendant environ une minute. Chase ne comprenait pas pourquoi il était contacté pour apprendre la maladie d'un cas dont il ne s'occupait même pas.

« Eh bien... je pensais que vous voudriez vous tenir au courant... puisqu'il s'agit tout de même de la sœur jumelle de Cameron... expliqua Wilson, peu certain.

- Ah. Merci.

- Comme Cameron et House ne vont pas tarder à revenir dans le New Jersey, Cuddy aimerait que vous revenez en même temps qu'eux, si possible.

- Je me renseignerai auprès d'Allison elle-même, coupa Chase. »

Sans attendre une réponse en retour de la part de Wilson, il lui raccrocha au nez. Chase resserra le portable davantage dans ses doigts, avant de relever la tête résolument. Quelque chose clochait, il en était certain. Elle lui cachait des choses, mais comment découvrir quoi ?

Il décida alors d'établir une recherche complète de la maison, en quête d'indice. Après tout, cet appartement était toujours le sien et il pouvait toujours prétendre chercher quelque chose qui lui appartenait à lui.

Il commença par fouiller le salon, bien qu'une arrière-pensée lui disait que si elle cachait quelque chose, elle ne le mettrait certainement dans un endroit destiné à accueillir du monde.

Il décida d'écouter son arrière-pensée et de fouiller dans des endroits plus personnel, tel que les chambres. Il commença par celle de House – ayant dormi dans celle d'Allison, il aurait peut-être vu quelque chose de suspect directement. Il fouilla dans tous les coins et recoins – à sa manière – mais ne trouva rien de particulier, hormis le fait que la chambre était bien plus propre avant que House n'arrive.

Il alla donc dans la chambre d'Allison, priant presque pour trouver des réponses à ses questions. Il fouilla les étagères, la bibliothèque, la table de chevet, en dessous du lit... puis l'armoire. Il ne vit de particulier aux premiers abords, puis décida de jeter un coup d'œil au-dessus de ladite armoire. Il trouva des bibelots – certains fissurés – et... un petit carnet orange.

Il prit possession de cet objet qu'il pensait suspect. Certes, il ne s'agissait que d'un vulgaire carnet, mais pourquoi le mettre dans un endroit où personne n'a idée de fourrer son nez ? Hormis les petits curieux comme Chase qui cherchait quelque chose.

Il ouvrit le carnet et fut surprit en observant ne serait-ce que la première page. Il la lut bien lentement, prenant bien soin d'analyser chaque mot comme il le pouvait. Une goutte de sueur dévala le long de son front pour finalement atterrir sur un mot inscrit dans le carnet. House.

***

« Greg, il faudrait peut-être se préparer pour demain... »

Il poussa un grognement plaintif et se redressa.

« Allison, il nous reste encore un peu de temps... »

Ils se regardèrent intensément pendant quelques secondes avant qu'Allison ne pousse un soupir d'exaspération. Voilà environ un quart d'heure qu'ils s'embrassaient, pour le simple plaisir de savoir qu'ils étaient ensemble. Certes, un quart d'heure leur paraissait court, mais compte tenu de la situation, il fallait se dépêcher.

« Bon, d'accord... marmonna-t-il, déçu. »

Il sortit du lit et s'ébouriffa les cheveux. Il ressentait une étrange fatigue, étrange mais douloureuse. Il ne voulait cependant pas s'en servir comme prétexte pour ne pas faire ses bagages, de peur d'inquiéter Allison. Il savait très bien qu'elle culpabilisait à cause de cette prescription de vicodine qu'elle n'avait pu faire...

« J'ai l'impression que tout cela remonte à des années... le malaise d'Allison, sa sœur hospitalisée, notre dispute, la prescription qu'elle ne m'a pas faite... mais en réalité, cela ne fait que quelques jours... »

Allison se rapprocha de lui et la contempla quelques secondes.

« Tu sais, vu comme ça, tu ressembles presque à un humain, avoua-t-elle. »

Il se retourna vers elle et la vit sourire. Il sentait son cœur battre à une allure plus vive quand il entendit cette phrase. Oui, il sentait son cœur qui battait. Il avait du mal à se l'avouer, mais il restait humain malgré tout, même s'il se cachait.

« Bon, maintenant les bagages ! Je ne crois pas qu'il y ait tant de choses à faire, n'est-ce pas ? demanda-t-il avec un ton plein d'espoir.

- Eh bien... il faut trouver une place pour les cadeaux, puis... après il faut juste voir. On ne sait jamais, si on a oublié quelque chose...

- Toujours aussi prévoyante...
»

***

Cuddy tournait en rond dans son bureau depuis un bon bout de temps déjà. Un tas de questions s'imposait à son esprit, sans qu'elle puisse y faire quoi que ce soit, si ce n'est tenter de répondre.

Wilson l'observait. Il ne savait que dire. Il comprenait très bien les peurs de sa compagne, mais ne savait que dire pour la réconforter, pour lui fournir les réponses qu'elle désirait tant...

Il semblait évident que leurs questions tournaient autour d'un seul et unique sujet : la relation que House entretenait avec Cameron. Ce qui se passait à Chicago était un vrai mystère, et la plus grande crainte de Cuddy était de voir revenir Cameron en miette...

« Tu sais, ça ne sert à rien de faire les cent pas... Tu ne trouveras pas de réponse comme ça, finit par dire Wilson.

- Et que devrais-je faire selon toi ? demanda-t-elle non pas sans une pointe de colère et de nervosité.

- Tout simplement attendre qu'ils reviennent. »

***

D'un geste triomphal et significatif du « terminé », Allison donna un grand coup sec sur son sac.

« Terminé ! Plus rien ! Nada ! Nothing ! Nichts ! Zilch ! s'exclama-t-elle. »

House recula de quelques pas, l'observa avec surprise et incompréhension.

« Eh bien, je suis contente... Ça veut dire que l'on va pouvoir partir sans aucune encombre... expliqua-t-elle en riant.

- C'est une façon de voir les choses... Personnellement, je viens de me dire que je vais pouvoir dormir tranquillement... »

Pendant qu'Allison avait rangé les affaires et mit un peu d'ordre, House, lui, était parti pour acheter les billets d'avion selon le plan que lui avait dessiné sa petite amie.

Cette dernière lui montra le lit du doigt, et le petit sourire qu'elle affichait voulait clairement dire « tu peux y aller ». Il ne se posa pas plus de questions, s'élança sur le lit et resta quelques secondes immobiles avant de s'enrouler sous les couettes.

Allison, elle, prit la peine de se mettre en pyjama, sans ressentir la moindre gêne au fait que House la contemplait. Elle alla ensuite le rejoindre, se blottissant dans ses bras avec toujours ce même sourire, ce sourire heureux.

« Demain le retour... »