Jour 4. Je me hais plus qu'hier si c'est possible. Ma qualité première selon mes parents a toujours été mon altruisme. Je déteste tant voir les gens que j'apprécie souffrir que j'ai toujours tout fait pour leur éviter cela. Je suis rentré dans l'Ordre pour protéger le monde de la douleur et de la haine et j'ai accepté un poste de professeur pour essayer de porter des élèves en difficulté et désintéressés vers le haut. J'aide, c'est mon métier, c'est ma vie, mais avec Lily, j'ai échoué.

J'ai fait tout le contraire avec elle. J'ai merdé, et en beauté. Cette boule dans ma gorge ne veut pas disparaître parce que je ne suis plus le petit con que j'étais avant. J'ai une conscience maintenant, ça fait toute la différence, et je l'ai découverte quand je me suis engagé sur ce chemin tortueux avec cette gamine rousse qui se promène constamment dans ma tête.

Ce n'est pourtant pas la première fois que je suis amoureux, ce n'est pas la première fois que quelqu'un me touche, mais je sais que ce sera la dernière. Lily est différente de tout ce que j'ai connu auparavant. Lily est sincère est authentique. Lily ne calcule rien. Lily aime sans barrière. J'ai toujours été fou de croire que je pouvais lui imposer des limites. Sa détermination, personne n'est capable de l'arrêter.

Mais aujourd'hui, hier, avant-hier, et toute cette semaine, j'ai été incapable de lui venir en aide. Je ne me suis pas montré à la hauteur des sentiments qu'elle éprouve pour moi et plus j'y repense, plus je me revois quelques années plus tôt à la porte de chez Amélia.

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« Il y a quelqu'un ? »

Ma voix s'évanouit dans la nuit. J'entends des murmures, j'entends vaguement une personne ordonner à une autre de ne pas ouvrir alors je recule un peu et je fais le tour de la maison. Les lumières s'éteignent une à une. Je ne comprends pas.

Amélia m'avait dit, en quittant Poudlard à la fin de sa septième année, que nous pourrons nous revoir pendant les vacances d'octobre alors voilà, j'ai profité d'une sortie de mes parents pour me rendre au domicile de ma petite-amie sur mon balai. Si mon père savait ça, il me tuerait.

Nous avons pas mal de trucs à régler Amélia et moi. Je sais qu'elle a reçu des parchemins de certains de ses amis qui sont toujours à Poudlard et qui lui racontent que je m'affiche avec d'autres filles. Enfin, seulement avec Alana Stewart et Paloma Milton, à vrai dire, mais pour Amélia c'est probablement déjà trop alors que pour moi, ce n'est pas assez.

Oui, je suis venu ici dans l'optique de lui dire que nous deux, ce n'était plus possible. Elle est trop possessive et elle fait peur à mes futures conquêtes, je ne peux pas faire autrement que de m'en détacher. Dommage, je l'aimais bien, Johnson. Jolie petit minois, joli petit derrière, le reste n'est que détail, mais tout ça m'allait bien il y a encore quelques temps.

J'exagère un peu, là. Je fais le dur parce que les sentiments ce n'est pas mon truc et que ce serait vraiment affreux pour moi d'avouer en ressentir ou en avoir ressenti pour cette fille, alors disons juste que je l'appréciais pour ce qu'elle était. Que je l'apprécie pour ce qu'elle est encore actuellement.

C'est vrai, on s'est bien marré ensemble, on a bien déconné, on a bien martyrisé les Serpentards quand elle était aussi à Poudlard, on a passé d'innombrables heures à jouer au Quidditch ensemble, à s'envoyer des cognards à la figure en hurlant de rire, mais tout ça, c'est terminé. J'ai eu ce que je voulais et je me suis lassé. Son absence à Poudlard n'a fait que creuser la tombe de notre couple. Loin des yeux, loin du cœur.

« Amélia ? C'est James. Ecoute, il faut vraiment qu'on parle, là. »

Je suis de retour devant la porte clause, n'ayant trouvé aucune autre issue en faisant le tour de l'habitation. J'attends plusieurs secondes qui me paraissent interminables, et, ayant hérité de l'impatience de mon père, je me mets à hurler le nom de ma copine à tue-tête jusqu'à ce que la porte s'ouvre.

L'homme qui se tient devant moi a l'air charmant. Il ressemble beaucoup à Amélia. Ses cheveux sont noirs, sa peau est mate, ses yeux sont foncés, il a un sourire chaleureux figé sur le visage, ça paraît évident, c'est son père. Je le vois pour la première fois et je me raidis. Elle m'avait dit qu'elle serait seule, que ses parents seraient en voyage ensemble, je n'avais aucunement l'intention de tomber sur l'un deux.

Qu'est-ce que je vais lui dire ? « Bonjour Mr. Johnson, je suis le futur ex petit-ami de votre fille, enchanté. » Non. Non. Ça ne sonne définitivement pas bien. Je m'apprête à ouvrir la bouche quand finalement Amélia surgit de derrière son père. Ses yeux ne regardent pas les miens, ils sont figés sur ses pieds. Inhabituel.

« Bonsoir ! Alors Amélia ? Tu ne nous présente pas ? C'est qui ? C'est ton petit-ami ? L'interroge Mr. Johnson.
_ Non... Non, ce n'est pas mon petit-ami du tout, c'est juste... C'est un coéquipier de l'équipe de Quidditch, il doit être venu me donner le planning. C'est ça, hein ? »

Cette fois, elle me fixe. Intensément. Avec de grands yeux paniqués, et sans savoir trop pourquoi, j'acquiesce. L'homme m'invite à entrer, mais je décline avec la même incertitude. Il y a quelque chose de bizarre. Je ne saurais dire quoi, mais je ne me sens pas bien, là. Je ne me sens pas à ma place. J'ai l'impression d'interrompre quelque chose.

« Je peux te parler deux minutes ? Pour... Heu... Les plannings.
_ Je ne sais pas si c'est très raisonnable, Amélia se lève tôt demain, répond son père à sa place. »

Je me tourne vers elle, et étonnement, elle ne dit rien. Elle qui ne se laissait pas marcher sur les pieds à Poudlard et qui n'a jamais laissé personne décider pour elle est maintenant complètement soumise. Là, devant moi, ce n'est pas la Amélia que je connais.

« C'est juste un planning, ça ne va durer que deux minutes, dit-elle presque suppliante.
_ Bon, très bien. Deux minutes alors, pas plus chérie, lui dit-il avant de planter un baiser sur son front. »

Elle esquive la main qu'il semble vouloir poser sur son épaule et se faufile à l'extérieur de la maison. Ce n'est qu'à ce moment là, sous la lumière d'un lampadaire, que je m'aperçois que des larmes se sont logées à l'intérieur de ses yeux. Sait-elle que je vais la quitter ? Sait-elle que je ne pourrai pas le faire si elle pleure devant moi ?

« S'il te plaît, emmène-moi. »

Sa voix est brisée, ses épaules sont voûtées, ses jambes sont serrées l'une contre l'autre, ses bras sont crispés autour de son ventre et ses doigts fins agrippent ses vêtements comme si elle avait peur qu'un coup de vent vienne les lui retirer. Sa respiration est saccadée et elle ne cesse de jeter des regards paniqués vers la fenêtre derrière laquelle l'homme à l'allure bienveillante nous observe.

« Amélia je suis juste venu pour te dire que...
_ Je sais, James je sais, mais par pitié si tu souhaites me dire « restons amis » sois un ami et emmène-moi.
_ Où ?
_ N'importe où. »

C'est ce moment là que choisit son père pour sortir de la maison. Les yeux d'Amélia prennent une teinte que je ne connais pas et les larmes dévalent fatalement ses joues. Je ne l'ai jamais vu comme ça. Je comprends vraiment à ce moment là que quelque chose ne tourne pas rond et que ces larmes, ce n'est pas moi qui les provoquent, alors je suis mon instinct et je l'attrape par la manche pour la faire monter sur mon balai.

« Amélia reviens ici ! Reviens immédiatement ! Hurle son père en bas. »

Et puis l'altitude nous empêche de l'entendre. Les bras de la jeune femme se resserrent autour de moi, je sens sa tête se poser contre mon dos, et en même temps, mon ventre se serre. Je prends conscience, là, que j'ai raté quelque chose, qu'il y a une souffrance en elle que je n'ai jamais vu avant aujourd'hui parce que l'attention que je lui ai portée était trop moindre pour que je puisse me rendre compte qu'il y avait un problème.

Je l'accueille alors dans le manoir familial et je l'invite à s'asseoir sur le canapé du salon. Elle tremble mais je doute que ce soit de froid. Le feu crépite dans la cheminée à quelques mètres d'elle et elle est couverte comme si elle allait affronter le grand nord.

« Qu'est-ce qu'il se passe Amé ? »

La seule réponse que j'obtiens est un long reniflement. C'est étonnant de voir quelqu'un d'aussi dur s'effondrer devant soit de cette manière. C'est choquant, de voir quelqu'un que l'on croyait fort au plus bas. C'est touchant de voir une personne pour laquelle on a éprouvé des sentiments pleurer devant soi en ressentant la souffrance dans chacune de ses larmes.

« Bon sang Amélia tu n'es pas comme ça ! Ce n'est pas toi, ça ! Qu'est-ce qu'il y a ? Ta mère s'est barrée ? »

Elle acquiesce et je ne sais plus quoi dire, mais quand je reporte mon regard sur elle, sa bouche s'entrouvre et j'ai l'impression qu'il y a autre chose, j'ai l'impression qu'il y a des mots qui ne veulent plus se cacher en elle et que son corps n'est plus capable de retenir.

« Elle est chez ma grand-mère qui est malade. Mon père... Il... Il en profite, quand elle n'est pas là... »

Elle s'arrête. Ses yeux, comme un cri de détresse, fixent le vide, incapable de croiser les miens. Honteux, désabusés. Pourquoi ? Je ne comprends pas.

« Tu veux dire qu'il voit d'autres femmes ? Je demande un peu naïvement.
_ Non. Oui. Je... »

Je fronce les sourcils et je prends le temps de la regarder attentivement cette fois. Recroquevillée sur mon canapé, elle ressemble à un animal blessé. On est pas blessé comme ça quand on découvre que l'un de nos parents a une aventure extra conjugale. On est blessé mentalement, mais Amélia, elle, a l'air d'avoir mal. Vraiment. Son corps semble la faire souffrir. Je le réalise là, alors je me précipite sur elle et je relève ses manches puis je tire sur le col de son pull.

Là, je comprends. La vue des ecchymoses me donne envie de vomir. Une rage sans nom s'empare de moi, une rage comme j'en ai rarement ressenti. Je sens les larmes monter dans mes yeux. Pas tant de tristesse que de colère. Il y a une espèce de furie qui me prend au ventre et je me mets à faire les cent pas.

Je revois tous ces retours de vacances où à chaque fois quand je découvrais son corps, je tombais sur ces blessures, et où pas une seule fois je me suis dit que quelqu'un pouvait lui avoir fait du mal. Pas une seule fois je n'ai remis en cause son « Je suis tombée dans l'escalier » ou « Je me suis pris un cognard en jouant au Quidditch avec mes cousins » parce que c'était plus simple de penser que c'était la vérité. C'était plus simple de penser qu'elle n'avait pas besoin de moi. Elle a besoin de moi.

« C'est ton père qui te fait ça ? »

Je pose la question pour être sûr mais je sais très bien ce qu'il en est à présent. Elle acquiesce sans surprise. Je vais le tuer. Je vais le tuer. Je me sens mal. Je me sens comme le salaud ignorant que je suis. Je me sens inutile et abruti.

« Est-ce qu'il t'a fait... Amé... Est-ce qu'il t'a fait autre chose ? »

J'ai peur de sa réponse. J'ai aussi peur d'avoir été un gigantesque connard pour l'avoir convaincu d'avoir des rapports avec moi quand je sentais qu'elle était réticente. Jamais je ne l'aurais poussé si elle m'avait dit non, mais elle ne l'a jamais fait. Ça ne m'excuse en rien, j'aurais dû chercher à comprendre pourquoi elle n'aimait pas que je la touche lorsqu'elle rentrait de vacances. Je suis coupable. J'aurais dû l'aider, j'aurais dû me servir de ma tête.

Elle ne me répond pas mais son corps parle à sa place. Je n'ai jamais vu quelqu'un se recroqueviller autant sur lui-même. Je crois que si elle le pouvait, elle se transformerait en grain de poussière. Amélia n'a jamais été comme ça, pourtant. J'ai appris à la connaître à partir de ma troisième année, et on s'est tout de suite super bien entendus. Elle aimait martyriser les Serpentards, moi aussi. Elle aimait le Quidditch, moi aussi. Elle détestait la divination, moi aussi.

Aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours connu Amélia moqueuse, espiègle, sûre d'elle, intrépide, et un brin prétentieuse. Aucun de ces adjectifs ne fait partie de la personne qui se tient en face de moi, là. Je ne l'ai jamais vu aussi nue. C'est particulier de prendre conscience que la personne avec qui on a passé autant de temps n'est pas celle que l'on croyait. C'est fou, cette rétrospective de notre histoire qui défile dans ma tête à la recherche du mot, de la phrase, ou du geste qui aurait pu me mettre sur la voie de cette blessure.

« Est-ce qu'il t'a touché ? »

Ma voix la fait sursauter. Je crois que mon ton était un peu trop agressif. Je ne peux pas me maîtriser. Je ne sais pas comment me comporter face à ces choses là. Je n'ai jamais su comment me comporter face aux problèmes des autres et pourtant je me suis toujours senti obligé de les régler.

« James... Tout ce à quoi tu peux penser, il me l'a fait. »

Elle ne pleure plus, mais elle est toujours parcourus de frissons. Moi aussi, parce que ses mots me glacent le sang. Cet homme... Cet homme à l'allure charmante, cet homme chaleureux, souriant... Cet homme agréable a abusé d'elle. Cet homme qui m'avait l'air sympathique est un dégénéré, un salaud, une ignoble sous-merde que je vais massacrer.

Pourtant, je ne bouge pas. Je reste chez moi, dans ce manoir, parce que l'urgence n'est pas de détruire cet homme, c'est de consoler la personne dévastée qui se trouve en face de moi. Je ne la laisserai plus jamais. Personne ne pourra poser la main sur elle, plus personne ne pourra lui faire le mal que son père lui a fait tant que je serai sur cette terre, je la protégerai jusqu'au bout, je m'en fais la promesse.

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Ce soir là, Amélia est devenue ma sœur et la famille des maraudeurs s'est agrandie. Jamais je ne pourrais oublier le choc que j'ai éprouvé à la voir dans cet état, jamais je ne pourrais oublier ce sentiment de dégoût envers moi-même qui m'a submergé lorsque j'ai réalisé que tout ce temps, je n'avais rien remarqué.

Je ne veux pas revivre quelque chose comme ça avec Lily. Je veux être là pour elle, je veux être capable de faire attention à elle, de discerner les moindres changements dans son humeur pour ne pas passer à côté de quoi que ce soit. Je veux qu'elle sache qu'elle peut se confier à moi quand quelque chose la tracasse, je veux qu'elle court vers moi quand elle a un problème, et par dessus tout, je veux qu'elle se sente en confiance.

Merci encore pour toutes vos reviews, c'est pas très pratique sur ce site pour y répondre, mais comme je vous l'ai déjà dit, je les lis tous. Ps : Si vous voulez prendre un peu d'avance sur la story, il y a d'autres chapitres postés sur hpfanfiction