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Santino se trouvait au beau milieu du jardin intérieur du château Volturi. Le soleil était au beau fixe et ses rayons projetaient leur éclat sur la peau translucide du vieux vampire. Il fixait l'astre, sans bouger, les bras derrière le dos comme à son habitude. Seules ses boucles brunes remuaient grâce à la brise de l'hiver, accentuant son aspect surnaturel.

Santino n'avait pas envie de participer aux recherches et à la masturbation cérébrale générale dont faisait preuve ses congénères. Il attendait simplement qu'on lui dise que son aide était capitale ou même que l'envie de se défouler apparaisse dans son esprit, le regret de ne pas avoir été tuer en Amérique pointant quelques secondes avant de disparaitre lentement, comme du sable dispersé par le vent.

Soupirant légèrement contre toute cette histoire invraisemblable, il vit Louis apparaitre dans son champ de vision. Louis. Le jeune vampire de deux cents ans qu'on finit toujours par oublier, car trop discret. Trop peu concerné. Trop résigné pour participer réellement à cet effet de masse et excédant dans l'art de la gentillesse.

- Bonjour, Santino, souffla Louis, toujours d'une extrême délicatesse en toute circonstance.

Ses longs et fins cheveux bruns légèrement éparpillés par son mouvement rapide pour se rapprocher, il regardait l'ombrageux vampire de ses yeux presque naïfs.

- Ton éternelle politesse, lui répondit-il. Tu sais que l'éternité pour nous autre n'est qu'une journée sans fin. Mais bonjour tout de même, mon bon Louis.

- Quelles sont les nouvelles de ce jour ? Je me demande si nous trouverons un jour quelconque action à accomplir pour stopper l'horrible compte à rebours qui nous afflige actuellement.

- Nombreux sont ceux qui espèrent encore. Le monde est vaste, cependant loin d'être muet. Les nouvelles sont légions au cœur du monde humain et pourtant, il nous faut les trier pour être efficace.

- Actuellement, un étrange sentiment étreint mon cœur. Comme si,… Oui, comme si la fin m'était proche. Comme si je voyais déjà ces empires auxquels je ne survivrais pas.

- Grand poète de la vie éternelle,… Louis. Tu mourras un jour, quel que soit le siècle.

… …

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… …

Orphée serrait le loup inconnu dans ses bras frêles. Rien ne pourra retirer sa douleur et elle en avait parfaitement conscience cependant, elle tentait d'apporter un soutien nécessaire à ce jeune homme en proie à la douleur. Le pire sentiment, cette impression qui ne l'avait pas quitté depuis le début, était qu'elle n'avait pas sa place ici, toute la horde d'enfants de la lune s'étant redressée imperceptiblement lors de la chute d'un des leurs. Simple réflexe de veille par rapport à sa sécurité.

- Laisse-moi filtrer tes émotions ! S'insurgea le démon, percevant la panique de sa porteuse.

Mais cet affolement sournois empêchait toute réaction de l'humaine. Ses paroles réconfortantes avaient cessé depuis quelques minutes, laissant la place à son propre doute. Parviendrait-elle à son but ? Cet endroit qu'Orphée avait refusé d'analyser, cette situation qu'il lui était impossible de défaire, tout cela la pesait à présent. Le silence de la populace n'aidant pas à faire fondre ses angoisses.

Une heure de plus passa où, à chaque gémissement de l'inconnu, elle le serrait plus fort encore dans ses bras, caressant parfois ses cheveux sombres chaleureusement. Parfois, ce futur loup se détendait légèrement, pour se contracter ensuite de plus belle. Une heure ou la horde semblait se rapprocher inexorablement de la première victime de la lune, astre pourtant si doux, leur attention rivée sur lui dans un immobilisme presque inquiétant. En réalité, tous apportaient silencieusement un soutien à ce jeune apprenti, une aide distante, mais désintéressée, alors qu'Orphée plongeait au cœur même de la peur : des frissons l'envahissaient profondément, comme si elle avait froid en dedans, des sueurs froides se propageaient de son visage à son dos et d'infimes tremblements secouèrent ses membres de temps à autre. Le point culminant de toutes ses émotions n'étaient que les larmes qui remplirent ses yeux lentement. Néanmoins, aucune eau ne dégringola de ses pupilles brun-vert : Orphée comprit qu'elle avait touché le fond et que toute la tristesse cachée auparavant dégoulinait à présent de son être. Mais aucun pleur, pas un seul sanglot.

Après ce temps passé à soutenir en silence le souffrant qui semblait se retenir d'hurler, ses larmes toujours présents sans pour autant fuir sur ses joues, l'humaine jetait un coup d'œil mauvais derrière elle : au-delà de Gévaudan accroupit et fixe, les vampires Irokois s'étaient rassemblés par pure curiosité, en dehors d'Eva qui veillait Orphée et d'Icare horriblement impassible.

- Ca va aller, lui mima Eva sans le moindre son.

Pourtant, l'humeur d'Orphée était coléreuse : toute cette attente, ce lot de frayeurs et de comptes à rendre, ces tests interminables sur sa petite personne ainsi que sa captivité,… Trop, c'était trop. L'humaine était prête à exploser de rage longtemps contenue et son empathie ne l'aidait pas : les loups voguaient entre la tristesse et la haine pure, rebelles étouffés dans cette prison invisible mais palpable que projetait Icare. Les nourrir aidera leur calme à refaire surface, cependant pas ce manque de liberté.

- Tiens le coup, martela le démon. Tu as dit toi-même que notre heure viendrait.

- Je ne suis qu'humaine. Ma patience a été trop longuement mise à l'épreuve.

- Tu n'as malheureusement pas le choix. Attendre ou mourir, très certainement.

Il fallut la respiration sifflante d'Aleksandr, disciple de Jivko dont le visage n'était plus que regret, et un véritable cri de souffrance interminable de la part de l'inconnu, pour qu'Orphée ravale ses larmes, le visage dur et les poings serrés. Aleksandr perdit ensuite l'équilibre alors qu'il était simplement assis, les bras autour du torse et il alla s'étaler sur le sol en tentant d'étouffer un hurlement sinistre.

Oui s'était bien le mot qui convenait : tout cela était sinistre.

L'humaine palissait à vue d'œil et ses pupilles s'assombrirent doucement. L'inconnu se trémoussait, étendant ses membres à un rythme régulier. Il se tournait et se détournait de droite à gauche, yeux fermés tout comme le fils de Jivko, tremblant et soufflant, tenu au silence par l'astre qui les gouvernait. Aucun d'eux ne trouva une position confortable pour diminuer la douleur et ils semblaient parfois au bord de l'inconscience.

Un chuchotement s'éleva lentement parmi les Irokois, n'apportant qu'un brouhaha incompréhensible entre les cris angoissants des deux novices aux portes de leur mutation respective.

- Ce serait sympa de la boucler, marmonna l'humaine à l'attention des vampires, insultés par son langage.

- Вы кормления. Пора прекратить боевые действия ! Are you feeding. It's time to stop fighting ! Nourrissez-vous. Il est temps d'arrêter de lutter, martela Jivko, ses yeux étincelant d'autorité. Il lança d'ailleurs un regard appuyé aux plus anciens, un signe de la plus haute importance car tous baissèrent la tête pour marquer leur accord.

Orphée ne remarqua rien, trop occupé à communiquer le plus discrètement possible sa demande à Eva : il fallait apporter plus de plats.

- Дети, мы должны спасти нашу жизнь сейчас. Ешь! We must save our lives now, children. Eat! Enfants, nous devons sauvegarder nos vies, mangez donc !

Bien que distant et froid en général, Jivko fixa l'humaine et fut relativement touché de sa présence et ses agissements. L'ancien à la pilosité blanche était à présent persuadé de la loyauté d'Orphée, qu'elle ferait tout son possible pour aider son peuple à sa manière. Il décida donc volontairement cette fois, qu'il ne permettrait pas qu'elle se mette inutilement en danger : la ténacité de cette petite fille valait bien sa protection de vieux loup et il était inconcevable que cette guerre stupide compte une autre victime humaine, Aleksandr étant déjà celui de trop.

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Quileutes et vampires se réunirent rapidement à un point donné dans la forêt qui bordait la réserve indienne. L'heure était venue où il devrait combattre. Si les loups avaient soif de vengeance, Elarik et son clan semblait plus que détendu, contrairement à la plupart des Cullens qui semblaient réticents de perpétrer un nouveau massacre tout en sachant que ce n'était pas le dernier.

Aux dernières nouvelles télévisées, la troupe indisciplinée des Irokois se dirigeaient vers les côtes. Ils n'iront pas plus loin.

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Après un énième grincement du jeune dont elle ne connaissait rien, Orphée se replia contre lui : l'attente était interminable et elle posa sa bouche contre le cou chaud du loup en devenir alors que ses yeux ne fixaient rien. Ses pensées se bousculaient dans sa tête, comme si plus rien ne fonctionnait normalement à partir de cette minute. Sous ses lèvres, la jugulaire de l'inconnu palpitait sans ménagement. Elle entendait même le battement du cœur puissant de son oreille humaine.

Aleksandr eut un spasme.

L'inconnu pleurait, rajoutant ses sanglots à ses tressaillements ininterrompus.

Les larmes d'Orphée réapparurent, sans s'échapper toujours. Elle tourna vivement son visage vers Eva, recherchant son soutien. La vampire fit trois pas en avant, les mains jointes en serrant les dents : elle ne pouvait rien et Anton eut une vive grimace en constatant que sa douce amie avait une réelle affection pour l'humaine à son avis sans intérêt, à l'instar de ses compagnons.

L'inconnu rejeta la tête en arrière, la bouche ouverte : son cri ne put se libérer de sa gorge tant la douleur le prenait.

Aleksandr se mit violemment sur le dos, s'éloignant de son maitre de ses gestes incontrôlés.

Le loup anonyme beugla quelque chose qu'Orphée ne saisit pas et elle n'arriva pas à stopper le court gémissement qui s'échappa de sa bouche, geignement de détresse comme ils le pensaient tous. Mais la réalité était tout autre : son démon imposait de plus en plus sa présence et elle n'aurait pas la volonté d'y résister très longtemps, car la situation devenait insupportable pour elle.

Pris par un excès de remord, Jivko attrapa vivement la main de l'humaine pour la serrer chaudement dans la sienne :

- Petite fille, j'ai vécu des milliers de mutations. Un jour, ils la maitriseront également. Ne te fais point de mal pour cela.

- S'ILS NE MEURENT PAS AVANT ! Hurla-t-elle à l'intention des vampires massés loin derrière le bouclier alors que certains enfants de la lune grondaient à l'unisson, resserrant leur position. Le cri de l'humaine ayant retenti comme un coup de tonnerre dans le silence approximatif.

- JE N'EN PEUX PLUS ! Continua-t-elle sur le même ton en se prenant la tête dans les mains.

- Je n'en peux plus.

Puis elle empoigna brutalement l'inconnu toujours sur ses genoux pour le tenir à bout de bras comme elle le pouvait de sa force humaine. Lorsqu'elle s'aperçut que sa transformation le rendait presque inconscient des mouvements autour de lui, elle lui asséna un revers magistral après avoir absorbé un peu d'énergie vampire, pour commencer à se relever.

Jivko était sous le choc du comportement insultant de l'humaine, tout comme les siens. Chacun amorça un mouvement dans sa direction alors que l'inconnu ouvrit faiblement ses paupières.

Ce qui retenait les enfants de la lune d'agir, c'était Orphée : se mettant debout sur ses jambes, elle révéla son visage trop pâle, surnaturel et quasiment effrayant, ainsi que ses yeux d'un noir profond. Pour un être d'apparence si frêle quelques minutes plus tôt, elle relâcha de son corps une force inconnue et presque imperceptible qui balaya le périmètre alors qu'elle se redressait, les paupières fermées vers le plafond et surtout, les paumes ouvertes vers l'extérieur, bras le long du corps. Comme si un cadeau du ciel venait à être délivré.

La jeune fille aux cheveux noirs et feu prit une lente et profonde inspiration, comme si elle goutait un met exquis dont elle ne trouvait pas d'adjectif. Elle savourait en fait la venue de son démon, invasion volontaire, l'intrusion acceptée et encouragée.

Orphée savait pourtant. Elle savait qu'elle ne serait pas vraiment la même au regard des autres. Elle avait connaissance de cet instinct puissant et de son intuition surdéveloppée qui allait parfois lui brouiller la cervelle et pourtant,… Orphée restera fidèle à sa personne : elle était simplement complète. Seule la présence de son Ange l'aidera à garder ses idées claires et ses principes intacts, au moment voulu.

Quand ils la virent tous rouvrir les paupières, son apparence n'avait pas changé : teint blanchâtre et pupilles trop sombres. Tant que, malgré la vue infaillible des immortels, beaucoup trouvèrent fastidieux de distinguer l'iris de la pupille. Les muscles humains normalement détendus se trouvaient bandés comme prêt à l'assaut et son expression était plus que déterminée.

Cependant, elle semblait avoir du mal à rassembler ses esprits, alors que son comportement des plus étranges n'avait pas excédé une ou deux secondes. Heureusement, un soupir de l'inconnu souffrant la ramena au cours de l'histoire.

Elle s'approcha du jeune loup d'un pas sur et s'abaissa à son niveau en le tenant par les épaules, l'empêchant de reperdre connaissance.

- Your name,… demanda-t-elle en chuchotant, malgré l'autorité qui perçait de sa voix.

- I… Ivanov, répondit l'homme dans un soupir, en clignant des yeux pour s'obliger à rester conscient.

- Ivanov, tu vas me regarder. Tu ne vas pas me quitter des yeux. Je serais là jusqu'au bout pour t'aider et tu verras,… Tout ira mieux.

Et Jivko l'ancien traduisit sans attendre. Après tout, pourquoi les miracles n'existeraient pas ?

… …

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Caius balança son verre rempli de moitié d'un liquide pourpre dans la cheminée qui crépita quelques secondes. Après les dernières informations parues à la télévision, sa rage n'avait que décuplé. Le chef Volturi était parfaitement incapable de maitriser sa colère : il jura et feula de colère, alors que son frère Marcus se tenait dans son siège, la mine légèrement préoccupée mais sans plus.

- J'espère qu'Aro parviendra à les maitriser tous ! C'est la pire des catastrophes qui pouvait nous arriver ! Notre race a été perçue par ces humains ! Un comble te dis-je ! Un comble après tant de siècle à sauvegarder notre secret, à faire montre de méthode et de discrétion ! Beugla-t-il en faisant les cents pas.

- Nous trouverons une solution après cette guerre. Nous disparaitrons à nouveau pour que les humains oublient et n'être plus qu'une légende parmi toutes celles rapportant nos faits à travers les époques. Cela ne peut être autrement.

- Vivement que ces… loups et les nôtres parviennent à enrayer ces sauvages. Nous ne savons toujours pas où se trouvent leurs chefs fous à lier.

- La seule chose sur laquelle nous pouvons compter est qu'ils fassent un faux-pas.

- Et l'unique chose que je sais est que ces deux indiens du nord ont précisément tout calculé pour nous faire enrager. Peut-être même pire encore. Leur chasse aux vampires à pouvoir ne peut pas s'être arrêtée à cet Anton sans odeur discernable. Ils ont eu quelques siècles de folies pour mettre au point tous ses petits groupes de nouveau-nés.

- Et je te dis, moi, insista Marcus qui se laissait de théories vaines, qu'ils feront un faux pas. Leur folie ne tiendrait pas un siège, leurs occupations sont, certes distrayantes à n'en pas douter, mais sans véritable but.

- Parce que déclarer dès le départ aux Cullens et à d'autres pour tenter de les rallier à eux, que leur but est de régner comme des rois sur la population humaine n'est pas un but, à ton avis ?

- Non. Ceci est parfaitement absurde. Ils ont perdu la tête, n'en parlons plus.

… …

… …

… …

L'ancien garou était pensif.

Il se devait d'avouer qu'à ce moment précis, cette Orphée possédait une force intérieure incompréhensible et inquiétante. Pourtant, l'atmosphère électrique qui précédait habituellement les mutations au milieu des vampires, avait laissé place à des comportements plus… « paisibles », si l'on pouvait dire, mais surtout à une forme d'excitation étonnante. Jivko le sentait alors que personne ne démontrait quoique ce soit. Il le sentait à l'intérieur de lui-même.

Jivko pouvait affirmer que tout son être était attiré par l'humaine, mais aussi repoussé par une forme d'appréhension qu'il ne savait expliquer. Comme s'il avait trouvé à la fois un maitre et ami qui ne faisait qu'un avec un danger innommable.

Ridicule, allait-il penser.

- C'est parce que je sais différencier les différentes formes de mon psychisme et donc la… « composition » de mon âme, de mon moi profond, chuchota-t-elle sans détourner son regard d'Ivanov et Aleksandr qu'elle avait assis en tailleur devant elle avec force d'autorité.

- Comment peux-tu connaitre le fond de ma pensée ?

- Vous savez que je suis empathe, affirma-t-elle en lui lançant un coup d'œil presque vexé de ses yeux nuit.

- Oui, mais ceci n'a rien à voir avec ton explication,…

Jivko était à deux doigts de rajouter « petite fille » mais il se rendit compte, qu'étrangement, cette expression semblait à présent inappropriée. Elle semblait sans âge définissable,…

- On me l'a déjà dit et je répondrais la même chose : ça a à voir. En tant qu'hommes loups, vos liens avec la Nature sont extrêmement puissants. Il se trouve que dans certaines parties du cerveau et du psychisme humain, nous retrouvons cet instinct ancien, dominé par des ondes à polarité négatives autrement dit, des ondes longues et profondes comme le rythme de la nature et de la Terre. Je vous rejoins simplement à travers ce lien, car je ressens ces ondes et je les connais.

- Simplement,… Répéta machinalement Jivko.

- Oui.

Gévaudan se leva à ce moment et s'approcha de quelques pas, sans plus. Il était attentif et sans aucun dessein malfaisant. Toute la horde était de nouveau à l'aguet, en ce soutien muet pendant l'attente. Ivanov tenta de fermer les yeux en se contractant sous une impulsion instinctive, cependant, Orphée le rappela à l'ordre.

- Regarde-moi. Look at me.

Et celui-ci obéit au conseil sans attendre, ayant la volonté incroyable de modifier sa transformation, volonté se reflétant dans son regard bruns.

Lorsqu'elle fut assurée que ni Aleksandr, ni Ivanov ne détourneraient leur attention de sa personne, l'humaine étrange demanda à l'ancien, qui trouva fort déplaisant de fixer ses iris noirs :

- Pourquoi ne tentez-vous pas de m'arrêter ?

- Cela diminuerait-il ta détermination ?

- Non.

- Tu as simplement l'air de croire en ce que tu fais. De plus, aucun d'entre nous n'a encore la force de s'occuper de son prochain avec ta vigueur et ton énergie. Nous sommes éreintés et ici depuis trop longtemps.

Ivanov interrompit malgré lui le semblant de conversation qui s'instaurait en ravalant larmes et gémissements, prêt à craquer dans tous les sens du terme. Jivko vint à grande vitesse plaquer tendrement ses mains sur les épaules du torturé, lui procurant un peu de la chaleur de sa race alors qu'Orphée pris ses mains crispées le plus délicatement possible.

- Ecoute ma voix, rien d'autre. Listen me,… Même si tu ne me comprends pas.

L'ancien traduisit rapidement en anglais alors que la fille partit dans un long monologue, monocorde et hypnotisant.

- Tu sais, la fois où je suis arrivée au château des vampires Volturi, j'ai eu le droit à un cadeau de la part d'Elarik Mal'Keinvor : en dehors de la méfiance, l'indifférence ou la probabilité de ma fin, il m'a agréablement présenté une certaine Jane,… Son pouvoir est essentiellement psychologique mais il te fait ressentir une douleur terrible. Un peu comme… une combustion totale et lente de ton corps, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur. J'ai subi ça pendant… je ne sais pas trop,… quelques minutes, c'est certain. Ne serait-ce que je suis parvenue à défier son pouvoir en acceptant de souffrir à mort pendant deux à trois secondes, pour pouvoir dévier cette douleur justement par le biais de la Terre, en passant par ces ondes négatives,... Et positives.

- Qu'elles en sont les différences ? Bavassa tranquillement Gévaudan qui s'était étalé sur le sol comme si la situation était parfaitement ordinaire.

- Les ondes négatives passent par la Terre, physiquement parlant. Les ondes positives s'échappent vers le haut. Vers le ciel. C'est probablement instinctivement que l'on a nommé certains instincts bestiaux aux rangs de démons. Ils sont l'Instinct alors que les âmes pures, angéliques, sont l'Intuition.

Orphée fit une courte pause dans son histoire et entendit distinctement Jivko traduire dans les deux langues pour occuper l'esprit des novices au maximum. Elle patienta donc, sachant pertinemment quelles conclusions donner à son récit, ne redoutant plus la finalité des choses. Une chaleur l'envahissait, un rayonnement confiant… venant d'au-dessus d'elle. Et Orphée sut qu'elle allait dans la bonne direction, qu'après tout, peut-être pourrait-elle se faire une place ici progressivement.

L'ancien aux cheveux blancs termina l'histoire dans un silence incroyable. Ivanov respirait à peine, semblant presque endormi, proche de l'état d'hypnose, son corps se balançant au gré des mouvements pulmonaires.

Aleksandr inspirait profondément et ce fut à ce moment que l'Orphée démoniaque s'aperçut qu'ils n'étaient tous deux pas au même degré de leur mutation, en plus des autres souffles puissants annonçant le déclanchement d'autres transformations.

Orphée reprit donc d'une voix grave et vibrante, comme pour reproduire le son de la terre.

- Ce que je veux te faire comprendre en plus de la puissance de la Volonté, c'est l'osmose, votre communion avec ce rythme écrasant qu'est la Vie à l'état naturel, sa vibration à laquelle vous répondez en ce moment même. Votre capacité à devenir à demi-animal est enfermée dans un gène qui ne te quittera jamais et contrairement à ce que tu penses, ce n'est pas forcément une malédiction. A présent, tu vas comprendre la puissance des mots…

Jouis cruellement de cette force. Profite justement de cette liberté. Maintenant, souffla-t-elle à l'oreille d'Ivanov.

Un craquement sonore provenant du corps d'Ivanov fit sursauter Jivko qui retira ses mains larges des épaules du novice. Ce dernier ouvrit des yeux immenses avant d'ouvrir largement sa bouche pour expier sa souffrance.

La cage thoracique d'Ivanov venait de céder et le bruit avait été terrifiant aux oreilles d'Orphée. Si son démon engloba sa peur pour qu'elle ne paraisse pas, la jeune fille resta de marbre en lâchant lentement les mains du supplicié.

Par contre, le démon et son porteur s'effrayèrent tous deux momentanément lorsque Jivko recula à grande vitesse pour transporter son disciple prêt d'un Gévaudan aux yeux plus ouverts que d'ordinaire. Pourtant, le processus ne semblait pas anormal du point de vue de l'humaine et elle resta tranquillement en face du loup qui s'écroulait sur le sol en hurlant. Tous ses os paraissaient se mouvoir et s'agrandir à l'unisson, s'entrechoquant bruyamment. Le spectacle était loin d'être agréable et le choc total qu'avait eu Orphée lors de sa première expérience forcée avec les Garous avait effacé les détails importants des premières mutations auxquelles elle avait assisté. Quelque chose était différent, certes. Mais quoi ?

- Soit… prudente, fille. Sa transformation est beaucoup plus rapide que prévue, souffla Gévaudan, sur la défensive.

- C'est l'exacte vérité, renchérit Jivko en relevant ses mèches blanches de son front. Son évolution est grandement comparable à la nôtre, mais nous ne savons pas si son impulsivité de novice sera contenue. Il est malheureusement plus probablement que la réponse soit non.

Un cri intense détourna l'attention de l'Orphée démoniaque : Ivanov avait relâché la tension accumulée dans son corps et ses vêtements commençaient à ne former qu'un vague souvenir.

- Je serais fière de toi, à ta place. Tu as vaincu une grande chose, dit-elle à l'oreille du demi-loup avant de se relever sans cesser de parler de sa voix profonde, pâle imitation de la résonnance de la Terre.

En soupirant, Jivko revint se placer près du jeune homme pour lui traduire les mots, espérant que cela l'aidera à reprendre ses esprits une fois transformé. Aucune mauvaise volonté cependant, la fatigue morale assaillant l'ancien, il avait du mal à rester motivé pour son peuple.

- Il faut absolument que tu te concentres sur ma voix, sur mon odeur,… Sur tout ce qui peut te rappeler une fois loup que je ne suis pas ton ennemie, ni un potentiel repas, affirma Orphée en entourant une longueur de bois qui trainait là, d'un morceau de tissu pour former une torche.

Son regard charbon vira vers les vampires immobiles et c'est avec un sourire entendu qu'elle affaiblit joyeusement Karan, simple vengeance pour le mauvais comportement qu'il avait eu à son égard. Après avoir levé un sourcil pour faire comprendre à tous qu'elle n'en avait pas fini avec eux, même des vampires qu'elle ne connaissait pas, elle se détourna vers Aleksandr pour jauger de son seuil de mutation. Mais elle n'eut le temps de s'en occuper : Ivanov achevait sa transformation, à quatre pattes et presque nu. Il salivait abondamment et Orphée comprit qu'elle avait probablement négligé cet aspect biologique.

- Eva ! Il faut plusieurs bassines d'eau ! Et quelque chose d'inflammable là-dessus ! Débita la fille démon en lançant sa torche improvisée vers la limite du bouclier avant d'entre à nouveau la voix souffrante d'Aleksandr qui s'apprêtait aussi à devenir loup.

Eva revint rapidement avec quelques-uns des siens qu'Orphée ne connaissait pas et Icare plaça sous son bouclier deux immenses bacs de plastique rempli d'eau et de neige fondante, ainsi que la future torche.

Ce fut avec des rugissements qu'Ivanov doubla et tripla de volume, en prenant sa forme final, achevant sa mutation. Il paraissait changer de peau et était parfaitement méconnaissable lorsqu'il se tint, haletant, sur ses pattes arrière à la forme animale. Le tibia était long, traduisant une extrême souplesse et improbable rapidité. La toison sombre était soyeuse et assurément douce, se répandant sur tout le corps d'Ivanov : de ses bras longs à ses mains assurément humaines, jusqu'à son museau fin et étroit. L'attitude élancée n'était pas dénuée de muscles minces mais puissants. L'humaine retrouva la beauté étrange et spéciale d'un enfant de la lune, elle la savourait.

Ivanov souffla profondément par sa truffe humide et rejeta sa tête en arrière pour hurler à la lune et s'ébrouer rapidement. Ce son incroyable fit frissonner la horde, de même qu'Orphée et les vampires, mais pire encore lorsque la bête immense fit un tour d'horizon pour s'apercevoir qu'une délicieuse humaine lui faisait face avec un sourire.

Orphée savait son privilège : être entouré de créatures mythiques physiquement présentes et être encore en vie après tant de temps tenait du miracle,…

La bête souffla exagérément et Eva fut presque prise de panique en constatant que l'humaine n'avait pas vraiment envie de se les bouger. Du côté des loups, Jivko hésitait entre soutenir son fils Aleksandr et protéger cette folle petite fille comme inconsciente du danger. Le loup Ivanov huma l'air et inspecta le périmètre où tous se trouvaient immobiles, accomplissant son geste à la vitesse de la lumière pour se stopper à nouveau face à l'humaine qui le regarda pourtant d'un air assuré.

- Te rappelles-tu de ma voix comme je te l'ai demandé ? Insinua-t-elle d'un ton doucereux malgré son attitude froide et figée. Inhumaine en un mot. Trop sûre d'elle pour que la chose soit considérée comme normale.

A peine la fin de sa phrase raisonnait dans l'immense complexe que le Garou, dépassé par son instinct féroce, se jetait sur elle sans plus attendre. Au même moment, Gévaudan lança un bref regard entendu à Jivko avant de s'élancer : la Bête de France avait également compris que s'il existait une clé, une seule, pour la liberté, elle ne possédait qu'un nom : Orphée. Il leur fallait donc la protéger à tout prix pour avoir une chance de sortir un jour des griffes irokoises. Toutefois, après être rentré en collision avec la gueule couverte de salive et de dents acérées, Gévaudan s'aperçu que l'humaine n'était plus à sa place. En effet, celle-ci se tenait à présent à quelques mètres plus loin et semblait sans aucun doute passablement contrariée.

L'ancien français exprima son effarement, en écarquillant ses yeux bruns et en murmurant pour lui-même :

- Mais qu'es-tu donc,…

- Tout le monde ici présent se fiche éperdument de la réponse que je pourrais donner ! Alors ne posez pas de questions ! Rugit-elle en esquivant à nouveau Ivanov qui se ruait sur elle dangereusement.

- Je te dresserais s'il le faut… Nous le ferons, continua-t-elle en soufflant, citant son démon inconsciemment. JE SERAIS TON MAITRE SI TU M'Y OBLIGES ! Beugla-t-elle au loup noir qui tendit ses oreilles en sa direction. Pour ton bien comme pour le mien et celui de cette horde d'immortels qu'est ton peuple, TU VAS PRENDRE ATTENTION ! Tu vas reprendre le contrôle !

Plus pâle encore si la chose était possible, débordante d'une énergie néfaste que tous les monde pouvait sentir, elle alluma sa torche de son briquet à essence. L'extrémité s'enflamma instantanément mais la situation était critique : un seul faux pas et s'en était fini, car elle n'avait pas tout le potentiel vitesse et force vampires pour combattre un Garou à proprement parler.

- Le feu t'effraie n'est-ce pas,… Sourit l'Orphée démoniaque tendrement, car elle parlait à présent à l'animal, à la peur profondément instinctive d'Ivanov qui n'en montrait que plus d'agressivité.

- Cerbère est un grand ami à moi et il ne m'a jamais voulu de le dominer pour son bien, car il sait qu'il a sa liberté,… murmura-t-elle, plongée dans ses souvenirs avant que le loup noir ne l'attaque une troisième fois.

En un centième de seconde, les pensées du démon et d'Orphée fusèrent.

La seule solution est d'agir comme avec notre propre meute.

Le second mute,… Nous avons peu de temps pour calmer le premier.

Nous ne mourrons pas maintenant alors que trop de choses sont encore à accomplir.

Nous devons réussir.

Nous réussirons.

En un éclair, l'humaine fit un long écart de côté pour prendre de l'élan.

Agir comme Cerbère. Viser le cou.

Elle s'élança de toutes ses forces perpendiculairement sur le monstre déboussolé, visant grossièrement sa tête.

Concentration. Force.

Elle s'agrippa de sa main libre à la peau recouvrant la nuque d'Ivanov cependant, elle avait mis beaucoup trop d'élan et bascula de l'autre côté du corps, recroquevillée sur elle-même, tentant de se protéger. Le Garou tenta de l'arracher à sa toison en gesticulant de ses bras, heureusement qu'Orphée parvint à lâcher et à se reculer rapidement en comprimant la blessure à sa cuisse qu'elle venait de récolter et sans attendre, recommença sa manœuvre.

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Pour la première fois depuis un long moment, un sourire effrayant s'était niché sur le visage d'Elarik. Il parvint tout de même à ne pas ricaner alors qu'il s'armait d'un énorme et long morceau de bois sous les yeux septiques des loups et d'autres vampires. Jasper Cullen ne put s'empêcher de lui rendre ce sourire, ainsi qu'Aro et son propre clan : les jeunes irokois arrivaient et étonnant, d'après la plupart des nouvelles qui circulaient, aucun ne s'étaient égarés. Ils étaient restés ensemble, en masse.

- J'ai souvent regretté les combats de notre époque. Avec des armes aujourd'hui inoffensives… Souffla Elarik avec une certaine satisfaction et beaucoup d'impatience en ce qui concernait ce combat qui approchait à toute allure.

… …

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Orphée n'avait de cesse de s'épuiser à tenter son approche. Sa torche toujours dans sa main gauche, elle s'en servait pour éviter les griffes et crocs d'Ivanov de plus en plus excité par sa présence. Sa cuisse la brulait et les anciennes blessures de son dos la tiraillaient, cicatrices encore trop fraiches pour être malmenées par des mouvements brusques et violents. Son corps lui semblait se consumer sous l'effort et Orphée sentait que l'énergie vampirique commençait à l'empoisonner. Mécanisme lent, mais imperturbable. Le seul point « positif » du moment était que la mutation d'Aleksandr prenait plus de temps que celle d'Ivanov.

Il nous faut agir vite.

Prendre plus de force et attaquer.

Réussir.

Je suis lasse.

La fatigue mentale eut raison d'Orphée et elle se mit à penser qu'elle avait bien le droit d'abandonner, une fois dans sa vie. De laisser tomber le combat pour se reposer. Toutefois, si elle savait qu'Icare la sortirait du bouclier si elle le demandait, elle n'aurait jamais l'envie d'y retourner. Tous savaient à présent qu'elle pouvait tenir tête à un enfant de la lune, fraichement muté et surtout jeune. Mais pas indéfiniment.

Nous ne devons pas laisser entrevoir cette faille à quiconque.

Personne n'est au courant. C'est un détail non négligeable.

Nous avons l'obligation de tenir encore.

Et la volonté de vaincre fut plus forte que la tristesse et la fatigue.

Pour combien de temps encore…

L'humaine aux yeux sombres poussa un cri d'énervement et plusieurs vampires, dont Eva, tombèrent à genoux. Le démon incitait son porteur à tout faire pour gagner et ils s'élancèrent avec une puissance phénoménale tirée de la rage pure et cette fois, atterrirent sur la nuque du loup noir.

Avec des rugissements de hargne et de toute la vigueur vampirique, elle bascula vers l'avant pour le mettre à terre. Celui-ci tentant de la blesser avec ses mains, il ne put se rattraper à temps et s'étala sur le sol.

Cet effort coûta beaucoup d'énergie à l'humaine qui haleta et c'est en jurant qu'elle grimpa à califourchon sur le cou du loup pour le garder plaqué au sol.

- Ecoute-moi ! Reconnais-moi ! Brailla-t-elle sous la colère et la nervosité en frappant le sol de sa torche, ne voulant pas blesser le Garou même si elle en mourrait d'envie. Elle aurait voulu l'abattre. Démontrer à toute cette populace immortelle que les humains n'étaient pas des faibles et qu'ils étaient capables de diriger leur vie sans la donner à quiconque. Il ne faisait aucun doute que si le démon avait pris la totale possession, le loup serait mort.

Ivanov, entravé dans ses mouvements, redoubla de rage dans sa tentative de rejet et gronda profondément avant de tenter d'éjecter l'opportun. Il parvint seulement à la blesser de nouveau alors qu'elle se plaquait à lui, à la fois pour se protéger et l'empêcher de se relever.

Se calmant comme elle le pouvait, comprenant que son comportement ne faisait surement pas appel au calme de l'animal, Ivanov tenta une nouvelle fois de la déloger de sa tête et elle ne put se retenir de lui bruler l'avant-bras en guise d'avertissement en écrasant sa gueule au sol.

Maintenir la bête et prendre la place de dominant.

Deuxièmement : l'amener au calme et à une ébauche d'écoute. Puis de confiance.

- Ca ne va pas être aisé,… commenta la fille démon d'une voix morne en posant avec le maximum de précaution son visage sur la nuque du loup.

- Nous avons accompli le plus difficile, il me semble. Ce n'était pas… si compliqué, conclut-elle à haute voix, en pleine discussion avec son diable.

Orphée eut un moment d'égarement en constatant qu'un liquide chaud et rouge coulait de son cuir chevelu à son front. Voyant que le sang ne coulait pas aussi abondamment qu'elle l'avait imaginé, elle profita de ce laps de temps silencieux pour analyser la situation : Ivanov était enfin soumis et Aleksandr gonflait sans un souffle à vue d'œil. Il acceptait la douleur en fin de mutation. Ce n'était pas si mal. Le cœur d'Orphée battait puissamment, doucement empoisonné par l'énergie vampire, trop puissante pour son organisme humain. En un mot, elle devait se dépêcher de gagner l'humeur paisible de la première bête, pour pouvoir affronter la seconde. En espérant qu'ils ne se battent pas.

Jivko massant le corps de son disciple pour le soulager, vit les yeux noirs de l'humaine faire un tour d'horizon. Elle semblait à bout de force, mais s'avérait amusée des visages sidérés autour d'elle. Une humaine bravait les créatures mythologiques. N'était-ce pas la première fois ?

Non.

Orphée explosa d'un rire d'aliéné avant de descendre délicatement du loup resté à terre en s'affalant à moitié sur le sol. Ses forces la quittaient, mais elle gagnerait.

Nous gagnerons. Profitons-en pour rire.

Oui. Oui ! Rions de notre survie ! Rions de ces visages étonnés, de ces immortels qui se croient même au-dessus des Dieux!

Son hilarité ne fit que raisonner encore et encore, sinistre et inquiétante, comme si la situation était des plus comiques alors que son visage ruisselait de sang chaud, que sa cuisse n'était qu'une plaie béante. Mais l'humaine était passée de l'autre côté de la frontière. La folie pure et simple, mais qui sait vraiment ce qu'est la folie, sans même l'avoir jamais vécue ? Oui, je vous le demande. Riant encore et encore sans chercher à se retenir, elle se releva en trébuchant légèrement alors que le garou Ivanov se relevait rapidement en se remettant en position d'attaque.

Rien ne semblait toucher ce qu'était devenue Orphée : un pantin sanguinolent que tous regardaient sans broncher. Elle ne sentait aucune douleur tant son corps la brulait.

- Cesser de vous tripoter l'esprit ! Il n'y a rien à comprendre et ne me posez pas de question. Jamais. Ja-mais ! Nous n'avons de compte à rendre à personne ! Dit-elle tout d'un coup d'un ton sérieux en se tenant à nouveau droite et immobile.

- Qu'arrive-t-il à cette démente? Chuchota un des deux chefs Irokois à Eva qui ne savait quoi penser.

- Je n'en ai aucune idée… Elle ne m'a jamais rien confié et aucune information n'a filtré chez les Volturis à propos de cela.

- Son esprit a peut-être lâché. Trop d'épreuve. Trop de douleur et de difficulté.

- Taisez-vous, chuchota Orphée comme si elle était espionné par on ne sait quelle autre créature à son coté. Vous, immortels, ne savez même plus ce que recèle votre esprit à force de vous croire si fort. C'est ça, votre faiblesse. C'est ça qui vous perdra, martela-t-elle en regardant les deux indiens et chefs droit dans les yeux. Je ne suis qu'humaine et vous êtes tous là à vous creusez la cervelle pour deviner. Deviner quoi ? Ce que vous ne pourrez plus jamais comprendre car vous êtes rentrés dans la mauvaise démence : celle qu'on ne contrôle plus. Maintenant, finit-elle en se détournant vers Ivanov qui n'avait de cesse de grogner, occupons-nous de ton frère, son heure vient.

Malgré les réticences de l'immense loup, la fille démon s'approcha doucement, délicatement en tendant sa main tournée vers le sol de manière à ce que son odeur effleure la truffe d'Ivanov. Celui-ci la sentit longuement avant de s'y frotter.

Nous gagnerons. Rions encore !

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MERCI

à Eve (qu'est-ce que je dois rajouter ? Chais pas moi, mais merci de m'encourager, dans les moments difficiles, Ca me booste. Et puis bon, on a tout le temps de se dire des conneries en privé, après plus personne ne voudra lire mes fins de chapitres !)

Siam-Chan (merci pour tes reviews au fur et à mesure de ta lecture ! Je passerais voir les tiennes sous peu),

Alice (héééé non. Malheureusement, ce n'est pas en bouquin ! Mais qui sais, un jour… ) ),

N la C (ouai, tu postes quand ? Et puis pour la réceptionniste, encore deux ou trois chap' de patience… :p ),

CMR (Ton commentaire me va droit au cœur, et je compte publier (mon fameux roman) un jour une sorte « d'avant Orphée », un voyage aux confins de l'esprit… et pire encore ! Si tu aimes cette histoire et les sujets développés, mon roman devrait te plaire… Enfin, quand il sortira…)

MimiCam (merci d'être toujours là, c'est vraiment motivant !)

Acheroniastyx (oui, la baisse de review est quelque chose de… frustrant ! Mais merci pour la tienne, ça m'a vraiment fait plaisir et j'espère que ton bébé a fini de casser tes nuits avec ses dents ! Je n'ai pas encore eu le temps de visiter ta fic, mais je n'y manquerais pas !)

Merci tout de même à celles qui passent sans rien dire…

Je tiens à préciser à toutes celles qui débarquent que ma page facebook est toujours sous le nom de MADmoiselle Acide, que je vais ouvrir un blog prochainement avec dessins/textes et que cette page permet à tous de rester au courant de mes activités, ainsi que cette fic', roman, photos,… et conneries. Je suis particulièrement surmenée en ce moment, pardon pour l'attente, mais mon physique le ressent également. C'est dur, des fois…

Merci d'être là.