Alice : merci pour ta review ! La lutte pour la conservation de l'intégrité de la chevelure de son Renji continue pour le valeureux Byakuya, et ce n'est pas de tout repos... J'espère que ce chapitre te plaira !
Bonne lecture à vous tous et toutes !
Acte 48 : Égaliser seulement, est-ce bien sûr ?
Renji franchit la porte le cœur battant. Ce n'est pas la première fois qu'il vient là, donc il sait à quoi s'attendre, mais jusqu'à présent, c'était pour soutenir Byakuya durant les étapes traumatisantes de la féminisation de son aspect. Or aujourd'hui, les rôles sont inversés ! Byakuya n'est ici que pour l'accompagner et c'est lui dont la coiffure va être modifiée et le visage, maquillé pour qu'il incarne le mieux possible le personnage de d'Artagnan.
Devant cette perspective, Renji est à la fois excité et déçu : il aurait bien voulu essayer son costume par la même occasion. Mais ce sera pour le lendemain, Ishida le lui a assuré ce matin...
Renji jette un nouveau coup d'œil sur sa noble escorte, assez surpris par sa présence. Il a sincèrement pensé que son capitaine ne voudrait pas s'absenter encore de la division. D'ailleurs, que Byakuya ait accepté qu'il se rende à cette séance de maquillage improvisée est tout aussi étonnant, après l'esclandre de la veille. Byakuya est silencieux, ce matin, comme souvent. Mais Renji a l'impression qu'un souci supplémentaire est venu alourdir les épaules déjà bien chargées de son supérieur et amant.
« Tu entres aussi ? », demande-t-il, la main sur la poignée de la porte, prêt à la refermer.
Byakuya hoche la tête et passe devant Renji en pénétrant dans la pièce. Derrière lui, le heurt du battant contre le chambranle résonne entre les murs comme un présage des désagréments à venir.
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À la résidence Kuchiki, un frère et une sœur discutent avec animation.
« Arrête donc de te faire du souci inutilement, Ginrei ! Que ce soit vrai ou pas, quelle importance ? Le fait est que Byakuya n'a jamais eu l'air plus heureux qu'en ce moment. Tu l'as observé, ce matin ?
— Justement, parlons-en de ce matin : il n'avait d'yeux que pour Abarai. C'est un miracle qu'il ait noté que sa jeune invitée était troublée.
— Mm, tu n'as pas tord...
— Alors, tu vois ? Ce Roméo et Juliette dont parlent sans arrêt Rukia et Orihime ne peuvent être personnes d'autres que Renji et Byakuya. Et je te laisse deviner lequel est Juliette ! »
Birei se met à rire doucement, amusée. Bien malgré lui, Ginrei sent sa sévérité lui échapper. Sa sœur est redoutable, peut-être plus encore à présent que l'âge a apporté à la jeune fille d'autrefois dont beaucoup s'énamouraient un charme supplémentaire, où la maturité est venue remplacer l'inconscience de ses jeunes années.
« Elles sont adorables, toutes les deux, à s'imaginer pouvoir garder le secret de cette façon ! Ah, la jeunesse...
— Birei, l'heure n'est point à la plaisanterie ! Byakuya est le chef du clan Kuchiki...
— Oui, c'est vrai. Mais aurais-tu le cœur de les faire se séparer ? Et pour quelle raison ? La descendance ? Byakuya n'est pas le seul homme de notre famille.
— Birei, il est grand temps de continuer la conversation que nous avons commencée lorsque Byakuya a refusé tous les partis qui se sont présentés à lui après qu'une période raisonnable de deuil se soit écoulé.
— Je t'écoute, Ginrei ».
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Seules Retsu Unohana et Isane Kotetsu sont présentes : la pièce brille par l'absence de la petite Yachiru, et Byakuya ne peut que s'en réjouir. Le meuble-coiffeuse et son grand miroir sont toujours à la même place, les chariots remplis de matériel de coiffure et maquillage sont rangés contre la paroi du fond, les deux paravents disposés dans l'angle laissent entrevoir le portant, vide de tout vêtement. Le tabouret est également dans le coin, sa présence inutile.
La salle rapidement inspectée, Byakuya avise une chaise, nouvellement adossée au mur, et va s'y asseoir, persuadé qu'elle a été apportée là à son intention. Puis il ferme les yeux et se concentre, les mains dans son giron, prêt à intervenir en cas de besoin.
« Approche, Renji », invite la voix douce de Retsu Unohana.
Le claquement sec de la cape qu'on déplie retentit. Le bruissement du coton de l'uniforme contre la matière imperméable de la protection forme un instant le seul fond sonore, puis les ressorts des roulettes du fauteuil dans lequel Renji s'assoit couinent faiblement sous son poids.
« À présent, voyons ce que l'on va pouvoir faire. Le peigne, Isane. »
Et c'est plus fort que lui, Byakuya ne peut rester les yeux fermés ! Lorsqu'il est question de Renji, son impassibilité s'effrite, les faux-semblants ne résistent guère, et sa curiosité est toujours présente. Il ouvre lentement les paupières et admire les cheveux rouges acquérir de l'éclat au fur et à mesure qu'ils sont coiffés en de lents mouvements, par une main légère et habile, glissant un peigne noir le long des mèches fournies.
Cependant, Retsu n'a pas le même avis que lui sur la beauté, exceptionnelle de son point de vue, de la chevelure de Renji. Elle plisse le front dans une mimique de contrariété, saisit entre le pouce et l'index une mèche particulière de la somptueuse crinière de son amant, et en porte l'extrémité à hauteur de son regard pour l'examiner plus attentivement. Puis elle la laisse retomber et enfin, se tourne vers Byakuya comme s'il était l'évident propriétaire des cheveux qu'elle est en train de traiter, pour lui annoncer d'un ton péremptoire :
« Il faut les ébouqueter. »
Ébouqueter ? Que veut-elle dire par là ? Raccourcir ? Elle veut COUPER...
Dans sa précipitation, le capitaine a déjà conclu au désastre. Il se lève pour opposer toute son autorité à la terrible coiffeuse en chef et lui imposer son premier veto.
« Ils sont fourchus ? Je m'en doutais, cela fait bien trop longtemps que j'ai négligé de les faire couper. Allez-y, cela me fera faire des économies de coiffeur. »
Byakuya se rassoit, le cœur battant la chamade. Il a failli se couvrir de ridicule ! Heureusement, le bon sens de Renji l'a sauvé. À son insu, il lui adresse un regard reconnaissant.
Ses larges épaules ainsi enveloppées de la cape, le maître de Zabimaru a une drôle d'allure, installé devant une coiffeuse comme une lady à sa toilette. Cependant, le caractère féminin – et potentiellement dangereux, persiste à penser l'aristocrate – de son environnement ne semble pas perturber outre mesure le jeune guerrier. Il est assis dans son fauteuil à roulettes, comme s'il n'avait aucun souci en ce monde. Byakuya sait qu'il n'en est rien car les soucis de Renji peuvent être nombreux. Les années ont appris au capitaine que son lieutenant est quelqu'un de responsable, qui se préoccupe profondément d'autrui et, à la connaissance de Byakuya, il n'y a pas tâche plus difficile en ce monde que de protéger effectivement ceux qu'on aime. Mais son amant vit dans le moment présent, et le moment est à la réjouissance, selon toute apparence...
Un bruit de roulement provient de la pièce voisine. Byakuya fixe la porte mitoyenne avec inquiétude. Qu'ont encore inventé les deux femmes ?
Isane revient poussant devant elle un curieux meuble, une sorte de colonne dotée d'une vasque à son sommet. Byakuya comprend vite que c'est un bac à shampoing mobile en remarquant la présence des tuyaux flexibles d'entrée et d'évacuation d'eau. Ces deux femmes sont machiavéliques. Ont-elles donc tout prévu ? Byakuya se félicite une fois encore d'avoir fait fi de ses obligations de capitaine pour s'assurer que Renji ne risque rien entre leurs mains. Le maquillage n'est pas encore abordé qu'il est déjà dans un état de tension extrême.
Alors que Retsu passe en revue ses ustensiles de coiffure et projette sans aucun doute quelque façon diabolique de les utiliser, Isane procède au lavage des cheveux de la future victime. L'eau court déjà et jaillit de la douchette, dans un chuintement joyeux. Mais ne voilà-t-il pas que Renji fait la grimace ! ne manque pas de remarquer Byakuya. Que fait donc cette incompétente ?
« Excuse-moi, Renji. C'est trop froid, n'est-ce pas ?
— Carrément !
— Le mitigeur est capricieux... C'est mieux ? »
Capricieux !? Byakuya se lève et redouble de vigilance. Il ne manquerait plus que la température soit trop chaude ! s'exaspère-t-il en surveillant l'opération de près.
« Voilà, c'est bien maintenant », fait Renji.
Byakuya se rassoit, soulagé. Pendant les minutes qui suivent, il arrive même à se relaxer. Isane a déposé quelques noisettes de shampoing sur les cheveux de Renji et frictionne vigoureusement au grand plaisir apparent de celui-ci. Son amant, les paupières refermées, soupire d'aise. Byakuya se demande tout à coup ce qu'il ressentirait lui-même s'il était à la place de la demoiselle...
Sous ses doigts, il sentirait le bosselé de son crâne, chaque dépression qu'il rencontrerait ferait l'objet d'un délicat massage de la pulpe de ses pouces à la base de l'occiput, tandis que ses doigts en éventail frotteraient plus vivement le dessus de sa tête... les cheveux bruisseraient, noyés dans une mousse blanche et savonneuse à la texture légèrement onctueuse, et Renji exhalerait un soupir de satisfaction à ses savantes administrations... Une petite mèche échapperait à ses soins et viendrait se coller dans le creux derrière l'oreille, bouclant sous l'humidité. Saisissant ce chemin vers la liberté, des gouttes savonneuses couleraient le long de cette boucle jusque dans la nuque dorée de soleil. Le chatouillement de l'eau sur sa peau nue ferait froncer le nez à Renji, en une mimique que Byakuya trouverait adorable. Alors, il attraperait l'indisciplinée, lui ferait rejoindre ses consœurs et lisserait la longue chevelure, ainsi regroupée entre ses mains, en s'émerveillant de leur longueur et de leur couleur, et s'il tirait un peu, juste un peu plus jusqu'à tendre la peau fine à la base des racines, Renji fermerait les paupières avec volupté et se laisserait doucement aller...
Byakuya a soudain très envie de prendre son bain avec Renji et de lui donner un shampoing... un shampoing, et surtout un agréable et extensif savonnage, pour être complètement exact. Alangui contre le dossier de sa chaise, il se note l'idée pour plus tard.
Plus tard ? Byakuya se redresse brusquement, effaré par le tour qu'ont pris ses pensées. Tournant subrepticement la tête de droite et de gauche, il vérifie discrètement qu'il n'a pas été remarqué et, avant qu'il ne se mette à rougir de pensées inavouables en présence de deux membres respectables du Gotei, s'efforce de reprendre le cours de sa surveillance sans plus se laisser déconcentrer.
Le rinçage a eu lieu pendant son court voyage au pays de monts brunis et de bulles de savon. D'un seul coup d'œil vers Renji, Byakuya est tout à fait rassuré. Rien de fâcheux n'est arrivé.
Or, il est dit que cette séance ne serait pas de tout repos, car Isane, loin de prendre l'une des serviettes posées sur la table devant Renji, se saisit d'un flacon et entreprend de verser un peu de son contenu dans la paume de sa main.
Alarmé, Byakuya se lève. Qu'est-ce que c'est encore ? Le shampoing n'est-il pas terminé ?
« Tu ne vois pas d'inconvénient à ce que j'utilise un baume après-shampoing, Renji, n'est-ce pas ? Tes cheveux ont l'air d'en avoir besoin.
— Oh non, vas-y, au contraire. Je ne prends jamais le temps de le faire, alors c'est pas de refus. Et puis, comme cela, cela facilitera le démêlage... »
Byakuya se rassoit, toute tension envolée. Un baume après-shampoing, bien sûr... Suis-je bête de m'affoler ainsi. C'est à cause de cette menace qu'on lui coupe les cheveux pour être un d'Artagnan plus ressemblant. Quelle frayeur, hier soir... Mais j'y pense, d'Artagnan, béarnais d'origine, ne devrait point avoir les cheveux rouges ! ou roux, tout du moins, car je n'ai jamais vu d'humain avec la couleur des cheveux de Renji...
Le doute et l'inquiétude refont surface. Byakuya réalise que l'égalisation n'est pas le seul danger que courent les cheveux de Renji. Envahi d'un sinistre pressentiment, il reluque avec suspicion les différents flacons à l'aspect équivoque qui trônent sur les chariots rangés contre le mur, redoutant d'y trouver une teinture...
Mais voici qu'il n'a plus le temps de s'en préoccuper. Isane a appliqué la lotion capillaire puis rincé les cheveux. Ensuite elle les a expertement séchés au moyen d'une serviette, et Retsu arrive maintenant, armée d'un peigne et d'une redoutable paire de ciseaux.
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Renji est aux anges. Il a rarement le temps ou tout simplement le goût de s'occuper de lui et de prendre soin de sa personne comme Isane le fait aujourd'hui. C'est bien agréable. Toutefois, il ressent parfois les ondes d'une pression spirituelle à l'ambiance un peu glauque, ce qui lui fait se demander, alors que tout est si calme et si paisible, ce que son noble amant au caractère extrême est en train d'imaginer pour émettre une impression aussi sinistre. Comme cette atmosphère angoissée naît subitement pour disparaître tout aussi subitement de façon incompréhensible, il s'en soucie fort peu. Il soupire de contentement et se cale dans sa chaise, prêt à l'étape suivante : une petite coupe pour égaliser ses cheveux et éliminer ces vilaines fourches.
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Cette fois-ci, non seulement Byakuya se lève, mais rien ne pourrait l'empêcher de s'approcher. Posté suffisamment près pour pouvoir intervenir avant qu'un malheureux coup de ciseau ne vienne massacrer irrémédiablement la précieuse chevelure, il observe anxieusement la détentrice toute-puissante de l'outil infernal. Pour le moment, elle a déposé son arme sur la table. Mais Byakuya se défend de s'en sentir rassuré. Il vise les mains de la coiffeuse en chef de deux prunelles vigilantes et ne les perd plus du regard.
Munie de son peigne, Retsu démêle et lisse la chevelure de Renji. Byakuya fronce les sourcils lorsqu'elle se met en tête de lui faire une raie sur le côté. Renji ne porte ni n'a jamais porté de raie, il en est persuadé. Puis elle rabat quelques mèches devant le visage de Renji, si bien qu'on ne voit plus qu'un seul de ses beaux yeux !
« Que dirais-tu d'une légère frange effilée, se dégageant sur le côté ?
— Ah oui ? fait son bien trop confiant amant.
— Cela cacherait un peu tes tatouages mais permettrait qu'on ressente moins l'absence du bandana...
— Pourquoi pas ? »
Horreur et damnation ! Il n'y a pas de limite à la ruse et à la persévérance de cette maudite femme.
Acte 48 : Fin
La suite dans : "Coiffure et maquillage : Byakuya rencontre d'Artagnan !", publiée demain. Vous saurez alors si Renji aura une toute belle et toute nouvelle frange, et si Byakuya survivra à sa possible crise cardiaque...
