Hello à tous et merci de suivre cette histoire ! D'après les stats du site, j'ai l'impression que vous êtes de plus en plus nombreux à la lire... Wow ! J'en suis honorée. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, non seulement ça me fait très plaisir, mais ça m'est aussi utile. Et puis ça donne beaucoup de carburant pour continuer à écrire (je continuerai cette histoire quoi qu'il arrive, mais un coup de pouce, ça fait pas de mal ! En publiant ici, aujourd'hui, j'écris autant pour me faire plaisir que pour vous faire plaisir, en espérant que ça fonctionne ;)
(et puis merci à celles et ceux qui se sont abonnés ces derniers temps, des bisous à vous !)
J'espère que vous vous amuserez à lire la suite des dévergondages estivaux de nos mages préférés !
Et non, je n'ai moi-même pas vu venir ce que j'ai écrit dans ce chapitre ;)
Enjoy !
PS : L'instant musical : je faisais ma vie, tranquillement (donc, j'écrivais la fin de ce chapitre ;) quand soudain je retombe sur une chanson que j'ai pas écouté depuis tellement longtemps que ça a fait une espèce de bombe de nostalgie qui m'a sauté à la figure. Même sans nostalgie, écoutez Je n'embrasse pas, d'Indochine. C'est bon pour le moral :)
La soirée devait se dérouler sur la plage, où les mages s'étaient activés tout l'après-midi pour installer tables, chaises, barbecues et diverses réserves d'alcool. Enfin, la plupart des mages... Grey et Leon avaient passé la majeure partie du temps à discuter entre eux, rejoints de temps à autres par Natsu qui se montrait bien plus sociable que les mages de glace. Également coupables de fainéantise, Luxus préféra regarder son compagnon se démener que de lui venir en aide, et Rufus s'employa tout l'après-midi à apprendre par cœur un vieux traité de magie.
Le soleil commençait à décliner quand tout fut fin prêt et qu'Akira regarda avec un sentiment de panique grandissant les mages se servir de grands verres de punch. Normalement, le breuvage devrait mettre quelques temps à agir, et ses effets seraient vraisemblablement progressifs. L'herboriste lutta contre son appréhension et se força à en boire à son tour. Ce n'était qu'une juste punition pour sa maladresse, et l'effet immédiat fut surtout un gros coup de chaud qui lui fit du bien en allégeant la tension et en lui donnant envie de rigoler. Il était plutôt sensible à l'alcool, surtout quand il y avait plein de monde autour de lui. Ce n'était pas plus mal : il ne connaissait quasiment pas la plupart des mages présents, et s'il avait rapidement pris ses marques au sein de la guilde qui l'avait accueilli à bras ouverts, il n'en demeurait pas moins le petit nouveau, après avoir passé toute sa vie au sein d'une autre guilde et parmi des gens qu'il risquait de ne pas revoir avant un sacré bout de temps. Parfois, ça lui procurait un sentiment intense de solitude et il se retrouvait à devoir se planquer dans un coin pour pouvoir y pleurer à son aise, mais ce soir, il ne voulait pas de ça. Il voulait juste savourer l'instant, et peut-être profiter de l'occasion pour faire plus ample connaissance avec les mages présents.
Mais voilà, c'était quand même compliqué de ne pas trop s'inquiéter : ses entrailles se contractèrent quand il songea que s'il ne redoutait pas vraiment l'effet de la potion sur Grey, à qui elle était destinée à la base, elle pourrait s'avérer dévastatrice sur quelqu'un doté d'un tempérament aussi explosif que Natsu... Et ce n'était pas comme s'il était le seul à avoir le sang chaud parmi tous les gens rassemblés ici ce soir... D'après ce qu'il avait vu, Akira avait aussi des raisons de se méfier de Gajeel et de Luxus... Et c'était sans parler d'Erza !
C'est trop tard, Akira ! Faut assumer, maintenant. Et puis, vois le côté positif des choses : ce sera sûrement très drôle. Et qui sait ce que toi, tu vas faire ?!
Akira respira un grand coup et alla se poser près du feu de camp improvisé allumé grâce aux flammes de Natsu. Gajeel s'était déjà installé avec sa guitare, prêt à animer la soirée selon des critères contestés par une partie de l'assistance. Akira, lui, aimait bien sa musique. Gajeel ne recherchait pas la perfection, mais quand il jouait, son instrument et sa voix vibraient de quelque chose de plus authentique que n'importe quelle démonstration technique. Bien sûr, il se la racontait, mais cela aussi, ça faisait partie de son charme. Erza semblait du même avis : depuis la fin des Jeux, la redoutable guerrière écarlate semblait curieusement conquise par les charmes du mélomane d'acier, et Akira ne pouvait pas tellement l'en blâmer. Avec sa tignasse noire, ses muscles qui roulaient sous sa peau à la manière de ceux d'une panthère, les piercings qui ornaient son visage volontaire, sa voix rauque et son assurance teintée d'arrogance, il avait de quoi séduire.
Oh. Est-ce que ce serait déjà le punch qui agit ?
Akira secoua la tête et reporta son attention sur Natsu, qui faisait joyeusement flamber des grillades, Happy sur l'épaule, qui lui recommandait de ne pas tout faire cramer. Mais cette vision laissa également Akira rêveur. Le Dragon de feu était petit et mince, ce qui rendait sa musculature encore plus saillante, et sa chevelure rose vif ébouriffée avait une façon unique de souligner son visage aux traits fins et mobiles, et ses grands yeux où brûlait toujours une flamme, qu'elle exprime la joie, la rage ou l'affection. Il dégageait un charisme sauvage, une impression d'invulnérabilité qui contrastait magnifiquement avec ses manières enfantines et son tempérament ardent.
Hé, oh, Akira ! Tu recommences à rêver !
Pas faux... Mais il est drôlement bon, ce punch... Ce coup-ci, je me suis surpassé !
Le regard de l'herboriste dériva ensuite sur Yukino, la constellationiste de Sabertooth. La jeune femme était dotée de formes avantageuses, et même voluptueuses, et possédait un visage aux traits fins, une beauté discrète et presque vaporeuse, et elle ne dévoilait presque jamais son regard à la fois doux et pénétrant, dissimulée sous une mèche de cheveux blancs, ou par ses longs cils quand elle regardait vers le sol ou de biais, comme elle le faisait la plupart du temps, comme si elle craignait toujours de regarder les gens en face.
En fait, Yukino est sacrément sexy...
Akira ! Tu vas vraiment nous faire ça ?! Calme un peu tes ardeurs, je te rappelle que la soirée a à peine commencé !
Mais voilà, il y avait trop de sollicitations visuelles tout autour de lui. Le beau Leon exhibait son corps d'éphèbe juste à côté de lui, étalé sur le sable, les yeux dans les étoiles. Akira se sentit soudain incroyablement conscient de lui-même : lui et Leon avaient flirté plus qu'il n'en fallait au cours des Jeux, mais Akira se demandait maintenant de quelle façon le mage de glace l'avait perçu : voyait-il en lui un garçon ou une fille ?... Akira se maudit. Normalement, il s'en tenait à une règle simple : toujours s'assurer de l'orientation sexuelle de la personne qu'il voulait séduire avant de passer à l'attaque... Et là... Il s'était simplement laissé distraire par le charme glacial du mage, sans même parvenir à se rappeler quel genre biologique il avait choisi au moment de flirter avec lui.
Je suis le dernier des abrutis ! Comment je vais faire pour le draguer, maintenant ?!
Et son regard recommença à dériver...
Erza et ses longs cheveux écarlates qui pleuvaient sur ses épaules et sa poitrine imposante, son corps d'acier qui exhalait une forme de grâce que personne ne pouvait imiter, parce qu'elle était propre à la reine des fées, ce mélange d'érotisme pur et d'implacabilité, cette sensualité à fleur de peau toujours barrée par une détermination qui la rendait semblable à une icône de légende, aussi désirable que difficile à approcher. Fried et son élégance subtile, ses longues mains fines et sa façon presque gauche de se comporter, comme s'il craignait de trop attirer l'attention sur lui. Le couple de chasseurs de dragons de Sabertooth, le blond et le brun, le bleu azur des yeux de l'un, le rougeoiement sombre des yeux de l'autre, cette façon étrange qu'ils avaient de se mettre mutuellement en valeur par une complémentarité si harmonieuse qu'elle en était troublante. Et enfin Grey, qui dissimulait toujours ses sentiments sous son apparence de brun ténébreux, et qui avait cette tendance fascinante à exhiber son corps magnifique sans la moindre gêne mais surtout sans la moindre conscience de l'effet qu'il produisait sur les gens...
Ah, merde... Je suis foutu ! Reprends-toi ! Je sais pas, moi... bois de l'eau !
De l'eau ?! Et puis quoi, encore ?! J'suis pas du genre à avoir peur de ma propre connerie, moi ! Si c'était le cas, ça ferait longtemps que je serais mort de honte...
Grey s'agita, mal à l'aise. Natsu n'arrêtait pas de lui jeter des regards en coin, ce qui ne le dérangeait pas en soi, mais le problème, c'est qu'il ne parvenait pas à les interpréter. D'habitude, il arrivait plutôt bien à lire les expressions de son terrible chasseur de dragons, mais là, il était dans le flou. Natsu semblait dans l'expectative, mais aussi... Il le regardait de cette façon qu'il avait toujours quand il avait envie de lui sauter dessus, sauf qu'il restait sur la réserve. C'était vraiment très étrange. Et puis en plus de ça, il commençait à se sentir bizarre. Ça n'avait rien à voir avec les effets habituels de l'alcool, qu'il connaissait bien : quand il buvait un coup, il se sentait plus léger, plus bavard et ne pensait plus à tout un tas de choses qui d'ordinaire l'embarrassait, lui faisait peur, ou le bloquait. Mais là... Quelque chose en lui frémissait, comme une plante effleurée par les premiers rayons printaniers, et qui revient à la vie sous l'effet de la chaleur... Non, c'était encore plus intense que ça. Il avait la sensation que toutes ses réticences, toutes ses barrières mentales étaient en train de s'effondrer, et le plus troublant dans tout ça, c'était qu'il n'en avait rien à foutre. Presque comme si il avait attendu ça toute sa vie ! Il aurait dû se sentir terrifié, mais il n'y parvenait pas. Une heure encore auparavant, il se sentait contrarié, agacé, voire déprimé. Alors que se passait-il, bon sang ?! Il avait du mal à se concentrer pour démêler la situation et préféra se focaliser sur son punch. Il vida son verre, prêtant oreille à la musique légèrement arythmique de Gajeel. Et soudain, quelque chose en lui céda complètement. Il se vit se lever et quitter le feu de camp pour s'avancer vers la mer qui grondait en sourdine dans le crépuscule. Il tendit la main... Et un instant plus tard, le ressac paisible se tut, figé dans la glace. Il contempla la plaine de givre, un peu étonné d'avoir réussi à faire geler toute la baie sans même y penser, mais ne s'arrêta pas là. Il se fabriqua des patins et se lança sur la glace, irrésistiblement attiré par cette vaste étendue qui reflétait la lumière pâle de la lune et réverbérait l'éclat du feu de camp. De toute sa vie, il ne s'était jamais senti aussi léger, aussi libre. Et tandis qu'il patinait, il s'immergeait dans la nuit, dans la vaste nuée d'étoiles palpitantes qui le surplombait, indifférent aux regards qui convergeaient sur lui. Il ne patinait même plus, il dansait, appelé par le froid glacial qui stimulait tous ses sens, perdus dans l'immensité de l'océan et du ciel, avec un sentiment étourdissant d'humilité à se trouver suspendu entre les deux infinis qu'il parcourait en virevoltant, perdant le sens de la mesure comme de la gravité, et par-dessus tout, déposant très loin derrière lui le sentiment pénible de honte qui l'avait toujours étouffé. Il patinait comme un sportif de haut niveau, offrant malgré lui une démonstration impeccable de technique, mais aussi de sensibilité artistique, et tout au fond de lui, il savait qu'il serait absolument mort de honte le lendemain matin, et pourtant, il n'arrivait pas à s'arrêter...
Tout le monde en resta stupéfié... Sauf Natsu. Il regarda son compagnon en souriant et murmura : « Je le savais... », s'attirant un regard intrigué de la part de Lucy.
Cela dit, la performance artistique de Grey ne retint pas bien longtemps l'attention des mages : il se passait des choses de plus en plus étranges. Tout le monde se sentait bizarrement léger, et... prêt à tout. Absolument tout. C'était presque... comme si on leur avait jeté un sort. Pour tous, cela devenait de plus en plus difficile de s'empêcher de faire exactement ce qu'ils avaient envie de faire, le genre de choses dont ils s'abstenaient d'ordinaire parce que ce serait beaucoup trop embarrassant, même pour les plus extravertis.
Ainsi, Rogue grimpa sur la table, et, sous le regard médusé de son compagnon, il se mit à réciter une tirade d'une de ses pièces préférées, et qu'il avait lue des dizaines de fois en secret, peu désireux de révéler au grand jour son amour de la dramaturgie. En l'entendant déclamer, les yeux d'Erza s'illuminèrent : elle aussi, elle était fan de théâtre ! Jamais elle n'aurait soupçonné que Rogue cachait au fond de lui un acteur de talent ! Et il s'avérait que cette pièce, elle aussi la connaissait par cœur. Il s'agissait d'une histoire d'amour tragique mettant en scène un triangle amoureux comprenant une mage et deux soldats de l'armée du roi. Comme Rogue avait commencé l'une des plus belles tirades de la pièce, et qui était celle du personnage de la mage, Erza décida de camper le rôle de l'un des soldats. À son tour, elle grimpa sur la table pour pouvoir donner la réplique au Dragon de l'Ombre, dont les yeux luisaient même de larmes tellement il était à fond dans son rôle. En temps normal, Erza aurait été absolument terrifiée de monter « sur scène », mais pas ce soir. Ce soir, elle se sentait pousser des ailes. Tout à coup, une véritable carrière d'artiste lui semblait aussi réaliste que le fait que Natsu finirait sans doute un jour dans une prison pour mages à cause de son appétit pour la destruction.
Leur duo offrit une telle performance à l'assistance que plusieurs mages se retrouvèrent avec la larme à l'œil, et ils furent récompensés par un tonnerre d'applaudissements. Erza et Rogue se regardèrent, perdus : mais qu'est-ce qui leur arrivait ?!
Les effets de la potion d'Akira étaient plus ou moins spectaculaires, en fonction de la personnalité de chacun. Pour quelqu'un comme Luxus, par exemple, le simple fait de se mettre à pleurer à chaudes larmes était tellement inimaginable que Fried en resta littéralement bouche-bée pendant une bonne minute. Quant à Sting, on ne l'arrêtait plus. On aurait dit qu'il était absolument ivre mort, alors qu'il n'avait bu qu'un seul verre. Il hurlait des insultes à tout le monde, et déclarait à qui voulait l'entendre qu'il allait « mettre de l'ordre une bonne fois pour toute dans ce foutu monde magique » et que « si vous êtes pas contents, j'vous ferai changer d'avis à coups de putain de lumière sacrée de mes couilles ! » Et il crut bon d'ajouter : « J'emmerde les vieux cons ! »
Leon, quant à lui, confessa haut et fort que « Au fond de moi, j'suis un gros beauf. Je dis à tout le monde que j'aime le vin, mais en fait, je préfère la bière... Et... et... J'ADORE LE CATCH ! » conclut-il avec un soulagement visible. Et, information utile pour Akira : « Je suis bisexuel et ça fait plusieurs mois que j'ai pas baisé, avis aux amateurs et amatrices. J'ai pas de préférence, même si là tout de suite j'aimerais assez me faire foutre. » En s'entendant dire des horreurs pareilles, il se félicita que Jura ne soit pas là, parce qu'une part de lui était encore assez lucide pour savoir qu'il n'assumerait pas du tout ces propos dans quelques heures.
Comme Fried était toujours bouche-bée, Gajeel en profita pour faire un énorme câlin à Luxus, parce que lui aussi avait la larme à l'œil et ne parvenait pas à s'arrêter de pleurer. Et bon sang que ça faisait du bien ! Avec la quantité d'acier qui composait son corps, il espéra qu'il n'allait pas rouiller.
Mais non, idiot ! Tu penses vraiment que Metallicana serait fait d'autre chose que d'acier inoxydable ? Hum... maintenant que j'y pense... Non. Impossible. Ça fait des plombes que je connais Jubia et elle m'a jamais fait rouiller. Tout va bien.
Tout va bien ?
« Luxus, se plaignit-il, j'ai trop de pression et puis Reby m'a quitté pour une fille et puis maintenant je suis avec Erza mais je suis à près sûr qu'elle est trop bien pour moi...
— M-moi... c'est... C'est TOUTE CETTE FOUTUE GUILDE qu'est trop bien pour moi ! » explosa Luxus en sanglotant de plus belle.
Dans ce chaos, plusieurs mages disparurent, peut-être plus résistants à la potion et donc possédant encore assez de contrôle sur eux-mêmes pour préférer s'isoler avant de se mettre à dévoiler les secrets les plus profonds de leur âme à l'ensemble de leurs camarades. Parmi eux, Orga se fraya discrètement un chemin jusqu'à l'hôtel, où il alluma la lacrima-vision et se brancha sur son canal préféré, celui qui diffusait des télé novelas poignantes. D'habitude, seul chez lui, il avait déjà du mal à refouler les larmes, mais là, à l'image de Gajeel et Luxus, il se retrouva à sangloter haut et fort. Et quand Rufus entra dans la chambre, il n'eut même pas honte ! Il fut même content de le voir ! Mais... qu'est-ce qui clochait chez Rufus ? C'était quoi, cette drôle de lueur dans les yeux ? Orga le fixa et soudain, il se retrouva en plein cœur d'un des feuilletons qu'il affectionnait tant. Cette lueur, il la reconnaissait ! C'était celle d'Anna quand elle avait retrouvé Juan après la guerre ! Celle de Paolo quand il tombait dans les bras de Laura !
Attends... Quoi ?!
« Je savais que tu étais un grand romantique », murmura Rufus d'une voix rauque, juste avant de bondir sur le canapé et de s'asseoir à califourchon sur lui. Orga cligna des yeux sans comprendre ce qui se passait.
« Toutes ces années passées à t'aimer en silence... j'en ai assez, poursuivit Rufus. Et si tu dois me repousser, je t'en supplie, fais-le demain matin. Accorde-moi cette nuit. »
Accorder quoi ?!
Rufus fondit sur ses lèvres et se mit à l'embrasser langoureusement. Presque par réflexe, Orga posa les mains sur ses hanches, et Rufus gémit doucement tout en lui mordillant la lèvre. C'était une sensation... intéressante. Et puis... il sentait bon. Pourquoi est-ce qu'il sentait aussi bon, tout à coup ? Les mains du mage de la mémoire descendirent sous son t-shirt et ses longs doigts effleurèrent son torse puissant.
« J'en rêve depuis tellement longtemps... Je n'ai jamais osé me déclarer par peur de te perdre. Et puis je me suis dit que si Rogue l'avait fait, alors moi aussi, je pouvais. »
En rêver ? Se déclarer ?
...
Pourquoi est-ce que je ne pense plus que par questions ?
Bientôt, cela dit, même la litanie d'interrogation s'effilocha comme la brume dans le vent, tandis que Rufus se servait apparemment de tout ce qu'il avait jamais mémorisé sur le sexe pour lui faire passer une nuit de rêve.
Après une heure de patin à glace, Grey regagna la plage, un peu étourdi. Il ne comprenait pas ce qui lui était arrivé, et s'il avait profité à fond, il savait qu'il aurait beaucoup de mal à assumer de s'être donné en spectacle ainsi. Heureusement, si l'on pouvait dire, la plus grande confusion semblait régner chez les autres mages, qui avaient depuis longtemps cessé de prêter attention à ses pas de danse. Il commença à se dire qu'il y avait anguille sous roche. Et comme à chaque fois qu'il se produisait des choses étranges depuis qu'il le connaissait, Grey se tourna vers Akira, le regard assassin. L'herboriste lui sourit béatement et lui fit même un clin d'œil tandis qu'il le regardait comme s'il constituait sa prochaine gourmandise.
Euh... Qu'est-ce qu'il me fait, là ?!
Mais Akira reporta vite son intérêt sur Leon, murmura quelque chose à son oreille, et partit avec lui direction l'hôtel. Grey haussa un sourcil : si le comportement bizarre des gens ce soir était dû à une potion d'Akira, apparemment, l'herboriste en était aussi victime, car Grey ne l'avait jamais vu aussi entreprenant.
Le mage de glace chercha Natsu du regard, et le trouva occupé à dévorer des grillades sereinement, indifférent à l'agitation autour de lui.
Tiens ? On dirait qu'il est le seul à se comporter normalement...
Il s'approcha de lui.
« Natsu, t'es au courant de ce qui se passe, là ? »
Le mage de feu lui sourit, avec cet air qu'il avait toujours quand il préparait un mauvais coup.
« Ça se peut, dit-il en haussant les épaules.
— Allez, crache le morceau. Si tu sais pourquoi je viens de me taper la honte du millénaire, ça serait sympa de me le dire. »
Le visage de Natsu redevint soudain sérieux.
« La honte du millénaire ? répéta-t-il. Grey, c'était... tu étais... J'avais jamais rien vu d'aussi beau. »
Grey s'étrangla et rougit violemment. Il chercha quelque chose à répondre, mais ne trouva rien.
« Je crois que j'ai finalement compris pourquoi tu te déshabilles à tout bout de champ sans que ça t'embarrasse le moins du monde, reprit Natsu en souriant. C'est parce que t'as pas la moindre foutue idée de l'effet que tu fais aux gens. Tu as pas la moindre foutue idée d'à quel point tu es beau. »
Ok, Grey ne pouvait probablement pas devenir plus rouge que ça. Et pour la première fois de sa vie, en s'apercevant qu'il ne portait que son boxer, il se sentit nu.
« Mais ne change pas, murmura Natsu en s'approchant. Tu es parfait comme tu es. »
Grey le regarda, confus. Natsu n'était certes pas du genre à dissimuler les sentiments qu'il vouait aux gens, mais par contre, il n'était pas du genre à s'étendre là-dessus. Pas avec des mots. Il préférait laisser parler les actes. Et il en avait déjà dit beaucoup, mais il ne semblait pas avoir terminé.
« Je t'admire depuis qu'on est gamins. Je te trouvais tellement cool... Mais t'avais toujours la tête ailleurs, toujours l'air sombre... Alors j'allais te chercher des noises, comme ça j'attirais ton attention et puis tu changeais d'expression... Et tu as toujours été très beau quand tu es en colère, Grey. »
Le mage de glace baissa la tête, absolument submergé d'embarras, de surprise, et d'émotion.
« Et puis on a grandi... Et je me suis mis à rêver de toi. J'essayais d'éviter d'y penser mais je n'y arrivais pas. J'avais un peu honte, parce que je savais au fond de moi que j'étais amoureux de toi et je me disais que si tu le savais, tu te foutrais de moi. Et au final... Même si j'ai fait le premier pas... C'est toi qui m'a avoué tes sentiments en premier. Je crois que j'avais jamais été aussi heureux que ce jour-là. J'arrivais pas à croire que j'avais autant de chance. C'était moi, et personne d'autre, qui avais mis le grappin sur Grey Fullbuster. Je suis presque aussi fier que je suis heureux. »
Grey se mordait la lèvre pour l'empêcher de trembler, mais c'était vain. Tout comme sa tentative pour retenir ses larmes. Natsu se rapprocha encore et lui prit la main. La nuit sentait la fumée de barbecue et ils étaient entourés de mages dans tous leurs états, certains toujours en train de hurler, d'autre en train de pleurer, et pourtant, Grey avait l'impression d'être de retour au tout début de leur relation, dans l'un de ces moments où il avait cru que son cœur allait exploser. Tout son corps vibrait, sa tête chavirait. Il avait très, très envie d'embrasser Natsu, mais le mage de feu avait encore quelque chose à dire.
« Grey. Je veux passer ma vie avec toi. Pour moi, c'est un désir simple et évident. C'est ce que j'ai choisi, il y a un moment déjà. Mais je sais que tu manques parfois d'assurance. Je sais que tu doutes de toi, et aussi de moi. De nous. Alors je veux te prouver que tu as tort. Une bonne fois pour toutes. »
Il plongea une main dans la poche de son pantalon et en sortit un écrin.
Le cœur de Grey s'arrêta.
Natsu ouvrit l'écrin et Grey y découvrit deux anneaux sur lesquels étaient gravé, avec un luxe de détails, un dragon serti dans un flocon de neige.
« Grey... Est-ce que tu veux m'épouser ? »
Grey eut soudain très, très chaud, puis, tout aussi brusquement, il ne ressentit plus rien du tout. Il fixait les bagues du regard, l'esprit totalement vide. Il avait juste vaguement conscience du bruit autour d'eux, et du souffle de Natsu, plus rauque et plus rapide que la normale, tout près de lui.
Dis quelque chose, Grey ! Dis quelque chose ! s'engueula-t-il intérieurement.
Mais impossible de prononcer le moindre mot. Au lieu de cela, il tendit une main tremblante vers l'écrin, prit l'un des anneaux, et le passa au doigt de Natsu. Puis, il osa enfin le regarder.
Le mage de feu avait lui aussi les larmes aux yeux. À son tour, il passa l'autre anneau au doigt de Grey. Ils se regardèrent un long moment, comme s'ils venaient de faire un pas dans un autre monde. Soudain, tout était à découvrir, tout était possible, tout était immensément vaste autour d'eux. Chaque sensation était démultipliée, leurs perceptions affûtées jusqu'à la douleur, leurs émotions sublimées et grandies jusqu'au vertige. Quand leurs mains se touchèrent, une décharge électrique circula entre eux, et quand leurs lèvres s'effleurèrent, le ciel et la terre inversèrent leurs places.
Le sortilège se brisa quand tous les deux prirent conscience du fait que quelqu'un sanglotait abondamment juste à côté d'eux. Ils tournèrent la tête et découvrirent Happy – qui n'avait pas bu de punch et se trouvait donc dans son état normal.
« Ça ne va pas, Happy ? s'inquiéta Natsu.
— Siiiii ! cria le chat, toujours en pleurant. C'est juste parce que je suis tellement content ! »
Natsu lui adressa un grand sourire.
« Pas autant que moi, je pense. Heureux que ça te fasse plaisir. Mais s'il te plaît, ne le dis à personne. Les gens sont pas dans leur état normal, ce soir. Ce serait mieux de le leur annoncer demain.
— D'accord, acquiesça le chat en reniflant.
— À propos de ça... commença Grey.
— Ça aussi, on en parlera demain. Si tu veux bien. Là tout de suite, je préférerais qu'on fasse autre chose que discuter...
— Ouais... En fait, moi aussi. »
Sur ces mots, les nouveaux fiancés se dépêchèrent de rentrer à l'hôtel, suivis par des yeux par un Happy toujours en larmes.
Le lendemain, la plupart des mages se réveillèrent dans la plus grande perplexité. Ils se rappelaient s'être comportés de manière très étrange, et pourtant, ils n'avaient aucun symptôme de gueule de bois et ne se souvenaient pas avoir bu plus d'un verre ou deux. Beaucoup eurent l'impression d'avoir rêvé, mais pour d'autres, certaines preuves matérielles indiquaient qu'il n'en était rien. Comme Leon dans le lit d'Akira. Ou Rufus dans celui d'Orga. Ou comme la bague de fiançailles sur la main de Natsu et sur celle de Grey.
Quand Natsu fut réveillé, Grey lui demanda aussitôt :
« C'était une potion d'Akira, pas vrai ? »
Le mage de feu s'étira longuement.
« Ouais. Désolé. Je voulais... savoir ce qu'il y avait au fond de toi. À quoi tu rêvais. Qui tu étais quand tu n'éprouvais aucune gêne. Le truc, c'est que je sais pas ce qu'il a foutu, mais au final, tout le monde en a bu...
— Ok, mais... pour le reste ?
— Je n'avais pas prévu de te faire ma demande hier, mais j'ai pas pu résister. J'avais juste tellement envie de te dire ce que je ressentais...
— Depuis quand est-ce que tu...
— Pas longtemps. J'ai trouvé un orfèvre super-rapide pour fabriquer les bagues.
— Je vois... »
Natsu se redressa sur un coude, l'air soudain inquiet.
« Est-ce que... est-ce que tu regrettes ? »
Grey tourna la tête vers lui et ne put s'empêcher de sourire.
« Non, c'est juste que... j'arrive pas trop à y croire. »
Natsu sourit à son tour.
« Ouais, c'est pareil pour moi.
— On va vraiment le faire, Natsu ?
— Et comment ! » Le mage de feu s'interrompit et fronça les sourcils. « J'espère que le vieux en fera pas une crise cardiaque...
— Si, c'est probable, rigola Grey. Et t'as pensé à Erza ? Et Lucy ?! Elles vont vouloir mettre leur nez dans absolument tous les préparatifs... »
Natsu haussa les épaules.
« Tant mieux. J'ai pas trop envie de m'en occuper. »
Grey éclata de rire.
« Pareil... »
Quand ils descendirent prendre le petit-déjeuner, ils constatèrent que le nombre de mages présents n'avait plus aucune importance. Ils ne voyaient plus personne. Ils n'avaient plus besoin d'être seuls, il leur suffisait d'être proche l'un de l'autre pour se retrouver en pleine romance, à tel point qu'ils en avaient presque honte.
Au bout de quelques minutes, Lucy et Kanna se joignirent à eux. Elles semblaient un peu perdues. Qui sait ce qu'elles avaient fait la veille au soir... Elles commencèrent à manger en discutant entre elles, et soudain, Kanna s'interrompit.
« Qu'est-ce qui se passe avec vous deux ? » voulut-elle savoir.
Ils se contentèrent de sourire. Elle se versa un doigt de whisky dans son café, puis croisa les bras sur sa poitrine.
« Alors ? Vous avez un drôle d'air. »
Natsu prit la main de Grey dans la sienne et la montra à leurs amies.
Lucy et Kanna regardèrent un moment sans comprendre, puis leur mâchoire tomba par terre.
« C'est... c'est pour de vrai ? murmura Lucy d'une voix blanche.
— On dirait bien », répondit Grey.
La constellationniste tourna de l'œil, rattrapée in extremis par sa compagne.
« Donc, cette fois, c'est du sérieux ? demanda la cartomancienne en regardant Grey intensément.
— Ouaip », répondit-il en reprenant une gorgée de café.
Kanna prit soin de repositionner Lucy de manière à ce qu'elle ne tombe pas de sa chaise, puis se jeta dans les bras du mage de glace.
« C'est géniaaaaaaaaaal ! » cria-t-elle en l'étouffant.
Ce cri aigu attira l'attention d'une bonne partie des clients. Leon fronça les sourcils, puis se leva et s'approcha d'eux en compagnie d'Akira. Erza et Gajeel en firent de même.
« C'est quoi, ce bordel ? » voulut savoir le Dragon d'Acier.
Erza repéra aussitôt les anneaux. Elle devint toute rouge et se mit à bégayer.
« V-vous... vous allez... Vous allez...
— Nous marier, ouais », compléta Natsu.
Akira écarquilla les yeux : c'était quoi, le truc ? Sa potion fonctionnait toujours ?
« Vous... Vous vous sentez bien ? demanda-t-il avec un regard appuyé envers le chasseur de dragons.
— Évidemment, rigola-t-il. Merci du coup de main, Akira. Au final, c'est plutôt moi que ça a aidé. »
Erza balbutiait toujours. Gajeel, lui, souleva Natsu de sa chaise et le comprima contre sa poitrine avec sa grosse patte.
« Bien joué, gamin ! »
Et malgré les protestations sonores du mage de feu, il ne le lâcha pas pendant une bonne minute. Le temps de ravaler quelques larmes d'émotion.
Il y en avait un qui n'était pas parvenu à les contenir, c'était Leon.
« Je n'arrive pas à y croire... Tu vas te marier... »
Grey lui sourit.
« Tu veux bien être mon témoin ?
— Évidemment... » murmura son condisciple en essuyant ses yeux humides.
L'attroupement attira d'autres mages, et ils se retrouvèrent vite noyés par les félicitations et les cris d'enthousiasme. Il ne fallut pas plus de cinq minutes pour que tout le monde apprenne la nouvelle, à l'exception de Sting et Rogue, qui n'avaient pas encore fait leur apparition ce matin-là.
En fait, les deux chasseurs de dragons n'étaient pas rentrés de la nuit. Après que les effets de la potion se soient dissipés, ils s'étaient éclipsés pour reprendre leurs esprits dans un coin plus tranquille. Ils avaient longtemps marché le long du rivage, puis s'étaient posés sur les rochers et avaient fumé des joints toute la nuit en regardant les étoiles, et ils avaient fini par s'endormir sur le sable au petit matin. Ils émergèrent vers midi, tirés du sommeil par le soleil brûlant. Ils se regardèrent d'un air désorienté, puis traînèrent leurs basques jusqu'au motel, dans l'intention de prendre une douche et un solide repas pour les remettre d'aplomb. En chemin, ils tombèrent sur Natsu et Grey, en train de manger des glaces à l'abri sous un parasol.
« Hé, les gars, vos chats vous cherchent, les informa Natsu.
— Ouais... on a passé une nuit bizarre, dit Sting en se frottant les yeux.
— Comme tout le monde, je crois, dit Grey.
— C'était un sort ? demanda Rogue.
— Plutôt une potion. C'est... euh... c'est un peu ma faute. »
Sting le considéra un moment, poing sur les hanches, embrumé par le manque de sommeil et la marijuana.
« Peu importe, dit-il finalement. Je pense qu'on a tous appris des trucs intéressants. »
Il retrouva son sourire et se tourna vers son partenaire.
« Pas vrai, Rogue ?
— Ne commence même pas...
— Oh, ouais, c'est vrai, les talents d'acteur ! s'enthousiasma Natsu.
— Ah mince, j'ai loupé ça... » fit Grey, le regard rêveur.
Rogue croisa les bras sur sa poitrine et l'observa avec une légère lueur d'amusement dans ses yeux rouge sombre.
« Évidemment, tu étais trop occupé à révéler tes propres talents artistiques. »
Grey s'en voulut, mais il n'y pouvait rien : il rougit d'embarras.
Les mages de Sabertooth ricanèrent en chœur, et s'apprêtaient à passer leur chemin quand l'éclat du soleil sur le métal attira leur attention. Ils regardèrent tour à tour les deux mages.
« On est fiancés, expliqua Natsu. Depuis hier soir.
— Wow ! s'exclama Sting.
— C'est la vie, fit Grey en haussant les épaules. Ça devait arriver un jour ou l'autre, on n'y peut rien.
— Ça veut dire quoi, ce fatalisme ?! protesta Natsu.
— Ça veut dire que je suis exaspéré d'avance à l'idée de passer ma vie avec toi, mais que je suis également résigné à celle que je pourrais pas m'empêcher de le faire.
— Oulà... C'était à la fois hyper-méchant et hyper-romantique.
— J'te laisse choisir ce que tu préfères... »
Sting et Rogue les contemplèrent, un peu médusés. Décidément, le feu et la glace formaient une combinaison pour le moins exotique. Mais ce n'était pas plus mal, ça les rendait aussi distrayants que fascinants... Et aussi très attachants.
« Félicitations, sourit Rogue.
— J'espère que vous nous inviterez à la fête, ajouta Sting.
— On n'y manquera pas », assura Natsu.
Sur ceux, l'ombre et la lumière prirent congé et Natsu et Grey regardèrent l'océan azur palpitant de lumière. Infini, incertain et aussi changeant et dangereux que la route qu'il leur restait à parcourir ensemble.
