Disclaimer : La Quête d'Ewilan ne m'appartient pas.

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Camille ne s'attarda pas. Elle ne fuit pas l'auberge pour autant. Elle ne pouvait en toute conscience pas laisser ces Faëls seuls face à ces gardes. Qui savait ce qu'il pourrait se passer le temps qu'elle aille chercher Edwin. Pour l'instant, elle était devenue une distraction pour les gardes.

Elle songea un instant à sortir son sabre ou son poignard avant de rapidement renoncer. Si elle se mettait à utiliser une arme, les soldats en feraient autant. Et cela se terminerait en bain de sang. Elle ignorait si elle était assez douée pour gérer un seul de ces hommes, mais elle savait surtout qu'elle n'était pas assez bonne épéiste pour ne pas tuer ou blesser gravement l'un d'eux par inadvertance. Sans compter les clients encore assis qui semblaient statufiés. Non, une lame n'apporterait rien de bon.

La petite fille s'esquiva donc entre les tables. Elle repoussa bien vite l'idée de se cacher en-dessous. Elle se serait retrouvée prise au piège. Non, elle devait rester agile et mobile. Les gardes, prenant conscience de son mouvement, se refermèrent sur elle, bloquant le passage entre les clients. Elle se retrouvait dans une souricière.

Camille n'hésita pas. Prenant appui sur un banc entre deux clients, elle grimpa sur la table. Elle se baissa pour éviter un bras qui se tendait pour la saisir. Dans le même geste, elle saisit une assiette qu'elle balança à la tête de son agresseur. Surpris, ce dernier ne put rien faire pour l'éviter. Il poussa un grognement tout en reculant jusqu'à buter contre la table derrière lui et basculer en arrière.

Mais Camille ne s'était pas attardée pour voir le résultat. Elle avait déjà sauté sur une autre table, saisit un autre plat et faisait face à un nouvel adversaire. Son cerveau réfléchissait à toute vitesse, prenant en compte l'emplacement des soldats, essayant de prédire au mieux leurs prochains mouvements, et pestant contre les clients inutiles qui s'écartaient tout juste sur son passage quand ils pensaient que la petite fille allait s'appuyer sur leur visage pour passer.

Elle nota dans un coin les deux êtres de petites tailles, qui étaient quand même plus grands qu'elle, à la peau sombre ornée de bijoux décorés et de perles. De la fourrure couvraient leur corps, laissant libres leurs bras et leurs jambes. Les deux Faëls avaient décidé de prêter main forte à la petite fille qui s'était mise en danger pour eux, plutôt que de profiter de la confusion pour s'éclipser. Camille ne savait pas si elle leur était reconnaissante pour leur aide ou passablement énervée qu'ils ne cherchent pas à se protéger. En même temps, elle était mal placée pour le leur reprocher considérant ce qu'elle venait de faire.

Quelques minutes s'écoulèrent dans un jeu du chat et de la souris, le chef du groupe pestant contre la petite fille et vociférant à s'en briser les cordes vocales. C'est peut-être pour cela que personne n'entendit la porte de l'auberge s'ouvrir et se refermer.

Camille esquiva trois mains, sauta sur une table déjà saccagée par un passage précédent, évita un coup de poing, roula sur le sol, se releva… avant de voir un nouveau poing fuser vers elle. En un instant, elle sut qu'elle ne pourrait pas l'éviter. Elle ramena en hâte ses avant-bras devant son visage pour se protéger un peu de l'impact. Elle n'avait pas la force physique nécessaire pour bloquer un coup. Instinctivement, elle ferma les yeux.

Elle entendit le son de la chair percutant la chair. Elle entendit un os se briser. Elle entendit un cri de douleur. Mais elle ne sentit rien. Presque timidement, Camille ouvrit les yeux. Le soldat gisait sur le dos, une main au niveau du visage d'où du sang semblait s'écouler. Étonnée par ce revirement, la petite fille tourna la tête vers la nouvelle arrivante qui venait de la sauver. C'était une jeune femme d'une vingtaine d'années. Elle avait la peau mate, de longs cheveux noirs brillants tirés en arrière et tressés. Ses vêtements de cuir sombre mettaient en valeur sa silhouette élancée. Elle portait un long coutelas à la ceinture.

– Depuis quand les gardes impériaux s'en prennent-ils à une enfant ? siffla-t-elle.

Son arrivée avait suspendu un instant le combat mais cela ne dura pas. Camille admira cette jeune femme entrer dans la danse. Elle brisait des poignets, se coulait comme une rivière à travers la foule, assénait deux atémis, glissait comme un murmure, délivrait un coup de pied fouetté, louvoyait comme de la brume, tout cela sans jamais perdre Camille de vue afin de s'assurer qu'elle demeurât en sécurité.

– Que se passe-t-il ici ?!