LIVRE III

The Order of the Phoenix


Chapitre XIII - … But that's alright

« Hermione, va-t-en ! Trouve Harry et fuyez, » ordonna-t-elle en indiquant une des portes restées ouvertes. « Tu m'entends ?! Allez-vous-en ! »

La jeune fille acquiesça et se mit à courir en direction de son filleul. Elle lui jeta un rapide coup d'œil pour voir son frère le couvrir. Il est en sécurité. Elle revint à sa nouvelle adversaire et resserra sa prise sur sa baguette. Bellatrix Lestrange, née Black. Celle de ses cousines qu'elle avait toujours le moins supporté – la plus fervente admiratrice de Voldemort. Enfermée à Azkaban jusqu'à trop peu longtemps. Elle la fixait d'un air fiévreux, presque animal. Il n'y avait plus rien de sain, ni d'humain chez elle. Elle n'était plus qu'une bête. Enfin l'apparence reflète l'esprit torturé qu'elle abrite.

Elle dut se dissimuler derrière une colonne pour éviter les assauts à répétition de la Mangemort, tant cette dernière semblait au comble de la fureur qu'elle lui ait volé sa proie. Une proie de choix une Sang-de-Bourbe ami avec l'Elu. Tant de qualificatifs qui devaient la faire saliver d'envie à l'idée d'offrir leur tête à son maître. Elle respira profondément et se mit à courir en évitant les jets lumineux qui s'approchaient toujours plus dangereusement d'elle. Vega finit par parvenir à la toucher et à la ralentir, ce qui lui permit de se rapprocher et de préparer un autre sortilège.

Elle n'eut pas le temps de mettre hors d'état de nuire sa cousine Malefoy avait été sorti de sa stupéfixion et il était parvenu à la désarmer. Eh merde ! Elle se laissa tomber à genou pour se cacher derrière un gradin et se traîner jusqu'à sa baguette tombée au sol. Elle lâcha un gémissement quand un sortilège de flagrance toucha son épaule et brula à la fois sa robe et une partie de ses chairs. Elle continua de ramper aussi vite que possible jusqu'à sa baguette, avant de la saisir et de se redresser. Tonks était aux prises avec Malefoy, empêchant ce dernier de s'attaquer à elle le temps qu'elle se relève. Elle se précipita sur elle quand un sort de stupéfixion la toucha et elle la rattrapa avant que sa tête n'heurte le sol. Elle la tira à l'abri derrière un tas de pierres, profitant de la distraction apportée par Remus. Enervatum ! déclara-t-elle en visant la jeune femme.

Elle papillonna des yeux et regarda autour d'elle, l'air perdu. Il lui fallut quelques secondes avant de se souvenir de la gravité de la situation et de reprendre ses esprits. Vega la retint un instant, le temps qu'un sortilège vienne frapper la colonne juste derrière elle et libérer un nuage de poussière. Elle grimaça et protégea la fille de sa cousine des morceaux de pierre qui s'en échappèrent.

« Où est Harry ? Tu l'as vu ?

- J'ai ordonné à Hermione de trouver un moyen de sortir d'ici, » dit-elle en balayant la salle du regard. Le désordre était tel qu'elle ne parvenait à reconnaître personne. « Tout va bien, toi ?

- Oui ! Ça va, j'ai connu pire.

- D'accord. » Elle finit par trouver son filleul, aux prises avec Dolohov qui le menaçait. Elle sauta sur ses pieds. « Changement de plan, je m'occupe d'Harry. Préviens Remus, je reviens dés qu'ils sont en sécurité ! »

Elle se jeta dans les marches avant de rejeter Dolohov aussi loin que possible de son filleul et de Neville. Hermione n'était pas très loin et tentait de se dégager d'un éboulis. Elle la dégagea rapidement et se pencha sur le cas de Neville dont les jambes ne cessaient de gigoter. Finite, déclama-t-elle avant de leur ordonner de la suivre. Les trois jeunes gens se mirent à courir en direction de la porte la plus proche tandis qu'elle tentait de les couvrir en déviant les attaques des Mangemorts les plus proches. Son épaule blessée la lançait affreusement, au point qu'elle ne parvenait plus à bouger correctement son bras. Quand elle pivota pour vérifier qu'ils étaient tous encore là, elle n'eut que le temps de lancer un sortilège de protection avant de voir un bloc de pierre s'écrouler entre elle et les adolescents.

Projetée contre un mur non seulement par le choc mais aussi par une attaque, elle n'entendait plus qu'un bourdonnement persistant ponctué des battements accélérés de son cœur qui résonnaient presque violemment dans sa tête. Elle chercha du bout des doigts sa baguette et aperçut un bouclier bloquer un sort qui lui était destiné. Elle distingua la crinière hirsute d'Hermione et se redressa difficilement. Sa tête tournait, mais elle n'avait pas le droit de s'arrêter à ça. Elle saisit sa baguette et se releva, titubante. Debout, debout ! Elle serra les dents et saisit la jeune fille par le bras avant qu'un autre maléfice ne les atteigne.

« Où sont Harry et Neville ?!

- Ils essayent d'atteindre une autre porte, par là ! » dit-elle en indiquant une autre sortie. « Ils sont seuls !

- Oui, mais nous non. Suis moi ! »

Elle jeta un œil à son filleul qui avait enfin atteint une des multiples portes. Il était sauvé, Remus n'était pas loin de lui et il n'avait qu'à passer la porte mais ce n'était pas le cas de son amie. Elles étaient poursuivies par Malefoy qui les avait repérées. Courage Harry ! Elle dévia un de ses sorts et, sans ménagement, tira Hermione jusqu'à la porte la plus proche, l'ouvrit et s'y engouffra avant de la verrouiller. Le calme, presque surréel, l'arrêta un instant et elle ne put s'empêcher de frissonner. La salle était vide, à l'exception d'un immense aquarium rempli de cerveaux. Qu'est ce que…

Elle n'eut guère le temps de s'appesantir sur la décoration – Ginny, Ron et Luna Lovegood étaient au sol, la première tentant de calmer le second qui riait faiblement et la troisième gémissant visiblement de douleur. Elle se précipita vers eux, tentant de comprendre ce qui s'était passé, et ordonna à Hermione de soigner Luna. Elle regarda autour d'eux. Il n'y avait que deux portes, dans cette salle. Celle lui menait à la salle de l'arche, et celle qui menait au sas menant potentiellement à la sortie. Entre autre. Elle les entraîna à l'écart, dans l'ombre, et tenta de calmer Ron qui, visiblement, avait été la proie des cerveaux. Elle finit par l'apaiser légèrement et s'assura que les trois adolescentes allaient bien. Ginny, secouée, n'était pas blessée et Hermione s'occupait de la jeune Serdaigle.

Vega se releva donc et fit face aux portes. Sois logique, Vega, sois logique. Elle n'avait littéralement aucun moyen de distinguer la porte menant à la salle de l'arche des autres – et elle devait retourner dans la salle de l'arche, au moins pour s'assurer qu'Harry était bien hors de danger.

Elle se mordit la lèvre. Objectivement, Harry devait être en sécurité. Et s'il ne l'était pas totalement, Sirius et Remus n'étaient pas très loin. Et en laissant là les adolescents, elle risquait de les exposer aux Mangemorts qui chercheraient éventuellement à fuir et de perdre quatre gamins pour s'occuper d'Harry qui était entouré de sorciers expérimentés. Il ne lui pardonnerait jamais si quelque chose devait leur arriver. Elle déglutit et finit par revenir vers les quatre amis. Elle leur fit signe de la suivre et les entraîna avec elle à travers l'une des portes, en espérant tomber sur l'ascenseur qui les mènerait tous à l'entrée, ou en tout cas n'importe où de moins dangereux qu'ici. Le groupe déboucha sur une salle où douze portes se mirent presque immédiatement à tourner. Evidemment.

« Pro—… Vega, » intervint Hermione. « Nous avons réussi à déjouer les portes en les marquant au fur et à mesure, tout à l'heure. Nous pourrions recommencer.

- Très bien. Je fais les allers-retours, vous restez ici. Entendu ? »

Elle hocha la tête. Retenant une grimace lorsqu'elle déposa Luna sur le sol, elle poussa la première porte et entra dans une salle plongée dans le noir. Des planètes tournaient lentement. Non, pas là. Elle sortit, laissa Hermione marquer la porte et en tenta une seconde. Elle ne s'ouvrit pas. Génial. A la troisième, elle tomba sur un long couloir à peine éclairé. A son extrémité, elle distingua les portes d'un ascenseur. Elle rouvrit la porte, marqua elle même la porte d'un signe différent et retourna chercher la blessée. Son bras, engourdi, refusait de plus en plus de lui obéir mais ils devaient à tous prix s'éloigner. Elle entendait toujours des détonations et des explosions ténues – les combats n'étaient pas terminés.

Lorsqu'ils eurent atteint les grilles de la cabine, elle s'assura que tout le monde était entré et enfonça le bouton indiquant Atrium. L'entrée. De là, elle pourrait les envoyer au 12, square Grimmaurd ou du moins s'assurer qu'ils étaient loin des Mangemorts. L'ascenseur mit un temps infini avant d'atteindre le premier niveau, du moins c'est la sensation qu'elle ne put s'empêcher d'avoir en observant l'aiguille lentement passer les niveaux. Lorsque les grilles se rouvrirent, elle fit signe aux adolescents de ne pas bouger le temps qu'elle soit certaine qu'il n'y avait personne. Le marbre sombre du sol et des murs était si brillant, si lisse qu'elle manqua de prendre son reflet pour un intrus. Idiote, s'admonesta-t-elle. Elle finit par leur faire signe de venir vers elle. Elle s'approcha d'une des multiples cheminés, l'alluma, et fouilla ses poches en inspectant les alentours. Elle avait besoin de poudre de cheminette, au moins d'une poignée, assez pour envoyer tous ces gamins en sécurité loin du Ministère le temps que l'Ordre en ait fini avec les Mangemorts.

« Hermione, tu as de la poudre de cheminette ? Je vous envoie chez moi. Andromeda Tonks prendra soin de vous.

- Je… Non, » balbutia-t-elle. « D'habitude je…

- Professeur Orgall ?

- Je ne suis… Peu importe, oui Luna ?

- J'en ai. J'en ai toujours sur moi, au cas où. C'est mon père qui le recommande, » sourit la jeune fille en lui tendant un petit sachet. « J'espère qu'il ne s'est pas percé… »

Elle la remercia et le saisit. Elle respira profondément et murmura l'adresse de sa demeure, de la demeure de l'Ordre, avant de lancer la poudre. Les flammes devinrent vertes et elle pressa les adolescents d'y entrer. Ils disparurent tous uns par uns, jusqu'à Hermione qui la remercia du bout des lèvres. Elle lui ordonna de soigner Luna et de trouver un moyen d'endormir Ron en attendant que Remus et les autres ne rentrent. Elle acquiesça d'un air grave. Les flammes s'éteignirent quelques secondes après que ses anciens élèves se soient engouffrés dans l'âtre et elle se retrouva seule dans l'immense atrium.

Elle soupira et jeta un regard du côté des ascenseurs. Elle n'avait plus qu'à retourner au niveau du Département des Mystères pour espérer retrouver les autres membres de l'Ordre et Harry et leur assurer que les autres allaient bien. Elle prit son souffle et se redirigea vers ces derniers avant de se stopper net en entendant les claquements caractéristiques des cabines. Quelqu'un arrive. Elle se dissimula derrière l'immense arche représentant l'entrée du Ministère et attendit que les portes ne s'ouvrent à nouveau. Une course précipitée se fit alors entendre. Des talons. Une femme. Elle se terra un peu plus dans sa cachette avant de la voir passer devant elle. Elle cilla. Bellatrix. Elle ne l'avait pas vue et tentait d'atteindre les cabines téléphoniques menant jusqu'à la surface.

« Arrête-toi ! » cria-t-elle en la désarmant. Sa voix résonnait durement dans l'immense hall. C'était comme des dizaines de Vega s'étaient mises à crier avec elle. « Je t'ai dit de t'arrêter ! »

Elle s'arrêta alors et pivota lentement vers elle. Que la magie noire pouvait rendre un être plus abject encore qu'il ne l'était à la naissance. Sa cousine n'avait plus rien de la jeune femme, certes sombre, mais attirante qu'elle avait été à l'époque où elles avaient partagé une famille commune. Il n'y avait plus, pour la reconnaître, que sa tignasse noire et emmêlée et ses grands yeux brillants. Mais ils ne brillaient plus de jeunesse ou de vie juste de folie et de fanatisme. Son visage autrefois plein et charmant avait été rendu émacié par ses années de captivité.

Elle s'approcha d'elle lentement, baguette tendue dans sa direction. Elle était de son sang, de sa famille. Elle était la sœur de celle à qui elle avait laissé sa propre fille. La tante d'une Auror qui se battait encore pour Harry. Elle n'est pas de mon sang, se répéta-t-elle comme un mantra. Je ne suis pas du sien.

« Pourquoi cours-tu donc ? Crains-tu finalement la mort ? Que dira ton maître, quand il apprendra que tu as abandonné tes pairs et ta mission ?

- Mais je l'ai accomplie, ma mission, » ricana-t-elle, une lueur de cruauté dans les yeux. « Demande donc à ton cher frère.

- A mon cher…

- Endoloris ! »

Elle sursauta et vit un jet lumineux venir heurter sa cousine. Elle s'effondra sur le sol, mais ne se mit par à hurler. Qui… Vega fit volte-face et écarquilla les yeux. A l'autre bout du sortilège se trouvait son filleul. Se trouvait Harry, baguette tendue, le visage déformé par la haine, la colère et une tristesse indicible. Qu'est ce que… Elle se précipita en face de lui, lui imposant son propre corps comme bouclier, et dévia l'antisort lancé par Bellatrix qui était parvenue à récupérer sa baguette.

« Fallait-il que le bébé Potter l'aime ! C'est la première qu'on lance un Sortilège Impardonnable, mon garçon ? » Elle éclata de rire. « Il faut vraiment vouloir la souffrance de l'autre, y prendre plaisir. Ta juste et sainte colère… Ne fait que m'amuser. Laisse moi te montrer comment faire, d'accord ?

- Ose essayer, Bellatrix ! »

Les deux femmes lancèrent leur sortilège en même temps, de sorte que les deux jets lumineux se heurtèrent de plein fouet et explosèrent, les projetant toutes les deux de part et d'autre de la pièce. Elle grimaça, sentant sa tête pulser de nouveau, mais se releva et rejoignit Harry qui tremblait de fureur. Elle ne parvenait pas même à comprendre ce qui se passait, ce qui s'était passé, mais elle devait le protéger, quoiqu'il arrive. C'était la seule raison pour laquelle elle était là, la seule raison qui pouvait la pousser à se mettre en danger. Je n'ai pas le droit de mourir. Trop de choses reposaient sur elle. Sa fille, l'Ordre, la demeure du square Grimmaurd… Harry.

« Tu te crois de taille à rivaliser avec moi, Traître à ton sang ?! » s'égosilla Bellatrix en se relevant. « J'ai été et je reste la plus loyale servante du Maître des Ténèbres, c'est lui qui m'a appris à maîtriser les forces du Mal !

- Ta mission est un échec, Bellatrix. Tu n'auras pas Harry et tu n'auras pas la Prophétie. Abandonne tant qu'il te reste ce choix.

- De toute façon, » rugit Harry près d'elle. « Cette Prophétie n'existe plus ! »

Elle est brisée ? Elle tourna la tête vers son filleul qui se tenait la tête en grognant. Elle retint sa respiration et se figea quand elle entendit un rire démentiel s'élever un millier de fois dans l'atrium. C'était lui, c'était Harry qui riait. Non, ce n'est pas lui. C'était le rire d'un fou. D'un monstre. Elle rejeta au loin une envie irrépressible de s'écarter de lui et le saisit par l'épaule. Il ne se défendit pas, immobile, les yeux baignés de larmes sans qu'elle ne sache si elles étaient de colère, de tristesse ou de folie. Quand Bellatrix tenta de les toucher de nouveau, elle l'entraîna derrière l'immense Fontaine de la Fraternité. Plusieurs morceaux des statues s'effondrèrent autour d'elle et elle le maintint au sol pendant qu'elle tenait de répliquer.

« Et il le sait ! » ajouta-t-il d'une voix aigre, démente. « Votre cher vieux copain Voldemort sait que la Prophétie n'existe plus ! Il ne va pas être très content de vous !

- Harry, calme-toi, tu dois faire le vide, rappelle toi de Rogue…

- La prophétie s'est cassée dans la salle de l'arche !

- NON ! » hurla-t-elle après avoir tenté d'attirer la Prophétie à elle. « MAÎTRE ! J'ai essayé, j'ai essayé, ne me punissez pas !

- Il ne va pas t'entendre d'ici, Bellatrix, garde ta salive pour Dumb…

- Vraiment ? »

Elle relâcha brusquement sa prise sur Harry et se releva. Elle n'avait jamais entendu cette voix. Elle n'avait jamais vu cette silhouette qui venait d'apparaître au milieu du hall. Mais Merlin, elle savait qui elle était. Qui il était. Grand, mince, un visage reptilien et émacié, d'immenses yeux rouges qui fixaient Harry. Voldemort. Sa baguette était pointée sur son filleul qu'elle tenait derrière elle. Sur elle.

« Harry, tu dois t'enfuir, » lui murmura-t-elle d'une voix blanche. Elle était incapable de bouger. « Tu m'entends ?! Fuis !

- Pousse toi, idiote.

- Non, je ne vous...

- Je t'ai ordonnée de te pousser ! »

Elle n'eut pas le temps de réagir, ni d'éviter le sortilège qu'il avait lancé sans même le prononcer. Elle se sentit partir, glisser sur les dalles luisantes, incapable de se retenir à quoique ce soit, jusqu'à être plaquée contre le mur près de l'ascenseur. Elle hurla à Harry de fuir, mais il ne bougea pas. Et elle ne pouvait rien faire, à part assister impuissante au spectacle terrifiant qui se jouait en face d'elle. Quand Voldemort leva sa baguette et prononça la formule, elle ne parvint pas à hurler, ni même à parler. Elle s'effondra juste sur le sol, désenchantée.

Les statues de la fontaine s'étaient mises à bouger et l'une d'entre elle s'était interposé entre Harry et le sortilège qui avait ricoché sur sa poitrine. Elle poussa un soupir de soulagement et tourna la tête. Dumbledore se tenait non loin d'elle, les bras levés en direction des statues qui entouraient progressivement les trois protagonistes. Bellatrix, toujours au sol, s'égosillait.

Vega se releva lorsqu'un duel s'engagea entre Dumbledore et Voldemort et s'élança vers Harry. Elle était à peine parvenue au niveau de la fontaine qu'un bras puissant la retint et l'empêcha de s'avancer vers le combat. Quand elle tourna la tête pour interpeller le gêneur, elle reconnut Remus. Ses yeux, assombris, étaient rougis et ses vêtements étaient déchirés. Elle arrêta de lutter quand le duel atteint son paroxysme. Toute l'eau de la fontaine entourait un Voldemort transformé en immense serpent… Puis ce fut fini. Et ce fut le silence. Jusqu'à la voix d'Harry s'élève de nouveau.

« Tue-moi maintenant, Dumbledore, » cria-t-il. Ce n'est pas lui. Elle sentit Remus serrer son bras encore un peu fort, au mépris de ses blessures. Elle sentit son propre cœur s'arrêter. « Si la mort n'est rien, tue ce garçon… »

Il y eut des hurlements atroces, des cris perçants qui lui glacèrent le sang et lui arrachèrent des larmes d'impuissance puis, encore une fois, ce fut le silence. L'atrium s'était rempli de monde, tout l'Ordre encore en état de marcher était réuni là ainsi que le Ministre et ses adjudants. Ce ne fut que lorsqu'Harry se redressa qu'elle échappa à la prise de Remus et qu'elle repoussa Dumbledore pour s'agenouiller près de lui et lui relever doucement la tête. Son visage était baigné de larmes. Elle lui caressa la joue et lança un regard terrifié à Dumbledore. Le sien était indéchiffrable. Le garçon tremblait dans ses bras.

« Vega… Où est Voldemort ? Qui sont ces…

- Chut, chut, » l'exhorta-t-elle de la voix la plus douce possible. « C'est fini, Harry. C'est fini.

- Par la Barbe de Merlin, ici, ici-même ! » Fudge les observait, visiblement au bord de l'apoplexie. « Au Ministère ! Par tous les dieux du ciel, comment… Comment cela a-t-il pu ?

- Ne l'écoute pas. Tout va bien, Harry. Tout va bien.

- Vega… Sirius…

- Chut… Il nous rejoindra. »

Elle lui sourit et fit barrière entre les membres du Ministère et son filleul. Il s'assit lentement, encore choqué, et observa l'immense atrium avec hébétude. Elle caressa doucement ses cheveux et le serra contre elle. Tout va bien. Tout va bien. Elle ne se préoccupait plus de savoir si on la reconnaissait, si on voulait l'arrêter. Tout ce qui comptait, c'était qu'Harry était vivant, bien vivant. Et que Voldemort était parti. Même s'il devait revenir.

Elle entendit résonner les pas de Remus près d'elle, qui s'approchait lentement. Il resta à distance raisonnable, les yeux fixés sur le jeune garçon. Quand elle se détacha de lui, Dumbledore était revenu et tendait la tête dorée du sorcier de la fontaine au jeune homme. Un portoloin, devina-t-elle. Elle lui sourit et hocha la tête. Il avait besoin de calme, peu importe l'endroit où on voulait l'envoyer. Elle le lâcha et le regarda disparaître, emportée par un tourbillon caractéristique.

Quand elle se redressa, Dumbledore parlait toujours avec Fudge qui hésitait encore entre l'arrêter et le remercier. Les Aurors qui ne faisaient pas partie de l'Ordre étaient partis chercher les Mangemorts qui avaient été immobilisés dans le Département des Mystères. En définitive, il ne restait plus grand monde dans l'atrium si ce n'est la troupe de clowns du Ministère et quelques sorciers amochés.

Alors seulement elle se rappela de son bras et de sa tête. Du sang avait coulé d'une plaie sur son front et avait séché, formant une plaque qui l'empêchait partiellement de cligner des yeux. Son bras était dans un sale état, mais ce n'était que superficiel. Elle n'avait rien de grave et, contrairement à ceux qui étaient encore en bas, elle était consciente. Elle sourit doucement à Remus et à Dumbledore quand il s'approcha d'elle.

« Vega. Je dois dire que je vous aie peut-être sous-estimé. Vous avez tenu tête à Bellatrix et vous avez retardé Voldemort, tout ça en protégeant Harry.

- Il est mon filleul, » répondit-elle d'une voix un peu trop faible à son goût. « Peu importe le reste.

- J'imagine, oui. Je vais m'entretenir un peu avec lui, venez à Poudlard une fois que vous aurez pansé vos blessures. »

Il adressa un regard lourd de sens à Remus et disparut dans une des cheminés. Elle ne chercha tout d'abord pas à comprendre, pensant qu'il s'agissait juste de la forcer à se soigner avant qu'elle n'exige d'aller voir son filleul. Elle s'approcha des autres sorciers qui attendaient soit de pouvoir partir, soit d'être soignés. Souriante, elle balaya l'atrium à la recherche de son frère, sans parvenir à le trouver. Elle fronça légèrement les sourcils et tourna la tête vers Lupin.

« Où est Sirius ? On devrait le prévenir qu'Harry est avec Dumbledore, » dit-elle en se décalant pour laisser passer un brancard. « Il est encore en bas ?

- Il… Je…

- Il est blessé ? »

Son sourire vacilla lentement et elle lâcha le bras de Lupin. Elle marcha en direction du petit groupe de Magicomages dépêchés depuis Ste Mangouste pour soigner les blessés. Parmi tous ceux assis à même le sol ou sur les débris de la fontaine, parmi tous ceux debout à assister les médecins, parmi tous ceux qui disparaissaient dans les différents âtres, elle ne trouva pas son frère. Alors seulement elle se tourna vers son fiancé et le regarda dans les yeux. Il ne soutenait pas son regard. Il le détournait. Elle reposa alors sa question, plusieurs fois.

Il y eut un long silence. Un très long silence.