Disclaimer : Naruto appartient à Masashi Kishimoto


Alors que Kabuto s'avance vers moi, je ne trouve qu'une chose à faire. Traversée par la terreur, je hurle.

Je hurle d'horreur, écarquillant les yeux, me redressant pour me retrouver soudainement dans ma chambre. Autour de moi, Konan s'est réveillée en sursaut, paniquée par mon cri. Je n'ai même pas fait attention à elle, trop meurtrie par ces images. La seule chose que je fait, c'est d'haleter, de tenter de me convaincre que ces images ne sont rien d'autre qu'un cauchemar. Trop choquée pour dire un mot, les larmes coulent sans discontinuer sur mon visage tandis que mon corps est encore secoué de spasmes. J'essaye sans grand succès de revenir à la réalité, de me convaincre que je suis en sécurité, dans ma chambre, mais je n'arrive pas à me retirer ces images de la tête. Totalement incapable de faire la part des choses entre ce monde et celui des songes, je reste prostrée sur moi-même, sanglotant, encore broyée par ces moments d'horreur.

En me voyant aussi fragile, Konan approche pour essayer de me calmer. Avec lenteur, l'ange essaye de me faire voir la réalité des choses. Cependant, à l'instant ou elle essaye de me toucher, je ressens comme un frisson, une sensation de dégoût violent pointer en moi. Alors qu'elle pose sa main sur mon épaule, je suis envahie par la terreur, la crainte de me retourner et de le revoir. Traumatisée à l'idée de voir ce visage écailleux au sourire cynique, je refuse de me retourner. La seule réaction que j'ai, c'est un dégoût maladif qui me pousse à hurler et à repousser Konan avec violence.

-Me touches pas !

Après ce cri totalement hystérique, je me lève avec célérité et part le plus loin possible de cette pièce pour m'enfermer quelque part, dans un lieu isolé, sans personne pour me faire du mal. Dans ma fuite précipitée, je n'ai pas vu le regard de Konan. Ce regard dont je ne me lasse pas affiche une stupeur teintée d'incompréhension, avant de se muer lentement en une profonde déception.

Seule, enfermée dans un placard, j'ai passé plusieurs minutes, longues commes des heures, à pleurer recroquevillée sur moi-même. C'est une réaction très puérile, indigne du ninja que je suis, mais je n'en ai rien à faire, je continue de me cacher. Ces murs resserrés et me protégeant faiblement semblent comme une barrière que j'établis pour me couper des autres. Je veux qu'on me laisse me calmer, sans personne pour me voir faible et fragilisée par ces images traumatisantes, ces images qui ressurgissent alors que je croyais les avoir enfouies.

Lorsque Konan a tenté de me toucher pour m'apporter un peu de réconfort, je ne sais pas ce qui a traversé mon esprit. En tout cas, elle ne s'attendait pas à ce que moi, son amante, je ne réagisse ainsi. Le cri déchirant que j'ai poussé semblait clairement indiquer une détresse psychologique, une réaction à un traumatisme très lourd, et Kami-sama sait que je conserve beaucoup de moments terribles dans ma vie, des fractures que j'aimerais pouvoir oublier. Lorsque j'ai rejeté l'ange avec hystérie, cette dernière resta interdite, profondément blessée. Nous avions eu une relation sexuelle quelques heures auparavant et voilà que notre relation semblait ébranlée.

Pour autant, Konan savait au fond de son âme que la fleur de cerisier ne pouvait être blâmée pour cette réaction. La femme aux cheveux bleus ne voulait même pas imaginer ce que sa compagne avait bien pu voir dans son cauchemar et vu l'état de Sakura, il était probable qu'elle soit bouleversée au point de faire une bêtise.

Avec une boule au ventre, Konan se décida à quitter son lit et à chercher sa moitié qui avait fui en nuisette. La trouver ne fut pas bien difficile, puisqu'une imposante masse de chakra agitée de façon anarchique se localisait dans un placard avoisinant.

Lorsque l'ange ouvrit la porte du bunker ou Sakura s'était réfugiée, elle retrouva la kunoichi dans un coin, effondrée et toujours prostrée sur elle-même. L'Amekage referma la porte pour redonner à Sakura l'illusion d'un sentiment de sécurité. Lorsque sa main rencontra le corps de la créature sanglotant, la réaction fut très violente et s'accompagna de cris et de griffures.

Konan tenta une approche différente et apaisa lentement le chat sauvage par de douces paroles et des mots amoureux.

Peu à peu, sa voix me paraît de plus en plus nette, distincte et chassant les sifflements doucereux qui martèlent mes tympans.

-Sakura-chan, qu'as-tu vu ? Depuis quand tes cauchemars te poursuivent-ils ? S'il te plait, n'ais pas peur, laisse moi t'aider.

Bégayante, je lui avoue la vérité sans rien omettre. Chaque nuit, chaque fois que je ferme les yeux, je revois ces images terribles. Je les revis sans arrêt, tous les jours, bien que sous forme de flashs légers. C'est la première fois que j'ai un cauchemar si long et si douloureux, ou la souffrance se diffuse aussi clairement en moi. Je ne sais même pas comment je fais pour surmonter ces images, puisque la peur d'être trahie aurait du me bloquer dans ma relation.

-Sakura-chan, pourquoi tu ne m'as rien dit ? Comment veux tu que je puisse t'aider, que je puisse vivre avec toi si tu ne me fais pas confiance ?

Elle ne peut pas. C'est simple. Si je continue de lui mentir, de lui cacher la vérité, je la perdrais ... et cette idée m'est insupportable. Tremblante, je me jette, larmes aux yeux, dans les bras de Konan qui me réceptionne. A cause de mon cauchemar, je m'effondre dans ses bras, incapable de faire autre chose que de laisser la tension se dissiper, murmurant des "Pardon", des "Je suis désolée" ou d'autres excuses comme un mantra.

Lentement, j'essaye de me calmer, aidée par les douces caresses que me prodigue mon ange qui passe délicatement sa main dans mes cheveux. Ce n'est qu'après quelques minutes dans cette position que mes larmes se tarissent enfin et que je reprends mes esprits, délicatement bercés par son rythme cardiaque.

Je me détache lentement d'elle et lorsque je croise ses prunelles, je comprends qu'elle savait ce que je vivais, qu'elle était réveillée par mes plaintes. Au fond de moi, je sais qu'elle a appliqué une des règles du code shinobi. Lorsqu'un ninja fait un cauchemar, il ne faut jamais le réveiller. Il faut juste se contenter de laisser avec lui-même, avec ses démons personnels, jusqu'à ce qu'il se réveille.

Je la remercie d'avoir respecté cette règle. Elle permet au moins d'éviter un accident malencontreux. Cependant, dès que je suis revenue à la réalité, elle était là pour moi. Je sais que je suis une idiote de garder trop de choses pour moi. Je peux tout lui dire, je sais que je peux lui faire confiance, puisqu'elle m'aime. C'est elle qui me fait vivre et c'est elle qui me soulage de mes peines de cœur, toujours prête à sécher mes larmes.

-Merci Konan-chan.

D'un geste du bras, j'efface mes larmes et mes yeux rouges croisent les siens qui montrent une trace d'inquiétude. Pendant longtemps elle a revécu la mort de ses proches, pleurant silencieusement la nuit et maintenant qu'elle avait accepté ces souvenirs douloureux en elle, Konan sait qu'elle peut m'aider. Cependant, une trace d'inquiétude reste encore en moi, car c'est la première fois que je fais un tel rêve. Jusque là, j'avais déjà eu quelques flashs dans mon esprit, mais rien de comparable. Je n'avais encore jamais revu aussi clairement le visage de mon bourreau, du moins dans mes rêves. Pour me rassurer, je me dis que ce n'est pas grave, que c'est sûrement du aux paroles de Madara, ces mots infâmes que je dois oublier. Je sais que ces deux là sont définitivement morts et que ces relents du passé sont dus à mon état de santé. Peut être que je devrais prendre un peu plus de repos, cela fait déjà plusieurs jours que je dors mal et la présence encombrante de Jûbi est si récente que je ne m'y suis pas habituée.

Je m'éloigne des bras de Konan, non sans lui offrir un dernier baiser pour lui montrer à quel point je la remercie d'être là pour moi. Je ne sais pas ce que je ferais sans elle et parfois, je crains qu'elle ne se lasse de moi, de mes pleurnicheries. Non, je ne dois pas penser des choses pareilles, je dois être plus forte que ces mots blessants ... car je ne veux plus être la gamine faible et lourde d'autrefois.

Une fois remise debout, je reste proche de mon ange, par crainte qu'elle ne m'échappe. Elle ne dit rien, puisqu'elle prend conscience qu'elle ne savait pas comment réagir. Elle même ne savait pas si son esprit aurait pu résister à tant de traumatismes. En regardant mon visage encore couvert de larmes et mon corps en nage, elle décide que nous avons bien besoin d'un bon bain. lentement, je me dirige vers l'onsen le plus proche, en compagnie de mon ange qui veille sur moi.

Une fois que nous nous sommes glissées dans l'eau chaude, mes muscles se détendent et je laisse la chaleur m'envelopper comme un doux cocon. Tout en gardant sa main dans la mienne, je regarde avec mélancolie en direction de l'est. Je cherche à me détourner de mon dernier songe et je repense à elle qui fait tant pour moi. Je pense à son rêve qu'elle porte ardemment.

-Demain, nous partons pour faire face à l'Alliance. Voici enfin venu le temps d'apporter la paix à ce monde. Même si nos ennemis résistent, je te promets de tout faire pour créer cet arc-en-ciel qui doit mener l'humanité à la paix.

Je regarde mon ange dans les yeux et je lui jure de ne pas faillir, son rêve l'a déjà fait souffrir de nombreuses fois.

-Quoi qu'il arrive, je te promets que je marcherais à tes cotés. Je ne te laisserais pas seule, admirer ton plus beau rêve en ayant à l'esprit des souvenirs douloureux. Mais, je ne sais pas si j'y arriverais sans ton aide.

Je baisse la tête, ne montrant pas le doute qui essaye de gagner mes prunelles. Je veux paraître solide comme un roc au milieu de la tempête.

-S'il te plait, restes avec moi. Je peux avoir la puissance d'un dieu, mais j'ai besoin que tu me soutiennes dans cette quête. La vérité, c'est que je ne peux pas marcher seule, j'ai besoin que la personne que j'aime soit à mes cotés pour me soutenir.

La femme aux cheveux bleus et aux lèvres délicatement dessinées prend mes mains et m'adresse un sourire.

-Sakura-chan, je te promets que je resterais avec toi. Je t'aime, je le sais à cause de ce sentiment qui me rend malheureuse loin de toi. Je ne l'explique pas, parce qu'il n'y a rien à expliquer. Je t'aime de tout mon cœur et je te protègerais toujours, parce que je ne veux que ton bonheur.

-Est-Ce Que tu seras prête à tout pour me sauver ? Même à devoir me blesser si jamais le démon s'emparait de mon corps ? Même à devoir me tuer pour me sauver de moi-même ?

Alors que je détourne le regard, je sens un tressaillement dans sa poigne.

-Sakura-chan, regarde-moi.

Face à cette assurance qui me fait tellement défaut, je n'arrive pas à obéir. Devant les autres ennemis, qu'ils soient Madara, Kabuto ou Naruto, je peux passer pour quelqu'un ayant confiance en soi et qui ne crains rien. Mais en privé, c'est différent. Je ne peux pas me permettre de jouer un rôle, de garder un masque. Je veux être sincère avec elle, parce que je veux qu'elle me voie pour la femme que je suis réellement et pas pour une charismatique dirigeante.

-Regarde-moi.

Face à ce ton si neutre, j'obéis. Son visage dur est déterminé, une face autoritaire à laquelle je me raccroche parfois, même si je préfère largement entendre ses rires.

-Sakura-chan, combien de temps vas-tu encore douter de nous ? Je t'ai promis de tout faire pour toi et je tiendrais ma parole. Maintenant, arrêtes d'avoir peur et marche à mes cotés.

Je la remercie en me traitant d'idiote. Comment ai-je pu douter d'elle, alors que sa détermination est inébranlable ? Je ne me laisserais plus dominer par ces images traîtresses qui se glissent dans mon esprit. Je dois avancer et avec elle pour me soutenir, je réaliserais son vœu le plus cher. Parce que c'est ça que d'aimer, vouloir à tout prix le bonheur de l'autre.