Disclaimer: Cf chapitre 1

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Encore et toujours merci à Mistycal pour son formidable travail !

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OoOoOoO

Grands Bonds Dans Le Temps 5 / 5

Mardi 3 décembre 1996

Acte 10 : Séparation Et Conversation

Draco

J'ouvre un œil, puis deux…

Il fait encore sombre. Mais c'est normal. Nous sommes en automne et l'hiver approche à grands pas. Les nuits sont de plus en plus longues…

Je tourne la tête vers le réveil et je regarde les aiguilles fluorescentes…

05H48

Il n'est pas l'heure encore de se lever. Il me reste presque trois-quarts d'heure avant d'aller prendre ma douche. Trois-quarts d'heure à écouter les respirations d'Annabelle et de Ginny qui dorment dans leur lit placé de chaque côté du mien…

Je me concentre sur celle d'Annabelle…

Elle va me manquer…

Aujourd'hui, je sors de l'infirmerie avec Ginny et Annabelle va partir au Terrier…

Une bouffée d'émotions m'étreint la poitrine et les larmes montent dans mes yeux…

Je remonte la couverture haut sur mes épaules et je niche ma tête dans l'oreiller…

C'est égoïste, mais je voudrais qu'elle reste ici… Je viendrais la voir avant les classes, entre les classes et après les classes…Je resterai ici pour passer mes soirées avec elle.

La regarder sourire, entendre sa voix, l'observer à la dérobée quand nous lisons tranquillement.

Je connais tout d'elle, sa façon de manger, de marcher, comment elle penche un peu la tête sur le côté quand elle réfléchit, si elle a de bonnes cartes en main quand nous jouons à la bataille explosive, chacun de ses rituels et chacune de ses petites habitudes…

Je sais qu'elle boit un verre d'eau puis tapote trois fois son oreiller avant de poser sa tête dessus. Qu'elle se tourne sur le côté droit, en remontant sa couverture sous le menton et qu'elle la maintient dans sa main gauche serrée. Elle baisse les yeux, mais les laisse ouverts pendant cinq minutes avant de les fermer sur un soupir…

Puis elle s'endort…

Je sais aussi, comment elle se réveille, comment elle se lève, magnifique malgré son visage chiffonné par les plis de la taie d'oreiller, ses yeux un peu bouffis et sa bouche gonflée de sommeil. Elle fourrage dans sa longue chevelure dorée comme le soleil couchant, tout en enfilant ses pantoufles… Puis elle s'étire comme une chatte, arquant le dos presque à le casser, mains croisées sur la nuque, avant de procéder à une petite séance d'étirements…

Toujours la même, toujours dans le même ordre…

Seulement après elle va vers la salle de bain… Sans avoir prononcé un seul mot… Et inutile de lui parler, car elle n'entend pas…

Elle ne parle qu'après avoir pris sa douche dont elle sort fraîche, pimpante et gaie comme un pinson.

Alors elle vient nous embrasser, Ginny et moi, laissant sur nos joues son odeur de coquelicot et de bleuet… Elle s'assoit au bout de mon lit, demande si nous avons bien dormi, si nos rêves ont été doux. Nous raconte le sien si elle en a fait un… du moins, si elle se rappelle en avoir fait un…

Puis elle va faire son lit, prend sa brosse à cheveux, avant de sauter sur son matelas à genoux, enlève la serviette qu'elle a encore sur la tête et se coiffe, d'une manière bien précise et immuable, avant de les rassembler en une haute queue de cheval ou en chignon lâche qui laisse s'échapper quelques mèches bouclées.

Cela semble dérisoire, que je m'attendrisse ainsi sur ses petites manies, je le sais bien… Mais tous ces gestes du quotidien n'appartiennent qu'à elle et je leur trouve une grâce infinie…

Elle m'est vraiment précieuse… Et elle va tellement me manquer !

J'espère qu'elle acceptera que je lui écrive… Et qu'elle me répondra…

Le tic-tac du réveil égrène les secondes. Il est cruel… Car il me rappelle que chaque tic et chaque tac me rapprochent du moment de la séparation. Du moment où je devrais regarder Annabelle partir avec Parrain qui va l'emmener loin de moi…

Là-bas, au Terrier…

La plus belle maison du monde…

Avec Maman et Molly qui vont la choyer…

06H12…

Le temps file…

Et plus il file et plus je m'en veux…

J'aurais dû lui dire ce que j'éprouve pour elle. Combien sa beauté me bouleverse, combien je suis chamboulé quand elle gémit dans son sommeil troublé par un cauchemar, combien je suis ému quand elle ne sourit qu'à moi, combien son parfum m'enivre…

Mais j'avais peur…

Peur qu'elle me dise qu'elle m'aime bien, mais que je ne serai jamais pour elle qu'un ami…

Peur qu'elle me dise qu'elle ne pourra jamais aimer d'amour le fils de celui qui a pris la vie de ses parents.

Et maintenant j'ai peur qu'elle m'oublie quand elle sera loin de moi…

Peur de ne jamais pouvoir lui dire que je l'aime, si je ne le fais pas avant qu'elle s'en aille…

Et je me sens coupable aussi…

J'ai trop chaud. Et je commence à avoir mal au dos. J'ai beau me retourner dans tous les sens, je ne trouve plus de position confortable dans mon lit…

Alors je me lève et je vais dans la salle de bain…

Je prends une douche, laissant longuement l'eau délicieusement chaude couler sur ma tête et sur mon corps…

Annabelle… Elle n'est pas encore partie mais j'étouffe déjà de chagrin…

Je sors de la douche. Je me saisis d'une serviette et je m'essuie lentement. En évitant de regarder mon reflet dans la glace. Je ne veux pas voir les cicatrices que Pansy m'a laissées en souvenir…

Je me souviens cependant d'un beau jour, lors de notre dernier séjour dans le Temps Ralenti, où Annabelle m'a demandé pourquoi je ne voulais pas me baigner dans la crique.

Elle a balayé tous mes arguments avec insistance en me regardant dans les yeux…

Et j'ai su qu'elle avait compris…

J'ai ôté mon pantalon et mon Tee-Shirt très vite et j'ai aussitôt couru pour me jeter à l'eau…

Elle m'a suivi.

Nous avons nagé avec les autres, nous nous sommes éclaboussés aussi… Et nous avons rit.

Et juste avant de sortir de l'eau, elle a effleuré l'une des cicatrices de mon dos.

« Tu ne dois pas en avoir honte. Elles racontent une histoire. Une tranche de ta vie, ton courage, ta force de vivre et la lutte que tu as menée pour survivre et surmonter cette terrible épreuve. » a-t-elle dit, avant de déposer délicatement un baiser sur ma joue et de courir rejoindre les autres pour faire une partie de Bavboules…

Et je l'ai davantage aimée si c'est possible…

Alors je regarde mon reflet dans la glace. Je laisse mes doigts tracer le parcours de la plus longue des cicatrices de ma poitrine, ligne fine et pâle qui coure depuis mon épaule gauche, jusqu'à ma hanche droite.

Elle raconte le rire fou de Pansy, le froid et l'humidité du Cachot, les cris et gémissements de Théo sous les Doloris et la torture, la peur qui me vrillait le ventre, la douleur qui me vrillait le cerveau, la souffrance dans tout mon corps, le combat et les larmes de Ginny…

L'envie de mourir pour que la souffrance cesse…

L'envie de vivre pour Maman, mon frère, Pa et mes amis. Vivre pour lutter à leur côté. Vivre pour connaître la joie d'être heureux.

Je frissonne et je ferme les yeux avant de me détourner du miroir.

Je m'habille et sors de la salle de bain…

06H43

Annabelle n'est plus dans son lit. Et l'eau de la douche coule dans la salle de bain des filles…

Ginny est debout. Elle coiffe ses cheveux. Elle suspend son geste et me sourit quand je viens l'embrasser sur la joue pour lui dire bonjour…

Elle me retient quand je veux m'éloigner.

« Tu devrais lui dire, tu sais. Je suis sûre qu'elle n'attend que cela… » murmure-t-elle avant de me planter là pour s'engouffrer dans la salle de bain qu'Annabelle quitte à l'instant…

Elle sait… Suis-je si transparent ? Combien d'autres savent, à part elle et Harry qui m'a deviné depuis longtemps ?

Annabelle vient vers moi. Elle me dit bonjour et son parfum de coquelicot et de bleuet imprègne ma joue… Et mon cœur se serre à faire mal…

Ginny a raison… Je dois lui parler…

Mais alors que les mots vont sortir, la porte de l'annexe s'ouvre et Pompom entre…

Les mots restent bloqués dans ma gorge…

Le petit déjeuner est servi. Mais je n'ai pas faim.

Annabelle va partir et mon appétit avec elle.

Pompom s'agite autour de nous. Elle défait les draps et les couvertures des lits. S'assure que nous n'avons rien laissé dans les tables de nuit. Appelle un Elfe de maison pour qu'il enlève mes effets personnels et ceux de Ginny et les ramène dans nos dortoirs. Rassemble les dernières Potions et les pots d'Onguent à moitié vides et les range dans une armoire…

Enfin elle s'en va. Mais Ginny revient…

Et je ne peux toujours pas parler à Annabelle…

07H23

Parrain arrive. Cette fois c'est sûr Annabelle va s'en aller.

Il annonce que Théo va venir nous chercher Ginny et moi avec Ron, Hermione et Harry…

Annabelle prend le sac dans lequel elle a mis les effets que Tonks lui a ramenés de chez elle et je me rappelle combien elle a pleuré en trouvant parmi eux un Sweat-Shirt qui appartenait à sa mère…

Elle embrasse Ginny qui la serre fort contre elle et elles se promettent de s'écrire. Elle vient maintenant vers moi. Je veux retarder le moment de la quitter alors je lui prends son sac des mains.

« Je t'accompagne. » dis-je, la gorge nouée…

Elle me sourit, d'un sourire triste.

Et nous sortons de l'annexe…

Nous marchons dans les couloirs. Ils sont déserts et nos pas résonnent dans le silence. Quelques portraits nous saluent et Annabelle leur répond aimablement. Leur fait des petits signes de la main. Nous croisons Sir Nicholas qui lui fait ses adieux et me dit qu'il est heureux de me voir enfin rétabli.

Et je me souviens de la première fois où Annabelle est sortie de l'infirmerie, pour venir en convalescence avec nous. Le jour où Blaise a endormi tout Poudlard ou presque, pour que les Membres du C.C.S.A.B.P.M. au complet puissent venir s'entraîner dans le Temps ralenti… Je me souviens qu'elle regardait tout autour d'elle en ouvrant de grands yeux éblouis et émerveillés…

Les statues de marbres ou d'Albâtre, les armures, les fantômes qui nous saluaient, les portraits qui parlaient et se déplaçaient d'un tableau à l'autre, Peeves qui caquetait…

Parrain s'arrête. Il donne le mot de passe aux gargouilles qui gardent l'entrée du bureau du Directeur. Elles s'écartent pour nous laisser passage et le mur s'efface. L'escalier tournant est accessible.

Nous montons sur la première marche et l'escalier nous mène vers la porte de chêne épais. Elle est entrouverte. Parrain la pousse et nous invite à entrer.

Le Directeur est absent, mais son phénix est là.

Annabelle observe tout. Les portraits endormis qui ronflent dans leur cadre. Tous les objets Magiques mystérieux, en or, en argent ou en cristal. Le Choixpeau qui se tait. L'épée de Godric Gryffondor dans sa vitrine. Fumseck qui lisse ses plumes sur son perchoir et nous accueille d'un trille chaleureux…

« Attendez-moi un instant. Je reviens. » dit Parrain en montant un escalier en spirale. Il arrive en haut, longe la mezzanine, frappe à une porte et entre…

Je suis seul avec Annabelle.

C'est le moment ou jamais…

Je m'approche d'elle et je lui fais face. Je prends ses mains dans les miennes et je la regarde dans les yeux…

Elle me sourit.

« Je… Tu vas partir… » murmure-je, en me traitant d'imbécile, de débile, d'idiot et d'arriéré mental, à l'énoncé d'une telle évidence…

« Oui. » répond-elle simplement, la tête un peu penchée et son petit sourire triste sur les lèvres.

« Je… souhaite que tout aille bien pour toi. » murmure-je encore, de plus en plus atterré de ma bêtise… et de ma lâcheté…

« Je souhaite la même chose pour toi. » chuchote-t-elle également…

Et Fumseck s'envole. Il vient se poser sur mon épaule et il me donne un petit coup de tête affectueux sur la joue. Et il chante…

Et une douce chaleur emplit ma tête et mon cœur.

Annabelle rit.

Elle lâche l'une de mes mains, la lève vers Fumseck et le caresse.

Puis elle reprend ma main et me regarde dans les yeux…

Mon cœur bat la chamade…

Je me penche vers elle. Elle ne se recule pas. Mes lèvres effleurent les siennes et le bonheur explose dans mon cœur et dans ma tête…

Fumseck s'envole. Annabelle ôte ses mains des miennes et noue ses bras autour de mon cou… J'enlace sa taille et je la rapproche doucement de moi.

Notre baiser s'affranchit et le bonheur chante dans mon cœur et dans ma tête…

Nos bouches se séparent mais nous restons front contre front…

« Je t'aime Annabelle » dis-je dans un souffle…

« Je t'aime, Draco… » murmure-t-elle contre ma bouche…

Nos bouches se scellent encore et le bonheur fait battre mon cœur et me tourne la tête…

Et je serre Annabelle très fort contre moi.

Et elle me serre très fort contre elle…

J'aime Annabelle. Annabelle m'aime.

Rien ne peut me rendre plus heureux.

J'ai pourtant envie de pleurer…

OoOoOoO

Severus

L'horloge du salon d'Albus sonne 08H00.

J'ai laissé suffisamment de temps à Draco pour faire ses adieux à Annabelle… J'espère que cette fois, il aura osé lui dire ce qu'il ressent pour elle…

Je pose la tasse maintenant vide du thé qu'Albus m'a offert tantôt et je me dirige vers la porte.

« Je vous laisse le bureau une demi-heure encore, Severus. Au cas où Draco souhaiterait vous parler… » me dit Albus, en me regardant par-dessus ses lunettes en demi-lune.

Je le remercie et je sors.

Que Draco me parle ? Mais de quoi Albus pense-t-il que Draco voudrait me parler ? me dis-je en me figeant aussitôt la porte refermée.

De ses amours ?

Oh ! Misère !

Mais je n'ai jamais parlé de ces choses là avec un adolescent ! Que pourrais-je dire, s'il me confie ses peines de cœur ? Que pourrais-je répondre à ses questions ?

Et puis, je me souviens de moi à son âge. Quand j'ai connu les premiers émois et les premiers tourments amoureux, les questions que je me posais… M'aime-t-elle comme je l'aime ? Voudra-t-elle de moi ? Que se passera-t-il, si elle me repousse ? Resterons-nous amis ? Pourrais-je continuer à la regarder vivre, rire et sourire à la vie, sans éprouver une insupportable douleur ? Pourrais-je supporter cette douleur ?

Merlin ! Que toutes ces questions m'ont torturé ! Et je te remercie de tout cœur que mes sentiments aient été partagés !

J'avance prudemment et je jette un œil par-dessus la rampe.

Oh ! Génial ! Je ne vais pas avoir à gérer un chagrin d'amour ! Merlin, merci ! Merci, Merlin !

Je reviens discrètement sur mes pas, ouvre de nouveau doucement la porte, fais signe que tout va bien à Albus qui se met à glousser les yeux pétillants plus que jamais et je referme la porte en la claquant un peu plus fort que nécessaire…

Quand j'arrive à hauteur de l'escalier, les tourtereaux sont séparés, mais leurs yeux brillants, leurs joues rouges, leurs cheveux un peu défaits et leur bouche un peu gonflées de leurs baisers, ne laisse aucun doute quant à l'évolution de leur relation.

Draco a franchi un pas de géant…

J'avoue que cela me réjouit et m'attendrit… Mon fils est amoureux…

« Je reviens dans quelques minutes, Draco. Et je t'accompagnerai à la Grande Salle. » dis-je, après avoir un peu écourté les adieux.

Je jette la Poudre de Cheminette dans l'âtre, y entre avec Annabelle serrée contre moi et prononce l'adresse du Terrier.

Quand je reviens, trois minutes plus tard, Draco a toujours les yeux fixés sur les flammes vertes de la cheminée.

« Ça t'a fait ça aussi, quand Tante Nally est partie ? » me demande-t-il, le regard profondément malheureux…

Oh ! Misère ! Je me suis réjoui trop tôt !

Finalement je vais avoir à le gérer, le chagrin d'amour… Ou plutôt, les affres de la séparation…

« Qu'est-ce que cela te fait ? » m'enquiers-je en retour, vraiment incertain quant à la réponse à donner.

« Cette impression de vide dans le cœur. Tu sais, comme si un Détraqueur était là, le froid glacial, la sensation que tu ne pourras plus jamais être heureux… » me répond Draco, la voix nouée et un peu éraillée de chagrin…

Oh ! Merlin ! Oui ! Je connais cela !

Je soupire et j'invite Draco à venir s'asseoir sur le sofa.

« Oui, Draco. Oui, je connais cette sensation. A la différence fondamentale que j'ignorais totalement quand je reverrai Nally et qu'il nous était impossible de correspondre. Dans trois semaines, tu rejoindras Annabelle pour les vacances. Et ne vous êtes-vous pas promis, il y a un instant, de vous écrire une longue lettre ce soir pour raconter votre journée ? » dis-je, de mon ton le plus doux.

« Oui… Oui, bien sûr… Mais cela me semble si loin ! C'est la première fois que je ressens cela, tu sais. Je veux dire, être vraiment amoureux. Et c'est… c'est… » répond-il, sans pouvoir exprimer sa pensée.

« C'est doux, chaud au cœur et en même temps horriblement douloureux de devoir se séparer… » propose-je toujours avec douceur.

« Oui… Et puis… Oh ! Pa ! Je me sens terriblement coupable aussi… Tu comprends. Je… Je suis… partagé… et je me sens horriblement coupable… Parce que… Parce que… » tente-t-il d'expliquer, les larmes lui montant brusquement aux yeux…

Et soudainement je comprends.

Oui, je comprends pourquoi Albus pensait que Draco aurait peut-être besoin de me parler…

Merlin !

Puisses-tu aller en enfer, Lucius ! Draco ne mérite vraiment pas ça !

« Tu te sens partagé et tu culpabilises, parce que, tout en étant terriblement malheureux qu'elle ait eu à vivre une aussi horrible épreuve, à cause de Lucius, tu es heureux qu'il ait envoyé Annabelle ici, à Poudlard…» finis-je pour lui.

Il hoche la tête et renifle. Je lui tends mon mouchoir et il se mouche.

« Je me sens coupable oui… Et pas seulement parce que c'est Lucius qui lui a fait ça… Ce serait la même chose si quelqu'un d'autre l'avait fait… Je… Je ne suis pas un monstre, n'est-ce pas ? D'être heureux qu'elle soit arrivée dans cette caisse… Je… J'aurais voulu qu'elle n'ait pas eu à vivre ça, je te jure ! Mais en même temps, si cela n'était pas arrivé… Je ne l'aurais pas connue… Alors c'est… C'est… C'est tellement dur Pa ! Lucius a fait la chose la plus horrible qui soit et en même temps… C'est le plus beau cadeau qu'il m'ait jamais fait…» dit-il, avant d'éclater en sanglot et de s'effondrer sur ma poitrine…

Oh ! Merlin ! Brûler durant des millions d'années en enfer serait un châtiment bien trop doux pour toi Lucius ! Merde !

Merde ! Merde ! Merde !

« Oh ! Non ! Mon fils ! Non ! Tu n'es pas un monstre ! De toutes les plus terribles épreuves, il ressort toujours quelque chose de beau un jour ou l'autre… Et de cette épreuve qu'Annabelle a eue à vivre, il ressort qu'elle t'a rencontré. Tu es un garçon extraordinaire, Draco. Et elle ne s'y est pas trompée… C'est terrible que vous ayez eu à vous rencontrer dans de telles circonstances. Mais ni toi, ni elle, ne devez vous attarder sur ces circonstances justement. Vous devez seulement vous attarder sur cet amour que vous éprouvez l'un pour l'autre… Crois-moi, Draco… C'est le plus bel hommage que vous puissiez rendre à ses défunts parents. Faire en sorte que l'amour triomphe… » assure-je, en serrant très fort mon fils contre moi…

Draco pleure encore un moment sur ma poitrine, puis il se redresse et me regarde.

« Tu as raison, Pa… Tu as raison… Tu sais… Je n'arrête pas de me dire que je devrais écrire à Lucius… Pour le remercier. Lui dire que grâce à lui, j'ai rencontré la plus magnifique et la plus formidable des jeunes filles Moldues et que je suis heureux, parce que je l'aime et qu'elle m'aime. Si je ne craignais pas qu'il remue ciel et terre pour la trouver et la tuer, je te jure que je le ferais… » déclare-t-il, en serrant les poings sur la fin…

« Je comprends ce désir… et ta prudence… » réponds-je, en souriant doucement.

« Oui… Tu… Pourquoi est-il comme ça ? Pourquoi est-il si cruel ? » s'enquiert soudain mon fils, en me regardant d'un air empli d'incompréhension

Et je me dis qu'il me pose là une question à laquelle il est bien difficile de répondre…

« Il a été conditionné ainsi… » réponds-je, avec un soupir, avant d'ajouter : « Ton Grand-Père Abraxas l'a élevé selon des principes très durs, tu en sais quelque chose, puisque ton père t'a élevé ainsi… »

« Mais moi, je m'en suis sorti ! Je ne suis pas cruel ! Je veux dire… Comme moi, il a dû avoir le choix, un jour ou l'autre ! Et il a choisi de suivre Voldemort ! Il n'a pas subi de pression, il n'a pas été mis sous Imperium ni quoi que ce soit ! Il a choisi ! Lucius a choisi ! C'est un monstre ! Il est… » m'interrompt Draco, avec une certaine véhémence…

Et je l'interromps à mon tour, me saisissant de ses épaules, pour capter toute son attention.

« Draco… Draco, une chose à la fois, veux-tu ? Parlons de tout cela calmement. D'accord ? » dis-je, avec autant de douceur que de fermeté.

Il hoche la tête à plusieurs reprises, pour me signifier son accord.

« Bien… Par quoi veux-tu commencer ? » m'enquiers-je, car je sens que ce n'est pas seulement Lucius qui le préoccupe…

« L'Imperium… J'ai peur qu'un jour je reçoive ce sort et de ne pas être capable de le combattre… Si je suis trop fatigué et à cause de mes séquelles…» murmure-t-il, en baissant la tête…

« Je comprends… Mmmm… Draco, il y a plusieurs choses à prendre en compte… La faiblesse de l'esprit, les circonstances, le besoin de considération, d'approbation, l'expérience, de vie, les effets de groupes, la solitude, la peur, la soumission naturelle à l'autorité et d'autres choses sûrement encore…
Prenons les Cooper par exemple, ils n'avaient pas suffisamment de force pour combattre l'Imperium… Ils étaient naturellement soumis à plus forts qu'eux déjà. Ils n'ont jamais été des meneurs, mais des personnes qui obéissent aux ordres, qui suivent ce qu'on leur demande de faire. Ils n'avaient pas la force de dire non… Ils n'avaient jamais appris à le faire, ni même eu l'idée de le faire… Alors quand ils ont reçu l'Imperium, ils ont suivi… Je comprends qu'il soit difficile d'admettre que l'on puisse faire du mal à quelqu'un, même sous Imperium. Il y a de quoi se poser des questions sur les valeurs de ces personnes… Mais il ne faut pas penser, qu'elles ne le feraient pas, qu'au contraire elles lutteraient, si elles n'étaient vraiment pas d'accord avec ce que l'on veut qu'elles fassent… Non, il ne faut pas croire que ces personnes n'ont qu'une conscience relative, voire pas de conscience du tout… Monsieur Cooper regrette profondément ce qu'il a fait au Terrier, même s'il n'a jeté aucun Impardonnable… Et il a bien dit aussi que cela lui faisait mal mais qu'il ne pouvait pas faire autre chose que d'obéir. Il n'avait juste pas la force de lutter contre celui qui le commandait…
Souviens-toi également de ce qu'a dit Viktor. Quand il a reçu l'Imperium dans le labyrinthe, lors du Tournoi des Trois Sorciers. Il se sentait seul, subissait des pressions énormes de la part de Karkaroff, voulait faire honneur à son Ecole… Il avait peur également, seul pour traverser cette épreuve difficile, il était loin de sa famille, de ses amis depuis des mois et n'avait jamais eu d'autre choix que d'obéir aux ordres, là-bas, à Durmstrang, où la discipline est très dure… Et où la Magie Noire est enseignée, où on lui accorde une dimension, une vision très différente de la nôtre. Tout cela, l'a empêché de résister. Il recevait un ordre, il devait obéir. Même si cela ne lui convenait pas, ne lui plaisait pas… Maintenant il a davantage d'expérience. Il a appris à faire des choix. Il a appris à dire non, à se rebeller… Et il arrive à combattre les effets d'un Imperium. Et tu réussis, toi aussi. Tout comme Harry le fait. Parce que vous avez appris à dire non ! A remettre en question ce qui vous entoure. Et que vous n'êtes pas seuls… Vous ne le serez jamais. Parce qu'il y aura toujours quelqu'un qui vous aime quelque part et quelqu'un dans votre cœur, qui vous soutiendra quoiqu'il arrive. » explique-je avec conviction.

Draco se tait. Il réfléchit intensément à ce que je viens de dire…

« Et si au fond de moi il y a assez de la cruauté et de la folie de mon père ? » s'enquiert-il soudain, l'air anxieux.

« Si cela était, tu ne serais pas ici à me poser cette question… Si cela était, tu te serais laissé séduire par le sentiment de puissance et de pouvoir qu'induit la Magie Noire. Tu aurais pris plaisir à torturer ce vieux Moldu…. Et tu serais en ce moment même à la tête des Ânes Bâtés… » réponds-je, avec un sourire un peu moqueur…

« D'accord… Tu as raison encore une fois… Mais… Si je suis trop affaibli et que je n'arrive pas à résister malgré toute ma volonté et mon désir de le faire ? » insiste Draco, toujours aussi anxieux.

« Alors tes Sorts seraient tout aussi faibles que toi… » assure-je, du ton le plus convainquant qu'il m'est possible…

« Mais je les jetterai quand même… » insiste-t-il encore, triste et malheureux…

« Tu n'aurais pas la volonté de faire mal, Draco… » dis-je, hésitant un faible instant, avant de lui demander : « Harry t'a-t-il parlé de ce qu'il s'est produit en juin dernier, quand ta tante Bellatrix a fait basculer Sirius Black dans le voile de Mort ? »

« Oui… Il m'a dit que… Il a couru après elle et lui a jeté un Doloris. Mais qu'il n'a pas réussi à lui faire mal… » répond Draco, qui réfléchit un court moment avant d'ajouter : « La volonté… Il m'a dit que Voldemort lui a dit qu'il manquait de conviction… Qu'il ne suffisait pas seulement de jeter le Sort, qu'il fallait également avoir le désir profond de faire mal… »

Je hoche la tête pour acquiescer, tandis que Draco semble cette fois, nettement soulagé…

« Oui, il faut avoir cette volonté. Etre animé par des raisons profondes… » dis-je, d'une voix un peu étranglée…

J'ai dû faire mal à des gens, lorsque j'espionnais… Cela me faisait aussi mal qu'à eux. Je le faisais cependant. Pour pouvoir sauver beaucoup d'autres vies…

« Lucius… N'a pas eu non plus la volonté de se rebeller contre son père. Il n'a pas résisté à l'attrait de la Magie Noire… Il est cruel… Est-ce qu'il n'avait pas la force à cause de sa folie ? » demande cette fois Draco.

« Oh… Je crois que plusieurs paramètres sont à prendre en compte encore une fois. La folie n'explique pas tout…. Il y a à Ste Mangouste, des personnes souffrant de déséquilibre mental, qui n'ont pas une once de cruauté et ne feront jamais mal à qui que ce soit. Le père de Luna a la réputation d'être un doux dingue… Et, au-delà de sa cruauté, de son extrême froideur, de son incapacité à aimer, de la folie de ses idéaux, de ses croyances et valeurs, ton père est un homme intelligent, capable de se maîtriser, qui sait faire la différence entre le bien et le mal… Il est responsable de ses actes… » réponds-je, en poussant un petit soupir.

Et je note, par-dessus l'épaule de Draco, qu'Albus fait venir à lui une pile de courrier depuis la mezzanine. Un coup d'œil à l'horloge m'indique qu'il est 08H46… Ma classe commence dans quatorze minutes… Mais depuis là-haut, Albus me fait signe de poursuivre. Et je reporte mon attention sur mon fils, qui réfléchit à ce que je viens de dire.

Albus a raison. Au diable ma classe !

Draco est bien plus important à mes yeux et je ne peux le laisser sans réponse aux questions qu'il se pose…

« Pourquoi alors ? Pourquoi est-il un monstre ? Si ce n'est pas la folie, pourquoi ne s'est-il pas rebellé comme je l'ai fait ? Pourquoi n'a-t-il pas remis en question son éducation ? » s'enquiert-il, sincèrement soucieux de la réponse…

« Ce que je vais te dire, Draco, s'appuie sur des observations que j'ai faites, sur des bribes de confidences de ton père, mais aussi sur des informations que j'ai obtenues alors que j'espionnais. Toutes ces informations ne sont peut-être pas vraies ou exactes. Et il y a sûrement nombres de zones d'ombres qui ne seront peut-être jamais éclaircies, des pans de vérités qui resteront à jamais enfouies. » déclare-je, pour que Draco sache, que ce que je vais lui dire est à prendre avec des pincettes concernant certains points et n'est pas vérité absolue…

Juste une tentative d'explication…

Draco hoche la tête.

« Alors voilà : je crois qu'il y a deux éléments fondamentaux, qui font la différence entre toi et Lucius. La première, c'est que ta grand-mère, la mère de Lucius, n'avait rien d'une femme affectueuse et douce. Elle n'avait aucun instinct maternel, était froide, hautaine, distante et mauvaise comme une teigne. Aussi, contrairement à toi, Lucius n'a reçu d'affection dans sa toute petite enfance par aucun de ses deux parents. Les Elfes de maison qui se sont succédés pour s'occuper de lui, avaient ordre de ne pas le bercer, de ne pas lui parler plus que nécessaire… Et de le fesser chaque jour jusqu'à l'âge de ses cinq ans. Ça, je le sais de bonne part, car j'ai entendu ta grand-mère conseiller à ta mère de faire la même chose lorsque tu viendrais au monde : « Pour t'endurcir dès le premier âge… Il sera ainsi prêt, lorsque Lucius prendra son éducation en main, comme il l'était lui-même lorsque mon défunt époux l'a fait pour lui. » a-t-elle dit… Je suis bien heureux qu'elle ait été emportée par la mort avant que tu ne viennes au monde… » explique-je, avant de nous servir une tasse de thé qu'un Elfe est venu nous apporter.

« Il n'a donc jamais rien connu, ni appris de l'affection et de l'amour… » conclu Draco, en prenant machinalement la tasse que je lui tends.

« Eh bien, de la part de ses parents, non… Mais je sais aussi de bonne part, que les Elfes n'ont pas obéit à ta grand-mère… Ils se punissaient pour cela, mais jamais ils n'ont fessé Lucius et ils lui parlaient… Et cela, je le tiens de ta grand-tante, sœur de ta mère, qui était une brave femme. Elle ne s'est jamais mariée et vivait également au Manoir Malfoy. C'est à elle que ta Grand-mère avait confié le soin de veiller à ce que les fessées soient bien administrées, car elle-même n'était guère encline à s'occuper d'un bébé et à entendre « ses cris de petits gorets » disait-elle d'un ton méprisant. Ta grand-tante donnait un peu de chaleur et d'amour à Lucius quand elle était censée assister à cette fessée quotidienne. Elle a révélé cela à Narcissa, après la mort de sa sœur… Et juste avant d'être emportée par la mort elle aussi, de la même façon que sa sœur… Que je soupçonne… consécutive à un empoisonnement… Je crois fort en fait que ta grand-tante a empoisonné sa sœur, pour qu'elle cesse de martyriser Narcissa et t'éviter le même sort que Lucius, avant de se suicider pour avoir commis ce meurtre… Mais cela, ce n'est qu'un soupçon… Un très gros soupçon… Disons que j'en suis certain à quatre-vingt-dix-neuf pour cent… » révèle-je, à un Draco totalement effaré.

« Merlin ! Quelle famille ! Même le meilleur de ses membres, aurait donc commis un meurtre de sang froid !… Quelle famille ! » commente-t-il, en passant sa main dans ses cheveux très courts.

Ils commencent tout juste à bien repousser, mais ne cachent pas encore les cicatrices sur son crâne. Pourtant, Draco n'a pas souhaité user de Magie pour accélérer leur croissance... J'ignore pourquoi...

« C'est le moins que l'on puisse dire… C'est un miracle que tu t'en sortes si bien… Les gènes de Narcissa sans aucun doute… » appuie-je, avec un accent de sincère vérité..

« Oui… Il faudra que je la remercie de me les avoir offerts. Mais tu as dit qu'il y avait deux éléments fondamentaux à prendre en compte. Lequel est le deuxième ? » poursuit Draco, suspendu à ma réponse.

« Voldemort… Ton père a été présenté à Voldemort par Abraxas à l'âge de treize ans. A l'époque, Abraxas subvenait aux besoins de Voldemort qui lui rendait de nombreux services à l'étranger où il restait une majeure partie de l'année, pour réaliser ses magouilles. Voldemort s'est aussitôt intéressé à Lucius. Il restait en Angleterre durant une bonne partie des vacances et lui donnait des leçons particulières, portant sur la Magie Noire, bien évidemment. Ton père, qui était intelligent et déjà puissant, s'est montré un élève très doué au grand plaisir d'Abraxas… Et un jour, alors que ton père avait quinze ans, Voldemort lui a offert un livre érotique et a entrepris de parfaire son éducation sexuelle en l'initiant au plaisir charnel avec les hommes… Et ton père s'est laissé séduire en s'offrant totalement à Voldemort le jour de ses seize ans … A l'époque, Voldemort était un bel homme encore… Leur relation a duré quelques mois, Lucius sortant en catimini de Poudlard presque chaque soir, pour retrouver Voldemort, dans une garçonnière de Pré Au Lard, jusqu'à ce qu'Abraxas ait vent de cela. Il a débarqué à Pré Au Lard avec quelques-uns de ses hommes de main et a surpris son fils et Voldemort en plein ébats… avec d'autres jeunes gens… Il est rentré dans une rage folle. Tu penses bien ! Son unique héritier qui s'adonnait à des orgies homosexuelles… Il a coupé les vivres de Voldemort et l'a chassé, en lui ordonnant de quitter cette fois définitivement le pays au plus vite, sous peine de lui faire une réputation désastreuse auprès de ses premiers balbutiants adeptes… qui n'étaient autre que les pères des jeunes garçons présents dans la garçonnière. Voldemort n'avait pas encore les relations nécessaires pour passer outre ces ordres. Il avait besoin de garder sa réputation intacte pour garder ses soutiens financiers. Il est donc parti. Il a cependant entretenu une correspondance secrète avec Lucius. Et, le Transplanage intercontinental ne lui posant aucun problème, il est également revenu très régulièrement passer quelques heures avec lui dans un tout autre lieu… Et quelques semaines plus tard, Abraxas mourrait… Officiellement de la Dragoncelle… Officieusement, tué par Lucius lui-même, le jour de ses dix-sept ans… Par la suite, Lucius et Voldemort se sont souvent rencontrés, au décours de voyages effectués par ton père ou Voldemort, jusqu'au jour où ce dernier est revenu définitivement en Angleterre, bien plus puissant qu'il ne l'était en partant… Et la première guerre a vraiment commencé… Les faits concernant la relation de Lucius et Voldemort, je les tiens de conversations à mots couverts, entre deux anciens camarades de Lucius qui auraient participé à l'une de ces orgies sexuelles. Ils sont morts tous les deux, maintenant. Concernant la mort de ton grand-père, c'est l'ancien secrétaire de ton grand-père, qui l'a sous-entendu. Et quand j'ai lancé une allusion à ce fait devant Lucius, il n'a pas nié et ses yeux se sont allumés d'une lueur qui ne trompe pas. Il n'a rien dit, mais n'avait pas besoin de le faire pour que je comprenne qu'il l'avait bien fait. … » explique-je encore, sous l'écoute attentive de mon fils.

« Quelle famille ! » répète-t-il, en secouant la tête, avant d'ajouter : « Je comprends mieux… Mais je ne lui pardonne pas pour autant… Il avait le choix et il a choisi la voie de la corruption, de la perversion et de la cruauté… »

Le ton de sa voix cependant, est nettement moins virulent et véhément.

« Je vais me faire moins de soucis pour ma descendance. Parce que j'ai bien l'intention d'aimer mes enfants et de les élever sans jamais les priver de mon affection et de celle de leur mère ! Oui, je veillerais à leur donner beaucoup d'amour et des valeurs solides, basées sur la tolérance…» ajoute-t-il un court instant plus tard…

Et je sais que cette fois, il a exprimé toutes ses peurs… Tout au moins, sur ce sujet là…

« Je n'en doute pas… Y a-t-il autre chose dont tu souhaites me parler, Draco ? De Voldemort, par exemple… De ce qu'il t'a fait l'été dernier ? Tu n'es finalement jamais venu me parler de tout cela… » m'enquiers-je, soucieux de lui offrir l'occasion de se libérer complètement.

« Mmmm… ça m'a pas mal travaillé tout ça. Mais finalement, j'en ai souvent parlé avec Harry, Ron et Hermione. Et ça va beaucoup mieux. Et puis, j'ai retrouvé ma virilité… Ah oui ! C'est vrai, tu ne sais pas, que je n'arrivais plus à avoir d'érection… Il m'avait complètement dégoûté du sexe… Brrrr… Quand je repense à tout ça !… Le viol de Pettigrew, les jumeaux Brandburgy… Mais tu en sais quelque chose, non ? » me répond mon fils, en me fixant de ses yeux clairs.

« Oui, j'en sais quelque chose… Enfin, pour les jumeaux, c'est toi qui me l'a appris. » dis-je, d'un ton assez sourd.

« Tu n'as rien à te reprocher, tu sais… Il fallait que je vive ça pour prendre toute la mesure de ce qu'est Voldemort, de ce que je suis et pouvoir faire un choix éclairé. Et maintenant, grâce à Harry et Ron, je suis beaucoup plus à l'aise avec l'homosexualité. Je ne fais plus l'amalgame entre homosexuel et monstre… Ceci dit, l'homosexualité ne m'attire toujours pas, même si je trouve Harry et Ron mignons ensemble. En fait, je ne les considère pas du tout comme des homosexuels, mais comme des amoureux. » déclare-t-il alors…

Il a vraiment beaucoup, beaucoup changé… Beaucoup grandi…

« J'vais t'avouer un truc Pa… » ajoute-t-il, après une légère hésitation : « Pendant ma retenue avec Harry, juste après qu'il m'ait avoué son homosexualité, ma réaction a été de lui demander de me baiser… J'étais tellement persuadé qu'un jour ou l'autre je n'y couperais pas d'être… violé par Voldemort,… que… je ne voulais pas qu'il ait la satisfaction d'être le premier homme à me… Enfin… Tu comprends n'est-ce pas… Harry a refusé… Et il avait raison de le faire… Je le remercie pour cela. Cela m'aurait fait plus de mal que de bien. Cela aurait été contre ma nature et mes désirs… Et même si je suis certain que, s'il avait accepté, Harry aurait été très attentif et bien je suis également certain que je n'aurais pas pris de plaisir… J'aurais juste subi et finalement cela m'aurait dégoûté et je n'aurais pas pu établir des liens aussi fort avec lui… Enfin bref… Tout ça pour te dire que tu n'as pas de souci à avoir concernant tout cela. C'est digéré. Et je voulais te dire aussi… Merci d'avoir été là, ces derniers temps. Merci de t'inquiéter pour moi… Et t'en fais pas, si j'ai besoin de te parler, je viendrais te voir.. »

« Merci à toi fils, de me faire autant confiance… Mais, j'aurais dû te parler avant… » dis-je, en le serrant contre moi, la gorge nouée…

« Oh ! Non ! Ne t'en veux pas ! Tu me connais. Si finalement je ne suis pas venu te voir, c'est que je n'étais pas prêt à le faire. Tu m'as proposé ton aide. Et c'était de cela dont j'avais besoin à ce moment là. Que quelqu'un, un adulte, me dises qu'il était là, si j'en avais besoin… Et, même si tu m'avais demandé comment j'allais, si tu m'avais proposé de parler de tout ça avant… je t'aurais dit que tout allait bien. Que finalement je n'avais pas besoin d'en parler… Tu m'as toujours laissé venir. Continue comme ça… C'est ce qu'il me faut… De savoir que tu es là, prêt à m'écouter si j'ai besoin de me confier ou d'être aidé, c'est tout ce dont j'ai besoin. » répond-il, en me rendant mon étreinte…

Au même moment, l'horloge sonne dix heures et Albus passe la tête par-dessus la rampe pour voir où nous en sommes…

« Nous avons raté la première heure de cours ! » s'exclame dans le même temps Draco, en se levant d'un bond.

« Ne t'en fais pas, Draco. Minerva a été prévenue par mes soins que tu reprendras les cours plus tard. Quant à vous, Severus, votre classe de Potion a été prise en charge par Nally, tandis que Remus la remplace. Vous êtes libre ce matin… » nous apprend Albus, en descendant les marches de l'escalier en colimaçon.

« Merci, Albus. Désolé d'avoir occupé votre bureau plus longtemps que prévu. » déclare-je, en me levant également.

« Il y a des conversations qui ne peuvent souffrir l'attente. Ne vous excusez donc pas. » répond-il, en s'installant à son bureau.

Draco et moi le remercions encore cependant, puis j'invite Draco à revenir avec moi vers les Quartiers de Serpentard.

Et, tandis que nous marchons côté à côte dans les couloirs, je me dis que c'est une bonne chose, que nous ayons eu cette conversation, lui et moi.

Je le sens plus détendu, libéré d'un poids qui pesait trop lourd sur ses épaules…

OoOoOoO

Dimanche 15 Décembre 1996

Acte 11 : Poison

Olivier

Putain !

J'ai tellement mal au crâne, que je prendrais bien une hache pour me l'ouvrir comme un œuf à la coque, histoire d'en extraire ma cervelle pour lui faire prendre l'air ! C'est qu'elle cogne dure dans ma boîte à idées ! D'ailleurs même pas sûr qu'elle attendrait que je l'en sorte ! Parce qu'on dirait qu'elle est montée sur ressort et je suis quasi sûr qu'elle surgirait comme un diable de sa boîte !

Bordel ! Si encore je m'étais pris une muflée, je comprendrais ! Mais ce n'est pas le cas puisque je ne bois jamais d'alcool…

Allons bon… Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Allez Olivier ! Réfléchis mon tout beau !

Ooooooh ! Saperlipopette !

J'me suis pris deux Cognards coup sur coup sur la cafetière et le Souaffle en prime !

Merde ! J'espère que ça ne nous a pas empêché de gagner le match !

Ouch !

Bouge pas Olivier, bouge pas mon tout beau ! Reste parfaitement immobile ou ta cervelle va t'exploser la boîte c'est sûr ! C'est plus un diable sur ressort, c'est un volcan en état pré-éruptif que t'as dans la caboche, maintenant !…

Putain… Il n'y a donc personne pour me filer une Potion dans le coin ?

Et puis éteignez la lumière bon sang ! Elle filtre à travers mes paupières comme des lames glacées qui vont droit se planter dans la lave en fusion qu'il y a dans ma citrouille ! Bonjour le choc thermique et ce qui en résulte !

La vapeur va bientôt me sortir par les oreilles et la cervelle par les trous de nez !

« On dirait qu'il reprend connaissance… » entends-je chuchoter, dans un froissement de tissus qui s'agitent à côté de moi…

Je ne connais pas cette voix… En même temps, ça résonne tellement dans mon ciboulot que la voix vibre et fait écho… Difficile à reconnaître donc…

« Donnez-lui sa Potion. » répond une autre voix, un chouia plus grave que la première

Mais pas plus reconnaissable…

Et ça me fait l'effet encore une fois d'avoir le bourdon de la Cathédrale de Londres entre les oreilles…

Une main soulève ma nuque… Oh ! Misère que ça fait mal !

Un verre se pose sur mes lèvres et quand j'ouvre la bouche pour gémir, une Potion infecte en profite pour s'infiltrer entre mes lèvres… Je n'ai pas le choix... Faut que j'avale ou je meurs étouffé…

J'avale…

Oh ! Mama Mia ! Que c'est dégueulasse ! Encore pire que les Potions de Snape ! Mais putain qu'ça fait du bien ! Ma cervelle refroidit et se calme quasi instantanément…

On dirait que la lumière est supportable maintenant…

Allez mon tout beau ! Tu es un Gryffondor courageux et un gardien de but téméraire ! Ouvre un œil pour voir !

Ouais… C'est bon, tu peux ouvrir l'autre œil.

Salle d'hôpital… Ste Mangouste ?

« Bonjour Monsieur Dubois ! Content que vous soyez enfin réveillé ! » claironne la voix joyeuse d'une Médicomage que je ne connais pas…

« Enfin ? Pourquoi enfin ? » m'enquiers-je, un peu inquiet soudainement.

« Cela fait huit jours que vous êtes ici, Monsieur Dubois ! Vous étiez complètement disloqué après votre chute ! Mais rassurez-vous, je vous ai bien rafistolé et vous êtes comme neuf ! » me répond la Médicomage, avec un sourire jusqu'aux oreilles…

« Oh ! Putain ! L'Entraîneur doit être furax ! Rassurez-moi ! Dites-moi qu'on a gagné le match ! » m'exclame-je, réveillant un petit reste de douleur dans mon crâne…

Tout compte fait, le volcan n'est pas encore tout à fait éteint…

« Ah ! Ces joueurs de Quidditch ! Il n'y en a pas un pour racheter les autres ! C'est toujours la même chanson quand ils se réveillent ! Ils arrivent plus cassés qu'un vase de chine qui aurait dévalé tout l'Everest et la seule chose qui les préoccupe, c'est le résultat de la partie ! Oui, Vous avez gagné, Monsieur Dubois ! L'attrapeur de votre équipe a réussi à attraper le Vif avant que vous ne soyez à terre… Je lui ai d'ailleurs sonné les cloches ! J'étais dans les gradins, voyez-vous et j'ai bien vu qu'il aurait pu vous rattraper en vol, s'il ne s'était pas obstiné à courir après ce maudit Vif ! » répond-elle l'air courroucée.

« Vous êtes folle ! S'il avait fait ça, on perdait le match ! Et pour le coup, l'Entraîneur nous aurait tués tous les deux ! » m'exclame-je encore, effaré par son idée abracabadrante…

Laisser le Vif pour me rattraper ! J'vous jure ! Y a qu'une Médicomage pour avoir des idées pareilles !

Elle lève les yeux au ciel et pousse un énorme soupir…

« Pas un pour rattraper l'autre… » répète-t-elle, l'air navrée.

Ouais, moi aussi, je suis navré. J'ai raté la fête d'après match. Et mon rendez-vous avec Alicia…

Merde ! J'espère qu'elle ne m'en voudra pas de lui avoir posé un lapin !

« Quand puis-je sortir ? » m'enquiers-je, en réfléchissant à toute vitesse…

Voyons… Il s'est passé huit jours depuis ma chute… Nous sommes donc dimanche…

Si je fais vite, je peux voir Alicia avant sa garde au QG… Sinon, je la rejoindrais là-bas…

« Dans trois heures. Et il n'est pas question de Transplaner ni que vous remontiez sur un balai avant quinze jours, Monsieur Dubois ! Votre Entraîneur est prévenu ! Vous êtes au REPOS COMPLET. Compris ? Interdiction même de mettre un seul pied dans un stade ! Je ne veux même pas que vous voyez votre équipe, ni votre Entraîneur durant tout ce temps ! Sinon, je vous ramène ici et je vous sangle sur ce lit ! Et croyez-moi, Monsieur Dubois, je le saurais, si vous transgressez ces ordres ! » répond la Médicomage, en me regardant d'un air sévère.

Et je ne doute pas un instant qu'elle dise la vérité…

Trois heures… Ce sera donc au QG que je verrais Alicia, où elle passera la soirée pour la première garde de nuit. Il y a beaucoup mieux comme lieu de rendez-vous que la Base d'Espionnage, mais je ferais avec…

Oh ! Merde ! Oh ! Putain ! On est dimanche 15 !

Oh ! Diable de diable !

C'est encore pire que je ne pensais ! J'ai raté l'anniversaire de Mamie Emma, mon arrière-grand-mère ! Elle fête ses cent ans aujourd'hui ! Elle a rassemblé tout le monde pour ça ! Même la famille de Papa qu'elle adore !

Elle est la seule, dans la famille du côté de ma mère, qui sait que Papa, ma sœur aînée et moi sommes des Sorciers… Et comme Papa n'a pas de famille, à part sa mère et sa sœur qui sont des Moldus également, elle les invite toujours aussi…

Toute ma famille est là-bas, à sa fête... Merde ! J'aurais bien aimé les voir tous !

Quand je vais sortir, il sera au moins 20H00 et plus temps d'aller là-bas. Parce que le temps d'arriver, en prenant différentes Cheminées, il va se passer au moins une heure et elle sera au lit. Elle se couche tôt Mamie Emma. A son âge, c'est normal. Et elle aura été fatiguée, par la fête en plus…

Putain !

Elle doit être tellement déçue que je ne sois pas là ! Et moi aussi je suis terriblement déçu ! J'espère que maman lui aura donné mon cadeau ! Un beau collier de perles… C'est qu'elle est coquette Mamie, elle adore les bijoux…

Oui, je suis sûr que Maman lui aura remis mon cadeau et lui aura dit que j'irais la voir dès que possible… J'irais demain, à la première heure et je passerai toute la journée avec elle…

Ouais, je vais faire ça. Elle sera heureuse que je la bichonne toute la journée. Je l'emmènerai au restaurant et on fera un petit tour dans le parc avant de rentrer. Et puis on regardera son émission de télé préférée. Et si elle est assez en forme après, on fera une partie de carte. Ou alors je lui ferais la lecture…

Je l'adore, Mamie Emma ! Elle est douce et tendre. Et elle a toujours le mot pour rire et a gardé un esprit jeune et moderne.

Et puis j'adore quand elle me raconte ses frasques de jeunesse. C'était une sacrée, Mamie Emma ! Elle a fréquenté les milieux artistiques après la première guerre mondiale. Elle a joué dans quelques films muets et au théâtre. Elle a même posé nue pour un peintre…

Tiens… On se regardera quelques-uns de ses films, que Maman s'est arrangée pour récupérer pour les lui offrir à ses quatre-vingt-quinze ans… C'est bidonnant les films muets…

Et Mamie Emma était tellement belle ! Elle l'est toujours d'ailleurs, malgré son grand âge. On dirait une délicate poupée de porcelaine…

Ouais… On va faire ça… On va regarder ses films en mangeant du Pop-Corn et s'amuser tous les deux…

Mon programme pour la journée de demain décidé, je me sens un peu moins triste. Je dirais même que je suis ragaillardi à l'idée de passer une belle journée avec Mamie Emma.

Et finalement, les trois heures passent assez vite. Il y a du mouvement dans le coin et je prends plaisir à voir la Médicomage rassurer ou houspiller ses patients…

Elle a du répondant la dame… Du caractère également. Et elle a l'air de bien s'y connaître dans son job…Ce ne serait peut-être pas mal, de la recruter pour l'Ordre…Mouais… Mais elle est enceinte, la dame… Alors ce n'est peut-être pas le moment…

Oh ! Mais j'y pense ! Me semble qu'Alicia m'a parlé d'une Médicomage enceinte qui fait justement partie de l'Ordre, il y a quelques jours…

« C'est comment, votre nom ? » m'enquiers-je, quand elle revient vers moi pour vérifier que tout va bien avant de me lâcher.

« Prewitt. Margaret Prewitt ! » répond-elle, tout en signant mon ordre de sortie.

Ouais… C'est elle, je reconnais le nom.

« Oh ! Alors vous ne verrez pas d'inconvénient, je pense, à me signer un petit mot d'excuse pour ma copine… Je crois que vous la connaissez. Elle s'appelle Alicia Spinett. » déclare-je, avec un grand sourire.

« Effectivement, Monsieur Dubois…. Et il n'est pas utile que je vous signe ce mot d'excuse. Alicia est parfaitement au courant de votre état de santé et elle sera là dans quelques minutes. Elle vient vous chercher. C'est d'ailleurs elle que j'ai chargée de veiller à ce que mes ordres soient suivis à la lettre. Elle m'a promis de le faire scrupuleusement. » me répond Madame Prewitt, en me faisant un petit clin d'œil…

Ah ! Ces femmes ! Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elles savent se serrer les coudes, quand il s'agit d'empoisonner la vie des braves joueurs de Quidditch, en les empêchant de jouer ! Comme si ce petit accident méritait que je sois immobilisé au sol pendant quinze jours !

Enfin, Alicia arrive. Elle vient vers moi tout sourire…

Ça va, elle ne m'en veut pas Alicia. Je dirais même, qu'elle me comprend parfaitement bien, quand je lui fais part de ce que je pense des ordres de Madame Prewitt.

C'est ce qui est chouette, quand votre nana est une joueuse de Quidditch, elle sait parfaitement de quoi il retourne. Ceci dit, ce n'est pas ce qui l'empêche de me faire les gros yeux, quand je tente de la soudoyer pour qu'elle me laisse faire un tour à Flaquemare après-demain…

Une demi-heure après, Alicia et moi arrivons au QG. Je suis accueilli comme un roi par Lee et sa famille. Lee, qui était là pour commenter le match de mon équipe contre les Faucons de Falmouth, raconte comment j'ai arrêté quelques jolis buts et surtout le dernier de mes arrêts, celui qui m'a coûté mon petit séjour à Ste Mangouste, à ses neveux de sept et neuf ans, qui ont obtenu l'accord de leur mère, pour rester un peu plus tard que d'habitude avec nous…

Les deux gamins me regardent comme si j'étais un héros venu de l'espace…

Et quand je leur signe des autographes, juste avant qu'ils aillent finalement au lit vers les dix heures, ils sont plus heureux que si je leur avais offert la lune…

Je rejoins ensuite Alicia dans la Base d'Espionnage où elle est montée, il y a trois minutes.

La première heure et des brouettes est calme, totalement sans intérêt, que ce soit du côté du Manoir ou du côté d'Ombrage, qui ronfle déjà comme un sonneur…

« Il y a du mouvement à l'entrée. » fait remarquer Bill, sur le coup des 23H21

Et effectivement, je peux voir trois personnes qui remontent l'allée. Un homme et deux femmes, de toute évidence. Ils sont bien emmitouflés et pas reconnaissables sur la vision infrarouge que nous en donne les caméras. Nous suivons donc leur progression, jusqu'à la porte du Manoir…

Ils entrent et demandent à voir le Maître des lieux. Avant d'aller chercher Lucius, L'Elfe de maison emmène les invités nocturnes dans un petit salon et c'est seulement là que les trois autres se découvrent.

« C'est la poison, son loustic et… la deuxième femme, je crois que c'est la mère de Ramaya » nous informe Tonks, d'un ton qui ne laisse pas de doute sur ce qu'elle pense d'eux.

« Ouais, c'est bien la mère de Ramaya. Je reconnais ses bagues. Je l'ai manquée de peu à la fin de la Bataille au Terrier. » confirme Bill, avec une crispation de la mâchoire.

« Et la poison, c'est la mère de Blaise Zabini, c'est ça ? » m'enquiers-je, sous les hochements de tête affirmatifs de Tonks et Bill

« Ouais… Il est servi aussi, comme mère, le pauvre. » commente Bill avec une grimace, au moment où Lucius arrive à son tour dans le salon

« Chère Madame Zabini ! Et Chère Madame Deli ! Monsieur Boo… Que nous vaut l'honneur de votre visite ? » dit Lucius, en effectuant un baise-main aux deux femmes

« Nous venons pour apporter une excellente nouvelle à notre Seigneur. » répond Madame Zabini avec un air hautain

« Il en sera ravi. » affirme Lucius, d'un geste qui invite le groupe à le suivre.

Voldemort accueille avec grandiloquence le trio qui s'est agenouillé devant lui, les priant de se relever et de s'asseoir sur les sofas et fauteuils.

Il demande à ses éphèbes, habillés pour une fois, de servir un verre à tout le monde. Whisky Pur Feu pour les hommes, Sherry pour les dames. Puis il fait signe à ses deux amants de rejoindre le petit salon.

« Quelles sont les nouvelles ? » demande-t-il, quand la première gorgée d'alcool est bue.

Pour toute réponse, la Zabini sort un flacon de son aumônière de velours et le lui remet, avec une lueur de triomphe cruel dans le regard.

« Ce poison rempli toutes les conditions demandées. Sans odeur, sans saveur et effet à retardement sur mot de passe, même à distance. Pas d'Antidote. La formule en a été détruite. Madame Deli et moi-même sommes les seules à la connaître. Ceci est le seul flacon disponible. Il y a de quoi dedans, faire périr quelques personnes. Il n'y a qu'à le verser dans les boissons ou les aliments des personnes visées. Ou même sur un livre ou un parchemin, car il pénètre aisément par la peau. Il reste actif plusieurs jours. Trois jours, précisément. Et, après avoir été ingéré, il reste inoffensif jusqu'au prononcé du mot de passe, qui doit être effectué dans les trois heures qui suivent. Et il agit en trois secondes. Nous pourrons vous en procurer de nouveau dans trois semaines. C'est le temps nécessaire à sa concoction. » explique Madame Zabini avec une évidente fierté.

« Êtes-vous certaine à cent pour cent de son efficacité ? » s'enquiert cependant Voldemort, avec un air de doute.

« Absolument, Monseigneur. Nous ne nous avancerions pas, si ce n'était pas le cas. Le seul moyen de tuer une personne directement, sans mot de passe à la clef, c'est de lui instiller le poison dans les yeux. Nous ne savons pourquoi, mais mélangé au liquide lacrymal, le poison agit immédiatement. L'effet est impressionnant et les souffrances sont atroces, bien évidemment, même si cela ne dure que quelques secondes. Nous avons procédé à des essais minutieux. Sur des animaux… mais également sur des êtres humains. Sorciers et Moldus. » répond Madame Deli, avec un sourire cruel.

« Je n'ai pas entendu parler de ces essais. Aucun empoisonnement n'a été signalé. Quand et sur qui avez-vous donc procédé ? » fait remarquer Lucius, qui est assis dans son fauteuil, l'air parfaitement décontracté.

Putain ! Quel monstre !

De pauvres gens sont morts et cet enfoiré parlerait de la pluie et du beau temps qu'il n'aurait pas un autre ton…

« Vous n'en avez pas entendu parler, très cher, tout simplement parce que nous avons procédé il y a quelques heures seulement. La Gazette en parlera demain ou après demain peut-être. Les corps n'avaient pas été trouvés, quand nous sommes allés vérifier s'ils l'avaient été ou non, juste avant de venir ici. Mais cela ne devrait sans doute pas tarder, car avant de partir, nous avons lancé la marque au-dessus des lieux… S'il y a un Sorcier dans le coin, il ne saura la manquer cette nuit ou demain matin au plus tard… » précise Madame Zabini, qui affiche la même satisfaction cruelle que la mère de Ramaya.

« Pouvons-nous en savoir davantage ? » demande Lucius, en arquant un sourcil

« Oui, dites-nous tout, très chère. Je suis curieux d'en apprendre davantage également. Et ne nous privez pas d'un seul détail. Je veux savoir qui a été choisi comme victime, sur quels critères… Tout, absolument tout… » appuie Voldemort, d'un ton doucereux.

« Edgar a entendu l'un de ses collègues de travail, détailler minutieusement ses projets pour le week-end. Il n'apprécie guère cet homme et quand il a su que nous étions prêtes pour effectuer un essai à grande échelle, il a proposé son nom… L'essai s'est déroulé, sur toute sa famille, dans un petit village du Sussex… à Tinsley Green, précisément. Le n… »

Mon sang se retire de mon visage, mon cœur bat sourdement dans ma gorge et je me précipite vers la sortie sans même attendre d'en savoir davantage…

Tinsley Green ! Elle a dit Tinsley Green !

Non ! Non ! Non !

C'est une coïncidence… Merlin faites que ce soit une coïncidence ! S'il vous plait ! S'il vous plait ! Je vous en supplie ! Faites que ce soit juste une coïncidence !

Je Transplane et j'ai la sensation horrible que toutes mes côtes se sont brisées sous l'exercice…

Mais je m'en fous… Je m'élance dans la longue allée qui s'étend devant moi et je cours comme un dératé sans prêter attention à la douleur, priant toujours Merlin…

Et les larmes dévalent mes joues… Je suis mort de peur…

Je cours dans la nuit sombre et froide, vers une grande bâtisse toutes fenêtres illuminées, isolée dans un magnifique parc…

Je ne regarde pas vers le ciel…

Je ne veux pas voir l'horrible marque dans le ciel !

Je n'veux pas ! Je n'veux pas !

Mais je sais au fond de moi que ma peur est fondée…

Il ne devrait pas y avoir toutes ces lumières, toutes ces voitures sur le parking…

Je veux pourtant garder l'espoir au fond du cœur… Et je m'admoneste… Tu te fais des angoisses pour rien Olivier ! Tu vas voir ! Tu vas ouvrir la porte et ils seront là, tous bien en vie, riant, chantant et dansant pour l'anniversaire de Mamie Emma…

Ils seront heureux de te voir et tu riras avec eux…

Oui ! C'est ainsi que cela va se passer !

Mais c'est trop calme… Trop calme… Pas un bruit, pas de musique, ni de rire…

Trop calme…

Et les larmes coulent, brûlantes sur mes joues glacées…

Et mon cœur bat comme un fou dans ma poitrine douloureuse et serrée…

Si serrée, Merlin, si serrée !

J'ouvre la porte à la volée…

Je traverse le hall la peur au ventre et je m'engouffre dans la grande salle, décorée de fleurs et de ballons…

Et je hurle en voyant les cadavres qui jonchent le sol…

Non ! NON !

Je hurle et je m'effondre à genoux, pour prendre tour à tour le corps sans vie de ma mère, de mon père, de ma sœur dans mes bras…

Je hurle et je rampe à demi vers Mamie Emma pour la bercer sur mon cœur fou de douleur…

Elle est glacée…

Glacée et morte depuis plusieurs heures…

Ils étaient là pour faire la fête et ils sont tous morts !

Tous morts !

De la plus âgée au plus jeune, ils sont tous morts !

Je ne sais pas combien de temps je reste là, seul et tremblant au milieu des cadavres, pleurant toute ma douleur et mon chagrin…

J'ai l'impression parfois d'en voir un ou une respirer encore. Mais j'ai beau aller de l'un à l'autre avec espoir, tâter les pouls, poser ma tête sur les poitrines pour essayer d'entendre un cœur battre, ils sont tous inertes, froids et yeux fixes…

Ils sont tous morts…

Tous morts…

Toute ma famille !

Toute ma famille est décimée !…

Et je sanglote sur les petits corps sans vie des enfants…

Les petits corps aux grands yeux à jamais ouverts sur la nuit…

La petite Lou ne sautera plus dans mes bras pour que lui fasse faire l'avion… Jimmy ne me demandera plus jamais de jouer au foot avec lui… Lyne ne remportera jamais le concours du plus beau dessin de son école…

Je n'entendrais plus le rire sonore de l'oncle Julien, ni celui aigrelet de la grand-tante Meg… Tante Jilian ne me reprochera plus de ne pas venir la voir assez souvent… Grand-père Henry ne jouera plus jamais de son violon…

Je fais tout le tour de la salle, à genoux. Nettoyant la joue de mon cousin John qui s'est effondré la joue dans son assiette. Baissant la jupe retroussée haut sur la cuisse de ma cousine Eléonore…

Je touche des mains, je caresse des cheveux, j'embrasse des fronts…

Je les aimais tous et ils sont tous morts…

Tous morts…

Et je me sens coupable, de les avoir parfois négligés…

Je reviens vers Mamie Emma, je la prends dans mes bras… Elle est si frêle et si légère, ma petite poupée de porcelaine ! J'appuie ma tête contre la sienne et je sanglote…

Et je lui demande pardon de ne pas avoir été là pour fêter son anniversaire…

Je lui dis ce que j'avais prévu de faire pour qu'elle me pardonne… Pardon, Mamie Emma, Pardon !

Et je pleure…

Je la serre contre moi, assis auprès des cadavres de mes parents et de ma sœur…

Seul vivant parmi tous ces morts…

J'ai si mal ! Si mal !

Je voudrais m'allonger là et mourir avec eux…

Alicia m'enlace, appuyant sa poitrine contre mon dos…

« Viens Olivier. Ne reste pas là. » murmure-t-elle à mon oreille.

Et je sens sur mes joues ses larmes qui se mêlent aux miennes…

Je ne veux pas partir…

Je ne veux pas les abandonner tous…

« J'aurais dû mourir avec eux ! Je voudrais être mort avec eux ! » m'écrie-je

Alicia me serre contre elle, au milieu des allées et venues d'Aurors et de quelques Membres de l'Ordre qui cherchent des pouls, des battements de cœur…

Ce n'est pas la peine, je l'ai fait déjà…

Ils sont tous morts, tous morts…

Jamais plus ils ne vont respirer…

« Même la cuisinière et les serveurs sont morts… Le poison était dans le gâteau. Tout le monde en a mangé » entends-je dire Kingsley dans un brouillard…

« Il faut prévenir les autorités Moldues. » dit quelqu'un d'autre, un Auror dont je ne connais pas le nom.

Et quand j'entends ça, des images de polards vus à la télé, se bousculent dans mon cerveau fou de douleur et horrifié…

Une table métallique, le corps de ma mère étendu, poitrine et ventre béant, une scie qui ouvre le crâne de mon père, un légiste qui pèse le cœur de ma sœur, qui plonge ses mains ensanglantées pour soulever le foie de Mamie Emma …

« Non ! Non ! Je n'veux pas qu'on les découpe en morceau ! C'est ce qui arrivera ! Ils vont faire une autopsie ! Je ne veux pas qu'on les découpe ! Je n'veux pas ! Je n'veux pas ! » m'écrie-je, en serrant Mamie Emma contre moi à l'écraser, pour protéger son corps de ces horreurs…

« Je n'veux pas ! Je n'veux pas ! » hurle-je encore et encore

« Non ! Non ! Olivier ! Non ! Ça n'arrivera pas ! Je vais tout expliquer à qui de droit et cela n'arrivera pas ! Je te le promets ! Ça n'arrivera pas ! Olivier ! Ça n'arrivera pas ! » m'assure Kingsley, en me pressant les épaules à me faire mal pour que je l'écoute.

Je le crois… Oui, je le crois ! Je le crois !… King ne me mentirait pas, je le crois ! me répète-je comme un mantra, en serrant toujours Mamie Emma contre moi…

Le froid de son corps s'insinue dans le mien…

Je suis glacé…

Et je frissonne et je pleure, je pleure, je pleure…

« Tu devrais partir, petit. Laisse nous nous occuper de tout cela. Alicia va te raccompagner. » dit doucement Maugrey, en mettant sa main chaude sur mon épaule.

Mais cela m'est impossible et je reste assis près des corps de mes parents, Mamie Emma dans mes bras, caressant son visage si aimé.

« Je reste là… Je n'veux pas les quitter… » murmure-je

Et Maugrey me parle doucement. Il promet que je pourrais tous les revoir plus tard. Que je pourrais leur dire adieu. Il me dit que les Aurors et la police Moldu vont prendre soin d'eux. Qu'il va veiller à ce que soit fait dans le plus grand respect.

Et je finis par me laisser doucement convaincre…

« J'veux… J'veux qu'on fasse les choses bien pour eux.. Avec un pasteur et tout. Et qu'ils restent tous ensembles. Je n'veux pas qu'on les sépare… Ils doivent rester en famille… » dis-je, les larmes ruisselant sur mon visage, tandis que Kingsley dégage doucement Mamie Emma de mes bras et que Maugrey et Alicia m'aident à me relever..

« C'est promis, petit. On t'aidera à organiser les obsèques. Mais reste pas là. » insiste Maugrey, en essayant de m'entraîner dehors..

« Attendez… » dis-je, en me dégageant de sa poigne

Et je m'agenouille de nouveau auprès de Mamie Emma. Je l'embrasse avec tout l'amour, toute la tendresse que j'ai pour elle dans mon cœur, puis je défais le collier de perles qu'elle a autour du cou, avant de le mettre au mien…

Je me fous de ce que l'on pourra dire… Mais ce collier ne me quittera pas le cou, tant que je n'aurais pas attrapé les monstres qui ont fait ça…

J'embrasse aussi Maman, dégageant une mèche de cheveux de son visage pour la replacer derrière son oreille, comme elle le faisait si souvent. J'embrasse mon Père, prenant sa montre à gousset que je glisse dans ma poche.

Je leur dis que je les aime et que je les aimerai toujours…

Enfin j'embrasse ma sœur, essuyant tendrement les larmes que je laisse sur sa joue…

Et soudainement mon cœur se met à battre comme un fou sur un fol espoir et sur une folle peur…

Où est son bébé ? Où est Jordan ? Où est le bébé de ma sœur ? L'a-t-elle laissé chez ses beaux-parents ou est-il là, parmi tous ces cadavres ?

« Où est Jordan ? Où est Jordan ! Le bébé de ma sœur ! Où est-il ! » m'écrie-je, affolé et animé en même temps de ce fol espoir et de cette folle peur…

Je le cherche des yeux parmi les corps morts… Je regarde partout. Je me précipite pour regarder sous les tables, il peut avoir roulé dessous en tombant des bras de l'une de mes tantes ou cousines…

Tout le monde cherche…

« Je l'ai trouvé Olivier ! » m'appelle soudain Bill, alors que je m'apprêtais à entrer dans la réserve des cuisines.

Et je cours vers lui…

« Je l'ai trouvé dans son berceau, au fond du vestiaire, loin du bruit… Il devait dormir quand les assassins sont revenus pour voir si les corps étaient découverts… Ils ne l'ont pas trouvé. Il est vivant, Olivier ! Il est vivant…» me dit Bill, en me mettant dans les bras, le bébé de ma sœur…

Je prends le petit contre moi et je le serre doucement, les larmes de soulagement roulant sur mes joues.

Il se réveille. Il gigote et il pleure…

Et je me promets de le protéger au péril de ma vie…

Il est toute la famille qu'il me reste…

Toute la famille qu'il me reste…

OoOoOoO

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