Trel'kan était resté tranquille assez longtemps. Sa reine lui avait ordonné de rentrer avec l'Utopia, Strauss et les autres participants à l'expérience d'équipes mixtes. Il avait laissé l'humaine dormir quelques heures puis il avait réuni tout son courage pour partir l'affronter. Il fallait qu'ils mettent à plat les événements de la mission et trouvent un consensus.

Amanda accepta de le voir en tête à tête dans une salle technique auxiliaire déserte.

Elle le fixait, les bras croisés, sa posture autant que son odeur lui hurlant son stress. Il ne se sentait guère mieux, mais fit un effort pour garder une attitude décontractée et un air impassible.

« Qu'est-ce que tu me veux ? » demanda-t-elle, sur la défensive.

« Une réconciliation. »

« Je croyais que c'était déjà fait. Non ? »

« Non, ou du moins, je ne l'ai pas compris ainsi. »

« Qu'est-ce que tu as compris ? »

Il feula doucement.

« Pas grand-chose. » avoua-t-il.

Amanda sembla se dégonfler.

« Moi non plus. »

Il se retint de sourire alors qu'un espoir le traversait. Peut-être que tout ça n'était qu'un immense quiproquo interracial ?

« Est ce qu'on pourrait... ignorer cette mission ? »

Elle le fixa, perplexe.

« Pas d'un point de vue informations tactiques ni apports technologiques, cela va de soi. Seulement d'un point de vue personnel. »

« Je ne suis pas certaine d'y arriver. »

Il ravala un grondement agacé.

« Pourquoi ? » parvint-il à demander à la place.

Amanda sembla se ramasser un peu.

« Je ne suis pas sûre d'avoir toujours confiance en toi. » marmonna-t-elle, fixant ses chaussures.

Il sourit malgré lui.

« Et pourtant, tu es seule avec moi dans une petite pièce bruyante à l'écart de tout, où personne ne t'entendrait crier. »

Elle jeta un regard inquiet alentour, puis instinctivement sa main descendit vers sa cuisse, où se trouvait d'habitude son arme de service. Ne rencontrant que le tissu de son uniforme de rechange qu'elle avait passé dès son arrivée à bord, elle baissa la main. Il sourit à nouveau, un peu plus tristement.

« Pourquoi ? Pourquoi ressens-tu le besoin d'être armée ? Je ne t'ai jamais fait de mal. Je t'ai au contraire protégée, même si je conçois que sur le moment, tu ne l'aies pas perçu ainsi. Je... J'ai obéi à ma programmation. A mon instinct. C'est tout. »

« Justement, c'est ton instinct qui m'effraie. »

« Pourquoi ? Je suis un gardien, un protecteur. Pas un chasseur, pas un conquérant. Je suis un guerrier, mais je ne suis pas assoiffé de sang et de combat. Mon rôle est de veiller et de protéger, patiemment et attentivement. Mais sans doute est-il impossible à un être comme toi, né sans prédestination aucune, de comprendre. »

Elle ne répondit pas.

Le silence s'abattit sur eux, leur respiration couverte par la vibration sourde des machines.

« Trel'kan ? »

« Oui, Amanda ? »

« Tu pensais vraiment ce que tu as dit ? »

«Je ne sais pas à laquelle de mes paroles tu fais référence, mais je suppose. Je dis rarement autre chose que ce que je pense. »

« A propos des coéquipiers. »

Ah, ça ! L'origine de toute leur discorde.
Il hésita un instant, entre la vérité et le mensonge.

« Oui, je le pensais. »

Se mordillant la lèvre, elle souffla un « merde » pour elle-même.

Il attendit patiemment. Finalement, elle releva la tête.

« OK. Chier, mais OK. J'suis une militaire. J'ai bossé avec des gars plus glauques que toi. J'peux le faire. Donc, en service et pendant les exercices, on est coéquipiers, sauf indication contraire, OK ? »
Il inclina la tête, retenant avec peine son sourire.

« Cela me convient. Et en dehors de ces moments ? »

Elle haussa les épaules.

« On est pas ensemble à ce que je sache, donc chacun fait ce qu'il veut. »

« Entendu. Et notre arrangement précédent ? »
Elle se mordilla à nouveau la lèvre.

« J'sais pas. Peut-être que ça reviendra. Pas tout de suite en tout cas. »

Il acquiesça. C'était déjà plus qu'il n'avait osé espérer.

Se redressant, il mit un peu d'ordre dans son manteau d'uniforme enfin retrouvé. Il résista à l'envie d'effleurer la peau de son visage, enfin débarrassée du maquillage qui avait dissimulé sa véritable identité.

« On se retrouve donc bientôt sur le terrain d'entraînement. » conclut-il, satisfait malgré tout.

« Oui. A plus tard. »

« A plus tard. »

.

Après un petit détour de deux heures pour déposer les adorateurs ne désirant pas les rejoindre, ils étaient finalement arrivés à destination et, comme un chien qui revient à son panier, l'Utopia était venue se poser à sa place habituelle tout à côté des petites maisons blanches du village wraith.

Aussitôt, une petite foule inquiète et curieuse était venue à leur rencontre. La planète s'était préparée à une attaque, mais rien ne s'était produit, et tout le monde était anxieux de savoir ce qui s'était passé.

Accueillir de nouveaux membres était devenu une routine de la communauté, et bien vite chacun fut aiguillé sur la partie du village qui lui conviendrait le mieux, tantôt aux côtés des wraiths, tantôt un peu plus loin.

Selk'ym et Naiu'reyn réunirent leurs troupes respectives, et les renvoyèrent à leurs baraquements, à l'exception notable de Strauss qui resta auprès de Sheppard, attendant anxieusement des nouvelles d'Atlantis pour y rentrer faire leur rapport.

Trois bonnes heures après l'arrivée de l'Utopia, les premiers vaisseaux de la flotte rentraient, porteurs de bonnes nouvelles, malgré quelques lourdes pertes, et d'une Delleb rayonnante de sa victoire. Bientôt la Porte s'ouvrait, un appel radio de Weir demandant le rapatriement de ses hommes dans les plus brefs délais.

.

Le lieutenant Strauss lui avait proposé des vêtements de rechange et, si John avait gardé le pantalon de sa tenue d'adorateur, il avait volontiers échangé la tunique décolletée contre une autre moins échancrée. La militaire avait quant à elle enfilé un ensemble de toile et de cuir noir qui, bien que ressemblant terriblement aux uniformes d'Atlantis, n'en était pas un. Cela ne semblait néanmoins pas la gêner le moins du monde alors qu'ils posaient le pied dans la salle de la Porte de la cité, fourmillante d'activité et d'uniformes tout à fait réglementaires.

Avec un froncement de sourcil, John découvrit une demi-douzaine de wraiths occupés au transbordements d'énormes caisses visiblement en partance et, avec eux, une capitaine Giacometti aux lourds cernes.

« Qu'est-ce que c'est que tout ça ? » demanda-t-il, curieux, à un McKay tout rouge qui tentait de toute évidence de s'approprier une des caisses.

« Ce sont des générateurs wraiths. Moins transportables mais tellement plus puissants que nos générateurs à naquadah. Si on en avait ne serait-ce qu... »

Le scientifique s'arrêta à mi-phrase, le fixant avec des yeux ronds.

« Colonel Sheppard ? »
« C'est moi. » pouffa-t-il.
« John ! Vous êtes rentré ! (Le Canadien lâcha la caisse et lui tourna autour.) Et vous êtes entier ! Lee ne va plus me lâcher ! Merde ! Vous pouviez pas vous blesser ? Au moins un petit peu ? »

Il rit tout bas.

« Navré, Rodney, de ne pas être revenu suffisamment en miettes pour votre goût. »

« Non ! Ce n'est pas ça, c'est juste que maintenant, je dois dix billets à Lee, et vous le connaissez... »

Secouant la tête d'un air navré, John se remit en route, Strauss sur ses talons.
« Bonjour, Dr Weir. »

« Colonel Sheppard. Lieutenant Strauss. Vous nous avez fait peur. » les salua la diplomate avec un large sourire.

Il fit un petit geste négligent de la main.

« Bah, il ne faut pas vous en faire. Il faut plus que la moitié des reines de la galaxie en tenues de gala pour nous faire peur. »

Elisabeth ne sembla pas goûter sa note d'humour et pinça les lèvres.

« En parlant de ça, si nous allions dans mon bureau pour votre rapport ? »

Acquiesçant, il lui emboîta le pas, suivi de sa subordonnée.

.

Éteignant le petit dictaphone qu'elle avait posé sur la table, Weir s'autorisa un soupir fatigué.

« Bon. Dommage que nous n'ayons pas pu mettre la main sur le moindre E2PZ. J'espère qu'au moins, ils sont entre les mains de nos alliés et pas celles de nos ennemis. »

John approuva.

« Vous pouvez disposer, Lieutenant Strauss. Je vous laisse voir avec le capitaine Giacometti pour votre retour sur Oumana. Vous m'enverrez votre rapport écrit par ondes demain. Merci encore pour tout.» salua la diplomate, faisant bondir sur ses pieds l'intéressée qui salua formellement, puis s'esquiva.

Elisabeth attendit que la porte du bureau se soit refermée pour se retourner vers le militaire toujours assis.

« La cité est sauve et des vaisseaux ouman'shii vont rester en orbite quelque temps afin de s'assurer que si d'aventure l'idée de revenir nous attaquer venait à quelqu'un, ils s'en mordent les doigts. »

« C'est une bonne nouvelle. » acquiesça John avec une petite moue approbatrice.

« Oui, mais cela pose d'autres problèmes. »

« C'est-à-dire, Madame ? »

« La sécurité de la cité. »

« Je ne comprends pas. »
« En tant que chef de la sécurité et en tant que supérieur, que pensez-vous de la fiabilité du capitaine Giacometti et du lieutenant Strauss ? »

Ah. Voilà les questions qui fâchent. C'était le moment de jouer avec les mots.
« Je n'ai jamais observé de comportement me permettant de douter de leur fiabilité, Dr Weir. » répondit-il, très solennel.

Elle soupira.

« John, personne ne nous écoute. » dit-elle en tapotant le dictaphone éteint. « Pensez-vous qu'elles puissent représenter une menace pour la sécurité de la cité ? »

Ça, c'était une question moins délicate.

« Non. Le capitaine Giacometti et le lieutenant Strauss font partie des rares personnes à qui je confierais les clés de la cité sans crainte. Elles ont plus que largement prouvé qu'elles portent nos valeurs bien au-delà des limites de leur service ou de leurs affectations. »

« Mais vous avez des doutes sur leur fiabilité. » insista Weir.

Il déglutit et se passa une main dans les cheveux.

« Elles ne feront jamais rien pour nuire à Atlantis, au SGC ou à la Terre, du moins pas volontairement, mais elles feront également tout leur possible pour protéger les Ouman'shii. »

« Comme ? »

Il haussa les épaules. Il n'avait pas envie de le dire.

« Comme cacher des informations ? Retenir des donnés qui pourraient nous êtres utiles, comme par exemple le nombre exact et la quantité d'E2PZ en possession de nos alliés ? » suggéra-t-elle.

« C'est possible, oui. »

« Pensez-vous que le lieutenant Strauss sache ce qui est advenu des trois E2PZ dont vous avez entendu parler ?»

« J'en doute, Elisabeth. »

Elle acquiesça, pensive.

« Donc, selon votre avis de chef de la sécurité, ces deux femmes ne sont pas une menace pour la cité ? »

« Non, je ne pense pas. »

« J'espère que vous avez raison, John, car le Dr Zelenka et le Dr McKay ont découvert plusieurs programmes pour le moins étranges dans la mémoire d'Atlantis, et tous les indices pointent vers les Ouman'shii. »

« Quel genre de programme ? »

« Des bypass, qui ont permis aux scientifiques venus nous aider d'accéder à des sections de codes qu'ils n'auraient jamais dû approcher, entre autres (1). »

« Quel genre de code ? »

« Hyperpropulsion, bouclier, occulteur, parmi d'autres. »

Il ne put s'empêcher de rire, ce qui fit froncer les sourcils de la diplomate.

« Désolé, c'est la fatigue, mais je suppose que c'est ainsi que les wraiths se paient quand ils nous aident. En mettant des cochonneries dans nos ordinateurs. Après tout, Todd fait pareil à chaque fois, non ? »

« Oui, et à chaque fois, le Dr McKay passe des jours à traquer les vers dans la machine. »

« Bah, ça l'occupe. »
« Peut-être, mais je pense que son temps peut être mieux employé et de plus, on ne peut pas laisser des étrangers, fussent-ils nos alliés, avoir ainsi des accès cachés à notre système. Dois-je vous rappeler tous les incidents impliquant des wraiths sur cette cité, Colonel ?»

« Non, ça ira, merci, Docteur. »

« Donc je vous repose la question. Le capitaine Giacometti et le lieutenant Strauss sont-elles fiables ? »
Il croisa les bras, agacé par son insistance.

« Oui, j'en suis certain. »

Elle le fixa quelques secondes, défiante.

« Bien. Merci, Colonel. Allez donc vous reposer. »

Il acquiesça, se redressant avec un soupir.

.

Même après toutes ces années, il y avait toujours quelque chose d'irréel dans la manière que la cité avait de sauter des plus terribles catastrophes à la routine la plus plate.

« AR-4 est partie. »

« Merci, Chuck » répondit Elisabeth mécaniquement, s'appuyant à la balustrade pour observer les techniciens qui entretenaient la Porte dans les rayons du soleil matinal.

Dire que même pas une semaine plus tôt, ils se terraient dans les profondeurs de l'océan, pendant qu'une bataille spatiale dantesque se déroulait au-dessus de leurs têtes...

« Quand est-ce que le Dédale doit arriver ? » demanda-t-elle, se retournant à moitié.

« Demain, Madame. » répondit Chuck sans même lever le nez de sa console.

Elle se retourna vers la Porte.

Demain. Le dernier croiseur de Delleb qui patrouillait toujours en orbite partirait alors.

Les radars avaient été rouges de marqueurs une bonne partie de la semaine alors que la flotte de Delleb pillait méticuleusement les épaves des vaisseaux ennemis abattus. Elle avait négocié pendant presque deux heures avec la reine et avait finalement obtenu l'envoi de AR-1 sur la ruche endommagée pour participer à la récupération d'éventuelles technologies hybrides. Les scientifiques ouman'shii les avaient-ils précédé ou, comme ils s'entêtaient à le dire, toute technologie intéressante avait-elle été détruite par les tirs conjugués de la flotte ? Elle l'ignorait, mais toujours était-il que McKay n'avait pas pu ramener plus qu'une poignée d'éclats de cristaux de leur expédition.

Elle n'aimait guère cette situation. Les Ouman'shii étaient des alliés puissants et de plus en plus dangereux, et ils n'avaient toujours qu'une très vague idée de comment ils parvenaient à hybrider et à tirer le meilleur des deux technologies les plus avancées de la galaxie. Si un jour ils n'étaient plus du même bord, cela pourrait s'avérer très dangereux.

« Elisabeth ? »

Accrochant un sourire poli à ses lèvres, elle se retourna.

« Oui, Teyla ? »

« Nous avons reçu une invitation. Enfin, deux. »

Fronçant les sourcils, elle s'approcha de l'Athosienne.

« Quand ? »

« Il y a quelques minutes à peines. »

« Je n'ai pas vu la Porte s'ouvrir. » nota-t-elle, prenant la tablette que Teyla lui tendait.

Et pour cause : l'invitation venait du croiseur toujours en orbite qui, de toute évidence, la relayait de plus loin.

« Nous sommes invités à venir célébrer la victoire contre Yghan'shi et sa flotte avec les Ouman'shii dans douze jours. Quelle délicate attention.» nota-t-elle lisant la première missive, pas totalement dupe - ce serait sans conteste un sommet diplomatique informel.

« N'est-ce pas ? » souffla Teyla, pas plus naïve, tout en affichant le second message.

« Un tournoi ? Et nous sommes invités à fournir une quinzaine de duos humains de la composition de notre choix ? Intéressant. »

L'Athosienne hocha la tête et fit défiler le reste du message.

« Oh. »

Teyla sourit.

« J'ai particulièrement apprécié la partie qualifiant nos manière de résoudre les problèmes d'incohérentes, stupidement dangereuses et hautement efficaces. » pouffa-t-elle.

Elisabeth haussa les épaules.

« On ne peut malheureusement pas lui donner tort. »

« En effet. Qu'allez-vous répondre ? »

« Que nous acceptons les deux invitations, bien entendu. »

Teyla hocha la tête avec un sourire approbateur.

« Voulez-vous que je m'en occupe ? »

« Non, Teyla. C'est trop de travail pour une seule personne et nous allons être fair-play. Avec le major Lorne, je vais me charger de composer les équipes. Vous allez partir dès que possible avec AR-1 pour aider à l'organisation du tournoi et resterez là-bas pour assister à cette fête. »

« Même Ronon ? » demanda l'Athosienne, un sourcil levé.

« Je pense qu'il sera ravi d'imaginer des épreuves et des pièges visant à prouver sa supériorité sur les wraiths. »

Teyla hocha la tête.

« Et pour la fête ? »

« Je suis sûre qu'entre vous et Sheppard, je n'ai pas à m'inquiéter, et depuis quand Ronon ne sait-il plus apprécier une bonne bière ? »

L'Athosienne eut un sourire - bien qu'un peu crispé -, récupéra sa tablette et s'éloigna.


(1) Ce sont les bypass installés par Léonard lors de la mission de sauvetage de Filmyn, qui a conduit Rosanna à se balancer au-dessus d'Atlantis dans une carcasse de Jumper attachée à un câble.