Claire arriva enfin dans le quartier des Gilbert, en une seconde elle fut devant leur porte. Ses sens en alerte lui prodiguaient tous les éléments dont elle avait besoin. La porte était défoncée, quelqu'un de non-désirée (enfin Kol) était entré par la force. L'atmosphère chargée en fumée lui brûlait le nez et la gorge, des cris de peur et de colère retentissaient dans ses oreilles, un goût acre planait sur sa langue et tous ses poils étaient dressés devant la tension qui s'échappait de la maison d'Elena. Sans hésiter, elle y pénétra et se précipita dans la cuisine, là où se concentrait la masse vivante. Ce qu'elle y vit la cloua sur place.
Kol était là. Devant elle. Et il brûlait. Et hurlait. Fort, beaucoup trop fort. Sa chemise commençait déjà à se consumer. Au milieu de sa poitrine, enfoncé à demi, trônait un des pieux Originels. Il avait les mains devant les yeux pour les protéger de la chaleur qui augmentait autour de lui. Il ne remarqua pas son arrivée. Il ne devait rien remarquer du tout. Sa souffrance le consumait entièrement.
- Claire ! entendit-elle Elena s'écrier.
Elle ne prit même pas la peine de tourner la tête et se précipita sur Kol, concentrée sur un seul but : l'arracher des flammes. Un bras l'arrêta net, lui coupant le souffle. Jérémy ! Sans perdre une seconde elle se jeta au sol. Surpris par cette manœuvre, le jeune garçon fut déséquilibré et la relâcha. Elle en profita pour lui administrer un formidable coup de pied dans la poitrine qui l'envoya valdinguer contre l'armoire de céramique de la cuisine. Des tasses et des assiettes s'écrasèrent en mille morceaux dans toute la pièce. Claire repartit pour se retrouver cette fois devant Elena qui l'empêchait d'atteindre Kol. Qui d'ailleurs faiblissait de plus en plus, on entendait même plus sa voix.
- Elena dégage de mon chemin. Je veux pas te faire du mal.
- Claire, tu ne peux pas le sauver. Il doit mourir.
- NON, hurla-t-elle en faisant un pas.
- Il veut détruire la cure, hurla à son tour Elena.
- La seule raison pour laquelle tu veux cette saloperie de cure, c'est pour redevenir humaine ! Tu ne trouves pas ça complétement égoïste et injuste pour les millions d'autres vampires qui auraient peut-être aussi souhaité redevenir humain !
Elle fit un nouveau pas. Elena ne bougea pas. Claire fit un nouveau pas, puis ne voyant aucune réaction, continua et retira le pieu de la poitrine de Kol. Puis elle enleva sa veste et commença à étouffer les flammes qui le consumaient maintenant presque entièrement. Il ne remuait plus, un faible gémissement sur ses lèvres tendait à disparaître. Claire retint ses larmes et s'efforça d'arrêter le feu, quitte à se brûler par instant elle-même. Concentrée sur sa tâche, elle entendit à peine Elena dire à Jérémy d'une voix étouffée:
- Laisse-les !
- Quoi ? Mais pourquoi ?
Puis plus rien. Claire finit par tourner la tête redoutant un piège, mais ils étaient seuls dans la pièce, elle et Kol qui ne donnait d'ailleurs plus aucun signe de vie. Elle oublia du coup rapidement Elena et Jérémy.
- Non, Kol, dit-t-elle la voix tremblante. Reviens, s'il te plaît ! Ne me laisse pas.
Brûlé au troisième degré, il était méconnaissable. Elle s'ouvrit le poignet et le posa sur les lèvres du vampire agonisant.
- Bois ça Kol. Vas-y ! S'il te plaît ! Pour moi. Bois mon sang !
Elle commença à pleurer en continuant à l'encourager, à lui parler, à le supplier. Elle continuait à appuyer son poignet ruisselant sur la bouche toujours autant inerte de Kol.
- Claire, fit soudainement une voix derrière elle.
Elle sursauta et se retourna sans retirer son poignet. Stefan se tenait dans le cadre de la porte. Sa mine était sombre. Claire ne dit rien, se contentant de le fixer. Il finit par s'approcher en soupirant.
- Claire, murmura-t-il. C'est trop tard.
Claire secoua la tête. Et continua. Non il n'était pas trop tard. Qu'est-ce qu'en savait cet idiot ?
- Viens ici Claire, s'il te plait. Tu ne peux plus rien faire... . Je... je suis désolé.
- C'est pas vrai, chuchota-t-elle en continuant de secouer la tête. C'est pas vrai ! Tu n'es pas désolé.
- Claire, je ne pourrais jamais te regarder pleurer comme ça, sans me sentir profondément bouleverser. Si ta relation avec Kol me dérange, ça ne m'empêche pas de t'aimer et te voir dans cet état me brise le cœur.
Elle commença alors à sangloter et son bras retomba doucement.
- Je connais ta souffrance, Claire. Viens avec moi, partons d'ici ! Je serais toujours avec toi. On sera tous avec toi.
Le néant s'installa petit à petit dans la tête de Claire qui respirait maintenant avec difficulté. Elle vit Stefan lui tendre une main. Elle serra les poings à s'enfoncer les ongles dans sa chaire. La douleur ne la fit même pas broncher. Elle était bien au-dessus. Complétement perdue, elle leva tout doucement la main pour prendre celle de Stefan.
- claire...
Elle se retourna d'un coup sec. Il avait parlé ! Il avait dit quelque chose ! Il avait dit son nom, non ? Est-ce que c'était possible ? Il était toujours aussi immobile, du sang, son sang, coulait de ses lèvres tâchant peu à peu son col. Il semblait toujours aussi mort. Elle n'osait plus bouger, son cœur battait si fort qu'elle avait peur qu'il sorte de sa poitrine. A ses côtés, Stefan s'était aussi figé. Les minutes passèrent sans rien. Claire sentit ses battements ralentir et Stefan se détendit petit à petit. Il allait ouvrir la bouche quand Kol ouvrit les yeux.
Claire hurla.
Avant de se précipiter sur lui. Elle enfouit sa tête dans son épaule et se mit à pleurer bruyamment.
« Claire, Claire, entendit-elle. Tu me fais mal »
- Oh non, pardon, fit-elle en le relâchant brusquement.
Il retomba avec un râle à peine audible.
« Il me faut du sang. Le plus vite possible. »
- Du sang ! Oui, bien sûr ! Du sang. Tout de suite ! Je... je... . Du sang !
Elle se mit à ouvrir les tiroirs de la cuisine et d'y sortir tout ce qu'elle trouvait.
« Claire, entendit-elle Kol lui dire d'une voix blasée. Calme-toi d'accord ? Je ne vais pas mourir dans la seconde. Va me chercher du sang frais. Je t'attends ici. »
- D'accord, dit-elle en reprenant peu à peu ses esprits. Je me dépêche.
« Oh et Claire, dit-il alors qu'elle était sur le point de quitter la pièce. Merci. Vraiment. »
Il avait ouvert les yeux et la fixait d'un regard brûlant. Stefan avait disparu.
