GREY'S ANAZOMBY

Cela faisait un peu plus d'une semaine que nous vivions à Madison, et les jours passaient dans un calme routinier relativement appréciable après toutes nos mésaventures.

Nous n'étions pas encore retournés à la Nouvelle-Orléans. Une petite épidémie de grippe avait touché la majorité des habitants de la maison.

Y ayant échappé, j'en avais profité pour visiter la petite bourgade avec Siri et faire du ravitaillement. Je ne supportais plus d'être enfermé au milieu de tous ces nez qui coulent et visiblement, la belette non plus.

Carol n'avait pas menti en disant que la ville avait été épargnée. Il fallait dire qu'avec moins de huit-cents habitants avant l'apocalypse, l'endroit ne possédait pas grand chose qui puisse attirer les pillards ou les morts, à part peut-être quelques petits restaurants au bord de la marina.

Les maisons étaient toutes éloignées les unes des autres, même le centre ville n'était pas très vivant avec son église, sa bibliothèque, son épicerie et sa quincaillerie perdus au milieu d'une place déserte.

Ça n'avait pas arrêté la belette qui, jour après jour, ramenait toujours plus de ses trouvailles dans notre refuge. Une bonne partie de la bibliothèque municipale avait migré dans le salon ainsi que dans notre ''chambre''.

Baissant la tête, je souris en la voyant serrée contre moi. Elle avait gardé un bras possessif en travers de mon ventre toute la nuit mais le reste de son corps était étendu contre le matelas, son visage collé à un énorme manuel d'anatomie sur lequel elle s'était endormie et qui lui avait servi d'oreiller.

Je ne savais pas comment elle arrivait à trouver de l'intérêt dans ces livres auxquels je ne comprenais rien mais, elle affirmait que le fonctionnement du corps humain était trop cool et fascinant... Il n'empêche qu'aussi fascinant soit le corps humain, elle bavait actuellement sur un chapitre qui abordait ''les réflexes archaïques''... j'avais aucune idée de ce que c'était mais, mon corps à moi aussi avait certains ''réflexes archaïques'' que je mourrais d'envie de satisfaire.

Je laissai glisser ma main le long de sa colonne, savourant le contact avec la peau douce et chaude de son dos alors que j'emportais la couverture jusqu'au bas de ses fesses... Voilà une vision dont je ne me lasserai jamais.

Je vis un frisson la parcourir alors que l'air frais caressait son épiderme annonçant son réveil imminent. Ses yeux papillonnèrent laissant ses cils caresser délicatement ses joues et un sourire fleurit sur ses lèvres alors qu'elle devinait mon regard qui vagabondait sur son corps.

La scène aurait pu être parfaite si elle n'avait pas soudain relevé la tête dans un bruit de papier déchiré et qu'une page de son manuel n'était pas restée scotchée contre la moitié de son visage endormi.

Imperturbable, la belette décolla l'importune qui lui laissa en souvenir tout un paragraphe du livre imprimé sur la joue.

-Wesh gros, bien dormi ?

...ouais, la scène aurait pu être parfaite...


-Mais pourquoiiiiiii ! Moi aussi je veux venir ! J'ai pas envie de rester avec cette bande malades germateux et plein de morve !

-On va juste faire une petite exploration en groupe réduit Siri. Il faut que quelqu'un reste ici pour s'occuper des malades et en plus... tu n'es pas toujours très discrète sur le terrain. Asséna un peu sèchement le shérif.

-Mais pourquoi vous prenez Caleb ? Sa bronchite vient tout juste de guérir et il est bien plus naze que moi sur le terrain... En plus c'est faux ! Moi je suis carrément au top lors des sorties, si j'avais pas été là la dernière fois, Glenn se serait sûrement fait boulotter façon rouleau de printemps par les zombies !

-Hey !

-Pas de protestations Jackie Chan, tu sais aussi bien que moi que c'est vrai !

-Oh et buis m'en bous boi... Ronchonna l'asiatique avant de se moucher bruyamment.

-Je suis sûre que tu te venges...

-Vraiment ? Et de quoi donc devrais-je me venger ? Demanda le shérif en plissant dangereusement ses yeux bleus pour fusiller Siri du regard.

-Ah bah...tiens... hey...mais...pfff qu'est ce que j'en sais moi! S'exclama la belette en faisant de grands gestes, adoptant un comportement des plus suspect.

...de toute façon je le sais que t'es raciste !

Tous les regards convergèrent vers Siri, ne comprenant pas le sens de cette remarque.

-Euh Siri... tu sais que t'es aussi blanche que le cul d'un british ? En plus, Rick sort avec Michonne. Fit remarquer Jake comme s'il parlait à une débile.

-Mais je parle pas du taux de mélanine qu'on a dans la peau mais plutôt de celui des cheveux !

-Des cheveux ?

-Ouais c'est ça ! Fais pas l'innocent shérif, tu crois que j'ai pas remarqué que tu t'occupais plus de Judith que de Will ! Moi je l'affirme, Rick Grimes t'es un putain de rouxophobe !

-En même temps, je le comprends, les rouquins ils ont pas d'âme, même moi ils me font flipper... Chuchota Jake à Tina qui approuva avec sérieux.

-Mais Judith est ma fille !

-Te cherche pas d'excuse ça sert à rien.

Vous avez pas intérêt à revenir en pleurant auprès de moi quand vous vous serez fait un bobo à cause du bouffeur de curry !...s'cuse Cal, moi aussi j'adore le poulet au curry... et aussi, ça va chauffer si vous me ramenez pas Daryl en entier ! J'viens de dégoter un livre du kamasutra et j'ai décidé qu'on testerai toutes les positions avant la fin de l'année !

Je levai les yeux au ciel, me demandant sérieusement si ça avait été une si bonne idée de dire à Rick de laisser Siri de côté pour cette mission...maintenant elle devenait intenable.

Mais compte tenu de ce que nous allions faire en ville, je préférais de loin la laisser ici, à l'abri.

-Bon et sinon... si jamais vous tombez sur une boutique de bonbons... pensez à moi.

-Je sais vraiment pas comment tu fais pour la supporter. Soupira Rick en me regardant.

-Je m'y suis fait... sinon suffit de la bâillonner. Répondis-je blasé en attrapant mon arbalète pour suivre Caleb et Michonne qui faisaient aussi partie de l'expédition.

-Vous avez vraiment une relation...spéciale...

-Ouais je sais. Grognai-je avec un sourire en coin.


-Est-ce que la base est loin d'ici ?

-Caleb, on t'a bien précisé que nous n'irions pas la-bas aujourd'hui. On va seulement essayer de savoir si une ou plusieurs personnes vivent ici, s'ils sont hostiles ou pas et s'ils peuvent nous donner plus d'infos concernant la ville et la base. On ne doit pas se précipiter.

-Je sais, c'est juste que... je n'en peux plus d'attendre. J'avais abandonné presque tout espoir concernant ma famille et nous voilà ici... avec un semblant de piste qui pourrait changer la donne.

-Je comprends, mais si justement il y a encore de l'espoir ça serait bête de tout gâcher en brûlant les étapes. Compatit Rick en posant une main réconfortante sur l'épaule de l'indien.

Ce dernier acquiesça prenant une grande inspiration avant de sortir de la voiture.

Nous avions décidé de retourner au vieux quartier, pour fouiller la zone où Glenn avait aperçu l'homme qu'il avait poursuivi, jusqu'à la rue dans laquelle nous l'avions récupéré avec la belette.

Notre recherche prendrait sûrement plusieurs jours, mais cela en valait la peine. Surtout si nous trouvions de nouveaux alliés dans cette ville... et s'il ne s'agissait pas d'alliés... au moins nous saurions à quoi nous en tenir cette fois.

-Il y a le musé du vaudou et la maison Lalaurie dans le coin... Leslie aurait été fou de joie s'il avait été avec nous. Commenta Michonne distraitement en déployant un plan sur le capot de la voiture.

Je levai les yeux vers les hauteurs des grands bâtiments en briques colorées... toujours cette désagréable sensation d'être épié...

-Bien, allons-y...

J'observai mes amis se mettre en marche, l'arme à la main et sur leurs gardes, prêts à en découdre quoi qu'il advienne. Une nouvelle journée, un nouveau combat...


Cela faisait quatre jours. Quatre foutus jours que nous arpentions les rues du quartier français à la recherche du moindre indice qui nous indiquerait une présence humaine dans le coin. Mais à part de vagues impressions et pressentiments, nous n'avions vu personne.

Toutes les habitations et commerces que nous avions visité étaient vides, rien qui signalerait que quelqu'un ait squatté ici.

Il ne restait pas grand chose à piller mais cela n'était pas étonnant. Tout avait du être raflé dès le début de l'épidémie. En toute logique, il n'y avait pas de raison qu'un groupe se soit installé dans cette partie de la ville. Et pourtant...

-Il nous reste la zone ''vaudou'' à visiter, celle dont je vous avais parlé. Nous informa Michonne en pointant son doigt en direction du nord.

J'acquiesçai vaguement, pas plus emballé que mes compagnons à l'idée de passer une autre journée à brasser du vent avec pour seule distraction la venue de quelques rôdeurs mollassons.

Heureusement que Siri ne nous avait pas accompagné, elle n'aurait sûrement pas supporté de devoir explorer ces bâtiments aux sinistres réputations.

En particulier la maison Lalaurie. Le sobre hôtel particulier de trois étages dégageait une atmosphère assez spéciale rien que de l'extérieur et les nombreux geeks qui traînaient autour n'étaient pas des plus rassurants.

Penser à Siri ne fit que rajouter à mon impatience qui croissait de jour en jour.

J'imaginais que j'aurais été plus serein en demandant à Rick de l'exclure de cette sortie mais, plus les jours passaient, plus je m'inquiétais de ne pas savoir se qu'il se passait à Madison.

-Tu penses encore à elle ?

Je jetai un rapide coup d'œil vers la samouraï qui m'accompagnait dans la fouille au premier étage du bâtiment faisant face à la maison Lalaurie. Rick et Caleb était troisième.

-Mmmh...

-Tu es amoureuuuh. Rigola-t-elle.

-C'est pas le moment pour ces conneries...

-Tu lui fais des compliments des fois ?

-Pourquoi tu me demandes ça putain ?

-Parce-que, j'ai du mal à t'imaginer être un minimum romantique et je trouve ça triste pour Siri.

-La belette est pas du genre romantique, elle s'en fout de ce genre de trucs . Grognai-je, grimaçant

en entrant dans une nouvelle pièce. Un cadavre desséché était cloué à un mur, son sang noirâtre ayant servit à peinturlurer des symboles bizarres. Il devait être là depuis un moment celui-là !

Michonne ne fit pas grand cas du spectacle, continuant sa discussion tout en fouillant les lieux.

-Siri est une jeune femme de même pas vingt-cinq ans et t'es son premier vrai... petit ami... Continua-t-elle morte de rire de m'appeler ainsi.

...bien sûr qu'elle est romantique. Tu devrais avoir plus d'attentions envers elle.

-Et moi qui croyais que vous alliez enfin nous lâcher la grappe maintenant qu'on est ensemble...

Quand est-ce que vous allez nous foutre la paix !

-Jamais !

J'allais répliquer, mais des bruits violents résonnèrent soudain en provenance des étages supérieurs. Je lançai un regard inquiet à Michonne avant d'entendre du verre se briser et de voir un corps chuter à l'extérieur.

Je me précipitai à la fenêtre pour voir la forme sombre étendue sur l'asphalte.

-C'est Caleb !

Sans savoir si Michonne me suivait, je me précipitai, descendant les escaliers à toute allure pour rejoindre le médecin. Déjà, les rôdeurs avaient repéré cette nouvelle proie tombée du ciel.

-Caleb ! Caleb !

Je le retournai sur le dos, craignant de voir dans quel état il se trouvait.

Je poussai un soupir de soulagement en voyant que le doc était encore en vie. Il me fixait avec une grimace de douleur, sa respiration sifflante soulevant laborieusement sa cage thoracique.

-On peut pas rester ici, il faut partir. Tu peux marcher ?

Le pauvre avait l'air au bord de l'inconscience et ne put que secouer négativement la tête alors que je le prenais dans mes bras. Un râle crépitant s'échappant de sa poitrine, je me demandai l'espace d'une seconde si cela servait encore à quelque chose de tenter de le sauver.

À cet instant Rick et Michonne débarquèrent dans la rue en courant.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé !

-J'en sais rien, on était pas dans la même pièce ! Répondit le shérif en surveillant avec méfiance les alentours à la recherche d'un éventuel coupable.

-Il nous faut une voiture, on peut pas rester ici ! Paniqua Michonne en voyant les geeks se ramener de toute part.

On allait pas aller bien loin si ça continuait.

-Pars devant, trouve nous un véhicule, je couvre Daryl ! On va avancer du mieux qu'on peut en attendant. Ordonna Rick en indiquant la rue la plus dégagée.

Je serrai les dents sous l'effort, l'indien pesait son poids. J'essayai de faire en sorte de lui faire le moins mal possible mais c'était peine perdue. Il avait sombré dans l'inconscience à cause de la douleur. Je guettais du coin de l'œil les morts qui gagnaient du terrain.

Rick plantait son couteau dans le crâne de ceux qui se rapprochaient un peu trop, économisant ses balles pour éviter d'en attirer plus mais, la situation devenait de plus en plus critique.

Soudain, une aide providentielle se présenta à l'autre bout de la rue, loin derrière nous. Un van noir aux vitres teintées s'arrêta et klaxonna sans discontinuer, attirant l'attention de nos poursuivants qui semblaient hésiter, se scindant en deux groupes pour tenter leur chance du côté du véhicule bruyant.

Je lançai un regard interrogateur à mon ami. Cela ne pouvait pas être Michonne, elle était partie dans la direction opposée.

Peut importe, il nous fallait profiter de cette diversion.

Je rassemblai mes forces pour accélérer la cadence, priant à chaque seconde pour voir Michonne apparaître devant nous.

Au bout de plusieurs minutes qui me parurent une éternité, mes prières furent entendues lorsqu'un monospace se stoppa à quelques mètres devant nous, la samouraï au volant.

Rick s'empressa de m'ouvrir la portière arrière pour que je m'y engouffre avec Caleb qui gémissait de protestation devant tant de brusquerie.

Sans attendre, Michonne redémarra sur les chapeaux de roue, envoyant valser quelques cadavres qui lui barraient la route.

Je reportai mon attention sur le blessé, essayant d'évaluer la gravité de son état.

Il n'y avait rien de trop sanglant... c'était déjà ça... bordel ! Je savais pas du tout quoi faire en réalité.

-Hey doc, tu m'entends ? Je sais pas quoi faire, est-ce que tu sais si on peut quelque chose pour toi ?

Les yeux mi-clos, il ne semblait même pas comprendre ce que je lui disais.

Le son qui sortait péniblement de ses poumons était vraiment effrayant et je m'inquiétais sérieusement en voyant qu'un éclat de verre était planté dans son bras.

Ça c'était vraiment mauvais... je savais au moins qu'il ne valait mieux pas le retirer.

-Faut qu'on rentre à Madison au plus vite !

Je lançai un ultime regard en arrière, tentant de voir qui nous avait sauvé la mise... en vain.


Le trajet du retour me sembla être interminable. Caleb était dans un état pitoyable. J'avais d'ailleurs bien cru le perdre lors de la traversée du lac.

Son teint pâlissait à vue d'œil et il peinait de plus en plus à respirer.

J'avais déboutonné sa chemise pour constater que tout un côté de son torse semblait comme enfoncé, on aurait dit qu'il n'avait plus de côtes sur la partie gauche de son corps.

Alors que nous approchions de notre refuge de Madison, Rick tentait constamment de joindre le groupe par talkie pour les prévenir de la situation afin qu'il se tienne prêt.

Mais la portée de l'appareil était assez réduite et il fallut un moment avant que quelqu'un nous entende.

Quand la voix grésillante de Maggie finit par nous répondre, je vis les épaules du shérif se relâcher de soulagement.

Il expliqua brièvement les faits à cette dernière qui s'empressa d'appeler Siri, Tina et Hershel pour qu'ils la rejoignent.

Au bout d'un instant, c'est la voix calme et sérieuse de la belette qui résonna.

-Rick, dis moi comment est Caleb, est-ce qu'il est conscient ?

-Oui mais il ne peut pas parler, on dirait que la moitié de son thorax est enfoncé et il a un énorme éclat de verre planté dans le bras.

-Comment est sa respiration, est-ce qu'il tousse ou crache du sang ? Et la plaie, elle saigne en jet ou en nappe ?

-Sa respiration ?... Il a du mal à respirer, ça siffle mais y a pas de sang, et la plaie ne saigne pas non plus.

-Elle ne saigne pas du tout ?

-Y a quasiment pas de sang. Confirma Rick en regardant Caleb de plus près.

Un silence inquiétant régna quelques instants avant que Siri ne reprenne la parole.

-Rick, on a pas ce qu'il faut ici pour le soigner. Il y a une clinique vétérinaire en bordure de la ville, Daryl sait où elle est. Ne perdez pas de temps allez là-bas, on vous y rejoint.

Je voyais très bien de quel endroit elle parlait. Nous l'avions fouillé en quête de médicaments mais il n'y restait presque rien...hormis tout un tas de gros instruments dont nous ne pensions pas avoir besoin... à priori, nous avions eu tort et la belette allait devoir sortir l'artillerie lourde.

-Tiens bon Cal' ça va aller. On est bientôt arrivé...


Lorsque Michonne se gara devant la clinique, je constatai avec soulagement que les autres étaient déjà arrivés. Siri nous attendait dans l'entrée avec une longue table d'examen roulante.

Elle se précipita à notre rencontre pour immédiatement y installer Caleb, prenant quelques secondes pour l'examiner avant de nous dire de la suivre à l'intérieur.

-Venez, on a préparé une salle. Tina et Hershel ont essayé de rassembler tout ce qui pourrait nous être utile.

Je suivis la belette, poussant le brancard dans un dédale de couloirs, grimaçant alors que nous passions à travers une salle où des corps d'animaux en décomposition étaient restés enfermés dans des cages, pour finir par arriver dans une immense pièce blanche carrelée qui devait autrefois servir pour les opérations.

Tina et Hershel allaient et venaient dans tous les sens, ramenant toutes sorte de produits et instruments au centre de la salle.

-Alors ? Demanda Tina en se rapprochant de nous pour observer Caleb.

-Je dirais une luxation sterno-costal, la compression l'empêche de respirer et ralentit le flux dans les vaisseaux. C'est pour ça qu'il n'y pas de saignement au niveau de sa plaie au bras.

Je vais devoir remettre ses côtes en place, il me faut des pinces à champs et de la lidocaïne.

Quand ça sera fait, la circulation sera rétablie et son bras risque de pisser le sang. A mon avis, l'éclat de verre a touché l'artère humérale, il faudra tout de suite la recoudre.

-On a quasiment rien de stérile ici, il va se chopper une septicémie... chuchota Tina pour ne pas que Caleb entende.

-J'ai trouvé de la chlorexidrine pour l'asepsie mais nous avons très peu de lidocaïne. Informa Hershel en posant un masque sur le visage de Caleb.

-Il est bizarre ce masque à oxygène...

-Il vient d'ici, c'est fait pour les animaux normalement et vous devriez vous dépêcher, la bouteille d'oxygène est presque vide.

-Ok, bon Tina, tu me prépares de quoi suturer l'artère. Hershel vous avez trouvé les pinces à champs ?

Le vieil homme lui tendit une sorte de ciseau dont les bouts étaient recourbés comme des crochets.

Je ne comprenais pas ce qu'il se passait mais, c'était assez impressionnant de les voir tous les trois agir de façon synchronisée autour de Caleb. Ils étaient calmes et leurs gestes pleins d'assurance pendant qu'ils préparaient leur matériel.

À mes côtés, Rick et Michonne restaient eux aussi silencieux. La tension était montée d'un cran alors que nous attendions avec appréhension que nos amis agissent enfin.

J'admirai le profil concentré de Siri qui se préparait. C'était vraiment une autre facette d'elle que je n'avais jamais vu. Déjà lors de l'épidémie dans la prison elle avait fait preuve de professionnalisme mais là, elle devait agir dans l'urgence et dans des conditions vraiment mauvaises... elle était impressionnante.

-Bon on va y aller. Caleb, on a pas de quoi t'anesthésier pour le moment, j'ai préféré garder la lidocaïne pour ton bras. Il va falloir que tu restes tranquille quand je remettrais tes côtes en place, est-ce que tu m'as compris ?

Il hocha légèrement la tête, ses yeux emplis de douleur fixant obstinément le plafond et serrant les dents en attendant le calvaire qui n'allait pas tarder à commencer.

La belette prit les pinces, attrapant avec les crochets un os en haut du torse à travers la peau.

-Prêt ? Un, deux...

Elle tira brusquement dessus mais sous la douleur, le corps de Caleb s'arc-bouta l'empêchant de continuer.

-Maintenez lui les épaules et les hanches !

Je me précipitai pour les aider, posant fermement mes mains de part et d'autre de la tête de Cal tandis que Siri grimpait sur la table, au dessus du blessé, pour tirer de toute ses forces sur l'os qui restait solidement enfoncé.

La mâchoire serrée sous l'effort, je la vis effectuer une torsion du poignet avant de faire un ultime effort pour remettre l'os en place. Sa manœuvre fonctionna car dans la foulée, le torse de Caleb retrouva un aspect normal, comme un ballon qu'on aurait regonflé d'un coup.

Sans perdre de temps, la belette sauta de la table pour se laver les mains avec une sorte de solution orange.

Comme elle l'avait prévu, la plaie du bras avait effectivement recommencé à saigner. Seul le garrot posé par Tina et le morceau de verre encore planté limitaient l'écoulement.

Ici aussi l'affaire ne fut pas facile. Avec le sang qui coulait en jets violents pendant qu'elle suturait, je me demandai comment elle pouvait y voir quelque chose...alors qu'elle faisait de la couture à l'intérieure d'un putain de bras !

À eux trois, ils formaient une espèce de gang de Macgiver médical.

Alors qu'elle achevait ses points de sutures, Hershel interpella la belette en lui signalant que Caleb respirait toujours avec difficulté. Il plaça un petit appareil sur son doigt en fronçant les sourcils.

-Sa saturation baisse encore.

-C'est pas normal, il devrait pouvoir respirer normalement. Tourne le sur le côté.

...bruits creux à la percussion... absence de murmure vésiculaire...

Bien joué Caleb, tu nous fais un joli pneumothorax en plus !

Est-ce qu'on a un cathéter assez grand ?

-Quatorze gauge, c'est ce qu'on a de mieux. Répondit Tina en lui tendant une longue aiguille.

-Qu'est-ce que vous allez lui faire ? Demanda Michonne en voyant Siri désinfecter la peau sous l'aisselle de Caleb.

-En gros, il a de l'air qui rentre dans son poumon à chaque inspiration mais qui ne peut pas ressortir. Ça reste coincé le long de sa plèvre et ça comprime son poumon, il faut juste que je fasse... une exsufflation...ici. Expliqua-t-elle en insérant l'aiguille entre deux côtes.

Caleb respira soudain presque normalement au soulagement de tout le monde.

-Et ben alors mon p'tit poulet tandori, tu nous en fais des frayeurs ! Rigola Siri pour relâcher la pression.

L'indien commençait déjà à avoir meilleur mine et il retira son masque pour parler.

-Siri... ma jambe...

-Quoi ta jambe, qu'est ce qu'elle a ta jambe ? Demanda-t-elle inquiète en relevant le côté gauche de son pantalon.

-Non l'autre...

Elle palpa l'autre jambe, son regard s'assombrissant au fur et à mesure.

-J'ai atterri sur cette jambe en premier...

-Et tu penses que...

-Syndrome des loges. Approuva Caleb.

-Putain mais alors toi tu m'auras tout fait aujourd'hui !

-Siri, même si j'ai rien il n'y a pas de temps à perdre, ça fait une heure déjà... Murmura faiblement le blessé.

-Bordel de merde ! Si tu crèves pas d'une infection avec tout les trous que je t'aurais fait aujourd'hui, ça sera un miracle. Soupira la belette en attrapant un scalpel.

-Qu'est ce que tu vas faire avec ça ? Demandai-je curieux.

-Oh rien de bien méchant, je vais juste devoir ouvrir son mollet en deux pour faire prendre l'air à son muscle et éviter qu'il ne perde sa jambe! Et encore, c'est en espérant que la compression à l'intérieur n'ait pas duré trop longtemps et que ça ne libérera pas de toxines dans son sang parce-que là, on serait vraiment dans la merde... je sais faire beaucoup de choses, mais bricoler un appareil de dialyse en pleine apocalypse non... à moins que vous me dégotiez un cochon éventuellement... j'ai vu ça dans une série.

La belette prit une profonde inspiration avant de tout préparer pour cette nouvelle opération.

-Putain, entre les zombies dehors et ça, j'ai vraiment l'impression de me transformer en docteur Frankenstein !

-Ouais, mais t'es un putain de sexy docteur Frankenstein. Lui murmurai-je à l'oreille.

Elle me regarda droit dans les yeux avec un petit sourire pervers au coin des lèvres.

-T'es pas bien de me dire des trucs pareils, ça va me déconcentrer. Rigola-t-elle.

-Ouais j'aimerais bien qu'elle reste concentrée le temps de réparer ma jambe au moins !

-Toi la ferme, ça fait quatre jours que j'ai pas vu mon damoiseau, j'suis en manque et c'est en partie de ta faute !

-Ma faute !

-Ouais tu m'a piqué ma place dans l'escouade ! Alors t'as intérêt à survivre à tout ce que je vais te faire pour que je puisse me venger... sinon je te tue !

-Ce que tu dis n'a aucun sens. Soupira Caleb.

-Ça en a pour moi, c'est tout ce qui compte !