Voici la suite. Je tiens à remercier tout particulièrement Leslie pour la fidélité de ses reviews, qui sont vraiment très motivantes pour moi et qui me poussent à améliorer sans cesse mes chapitres :). Un énorme merci aussi à Gigira pour son long commentaire détaillé et constructif ! Là encore, c'est très motivant pour moi :)
Le Moldu
Chapitre LIII : Ferveur et réprimande
Alors qu'il s'éloignait toujours d'un bon pas, Remus se rendit compte que son cœur continuait à battre la chamade, bien que la menace se soit éloignée depuis une bonne dizaine de minutes ; cela ne manqua pas de lui rappeler ses missions pour le compte de l'Ordre du Phénix, après lesquelles l'adrénaline puis la crainte continuaient à parcourir son corps des heures durant. Le loup en lui était pleinement éveillé et hurlait tout son énervement ; quant à Remus, à chaque pas qui augmentait la distance entre lui et Sirius, il subissait un nouvel assaut de la culpabilité et de l'incompréhension qui le rongeaient.
Avait-il donc oublié tous les réflexes acquis au sein de l'Ordre, pour se retrouver ainsi démuni face à une menace inconnue – sans doute bien moindre que celles qu'il avait déjà eu à affronter -, sans même se souvenir de son arme de tous les instants ? La baguette magique était la première chose à laquelle pensait un sorcier en toute circonstance ; il avait même rarement besoin d'y penser. Ses doigts se refermaient aveuglément, inconditionnellement sur la baguette ; elle était comme une prolongation de son corps, de son esprit. Et Remus, lui, avait mis de longues minutes avant de seulement s'en souvenir… c'était là une réaction aberrante, indigne même d'un élève de première année à Poudlard !
Je n'ai pas arrêté de mettre Sirius en danger, songea t-il hargneusement. Qu'est-ce qui m'a arrêté, inconsciemment ? La peur que si j'utilise un puissant sortilège d'attaque ou de défense, le Ministère ne débarque et découvre Sirius ?... mais qu'est-ce que j'aurais fait, s'il avait vraiment été happé par ce… par cette chose ?!
L'ancien professeur était arrivé à proximité d'une entrée de métro ; surplombant les escaliers qui s'enfonçaient sinueusement sous la ville, il s'immobilisa et inspira profondément, s'efforçant de se calmer.
La vraie question à se poser était toujours la même, au final : quelle pouvait bien être cette chose qui le poursuivait avec tant d'acharnement, et qui se rapprochait sans cesse un peu plus ? D'ailleurs, pourquoi était-elle partie, cette fois-ci ? Parce que la main de Remus s'était finalement refermée sur sa baguette, et qu'elle avait dû le sentir ? Ou bien cette attaque-éclair et cette poursuite n'avaient-elles eu pour seul et unique but que de l'effrayer, et de lui faire perdre ses repères ? Ce jeu de chat et de la souris que la menace mystérieuse entretenait avec lui commençait à sérieusement énerver le loup garou.
« La prochaine fois, elle ne s'en tirera pas comme ça, se murmura-t-il à lui-même. La prochaine fois, il me faudra agir contre cette chose – je n'aurai pas le choix, de toute façon. »
La créature avait été extrêmement près d'atteindre son but, en ce jour ; à supposer bien sûr que son but soit réellement Remus – ce dont le loup garou était intimement persuadé, mais dont il n'aurait aucune preuve concrète tant qu'il ne découvrirait pas l'identité de son assaillant. La prochaine fois, il lui faudrait faire face ; faire face, ou se laisser attraper… et ça, ce n'était en aucun cas une option.
Soudain, une pièce de ce puzzle aux contours si flous trouva sa place dans l'esprit de Remus ; il se souvenait de la mystérieuse odeur qu'il avait sentie, juste avant leur départ de chez Sirius… cette odeur, c'était l'odeur de sang et de haine qui accompagnait toujours la menace mystérieuse qui pesait sur le loup garou ; et cela signifiait qu'avant même son départ de chez Sirius, il était déjà observé. La chose avait eu le pouvoir de suivre la cylindrée du musicien sur des kilomètres, les sens rivés sur Remus…
Le musicien frissonna désagréablement, et entreprit la descente dans les froids méandres souterrains.
Le loup garou descendit du métro à proximité de chez lui ; de là, il n'eut qu'à regagner sa maison et utiliser la cheminée pour se rendre chez la mère de Tonks. Il était huit heures trente-cinq ; la grand-mère de Teddy était tout bonnement exaspérée. Teddy, en revanche, fut ravi de retrouver son père ; il lui sauta dans les bras dès qu'il se fut extrait de la cheminée, et le serra très fort contre lui.
« Papa ! s'exclama t-il. Papa, demain, on passe la journée ensemble, hein ? Promets-moi…
- Je te le promets » accorda immédiatement le loup garou, avec un doux sourire.
Le regard heureux et plein d'espoir de son fils suffisait à faire taire – pour le moment du moins – son inquiétude. Il se sentait rasséréné, à serrer ainsi son fils unique dans ses bras ; à sentir ce petit cœur débordant d'amour et de rêves qui battait si fort contre le sien.
« On ira voir Willy, demain après-midi, si tu veux.
- C'est vrai ? C'est super ! Ca fait longtemps que je n'ai pas vu mon deuxième parrain ! »
Remus éclata de rire.
« En plus, c'est mon meilleur ami, affirma le petit garçon. Je le lui ai dit quand il m'a appris à jouer au badminton, et il m'a dit que ça lui faisait très plaisir.
- Je n'en doute pas » répondit le loup garou en ébouriffant tendrement les cheveux de son fils.
Le petit garçon lui adressa un grand sourire, laissant ses cheveux arborer une profusion de couleurs digne d'un arc-en-ciel ; puis il se dégagea de l'étreinte de son père et se précipita dans une autre pièce, poursuivant un but connu de lui seul.
« Ne cours pas, Teddy ! » lui lança Andromeda sur un ton de reproche.
Un « Pardon, grand-mère ! » leur parvint de l'autre pièce.
Le sourire de Remus se renforça encore. Andromeda se tourna vers le loup garou d'un air suspicieux :
« 'Willy' ? Qui est-ce encore que celui-là ?
- C'est un… un moldu, qui fait désormais partie de mes amis. Je l'ai rencontré il y a quelques mois.
- Teddy n'arrête pas de me parler de cet homme… c'est quelqu'un de convenable, j'espère ?
- Je pense que oui » assura Remus.
Plus ou moins, nuança-t-il mentalement.
Andromeda le maintint encore quelques secondes sous le feu de son regard si vif et perspicace ; puis elle proposa à son gendre de boire quelque chose dans le salon. Surpris par cette attention – Andromeda avait toujours considéré d'un très mauvais œil le fait que son unique fille ait choisi un loup-garou pour époux, créature peu convenable s'il en est -, Remus se débarrassa du blouson de cuir de Sirius qu'il avait toujours sur lui, et la suivit. Il retrouva Teddy assis par terre dans le salon, en train de dessiner sur de grands parchemins à moitié enroulés ; les dessins s'animaient sous ses doigts, ne facilitant guère leur propre achèvement. Remus accepta le verre de pur-feu que lui tendait sa belle mère et prit ses aises dans le fauteuil. La femme fière et droite qui lui faisait face, si semblable d'apparence à sa sœur Bellatrix et pourtant de caractère si radicalement différent, semblait le détailler avec attention ; mais elle semblait aussi, une fois n'est pas coutume, avoir abaissé les infranchissables barrières qu'elle prenait toujours grand soin d'ériger entre elle-même et Remus. Sa posture était moins rigide, son maintien légèrement plus détendu ; et son regard finissait invariablement par dériver jusqu'à l'adorable petit garçon qui persévérait toujours dans ses dessins, au pied de son père.
Aucun des deux adultes n'avait entamé la conversation ; mais le silence qui s'étirait entre eux était intime et agréable. Teddy semblait ravi de se retrouver dans ce petit cocon familial, d'autant que, perspicace comme il l'était, il avait bien remarqué que sa grand-mère agissait toujours assez froidement envers son père. Cela l'attristait, mais il savait qu'il n'appartenait pas à lui d'y changer quoi que ce soit ; il savait juste que cela concernait son père, au sujet de quelque chose que, lui non plus, n'était pas à même de changer. Aussi était-il d'autant plus réjoui de ne ressentir aujourd'hui aucune distance, aucune froideur entre ces deux membres de sa famille.
Le petit apposa la touche finale à son parchemin ; il le roula dans sa petite main et se redressa pour rejoindre son père sur le fauteuil.
« Teddy ! le sermonna Andromeda. Ne mets pas d'encre sur le canapé.
- Non grand-mère. » Puis, se tournant vers le loup garou, il lui tendit le parchemin avec une indéniable fierté toute enfantine : « Tiens, papa. C'est pour toi. »
Remus sourit et prit le parchemin ; il s'attendait à un charmant portrait de leur petite famille, comme il en trouvait souvent dans les « œuvres d'art » de son fils – portrait dont Sirius faisait d'ailleurs de plus en plus souvent partie, à titre d'oncle ou de nouveau parrain. Néanmoins, une surprise attendait le loup garou : le dessin, animé par la magie spontanée de Teddy, représentait un petit garçon aux cheveux tout ébouriffés, qui glissait sur une planche de skate d'un bout à l'autre de la feuille, à la poursuite d'un chat visiblement effrayé. Le gamin avait un grand sourire sur le visage et devait avoir environ l'âge de son fils ; à chaque nouveau tour, il s'arrêtait au milieu de la feuille où une petite bulle entourée de noir se formait, avec les mots Salut, Teddy ! à l'intérieur.
« Qui est-ce ? se renseigna Remus. Tu t'es fait un nouvel ami ?
- Oui ! approuva fièrement le garçon. Il s'appelle Jeremy. Je le vois tous les jours, quand grand-mère va faire des courses au village moldu derrière la maison.
- Derrière la maison ? répéta Remus, surpris.
- En réalité, il se trouve un peu plus loin que ça, expliqua Andromeda. Mais comme ce n'est pas très loin non plus, nous y allons à pied, et non par transplanage ; aussi, le petit le considère comme étant « derrière la maison ».
- Je vois », répondit le loup garou.
Son fils avait un immense sourire sur le visage, et un certain air de gravité, aussi ; visiblement, parler de son nouvel ami à Remus lui tenait particulièrement à cœur.
« Il est fantastique ! expliqua Teddy. C'est un fils de moldu. Il est vraiment très fort ! Surtout en skate. Il me montre toujours des figures très…
- Attends une seconde, l'interrompit Remus. Tu as bien dit fils de moldu ?
- Ben oui, répondit Teddy d'un air étonné. C'est lui-même qui me l'a dit. Il m'a demandé si j'étais un sorcier ou un moldu, la première fois qu'on s'est rencontrés ; alors je lui ai dit que je ne savais pas, mais que mon papa était sorcier, et ma maman aussi ; alors il m'a dit que j'en serais sûrement un. Mais il m'a dit aussi que lui, il serait sûrement comme les moldus, et qu'il ne pourrait pas aller à Poudlard. »
Remus tourna un regard surpris vers Andromeda ; elle écoutait Teddy avec attention, mais ne paraissait pas surprise par ce qui disait le petit garçon - elle avait sans doute déjà entendu Teddy raconter tout cela. Peut-être était-ce là la raison pour laquelle elle avait invité Remus à rester ; cela lui paraissait sans doute étrange, à elle aussi, qu'un petit garçon rencontré dans un village moldu sache déjà qu'il existait dans le monde sorciers et non-sorciers. D'autre part, qu'il pose ainsi la question au premier garçon venu était tout aussi étonnant…
« Une fois, je lui ai montré ce que je savais faire ; quand je change mon apparence et tout ça. Il a trouvé ça fantastique ! Il a dit que j'étais quelqu'un d'exceptionnel, et que j'avais vraiment beaucoup de chance ; et que son papa serait sans doute très heureux qu'il se soit fait un ami sorcier.
- Je vois », répéta Remus.
Il contempla le visage réjoui de son fils ; poussant un profond soupir, il entreprit de le ramener quelque peu à la réalité.
« Teddy, commença le loup garou, nous avons déjà parlé ensemble de cela, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que tu ne dois surtout pas faire en présence d'un moldu – même d'un petit garçon moldu ?
- Modifier mon apparence », répondit tristement le garçon. Il se tut quelques instants, puis reprit avec véhémence : « Mais, papa, ce n'est pas n'importe quel petit garçon moldu puisqu'il connait les sorciers ! S'il les connait déjà, ce n'est pas moi qui fais une bêtise en lui montrant ce que je sais faire, si ?
- Ce n'est pas aussi simple, soupira une nouvelle fois Remus. Même s'il a entendu parler des sorciers, s'il n'en est pas un lui-même, tu ne dois pas lui faire ce genre de démonstrations.
- Mais j'ai confiance en lui ! C'est mon ami. Et puis, c'est toi-même qui m'a dit qu'on ne pouvait pas savoir si un enfant est ou non un sorcier avant qu'il n'ait atteint ses onze ans !
- Je sais, Teddy. Mais tu dois rester prudent. C'est quelque chose qui concerne tous les sorciers, tu comprends ? Tu ne peux pas enfreindre les règles uniquement parce que tu as confiance en lui. Tu ne connais pas bien ce petit ; il vaut mieux devenir son ami sans pour autant mettre les sorciers en péril en dévoilant ton secret. Il t'a peut-être demandé cela uniquement pour fanfaronner, ou sans vraiment savoir de quoi il parlait. »
Le regard pétillant de Teddy se fit terne et il enserra ses genoux entre ses bras, l'air à la fois malheureux et vindicatif.
« Mais ce n'est pas juste, papa. Moi, j'ai confiance en lui, et je sais que c'est mon ami. Ce n'est pas juste, que je doive être différent de lui. »
Remus passa un bras autour des épaules de son fils et le serra tendrement contre lui.
« Ce n'est pas une question de différence, mon chéri. De toute façon, si tu lui as déjà montré tes talents, c'est trop tard à présent ; mais ça ne doit pas se reproduire, d'accord ?
- Hm.
- Promets-le-moi, Teddy.
- Promis...
- Bien. »
Il déposa un baiser sur le front de son fils et reprit le dessin entre ses mains :
« En tout cas, il est vraiment très réussi, ce portrait. J'aime beaucoup.
- C'est vrai ?
- Ah ça, affirma le loup garou. Tu fais des progrès de jour en jour ! Je suis fier de toi. »
Retrouvant le sourire, Teddy s'empara d'un nouveau parchemin et entreprit de croquer un nouveau portrait en quelques coups de plume plus assurés.
« Teddy ! s'indigna Andromeda. Ne dessine pas sur le canapé, voyons ! Tu vas mettre de l'encre partout ! »
