La playlist que j'ai bien failli ne pas trouver - très décalée, évidemment
Je ne sais pas ce qu'il m'a pris ce matin
Quand je me suis réveillé
Je me voyais déjà parti sur un voilier
Dans les pays lointains
Au bord d'une plage avec une belle fille
Qui m' bat à la nage et qui me déshabille
Pendant que je gambille
Autour d'un poisson chat
Est-ce que t'entends ce que je vois
Higelin, Encore une journée d'foutue
LIII Harry Des coopérations arrachées
Je me lève à l'aube ; derrière les rideaux, le soleil est encore une présence qu'on devine plutôt qu'une force. Malgré mes efforts pour être silencieux, Ada s'étire, ouvre les yeux, s'étonne de me voir debout et se souvient - je vais chez Tiziano essayer de contacter les Sirénéens ; on a décidé ça après le restaurant hier soir.
"Tu ne veux pas que je t'accompagne ?", demande Ada l'air presque totalement réveillée.
"Honnêtement, je ne sais pas ce qu'on aura comme résultat... si ça marche, on pourra sans doute le rappeler plus tard, tous les deux, en ayant réfléchi à ce qu'on lui demande", je répète en m'habillant.
Tarquino a refusé de donner l'anneau à Tiziano et demandé que je vienne plutôt l'utiliser au palais Cimballi. A la grimace de mon ami, j'avais compris qu'il n'avait pas réellement insisté ou que s'était reposée, de manière plus ou moins conflictuelle, la question de qui était lo padron de la maison Cimballi. Merlin merci, il ne me semblait pas qu'il existe une maison Lupin dont j'aurais dû prendre la tête !
"Mais comme tu veux", je rajoute pour Ada - après tout, qu'elle vienne, rencontre Tarquino, pratique la magie et la vie sociale. Si ça pouvait éviter les sous-entendus de Tizzi, ça serait même un bien.
Loin sans doute de se douter que l'héritier des Cimballi pense que Lucca, son ex-fiancé, essaie de l'arracher à moi, Ada se tourne sans doute pour réfléchir à ma proposition puis se laisse retomber sur les oreillers l'air de penser qu'elle est mieux là où elle est.
"Tu m'appelles ?"
"Promis."
"Tu fais quoi, après ?" - elle reprend après quelques secondes de silence.
"Je vérifie que les potions n'ont pas tourné et j'appelle Lorendan... faut que je mette au point un protocole de test avec lui..."
"Tu vas à Genève ?"
Je hausse les épaules.
"Je ferai ce qu'il me dira."
"Harry, le bon élève", elle se moque.
"Ada qui préfère faire faire aux autres", je rétorque.
Immédiatement, il y a cet éclair sauvage dans ses yeux. Je suis à la limite de ce qu'elle est prête à accepter. Mais je ne baisse pas mon regard, je ne recule pas. Si je veux savoir si notre histoire ressemble à quelque chose, il faut sans doute que je cesse de reculer.
"Je viens", elle annonce en se levant immédiatement.
Elle a été sèche mais pas agressive, on prend les augures où on les trouve. Elle est silencieuse et lointaine sur le chemin. Mais elle ne me demande pas si je pensais réellement ce que j'ai dit. Je décide que c'est aussi bien. Juste quelques pas avant le palais, elle ralentit.
"Le grand-père de Tiziano, il ne m'a jamais invitée..."
"Remus a dormi chez lui", je réponds en la tirant jusqu'à la porte.
C'est Umbrie qui nous ouvre, ravie de nous voir si on en croit son sourire.
"Ne me dis pas que Tizzi oblige tout le monde à se lever !", je lance comme une pique pas méchante.
"Je me lève en général plus tôt que lui", me répond Umbrie. "Même quand j'ai joué la veille... je préfère faire une sieste plus tard et ne pas rater le silence du matin..."
On la suit dans le vieux Palais qui me paraît moins délabré qu'à mon dernier passage. La rampe en marbre est presque brillante, je remarque.
"On sent l'influence de Tiz, hein ?", murmure Ombrie. "Grand-père ne dit rien mais je suis sûre que c'est ça, non ?"
"Si j'ai bien compris", je commence en me rendant compte que je n'ai même pas reparlé à Tiziano du Pacte. Donne-t-il tous les mois son sang ? Se sent-il pris au piège ? Ou au contraire, libéré de son choix ? Est-ce pour cela qu'il met tant de coeur à m'aider à percer le secret des statuettes ? Tant de questions que j'aurais dû lui avoir posées... "Si j'ai bien compris, sa vigueur passe dans le Pacte."
Umbretta opine et nous ouvre grandes les portes du petit salon où la famille Cimballi prend son petit déjeuner avec une vue imprenable sur la lagune. Certains diraient sans doute que cette vue n'a pas de prix. Vaut-elle le Pacte ?
"Harry ! Je suis content de te voir !", m'accueille Tarquino avec chaleur.
"Au point de s'asseoir sur ses reliques et de ne laisser personne y toucher", marmonne Tiziano et Umbrie lui lance un regard de reproche. J'occupe le terrain en faisant les présentations manquantes.
"Je vous présente mon amie, Aradia Taluti, Tarquino"
"Signore", salue Ada avec timidité - presque elle ferait la révérence.
"Mademoiselle, c'est un honneur pour cette maison d'accueillir une Taluti", répond Tarquino avec sincérité. Voilà au moins une relation qui part sur un bon pied.
"Vous prenez un café ?", lance Umbrie sans réllement attendre de réponse et en nous tendant des tasses. On s'en empare assez avidement en fait. 'Il y a des gâteaux, des fruits...," continue la soeur de Tiziano en poussant vers nous plats et coupes. Elle même s'empare d'une orange.
"Je ne voudrais presser personne mais je dois être à Trieste avant midi sinon je vais finir par me faire virer du musée", intervient Tiziano qui a l'air toujours agacé alors que c'est lui qui nous a demandé de venir ce matin. "On peut voir rapidement cette affaire de communication sirénéenne et je vous laisse dresser les arbres généalogiques des plus vieilles familles italiennes ?"
"Tiziano, je t'ai déjà dit que tu n'as pas besoin d'être là pour que cela fonctionne", répond calmement Tarquino.
"Mais... je dois apprendre", remarque mon ami pas plus déférent.
"Il n'y a pas grand-chose à apprendre, Tiziano", marmonne son grand-père. "Moi même, j'ai vu mon père s'en servir une poignée de fois... et je vais essayer pour la première fois..."
Ce n'est pas très encourageant, je le pense très fort et j'en lis la confirmation dans les yeux d'Ada.
"Mais ça marche comment, Grand-père ?", veut savoir Umbrie, avec curiosité. Elle se penche en avant tout en continuant d'éplucher son orange avec un couteau armoiré.
"Ce n'est pas un téléphone", remarque Tiziano, décidément peu enclin à la coopération. "Ça utilise la magie mais ça ne 'marche' pas !"
" L'anneau porté et la magie créent la communication", essaie Tarquino en joignant le geste à la parole. L'anneau est ancien et doré, il brille tranquillement à son doigt.
"C'est de l'or pur ?", je questionne en repensant aux protections sirénéennes. Ça me parait bien d'eux de vouloir mettre leurs clients en situation de faiblesse. Est-ce finalement une bonne idée de les mettre en relation avec Lo Paradiso ?
"Je crois que c'est de l'or", reconnait Tarquino sans sembler très intéressé par les détails. "Je me souviens qu'il faut qu'il y ait un verre d'eau pure et du sel aussi... Les éléments de la lagune, évidemment.."
Sans attendre, Tiziano emplit un verre. Umbretta et moi nous heurtons en cherchant à nous emparer de la salière sur la desserte. Comme elle a toujours son couteau à la main, elle s'écorche un doigt avec un petit cri et porte sa main à sa bouche pour arrêter le sang. Je lui propose un soin magique qu'elle refuse en disant que ce n'est rien. Ada ramasse la salière tombée au sol et la tend à Tarquino qui essaie différentes configurations entre le sel et le verre d'eau et sa main avant de soupirer.
"Je ne sens rien, je dois oublier quelque chose..."
"Laisse-moi essayer", demande Tiziano avec cette impatience étonnante qu'il semble avoir ce matin.
"Si tu crois que l'âge a le moindre effet", soupire Tarquino en enlevant l'anneau.
Je sens que Tizzi se concentre, il observe l'anneau, le fait rouler dans sa main. Il le trempe dans l'eau et le sel. Umbrie a l'air très curieuse de ces préparatifs.
"Il ne faut rien de personnel ?", je demande en le regardant faire.
"Si je me souviens bien, la sculpture est unique", répond aimablement Tarquino sans lâcher des yeux son petit-fils lui non plus.
Voir mon ami se concentrer sur l'anneau me ramène de très douloureux souvenirs, de ceux que j'ai patiemment enfuis sous des couches de rires de petit frère et de petite soeur, de soirées avec des amis, de corps de filles, de promesses d'avenir. J'ai dû mal à le regarder faire - ce qui n'est pas le cas de Umbrie et Ada qui semblent chacune à leur façon totalement fascinées. Ça prend de longues minutes avant que Tiziano ne rejette l'anneau sur la table avec une frustration aussi patente de que ses efforts pour la cacher.
"Ça ne marche pas", il avance - ça sonne comme une accusation, pas besoin de le dire.
"Non", reconnait Tarquino.
"On oublie sans doute quelque chose", je propose. "On pourrait faire des recherches à la bibliothèque..."
"Ce qui a été écrit d'intéressant sur les Sirénéens tient sur une main", m'oppose Tarquino avec raison.
"Il est joli cet anneau", remarque Umbrie qui s'est emparée du bijou. "Tu disais que la gravure était unique, grand-père ? C'est vrai qu'on retrouve les degrés et le dragon, nos armes..."
"Il faut peut-être nos armes", suppose Tiziano en se levant.
Il n'est pas sorti de la salle qu'Ada pousse un cri :
"Regardez, le verre !"
Un Sirénénen est apparu et nous regarde d'un air surpris voire méfiant.
"Cimballi appeler ?", il articule avec raideur, semblant hésiter sur l'interlocuteur qu'il doit favoriser.
"Mais comment ?", s'étonne alors Umbrie avec un grand geste de la main - je me rends compte qu'elle a à un moment ou un autre passé l'anneau.
"Cimballi appeler ?", répète la créature avec agacement.
"Oui, oui", je me hâte de répondre.
"Cimballi ?", doute visiblement le Sirénéen son regard allant de la personne détendant l'anneau à moi pour plus de clarté.
"Non, Harry... Harry Lupin", je réponds. "Un ami des Cimballi..."
"Je suis Tarquino Cimballi", commence alors le grand-père de Tiziano. "C'est ma petite fille, Umbretta qui porte l'anneau..."
"Qui maître ?"
Je m'attends presque à ce que Tiziano qui est revenu à la table dise "moi". Il ouvre la bouche, puis il rencontre le regard résigné de son grand-père et il abdique d'un geste de la main.
"Je suis l'aîné des Cimballi vivants", reformule Tarquino. "Mais mes petits-enfants sont de jeunes adultes qui s'occupent de nos affaires."
"Cimballi parler Sir-Oannesi ? Très longtemps, pas nouvelles...", remarque la créature.
"Les Cimballi et leur ami Harry Potter-Lupin aimeraient parler à un Sir-Oannesi particulier", propose Tarquino en se tournant vers moi.
"Je voudrais contacter Oan-Ni, il 'occupe de la sécurité sur l'île de Povoglia", je précise donc.
"Oan-Ni", répète la créature toujours excessivement méfiante.
"Je ne sais pas comment le joindre", j'insiste, sans savoir si le nom donné suffit.
"Pourquoi joindre Oan-Ni ?"
"Pour lui proposer une affaire", je décide d'appâter.
"Cimballi peu or", remarque froidement notre interlocuteur.
"C'est moi qui propose une affaire", j'essaie de biaiser - je n'ai pas le sentiment que j'aurais beaucoup de succès si je parle d'un prêt dans l'autre sens.
"Oan-Ni connaître ami Cimballi ?"
"Il me connaît, je suis Harry, le briseur de sorts", je propose.
"Oan-Ni savoir demain", soupire à contrecoeur le Sirénéen.
"Merci", je souffle juste avant que sa silhouette disparaisse.
"Eh bien, on n'est pas totalement mieux reçu que chez les Gobelins", remarque Ada.
"Attendons qu'Oan-Ni nous contacte", je propose. "Merci à vous trois", je prends la peine d'ajouter en me tournant vers les Cimballi.
"Pourquoi j'ai établi le contact ?", s'interroge Umbrie à haute voix - j'imagine qu'elle n'a pas réellement pensé à autre chose pendant toute la conversation.
"Ton sang sur l'anneau", propose son grand-père.
"Ton sang doit garder des traces de magie", estime Tiziano et moi, j'ai une illumination soudaine qui me fait secouer la tête.
"L'or est là pour bloquer au contraire la magie - en tout cas, la magie que nous avons l'habitude d'utiliser, ou que nous avons appris à utiliser... Peut-être qu'il rend du même coup d'autres magies, à la fois plus éparses et plus répandues, plus fortes..."
" Un peu comme les statuettes", glisse alors Ada, et Tarquino, Tiziano et moi nous tournons si violemment vers elle qu'elle rougit.
Je ne sais pas lequel d'entre nous aurait posé la première question. Mon miroir sonne brusquement et avant même que j'ai réellement eu le temps de regarder qui m'appelle, j'entends la voix de mon frère claironner :
"Harry ? Je suis à Venise, tu es où ?"
"Tu es à Venise ?", je répète sidéré.
"Oui, je suis allé chez toi : ta proprio m'a engueulé parce que je venais tôt et que tu n'avais pas payé ton loyer mais elle m'a donné l'adresse d'Ada, mais personne là non plus", il raconte avec son air excité qui inquiétait si justement les préfets à Poudlard. On n'arrête pas ce Cyrus-là si facilement..
"On est chez Tiz", je réponds toujours trop sidéré de ce nouveau développement pour poser des questions.
"Ada est avec toi ? Tant mieux", il commente bizarrement. "T'inquiète pas, je devrais trouver mais ne bougez pas, hein !"
"Attends !", je me réveille avant qu'il ne coupe l'appel. "Qu'est-ce ce que tu fiches là, sans prévenir ? Qu'est-ce qui se passe ?"
"Un truc dont il vaut mieux qu'on parle de vive voix", il annonce puis il doit lire sur mon visage qu'il m'inquiète parce qu'il quitte son petit air de chef en mission pour expliquer plus doucement : "Hé, rien de grave, Harry. Personne n'est malade, mort, enlevé ou en prison..."
"Tes examens ?", je questionne à moitié rassuré seulement par cette nouvelle affirmation.
"Major en symbolique", il répond l'air trop content de lui. "Mais justement, je vais vous raconter. Garde Ada et Tiziano sous le coude et rameute Brunissande..."
"Brunissande ?", je répète, et Tiziano et Ada qui discutaient doucement à côté de moi se taisent brusquement en entendant le nom. "Mais je ne sais pas où elle est !"
"Eh bien, appelle-la !", suggère Cyrus l'air de penser que je suis particulièrement borné.
"Cyrus, je... je ne sais pas si elle est à Venise ou si... même elle accepterait de me parler", je suis contraint d'avouer.
"Pardon ?"
"On s'est disputés", j'explique sobrement.
"Disputé ? Toi, tu t'es disputé avec Brunissande ?" - son incrédulité est totale.
"Oui", je réponds aussi fermement que je peux.
"Harry, je te connais : je t'ai vu supporter stoïquement les crises de jalousie de Ron, résister à exploser Drago quand il le méritait, et tu te disputes avec Brunissande ?" - il se marre presque tellement il n'y croit pas.
"Je lui ai demandé d'arrêter de travailler avec nous parce..."
"Mais, tu es malade, Harry !", me coupe Cyrus, avec une incrédulité furieuse maintenant. "Tu me fais bosser pour elle, elle te rend la pareille, et tu la vires du projet ? Ça a l'air dangereux finalement les magies de lune !"
"Tu ne sais rien de..."
"Toi non plus, tu ne sais pas grand-chose, Harry", il me coupe. "Je pars dans trois jours au Brésil - non, dans trois jours, je suis en Amazonie, et pour six mois. Je devrais faire mes valises et je suis là pour vous donnez des informations que vous feriez mieux de prendre en considération, alors Grand Frère, tu prends ton miroir, tu t'excuses et tu te débrouilles pour qu'elle soit là !"
"Personne ne te demande rien, Cyrus !", je m'agace à mon tour.
"OK, je l'amène. Ne me remercie pas", il répond sèchement en terminant l'appel.
ooooo
Note
Les armes des Cimballi - sont sur un fond bleu, des degrés (un escalier) d'argent et trois dragons d'or... J'ai compilé ça à ma façon en baguenaudant sur wikipedia et les familles nobles vénitiennes... vous allez croire que j'ai vraiment rien à foutre de mes journées !
Sinon, la grande discussion que vous réclamez entre briseurs de sorts et apprenti ethnomage arrive dans le chapitre confié à Cyrus - Des échappées, ça s'appelle... Courrier super apprécié.
