On le conduisit à sa propre petite maison dans la falaise. Tous ses livres de magie y avaient été installés, ainsi que ses quelques vêtements. L'endroit possédait une assez vaste pièce à vivre qui faisait également office de cuisine, la seule à avoir une fenêtre ouverte vers la plaine magique. Plus loin, il avait une chambre et une salle de bain. L'ameublement était sobre mais fonctionnel, visiblement de la récupération réparée avec soin, à part un imposant bureau qui était neuf et garni de tous les papiers et fournitures dont il pourrait avoir besoin. D'autres livres que les siens garnissaient les étagères, traitant tous de la magie. La promesse sous-jacente était limpide : il pouvait avoir une belle vie ici, une place à lui, un rôle respecté dans la communauté.
Et la menace était tout aussi limpide : d'épais barreaux d'argent étaient placés sur sa fenêtre et sur sa porte, qui était fermée par un énorme verrou magique. Jusqu'à ce qu'il ait enfin fait ses fameuses preuves, Rémus était prisonnier.
Menace supplémentaire, comme s'il en avait besoin : ce fut Sid Shrewdy qui l'accompagna jusqu'à sa nouvelle demeure et lui en expliqua les règles. Il conclut son petit discours par :
" Alors, petit mordu, des questions ?
— Oui. Quand est-ce que je pourrais utiliser ma baguette ?
— Quand tu auras convaincu Fenrir, bien sûr.
— Bien sûr, bien sûr... Et mon revolver ? C'est lui qui l'a ?
— Oh, tu veux dire, celui-ci ?
Sid sortit l'arme de sa ceinture, avec une délectation évidente. Rémus serra les dents. Il s'en doutait, mais voir son meilleur atout entre les mains de ce dingue ne l'aidait pas du tout à se rassurer.
Surtout lorsque Sid fit mine de le renifler longuement et ajouta :
— Spéciales, ces balles, non ? Une odeur très, très particulière... Mais j'imagine que ce n'est pas ta faute, petit mordu. Après tout, tu n'y connais rien. Tu n'y peux rien si quelqu'un t'a refourgué du mauvais matériel. Un métal aussi mou que l'argent ne peut pas faire beaucoup de dégât, tu sais. Je pense que tu t'es fait avoir.
— Je... c'était pour ma sécurité. Vous aussi, vous avez des rasoirs en argent...
— Mais moi, sale morveux arrogant, je suis le bras gauche de Fenrir, sa main d'assassin, et lorsque je donne un ordre dans cette meute il devient réalité avant même que j'ai eu le temps de dire grouillez-vous. Tu vois la différence ?
— Oui. Et je vois aussi que ça ne change rien. Vous m'avez préparé une jolie cage géante, de toutes manières, qu'est-ce que vous voulez faire de pire que...
Il prit le coup avant d'avoir pu finir sa phrase. Un coup de crosse de son propre revolver, en plein visage, plus douloureux que réellement handicapant. Il fit de son mieux pour rester impassible pendant que sa joue guérissait. C'était le moment de montrer un peu de docilité, visiblement.
Sid ricana :
— Tu as de la chance que je trouve ça marrant, comme idée. Je le garde, et même je ne dirais rien à Fenrir. Tu ferais bien d'en faire autant, viande sur pattes. Les mordus comme nous savent faire preuve d'imagination, pas vrai ? Nous avons toute cette culture, ces histoires imaginaires inventés par des humains assez stupides pour réfléchir très sérieusement aux moyens de se protéger de tous les monstres auxquels ils ne croient pas. Les familles de loups sous-estiment toujours cette richesse, tu vas très vite le remarquer. Aussi stupides que les sorciers. Si ça ne vient pas de leur minuscule petit univers, alors ça n'a sans doute aucun intérêt. Alors que regardons les choses en face, qui dirige ce monde, à part les humains ? Même le Seigneur des Ténèbres se cache d'eux !
Rémus était plutôt d'accord sur ce point, même s'il aurait préféré avaler l'une des balles en argent plutôt que de l'admettre. De toutes manières, l'autre ne semblait pas attendre de réponse, et continua à monologuer :
— Tu vois, j'espère vraiment que tu vas t'intégrer à la meute, même si je n'y crois pas une seconde. Oh, tu peux bien faire le fier, jouer celui qui a réfléchit, celui qu'on peut séduire. Et en face, quand Richard a installé un verrou sur ta porte, il a fait celui qui veut juste t'aider à, je cite : "éviter les problèmes". Il t'aime bien, Richard, tu sais ça ? Tu le fais rire, et il est impressionné par ton courage et ton horrible culot de sale petit traitre. Richard aime les loups-garous qui en ont, et c'est rare chez les mordus. Ils sont plutôt en train de gémir "oh non, un monstre m'a mordu, et maintenant j'ai envie de manger des gens, je suis un monstre aussi, bouhouhou...". Toi, au moins, tu te défends, et c'est agréable. Il ne comprend pas que si tu te défends, ce n'est pas parce tu es un vrai dominant qui va courir avec la meute. Tu te défends parce que tu le hais, tu me hais, tu hais Greyback, tu hais tous les loups-garous, et bordel, tu te hais toi-même ! En fait, c'est assez tordant de le voir espérer devenir ton gentil tonton qui va t'apprendre la vie. Il pense que tu vas changer quand tu auras goûté le sang humain. Parce que c'est ça le plan, petit, au cas où tu aurais encore des doutes. A chaque pleine lune, quelques humains sont relâchés ici - des sans-abris, des fous, bref des gens que personne ne va se donner la peine de chercher. Et on les chasse, on les tue et on les mange. C'est très agréable, crois-moi. On se sent vraiment en super forme après ça. Un peu de sport et un bon diner, c'est tout de même mieux que de se casser les os sur une horrible cage, pas vrai ?
Rémus tremblait de rage. Ne rien dire, il ne devait surtout rien dire, pas maintenant, mais il se jura que si jamais il n'avait pas réussi à trouver une opportunité d'agir d'ici à la pleine lune, il forcerait Sid à utiliser le revolver contre lui, plutôt que de participer à la chasse.
Se délectant toujours de ses sentiments, Sid précisa :
— Mais moi, je sais que ça ne suffira pas à te corrompre. La transformation nous offre beaucoup, sur ce point Fenrir a raison. Elle nous rend plus forts, plus habiles, avec des sens surdéveloppés, et ces capacités de guérison... Un pouvoir surhumain, un véritable don des dieux ! Mais là où il a tort, c'est qu'elle ne nous donne pas le goût du sang. Les chasseurs restent des chasseurs, les dominant restent des dominants, et les autres, ceux qui gardent une ridicule rigueur morale, ne font que s'entêter encore et encore dans leur propre cage intérieure... Franchement, j'aimerai beaucoup te libérer de ça, Rémus Lupin. Pour que tu arrêtes une bonne fois pour toutes de te prendre pour le héros. Je ne vais pas te raconter qu'en fait c'est nous, les héros - ce genre de bêtise est juste bonne pour attirer les louveteaux des autres meutes qui en ont marre de se faire écraser par les humains et les sorciers à la fois. Non, tu vas entendre Fenrir raconter en long et en large cette connerie comme quoi nous sommes les gentils et que nous suivons notre nature d'êtres forts et exceptionnels et élus et bla bla bla. Mais la vérité, c'est que nous sommes... Tu sais ce que nous sommes ? Allez, dis-le. Dis-le moi, droit dans les yeux, louveteau. Nous sommes...
Rémus acheva d'une voix sourde :
— Nous sommes des monstres.
Sid éclata de rire et poursuivi joyeusement :
— Exactement ! Nous sommes des monstres, et fiers de l'être ! Nous sommes la terreur que le Seigneur Noir veut répandre sur les Moldus, les créatures qu'il hait le plus en ce bas monde ! Nous sommes l'incarnation de tout ce que les humains redoutent de voir tapis dans les ténèbres ! Et Fenrir a beau en faire un complexe, nous n'avons pas besoin de magie, petit mordu, pour être les plus terrifants des prédateurs.
Il sembla perdu dans ses pensées quelques instants, puis secoua la tête et reppris :
— Enfin, à qui je vais faire croire ça ? Evidemment que le pouvoir, c'est toujours bon à prendre. Un rasoir en argent ou une baguette magique, je ne cracherai jamais dessus. Après tout, je suis le seul membre de cette meute a avoir demandé à Greyback de me mordre. Tu savais ça ? Tes amis Aurors te l'ont dit ?
— Oui. Mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi.
— Et pourtant, toi qui es un mordu, je sais que tu me comprendras mieux qu'aucun de ces crétins là dehors... Parce que j'étais déjà un monstre quand j'étais humain, voilà pourquoi. Mais un monstre faible. Je me contentais de tuer des gens, discrètement, je savais repérer ceux qui ne manqueraient à personne, je les enlevais, et je m'amusais avec avant de les tuer.
— Vous... vous êtes un assassin ? Comme Jack l'éventreur ?
— Ah, je savais que toi tu comprendrais ! Les autres n'ont aucune idée de ce que c'est que la soif de sang, la vraie, ils pensent toujours que ça vient de l'estomac, alors que non, pas du tout ! Mais comme je te l'ai dit, j'étais un monstre faible. Une balle d'un policier, et je serais mort. J'étais obligé de brouiller les pistes, me trouver des alibis, cacher les corps, patienter entre les meurtres. Vivre sous couverture, en jouant les gentils voisins serviables. Quelle horreur, tu ne trouves pas ?
— Et vous avez trouvé Greyback. C'est sûr que ça a dû le surprendre de trouver autant de potentiel chez un humain.
— Oh, j'étais le premier surpris de découvrir qu'un tel pouvoir existait. Une telle opportunité... Je n'ai pas hésité longtemps avant de lui demander de me mordre, je peux te le garantir.
Sid lui sourit, un vrai sourire pour une fois, presque affectueux. Par réflexe, Rémus recula d'un pas, tandis que l'autre poursuivait :
— Nous nous ressemblons beaucoup, Rémus. C'est pour ça que je sais que tu ne nous rejoindras jamais. Même si tu déchires un humain sous tes dents. Tu te haïras pour ça, tu nous haïras, et tu nous trahira tout autant. Il n'y a pas d'initiation qui puisse te faire intégrer notre façon de faire. Mais bon, tout le monde est emballé à l'idée d'avoir un loup-garou sorcier, et Fenrir en tire profit, donc je ne vais rien dire. Je vais les laisser t'adopter, te confier tous leurs petits secrets. Et quand tu auras pris confiance, que tu verras une opportunité pour nous attaquer, et que tu agiras comme le gentil petit clebs que tu es au fond de toi...
Sid leva le revolver, posa délicatement le canon sur le front de Rémus, et ajouta d'une voix douce :
— Bang, une balle en argent dans ta petite tête. C'est comme ça que ça va finir, pour toi, tôt ou tard, et nous le savons tous les deux. Parce que où que tu sois, quoi que tu fasses, je serai toujours derrière toi à guetter le moindre de tes gestes. Tu ne peux pas fuir, Rémus Lupin, le Chien des Sorciers. Tu es mon prisonnier.
Il finit par s'éloigner et conclut :
— Vois ça comme un compliment. J'ai totalement foi en ton éthique et en ta volonté. Ce sera un réel plaisir, mais aussi un grand regret de te tuer.
La main sur la poignée de la porte, il lui fit un geste d'au revoir :
— Bye bye, Rémus. Dors bien. Tu auras tes premiers élèves demain, soit gentil avec eux, et amusez-vous bien !"
Il quitta enfin les lieux, laissant le châtain seul avec ses pensées. Des pensées assez sinistres. Tout ça promettait d'être bien plus difficile qu'il ne l'avait anticipé.
Je ne sais pas si j'en fais trop avec Sid, au final il ne sert pas à grand chose en tant que méchant, mais je l'adore. Et je trouve qu'il fait un bon pendant avec Rémus, avec leurs histoires respectives ils peuvent justement bien se comprendre tout en étant complètement opposés. Qu'est-ce que vous en pensez ?
