Chers amis lecteurs, vous vous posez sans doute la question depuis le premier chapitre de cette histoire. Qui est Aurore ? Voilà donc ce que j'ai imaginer concernant ses origines familiales.
CHAPITRE 21
" Aurore et le secret des origines "
Avertissement : ce chapitre fait allusion à la violence et aux enfants victimes d'abus sexuels.
Jusqu'à présent, Rebecca ne s'était pas vraiment préoccupée d'Aurore. Que savait-elle d'elle ? Rien ou à peu près. Juste ce que Greg lui avait raconter, qu'il l'avait recueillie après l'avoir découverte en compagnie de Sherlock dans ces terribles conditions. Elle savait qu'on l'appelait Aurore et qu'elle était vraisemblablement Haïtienne selon les dires de Sally Donovan ; la petite semblait parler le créôle haïtien à la perfection.
Depuis l'appel du sergent Donovan et qu'elle était maintenant rassurée pour son fils, elle porta toute son attention sur la petite Aurore. Elle l'observait maintenant avec plus d'attention. Mon Dieu, elle était si menue, son corps était si frêle, ses yeux étaient si grands dans son petit visage émacié. Mais elle était belle que... Mais, oui, c'était bien cela. Elle lui ressemblait. Et même si le métissage était évident, même si sa peau avait cette ravissante couleur de chocolat au lait, même si ses longs cheveux noirs étaient plus bouclés que frisés, elle retrouvait chez l'enfant la même délicatesse des traits, la même finesse de la peau mais surtout, les mêmes longs yeux noirs de gazelle. Non, en aucun cas cette petite fille ne pouvait être Haïtienne.
- Maman, crois-tu possible que se pourrait-être elle ? lui demanda Chiarra, à qui la ressemblance n'avait pas non plus échapper. Après tant d'années. crois-tu que ce soit vraiment possible ?
- J'en suis certaine, lui répondit sa mère. Il faut en avoir la preuve. Mais... sais-tu où se trouve mon attache-case ?
- Dans le vestibule, maman. Où tu l'a laissé tout à l'heure avec nos sacs de voyage.
- Pourrais-tu aller le chercher, s(il te plaît ? Il me faudrait aussi le paquet qui se trouve dans mon sac.
La jeune fille sortit du salon pour revenir quelques instants plus tard avec un très bel attache-case de cuir havane et un mystérieux sac en papier qui intrigua Aurore au plus haut point.
Ils se trouvaient dans le salon de Mme Hudson et la petite fille avait retrouvée sa place de prédilection. Elle était assise sur les genoux de Monsieur Greg. Non loin d'eux, Molly n'était pas moins curieuse.
Mais Rebecca s'était emparée de l'attache-case et l'ayant posé sur la table basse, elle l'ouvrit sous le regard plein d'intérêt de l'assistance. La mallette était constituée de plusieurs compartiments contenant plusieurs objets apparemment de grand prix : une très belle parure de stylos ( porte-mine, stylo-bille et stylo-plume) en argent et un luxueux agenda de cuir havane. Greg n'avait pas été sans remarquer que le téléphone portable de Rebecca, un très élégant smartphone, était une marque de luxe. Mais l'attache-case contenait également des objets des plus banales : des cartes de visite, un bloc de papier et un épais dossier dans une couverture cartonnée. Il y avait un petit ordinateur portable des plus ordinaires mais sur lequel était écrit : INTERPOL, FRANCE - Com. Div. Isabella Meyer-Fiorentini.
- Isabella... Meyer ? demanda Greg.
- Oui, lui dit Rebecca. Isabella Meyer. C'est le nom que l'on m'a donné lorsque j'ai trouvée une nouvelle famille en Suisse il y a trente ans. J'avais perdu la mémoire après que, enfin... ce serait trop long à raconter. Bref, pendant plusieurs années j'ai totalement oubliée qui j'étais, je ne me souvenais plus de mon nom et le couple qui m'a recueillie et adoptée - Karl Gustav et Elena Meyer - m'a donné le leur. La seule chose dont je me souvenais, c'était ce prénom : Isabella. Je ne savais pas pourquoi, j'ignorais qu'il était en réalité mon second prénom, mais je l'ai adopté pour le mien.
- Karl Gustav... Meyer ? s'étonna Greg. Je connais ce nom. A-t-il un rapport quelconque avec la banque Meyer de Lausanne ? Je crois avoir lu ce nom sur le net il y a quelques temps.
- Oui, en effet, c'est le propriétaire de la banque Meyer de Lausanne, dit Rebecca. Enfin, il a pris sa retraite depuis quelques années et c'est son fils Friedrich qui l'administre désormais. C'est pour ça que... Bon. Mon travail à INTERPOL m'a amené à enquêter sur un réseau pédophile, des enfants enlevés ou achetés à leur famille pour être vendus comme esclaves sexuels. Certains de ces enfants miraculeusement retrouvés m'ont tous fait la description d'un homme. Cela faisait trente ans mais j'ai tout de suite soupçonner quelqu'un. L'âge de certaines de ces victimes, les mauvais traitements qu'elles avaient subies : marques de fouet, brûlures de cigarettes. Mais ces enfants que j'ai interrogés m'ont tous donnés un nom, toujours le même, ce même nom qu'il m'obligeait à lui donner. Tout y était, seul la marque au fer rouge était de trop. Ma rancune envers lui pour tout ce qu'il m'avait fait subir était telle que sans doute je me faisais de fausses idées, mais le Journal télévisé de BBC d'hier soir m'a confirmé ce que je pensais. Et même si l'une des deux victimes retrouvées ne correspondait pas en raison de son âge, j'ai tout de suite compris que j'avais vu juste. Surtout lorsque j'ai réalisée qui était la victime.
Puis, se tournant vers Aurore :
- Je n'ai plus eue aucun doute lorsque je t'ai entendue nommer l'homme qui t'as retenue prisonnière. Il se faisait appeler le Maître et il se fâchait très bien si tu oubliais, n'est-ce pas ?
- Oh, oui, madame. Vraiment très fort.
- Oui, c'est bien cela... Alors, lorsque tu oubliais il te donnait le fouet, n'est-ce pas ? Il te prenait par les cheveux pour te lancer contre les murs. Il se couchait sur toi, il allait en toi encore et encore jusqu'à ce que tu saigne pour te punir. C'est bien cela ?
- Comment vous savez ça, madame ? Il vous a fait aussi ? Même quand le bébé était dans votre ventre ?
- Oui, il me l'a fait aussi. Mais... comment sais-tu cela ?
- Mycroft a raconté l'histoire hier ? Alors, vous êtes vraiment la maman de Sherlock ?
- Oui, je suis vraiment sa maman.
- Et Chiarra, c'est la soeur de Sherlock ?
- Oui, Chiarra est bien la soeur de Sherlock.
Aurore réfléchit un moment, retournant dans sa tête toute cette histoire de papas et de mamans, essayant de comprendre qui était l'enfant de qui. Puis, elle murmura :
- Monsieur Greg est le papa de Sherlock mais il n'est pas celui de Chiarra. Monsieur Greg n'est pas non plus mon papa.
Elle regarda Rebecca avec un grand sourire.
- Mais on doit aller voir le monsieur pour qu'il me donne à monsieur Greg. Miss Annie a promis.
- Ce n'est pas si simple, dit Greg. J'espère que la garde d'Aurore me sera confiée mais je doute fort que ce soit aussi facile. Et même si ce juge aux affaires familiales est une relation de Mycroft, avec les services sociaux rien n'est jamais simple.
- Bah ! dit Rebecca. Ce ne sera qu'une simple formalité. Mais avant, je dois m'assurer d'une chose.
Elle sortit le dossier de l'attache-case et le posa à côté, sur la table. Elle l'ouvrit et en retira un document : une analyse d'ADN.
- Lorsque cette petite a été découverte dans les conditions que nous savons, a-t-elle été examinée ? demanda-t-elle. A a-t-on fait des prélèvements ?
- Bien sûr, lui dit Greg. Le sergent Donovan s'en est chargée avec l'aide de Madison Lewis, une collègue du service médico-légal.
- Et une analyse d'ADN a-t-elle été faite ?
- Comme toujours, dans un tel cas. Nous ne savions rien d'Aurore si ce n'était ce prénom qu'elle nous avait donné. Nous pensions pouvoir identifier sa famille.
- Il faudrait que je la consulte. Ce sera la preuve ultime qui me permettra de prouver ce dont je suis certaine.
- Et bien, je vais appeler Scotland Yard pour qu'on nous fasse parvenir une copie. Je ne pense pas que Mme Hudson ne nous en veuilles si nous utilisons son fax.
- Mais certainement, mon garçon, dit une voix.
Margaret Hudson se tenait à la porte du salon en compagnie d'Helen Perkins, chacune lourdement chargée d'un panier remplie de provisions. Personne n'avait entendu s'ouvrir la porte d'entrée de la maison.
Dans un coin du salon, se trouvait un petit bureau où se trouvait un ensemble informatique dernier cri et semble-t-il particulièrement coûteux. Cadeau du dernier Noël qu'avait fait Mycroft a la brave femme. Il y avait non seulement un ordinateur et une imprimante mais également un fax.
Pendant qu'Helen s'occupait des paniers, Margaret alluma le fax et le chargea en papier. Pendant ce temps, Greg composa un numéro sur son portable. Il fut bientôt en communication avec le service médico-légal de Scotland Yard. Il ne parla guère plus de quelques minutes, juste pour donner les explications nécessaires et il eut à peine ranger son téléphone dans sa poche que le fax se mettait en marche.
Rebecca eut bientôt le document entre les mains. Elle compara les résultats de l'analyse d'ADN effectuée la veille avec le document qu'elle avait extrait de son dossier.
- C'est elle, s'exclama Rebecca. Mon Dieu, après près de neuf ans de recherches et d'espoirs déçus, c'est enfin elle.
- Qui ça, elle ? demanda Greg. Tu la connais donc ?
- Oh, oui ! Sieger Holmes savait très bien ce qu'il avait entre les mains pour l'avoir garder près de lui si longtemps... Cette petite n'est pas Haïtienne, elle ne l'a jamais été.
- Mais elle parle pourtant créole. Elle le parle même à la perfection, d'après ce dont j'ai pu en juger. Je l'ai entendu parler avec Sally.
- Parce qu'on le lui a appris a une époque où il fallait absolument lui faire oublier ses origines.
- Alors, qui est-elle ? Et s'appelle-t-elle vraiment Aurore ?
- Oui, elle s'appelle vraiment Aurore et c'est l'erreur qui a été faite. Ne pas lui avoir donner un autre nom. Oui, elle s'appelle vraiment Aurore. Aurore Zarah San Felice.
- San Felice ? s'étonna soudain Molly. C'est bien un nom italien, n'est-ce pas ?
- Oui, en effet, miss Hooper, lui dit Rebecca. Elle est Italienne par son père et Ethiopienne par sa mère. Elle est la fille de Rafaele San Felice et de Maryam Mekonnen. Elle est née le 12 juin 2001 * à Florence.
- Mais que voulais-tu dire par " Sieger Holmes savait très bien ce qu'il avait entre les mains ? " demanda Greg. Cela a-t-il un rapport avec le fait qu'Aurore ne soit pas Haïtienne ? Comment pouvait-il ignorer ses véritables origines ? Et qui était donc cet homme qui le lui a vendue ?
- Du calme, Greg, du calme. Une seule question à la fois. Je dois d'abord parler avec Aurore.
Rebecca fouilla une nouvelle fois dans son dossier et en sortit deux photographies qu'elle montra à la petite fille.
- Dis-moi, ma chérie. Pourrais-tu me dire qui sont ces deux personnes ?
Aurore regarda les photographies sur lesquelles figuraient un homme et une femme. Ils étaient Noirs tous les deux.
- C'est mon papa et ma maman, dit-elle.
- Ta maman est morte, n'est-ce pas ? Te souvient-tu exactement quand et comment cela s'est passé ?
- C'est quand j'avais trois ans. Papa et maman ce sont disputés et papa l'a frappé. Maman est tombée dans l'escalier de la maison, elle s'est cognée la tête et puis elle est morte. Les gens à l'hôpital ont dis que c'était un accident, que c'était pas la peine d'appeler la police pour si peu mais moi, je savais que c'était pas vrai. Papa l'a poussée dans l'escalier. Et pour pas que je parle, il m'a battue avec sa ceinture pendant très longtemps. Je pouvais plus marcher tellement j'avais mal. Et puis rien à manger jusqu'à ce que je dises que je dirais rien. Rien à manger pendant trois jours. Et pour que je dises vraiment rien, il m'a encore battue.
- Te souviens-tu pourquoi ils se sont disputés ?
- Oui, madame Rebecca. C'était après une promenade. Maman m'avait emmenée dans un parc, je ne sais plus lequel. On s'amusait bien, je m'en souvient, et puis maman a eue peur quand elle a vue une dame et un monsieur. Elle m'a emmenée vite à la maison et a dit à papa qu'elle voulait leur parler. Mais papa a dit qu'il ne voulait, qu'ils auraient plus l'argent après. C'est pour ça qu'il l'a poussée dans l'escalier, parce qu'elle voulait parler au monsieur et a la dame. Je sais pas pourquoi.
- Je le sais, moi. Et maintenant, regarde bien cette photographie et dis-moi ci se sont le monsieur et la dame que tu as vue dans ce parc.
Rebecca lui tendit une nouvelle photographie. Celle d'une famille. Une belle jeune femme dont les origines africaine ne laissaient aucun doute était assise dans un fauteuil, une toute petite fille sur ses genoux. Le bébé ne devait pas avoir plus d'un an. C'était une belle enfant métisse à la peau couleur de chocolat au lait. Un homme était debout près d'elles. Un homme d'une rare séduction. Il était Blanc, mais son teint mat disait ses origines méditerranéennes. Ils étaient tous trois vêtus avec une élégance extrême. L'homme était vêtu d'un élégant smocking. La jeune femme d'une magnifique robe du soir et la petite fille d'une copie en miniature de la robe de sa mère. Cette photographie semblait être une photographie officielle, mais la présence d'un grand lapin en peluche blanche assis au pied du fauteuil paraissait plutôt incongrue.
Aurore fronça les sourcils en regardant la photographie. Un doigt dans la bouche, elle réfléchissait intensément, semblait essayer de se rappeler un souvenir lointain. Soudain, la lumière se fit dans sa mémoire.
- Ce sont le monsieur et la dame, n'est-ce pas ? s'exclama-t-elle. Ceux que j'ai vu avec maman.
- Tu te souviens de ce monsieur et de cette dame ? lui demanda Rebecca.
- Je me souviens de presque tout de lorsque j'étais petite avant d'aller chez le Maître. Le lapin de la photo, je m'en souviens mais je me rappelle pas l'avoir eue avec moi dans la maison de papa et maman. Parce qu'il était chez le monsieur et la dame de la photo, c'est ça ? C'est qu'il appartient au bébé de la photo, n'est-ce pas ?
- Et pourquoi te souviens-tu de ce lapin s'il appartient a ce bébé ?
- Parce que... parce que c'est moi le bébé de la Photo ? C'est bien ça ? Parce que le monsieur et la dame de la photo ce sont mon papa et ma maman ? C'est ça ?
- Oui, Aurore, c'est bien cela.
- Alors pourquoi je vivais avec papa et maman s'ils n'étaient pas mon vrai papa et ma vraie maman ? est-ce que je vais retourner chez mon vrai papa et ma vraie maman ? Non, non je veux pas. Je veux rester avec monsieur Greg.
La panique pouvait s'entendre dans la voix de la petite fille devenue soudain aiguë. Ses grands yeux noirs étaient devenus brillants, remplis de larmes et soudain, elle éclata en sanglots. En proie a un violent désespoir, elle se blottie dans les bras de Greg, cachant sa tête dans son cou.
- Chut, chut, murmura Greg a son oreille. Calme-toi, mon coeur, calme-toi. Bien sûr que tu vas rester avec moi. N'est-ce pas, Rebecca ?
- Oh, mais bien sûr, répondit Rebecca. Bien sûr que tu resteras avec Greg, ma mignonne. Greg sera bientôt ton papa. Tu ne peux malheureusement pas retourner chez ton papa et ta maman. Ecoute-moi, Aurore, regarde-moi. Je suis certaine qu'ils auraient aimé connaître une petite fille aussi mignonne que toi, mais c'est impossible. Ton papa et ta maman sont... Ils sont...
Aurore tourna vers elle son petit visage encore ruisselant de larmes.
- Ils sont morts ? gémit-elle à nouveau en sanglots. J'ai plus de papa et plus de maman ?
- C'est bien cela, ma mignonne, lui dit Rebecca. Mais regarde ce qu'ils ont laissés pour toi.
Elle fit signe à Chiarra de lui apporter le mystérieux sac en papier qu'elle avait apporté en même temps que le bel attache-case.
Essuyant ses larmes, Aurore observa Rebecca qui ouvrait le sac en papier et soudain, elle poussa un cri lorsqu'un grand lapin en peluche blanche apparut devant elle. Oui, c'était bien lui dont elle se souvenait. C'était bien son lapin. Et lorsqu'il fut enfin dans ses bras, elle ferma les yeux en se laissant aller dans les bras de monsieur Greg. Elle soupira d'aise. Elle était heureuse, elle savait qu'elle ne craignait désormais plus rien. Monsieur Greg était là et il serait bientôt son papa. Et même si monsieur Greg avait peur, elle savait que le juge dirait oui et qu'il la donnerait a monsieur Greg.
Ainsi donc, un coin du voile avait enfin été levé. Mais chacun dans le salon savait ou, du moins, se doutait que bien des secrets, bien des mystères restaient encore à être révélés. Et sans doute Gregory Lestrade était celui qui se posait le plus de questions. Et tandis qu'il resserrait l'étreinte de ses bras autour du corps si frêle de la petite fille, il leva les yeux vers Rebecca.
- Que s'est-il passé ? demanda-t-il. Pourquoi Aurore s'est-elle retrouvée chez ces gens ?
- Ses parents le savaient-il ? demanda Molly. Aurore a parler d'argent qui était remis à ces gens. Pourquoi les croyait-elle ses parents ? Etait-elle leur prisonnière ?
- Et bien, dit Rebecca. Comment dire. Voyons... Pour raconter ce qui est arrivé à Aurore, on doit en doit remonter bien avant sa naissance. Vous devez avant tout savoir que la famille San Felice est certainement l'une des plus riches de Toscane. Et si Sieger Holmes avait su dès le début qui elle était lorsqu'il en fit l'acquisition, si il avait su sa véritable identité, ses véritables origines, il aurait pu réclamer pour cette petite une rançon... princière. Oui, princière, c'est bien cela. Lorsque l'homme qui se faisait passer pour son père a été arrêté il y a quelques années, il m'a avoué l'avoir " cédée " pour 25.000 £. Et si Sieger avait su ce qu'il avait entre les mains, sans doute l'aurait-il mieux traitée.
- Que veux-tu dire ? lui demanda Greg.
- Et bien, disons que lorsque son identité sera définitivement établie, cette petite fille que tu tiens sur tes genoux sera reconnue comme une très riche héritière.
- Riche à quel point ? demanda Greg qui commençait à devenir nerveux.
- Ne t'affoles surtout pas, lui dit Rebecca en riant. La banque Meyer continuera à en assurer la gestion jusqu'à sa majorité. Cette petite se trouve à l'heure actuelle à tête d'une fortune de... vingt-cinq millions de livres.
- QUOI ?
Le cri de surprise fut unanime. Même Chiarra qui connaissait pourtant toute l'histoire, avait toujours ignorer le montant exact de l'héritage de la petite fille.
- C'est beaucoup d'argent ? demanda Aurore.
- Oh, oui, ma chérie, lui dit Rebecca. Vraiment beaucoup d'argent. Et très peu de petites filles de ton âge en ont autant.
- Et donc... ? demanda Greg.
- Et donc, continua Rebecca, une telle fortune ne pouvait qu'exciter l'envie. Toute fortune, bien sûr, ne peut que provoquer le désir, peut devenir une véritable obsession, surtout lorsque l'on sait qu'elle ne vous appartiendra jamais. Mais lorsque je parle de la fortune de la famille San Felice, je devrais plutôt parler d'une fortune acquise par union matrimoniale. Si la famille San Felice n'a jamais été particulièrement pauvre, bien au contraire, on ne peut véritablement parler de fortune qu'à partir du mariage de Rafaele San Felice avec Maryam Mekonnen. Une fortune qui leur était propre et qui devait donc revenir uniquement à leur descendance. Mais pour leur malheur, on les incita à rédiger un testament indiquant que si ils mourraient sans descendance, leur fortune reviendrait aux membres alors vivants de la famille. Maryam n'avait de son côté plus aucune famille proche et si Rafaele était fils unique, son père avait par contre une soeur, Giovanna. Et cette femme qui avait fait un mauvais mariage, qui avait épousée un homme qu'elle n'aimait pas, un homme qui était loin d'être riche et de qui elle n'avait pas eu d'enfant, avait décidée de prendre sa revanche sur la vie après de décès de son époux. Et la bonne fortune de son neveu qui avait épousé les millions de la très riche Maryam Mekonnen fini par lui tourner la tête. Elle s'était persuadée de tout cela devait lui revenir. Mais son neveu avait eu une enfant de cette même Maryam Mekonnen. Une héritière qui était entre elle et les millions. Et donc, cette héritière devait disparaître.
" Je n'ai jamais su comment elle a réussie à circonvenir la nourrice d'Aurore qui avait alors dix-huit mois. Bien sûr, elle savait que cette jeune femme qui avait quittée la misère d'Haïti ne rêvait que d'une chose, rejoindre son fiancé qui se trouvait déjà à Londres. Un jour, la nourrice et l'enfant ont disparues et on a tout de suite penser à un enlèvement crapuleux, qu'on finirait par retrouver le corps de la nounou et qu'une demande de rançon serait envoyée au parents. Mais rien. Rien pendant des semaines, rien pendant des mois. Nous ignorions totalement qu'en fait, c'était la nourrice elle-même la responsable de l'enlèvement. Elle avait réussie à quitter Florence puis l'Italie avec l'aide de Giovanna et à gagner Londres. Elle y retrouva son fiancé et ils se marièrent. Ils ont fait passer Aurore pour leur fille et cela leur fut d'autant plus facile, qu'une certaine somme d'argent leur parvenait chaque mois. Aurore avait dix-huit mois lorsqu'elle a été enlevée. A cet âge, les enfants sont influençables, ils oublient rapidement ce qu'on leur a appris depuis leur naissance et il est facile de leur inculquer de nouvelles connaissances. Et je pense qu'il leur a été facile de faire croire qu'ils étaient ses parents, qu'elle était haïtienne en lui apprenant le créole, de lui faire oublier l'italien en lui apprenant l'anglais. Pour ce qui est du reste, vous en savez autant que moi. Aurore vient de nous le raconter.
- Je comprend, dit Greg. Mais comment s'est-elle donc retrouvée entre les mains de Sieger Holmes ?
- Et bien, après la rencontre dont Aurore nous a parler, après la mort... accidentelle de son épouse, le " papa " a prévenu Giovanna de ce qui s'était passé, elle a continuée à lui verser son allocation. Rafaele et Maryam n'avaient reconnus ni leur ancienne nourrice ni leur fille qui avait maintenant trois ans lorsqu'ils les avaient croisés. Les mois ont alors passer et les choses ont continuer tel qu'elles étaient. Les pauvres parents n'ont jamais désespérer de retrouver un jour leur fille. Les recherches ont continuer, toujours infructueuses. Mais un an plus tard, il a suffit qu'un chauffard leur grille la priorité sur une route de la campagne Toscane pour que... Ils n'ont pas survécu à leur accident de voiture. Giovanna pensait bien sûr que leur mort lui ouvrait enfin l'accès à l'héritage, mais une mauvaise surprise l'attendait. Comme aucun corps n'avait jamais été retrouvé, l'héritière légitime était toujours considérée comme vivante et il lui faudrait attendre le délai légal, sept ans après la mort de ses parents pour qu'Aurore soit elle-même déclarée officiellement décédée. Giovanna devrait donc attendre sept ans pour qu'elle puisse enfin hériter. Vous imaginez bien qu'elle fut sa réaction. Ce n'est jamais beau à voir une italienne en colère, vous pouvez me croire. Oh, oui, elle était tellement en colère qu'elle se résolue à ce qu'elle s'était toujours refusée. Elle demanda donc au " papa " de ses débarrasser de l'enfant... définitivement.
- Tu ne veux tout de même pas dire qu'elle lui a demander de..., s'exclama Greg.
Il ne put continuer sa phrase, tant l'idée qu'il lui venait l'épouvantait. Mais Molly avait semble-t-il garder les pieds sur terre. Elle avait attentivement écouter l'histoire qui venait d'être dite et s'était déjà faite son idée.
- Vous voulez dire qu'elle lui a demander de fournir un cadavre pour prouver qu'elle était désormais la seule héritière ? demanda la jeune femme. Cela aurait été stupide de sa part. On l'aurait tout de suite soupçonnée?
- Mais bien sûr, miss Hooper. Et d'ailleurs, le " papa " s'y était refusé. C'était peur-être un homme violent qui maltraitait les siens, qui n'hésita pas a pousser son épouse dans un escalier sur le coup de la colère, mais ce n'était pas un assassin. De plus, cela s'avéra impossible. Aurore n'était déjà plus avec lui, il l'avait... perdue depuis déjà quelques temps.
- Comment cela, perdue ? s'étonna Greg. Je croyais qu'il l'avait vendue ?
- Enfin, quand je dis " perdue ", elle lui a plutôt servie à rembourser ses dettes de jeux. Parmi tous ces défauts, il avait un vice plutôt dispendieux : le poker. Mais s'était surtout un joueur malchanceux. Il perdait souvent et finalement, ses dettes sont montées à la somme plutôt élevée de 25.000 £. L'homme a qui il devait cette somme savait qu'il ne pourrait jamais le rembourser, qu'il ne possédait rien. Si, il possédait une chose : une petite fille de quatre ans plutôt ravissante. Il lui proposa alors, en échange de l'effacement de sa dette, de lui donner l'enfant. Ce qu'il ignorait, c'est que l'homme en avait parler à l'une de ses relations qui, pour cette somme de 25.000 £, en avait déjà fait l'acquisition.
- Et la relation en question n'était autre, je suppose, que Sieger Holmes ? C'est proprement scandaleux ! Mais comment as-tu appris tout cela ? Est-ce en rapport à ton affaire de trafic d'enfants ?
- Je te raconterais cela plus tard. Pour le moment, nous n'avons plus assez de temps. N'y a-t-il pas un certain rendez-vous auquel vous devez vous rendre, Aurore et toi ? Quelle heure est-il, Gregory ?
Greg regarda l'heure à sa montre.
- Miséricorde ! s'exclama-t-il. 17 h 42. Il est grand temps que nous partions. Tu nous accompagne également, Rebecca ?
- Bien sûr. J'ai avec moi des documents qui te permettront d'obtenir la tutelle d'Aurore. Elle te sera confiée, ne t'inquiètes pas... Et ensuite, nous irons voir Sherlock. N'est-ce pas, miss Hooper ? Ne croyez-vous pas qu'il est grand temps que votre petite Angela fasse la connaissance de son père ?
- Oui, madame, dit Molly en rougissant.
- Alors, ma fille, allez préparer ce charmant bébé. Vous allez partir en même temps que nous. Et toi aussi, Chiarra. Ne veux-tu pas faire la connaissance de ton frère ?
- Oh, maman ! s'exclama la jeune fille. Oh, bien sûr. Si tu savais à quel point je veux le connaître.
Alors, tandis que Rebecca rassemblait les documents qu'elle désirait emporter avec elle dans une chemise cartonnée qu'elle trouva dans l'une des pochettes de son attache-case, Molly monta chercher Angela. Quelques minutes plus tard, elle redescendit avec le bébé qu'elle tenait contre elle et portant à l'épaule son sac à langer qu'elle n'avait pas oublier.
Puis, ils se retrouvèrent tous bientôt sur le trottoir, près de la voiture de Greg. Molly s'était déjà installée à l'arrière avec son bébé lorsqu'une Mini rouge se gara derrière la BMW argent métallisé.
- C'est miss Sally ! s'exclama Aurore. Miss Sally est revenue.
Mais miss Sally n'était pas revenue seule.
Un très beau 4x4 à la carrosserie dorée arriva bientôt. Une jeune fille à la chevelure rousse vêtue d'une robe comme Aurore n'en avait jamais vue en descendit ainsi qu'un homme de haute taille au teint très sombre et portant une grande mallette de cuir noir.
Qui étaient-ils ?
* Je rappelle pour mémoire que cette histoire se déroule en 2012.
Oui, je sais, vous devez me détester d'avoir ainsi interrompue l'histoire d'Aurore. Vous voulez vite savoir la suite mais permettez-moi de laisser planer le mystère. Patience, tout viendra en son temps.
