Note de l'auteur : Attention, on avance à peine dans le futur. Mais juste de quelques mois, pas de plusieurs années comme on l'a déjà fait auparavant :) Par contre, ce chapitre est peu actif niveau intrigue, on va dire. L'action reprend véritablement dans le suivant. :)
Réponses aux reviews
Moirice : Je me répète, mais Jellal EST un Idiot (oui, majuscule !). Et malheureusement Simon est affreusement loyal et réfléchi, sans compter qu'il ne cause pas beaucoup. Il a dit qu'il se tairait, alors il se taira :)
Holidays : Mes notes de l'auteur sont rarement censées faire plaisir à mes lecteurs :p Jellal est un Prince pourri-gâté à la base, il a toujours eu tout qui lui tombait tout cuit dans le bec. Alors forcément, il est capricieux, notre petit Roi. Capricieux et très bête, malheureusement :)
kazenoseiren : Je ne peux pas continuer cette histoire indéfiniment :) Faut bien qu'ils finissent ensemble un jour. Mais si ça peut te consoler, j'ai un autre projet de Mystwalker en cours de réflexion, pour quand j'aurai fini cette fiction-là. :)
Lehanna : Ta review du chapitre 50 : comment ça 5 jours c'est trop long ? Je fais comme je peux :p Et quand je suis en mode limace-sans inspiration, c'est encore un exploit. Les retrouvailles n'ont pas été très passionnelles, non. Et ce chapitre risque de te faire criser encore un peu plus :) Et non Simon n'est pas un rival pour Jellal (bien que celui-ci recommence à penser le contraire, boudiou !) Ta review du chapitre 52 : Attends, généralement t'es la première à reviewer mes chapitres sur toutes mes histoires, heureusement que je remarque quand tu n'es pas là 3 Et tu vas me détester encore plus vu que leur relation va se dégrader encore plus :p
Mirajane1 : Jellal est un idiot intersidéral. C'est tout ce que j'ai à te répondre :)
53. Monotonie
X792, Edolas, Cité Royale
Plusieurs mois avaient passé depuis le voyage à Altaïr, et l'on célébrait encore, dans certains villages, le passage à la nouvelle année.
Accoudé à un balcon du château, Jellal embrassait du regard l'immensité sous ses yeux : le château, la Cité Royale, les champs, les forêts et les routes, les montagnes au loin, l'horizon, et enfin le ciel, bleu marbré de blanc-gris.
La rumeur des résidents du château lui parvenait d'en-dessous lui : les soldats à l'entraînement, le tintement du métal, le claquement des sabots des chevaux sur les dalles de pierre, les servantes qui discutaient en travaillant, les nobles qui discutaient, le bruit sourd du marteau du forgeron sur son enclume, le grincement d'une roue de chariot mal huilée...
C'était si vivant, comparé au monde où il évoluait chaque jour. Un joyeux brouhaha qui contrastait fortement avec le calme effrayant de son bureau, derrière lui. Il lui suffirait de refermer les porte-fenêtre et plus aucun son ne l'atteindrait. Sa salle de travail redeviendrait isolée de tout et étouffante.
Depuis plusieurs mois, sa vie avait pris un tour mécanique. Toutes ses journées se ressemblaient. Il répondait aux missives urgentes pendant le petit-déjeuner, passait la matinée en Conseil, traversait le château pendant l'heure du midi pour se dégourdir les jambes - toujours selon le même chemin -, s'enfermait dans son bureau jusqu'à l'heure du dîner avant d'aller se coucher. Quelques fois, son train-train quotidien serait perturbé par l'irruption de Hugues ou Sugar Boy ou Luxus ou Simon, parce que leur Division venait de rentrer et qu'ils devaient faire leur rapport. Ou bien il recevrait les doléances de quelque noble, marchand ou diplomate étranger. Ou alors, plus rarement, il passerait la soirée dans la salle de bal, à sortir des réponses toutes faites sans même savoir exactement quelle était la raison du rassemblement.
C'était un enfer gris, sans douleur ni inquiétudes, sans plaisir ni enthousiasme. Il était devenu un robot, suivant sans protester le cours de sa vie ennuyante et sans intempéries.
Au fond, Jellal savait bien qu'il lui manquait quelque chose. Il savait même parfaitement quel était ce quelque chose. Mais il se refusait à y penser. Par orgueil. Par entêtement. Par colère aussi, quand il y pensait un peu trop.
Et il reléguait dans un coin de son être les souvenirs de ses rêves colorés d'écarlate, de peau blanche et de rires cristallins. Il encageait les émotions qui risquaient de surgir à la vue d'iris marrons, de cheveux roux et d'armures luisantes.
Il le savait, que c'était bête, comme comportement. Mais il se disait puérilement que puisqu'Erza faisait la même chose, alors il pouvait bien continuer aussi.
Et puis de toute façon, c'était de sa faute à elle, pas à lui.
Debout sur son Legyon, cheveux au vent, sa fidèle Soul Voice dans la main droite, Erza admirait le paysage qui s'offrait à elle, sous ses pieds.
La grande forêt entourant Sycca, avec ses arbres couleur jade. Les plaines vert tendre, jaune d'or ou violet timide, ou bien même multicolores. Les rivières à l'eau claire qui ondulaient paresseusement, en un tracé mystérieux qui s'éloignait au loin. Les montagnes, au sommet d'un blanc pur, surmontées de couronnes de nuages cotonneux. L'horizon, ligne éternelle aux confins de son champ de vision. Et enfin le ciel, bleu marbré de blanc-gris.
Elle n'entendait que le chuchotement du vent et les battements d'ailes de sa monture. Elle sentait l'air frais sur sa peau et son écharpe froissée par la brise qui virevoltait derrière elle. C'était calme, intemporel, et reposant. Le monde tournait en dessous d'elle, inconscient de sa présence, pendant qu'elle le regardait, cachée entre deux nuages.
Mais elle n'était pas là pour admirer la vue, aussi magnifique soit-elle, et elle fit redescendre le Legyon, reprenant son travail de patrouille. Revenant à sa vie monotone aux relents amers.
Elle vivait à moitié depuis quelques mois. Elle savait que Simon l'avait remarqué, et sûrement Luxus et Coco et Sugar Boy aussi, et peut-être même Hugues, qui sait ? Ça ne l'intéressait pas plus que ça, en réalité. Elle entraînait sa Division le matin, inspectait les armureries sur l'heure du midi, partait en patrouille - seule ou avec sa Division - jusqu'au soir, croisait une dernière fois le fer avec les soldats encore présents dans les salles d'armes, et retournait se coucher. En cas de Conseil, Simon prenait sa place, sans jamais qu'elle ait à demander ni lui à se plaindre, en un accord silencieux. Lors des rares soirées, elle patrouillait à l'extérieur, sur les chemins de ronde.
C'était un enfer gris, sans saveur ni complaintes, sans problèmes ni légèreté. Elle était devenue - redevenue ? - un robot, qui exécutait ses missions sans faillir, dans un silence presque religieux.
Erza savait qu'un grain de sable s'était glissé dans les rouages autrefois imprévisibles de sa vie. D'ailleurs, pour ce qu'elle en savait, c'était peut-être même bien le sablier entier qui s'était renversé. Et elle connaissait fort bien la nature de ces grains de sable. Parce que oui, au final, il y en avait bien plusieurs. Mais elle savait qu'il suffisait d'agir sur un seul pour débloquer tout le reste. Ce grain de sable à rôle de clé de voûte, elle savait parfaitement ce que c'était. Ou plutôt, qui c'était.
Mais elle avait peur. C'était risible, quand elle prenait parfois le temps d'y penser. Elle, Erza Knightwalker, capable du pire et du meilleur - mais surtout du pire -, l'indomptable et impitoyable guerrière et ex-Tueuse de Fées, avait peur.
Alors elle fuyait, malgré tous ses efforts. Elle essayait, pourtant, régulièrement. Elle allait jusqu'à un certain étage, un certain couloir, une certaine porte... Et puis elle rebroussait chemin brusquement, ou prenait la tangente, incapable d'aller jusqu'au bout. Ou alors elle prenait sa décision, et puis l'apercevait, lui, au bout d'un couloir... Et filait en sens inverse, incapable de le regarder dans les yeux.
Plus que risible, c'était pathétique. Et pourtant elle continuait.
Et la nuit, elle savait que ses cauchemars seraient colorés de bleu roi, teintés de mépris, d'amertume, de honte, de peur et de culpabilité. Elle savait qu'elle se réveillerait en sueur et pourtant gelée et frissonnante, le coeur serré et le ventre noué.
Et pourtant elle ravalerait sa tristesse au goût salé, s'enfoncerait un peu plus dans ce comportement pitoyable qu'elle détestait, et fuirait encore un peu plus le bleu des cheveux de Jellal.
Le plus pathétique, dans cette histoire, c'était qu'elle espérait stupidement, à chaque fois qu'elle tournait les talons en le voyant, qu'il la rattrape et la retienne, qu'il lui pose ces questions si bêtes et qui lui manquaient pourtant tellement.
Mais il ne le faisait jamais, et elle avait mal au coeur un peu plus à chaque fois.
C'était de sa faute à elle, si elle agissait ainsi. Elle le savait. Mais cette fois, elle n'arrivait pas à se relever. Elle rampait, faute de pouvoir faire mieux, espérant vainement une main tendue pour l'aider à se redresser.
Et l'enfer continuait.
