-Et c'est comme ça que tu te battais sur le champ de bataille? Hé bien, je me demande comment est-ce que tu est encore en vie.....Lâcha Drago d'un ton badin.
Aaron serra la mâchoire et ses doigts se resserrèrent autour de sa baguette. D'un mouvement précis de sa baguette, il lança un sort de découpe que Drago évita facilement.
Drago n'aimait pas vraiment s'entraîner seul et Aaron avait tout de suite accepté quand le blond était venu le voir dans ses quartiers. Ce n'était pas comme s'il avait d'autres choses à faire, n'est-ce pas? Mais Drago était nettement plus fort qu'Aaron, il s'était donc vite retrouvé à parer les attaques du plus jeune tout en l'irritant avec des insultes à demi-voilée. Drago devait avouer que le gamin gérait plutôt bien sa colère... Au même âge, Harry se laissait vraiment trop emporté par ses sentiments.
-Pourquoi fais-tu ça? Siffla Aaron, rageur de sa défaite.
-Faire quoi? Lui demanda distraitement Drago.
-M'entraîner! M'apprendre des parades!
-Je ne t'entraîne pas, Salaheddine, je me distrait. Répondit Drago, catégorique, un demi-sourire au coin des lèvres.
-Ne dis pas n'importe quoi, Malfoy! Et répond à ma question! Exigea Aaron. Pourquoi aides-tu un prisonnier? Un mangemort? Le traître que tu es aurait-il des regrets? Souffla-t-il plus bas, l'air malicieux.
-Ne parle pas de ce que tu ne connais pas. Lui rétorqua Drago plus froidement. Je n'ai jamais trahi Voldemort puisque je n'ai jamais réellement été de son côté.
-Jamais? Répéta Aaron en fronçant ses sourcils.
-Jamais. Quand il a fallu faire un choix, Severus m'a aiguillé vers le bon. Et je suis presque tout de suite devenu espion. Le peu de temps où j'ai été un mangemort à part entière, n'a été constitué que d'interrogations. Expliqua-t-il au plus jeune.
-Pourquoi? Souffla le jeune garçon. Pourquoi avoir fait ce choix?
-Pourquoi pas? Lui répondit Drago en haussant les épaules.
-N'élude pas ma question! Siffla avec hargne le plus jeune. Pourquoi?!
-Parce que j'ai eu la chance d'avoir un parrain qui se souciait de moi. Et que je ne pouvais concevoir qu'un idéal qui admette qu'un père frappe son fils soit bon.
-Mon père n'a jamais levé la main sur moi, lui répondit Aaron plus doucement, et je n'ai pas de parrain digne de ce nom. Comment aurais-je pu faire le bon choix?
-Je ne sais pas, admit Drago sincèrement, peut-être n'aurais-tu pas pu.... On ne pourra jamais le savoir. Et on s'en fout... Lança-t-il avec désinvolture.
-Pardon?
-L'important, Aaron, c'est le choix que tu va faire maintenant. Va-tu décider de nous trahir malgré l'indulgence dont on a fait preuve à ton égard ou va-tu t'investir dans la lutte contre Voldemort? Le passé est le passé. Laissons-le là ou il est. Conclu Drago, sagement.
-Je.... je n'ai pas envie de vous trahir. Admit Aaron à demi-voix tout en gardant une posture très digne. Je n'ai pas envie d'y retourner. Souffla-t-il encore.
-Pourquoi? Lui demanda Drago, sincèrement intéressé.
-Tout es tellement faux. Et froid. Je.... J'aimerais... J'aimerais bien.... Commença Aaron avant de se taire brutalement. Exposer ses faiblesses était une énorme erreur.
-Tu aimerais bien un endroit chaleureux où tu peux toujours être toi-même. Un endroit épuré de toute hypocrisie et de tout faux-semblant. Un endroit où tu te soucie du voisin qui lui-même se soucie de toi. Où la fraternité est le maître mot parce que toi-même, tu n'a jamais pu expérimenté ce genre de relation. Compléta Drago sous le regard ahuris d'Aaron.
-Comment...? Souffla Aaron.
-C'est à peu de chose près ce que je recherchais. Si ce n'est que tu es bien plus idéaliste que moi... Rajouta-t-il avec une petite moue contrariée. Mais ne te leurre pas, Aaron, cet endroit n'existe pas.
-Quoi...? Mais...
-Mais quoi? C'est la résistance, Sal', pas le paradis! Ici, les gens ne sont ni plus ni moins hypocrites, fourbes ou mauvais qu'ailleurs. Ici, ton voisin peut tout aussi bien être un brave gars qu'un emmerdeur de première! Ici, des gens crèvent la dalle et meurent de froid! Le monde tout beau et tout rose où vivent les gentils, c'est dans les comptes et nulle part ailleurs. Lui expliqua-t-il.
-Alors en quoi est-ce mieux? Demanda Aaron, las.
-C'est mieux parce qu'on ne tue pas des gens sous prétexte qu'ils sont différent. Réfléchis-y. Ajouta-t-il en se dirigeant vers la sortie.
-C'est tout réfléchis! Rétorqua Aaron avec verve. Je n'y retournerais pas.
-Bien. Approuva Drago avec un signe de tête. Tu es libre de tes mouvements. Lança-t-il de dos alors qu'il sortait de la salle.
Aaron resta un moment pantois. Venait-il de lui dire qu'il pouvait aller et venir comme bon lui semblait? Après une simple discussion avec lui?
Drago, quant à lui, devait se l'avouer. Il avait apprécié la séance d'entraînement avec Aaron. En fait, s'il devait être totalement sincère avec lui-même, il devait aussi admettre apprécier le jeune homme. Enfin.... Il était peut-être tôt pour dire qu'il l'appréciait mais le jeune homme l'attirait. D'une manière étrange et surréaliste, l'autre l'interpellait, l'intéressait. C'était peut-être son air légèrement hautain où ses vaines tentatives pour paraître impassible....
Aaron, lui, n'en démordait pas. Drago Malfoy était fascinant.
....................................
Cylan referma le livre poussiéreux avec rage, ce qui fit relever la tête de Léa qui soupira à son tour en refermant son propre livre. Cela faisait bien deux heures qu'ils feuilletaient les livres de magie noire de la bibliothèque et ce, sans aucun résultat. Rien. Nada. Quedal.
-Il n'y a rien! Rien du tout! S'emporta Cylan en se levant brusquement. La patience n'avait jamais été son fort.
-C'est vrai, souffla Léa d'une voix ennuyée, il n'y a vraiment rien. C'est étrange qu'on en parle même pas dans les livres de magie noire.... Continua-t-elle, réflexive.
-Pourquoi à ton avis? Lui demanda Cylan en passant une main sur son visage.
-Je ne sais pas. Peut-être que c'est trop vieux? Que ce n'est pas repris dans les livres plus modernes? Tenta-t-elle.
-Ca m'étonnerait, lança Cylan avec cynisme, dans celui-là, on parle même des sorts d'écartèlement fort usités au moyen-âge.
-Mmmh... Alors peut-être que c'est tabou même pour les adeptes de la magie noire? Pour les amateurs?
-Tu veux dire que cela serait tellement.... Noire et dangereux qu'ils n'ont pas risqué de l'écrire dans des livres communs?
-Peut-être, souffla-t-elle en s'étirant, je ne sais pas.
-Peut-être qu'il y a une réserve? Lança alors Cylan avec un regain d'énergie.
-Une réserve?
-Ben oui, comme avant.... Peut-être que l'Ordre se garde la partie des bouquins la plus compromettante? Après tout, cette bibliothèque-ci est accessible à tous! Même aux gamins de la résistance!
-Alors, tu penses qu'ils ont mis quelques bouquins à l'abri... Souffla Léa.... C'est pas bête! C'est même fort probable! Approuva-t-elle.
-Maintenant, il faut juste savoir où elle se trouve.... Lâcha Cylan d'une voix plus morne.
-Oui..... Peut-être.....
-Quoi?
-Peut-être que je pourrais demander à Severus?! Souffla-t-elle mais avant que Cylan n'ait pu répondre, la porte s'ouvrit doucement.
Sam apparut alors, l'air las et avançant d'un pas lourd. Il regarda à peine le duo et s'installa sur une des chaises de la bibliothèque. A peine fut-il assis, qu'il prit son visage dans ses mains sous le regard inquiet de sa femme. Il se mordait la lèvre pour retenir les larmes de se déverser sur ses joues. Son fils avait été maltraité. Abusé. Traité comme un moins que rien. Affamé et isolé de tous. Mais il était là, aujourd'hui, debout et il avait de véritables amis. Sam pouvait sentir la rage et la haine parcourir ses veines tels des feux ardents. Comment avaient-ils pu faire cela à son fils?! Pourquoi personne n'était intervenu? Personne n'avait donc rien vu? Personne ne s'était douté que Pétunia Dursley n'était pas la meilleure personne pour s'occuper de Harry? Personne ne s'en était donc soucier? Que faisait donc Remus pendant que son fils s'épuisait à la tâche pour sa prétendue famille? Et Dumbledore?
-James? Souffla Léa en se rapprochant de lui. Il s'est passé quelque chose?
-J'ai vu Duddley. Répondit-il simplement en ravalant ses sanglots.
-Et que t'a-t-il dit? Lui demanda Cylan d'une voix inquiète.
Il y avait-il une manière plus douce qu'une autre pour annoncer à sa femme que leur fils a passé tout son enfance à souffrir? Exclus de sa famille sous prétexte de sa différence?
-Il m'a parlé de l'enfance de Harry. Souffla-t-il en relevant un regard éteint sur sa femme.
-Tu me fait peur, James.... Laissa échapper Léa dans un souffle.
-Harry.... Harry.... Ils l'ont affamé, Lily. Lança-t-il difficilement.
-Quoi? Coassa Cylan.
-Il l'enfermait dans un placard et le privait de nourriture. Il l'obligeait à nettoyer, à travailler. Il l'insultait et le rabaissait constamment. Ils ont fait en sorte qu'il soit seul.
-Ce n'est pas possible! Lança Léa. Pétunia n'est pas parfaite mais elle ne ferait jamais ça à un enfant!
-Elle disait qu'on était des soulards et qu'il était comme nous. Il l'a cru, Lily.
-Non! Non, ce n'est pas possible, Cornedrue! Explosa Cylan. Enfin, ce n'était qu'un gosse, Pétunia devait tout de même avoir assez de jugeote pour ne pas lui faire payer ses mauvaises relations avec Lily!
-Hé bien, non. Conclut Sam. Vernon ne l'a jamais battu. Ajouta-t-il malgré tout.
-Qu'est-ce qu'il t'a dit exactement, James? Lui demanda encore Léa avec urgence.
-Dés que Harry était en âge de tenir en balai, c'est lui qui a fait le ménage, le jardin et toutes ces choses-là. Il le punissait en l'affamant mais c'est lui qui devait préparer les repas et... Et un placard lui faisait office de chambre.
-Et ils ont laissé faire ça?! Siffla avec rage Cylan. Ils ont laissé mon filleul aux mains de ses infects moldus?!
-Il faut croire.
-Ou était Dumbledore?! Ou était-il?! Explosa Cylan en sortant brutalement de la pièce.
Le couple resta sur place, seul, liquéfié. Léa tentait encore de digérer la nouvelle, aussi énorme soit-elle. Elle ne réalisait pas. Elle n'aurait jamais pensé que sa soeur..... Cela n'arrive pas qu'aux autres. Les femmes qui maltraitent et humilient sciemment les enfants. Les hommes qui s'en moquent et en rajoutent. Bon Dieu! Il était pratiquement son fils! 10 ans! Elle l'a élevé pendant dix longues années et n'a sans doute jamais rien ressenti pour lui que du dégout et de la colère! A cet instant précis, debout au milieu de la bibliothèque, Lily Evans Potter décida qu'elle n'avait plus de soeur. C'était sans doute stupide puisque sa Pétunia n'avait encore rien fait mais c'était viscérale. A partir de maintenant, Pétunia Dursley n'était plus sa soeur. Elle n'était plus rien. Une quidam comme une autre. A qui elle ne tendrait plus jamais la main.
Pour Sam, la peine, immense et physique, qu'il avait ressenti s'était transformé en colère. Ses larmes ne menaçaient plus de tomber. Il ne ressentait qu'une haine brûlante pour tout ceux responsable de la situation de son fils. Directement, comme Voldemort, ou indirectement, comme Dumbledore. Il exigeait une explication. Parce que sinon, la question le hanterait la nuit.
Pourquoi personne n'avait réagit?
........................
Minerva soupira une énième fois. Ils n'avaient aucune idée des plans de Voldemort. C'était l'impasse. Eux, n'espéraient rien d'autre que la destruction de Naginni mais celui-ci était bien trop protégé par les soins de son maître pour qu'ils puissent l'atteindre. Voldemort, de son côté, se contentait d'attaque ponctuelle sur telle ou telle ville, en en profitant au passage pour régler les querelles intérieurs. Ne pouvant atteindre Naginni, ils se contentaient donc de répondre aux attaques du mieux qu'ils le pouvaient. Définitivement, ils étaient dans une impasse.
Minerva avait eu vent de l'éclat de Ron et malgré les mots durs du garçon, sur le fond, elle était d'accord avec lui. Ils ne pouvaient plus se contenter de réagir passivement aux assauts de Voldemort. La question étant à présent: Que pouvait-il faire? Mener une attaque à grande échelle dans l'état actuel des choses était suicidaire. Ils n'avaient pas les hommes pour reprendre une plaque tournante comme St-Mangouste. Et perdre des hommes pour mettre fin aux réseau d'esclavage relié au Lèvres écarlates n'était pas sensé. Des dizaines de réseau de ce type existaient et cela leur prendrait un temps fou pour tous les démanteler. Ils n'avaient pas le temps. C'était sans doute dit fort abruptement mais les pertes augmentaient chaque jour et le temps pressait. Ils n'avaient pas le temps pour cela.....
Le bruit sourd et caractéristique du raclement des gargouilles sur le sol l'avertit que quelqu'un allait entrer dans son bureau. Les pas précipités lui disait que cette personne était même assez énervée.
La porte s'ouvrit à la volée, dévoilant Cylan, le visage fermé. Même ses boucles blondes n'arrivaient pas à illuminer son visage. Ses poings étaient serrés et il dardait un regard coléreux sur elle.
-Pourquoi ne nous l'avez-vous pas dit?! Siffla-t-il d'une voix tendue.
-Quoi? Demanda-t-elle. Après tout, il y avait tellement de chose qu'ils devaient encore découvrir.
-Harry! Tonna Cylan. Son enfance! Pourquoi ne nous avoir rien dit?!
-Sirius.... Harry n'en parle jamais. Même quand il était enfant, il ne s'est jamais réellement plaint. Il tentait simplement d'écourter ses visites là-bas mais personne ne se serait douter que cela allait aussi loin. Même ses amis ne savait pas l'étendue du problème.... S'expliqua-t-elle
-Et c'est ça votre excuse?! Éructa Cylan. « Ce n'est pas notre faute, on savait pas » ?! Vous n'avez jamais pensé à vérifier s'il était bien traité? Voir s'il recevait tout ce dont il avait besoin?
-Dumbledore....
-Et lui! La coupa Cylan. Se souciait-il si peu de Harry?
-Dumbledore a toujours eu tendance à voir le meilleur de chaque personne. Parfois à tord. Il ne s'est jamais douté une seule seconde que la soeur de Lily puisse être si corrompue. Et contrairement à ce que tout le monde pensait avant, Sirius, Dumbledore a fait un certain nombre d'erreur. Peu, certes, mais conséquentes.
-Et Remus? Et vous? Pourquoi ne pas avoir vérifié? Souffla Cylan, d'une voix presque plaintive.
-On se fiait tous à Dumbledore. Lui répondit simplement Minerva.
-Comment l'avez-vous découvert s'il n'en parle jamais? Demanda encore Cylan, plus calmement.
-Ce n'est que très tard qu'il a commencé à en parler. Expliqua Minerva. De préférence à Severus. Sans doute parce qu'il n'aurait jamais perdu son temps à le plaindre inutilement.
-Pourquoi si tard?
-C'était après la mort de son oncle et la cécité de sa tante. Peut-être cela a-t-il été un déclencheur? Peut-être qu'il lui a simplement fallu du temps pour accepter ? Je ne sais pas. Et on ne lui a pas demandé. C'est le passé. Souffla-t-elle. Il ne veut plus revenir dessus.
-Ca n'aurait jamais du arriver. Souffla l'homme avec amertume. Harry... Harry était un enfant plein de vie. Un vrai rayon de soleil.
-Je sais, Sirius. Soyez sur que je me sens aussi fautive que si c'était moi qui avait pris la décision. Quand c'est arrivé aux oreilles de Hagrid, il a littéralement fondu en larmes. Ajouta-t-elle avec un sourire triste.
-Hagrid? Pourquoi?
-C'est lui qui a déposé Harry sur le perron des Dursley sur ordre de Dumbledore. J'aurais du m'y opposer, j'avais eu un aperçu de la vie de ces gens-là. J'ai fait part de mes doutes à Albus mais il m'a convaincu.
-C'est injuste. Laissa échapper Cylan en se laissant tomber sur un des sièges.
-Je sais. Admit Minerva. Mais on y peut plus rien et Harry a surmonté ça. Laissons le passé là où il est. Conclut-elle sagement.
..................................
Ron se retourna pour la troisième fois dans son lit. Le sommeil ne le gagnait pas. Morphée ne voulait pas de lui ce soir. Il était très tard ou très tôt, c'était au choix et ses paupières ne se fermaient toujours pas. Trop de pensée encombraient son esprit. Il pensait à Harry, son ami. Il pensait au gosse paumé aux lunettes trop grande qui avait demandé son chemin à ses parents. Il pensait au garçon courageux qui n'avait pas hésité une seconde avant d'aller secourir sa soeur. Il pensait à l'adolescent brisé pleurant la perte de son parrain. Il pensait à l'homme anéanti qui était revenu des cachots de Voldemort....
Ce jour-là, il avait appris de la bouche de Neville que Severus avait brisé sa couverture en sauvant Harry. Il se souvenait bien de l'air contrit et ennuyé de l'autre garçon. Il se souvenait aussi avoir foncé à l'infirmerie pour voir Harry. Il se souvenait du regard vide de son ami et du pli énorme barrant le front de son ancien professeur. Il se souvenait de la voix terne de Harry quand il avait essayé de le convaincre qu'il allait bien. Harry n'allait pas bien. Il l'avait su à la minute où il l'avait vu mais il n'avait pas insisté. Avec le recul, il se disait qu'il aurait peut-être du forcer Harry à lui parler. A lui raconter. A lui dire. Mais il avait laissé filer. Et Harry s'était redressé, comme toujours. Et il avait oublié. Il avait oublié le regard vide et la voix terne en même temps que sa certitude.
Il se souvenait aussi de l'autre Harry. C'était ainsi qu'il se plaisait à l'appeler. Ce n'était pas du tout péjoratif, lui aussi devenait de temps en temps l'autre Ron.... L'autre Harry... Celui qui avait torturé sans relâche Narcissa Malfoy. Celui qui calculait, manipulait, mentait. Celui qui était plus proche de Drago et Severus que de lui, son premier ami. C'était idiot comme appellation, il le savait. Harry était Harry. C'était un tout, une globalité. La guerre n'avait laissé personne tranquille. Elle les avait tous affecté.
Au fil de ses pensées, de ses souvenirs, il ne sentit pas le sommeil prendre possession de lui petit à petit pour finalement le conquérir totalement. Ses paupières si légères devinrent lourdes et se fermèrent doucement. Et bientôt au coeur de la nuit, alors qu'une demi-lune se reflétait dans les eaux noirs du lac, c'est un rêve, un cauchemar qui s'empara de lui.
....
Le grand Hall du ministère était à feu et à sang. La si célèbre fontaine était en ruine et l'eau se répandait doucement dans la large pièce. Les mangemorts et l'Ordre s'affrontaient sans vergogne, avec toujours plus de hargne et de ferveur. Les sorts multicolores illuminaient la salle de toutes les couleurs tandis qu'une cacophonie assourdissante y résonnait.
-Tu as vu Percy?! Ron! T'a vu Percy?! Lui hurla pratiquement sa mère.
Il ne prêta pas attention à sa question, bien trop occupé à tenter de la protéger des multiples sorts qui se dirigeaient vers eux. Hermione à ses côtés, ils faisaient front ensemble, comme toujours. Percy travaillait aujourd'hui, sans doute à l'opposé du ministère. Peut-être que les mangemorts n'avait pas encore atteint cette partie-là du bâtiment?
-Charlie! Hurla la voix éraillé de son père non loin d'eux.
Ron tourna instantanément la tête. Une minute plus tôt et il aurait sans doute pu intervenir. Harry aussi. Hermione aussi..... Une seul minute....Mais cette minute se perdit et Ron ne pu rien faire quand il vit le sort vert toucher son frère en pleine poitrine. Le rouquin s'effondra sur le sol comme un patin désarticulé sous les yeux écarquillés de son père. Ron cru sentir son estomac remonter dans sa gorge et le monde s'écrouler autour de lui. Son père se précipita sur le corps mais un mangemort s'interposa.
La suite se déroula à une vitesse hallucinante. Bellatrix s'interposa entre le père et le corps inerte du fils, un sourire horrible sur les lèvres. Ron n'y pensa pas à deux fois, et bondit littéralement sur la femme.
-Ron! Le héla Hermione alors qu'il était à mi-chemin.
Il stoppa et évalua la situation. Les cris de son père sous les doloris de cette femme lui vrillaient les entrailles et Hermione faisait face à cinq mangemorts seule tout en devant protéger une Molly effondrée. Il senti son coeur se déchirer. Cela ne pouvait pas être possible. Il ne pouvait pas être obligé de choisir, ce n'était pas humain!
-Vas-y Ron! Je m'en occupe! Lui lança Harry en se précipitant vers Bellatrix.
Il souffla imperceptiblement en remercient intérieurement son ami. Il retourna vers Hermione et ensemble, ils purent repoussés les mangemorts toujours plus nombreux. Parfois, son regard retombait sur Harry et Bellatrix qui se battait dans un duel acharné. Aucun autre mangemort ne s'en mêlait comme avertit de ne pas envahir les plates-bandes de Bellatrix.
Mais une nouvelle vague de mangemort eut raison de leur défense. Il se retrouva éloigné de Molly et de Hermione. Les minutes qui suivirent ne furent remplies que de sang, de sorts et de mort. Enfin, après un moment, cela sembla se calmer. Et il le vit. Le corps sans vie de sa mère. Une plaie béante dans le dos, une flaque de sang sous elle. Il vomit tout en sentant la main réconfortante de sa petite-amie lui frotter le dos. Avec urgence, il chercha des yeux Harry. Celui-ci était agenouillé près de son père, le bras en sang. Il releva un regard douloureux sur eux.
-Je suis désolé. Souffla Harry en retenant des sanglots.
Ron posa un regard effrayé sur son père. Il avait les yeux grand ouvert et révulsés, la bouche entrouverte d'où s'échappait un filet de bave. Ron vomit encore une fois. La douleur lui compressa la poitrine. Il ne pouvait plus respirer. Et puis ce fut le noir.
.......................
Il ne voulait pas regarder son corps. Son corps inerte et inanimé. C'est pour ça qu'il regardait Minerva. Elle se tenait près de Hermione et tentait de la consoler. Mais la vieille femme ployait elle-même sous le chagrin. Et la culpabilité. C'est pour ça qu'il la regardait avec rage et ressentiment. C'était sa faute! Uniquement sa faute! Comment avait-elle pu? Préférer la vie d'une bande de badauds aveugles et stupides à celle de son frère? Comment avait-elle pu choisir d'aider ces gens, des étrangers, plutôt que de rester à sa place! Ce n'était pourtant pas bien compliqué! Elle devait juste couvrir ses arrières! Mais non... La vieille chouette avait du jouer à la directrice au grand coeur, sans peur et sans reproche, et elle était allée les secourir, eux! Cinq personnes. Tous des vieux adultes stupides et neutres de surcroît! Et Georges avait eu besoin de son appui à ce moment-là.... Juste à ce moment-là. Elle n'était pas là. Pas à sa place. Il n'avait pas du comprendre pourquoi. Il était mort sans vraiment comprendre pourquoi non plus.
-Ron... Soupira la vieille femme d'une voix contenue mais tout de même plaintive.
Il ne répondit pas et sortit de la pièce étouffante.
-Ron! L'appela encore Harry et il se stoppa quand il sentit le jeune homme à ses côtés.
Celui-ci ne tenta pas de la consoler. De prétendre comprendre sa douleur. Ron ne voulait pas penser à sa propre douleur alors que les sanglots de Fred était audible jusque-là. Harry posa simplement sa main sur son épaule et cela lui fit un bien fou.
..............................
-Harry! La coupe! Hurla Ron en pointant la dite coupe du doigt.
Harry braqua un regard avide sur l'objet de leur convoitise et lança sort après sort pour parvenir jusqu'à lui. Les gobelins n'étaient pas vraiment avec eux. Ils étaient trop indépendant pour s'allier avec une autre race et avaient la rancune trop tenace pour s'allier avec eux. Harry était tout de même parvenu, à force de négociation et de persuasion en ces temps troublés par une guerre sans merci, par faire accepter leur requête. Entrer dans le coffre des Lestranges. Mais, comble de la malchance, les mangemorts étaient arrivés quelques minutes après eux. Seuls les plus aguerris étaient là....Ron priait tout les dieux existant pour que Hermione tienne le coup en haut. Elle gardait l'entrée.
Les dieux ne devaient pas l'avoir entendu parce qu'une fois à l'air libre, devant l'imposante bâtisse des petites créatures, il ne vit que le sourire sadique et moqueur de Lucius Malfoy. Il n'eut pas le temps de crier, de hurler ou de lever sa baguette que l'homme transplana laissant là un corps à l'agonie.
Il se précipita sur sa petite-amie, le coeur au bord des lèvres et la jeune femme eut juste le temps de sourire avant de sombrer dans un abîme éternel.
-Non! HERMIONE!
C'était une cri de rage, de peine et de douleur intense. Pourquoi elle? Pourquoi aussi elle? Ron resta assis un moment, le corps de la femme de sa vie dans les bras. Il ne vit pas Harry sortir du bâtiment, sourire aux lèvres. Il ne vit pas son sourire se figer et ses yeux se durcirent. Il ne vit pas la culpabilité et la haine traverser son visage. Il ne sentit qu'une main, solide et chaleureuse, sur son épaule. Une main, toujours et encore.
............................................................................
