Ras de marée
Blair raccompagna Nate et Serena jusqu'au bout du couloir tandis que l'infirmière s'appliquait à changer les pansements de Chuck.
- Comment il va en vrai ? demanda Nate à la jolie brune.
- Il tient le coup.
- Et toi ? questionna sa meilleure amie.
- Ça ira, répondit Blair, sur un ton qu'elle voulait convaincant. Tout ira bien !
- Bien sûr que tout ira bien, c'est Chuck ! Si quelqu'un peut passer à travers ça, c'est bien lui, acquiesça S qui n'était pourtant pas dupe du jeu de Blair.
- Serena a raison, conclut Nate. Chuck est le plus fort d'entre nous. Je suis certain qu'il nous tapera sur les nerfs encore longtemps.
- Y a aucun doute là-dessus, reprit Queen B avec un sourire forcé.
L'ascenseur arriva et Serena enlaça longuement Blair, puis Nate l'embrassa tendrement sur la joue.
- Tout ira bien, il ne peut pas en être autrement, lui chuchota-t-il.
Elle acquiesça tandis que ses deux amis montaient dans l'ascenseur puis tourna les talons pour rejoindre Chuck. Il rentrait aujourd'hui. Ce soir, ils dormiraient enfin dans le même lit. Il fallait qu'elle organise ça.
Elle avait des cours à rattraper mais, pas question de le laisser se débrouiller seul. Elle ferait un planning, avec Nate et Serena, et sans doute Lily. Et elle pouvait compter avec Dorota, en dernier recours. Peut-être Lisa aussi ? Elle avait l'air d'être de son côté tout compte fait. En tout cas, elle était de celui de son frère et elle avait l'air digne de confiance finalement. Le plus important étant que Chuck ne s'en rende pas compte. Elle imaginait déjà ses propos, il n'accepterait jamais une baby-sitter !
Elle pénétra dans la chambre, le sourire aux lèvres. Le dialyseur émettait un ronron monotone en fond sonore. Elle s'approcha et prit la main de Chuck, qui lisait le journal.
- Tu es revenue, dit-il sans détourner les yeux de l'article.
Blair fronça les sourcils.
- Où voulais-tu que j'aille ? s'étonna-t-elle.
- Je pensais que tu avais peut-être des choses à faire, répliqua-t-il sur un ton indifférent.
Mais il n'avait toujours pas levé le nez de sa feuille de choux.
- Ne dit pas n'importe quoi, répondit-elle sur un ton indigné, avant de grimper sur le lit pour reprendre la place initiale qu'elle occupait avant que Nate et Serena ne débarquent.
Elle posa une main sur la sienne, qui tenait toujours le journal, ouvert sur l'article qui annonçait l'annulation de son mariage.
- Ma place est ici et nulle part ailleurs, reprit-elle en se collant à lui.
Il daigna enfin tourner son visage vers elle.
- Tu n'es pas obligée de subir tout ça, tu sais, dit-il en désignant l'appareil qui ronronnait. Je suis le seul à être attaché à ce truc.
- Mais, moi, je suis attachée à toi, répliqua-t-elle sans appel.
Elle plongea son regard dans le sien et il eut l'impression de s'y noyer une nouvelle fois.
- Je t'aime, reprit-elle encore en caressant son visage.
- Je t'aime aussi, répondit-il en l'embrassant passionnément.
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Cinq heures plus tard, Blair s'impatientait. Le dialyseur avait terminé son travail depuis au moins dix minutes et aucune infirmière n'était encore apparue à la porte, malgré le fait qu'elle ait sonné au moins déjà trois fois.
- Non, mais c'est incroyable, râla-t-elle. C'est hôpitaux pour pauvres sont vraiment en dessous de tout, niveau service. Pas étonnant que le système de santé périclite avec un tel manque de professionnalisme.
Chuck sourit en l'observant faire de grands gestes, si elle pestait autant, c'est que ses craintes s'étaient apaisées. Il détestait qu'elle s'inquiète pour lui.
- Je vais voir ce qui se passe, lui dit-elle en sortant en trombe de la chambre.
Elle s'apprêtait à passer un savon à une des infirmières, voire à toutes, quand elle vit Lisa qui quittait le bureau du docteur Jones, suivie de près par celui-ci.
Cette dernière venait dans sa direction, la mine complètement déconfite. Lorsqu'elle arriva à sa hauteur, Blair constata que les yeux de la jeune fille étaient bien trop brillants.
- Lisa, dit-elle d'une petite voix.
Mais cette dernière ne répondit rien. Elle était incapable d'articuler tant sa gorge était serrée. Elle se contenta de secouer la tête négativement en essuyant une larme qui perlait au coin de ses yeux. Puis reprit son chemin vers la sortie.
Blair resta stupéfaite, du coin de l'œil, elle vit le médecin entrer dans la chambre qu'elle venait de quitter.
Sa gorge se serra à elle aussi et elle eut l'impression que le sol s'ouvrait sous ses pieds. Elle était complètement paralysée par la peur qui lui nouait le ventre et se propageait dans tous le reste de son corps.
Lily et Jack arrivaient dans le couloir en sens inverse de Lisa. Ils marquèrent un arrêt à sa hauteur mais cette dernière accéléra le pas et se rua dans les escaliers. La jeune fille avait besoin de se retrouver seule. Elle ne pouvait pas affronter leurs regards en cet instant. Et surtout pas le sien.
- Il y a un problème ? s'alarma Lily en arrivant près de Blair, qui était toujours immobile devant le bureau des infirmières.
- Ma nouvelle nièce à l'air plutôt sauvage, dit Jack sur un ton provocateur. …. Presque autant que toi Bl…
- La ferme, Jack ! le coupa Blair, d'une voix aussi blanche que l'était son visage.
Au même moment Lily vit le docteur Jones sortir de la chambre de Chuck.
- Oh mon Dieu ! souffla-t-elle en comprenant la situation.
La douleur déforma un instant son visage et même Jack s'abstint de tout autre forme de commentaire. La tension venait de monter de plusieurs crans au milieu du couloir.
- Donnez-nous quinze minutes, demanda Blair en adressant à Lily un regard désespéré.
- Prend tout le temps qu'il te faut, acquiesça la mère de Chuck, qui sentait le souffle lui manquer.
Elle avait besoin de temps pour se remettre avant de voir son fils.
Blair tourna les talons sans plus attendre.
- Je crois qu'il ne me reste plus qu'à aller voir l'infirmière pour faire ces fichus tests, commenta Jack.
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C'est d'une main tremblante que Queen B fit pivoter la poignée de la porte 2110.
Un silence pesant régnait dans la pièce. L'appareil de dialyse était éteint.
Assis sur le bord de son lit, Chuck avait le regard rivé sur ses mains, qui tremblaient elles aussi. Elle s'approcha doucement de lui et effleura ses doigts avant de les emmêlés aux siens.
Il leva son visage vers elle et elle l'attira tout contre elle.
- Jusqu'à ton dernier souffle, murmura-t-elle, s'accrochant à lui de toutes ses forces.
- Jusqu'à mon dernier souffle, répéta-t-il, la serrant contre lui, si fort, que ses cicatrices le faisaient souffrir.
Mais la douleur, c'est la vie !
Ils restèrent là, agrippés l'un à l'autre, comme des naufragés en haute mer, attendant les secours.
