Pourquoi avait-elle pris trois mandarines et non pas deux ?
La question méritait d'être posée ! D'ordinaire, lorsque Nojiko se rendait sur la tombe de sa mère, elle emmenait toujours deux mandarines. Une pour elle-même et une pour la défunte. Prendre une troisième n'était pas un événement exceptionnel en soit. La jeune femme le faisait parfois, quand elle savait qu'une autre personne allait se rendre sur la sépulture.
" Tout es prêt " sourit-t-elle en attachant un ruban rouge dans ses cheveux.
D'une démarche assurée, elle traversa le désormais paisible village de Kokoyashi. En marchant, cela ne prenait qu'une vingtaine de minutes pour aller de sa maison jusqu'à la tombe mais elle en mit beaucoup plus. En effet, tout le monde la connaissait et lui disait bonjour. Ce n'était pas étonnant avec si peu d'habitants, mais cela rendait les trajets plus longs. Plus agréables aussi. Nojiko était appréciée car elle n'hésitait pas à aider les autres et avait toujours un petit mot gentil pour chacun. Sa mère avait été comme elle autrefois, très aimée. Elle sourit à cette pensée.
"- Nojiko ! l'appela le boulanger. Tu vas voir Belmer ?
- C'est ça ! Je n'y suis pas allée depuis trois jours. Enfin, ce n'était qu'en coup de vent les trois derniers jours.
- Tu as bien raison, avec le beau temps qu'il fait. "
C'est ainsi qu'elle mit plutôt une heure que vingt minutes pour faire le trajet. Le temps était parfait, quelques nuages, une petite brise et un chaud soleil de début d'été. Le climat de l'île n'était pas réputée pour sa rigueur mais c'était une journée particulièrement belle. Quand Nojiko arriva près de la tombe, la mer en contre-bas de la falaise était d'huile et les fleurs qu'elle avait déposé la vieille étaient encore fraîches. Le temps qu'elle s'installe, une mandarine pour Belmer, une mandarine pour elle, le futur propriétaire de la troisième mandarine arriva.
"- Toujours aussi ponctuel, Genzô, à ce que je vois.
- Tu vas toujours la voir à la même heure, ce n'est pas ma faute. "
Sa voix était bourrue mais remplie d'affection. Elle le connaissait depuis toujours, avec sa moustache, sa casquette, son moulin à vent, ses cicatrices, ce regard froid en apparence mais qui s'allumait dès qu'il voyait Nojiko ou Nami. Du temps où Nami était là du moins. Genzô s'approcha et elle lui donna la mandarine avec un grand sourire. Prenant son air gêné habituel, il grommela des remerciements et s'installa contre un arbre, un peu en retrait par rapport à la jeune femme. Au départ, elle lui avait dit qu'il pouvait se mettre plus près, mais il ne semblait pas vouloir changer ses habitudes, aussi le laissait-elle tranquille.
"- Belmer, commença Nojiko. Nous sommes venus te voir, moi et Genzô. Nami est partie sur les mers mais tout va toujours très bien. Nous avons eut des nouvelles récemment.
- C'est vrai, sourit Genzô en croquant dans sa mandarine. Maintenant, la petite a une prime sur sa tête : seize millions de berries, ce n'est pas rien ! Mais dans le journal, elle avait un sourire radieux.
- Tellement radieux que Genzô l'a fait agrandir et l'a accroché dans son salon...
- Quoi ? Non, Belmer, ne l'écoute pas, ce n'est pas vrai !
- En tout cas, tout le monde va bien ! rit Nojiko. Arlong n'est plus et Kokoyashi est plus radieuse que jamais. Je n'ai jamais vu autant de mandarines que cette année.
- Et jamais aussi bonnes, ajouta l'homme, s'appuyant plus sur l'arbre dans son dos.
- N'exagérons pas non plus, Genzô.
- Je t'assure Nojiko, celles de cette année sont délicieuses !
- Depuis que Nami a pris la mer, je n'ai pas arrêté d'en prendre soin...
- Cela se voit, sourit-il, jetant la peau de la mandarine à la nature.
- Mais j'ai eu beaucoup d'aide aussi. Dont la tienne.
- Pfff, ce n'était trois fois rien... Juste quelques heures...
- Plutôt des journées ou des semaines, oui. Tu as replanté tant d'arbres ! "
Il ne dit pas un mot de plus et regarda vers le ciel. Elle fit de même. Les nuages passaient paisiblement au dessus de Kokoyashi et tout était calme. Pour un peu, on aurait oublié que quelques mois plus tôt, les habitants de l'île vivaient sous le joug de la bande d'Arlong, des hommes-poissons sans foi ni loi. Une bien sombre époque dont personne ne voulait plus se rappeler. C'était de l'esclavage, ni plus ni moins. C'était l'époque où Belmer avait perdu la vie, Nami s'était enfuie et Nojiko avait cru perdre l'espoir.
Jusqu'à ce qu'ils arrivent.
C'était un petit équipage de pirates, composé de quatre membres, et qui revendiquait Nami comme leur cinquième élément et navigatrice. Il y avait le capitaine déjà, un brun avec un grand sourire et un chapeau de paille, utilisant un fruit du démon qui le rendait élastique. Les trois autres étaient un sabreur aux cheveux verts et un cuisinier blond, les deux extrêmement forts, ainsi qu'un sniper brun au long nez qui semblait avoir un potentiel enfoui. Cette étrange bande constituait leurs sauveurs.
Pourtant, de ce qu'elle avait su, Nami n'avait pas été tendre avec eux. La rouquine les avait trompés, voire blessés. Pourtant, ils l'avaient suivi, avaient fait tout ce chemin pour elle. Et la petite fille de Kokoyashi, après la libération de son village, avait pris la mer avec eux, sans une hésitation. Tout était allé si vite. Au moins, en devenant pirate, on était sûr d'avoir régulièrement des nouvelles de Nami. Sur l'avis de recherche qu'elle venait d'obtenir, son sourire illuminait la photo. Seul le bonheur de Nami comptait mais un vide demeurait à Kokoyashi depuis son départ.
"- Toi aussi, elle te manque ? demanda Genzô après de longues minutes de silence.
- Oui. Elle est ma soeur après tout. Même si elle a prétendu le contraire, parfois.
- Je me souviens, vous êtes deux enfants trouvés sur un champ de bataille par Belmer. On ne sait même pas qui sont vos vrais parents...
- On ne le saura probable jamais, même en cherchant.
- Pour moi, toi et Nami, vous saurez toujours les filles de Belmer. Si vous aviez été ses filles naturelles, elle ne vous aurait pas traité différemment.
- Je le sais Genzô. Je le sais.
- Et maintenant, elle doit être fière de vous. Pas vrai Belmer ? De là où tu es, tu as dû voir les magnifiques jeunes femmes que sont désormais Nami et Nojiko !
- N'exagères rien, mon vieux, rit-elle, avec un sourire ravi.
- Je n'exagère rien. Regarde toi, Nojiko et ose me dire le contraire.
- Tu es bizarre, Genzô. Je t'ai toujours vu comme un vieil oncle...
- Et ce n'est plus le cas à présent ?
- Je ne sais plus trop je dois t'avouer. Je ne sais même pas si j'ai envie de savoir. Tout ce que je veux, c'est que cette paix dure longtemps. "
Nojiko se leva souplement et, sans une seule hésitation, se rendit de sa démarche assurée droit vers Genzô. Il n'eut pas le temps d'esquisser le moindre mouvement qu'elle s'était assise contre le même arbre... Et tout contre lui, accessoirement. Le visage de l'homme vira au rouge et il détourna la tête pour ne pas le montrer. Poussant l'expérience plus loin, Nojiko posa la tête sur son épaule. Genzô se mit à trembler et la jeune femme eut bien du mal à ne pas éclater de rire.
"- Alors Genzô ? On a du mal avec les femmes ?
- Pas du tout, c'est juste le vent... Il fait un peu froid subitement...
- Ouais, à d'autres ! Je ne suis qu'une fille de Belmer pour toi ?
- Je... Je suis quelqu'un de droit et raisonnable...
- Oh, je n'en doute pas. Mais quelle est cette rougeur sur ton visage ?
- Rien. Rien du tout, répliqua-t-il un peu trop rapidement, du stress dans la voix. Je suis comme un mandarinier, je l'ai dit un jour.
- Certes, mais je ne vois pas le rapport...
- Eh bien, les mandariniers ne rougissent pas ! "
En entendant une telle répartie, Nojiko éclata de rire. Cela mit Genzô encore plus mal à l'aise mais elle s'en moquait pas mal. Quoi que soit la nature de sa relation avec l'homme au moulin à vent, elle ne comptait pas changer les choses loin de là. Ce sacré homme avait toujours été coincé et elle ne le changerait pas... Du moins pas du jour au lendemain. Elle sourit à cette pensée et se pressa encore plus contre lui. Les cicatrices étaient couvertes de sueur mais Genzô n'aurait pas pu dire qu'il détestait cela. Pas vraiment.
Le vent agitait les fleurs sur la tombe de Belmer, comme si l'esprit de l'ancienne marine approuvait ce qui se passait. Qu'est ce qu'il y avait à approuver ? Pas grand chose pour le moment pour dire la vérité mais ce n'était pas grave. Cette femme si courageuse pouvait se dire que son sacrifice n'avait pas servi à rien et que la paix avait vraiment fini par se montrer. Il fallait espérer que la leçon servirait et que les générations suivantes connaîtraient le lourd tribut de leur tranquillité.
Les nuages passaient tranquillement dans le ciel. Le soleil d'été dardait la terre de ses doux rayons. Oui, tout allait bien.
Yop, un autre one shot d'écrit ! L'objectif d'arriver à la moitié cet été va se réaliser ! Ce n'était pas un énorme objectif mais au moins, je peux m'y tenir et c'est cool !
Ce texte est super court mais je voulais juste écrire un petit instant entre ces deux personnages, un petit moment paisible de leur vie, sans en faire trop. J'ai peut-être fait du OOC mais j'espère que vous avez pu apprécier quand même ce petit essai, j'attends vos avis avec impatience !
Pour le prochain couple, le cinquantième... eh bien, on s'aventure avec deux personnages que je n'ai jamais utilisé jusqu'à présent ! C'est un couple hétéro qui est plus mignon qu'autre chose. Indice : il s'agit d'un homme-poisson et d'une sirène.
Des idées ? Je vous dis à bientôt dans l'été pour le cinquantième !
