Je vous souhaite à tous et toutes de joyeuses fêtes de fin d'année, et, à l'avance, une bonne année 2013 et une bonne santé !
Chapitre 307 : L'école ? (le 30 octobre 1889)
Durant deux jours, mon esprit fut occupé par une petite affaire qui se révéla plus intéressante que prévue.
Sans signe de vie de ma part, Hélène avait envoyé un message à ma logeuse qui lui avait signifié mon absence.
Une fois de retour dans mon meublé, un parfum bien connu titilla mes narines, confirmant mes déductions.
– Bonjour, monsieur Holmes, me salua madame Hudson dans le hall. Comment allez-vous ?
– Oh, madame Hudson, fis-je faussement mielleux tout en suspendant mon manteau, aurait-on des remords ?
– S'il vous plaît ? s'étonna-t-elle.
– Craigniez-vous donc que par votre faute, je me fasse tirer les oreilles ? C'est bien aimable à vous mais je ne la crains pas.
– Mais de quoi ?
Déposant ma canne contre le mur afin d'ôter mon foulard, je répondis à ma logeuse qui, déjà, s'avançait pour la ranger dans le porte-canne.
– Hélène est en haut et elle m'attend, bien décidée à me faire des reproches parce que je n'ai pas fait appel à ses services pour mon affaire. Au fait, n'oubliez pas de surveiller la tarte dans le four, cela ennuierait un garçon blond si, au lieu de nous la servir, vous la laissiez brûler.
– Comment diable ? s'étonna-t-elle en écarquillant les yeux.
– Une tarte selon la méthode Tatin, en plus, poursuivis-je. D'ici quelques années, ce gamin finira dans les cuisines de chez Simpson.
Les yeux écarquillés de stupeur, ma logeuse me détailla
– Monsieur Holmes, comment diable avez-vous deviné ?
– Je ne devine pas, madame Hudson, je déduis ! grinçai-je avant de déposer mon haut-de-forme. Vous devriez le savoir, non ?
– Comment ? s'entêta-t-elle.
Levant l'index, je désignai le corridor :
– Son parfum dans le hall, une bonne odeur de tarte en provenance de votre cuisine et des épluchures de pommes dans votre seau… Celui que vous avez déposé lorsque je suis entré. Vous ne faites jamais de tarte, Watson me l'a assez rappelé tout en se lamentant. Donc, ce ne peut-être que Louis. Connaissant sa gourmandise, cet enfant ne se serait pas contenté de nous préparer une simple tarte aux pommes, donc, une selon la méthode des sœurs Tatin.
Secouant la tête, ma logeuse resta quelques secondes sans voix.
– Et sur le fait qu'elle veuille vous tirer les oreilles ? me demanda-t-elle, se souvenant de mes paroles.
– Deux jours sans nouvelles, impossible qu'elle ne vous ait pas télégraphié ou envoyé un message pour demander où j'étais. Vous vous êtes empressée de lui apprendre que j'étais parti de Londres, pour une affaire. Chose qu'elle va me reprocher.
– En effet, j'aurais dû y penser, c'était tout bête…
Montant les dix-sept marches, je pensai que jamais, plus jamais, je ne lui expliquerais mes réflexions.
Poussant la porte, je déposai mon sac de voyage derrière la porte et embrassai la pièce d'un regard. Hélène était assise dans mon fauteuil, les enfants jouant sur le grand tapis au milieu de la pièce.
Lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir et le sac tomber lourdement sur le plancher, Elizabeth se leva d'un bond et courut vers moi.
– T'es revenu, hurla-t-elle en se jetant sur moi, les bras tendus, enserrant brièvement mes jambes de ses petits bras.
Plus sobre, Louis se contenta de se lever dignement et, désignant sa sœur qui sautillait à présent devant moi, il me dit :
– C'est à ce moment là que tu la soulèves dans tes bras…
Baissant les yeux et secouant ma tête de résignation, je soulevai Elizabeth dans mes bras, le regard toujours rivé sur mes étagères.
– Hé, tu pourrais faire un peu attention à moi, me reprocha la petite, tournant ma tête à l'aide de sa main afin de me regarder dans les yeux.
– Un détail avait attiré mon attention ailleurs, me justifiai-je, bouillonnant intérieurement depuis que j'avais découvert que ma logeuse avait pris les poussières sur mes dossiers durant mes deux jours d'absence.
– Maman aurait bien aimé aller avec toi à la campagne, pour ton enquête, me déclara-t-elle, toujours accrochée à mon cou. Les chevaux que tu as vus étaient aussi beaux que ceux de mon papa ?
– Nous sommes invisibles pour Sherlock, soupira Louis en s'asseyant sur l'accoudoir du fauteuil.
– Plus qu'invisible, renchérit Hélène.
Laissant de côté l'ordre de mes dossiers, je m'assis dans le divan, Liza toujours dans mes bras. Cette dernière s'installa sur mes jambes et dressa son cou à la manière d'une reine dominant ses sujets.
– Non, ma chère, tu n'es point invisible, lui répondis-je tout en cherchant à attraper ma pipe posée sur la table basse.
Une tape sur ma main me fut donnée par Liza.
– Non, pas ta pipe qui sent mauvais. Pas tes cigarettes non plus !
Résigné, je haussai les épaules et tournai la tête vers Louis.
– Louis, un café, ordonnai-je.
– Oui, ô mon maitre, me répondit-il en sautant en bas de l'accoudoir, il en sera fait selon vos désirs.
Tandis que le garnement me servait un café en pouffant de rire, je fis un clin d'œil à Hélène qui me toisait avec un petit sourire en coin.
M'appuyant contre le dossier du fauteuil, je posai mes bras derrière ma tête :
– Une belle journée d'achat dans les boutiques de Londres… Meredith va bien ? Votre avocat aussi ?
Louis me regarda avec stupeur, versant même du café à côté de la tasse, alors qu'Hélène acquiesçait avec un petit sourire satisfait aux lèvres.
– En tout cas, poursuivis-je, elle a eu bien raison de te conseiller d'acheter la robe que tu portes, elle te sied à merveille. Cette couleur vert d'eau est d'un plus bel effet. Par contre, ces achats sentent le départ et la rentrée en classe pour un petit garçon blond.
Déposant ma tasse sur la table basse devant moi, Louis grimaça.
– Ne m'en parle pas, de la rentrée, j'aurais bien continué les cours avec Lorenzo, moi.
– Nous en avons déjà discuté, Louis, fit Hélène d'une voix douce.
– Comment as-tu déduis tout cela ? me demanda le garçon.
– Cherche, tu trouveras, l'enjoignis-je en portant mon café à mes lèvres.
– Je peux le faire à sa place ? se proposa Liza, sautillant sur mes genoux comme une puce sur le dos d'un chien.
– Non, fis-je en la fusillant du regard, ton tour viendra. Cela te permettra de m'expliquer ta déduction sur le fait que je reviens de la campagne et que j'ai côtoyé des chevaux, bien que je sache déjà les détails qui m'ont trahis, je veux juste vérifier. Et cesses de sautiller ainsi, tu risques de me faire renverser mon café.
Elizabeth marmonna quelques paroles indistinctes mais consentit à se tenir tranquille sur mes genoux. S'asseyant en tailleur au sol, Louis se mit à réfléchir au problème.
– Il n'est pas très difficile de remarquer les paquets portant le nom de différentes boutiques de vêtements de la ville, commença-t-il en désignant d'un regard les paquets disposés dans un coin du meublé.
– Même l'inspecteur Lestrade y serait arrivé, se moqua Hélène. Quoique…
Je haussai les yeux sans bouger ma tête, ce qui fit pouffer Hélène dans ses mains et sourire Louis.
– Il n'est pas méchant, l'inspecteur Lestrade, le défendit le garçon, se souvenant de lui durant mon enquête sur les quatre cadavres de l'entrepôt et de celle sur les cadavres dans la ruelle.
– Continue tes explications, l'enjoignis-je d'un geste rapide de la main. Jusqu'à présent, tu n'as rien observé de bien exceptionnel.
Le garçon fronça les sourcils et poursuivit :
– Bon, il est facile de se douter qu'Hélène ne va pas aller faire les boutiques sans tante Meredith, elles ont tellement de choses à se raconter… Et même sans cela, une femme du monde ne sort pas en ville sans accompagnatrice. Un accompagnateur n'étant jamais de trop, il est normal que Karl aille avec.
– Cela aurait pu très bien être le comte Trebaldi ou son secrétaire, non ? déclarai-je.
– Ah, oui, fit Louis en se massant le menton. En effet… Là, je ne vois pas.
Le regard d'Hélène tomba sur les places pour l'opéra qu'elle avait toujours dans la poche de sa veste. On ne voyait que le haut du ticket mais ils étaient reconnaissables entre mille.
– Vois-tu, fis-je à Louis, j'ai lu dans le journal, il y a de ça quelques jours, qu'à l'opéra, on allait jouer Beethoven. Le nom des musiciens était noté, dont celui des violonistes. Le nom d'un ami de ton parrain s'y trouvait. Hélène et moi l'avions rencontré lors d'un concert sur Bach (*). Tout est complet, une fois de plus. Le seul qui pouvait offrir des places, c'était Karl, par l'entremise de son ami violoniste.
– Donc, mon parrain était avec nous… acquiesça Louis. Rien ne t'échappe, toi.
– Non, continue, lui ordonnai-je.
– Ce que je ne comprends pas, c'est comment tu as avancé que nous allions bientôt partir, fit-il en se grattant le menton. Ce n'est pas parce que l'on dévalise les magasins que nous allons mettre les voiles.
– Observe les paquets, surtout certains, soupirai-je.
– Tu as déduis que j'allais bientôt retourner en classe en voyant le nom du magasin qui fournit des uniformes scolaires, ai-je raison ?
– Son nom s'étale en toutes lettres sous mes yeux.
– Nous aurions pu faire ce genre d'achat en avance, non ?
– Si nous calculons bien, cela fait vingt-quatre jours que nous nous sommes croisés et vous étiez déjà en route depuis quelques temps. Je peux donc déduire que cela fait plus de trente jours que vous êtes partis de France.
– Trente trois jours tout juste, me souffla Hélène.
– Le moment du départ a donc sonné et, qui dit retour en France dit retour à l'école.
Un long soupir s'échappa des lèvres de Louis.
– Tu es content qu'on parte ? me demanda Elizabeth.
– Comment sais-tu que je suis allé à la campagne, toi ? lui demandai-je soudain sans répondre à sa question. Et quels détails t'ont fait déduire que j'avais côtoyé des chevaux ?
– Si tu réponds pas à ma question, je réponds pas à la tienne, fit-elle en croisant les bras, la mine boudeuse.
J'éclatai de rire :
– Je connais la réponse : de la terre qui est restée à mes chaussures avec un brin d'herbe et un peu de paille qui y adhère. Pour les chevaux, je dois encore avoir de nombreux poils sur ma veste et les jambes de mon pantalon. Ce n'est pas en prenant le fiacre que je les ai obtenus, mais en passant du temps dans des écuries. De plus, je dois avoir l'odeur qui en imprègne mes vêtements.
La mine boudeuse s'allongea :
– C'est pas juste, Louis il a pu tout t'expliquer, moi pas.
Lui ébouriffant le haut de son crâne, je lui décochai un sourire.
– Louis voulait connaître le cheminement de mes déductions, je l'ai incité à trouver le chemin seul, objectai-je. Pour le fait que tu avais déduis ma provenance ainsi que le cheminement de tes déductions, je le connaissais puisque je l'avais suivi. Et ce n'est pas que je sois « content » ou pas que vous partiez, je le savais depuis le début que ce jour viendrait.
– Moi aussi, mais je suis triste de te quitter.
– C'est merveilleux, ainsi, tu seras heureuse lorsque tu reviendras.
Ma fille resta quelques secondes silencieuse et puis elle eut un grand sourire.
– C'est vrai…
Se levant du sol, Louis se brossa le pantalon et se tourna vers sa sœur :
– Viens, nous allons voir où en est la cuisson de la tarte !
– Non, je reste ici, se renfrogna Liza.
– Ma puce, lui fis-je dans l'oreille, va avec ton frère, cela fera plaisir à madame Hudson. Lorsque tu reviendras, tu pourras reprendre ta place.
Souriant de toutes ses dents, elle sauta en bas de mes genoux et couru vers la porte, suivie par Louis.
– Il pense à tout, ce garnement, fit la voix d'Hélène lorsque la porte eut claqué.
Me levant, je me dirigeai vers elle et m'accroupis devant elle, prenant ses mains dans les miennes.
– Tu aurais pu m'appeler pour ton enquête, me reprocha-t-elle tout en passant sa main sur ma joue, j'en mourrai d'envie.
– Dis-moi comment t'aurais-je présenté ? « Bonjour, je suis Sherlock Holmes et voici mon assistante, la comtesse Trebaldi. Rassurez-vous, son mari est d'accord qu'elle m'accompagne. Il a l'esprit obtus sauf pour le fait que son épouse me suive dans mes enquêtes. Non, une chambre suffira, son époux est très ouvert sur ce sujet là aussi ».
– L'ironie te va bien, me glissa-t-elle en me passant la langue. Alessandro n'est pas si obtus que tu le penses. D'accord, ajouta-t-elle en me voyant ouvrir la bouche, il ne te porte pas dans son cœur et ne comprend pas ton comportement avec Elizabeth.
– Ton mari est meilleur que moi dans l'administration des câlins et des gestes tendres, répondis-je. Bien que la fois dernière, il était assez en colère sur Liza… Jalousie.
– Je vais te narrer les derniers événements et je pense que tu peux être fier du blondinet, il ira loin, ce satané garnement !
Et durant quelques minutes, Hélène m'expliqua ce qu'il s'était passé et comment Louis avait mené à bien la discussion qu'il avait eue avec le comte.
– Cet enfant est débrouillard, je le sais depuis le début, fis-je en souriant. Manipulateur, aussi…
– Il a appliqué ta méthode, celle que tu avais utilisée pour lui ouvrir les yeux et le réconcilier avec Alessandro.
– Je n'apprécie guère ton époux mais je dois lui reconnaître des qualités au niveau paternel. Sur cela, rien à redire, il est parfait, quoique un peu trop tendre.
– Il est différent avec Louis, moins câlin qu'avec Liza… Il essaye de lui inculquer des principes et de lui enseigner ce qu'il connaît en matière culinaire. Le problème vient du fait que pour Louis, c'est toi, son modèle.
– Il ne vit pas avec moi, mais avec l'Italien…
Me relevant, je profitai de nos derniers instants de tranquillité pour l'embrasser.
– Tu vas me manquer, me dit-elle en se blottissant contre moi.
– Certes, le calme va enfin revenir, déclarai-je à voix haute.
Un soupir d'exaspération fut lâché et je sentis une tape sur mon bras. Une porte claqua un peu trop fort en bas, nous signalant que deux enfants revenaient.
La tarte selon la méthode Tatin de Louis était un délice et le garçon en mangea trois morceaux et sa sœur deux. Madame Hudson en avait gardé un et Hélène et moi en mangeâmes un aussi.
La bouche toujours pleine de tarte, Elizabeth, juchée sur mes genoux, regardait mes dossiers.
– Pourquoi les as-tu changés de place, tes dossiers ?
– Je n'ai rien changé du tout, répondis-je en grinçant des dents.
– Si, les couleurs ne sont plus les mêmes.
– Les couleurs ? s'exclama Hélène en tournant la tête vers mes étagères. En effet…
– De quelles couleurs parles-tu, Liza, lui demandai-je avec une idée derrière la tête. Les dossiers sont tous de la même couleur.
– Non, il y en a des plus clairs que d'autres. Tu vois, là, le premier, le morceau qu'on voit est plus foncé que le numéro trois. Comme certains vieux livres de papa, quand ils sont restés à la lumière. Il dit toujours que c'est pas bon, que les couleurs elles partent à cause de la lumière. Et bien, tes dossiers, c'était pas dans cet ordre quand je les avais observé la dernière fois que je suis venue… tu sais, quand tu nous as dit qu'il fallait qu'on prenne le fiacre tout seul.
– Je me souviens, grommelai-je un peu gêné.
– Alors, pourquoi tu les as changés de place ?
– Vois-tu, j'ai interdit à ma logeuse de prendre les poussières sur mes dossiers.
– Pourquoi ? Il faut prendre les poussières, papa il les enlève de ses livres, il supporte pas la poussière sur ses livres, Louis non plus.
Voulant la pousser à la réflexion, je lui demandai :
– Si ton père ne prenait plus les poussières sur certaines étagères, que pourrait-il déduire en tombant sur un livre qui en serait rempli ?
– Que la bonne doit être renvoyée ! fit Liza en riant.
– Entre autre, fit sa mère en se forçant pour ne pas sourire, mais ce n'est pas la bonne qui prend les poussières dans le bureau de ton père, là où se trouvent ses plus beaux ouvrages. Personne n'a le droit de toucher à ses livres rares, il prend les poussières lui-même.
– Ah oui, ses livres plus rares, on peut pas les toucher, s'exclama-t-elle.
– Alors, que pourrait indiquer la poussière sur ses autres livres, hormis que la bonne ne fait pas son travail ?
– Que ça fait longtemps que papa n'a pas touché ce livre !
– Voilà… c'est pareil pour moi, la poussière indique depuis combien de temps un dossier se trouve là.
– Oui, mais les couleurs qui ont changé de place ?
– Cela veut dire que non seulement ma logeuse a outrepassé ses droits en prenant les poussières, alors que je lui ai interdit, mais aussi, qu'elle n'a pas rangé les dossiers dans leur ordre.
– Tu vas la renvoyer ? me demanda-t-elle avec crainte.
– Non, c'est ma propriétaire, je ne peux pas… Par contre, je vais lui faire la remarque et je vais te charger de les remettre dans leur ordre de couleur.
– Chouette, s'écria-t-elle.
Une fois qu'elle eut terminé sa tarte, elle s'acquitta de sa tâche et remit les dossiers en place, avec mon aide et sous ma surveillance. Me désignant chaque farde de papier de son index, je l'enlevais de l'étagère et la déplaçait là où Elizabeth me le demandait.
J'éprouvai une bouffée de fierté vis-à-vis de ma fille qui avait remarqué l'ordre de mes dossiers en mémorisant les couleurs de leurs dos. Les plus anciens ayant la couleur brunâtre qui avait pâli et les derniers en ayant encore une qui était encore bien vive.
– Faudra bien faire attention ensuite, fit Liza, se frottant les mains avec un air on ne peut plus sérieux, je ne serai plus là pour t'aider dans ton rangement.
– Madame Hudson sera mise en garde, une fois de plus : on ne prend pas la poussière sur mes dossiers.
Le silence se réinstalla, uniquement ponctué des murmures de Louis qui lisait les titres des livres dans la bibliothèque, murmurant ça et là que cet ouvrage devrait être intéressant à lire.
– Vous repartez quand ?
– Nous ne savons pas encore, d'ici quelques jours, répondit Hélène en portant sa tasse de café aux lèvres.
– Pourquoi on reste pas ? s'exclama Liza.
– Tout simplement parce que notre maison n'est pas à Londres et surtout pour que Louis continue sa scolarité.
– Il n'aime pas son école, ajouta Elizabeth, plus par envie de rester que de défendre son frère.
– Ce n'est pas l'école qui me pose un problème, grogna Louis, mais les imbéciles qui la fréquentent.
– Louis, le reprit Hélène, on ne parle pas ainsi.
– Hélène, lui demanda-t-il, hésitant un peu, il y a de très bons collèges à Londres… Je pourrais aller dans l'un d'eux, non ?
Hélène en sursauta de surprise et sa sœur fit la grimace.
– Hé, tu restes avec moi, objecta-t-elle. Avec qui je vais jouer, moi, si tu restes ici ?
– Louis, soupira Hélène, c'est hors de question.
– Pourquoi je ne pourrais pas aller à l'école à Londres ? insista Louis.
– Et où vivrais-tu ? lui rétorqua Hélène.
– Ici, chez Sherlock.
– Hors de question, répondis-je vivement.
– Et pourquoi ?
– Et tes animaux ? Le rat, je veux bien, il m'écoute lorsque je lui parle d'une enquête, mais le chaton, pas question.
– Parrain pourrait garder mon chaton…
Hélène intervint :
– Louis, ton parrain a déjà hérité d'un chien, n'ajoutons pas un chaton en prime. De plus, c'est à toi à t'occuper de tes animaux.
Le garçon soupira, hésita et puis s'exclama :
– Mais… Non, je refuse de remettre les pieds dans ce collège de m….
– Silence, l'interrompit Hélène.
– Hélène, ils me détestent ! se défendit-il avec véhémence. Si je retourne là-bas, jamais je ne réussirai mon année scolaire.
– Pas de chantage, jeune homme, le mit-elle en garde.
– C'est juste la réalité… J'ai regardé quelques uns des collèges londoniens et il y en a un qui me paraît pas mal du tout. En plus, il n'est pas trop loin d'ici.
– Louis, ta famille est en France, lui dis-je, pas à Londres.
– Je rentrerai durant les congés scolaires… et je te jure que je ne te dérangerai pas.
– Que feras-tu durant tes samedis et tes dimanches ? lui demandai-je.
– Le professeur Stanford travaille sur ses cours durant ces deux jours là et il va à la bibliothèque ou au British Muséum. Il m'a toujours dit que je pouvais venir avec lui pour lui servir de secrétaire.
– Il en a déjà un, objecta Hélène, et il est plus que valable.
– Je sais qu'il est valable et qu'il travaille bien, mais le professeur dit toujours qu'après autant de siècles à son service, il est lassé de voir sa tête.
Nous le regardâmes avec stupeur. Louis haussa les épaules.
– Bon, c'est de l'humour, mais je sais qu'il serait enchanté de me prendre avec lui pour m'apprendre des tas de choses sur l'Histoire et notamment celle des pharaons d'Égypte. Et j'ai très envie de les apprendre… et de l'entendre me raconter les grandes batailles.
– Louis, fit patiemment Hélène, le problème n'est pas de ce que tu feras durant ton temps libre, mais de l'endroit où tu vivras et du fait que… du fait que nous ne serons pas à tes côtés.
– Je sais que ce ne sera pas facile tous les jours, mais je refuse de retourner dans cette école. Jamais de la vie. Un jour, cela va mal se terminer.
– Et qui te dit que les problèmes que tu veux fuir ne se retrouveront pas ici, lui demandai-je.
– Je ne veux pas les fuir, Sherlock, se défendit-il, j'ai tout essayé, rien ne fonctionne avec ses fichues têtes de mules. Pour eux, je ne suis qu'un pouilleux. La gentillesse, la ruse, la violence, rien n'y a fait. Ici, je recommence à zéro. Ils ne savent rien sur moi et jamais ils ne sauront que mes parents ne sont pas mes vrais parents. Laissez-moi au moins essayer…
– Tu ne seras plus avec nous à la maison, alors ? pleurnicha Elizabeth.
Louis se gratta la tête, un peu gêné et triste :
– Non…
– Je veux rester ici aussi ! s'exclama la cadette.
– La chambre de Watson n'est pas disponible, le prévins-je, j'y entrepose mes affaires.
– Il reste la petite d'en haut, me répondit-il jamais à court de ressource.
Mais moi non plus :
– Lorsque tu as dû y passer la nuit, tu es redescendu sur la peau d'ours !
– J'avais quatre ans de moins, soupira-t-il.
Me redressant je me postai devant lui et le dominai de ma haute taille :
– Hors de question, tu es encore trop jeune pour te passer de la présence d'Hélène et je ne jouerai pas les mères poule.
– J'ai onze ans, je suis grand, maintenant, s'offusqua-t-il.
– Je veux pas que tu partes, moi, fit Liza en s'accrochant à son bras.
– Oh, Liza, ne rends pas les choses encore plus compliqués, fit-il en la gardant.
– Elle a raison, Louis, répondit Hélène.
– Il en va de mon avenir !
– Il en va de la raison de deux personnes qui t'aiment, lui rétorquai-je. Que crois-tu qu'il se passera une fois que tu seras à Londres et elles en France ?
– Je le sais très bien, s'exclama-t-il. Vous pensez que je m'en moque ? Non !
– De toute façon, Sherlock a dit non, et c'est très bien ainsi, conclu Hélène. Son travail lui demande trop d'attention que pour t'ajouter sur la liste.
– Il y a Nanny…
– Madame Hudson a assez de travail, elle aussi, sans lui ajouter la surveillance d'un second enfant.
– Un second ? s'étonna-t-il avant de comprendre qu'Hélène parlait de moi.
Il me regarda avec des yeux de chien battu et ne sourit pas alors qu'Hélène m'avait assimilé à un enfant.
Soupirant, Louis se tut et nous changeâmes de sujet.
Note :
(*) Voir chapitres « 132 : Johann Sebastien Bach » – « 132 bis : Course poursuite » et « 133 : Le coureur de jupons et la belle cantatrice » de la partie IV. C'est là que je lui ai fais croiser la route d'Irène Adler.
