Je vous résume la situation : Barberousse – Ginger Enderson, il faut que je m'habitude à parler d'elle avec son vrai nom, maintenant – en train de hurler devant moi comme si j'étais l'incarnation de Satan.
Derrière moi, mini-Potter (le frère d'Albus), Blonde Fatale alias Judith Thomson et Roxanne Weasley.
Et enfin, moi, au beau milieu de la chambre, Kalevala dans les bras, me demandant si j'ai fait une bêtise.
Vous n'avez pas l'impression d'avoir loupé un épisode ? Moi, si. On va revenir en arrière, d'accord ?
OoOoO
– GRYFFONDOR !
Toute la tablée de mes nouveaux amis explosa de joie, et je retirai le Choixpeau, souriante. Il y avait évidemment un très mauvais côté au fait d'être dans la maison des Lions, et le mauvais côté s'appelait Enderson-Potter. Mais bon, je n'allais pas non plus me plaindre…
Je rejoignis la table des Gr… MA table, en m'asseyant entre Freddy Kreeps et Albus Potter. Nous nous mîmes à manger, mais je continuais de penser à Enderson. J'allais être dans sa chambre, sans doute. Misère.
– Ça va, Amley ? me demanda soudain Rose, assise en face de moi. Tu fais une drôle de tête.
Je reposai mes couverts, heureuse de pouvoir en parler.
– Hé bien… je n'ai pas vraiment envie de me retrouver constamment dans la classe de Bar… d'Enderson et de Potter. Enfin, James Potter.
– Je te comprends tout à fait, fit Albus d'un air dur. Je ne les aime pas beaucoup non plus. Enfin, à part mon frère, mais je veux bien comprendre qu'il est insupportable.
– Moi, je les aime bien, contra Kreeps en levant enfin les yeux de son assiette. Ginger est sympa.
Albus et moi échangeâmes un regard qui en disait long sur ce que nous pensions de Ginger Enderson.
– C'est bon, arrêtez de faire cette tête, bouda Kreeps en baissant la tête vers son plat. Si tu n'aimes pas Ginger, tu n'as qu'à rejoindre une chambre avec des filles d'une autre année. Ça se fait, dans les cas extrêmes.
– Tu parles d'un choix, soupirai-je. Et qu'est-ce que tu entends pas « cas extrême » ?
– Oh, les limaces dans les draps, ce genre de choses, s'écria Theodore Carter, un élève de l'âge d'Albus, en souriant. C'est le sort réservé aux gens que Ginger n'aime pas.
… Rassurant pour moi, vu qu'elle ne m'aimait pas du tout…
– Mais tu m'as dit que tu étais amie avec Roxanne, nan ? me demanda Kreeps.
– Oui, mais qu'est-ce que ça change ?
– Ça change, répondit-il d'un air docte en agitant sa fourchette en l'air pour appuyer ses propos, que Ginger écoute et obéit toujours à ses deux meilleures amies Judith et Roxanne. Si Roxanne lui dit de ne pas t'embêter, elle ne t'embêtera pas.
– Peux-tu arrêter de secouer ta fourchette en mangeant, Kreeps ? soupira la fille à côté de lui, qui n'était autre que la petite sœur de James et d'Albus. Tu m'envoies plein de petits morceaux de nourriture dans mon assiette. Ce n'est pas que ça me dégoûte, mais…
– Oh, pardon, Lily, s'excusa-t-il en reposant sa fourchette. Ecoute-moi bien, Virmel, reprit-il en me regardant à nouveau les yeux dans les yeux. Enderson est insupportable seulement si tu n'es pas son amie. Alors un conseil, enterre la hache de guerre. Sinon, tu vas vivre la pire scolarité de ta vie. Mais si tu te réconcilies avec elle, tu auras la meilleure année possible !
Je hochai la tête, pas vraiment rassurée.
OoOoO
Les deux jours qui suivirent se déroulèrent si rapidement que je n'eus qu'à peine le temps d'envoyer des lettres à ma famille et à mes amies. Le cours d'Arithmancie du mercredi matin fut plus intéressant que mes cours de Beauxbâtons, mais, l'après midi, le cours de Défenses Face à… enfin, Contre les Forces du Mal (les noms étaient différents en France et au Royaume-Uni) fut carrément bizarre. J'avais regardé le prof d'un drôle d'air pendant tout le cours, il avait dû se demander pourquoi je l'observais avec autant d'insistance. Moi-même, je n'aurais su le dire. C'étaient ses traits irréguliers et taillés à la serpe, je crois, qui attisaient ma curiosité. Qu'avait-il bien pu vivre pour se retrouver dans un tel état ? Et plus je fixais le professeur Pendleton, plus je me disais qu'il ne ressemblait même plus à un être humain mais à un objet en bois transformé plusieurs fois de suite par un sorcier indécis.
Ce fut également le jour où les élèves de Poudlard me virent arriver en cours avec des cheveux bleus. Pendant le petit-déjeuner, tout le monde se posait des questions et murmurait sur mon passage. Albus, Theodore et Rose n'étaient pas là parce qu'ils commençaient plus tard, et Kreeps dormait encore, mais un Gryffondor de ma table, curieux, me demanda :
– Pourquoi t'as les cheveux bleus ? T'es métamorphomage ?
Lily Potter, installée à côté de lui, lui donna un coup de coude.
– Hugo ! Tu parles comme un rustre !
– C'est pas grave, dis-je en souriant. Je suis à moitié métamorphomage, je ne peux métamorphoser que mes cheveux. Et étant atteinte du Syndrome du Caméléon…
– C'est quoi ? m'interrogea Lily.
– Maladie psychologique, expliquai-je. Je ne peux pas contrôler consciemment mon don de métamorphomagie. Du coup, il se déclenche sans me prévenir, pendant mon sommeil généralement.
L'information se répandit comme une traînée de poudre entre ce moment et le début de mon premier cours, Arithmancie. Le Professeur Vector me demanda rapidement à la fin du cours si j'avais toujours eu ce syndrome et si je pouvais éviter de venir avec des cheveux « aux couleurs fantaisistes » parce que « ce n'était pas convenable ». Et Albus, Theodore, Rose et Kreeps, à l'heure du déjeuner, ne me posèrent aucune question. Ils le mentionnèrent rapidement – « Tes cheveux, c'est pour imiter les Schtroumpfs ? » « Kreeps, arrête, ce n'est pas gentil pour Amley » – et nous continuâmes de manger comme si de rien n'était.
Et ce jour-là, jour du retour des élèves, j'eus le bonheur de rencontrer un nouveau professeur. Après trois merveilleuses heures de Sortilèges avec Filius Flitwick – je tremblais de bonheur rien qu'en pensant à son nom ! – j'allais joyeusement en cours, accompagnée des rares Serdaigles et Gryffondors, qui tiraient une tête de trois pieds de long.
– Qu'est-ce qu'il y a, vous n'aimez pas ce cours ? demandai-je à Kreeps, étonnée de si peu de bonne volonté.
– Pas vraiment, non, soupira-t-il. « Histoire de la Magie » est synonyme d'ennui, à Poudlard.
– Ah bon ? Mais pourtant, c'est une matière passionnante ! Même un prof nul ne peut raconter l'Histoire en ennuyant ses élèves.
– Ah, tu crois ça ? fit-il en se tournant vers moi, blasé. Bon. Je te reparle dans deux heures, j'ai du sommeil à rattraper.
– Mais ça fait trois heures qu'on a commencé les cours…
Il ne répondit pas et s'affala sur le premier bureau en entrant. Les autres élèves firent de même. Etonnée, je m'assis convenablement sur ma chaise et commençai à sortir cahier, plume et encrier.
Le dernier élève ferma la porte. Tout le monde, sauf un Serdaigle somnolent et trois Poufsouffles qui s'installaient pour prendre le thé, ferma les yeux et s'endormit. Ça alors ! Avant même que le prof ne soit arrivé ?
Je regardai vers l'estrade du professeur et poussai un petit cri qui ne réveilla personne. Je me forçai à respirer normalement. Calme. Ce n'était qu'un fantôme. Hier, Kreeps m'avait dit qu'il y avait des fantômes, à Poudlard. Je n'y étais pas habituée parce qu'à Beauxbâtons, on n'en avait aucun.
Je me demandai quand est-ce que le professeur allait arriver, quand le fantôme prit la parole.
– Tout le monde est là ? Bien. Nous allons donc reprendre le cours sur les guerres gobelines…
Ma mâchoire inférieure se décrocha. J'étais bouche bée. C'était lui, le prof ? Un fantôme ?
– Nous en étions donc à Zerk le Graisseux, qui dès 1675 avait lancé l'offensive générale à Londres. 3000 gobelins ont attaqué les moldus et les sorciers, qui en ont tué plus de 800. Après cette attaque, les gobelins ont reculé dans le pays de Galles, puis en Ecosse. Zerk changea d'avis et ordonna de pactiser avec les sorciers pour ne pas qu'ils meurent tous.
Ce n'était pas que ce qu'il disait était ennuyeux… mais j'avais un brusque coup de fatigue. Je notai rapidement ce qu'il venait de dire, tandis qu'il continuait de parler :
– Glorp le Puritain refusa cet état de fait et forma un triumvirat avec Patr le Petit et Trass le Moustachu, renversant le pouvoir établi par Zerk, en 1676. Pendant ce temps, Sardonius Malefoy, du côté des sorciers, réunissait ses troupes. Président du Parti Traditionnel, il gagna les législatives et fit voter des lois encore plus dures pour les gobelins. Zerk, Part et Trass réagirent immédiatement et firent un siège au Ministère, qui fut alors déplacé à Londres, en juin 1676. Les armures des gobelins, qui gagnèrent cette bataille, coûtèrent en moyenne 98,4 gallions par gobelin, les appauvrissant considérablement…
Je prenais des notes avec ferveur en repoussant le sommeil. Je n'allais pas m'endormir !
OoOoO
Je m'étais endormie.
– Hé, Virmel, c'est la fin du cours.
J'émergeai doucement. Que se passait-il ? J'étais en cours… à Poudlard… je prenais des notes et…
– Oh non ! m'écriai-je. Je me suis endormie !
– Tu dis ça comme si c'était terrible, commenta Kreeps.
– Mais C'EST terrible ! insistai-je. J'ai pris des notes de la moitié du cours seulement ! Comment je vais faire pour me rattraper ? Oh, je vais demander au Serdaigle qui était resté réveillé…
– Laisse tomber, m'arrêta-t-il. Il s'est endormi au bout de vingt minutes, je l'ai vu. Tu as tenu plus longtemps que lui, en tout cas. Bravo !
– Arrête, il faut que je trouve un moyen de récupérer le boulot…
– On regardera dans les livres à la bibliothèque, d'accord ? me proposa-t-il gentiment.
– Oh, merci, merci beaucoup, m'exclamai-je. A deux, on travaillera plus efficacement.
– Certainement, admit-il. Tu demanderas à Albus s'il peut t'accompagner.
Euh… quoi ?
– Ne fais pas cette tête, voyons. Tu croyais que j'allais 1. Travailler, 2. A la bibliothèque, et surtout, 3. De l'Histoire de la Magie ? Je suis pas fou, moi. Albus, si. Va lui demander, il sera ravi de t'aider.
Donc le soir, après les cours, je revis Albus à qui j'avais parlé à midi et nous nous rendîmes à la Bibliothèque. Elle était plus grande que celle de Beauxbâtons, mais moins jolie. Et la bibliothécaire était pire ici.
– On va s'installer à cette table, chuchota Albus. Montre-moi tes notes, et pendant ce temps va chercher un livre d'Histoire de la Magie.
– D'accord.
Je me rendis au rayon qu'il m'avait désigné et cherchai un livre sur les Gobelins. J'en trouvai tout un rayon. Au moins quinze livres. Zut. Lequel devais-je prendre ?
– Vous avez besoin de quelque chose ? demanda d'une voix sèche la bibliothécaire qui avait surgi de nulle part, me faisant sursauter.
– Non non, je vais prendre ce livre, dis-je en tirant un bouquin au hasard.
Elle fit une drôle de tête. Quoi, était-ce si inhabituel qu'un élève emprunte un livre d'Histoire de la Magie ? Je jetais un œil à la couverture et compris soudain. Un abruti avait rangé un livre dans ce rayon alors qu'il n'avait rien à faire ici. Et c'était moi qui avait donc saisis ce livre et mis sous le nez de Mme. Pince.
« La sexualité chez les sorciers ».
Je fermai douloureusement les yeux. POURQUOI fallait-il que ça tombe sur moi ?
Pince se racla la gorge et dit d'une voix tremblante :
– Dans ce cas, hé bien, hum, je vais vous laisser si vous avez trouvé ce que vous cherchiez.
Je la laissai partir et attendis trois bonnes minutes pour réprimer le rouge qui m'était inévitablement monté aux joues. Puis je remis le livre là où je l'avais pris, en récupérait un autre qui parlait un peu plus de la révolution gobeline, et filai à ma table avec Albus.
– Tu en as mis, du temps, remarqua-t-il à voix basse sans détacher ses yeux de mes notes. Dis-moi, Binns avait-il fumé quelque chose avant de vous faire cours ?
Je penchai la tête sur le côté, ne voyant pas vraiment où il voulait en venir. Il me tendit mon cahier et je lus mes notes.
« …Pendant ce temps, Sardonius Malefoy, du côté des sorciers, réunissait ses trous. Président du Parvis Additionnel, il gagna les Régis Latines et vivotait des lois encore plus mûres que les gobelins. Berk, patatras, régimait diamant et firent du liège de monastère, qui fut dépecé à l'ombre, joint Millicent 76. Les arbres murs des gobelins, qui gagnèrent ce bas, taille couteau en moyenne 98 millions de copains, les abrutissant considérablement… »
– Je crois que ça parle de la révolution gobeline, commenta Albus, pince-sans-rire, mais je n'en mettrais pas ma main au feu.
– Oh, ça va, grommelai-je alors que mes joues s'enflammaient. J'étais un peu fatiguée, c'est tout.
Pour éviter son regard moqueur, je tournai la tête sur le côté. Mes yeux rencontrèrent Pince, qui se tenait non loin de notre table et nous jetait – me jetait – des coups d'œil fréquents et angoissés. Pas mieux. Je tournai à nouveau la tête vers Albus.
– Allez, t'en fais pas, me consola-t-il. C'est déjà très bien, ce que tu as écrit. Deux pages entières, tu te rends compte ? Et en plus, je suis sûr que ça veut dire quelque chose, « Régis Latines ».
OoOoO
Entre temps, je m'étais installée dans ma chambre. Le soir de mon arrivée, j'étais déjà déterminée à aller dans la chambre d'Enderson, coûte que coûte. J'avais donc récupéré ma valise de la chambre des deux Gryffondors stupides et avait ouvert la porte de la chambre d'à côté.
Ma première impression fut que quelqu'un était entré et avait mis sens dessus dessous ce dortoir pour voler les affaires de ces filles. Puis je me dis qu'un voleur n'aurait jamais jeté pêle-mêle autant d'habits et d'objets car il ne s'y serait jamais retrouvé. D'autant plus que des objets de valeur étaient encore là, comme une cape de grande valeur de chez Madame Guipure, qui aurait sans doute été subtilisée la première.
Je compris donc que ce bazar était habituel. Merlin quelle horreur. Comment allais-je rentrer ici ? Retroussant mes manches, je me mis à tout ranger. Je pliai les affaires et les plaçai en piles dans les placards en me repérant avec les différents types d'habits. Ce gros sweat-shirt appartenait à Enderson, cette jupe sage en jean était à Roxanne, ce petit top blanc devait être la propriété de Judith Thomson. Cela fait, j'y vis bien plus clair. J'empilai les livres de cours selon les noms inscrits dessus et mis chacune des piles au pied d'un lit – je m'aidais des lettres d'or gravées sur le coin de la couverture de chacun, qui en indiquaient la propriétaire.
– Maintenant, il me faudrait un elfe de maison, pensai-je à voix haute, une heure plus tard.
POP ! Un elfe apparut juste devant moi. Il ouvrit grand ses yeux, déjà de la taille de balles de tennis. Il ne semblait pas reconnaître la chambre où il était.
– J'ai un peu rangé, expliquai-je brièvement. Je suis la nouvelle élève. Pourrais-je avoir une nouvelle armoire ainsi qu'un lit ?
– Bien sûr, Miss, fit-il en faisant une courbette si exagérée que son nez toucha le tapis.
Il disparut dans un nouveau POP !, une armoire apparut avec le même bruit à côté des trois premières, et un lit se plaça tout seul auprès des autres. Je me dirigeai d'abord vers l'armoire que j'ouvris : ma valise et la cage de Kalevala s'y trouvaient déjà. Je sortis mon chat qui miaula de contentement, et défis ma valise pour ranger toutes mes affaires.
D'un côté, c'était assez excitant. Tout était nouveau. Il y avait ici des fantômes, des tableaux, des professeurs plus légendaires que les légendes, des secrets enfouis, des passages oubliés… Mais d'un autre côté, c'était flippant. Je voyais le lendemain comme un immense trou noir, un vide intersidéral qui ne me laissait rien présager.
J'en étais là de mes réflexions quand j'entrai dans la salle de bain.
– Jolie coupe, la blonde, commenta une voix acerbe.
J'eus un immense sursaut et tombai à la renverse.
– Qui est là ? Qui va là ? couinai-je.
– Du calme, toi ! continua la voix. Je vais pas te manger, hein. Je ne suis que le miroir.
Je me relevai et regardai mon reflet au-dessus du lavabo. Une jeune fille exactement comme moi se tenait de l'autre côté du miroir. Elle croisait les bras et m'observait d'un air critique.
– Tu ne serais pas métamorphomage, toi ? me demanda-t-elle.
– Demi seulement, répondis-je. Depuis quand les miroirs peuvent-ils parler ?
– C'est une longue histoire. Tu peux te transformer ? J'ai toujours rêvé de me transformer, fit-elle, rêveuse.
– Désolée, je ne peux pas. J'ai un genre de maladie qui fait que je ne peux pas me transformer volontairement.
– T'es nulle.
– Je te remercie ! m'indignai-je.
Je pris une douche rapide – dis donc, les salles de bains sont drôlement mieux qu'à Beauxbâtons ! On dirait des baignoires de princesse ! – et revins dans la chambre en ignorant copieusement le miroir.
– Bon, bon, bon, me dis-je à haute voix. Amélie, il est temps de rassurer tout le monde et de donner de tes nouvelles.
Je sortis du parchemin et une plume de mon sac. J'en profitai pour récupérer mon encrier placé dans un sac plastique et me tournai vers la chambre.
Zut. Pas de bureau. Où allais-je écrire ? Je me décidai à prendre un livre sur lequel poser l'encrier et un autre en tant que support. Je trempai la plume dans l'encrier et commençai à écrire.
« Coucou Maman ! »
Flûte, les « M » ressemblaient à des « Z » impossible d'écrire convenablement ici. Mais bon, ce n'était pas grave si je l'appelai « Zazan » temporairement. Cependant, ç'aurait été plus pratique si j'avais pu rédiger mes « m » normalement.
« Dàsolàa pour las M qui rassamblant à das Z, at pour las E qui rassamblant à das A. »
Ridicule. Je roulai le parchemin en boule, le lançai par terre en me promettant de le jeter le lendemain, et en pris un neuf. Je m'installai cette fois-ci par terre.
« Coucou Maman ! »
Nettement mieux.
« Comment vas-tu ? Moi, je viens d'arriv▓▓▓▓▓▓▓
– Aaaargh ! Kalevala, tu as renversé toute l'encre sur le parchemin ! Je ne vais pas envoyer ça, c'est immonde !
Kalevala miaula de colère – comme si c'était moi la fautive dans l'histoire ! – et partit s'installer ailleurs que juste à côté de l'encrier.
« Coucou Maman !
Comment vas-tu ? Moi, c'est la troisième fois que j'écris cette lettre et j'en ai un peu marre. En plus, on n'a pas de table dans les chambres et je n'ai nulle part ailleurs que par terre où me mettre pour t'écrire. Je te réécrirai demain ou plus tard, quand j'aurai trouvé un endroit plus convenable et surtout confortable. Pour l'instant tout va bien, les gens sont gentils, je suis à Gryffondor. A bientôt et merci pour tout, Maman !
Amélie »
Cela fait, je dormis avec le parchemin dans le poing (on ne sait jamais, il aurait pu lui arriver un incident pendant la nuit qui m'aurait forcée à le réécrire une quatrième fois…) et le postai enfin le lendemain.
Revenons-en à jeudi soir. Après avoir noté un cours d'histoire, disons, acceptable, dans mon cahier, je me rendis tranquillement à la tour Gryffondor tandis qu'Albus partait chez les Serdaigles pour passer du temps avec sa petite amie. Je me perdis deux fois seulement. Mais en demandant mon chemin aux tableaux, je finis par retrouver le tableau de Pélagie.
Pélagie était une dame en robe rose dans un tableau et qui gardait l'entrée de la salle commune des Gryffondors. Il me semblait que tout le monde l'appelait « La Grosse Dame ». Ne pouvant supporter de l'appeler ainsi, je lui avais demandé son nom. Elle était très gentille, Pélagie. Bref, j'étais de l'autre côté du tableau de Pélagie le jeudi soir quand j'entendis un genre de grésillement à l'intérieur de la Tour Gryffondor.
– Pêche au sirop, déclarai-je, intriguée.
Le tableau pivota.
« …AAAAAAAAAAAAAAAAAAARGH ! »
Ah, le grésillement, c'était donc un hurlement. Drôlement bien insonorisé, dis donc. Je traversai la salle commune en demandant à deux ou trois élèves s'ils savaient d'où venait le cri.
– Dortoir des filles. Tu nous diras ce que c'était, Virmel ?
Je grimpai les marches, ouvris la porte de ma chambre.
Et Ginger Enderson se remit à hurler en me voyant entrer.
Nous revoilà donc au point de départ, et moi, j'avais toujours l'impression d'avoir loupé un épisode. Judith Thomson, Roxanne Weasley et James Potter surgirent derrière moi. Les deux premières avaient des yeux ronds comme des soucoupes et se mirent à hurler, et Potter eut l'air surpris pendant un instant, puis éclata de rire. Une demi-douzaine de filles arrivèrent en courant jusqu'à l'entrée de la chambre. Deux ouvrirent des yeux ronds, deux autres regardèrent, intriguées, la scène, et les deux dernières hurlèrent sur Potter en lui tapant dessus, le forçant à quitter le couloir et à retourner en salle commune.
– DEHORS, SALE PERVERS ! hurla une petite blonde en lui donnant des coups de traversin. C'EST LE DORTOIR DES FILLES, ICI !
– JAMES SIRIUS POTTER ! cria Lily Potter qui s'acharnait particulièrement sur lui. FILE D'ICI AVANT QUE JE NE M'ENERVE VRAIMENT !
– Du calme, du calme, je me casse ! geignit Potter en courant vers les escaliers.
Entretemps, les trois amies avaient cessé de hurler. Elles regardaient toujours la chambre avec des yeux ronds, et me fixaient de temps en temps avec le même air ahuri.
– J'ai l'impression de faire un cauchemar, dit Enderson à voix basse.
– Merci, ça me fait plaisir, rétorquai-je.
– Pareil, murmura Roxanne. C'est le truc le plus bizarre dont j'ai jamais rêvé.
Je plissai les yeux. De quoi parlaient-elles ?
– Vous ne rêvez pas, fit Lily Potter en repassant devant la porte. Votre chambre est bel et bien rangée. Remerciez Amley Virmel pour ça. Elle est nouvelle et sera dans votre dortoir, maintenant.
Les trois tournèrent les yeux vers moi.
Silence.
Gros silence.
Gros, gros silence.
– Euh, salut, me résolus-je à dire, espérant vainement détendre l'atmosphère ou simplement les faire réagir. Comment ça va depuis Beauxbâtons ?
Silence, gros silence, gros, gros silence…
– Ça va, répondit finalement Roxanne en se laissant tomber sur son lit. Mais qu'est-ce que tu fais ici?
– J'aimerais bien savoir aussi, déclara Enderson en reprenant ses esprits.
– Moi aussi, décréta Blondie en croisant les bras.
– J'ai eu une phase de déprime à Beauxbâtons, dis-je lentement, réticente. Ma mère m'a changée d'école pour me remettre d'aplomb.
– Etrange, comme thérapie, marmonna Blondie.
– Pourquoi tu viens dans cette chambre ? demanda presque férocement Barberousse en pâlissant.
– J'avais moyennement envie d'être dans le dortoir de filles d'une autre année, répliquai-je.
– Et tu vas rester ici jusqu'à la fin de l'année ? souffla presque Enderson, à présent livide.
– Oui, déclarai-je fermement.
-X-X-
« ! »
– Décidément, ça s'agite, dans le dortoir des filles ! s'exclame Hugo, oubliant momentanément le journal qu'il lisait. J'aimerais bien savoir ce qu'il s'y passe ! Tu sais, toi, James ?
– Plus ou moins, je réponds en soupirant. Il y a cette fille qui est nouvelle et que nous connaissons de Beauxbâtons. Visiblement, elle est dans la chambre d'Enderson. Et elle a eu l'idée merveilleuse de la ranger.
Hugo ouvrit des yeux ronds.
– Sérieux ? Ah oui, tu m'étonnes, ça doit faire un choc.
Depuis que je suis allé dans la chambre d'Enderson l'année dernière, la rumeur s'est répandue : le bazar là-bas est devenu quasi-légendaire.
La curiosité de Hugo satisfaite, je me renfonce dans mon canapé en regardant les flammes de la cheminée, songeur. Je me demande bien comment Enderson a pu atteindre le dortoir avant nous. Si elle était ce corbeau, ç'aurait été possible, mais là… Carrément bizarre. Encore une chose à lui demander.
