PROMPT : Ne pas avoir l'ombre d'une chance


Drago Malefoy n'avait pas pour habitude de reconnaître ses erreurs. Il n'avait pas été élevé dans cette optique.

Dans le monde merveilleux de Lucius Malefoy, un Malefoy n'avait jamais tort. La réalité se devait d'adhérer à leurs décisions.

Depuis sa naissance, Drago avait été témoin de cet état de fait : Lucius Malefoy ne se trompait jamais. Et si quelqu'un osait le contredire, alors il le réduisait à l'état de légume. Il s'en débarrassait. Il lui ôtait toute réalité tangible. Il ne supportait pas d'être contredit. Si un jour il décidait que le ciel était rouge, alors il ferait le nécessaire pour que tout le monde soit d'accord avec lui. Tout simplement.

Lucius Malefoy était tout puissant. Il était un Mangemort avéré mais il avait fait en sorte de s'en sortir sans dommages. Il avait joué les victimes, prétendant qu'il était sous Imperium. Et tout le monde l'avait cru. Il avait imposé sa version, faisant fi des témoignages accablants.

Et il s'en était sorti. Sans une tâche sur leur nom de famille. Il écrasait les rumeurs de son mépris, et se comportait comme s'il était le maître du monde.

Il avait élevé son fils pour lui apprendre à agir de la même manière. Son héritier, Drago Malefoy serait aussi puissant que lui.

Pendant son enfance, Drago avait entendu parler de Harry Potter comme tous les enfants sorciers. Mais son père ne semblait pas admiratif. Non, ce qui avait retenu l'attention de Drago était que son père semblait avoir peur de ce héros que personne ne connaissait.

Au lendemain de la disparition de Voldemort, le bébé qui l'avait réduit à néant semblait avoir disparu de la circulation.

Certains sorciers juraient l'avoir croisé dans le monde moldu, mais les rumeurs n'étaient jamais prises au sérieux.

Puis était venu le temps pour Drago d'entrer à Poudlard. Sa rentrée avait été éclipsée par le retour de Harry Potter. Son père ne parlait que de ça. Il ne cherchait qu'à savoir si "le fichu gamin" allait faire son grand retour.

Drago l'avait croisé sur le chemin de traverse, et il n'avait pas vraiment été impressionné. Le garçon qui faisait peur à son père était mal coiffé, mal habillé et ignorant du monde sorcier. Sans compter qu'il traînait avec le misérable demi-géant de Poudlard, l'animal apprivoisé de Dumbledore…

Il n'avait pas dit un mot à son père. Il n'avait pas voulu parler une fois de plus du "fichu gamin" qui prenait toute l'attention de son père alors que c'était lui qui entrait à Poudlard. Sa première rentrée.

Sur le quai 9 3/4, Lucius avait ignoré son fils pour fixer le Survivant. Il l'avait observé attentivement, et les derniers mots que Drago avait entendu de son père était : "Il n'a pas l'ombre d'une chance"

Drago l'avait pensé lui aussi. Que Potter ne ferait pas le poids face au Seigneur des ténèbres.

Qu'est ce qu'un gamin maigrichon, affublé de lunettes et d'une tignasse pareille pourrait bien faire contre un mage noir ?

Mais Potter était plein de surprises.

Et ce fichu Potter avait tué à lui seul un Basilic. Un fichu Basilic, alors qu'il n'avait que douze ans. Il avait beau se montrer modeste et prétendre qu'il avait eu l'aide du piaf de Dumbledore, il avait tué ce fichu serpent, et avait survécu.

Mieux encore : il avait tué un fragment de l'âme de Voldemort.

Et d'un coup, Drago voyait les choses autrement.

Son père avait tort. Potter au contraire avait bien plus de chances de son côté que le monde magique ne voulait bien l'imaginer. Il était le Survivant. Il traversait les épreuves, en se débrouillant pour en ressortir en vie. Blessé, mais vivant.

Il déjouait toutes les tentatives de ses ennemis.

Et lors du tournoi des trois sorciers, il avait fait face bravement, alors que lui, Drago Malefoy, n'avait pas trouvé mieux que d'enchanter des badges pour se moquer de lui. Il avait affronté les épreuves sans faiblir, en se montrant meilleur que des sorciers plus expérimentés.

Puis… il avait touché la coupe et il avait disparu.

Il s'était retrouvé face à Voldemort. Il l'avait vu renaître, et il avait réussi à s'échapper. Là encore, il disait qu'il avait eu de l'aide.

Mais il avait tenu bon. Il s'était dressé face au monstre qui faisait trembler le monde sorcier, même ses propres fidèles. Il était resté face à son cauchemar personnel sans baisser les yeux, sans montrer de peur.

Et avec tout ça, il s'était débrouillé pour ramener le corps de Diggory, mort sous ses yeux.

Drago savait sans avoir à beaucoup réfléchir qu'il serait devenu fou. Il n'aurait pas pu faire face. Il avait conscience d'être un trouillard…

Aussi quand Potter prétendait qu'il ne pourrait pas encore déjouer la mort, qu'il devrait se plier à la prophétie et mourir, Drago n'y croyait pas une seconde. Potter n'était pas fait pour mourir de façon stupide. Sous le héros, il était un adolescent que la vie n'avait pas épargnée, et il méritait un peu de repos. Et de bonheur.

Drago se souvint de la conversation qu'il avait eu avec Pansy. Juste après avoir découvert le vrai Harry Potter, la jeune fille s'était sentie coupable. Elle avait pleuré longuement, elle la fière sang-pur réputée pour être forte.

Elle n'avait jamais montré d'état d'âmes. Elle avait toujours caché des émotions.

Puis, Potter se montrait, en arrivant comme un chien dans un jeu de quilles. Et il lui promettait un avenir meilleur que tout ce qu'elle avait pu espérer. Une vie de liberté au lieu d'une vie de servitude.

Sans rien attendre en échange, sans rien lui demander, il lui offrait tout ce qu'elle espérait.

Il y avait ensuite eu les vacances et Pansy avait commencé à couver Potter, comme Hermione le faisait. Comme ils le faisaient tous s'il voulait être honnête. Ils s'inquiétaient tous pour lui, parce qu'il fonçait sans réfléchir. Il partait au secours des gens - même de ses ennemis - au mépris de sa propre sécurité.

Et quoi qu'en dise Lucius Malefoy, Harry Potter ne serait pas seul pour se battre, parce que tous ceux qu'il avait aidé seraient près de lui. Pas par obligation. Pas pour rembourser une dette. Juste parce que c'était lui.