Chapitre 59 : Quand le médecin n'est pas bien … (nuit du 2 au 3 avril)

Nous descendîmes discrètement les escaliers de service. Nous avions une excuse toute trouvée si jamais on nous surprenait : nous allions nous promener dehors, ballade en amoureux ! Hélène rougirait pour nous deux…

Une fois dans la chambre de Watson, je lui fis part de ma résolution :

- Pas de balade au clair de lune pour vous cher ami ! Votre jambe vous fait souffrir ! Repos ce soir et demain aussi !

- Holmes ! Je n'ai pas mal au point de rester enfermé ! Vous aussi vous avez mal la jambe, pourtant cela ne vous a pas empêché de monter à cheval toute la journée et de visiter la maison du comte ! De toute façon, je ne peux pas laisser tomber Hélène ! Comment fera-t-elle toute seule pour vous assurer et surtout vous remonter !

- C'est gentil de votre part John, mais c'est moi qui vais descendre et William qui va me remonter. Encore une utilisation de mon doux prénom ?

- Watson ! fis-je. Vous devenez suspect ! Attendez au moins que j'aie divorcé !

- Vous ne valez pas mieux l'un et l'autre ! soupira-t-il. Vengez-vous ! Vous êtes capable de descendre la falaise madame ? (Il était étonné). Vous n'avez pas peur de faire une chute ?

- Bien sûr que si ! Mais je ne suis pas restée les bras croisé en attendant la date du départ ! Ne vous inquiétez pas pour moi John ! Je m'en voudrais de ne pas revenir, sans moi, vous vous embêteriez !

- Repos mon ami ! Pas de chevauchée demain non plus !

- Pas besoin ! Je suis capable d'assurer le service de la nuit et d'aller à cheval demain.

- Bien sûr ! Vous en êtes capable… Mais ensuite ? Cela ira cette nuit et demain, mais après-demain ? Vous boiterez tellement que vous devrez rester immobile plusieurs jours. Soignez-vous, c'est vous le médecin du groupe.

- Je vous ai refusé la morphine et je devrais en prendre moi-même ?

- Vous avez eu raison de me la refuser ! Cela ne m'aurait rien fait. J'ai surmonté la douleur comme un grand et tout va bien.

- Pas d'infection ? Le pansement tient toujours ? Il faudrait le changer non ?

- Hélène a vérifié et pas d'infection à l'horizon ! (Voyant ses sourcils se froncer, je me penchai vers lui et lui murmurai au creux de l'oreille) : Ne vous inquiétez pas Watson, je ne lui ai rien montré d'autre ! J'ai couvert ce qu'il fallait couvrir avec un drap.

- Si vous le dites… Mais je demanderai à madame sa recette.

Cette fois ce fut moi qui fronçai les sourcils en entendant sa remarque.

- Elle a réussi à vous empêcher de vous piquer ! dit-il en souriant. Parce que j'ai eu la preuve que vous étiez bien partit avec le flacon de morphine ! Si vous êtes resté sobre dans la drogue, elle a réussi un tour de force !

- Je n'ai rien fait du tout John. Je vous l'ai déjà dit !

Sur ce, nous sortîmes par la fenêtre, et nous filâmes à travers la campagne sur les bicyclettes. Nous avions décidé d'aller visiter la plage enclavée dans les falaises. Même à marée haute, l'eau ne pénétrait pas sur la plage et comme Hélène ne savait pas nager…

Pas moyen de couper à travers tout, nous dûmes suivre le chemin officiel.

Une fois arrivé sur le site j'aidai Hélène à enfiler son harnais, je vérifiai les cordes et les anneaux et le reste du matériel. Tout était en ordre, elle pouvait entamer sa descente.

- Tu es sûre que ça va aller ?

- Oui, je vais tâcher de faire du mieux.

- Pas d'imprudence Hélène ! fis-je en laissant filer la corde.

Elle descendit à son aise au début puis un peu plus vite ensuite. Une fois en bas, elle s'arrêta à un mètre du sol et le scruta à la recherche des traces de pas. Elle avait de la suite dans les idées ! Si elle trouvait des empreintes, cela voulait dire que la crique était fréquentée. Ne voyant rien, elle détacha sa corde et s'avança prudemment, bougie éteinte à la main. Malgré la faible clarté de la lune, je vis qu'elle examinait encore une fois le sol, mais à genoux cette fois-ci. L'allumette craqua et la lumière fut !

Hélène entra dans la grotte et l'attente commença pour moi. Bon sang, fis-je en moi-même, cela fait quinze minutes qu'elle est là dedans ! Pourvu que ce ne soit pas la bonne crique et qu'elle ne soit pas tombée sur les bandits !

Enfin, elle ressortit et me fit signe qu'il n'y avait rien. Je poussai un soupir de soulagement. De courte durée le soulagement : une pluie fine se mit à tomber ! Ça nous manquait la pluie tiens.

Hélène attacha les cordes, testa leur solidité en tirant dessus et me fit signe qu'elle allait remonter. Elle prit appui sur la roche et commença son escalade, je l'aidai assez bien pour ne pas qu'elle se fatigue. La remontée n'était pas de tout repos pour les bras et encore plus pour une femme.

La pluie diminua mais la roche était glissante. Plusieurs fois son pied ripa sur la roche. J'entendis même un léger cri de douleur quand son genou percuta la pierre. Si ça continuait, on allait avoir trois éclopés ! Mais Hélène ne se démonta pour autant et au bout de quelques minutes d'une remontée pas facile, elle arriva à ma hauteur.

Je lui tendis la main pour la ramener près de moi.

- Ouf, me dit-elle. Pas facile d'arriver en haut ! Surtout quand la roche est glissante. Il n'y a rien en bas.

- Tu en as mit du temps, je croyais que tu avais eu un problème ! Ou pire, que tu étais tombée sur les bandits. Tu t'es blessée au genou ?

- Non, le genou a cogné mais ça va aller. En bas, la caverne était profonde et je voulais être sûre que je n'avais négligé aucun détail…

- Tu vas devenir aussi maniaque sur les petits détails que moi à la fin !

- Il y a des chances ! Je te propose qu'on mette les capes en attendant une accalmie.

- Pas besoin, cela se calme déjà ! Reprenons la route de l'auberge.