Titre Original : Comes Out of Darkness Morn.
Titre en français : À la sortie de l'aube
Auteur : Lightning on the Wave
Chapitre traduit par : Agathe Laplante
Bêta Traductrice : Remus James Lupin
Bêta Correctrice : Eni
État de la fic anglaise : Terminé (51)
État de la fic française : Traduction FINI
Disclaimer: Les personnages, événements et lieux reconnaissables de cette histoire ne m'appartiennent pas mais à J. K. Rowling. Je ne compte pas m'approprier les droits d'auteur et ne me fait aucun argent grâce à cette histoire.
Avertissement : Violence, langage violent, allusion aux viols et tortures, Problème psychologique, mort de personnages plus tard dans cette histoire et dans les autres fics de la série.
Résumé : Univers Alternatif de Prisonnier d'Azkaban. Harry lutte pour se reconstruire après les événements désastreux de sa deuxième année. Il apprendra finalement les vérités dont il a besoin pour savoir mais qui arriveront de manières peu agréables. 3ème Tome
Merci pour toutes vos reviews
Bonne lecture
Eni et Onarluca
Chapitre 43: Starborn
Snape secouait la tête en regardant Harry cloué sur son lit de l'infirmerie. Non. Ça allait faire trois jours, et sa fureur – qu'Harry ait été si gravement blessé, qu'Harry se soit senti obligé de courir seul après Voldemort et Black, qu'Harry ait du combattre et tuer un Mangemort – n'était toujours pas tombée. Toutes les maisons, à part Serpentard, avaient perdu une centaine de points en potions, et McGonagall, Flitwick et Chourave lui lançaient des regards de reproche. Snape n'en avait rien à faire.
Son pupille a failli mourir pour la cinquième et la sixième fois cette année, même si l'une d'entre elles comprenait seulement le loup-garou, son voyage de retour, les araignées et la crise de douleur qui l'a laissé inconscient une semaine. Voldemort l'a presque tué, puis Voldemort l'a presque tué à nouveau. Snape était trop loin pour l'aider la première fois, et inutile la suivante, coincé, comme il l'était, dans un duel avec Bellatrix.
Il n'avait été d'aucun secours. Dans un sens, c'est toujours le cas puisque Harry ne s'était pas réveillé depuis trois jours.
Ça le rendait furieux.
Et Harry avait fait tout ça pour sauver Black et son frère qui était resté dormir deux jours à l'infirmerie, son doigt cassé ayant été soigné presque tout de suite par Madame Pomfresh, avant qu'il ne se réveille et ne soit renvoyé à la tour Gryffondor. Il est revenu plusieurs fois par jour depuis pour s'asseoir à coté du lit d'Harry en silence, les yeux hantés et le visage pâle. Snape a supposé qu'il faisait face à ses propres démons.
Ça n'avait aucune importance. Les choses auraient pu tourner beaucoup plus mal, et lui, Severus Snape, Maître de potions, Directeur des Serpentards et ancien Mangemort, n'avait pas fait la plus petite foutue différence.
La porte de l'infirmerie s'ouvrit en grinçant. Snape tourna la tête brusquement. C'était le morveux Potter qui arrivait pour s'asseoir a coté d'Harry sans prononcer un mot.
Snape lui lança un regard furieux. Potter tourna la tête et se concentra sur Harry.
Pour ce garçon, Harry avait presque tout donné.
Et pour Black, se rappela-t-il, mais il détourna presque immédiatement sa pensée de ce déplaisant sujet. Il n'aimait pas penser à Black. Il avait lancé plusieurs sorts de protection sur son corps puis l'avait placé dans une pièce de classe inutilisée et tranquille, en attendant les arrangements que Dumbledore – vraisemblablement – devraient prendre pour les funérailles. Le loup-garou n'avait pas d'argent, certainement pas plus que Pettigrew, Potter non plus n'avait pas montré la moindre intention de réclamer le corps de son ami.
Snape avait envié l'expression de paix sur le visage de Black. Finalement, il était mort en faisant ce qu'il savait être juste, comme n'importe quel crétin de Gryffondor suffisant.
Et si son esprit avait été facile à pénétrer, déséquilibré par les potions d'empathie de Snape et faisant de lui une proie facile pour Voldemort qui avait pu ainsi trouver Harry, alors Snape avait mis en danger son pupille, il n'avait aucun moyen de s'en assurer.
Snape se demandait s'il pourrait en discuter avec Harry. Il se demandait s'il serait capable d'avoir une discussion avec Harry au sujet de Black sans faire de remarques désobligeantes. Il n'avait pas été capable de retenir le sarcasme dans sa voix lorsqu'il s'était heurté à Dumbledore. Bien sur, Dumbledore avait ordonné à Snape de récupérer la pensine de Voldemort et le couteau de la famille Black qui avait été utilisé tout comme corps de Sirius. Snape avait refusé. Il y avait eu… quelques mots.
Mais pour toi, pensait Snape, ses yeux s'attardant sur Harry, son esprit mélangeant bizarrement la vision du garçon endormi avec le souvenir de la Pensine du bébé qui pleurait et celle de l'enfant-adulte épuisé qui l'a laissé entrer dans son esprit avant de s'effondrer. Je vais essayer.
A condition que tu te réveilles. Réveille-toi, Harry.
§*&o&*§
Harry se réveillait lentement.
Il avait le sentiment que la souffrance aurait du être pire qu'elle ne l'était. Il a cligné des yeux et posé une main sur son visage, sa main tremblait de faiblesse et ne réussissait pas à le protéger des rayons du soleil, c'était seulement de la faiblesse, et pas de la douleur. Harry a senti sa poitrine se soulever avec un profond soupir. Bien. Il ne ressentait pas assez de douleur pour que ça dure longtemps.
« Harry ».
Harry a baissé sa main et rencontré les yeux de Snape. Le professeur était seul dans l'infirmerie, ce qui réconforta Harry. Laissez moi affronter ces confrontations une par une. Je ne pense pas pouvoir faire face à plus de monde que ça.
« Professeur ? » murmura-t-il, en clignant des yeux. Sa voix paraissait en fait seulement à moitié normale.
« Tu es endormi depuis samedi soir et nous sommes aujourd'hui jeudi matin, Harry » dit Snape anticipant correctement sa question suivante. « Et Poppy t'a alimenté régulièrement avec de l'eau ». Il bougea sa baguette pour enchanter un verre d'eau qu'il fit léviter vers lui, ensuite, il l'aida à s'asseoir pour qu'il puisse boire. Harry, reconnaissant, but lentement le liquide froid qui calmait son estomac au lieu de le perturber. Plus il mettrait de temps à boire, plus il éviterait l'interrogatoire poussé que Snape allait probablement lui faire subir.
Pas pour longtemps, dit d'un ton admiratif, une voix dans sa tête. C'est un dur à cuire.
Et comme prévu, Snape dit, dans un doux murmure révélateur de sa vraie colère, « quand as-tu prévu de poser ta tasse et de me faire face, Harry ? »
Harry a soupiré et essayé de s'étendre pour poser la tasse sur la table à coté du lit. La magie de Snape en a pris le contrôle et l'a fait léviter à la place. Harry s'est rassis contre ses oreillers et a posé les yeux sur Snape. « Vous n'allez même pas me laisser tendre le bras ? » demanda-t-il.
« Tu as subi d'énormes lésions » dit Snape. « Epuisement magique, griffures de l'elfe de maison sur la gorge et les épaules, blessures à l'endroit où le rituel de justice t'a tenu en place, cicatrices émotionnelles et mentales ». Il se penche en avant. « Cette fois, Harry, ton esprit n'est pas en danger éminent de rupture comme il l'était après la débâcle de la chambre des secrets. Et cette fois, tu as consciemment refusé qu'on t'aide ».
Harry se préparait à une séance de hurlements, Snape avait déjà haussé le ton au fur et à mesure de son discours.
Snape l'a regardé en silence pendant un long moment, puis a secoué la tête. « Que crois-tu qu'il arriverait si tu mourrais ? » demanda-t-il.
« Heu ». Harry clignait des yeux. Ce n'était pas la façon dont il pensait que la conversation allait s'orienter. « Et bien, Voldemort vous aurait torturé, vous, Hermione et Draco, et il aurait pris Connor avec lui. Il me l'avait dit, et je ne crois pas qu'il ait eu des raisons de me mentir. Il savait que la vérité me causerait plus de désespoir ». Harry frissonnait. Maintenant qu'il s'en était sorti, il avait le temps de penser à sa terreur, et à combien il était effrayé à l'idée que ce que Voldemort avait prédit se réalise.
« Et quoi d'autre? ». La voix de Snape était descendue d'un cran ou deux vers le glacé.
« Voldemort aurait tué Sirius aussi » dit Harry, essayant de trouver ce qu'il pouvait dire d'autre. « Et les Mangemorts auraient probablement infligé beaucoup de dégâts à Poudlard avant que quiconque ne puisse les stopper. Et les Détraqueurs auraient probablement tué Peter ».
« Et quoi d'autre » le pressait Snape.
Harry ferma les yeux, très fort et secoua la tête. « Je sais ce que vous voulez me faire dire, Monsieur, et c'est impossible ».
« Pourquoi? »
« Parce que », dit Harry, en ouvrant ses yeux pour fixer le visage de Snape en fronçant les sourcils, « vous n'auriez pas eu le temps de me pleurer ou d'être en colère après moi. Voldemort aurait été trop occupé à vous torturer. Vous auriez ressenti de la douleur à la place ».
« Harry », murmura Snape, « nous t'aurions aidé ». Il ancra son regard au visage d'Harry. « T'est-il venu à l'esprit que le Lord Noir a pris Black et ton frère pour t'attirer dans un piège? Que tu étais le seul qu'il voulait détruire? J'avais vu les souvenirs dans la Pensine. Je sais pourquoi ».
Harry éloigna son regard de lui. Une fois encore, comme lorsqu'il était entré dans l'esprit de Draco, comme lorsqu'il avait suspecté la première fois qu'il pourrait être le garçon-qui-a-survécu, il sentait un gouffre s'ouvrir sous ses pieds. Il ne voulait pas tomber dedans. « Mais ça ne s'est pas produit » dit-il. « Et si ça avait été le cas, alors vous auriez été occupé à souffrir ».
Snape a marmonné quelque chose et Harry n'a rien pu comprendre en dehors des mots « franchement » et « complètement sérieux ». Ensuite, il dit, « Harry, ta vie m'importe au-delà de ce qui aurait pu m'arriver, ou arriver à quiconque, si tu n'avais pas survécu. Ta vie est importante en elle-même. Tu n'es pas un sacrifice, pas pour moi. En fait, je préfèrerais que tu arrêtes de te considérer de cette manière, et de t'associer entièrement à ton frère ». Sa voix était devenue tranchante, « si tu m'avais emmené pour t'aider, alors, tu n'aurais pas autant souffert ».
Harry fit une grimace et le remord le submergea brièvement, avant qu'il ne secoue la tête. « Et vous n'auriez surement pas survécu, Monsieur » dit-il. « J'ai à peine réussi, et je pense que Connor n'est pas mort uniquement parce que Voldemort n'était pas vraiment concentré sur lui ».
« C'était la mauvaise tactique alors » dit Snape. « Harry - regarde-moi ».
Harry obtempéra à contrecœur. Snape rencontra ses yeux avec intensité.
« Tu es important » dit-il. « Tu l'es vraiment. Tu n'es pas seulement une arme, pas seulement un bouclier, une défense ou un sacrifice. Tu m'as dit une fois de ne pas te traiter comme un enfant, et c'est vrai que je ne devrais pas le faire. Cependant, tu es aussi mon pupille ». Il a pris une profonde respiration, comme s'il sortait son courage du plus profond d'un lac « J'apprécierais que tu arrêtes de penser que je mentais lorsque je t'ai dit ces choses. Et si tu n'as plus besoin de moi en tant que tuteur, alors, il est peut-être temps d'envoyer un hibou au Ministère et de retourner vers ton père qui a exprimé le désir de venir te voir dans quelques semaines lorsque tu auras récupéré, et il est sorti du labyrinthe dans lequel il était ».
Harry fit alors l'expérience d'un violent éclair de panique. Non! Je ne veux pas que Snape arrête d'être mon tuteur -
Et il clignait des yeux et restait assis là fixant le vide, comme si le fait qu'il ait ressenti ces choses soit passé sur lui comme une tempête.
Il aimait être important pour Snape. Il voulait que la tutelle soit plus qu'un faux-semblant légal pour tromper le Ministère. Il aimait penser que Snape avait essayé de le rattraper, qu'il avait essayer de l'empêcher de faire face seul à Voldemort, qu'il était venu le voir à Noël et l'avait harcelé pour qu'il accepte à nouveau la tutelle, qu'il avait fait tout ce qu'il pouvait pour le protéger et l'entrainer à l'occlumancie, à la légilimancie et aux potions et à toutes les matières dont il pensait qu'Harry aurait pu avoir besoin.
Et s'il aimait être important pour Snape, il ne pouvait pas laisser Snape penser qu'il n'était pas important pour lui.
Il rencontra les yeux de Snape. « Ma vie est importante pour vous » dit-il pour le tester.
Snape montra les dents, comme pour dire que ça ne méritait même pas une réponse.
« Vous aimez être mon tuteur et pas juste pour embêter mon père, le Ministère ou Dumbledore ».
« Si c'était tout ce que je voulais » grogna Snape, « J'aurais pu penser à beaucoup, beaucoup, d'autres façons d'arriver à mes fins, des façons qui ne risquaient pas de me faire mourir de rage et de terreur ».
Harry ferma les yeux. Zut, il allait pleurer, et il ne voulait pas. Il n'était plus surmené, il n'était plus épuisé, il n'était plus fragile et vacillant, il ne pouvait pas pleurer, pleurer est réservé aux bébés et aux enfants, ça allait quand Connor le faisait, oh merde, non, les larmes arrivaient -
Snape a tendu le bras et posé gentiment une main sur son épaule. Harry s'est penché à ce contact, et ensuite s'est rapproché et a enroulé un bras autour de la taille de Snape qui lui a farouchement retourné l'étreinte.
En plein milieu de sa crise de larmes, Harry a réalisé que Snape n'avait jamais eu l'intention d'arrêter d'être son tuteur, et qu'il avait utilisé une méthode sournoise et fourbe de Serpentard pour le forcer à avoir cette révélation.
Il n'y fit pas plus attention.
Sa vie importait à quelqu'un. Il importait, lui, à Snape parce qu'il était Harry, et pas pour ce qu'il pourrait faire. Finalement, il y croyait.
Comme s'il n'allait pas saisir l'occasion à pleines mains.
§*&o&*§
Draco s'était préparé pour venir. Il savait tout de la confrontation d'Harry avec Snape parce que Snape lui avait raconté. Il savait que ça allait être différent avec lui. Harry avait été forcé de voir que l'affection de Snape était sincère. Il avait aussi entendu Connor contraindre Draco, il était entré dans son esprit et il avait essayé de croire - Draco l'avait senti lorsqu'il essayait d'y croire - que toutes ces émotions étaient seulement le résultat de la compulsion.
C'était une excuse facile. Une porte de sortie pour Harry de penser qu'il n'y avait qu'une personne qui l'aimait pour ce qu'il était. Il pouvait laisser Snape entrer mais reculer de plus belle en traitant Draco comme s'il était quelqu'un qu'il fallait laisser à l'écart, en sécurité.
Fais chier! Draco était décidé et il entra sans se presser pour s'asseoir dans le fauteuil à coté du lit d'Harry. Snape avait occupé son abruti de frère avec une retenue. Personne ne viendrait les déranger.
Draco avait un plan très simple.
Il n'allait pas laisser à Harry la possibilité de l'ignorer. Et avant de le quitter ce soir, il aura obtenu d'Harry la promesse qu'il ne ferait plus jamais certaines choses stupides.
Harry l'accueillit avec un sourire réservé. Il avait, sur les genoux, un bol de porridge dont il était en train d'enfourner des cuillérées dans sa bouche. Draco renifla. Le porridge n'était rien comparé à ce qu'ils avaient eu dans la Grande Pièce ces deux derniers jours. Il serait heureux qu'Harry puisse se lever et manger de nouveau une nourriture convenable. Tout était fade et ennuyeux sans lui. Personne n'appréciait son sens de l'humour lorsqu'il essayait de l'utiliser.
« Salut, Draco » dit Harry doucement en reposant la cuillère dans le bol. « Tu es venu me donner ton opinion sur ma façon de me précipiter seul dans le danger? »
« Je ne pense pas qu'il soit utile d'en dire beaucoup » dit Draco en adoptant la posture de sa mère lorsqu'ils allaient visiter des gens qui leur étaient socialement inférieurs. « Simplement quelques mots. L'affection que tu as vue dans mon esprit lorsque tu as pensé que Connor me contrôlait? C'était réel ».
Harry le regardait en clignant des yeux puis secoua la tête, un sourire léger apparaissant à la place du réservé. « Non Draco » dit-il, du ton patient qui donnait normalement envie à Draco d'hurler. « Je l'ai senti. Ça faisait obstacle au passage normal des pensées dans ton esprit. C'était- »
« C'était une barrière composée de ce qui existait déjà » dit Draco. C'était simple après tout, clair, direct, à la manière de l'honnêteté Gryffondorienne. « C'est ce qui a toujours été là ».
Harry pinçait ses lèvres puis secoua la tête. « ça ne peut pas- »
« Si ça peut » dit Draco. Une autre partie du plan était d'empêcher Harry de dire ce qui était clairement des absurdités. « Tu es mon ami, Harry. C'est ainsi ».
« Mais, ce que j'ai ressenti n'était pas le genre d'amitié que Connor a pour Ron » argumenta Harry.
Les lèvres de Draco se sont recourbées avant qu'il n'ait pu s'en empêcher. « Je te serais reconnaissant de ne pas me comparer à Weasley » dit-il, il allait jouer son Joker. C'était peut-être un peu trop tôt, mais s'il était en train de comparer Draco à Weasley, Harry avait besoin d'aide. « Les Malfoys ont toujours fait mieux que les Weasleys. Nous les surpassons, nous sommes meilleurs qu'eux au Quidditch, nous sommes de plus puissants sorciers, nous n'avons pas jeté la honte sur les Sangs Purs comme ils l'ont fait. Et aussi, nous ne les aimons pas ».
Le sourire d'Harry se refroidissait. « Draco » dit-il, sa voix devenant fluette et sans défense.
Draco grogna. « Arrêtes de te voiler la face, Harry. Tu sais, j'étais conscient la plupart du temps que tu as passé dans mon esprit. Je sais ce que tu as ressenti. Je t'aime. Mais pas assez, non plus, pour me retenir de te jeter un sort si tu essayes de le nier ».
Harry secouait désespérément la tête, ses cheveux tombaient sur sa cicatrice. La cicatrice était redevenue normale, un pâle éclair, Draco était content de la voir sans la couleur ensanglantée qui la décorait lorsqu'Harry était allongé, inconscient. « Mais Draco - la compulsion a joué un rôle quelque part là dedans, c'est obligé- ».
« Non, aucun rôle », dit Draco. « Elle a juste fait remonter ce qui était sous la surface et l'a maintenu assez longtemps pour que tu puisses le voir ». Il rencontra les yeux d'Harry. « Tu peux utiliser la légilimancie maintenant sur moi si tu veux, et ça sera toujours là ».
« Tu ne peux pas m'aimer comme ça! » hurla Harry.
Draco rit. Harry semblait vraiment indigné. « Pourquoi pas? Je sais que tu m'aimes aussi, de façon protectrice, ainsi que ton frère, et probablement Snape ».
« Mais - c'est-ce que je fais, j'ai été élevé pour ça » dit Harry d'une voix proche du gémissement; « cet amour est anormal, n'est-ce pas puisqu'il vient de mon entrainement? Et de toute façon », ajouta-t-il, « comment pourrait-il s'appliquer à moi? »
« Parce que c'est comme ça » dit Draco.
« C'est forcément le résultat de la compulsion »
« Non, ça ne l'est pas »
« Alors, c'est le résultat de- »
« Non »
« Alors, tu dois seulement l'avoir imaginé- »
« Non ». Draco s'est penché en avant et a enlacé les mains d'Harry. « Je t'ai déjà donné des signes avant, Harry. Que penses-tu que montre ton serpent? Tu devrais le regarder plus souvent ». Il n'avait pas pu s'empêcher d'ajouter ça. Alors que la bouteille, montrant ses émotions, qu'Harry lui avait donnée était très importante pour lui, le serpent de verre, ensorcelé avec le même enchantement pour son anniversaire, ne semblait pas aussi important pour Harry, et ça lui faisait mal. « Je t'avais dit que je n'appréciais pas que tu t'en ailles. J'aurais été parfaitement heureux si tu avais passé, l'été dernier, toutes les vacances au manoir Malfoy. J'ai essayé de t'empêcher de courir après ton frère et ton parrain, parce que je ne supporte pas que tu les aimes aussi. J'étais pratiquement sur le point d'aller le crier sur les toits, aussi indigne que cela soit pour un Malfoy. J'ai essayé, et essayé, et encore essayé de te le faire comprendre, mais tu ne voulais pas, crétin obstiné. Alors, maintenant, tu n'as plus le choix » finit-il sévèrement.
Harry le fixait simplement, puis, il a détourné la tête. Draco a attrapé son menton pour le forcer à le regarder.
Draco n'avait pas besoin d'être un légilimens pour voir l'incrédulité stupéfaite être remplacée lentement dans ses yeux par l'acceptation. Harry savait que Draco ne mentait pas. Il avait probablement été préparé à cette révélation par la reconnaissance forcée que sa vie importait à Snape.
Fais chier, ça aussi! Draco est toujours décidé. C'était sa victoire, et il allait la proclamer comme telle.
« C'est si étrange », murmurait Harry. « Je ne pensais pas que ça pouvait arriver. Je ne pensais pas découvrir que mon meilleur ami m'aimait quelques jours après la mort de mon parrain et le retour à la vie de Voldemort ».
« Quand-est-ce que quelque chose a été normal autour de toi? ». Draco a rapproché sa chaise plus près du lit. « Tu me crois, maintenant? ».
Harry hochait la tête comme s'il était hypnotisé.
« Bien » dit Draco. « C'est le moment où je vais être autoritaire dans mes demandes ». Il sentait un plaisir vicieux l'envahir alors qu'Harry avait seulement fermé brièvement les yeux. Merlin, j'aime ce moment. « D'abord, si tu commences à pleurer sur n'importe quelle chose qui t'arrive, tu viens me trouver immédiatement. Je veux le savoir ».
« Pourquoi » murmura Harry.
Draco haussa ses épaules. « Harry » dit-il sur un ton d'avertissement. « Je ne tolèrerais aucune idiotie, pas alors que tu me crois ».
Harry avala sa salive. « D'accord ».
« Deuxièmement » dit Draco, « une fois que tu auras quitté l'infirmerie, tu seras toujours soit avec Snape, soit avec moi, pour le reste de l'année scolaire. Je sais que Snape projette que tu restes ici pour les vacances. Nous verrons ça ». En privé, il essayait de conclure un accord pour qu'Harry passe quatre semaines au manoir. Jusqu'ici, Snape ne voulait pas, mais Draco était déterminé. « Si tu sens que tu as réellement besoin d'être seul, tu dois nous dire où tu vas ».
Harry a hésité puis a finalement dit « d'accord ».
« Troisièmement » dit Draco, « si tu es en colère après moi, tu me le dis. Si tu veux une excuse, tu la demandes ».
« ça va être le plus difficile » murmura Harry. Il semblait se trouver quelque part entre plaisir et état de choc.
« Je sais. Ça n'a pas d'importance. Fais-le ».
Harry hocha la tête.
« Pour finir », dit Draco, « tu arrêtes avec cette absurdité de compulsion, ou tout autre excuse que tu trouves pour nier que des personnes t'aiment. Je vais vraiment te jeter un sort si tu parles encore de ça, ou si je soupçonne que tu es en train d'y penser ».
« D'accord » dit Harry.
Ses yeux commençaient à se voiler un peu. Draco enleva gentiment le porridge de ses genoux et le posa sur la table, puis arrangea les oreillers afin qu'Harry puisse s'allonger. Harry étouffa un bâillement. « Pourquoi suis-je encore ici? » marmonna-t-il. « Je sais que madame Pomfresh a réparé tous les dégâts physiques ».
« Choc et épuisement magique, Harry » dit Draco. « Madame Pomfresh ne pense pas que tu doives rencontrer les autres étudiants tout de suite, et je suis d'accord. Et tu pourrais encore dormir pendant deux mois sans regagner tout le repos dont tu as besoin. C'est la cinquième promesse », ajouta-t-il. « Tu dois dormir beaucoup ».
« Celle là ne va pas poser de problème pour être tenue ». Pourtant, Harry combattait pour ne pas fermer les yeux. Crétin borné, pensait Draco, repoussant les cheveux de sa cicatrice. « Est-ce que Connor s'est déjà excusé auprès de toi? »
Draco fronçait les sourcils. « Pourquoi? »
« Pour t'avoir contraint ». Harry le fixait attentivement.
Une minuscule flamme revenait à la vie dans le cœur de Draco, le rendant de plus en plus heureux. Harry veut que son frère me présente des excuses. Il pense ça alors qu'il aurait toutes les raisons de penser que ce qui leur est arrivé peut dispenser Connor de ce devoir.
« Il ne l'a pas encore fait », dit-il en regardant les yeux scintillants d'Harry.
« Je lui dirai » murmura Harry en fermant les yeux. « Il aurait déjà du le faire. C'est un imbécile de ne pas l'avoir fait ».
Son murmure s'arrêta et son front se détendit sous les doigts de Draco. Draco le contemplait alors que sa respiration devenait plus régulière sous l'effet du sommeil.
Alors, et seulement alors, il s'est autorisé à fermer les yeux et à passer quelques minutes à écouter la respiration d'Harry, se rassurant à chaque souffle sur le fait que son meilleur ami était encore vivant.
§*&o&*§
« Je pense que c'est le dernier » dit Draco.
Harry hocha la tête en observant le dernier filament argenté qui se tortillait au bout de sa baguette avant de rentrer dans la Pensine. Il pouvait encore se rappeler parfaitement bien ce qui s'était passé dans la Cabane Hurlante - il n'avait pas voulu que sa baguette prenne toutes ses émotions et souvenirs de ça - mais maintenant, ils avaient une troisième Pensine de sauvegarde, en plus des deux que Snape avait déjà cachées, contenant sa vision de cette nuit. Si Dumbledore essayait de lancer un sort d'Oubliette sur lui ou sur Connor, ou même sur Snape d'ailleurs, ses souvenirs étaient en sécurité.
Il se réinstalla contre les oreillers, haussant les épaules lorsque Draco commença à les tapoter pour les regonfler, mais il ne fit aucun geste pour l'arrêter. Draco semblait encore éprouver le besoin de se prouver qu'Harry était en vie puisqu'il avait besoin d'oreillers regonflés, et Harry pouvait difficilement lui retirer ça.
« Alors » dit-il lorsque Draco eut prudemment repoussé la Pensine sous sa chaise. « Tu vas me raconter ce que pense le reste de l'école, maintenant que ça fait une semaine ».
Draco lui lança un regard irrité, avec des traces d'inquiétude visibles à ses yeux plissés.
« ça fait une semaine » répéta doucement Harry. « Je peux le supporter, Draco. Je peux vraiment ».
Draco hocha la tête. « D'accord » dit-il. « ça n'a pas pris longtemps au Directeur pour inventer une histoire selon laquelle Voldemort vous a capturé, toi et ton frère, avec l'aide des Mangemorts, parce qu'il voulait utiliser la magie qui circule entre des jumeaux pour ressusciter. Black l'a combattu et il est mort en héros ».
« Bien, cette partie est vraie » dit Harry. Pourquoi Draco dit-il cela avec autant de dédain? C'est son cousin et mon parrain dont il s'agit.
Draco grogna. « Il est mort pour rattraper son erreur, Harry. C'est une meilleure raison, mais c'est pourtant celle que le Directeur n'admettra jamais ».
Harry retint son soupir. « Et quel est le reste de l'histoire? »
« Que les Mangemorts se sont repliés avant vous, emportant le corps de Voldemort à moitié ressuscité avec eux », dit Draco de sa voix trainante. Harry se demandait s'il utilisait ce ton pour cacher ses émotions ou s'il avait entendu l'histoire tellement de fois qu'il n'y faisait plus attention du tout. « Ils ont été interrompus pas les Détraqueurs, qui les poursuivaient parce qu'ils s'étaient évadés d'Azkaban. Les Détraqueurs ont aspiré l'âme de Voldemort et détruit Rodolphus Lestrange dans l'opération. Ensuite, les Mangemorts ont fui, poursuivis par les Détraqueurs ». Il s'est rassis et a tourné les yeux vers le visage d'Harry et Harry a su sans aucun doute que Draco n'était pas inquiet. Il paraissait furieux. « Rien sur le rôle que tu as joué, Harry. Rien ».
Harry sourit faiblement. « Je ne me suis jamais vraiment attendu à ce qu'il dise quelque chose à ce propos ».
« Mais n'es-tu pas révolté? » demanda Draco.
Harry secoua la tête. « Dumbledore a si durement manœuvré pour que je ne découvre pas la vérité. Le moins qu'il puisse faire maintenant est d'empêcher les autres d'en découvrir la moindre parcelle. Et il ne voudrait pas que quiconque découvre que le professeur, qu'il a le plus favorisé et protégé, était possédé par Voldemort. Il renoncerait à une chance de promouvoir l'héroïsme de Connor et de protéger la réputation de Sirius ».
Draco grogna. « Il aurait pu garder sa salive, personne ne l'a cru ».
Harry écarquilla les yeux. ça c'était une surprise. Le Directeur était toujours le Directeur, après tout, avec le pouvoir d'un Lord de Lumière, une réputation héroïque et la capacité d'imposer ses idées par Compulsion quand tout le reste ne marchait pas. « Personne? »
Draco secoua la tête. « Trop de personnes ont vu Snape se précipiter hors de Poudlard comme s'il avait le feu à sa cape. Trop de personnes savent que Granger est restée inconsciente un bon moment dans la tour Nord. Trop de personnes savent que les Détraqueurs ne sont pas revenus sur le sol de Poudlard, même pour chasser Pettigrew. Et trop de personnes ont senti la gigantesque explosion de magie quand tu as libéré le rituel de justice et détruit le nouveau corps du Lord Noir, même s'ils ne savent pas vraiment ce qui s'est passé ».
Harry mordillait sa lèvre. « Je ne sais pas vraiment ce que nous devrions faire » dit-il finalement. « Je ne veux pas non plus que tout le monde pense que Sirius est un traître, et il serait dangereux que trop de personnes soient au courant de la prophétie ».
« Ne veux-tu pas avoir la reconnaissance de ce que tu as fait? » dit Draco d'une voix plaintive. « Tu me rends fou, Harry. Comment peux-tu ne pas vouloir que les gens sachent qui tu es vraiment? »
Harry souriait faiblement. « Tu m'as dit une fois que j'étais un Serpentard de toutes les manières possibles » rappela-t-il à Draco. « Et, je t'ai dit que ce n'était pas vrai parce que je manquais d'ambition. C'est toujours le cas. Ou, au moins, ça m'est égal si personne n'est au courant de ce que j'ai fait ».
« Je pensais t'avoir guéri de ça » dit Draco. « Je pensais vraiment avoir réussi. Peut-être que je devrais essayer à nouveau ».
« Harry? »
Harry tourna la tête en clignant des yeux. Hermione se tenait à la porte de l'infirmerie, la main sur la poignée. « Madame Pomfresh m'a dit que je te trouverais ici » murmura-t-elle. « Et que tu pouvais avoir des visites maintenant ».
« Y aurait-il un autre endroit où tu pouvais t'attendre à le trouver, Granger ? ». Draco recommençait à être ironique. Il est ironique lorsqu'il n'a aucune raison, aussi bien que lorsqu'il en a pleins. « Et il ne peut voir qu'un visiteur à la fois, et je suis déjà là. Va-t-en ».
« Ce n'est pas ce que Madame Pomfresh a dit », riposta Hermione et elle avançait, même si Draco avait bondi sur ses pieds. Elle regardait Harry droit dans les yeux. « Peut-être devrions-nous demander à Harry s'il veut que je reste ».
Harry soupira. Il soupçonnait qu'il était parti pour une réprimande parce qu'il avait assommé Hermione et l'avait laissée inconsciente sur le sol, mais il ne pourrait pas l'éviter toujours. « Assieds-toi, Hermione » dit-il, et il transfigura la table près du lit en fauteuil. C'était un innocent usage de sa magie qui se lassait de n'avoir rien à faire et peu importe le regard coléreux de Draco.
« Merci » dit Hermione guindée. Elle s'est assise et a arrangé sa jupe sur ses genoux, puis elle l'a regardé dans l'expectative.
Harry attendait.
« Ce que tu as fait était stupide » commença Hermione. « Tu m'as endormie si profondément que j'aurais pu ne jamais me réveiller à temps pour informer quelqu'un de l'endroit où tu étais parti. Comme le professeur McGonagal. Elle t'aurait aidé, Harry, tu sais qu'elle l'aurait fait ».
Harry hocha la tête. « Je sais. Et je ne voulais pas de son aide, comme je ne voulais pas de la tienne non plus. Je voulais agir seul ».
« Alors, ça veut dire que mon aide est assez bonne pour me demander un Retourneur de Temps, mais rien d'autre ? » demanda Hermione, sa voix s'élevant un peu.
« C'est pour ça que j'avais besoin de ton aide, oui » dit Harry. « Je n'aurais pas réussi sans toi. Merci ».
« Et le reste ? » Hermione se pencha en avant en relevant le menton.
Harry secoua la tête. « Je ne peux pas m'excuser Hermione. Je n'ai emmené personne. A ce moment, j'avais déjà assommé Draco et j'ai assommé Snape lorsqu'il m'a suivi à nouveau. J'ai été aussi prudent que le pouvais et deux personnes sont quand même mortes ». Sa voix craquait, et il clignait violemment des yeux, la mort de Sirius lui revenait à l'esprit à l'improviste pour le frapper de plein fouet. « L'un d'entre eux aurait pu être toi ou il aurait pu y avoir une troisième mort parce que tu avais voulu m'accompagner. Je ne pouvais pas prendre ce risque ».
« C'était mon choix » dit Hermione.
« Elle fait preuve de beaucoup de bon sens » dit Draco en ne l'aidant pas.
Harry les regardait tous les deux avec colère. « Et c'était mon choix de vous laisser tous les deux en retrait » dit-il. « Si nous commençons à regarder les choses sous cet angle, nous pourrons trouver tout un tas de choix qui se contredisent les uns les autres ».
« Je vais te pardonner et oublier, Harry, James Potter » dit Hermione avec noblesse, « si tu ne recommences plus jamais ».
Harry fit la grimace. Il ne pouvait pas imaginer que ce ne serait pas nécessaire de refaire la même chose. Hermione était intelligente et même s'il essayait de la laisser à l'écart, elle trouverait le moyen de s'infiltrer. Et c'était vrai qu'il lui avait beaucoup demandé son aide cette année, ne serait-ce qu'avec la toile du Phénix, et il pourrait bien avoir besoin de recommencer. S'il faisait la promesse de ne pas la laisser à l'écart…
C'est alors qu'il eut une bonne idée. Peut-être qu'Hermione était si déterminée à le suivre parce qu'elle a seulement entendu la fausse histoire du Directeur et n'a pas vu la vérité. Il fit un signe de tête à Draco. « Laisse Hermione regarder dans la Pensine » dit-il, « ainsi, elle saura à quoi nous devons faire face ».
Il vit l'expression d'Hermione s'illuminer. Bien, elle voulait toujours apprendre, pensait Harry en s'adossant plus confortablement. Et si j'ai le choix entre lui faire faire quelques mauvais rêves ou risquer sa vie… Je choisis les mauvais rêves.
Il ferma les yeux pendant qu'Hermione plongeait la tête dans la Pensine pour regarder les souvenirs. Il avait plusieurs choses à faire et il voulait les organiser clairement dans sa tête pour n'en oublier aucune. Il devait s'assurer que Connor s'était excusé auprès de Draco. Il devait décider avec Connor, ce qu'ils allaient dire à Dumbledore. Il devait penser à l'histoire qu'ils allaient faire circuler pour expliquer ce qui s'était passé cette nuit là, aussi bien que l'absence des Détraqueurs. Il devait rendre absolument, complètement, clair que Connor allait rester avec lui cet été, et pas avec Lily.
Il devait régler ce dernier point avec Snape, qui n'allait pas être rationnel à la pensée d'Harry allant chez Lupin, ou dans tout autre endroit où Connor se sentirait bien, mais, de toute façon, il ne voulait pas de Connor avec Harry du tout.
Les jumeaux ont passé suffisamment de temps ensembles ces derniers jours, en privé, pour qu'Harry sache que Connor serait d'accord (même si jusqu'ici, il n'était pas d'accord pour présenter des excuses à Draco, ou alors, Draco lui a menti lorsqu'il lui a dit qu'il ne l'avait toujours pas fait). Ils ont parlé pratiquement sans s'arrêter pendant des heures, puis sont restés assis en silence pendant la même durée. Connor se remettait doucement de la perte de Sirius et de ce qu'il appelait l'expérience écœurante d'avoir un Imperio dans la tête et d'être aveugle pendant un court moment. Il savait présenter un beau visage vide pour tromper les autres personnes qui le regardaient. Ça attristait Harry de réaliser qu'il était le seul qui connaissait assez bien son frère pour voir au-delà des apparences pour savoir à quel point son masque était faux. Au moins, Harry avait Snape et Draco pour connaître la vérité à son sujet.
Il ouvrit les yeux et demanda à Draco, « est-ce que Connor s'est excusé auprès de toi pour t'avoir contraint ? »
« Non » dit Draco mais ses yeux vacillaient vers la droite.
Harry fronça les sourcils. « Il l'a fait ».
« Je n'ai pas à parler de ça si je ne veux pas » dit Draco en croisant les bras. « C'est une affaire privée entre moi et Connor Potter ».
« Draco- »
Hermione sortit brusquement la tête de la Pensine en haletant. Harry la regardait attentivement, s'attendant à trouver le choc et l'horreur dans ses yeux. Et ils étaient bien là mais il y avait aussi l'expression du brillant courage Gryffondor.
« Comment pourrais-je envisager de te laisser affronter ça tout seul ? » demanda-t-elle à Harry. « Toi ou Connor d'ailleurs ? Je veux, maintenant, ta promesse de ne plus me laisser à l'écart ».
Harry poussa un grognement et regarda Draco, mais Draco semblait seulement totalement amusé. En soupirant, Harry tendit son bras, posa sa main sur celle d'Hermione et donna sa parole, au nom de Merlin et de sa magie.
J'aurais du me rappeler qu'elle était à Gryffondor, pensait-il sombrement. Leur montrer le danger les rend seulement plus enthousiastes pour foncer dedans.
§*&o&*§
Harry se réveillait doucement. Il savait qu'il était tard, probablement Dimanche soir, cependant, il lui arrivait encore de s'endormir, sans s'en rendre compte, pendant de longues périodes et du coup, il pouvait aussi être tôt lundi matin. Au son, il pouvait dire qu'il n'y avait personne d'autre avec lui dans l'infirmerie. Tôt lundi matin, alors, pensait Harry en s'étirant. Avant minuit, Madame Pomfresh serait en train de s'agiter dans la pièce.
Il regarda sur le coté et cligna des yeux en voyant une lettre posée sur la table à coté du lit. Elle n'était pas là lorsqu'il s'est couché et il pensait qu'un hibou l'aurait réveillé. Il attrapa ses lunettes et lança un léger Lumos pour ajouter au faible sort de lumière qui se mettait en route lorsqu'il ouvrait les yeux puis ouvrit la lettre. Il voyait le papier devenir lentement violet.
L'écriture était familière, ou plutôt, familière dans son manque de familiarité.
Cher Harry,
J'ai jeté un charme sur cette lettre. Si elle devient violette, ça fait une heure que je t'ai rendu visite. Si elle devient dorée, deux heures. Si elle devient orange, trois heures. Après ce délai, le parchemin reprendra sa couleur d'origine. Ce ne serait pas prudent pour moi de rester plus longtemps.
Harry parcourut des yeux l'infirmerie mais il ne vit personne, pas même le plus petit chatoiement indiquant un charme de désillusion ou une cape d'invisibilité. Il retourna à la lecture de la lettre.
Je t'ai laissé tomber.
Je t'ai laissé tomber de toutes les manières possibles. Je t'ai donné des informations que tu avais déjà, et je ne t'ai pas expliqué la signification des nouvelles informations. J'avais promis de te protéger et j'ai failli à cette promesse. Je t'ai testé pour voir si tu étais assez fort comme meneur, alors que j'aurais du t'aider sans réserves et ne jamais douter de toi. Tu as tué pour la première fois samedi dernier et la partie de mon esprit, qui pensait que tu ne pourrais jamais tuer même pour protéger ceux qui te sont le plus cher, est apaisée.
J'ai désormais trois dettes envers toi – une au nom de ma première famille, une en celui de ma seconde famille et une en mon propre nom, pour avoir échoué à te protéger. Je comprendrais que tu ne veuilles pas me parler. Si c'est le cas, brûle cette lettre, je le saurais et je partirais.
Si tu souhaites savoir qui je suis, et que tu acceptes que je répare mes promesses brisées, en dépit de mon incapacité à les tenir dans le passé, alors, pose cette lettre sur la table face à la porte de l'infirmerie, et demande-moi d'entrer.
Starborn
Harry laissa échapper un profond soupir et posa la lettre. Il a envisagé, seulement un très court instant, de la brûler. Il voulait savoir qui était Starborn. Et les alliés ne devaient jamais être négligés. Cet allié avait pris des risques pour lui. Seul Merlin savait comment il avait pu réussir à apprendre que Sirius était toujours l'héritier de la famille Black, ou que ses parents avaient changé de Gardien du Secret. Harry pensait qu'il devait au moins connaître son identité afin que Starborn ne puisse pas être utilisé contre lui.
« Entrez » appela-t-il.
La porte de l'infirmerie s'est ouverte lentement et une mince silhouette encapuchonnée est entrée. Harry a levé sa baguette assez haut pour que le Lumos éclaire l'ombre sous la capuche.
« Montrez votre visage » dit-il. « Qui êtes-vous ? »
« Je pensais que la formulation de la dernière lettre te l'aurait appris, Harry » dit une voix familière alors qu'une paire de mains roses repoussait la capuche en arrière. « Mais peut-être que non. Je ne l'avais pas laissé entendre assez clairement ».
Narcissa Malfoy avançait calmement vers lui et s'asseyait sur la chaise à coté du lit, le regardant, pendant qu'Harry la fixait.
Starborn, né dans la maison des Black, mais ne portant pas le nom d'une étoile. Bien sur. J'aurais du deviner.
Il retrouva sa voix au bout d'un moment. « Millicent a dit que vous étiez un homme ».
Narcissa émit un gloussement qui sonnait comme un léger bruit poli. « J'ai écrit à Aldarico sous le nom de Starborn. Il a présumé que j'étais un homme et transmis sa supposition à sa fille », elle s'arrêta un instant. « Hawthorn Parkinson connaissait la vérité ».
Harry cligna des yeux puis hocha la tête en se rappelant sa deuxième conversation avec elle, lorsqu'il lui a délivré sa première fiole de potion tue-loup. Hawthorn avait souri un peu bizarrement quand Harry avait parlé de Starborn comme d'un « il », mais n'avait fait aucune remarque, ne voyant, apparemment aucune raison de le détromper.
« Pourquoi? » demanda-t-il tranquillement.
« Parce que tu n'aurais pas pris la mesure des fonctions de commandement dont tu aurais eu besoin » dit Narcissa. « Tu me connaissais déjà, et tu aurais pris les mots sortant de ma bouche, sur les Lords et la compulsion et sur ceux qui ne sont pas des Lords, plus à la légère que ceux sortant de la bouche d'une source extérieure apparemment plus objective. Si je pouvais te dire ces choses, en n'étant pas la mère de ton meilleur ami, alors tu les aurais accepté et tu pouvais devenir le sorcier dont nous avions besoin, celui qui est puissant sans être un Lord ». Ses yeux brillaient. « Tu as un problème, tu le sais Harry - décidant que ceux qui sont les plus proches de toi ne peuvent pas te dire la vérité parce qu'ils sont aveuglés par leur estime pour toi ».
Harry inclina la tête. « Je sais. Mais pourquoi ne pas m'avoir dit la vérité sur les sorciers sombres avec lesquels vous étiez en contact? Sur Sirius? »
« Je ne connaissais pas moi-même toute la vérité sur Sirius » dit simplement Narcissa. « j'ai saisi la chance d'entrer furtivement au 12 Square Grimmaud, la chance que Sirius ne m'ait pas fermé les pièces, comme il aurait du le faire, étant l'héritier. Là; j'ai trouvé les Pensines pleines des souvenirs qu'il avait sorti de sa tête, sans doute parce qu'il ne voulait pas passer ses nuits à penser à son frère et à Pettigrew ». Elle s'arrêta. « Et ça n'a pas marché ».
Harry secoua la tête, pensant aux cauchemars de deux silhouettes sombres, Sirius et Régulus, qu'il avait eus, les cauchemars que Sirius avait eus pendant des années. L'esprit d'Harry avait essayé de l'avertir mais dans un langage qu'il ne pouvait pas comprendre.
« Et ensuite, j'ai vu la tapisserie » murmura Narcissa. « Jusque là, je n'avais aucune idée de ce que signifiait le fait que Sirius puisse se glisser librement dans les propriétés des Blacks. J'avais simplement supposé qu'il y avait une incertitude légale puisque Sirius avait été renié, Régulus mort, Bellatrix enfermée à Azkaban, Andromeda retirée de la tapisserie à cause de son mariage avec un né moldu et que l'héritage ne m'avait pas été formellement assigné. Je n'étais pas l'héritière non plus mais je pensais que les pièces m'auraient acceptée puisque je n'avais jamais été chassée de la famille Black. Ensuite, j'ai réalisé que Sirius était l'héritier, et que quelque chose n'allait pas. Dumbledore voulait accéder aux richesses de ma famille. Et, bien sur, des objets de magie noire, du genre de ceux qui avaient attaqué mon fils ne pouvaient pas provenir de ma famille ».
« Vous auriez du m'écrire à ce moment » insista Harry. « Vous auriez pu me dire la vérité. Peut-être que tout cela aurait été évité ».
La bouche de Narcissa se tordait comme si elle avait mordu dans un citron. « J'ai laissé ma fierté m'aveugler » dit-elle. « J'ai observé Sirius de près et j'ai finalement décidé, comme tout le monde, que le pendentif en or autour de son cou avait vraiment contrôlé ses pensées. J'ai montré ces lettres à Lucius et je me suis convaincu que ce n'était pas l'écriture de Sirius. Maintenant bien sur, j'ai compris » ajouta-t-elle doucement, « que son écriture était déjà contrôlée par Voldemort dans son esprit ».
« Comment avez-vous appris tous ces détails? »
« J'ai parlé avec Severus et avec Draco » dit Narcissa. « Bien sur, aucun des deux ne savait que j'étais Starborn »
« J'ai examiné à nouveau les pièces du 12 square Grimmaud et les ai trouvé dans un état de délabrement avancé. Je suis revenue à mon hypothèse d'origine lorsque je t'ai conseillé la première fois de surveiller Sirius - qu'il avait été impliqué dans le passage de l'héritage des Blacks à d'autres mains et dans l'attaque des Lestranges lors de ta première année, mais que c'était probablement un manque de vigilance à garder les pièces de la maison qui a entraîné le vol et un échec à protéger des informations clés dans son cerveau d'un Legilimens. Je pensais qu'il avait du vendre des objets pour payer des dettes de jeu et qu'il n'avait pas réalisé à qui il les avait vendu ». Narcissa gardait ses yeux étroitement fermés et secouait la tête. « J'ai parlé avec Fenrir Greyback et Walden Macnair, en prétendant être une sorcière Noire solitaire, intéressée par le service du Lord Noir et les deux ont fait allusion à un allié puissant au sein même de Poudlard mais tout ce que je savais de Sirius me persuadait qu'ils ne pouvaient pas parler de lui. Il n'était pas assez puissant. J'ai privilégié mes propres conclusions plutôt que l'évidence, et c'est-ce qui m'a conduite à risquer ta vie de nombreuses fois ».
Elle ouvrit les yeux et les posa sur Harry. « Je te dois la dette de mon échec » dit-elle. « Je te dois la dette de la famille dans laquelle je me suis mariée, pour avoir protégé mon fils en risquant ta propre vie. Et je te dois une dette de la famille dans laquelle je suis née. Les Blacks t'ont fait un tort considérable, Harry - Moi, par ma négligence et Sirius par la sienne. Je pourrais comprendre que tu ne veuilles plus rien avoir à faire avec moi, ou même si tu voulais réclamer ma vie ».
Harry réalisa en tressaillant qu'elle était prête à lui donner sa vie. Bien sur, les Blacks sont l'une des familles qui a maintenu le plus de traditions de Sangs Purs, même les plus extrêmes, et l'une d'entre-elles veut que le déshonneur de manquer à sa parole ne puisse être lavé que par le sang. Narcissa avait promis de le protéger, puis a joué un jeu dangereux qui aurait pu se terminer par sa mort, et qui a fini sans aucun doute par la mise en danger de sa vie et de celle de son fils. Les coutumes des Blacks lui auraient imposé de mourir pour avoir mis Draco en danger, même sans Harry.
A moins que le détenteur de la dette ne choisisse autre chose.
Harry secoua la tête. « Je veux que vous viviez » dit-il.
Narcissa s'est instantanément détendue, mais a incliné la tête comme pour dire qu'elle savait qu'il n'avait pas fini et qu'elle ne pouvait pas partir.
« J'ai besoin de vous comme allié contre les sorciers Noirs » dit Harry. « Je suppose que c'est pour cela que vous êtes devenu Starborn au début, parce qu'il y a des sorciers et des sorcières qui n'auraient pas écouté Narcissa Malfoy? »
Narcissa hocha la tête. « J'avais des informations par Draco, et par Lucius, que manifestement seule une personne étant un Mangemort ou vivant à l'intérieur de Poudlard pouvait avoir. Je les ai échangées contre leur promesse méfiante d'examiner une alliance. La plupart d'entre eux m'aurait attaquée en un instant s'ils avaient su qui j'étais, au moins pour leur avoir menti ».
Elle est en train de déposer sa vie entre mes mains, réalisa Harry. Je pourrais écrire à des personnes comme Aldarico et leur révéler qu'elle est Starborn, et même s'il lui pardonnait, d'autres ne le feraient pas.
Ce n'était en aucun cas une tentation. Harry avait beaucoup plus d'utilité à voir Narcissa vivante que morte, il l'aimait beaucoup, autant en tant que mère de Draco que pour elle-même. Elle était au moins différente de Lily dans le fait qu'elle était désolée de faire de lui un sacrifice, et voulait se rattraper.
« J'ai encore besoin de vous » dit-il. « Je veux que vous continuiez à passer des alliances avec les autres Sangs Purs, et surtout les sorciers Noirs et les anciens Mangemorts qui n'écouteraient pas un enfant. C'est ainsi que vous paierez la dette que vous me devez en votre propre nom ».
Narcissa hocha la tête en regardant intensément son visage.
« Je veux que vous promettiez de ne plus jamais mettre la vie de Draco en danger, pour n'importe quelle raison que ce soit » dit Harry. « Ce sera la dette des Malfoys ».
« Très bien » dit Narcissa. « C'est fait. Et la dette des Blacks? »
Harry était embêté. Il savait ce qu'il voulait demander mais ça pourrait très bien dépasser les bornes. Il gagna du temps en demandant, « Que va devenir le 12 square Grimmauld et autres maintenant que Sirius est mort? Ça va vous revenir? »
La bouche de Narcissa se serrait d'exaspération. « Il y a une faille, ou un problème, dans l'héritage magique » murmura-t-elle. « Les pièces de toute la maison sont désormais totalement condamnées. Je suis allée sur place hier, et la maison ne m'a pas laissé entrer. Je ne sais absolument pas pourquoi. Pour l'instant, toutes les richesses des Blacks sont enfermées hors de notre portée.
Harry hocha la tête. A vrai dire, il était soulagé. Il ne voulait pas chercher des armes de Magie Noire, mais s'il y avait eu accès, il aurait pu se sentir obligé de le faire, juste au cas où il y ait quelque chose qui aurait pu l'aider au cours de la guerre. « Très bien. Alors, je veux que vous vous preniez en charge la dépouille de Sirius. Donnez lui des funérailles digne des Black ».
Narcissa s'assit lourdement sur sa chaise en le fixant. « C'est un traître à son sang » murmura-t-elle. « Il a utilisé un faux héritage magique pour rester l'héritier de la famille. Et ensuite, il a aussi trahi sa nouvelle allégeance, n'ayant même pas le courage de garder ses convictions ».
« Il est mort en héros, se battant pour ces convictions » dit Harry. « Et personne n'a fait quoi que ce soit pour lui. Dumbledore est trop occupé à faire des dégâts en reprenant le contrôle. Mon père est Merlin sait où. Pettigrew ne peut pas pour des raisons évidentes et Remus Lupin n'a pas l'argent - ou, probablement aussi le statut légal - pour être le maître d'œuvre de l'enterrement d'un sorcier de Sang Pur ». Il rencontra ses yeux. « Je veux que vous le fassiez ».
Narcissa le regardait dans un calme silence, toutes ses émotions cachées derrière un masque froid. Harry attendait. Il savait que ce qu'il avait demandé était difficile, peut-être plus que ce que la dette aurait du lui accorder. Il n'y portait pas attention. Il l'avait demandé et avait l'intention de le demander jusqu'à ce que Narcissa l'accepte ou lui dise expressément de choisir une autre option.
Elle finit par hocher la tête et se lever. « Viens avec moi, Harry, si tu peux marcher » dit-elle en tendant une main. « Je t'aiderai si tu ne peux pas. Je pense que tu devrais y assister ».
Harry cligna des yeux. Tout ce qu'il avait lu sur les Blacks indiquait que leurs funérailles étaient strictement privées, restreintes à la famille de sang ou par alliance. « J'étais seulement son filleul- »
« Tu es le seul à le demander » le coupa Narcissa, d'une voix aussi tranchante que Polaris. «Tu es la seule raison pour laquelle il a droit à ces funérailles. Et ça doit être fait maintenant. Ce soir. C'est ta dernière chance de lui dire adieu ».
Harry regardait son visage. C'était exactement le même. Il avait demandé quelque chose de noble et d'ancien, réalisait-il lentement.
Et elle lui retournait quelque chose de noble et d'ancien - l'honneur de l'accompagner et de voir le déroulement des funérailles.
Harry prit sa robe.
§*&o&*§
Ça ne leur a pas pris longtemps pour trouver le corps de Sirius. Narcissa a marché droit vers lui au moment où ils ont quitté l'infirmerie. Lorsque Harry lui a demandé comment elle avait fait, elle a simplement répondu qu'elle le sentait. Elle était une Black et il était un Black, et la connexion était toujours plus forte entre ceux nés dans la famille, plus que pour ceux qui y entre par le mariage. Draco aurait pu le sentir aussi, mais Draco ne connait pas les coutumes de funérailles des Blacks et il n'aurait probablement pas reconnu le subtil tiraillement de ses sens.
Ils étaient maintenant sortis de l'école, Narcissa s'arrêtait courtoisement à chaque fois qu'Harry avait besoin de se reposer. La nuit était profondément noire, la lune était cachée par des nuages et la seule lumière provenait du Lumos au bout de la baguette de Narcissa. Le corps de Sirius flottait derrière eux.
Narcissa se dirigea vers la rive du lac et Harry se demandait si les coutumes de funérailles des Blacks comprenaient une noyade. Mais il semblerait que Narcissa soit seulement à la recherche d'un endroit clair et plat pour déposer le corps de Sirius, parce que finalement elle hocha la tête et laissa le corps flotter.
Ensuite, elle tira Harry un peu en arrière. Harry fixait son parrain, dont les cheveux noirs encadraient le visage. Merci aux sorts de protection que Snape avait lancé, il avait la même apparence que lorsqu'il était mort. Ses yeux gris étaient fermés, et son visage avait toujours la même expression de paix.
Narcissa leva la tête, ses yeux scrutant le ciel. Harry regardait en l'air mais ne voyait que des nuages.
Puis, à sa grande stupéfaction, les nuages se sont dissous, comme si une main les avait dispersés, révélant une petite surface étoilée. Au même moment, une lourde et vieille magie s'est installée autour d'eux. Harry luttait pour respirer. L'air était chargé d'une puanteur de poussière, d'ossements, de tombeaux. C'était une magie au moins aussi ancienne que le rituel de justice, et aussi puissante. Elle tournait autour de lui, tolérant sa présence mais concentrée sur Narcissa.
« Tous les autres » dit Narcissa d'une voix étonnamment haute et étonnamment claire, « disent qu'ils viennent de la terre ou de l'océan, et ils veulent retourner à la terre ou à l'océan lorsqu'ils meurent. Seuls les Blacks ont gardé le cœur de la vérité, une vérité plus vieille que toutes les terres et tous les océans. Au commencement, c'était les étoiles qui nous ont fait naitre ». Elle élevait sa baguette. Une lumière blanche et éblouissante courrait le long de son bras. Harry dût poser une main sur ses yeux alors qu'il les plissait.
« Acceptez celui là » dit Narcissa, sa voix devenant assez forte pour donner l'impression de faire trembler la terre, « Sirius Black, fils ainé de Canopus Black et Capella Black, frère ainé de Regulus Black, héritier légitime de la lignée des Blacks ». La lumière blanche autour d'elle s'était mise à tourbillonner mais Narcissa ne semblait pas le remarquer. « Sorcier de sang Pur, membre de la maison Gryffondor, Auror, parrain de Harry Potter, qui est mort avec le courage de ses convictions. Acceptez-le maintenant ».
Harry avait l'impression de se tenir auprès d'un soleil embrasé - ou une étoile. Le monde autour d'eux était devenu brillant. A la manière de quelqu'un qui quitte une pièce pour se retrouver dans une ombre profonde.
Ensuite, la lumière a pris une teinte bleue-blanche avec une touche d'argent comme des flammes et la voix de Narcissa s'éleva en triomphe.
« Du feu nous venons, au feu nous retournons » dit-elle, et elle fit un mouvement avec sa baguette. « Sirius abscondit! »
Un éclair de lumière blanche descendit du ciel et frappa le corps de Sirius. Il s'élevait avec un grondement, comme avec une mèche d'amadou trempée dans l'huile. Harry fit un pas en arrière, la magie autour de lui déferlait en vagues pour rejoindre la lumière blanche dans un flot tourbillonnant. Pendant un instant, Sirius a été au centre d'un anneau, les flammes dansant à la manière d'un danseur humain avec des pieds, une tête et une robe.
Puis, la chaleur a fusionné au centre avec la blancheur et Harry a vu apparaitre un énorme chien, comme une image miroir du Padfoot dont il se rappelait, avec une fourrure argentée et des yeux noirs comme le charbon.
Le chien s'est fondu dans le visage de Sirius et ensuite dans une image, qu'Harry supposait être un Sirius plus jeune qui courrait à toute allure pour échapper à un ennemi qu'on ne pouvait voir. Le feu se fondait autour de lui, coulant comme du métal en fusion dans un creux puis remodelé dans le blason des Black, marqué des mots Toujours Pur.
Ensuite, le feu blanc s'est ramassé sur lui-même, dans une balle tourbillonnante formée de flèches et s'est élancé vers les étoiles. Harry a rejeté sa tête en arrière pour le regarder partir, clignant des yeux à cause de la luminosité. Il chancelait, sa lassitude le rattrapant, alors que toute la vieille magie montait après ça.
La main de Narcissa l'a rattrapé, et elle a murmuré, comme si elle voulait qu'Harry, et personne d'autre, ne puisse l'entendre, « Nommé par le feu, né dans le feu, donné au feu. Laissez le feu y mettre fin ».
Les étoiles brillaient toujours. Sa tête était tellement rejetée vers l'arrière que son cou lui faisait mal, Harry voyait la fléchette argentée plus lumineuse parmi elles. Ensuite, les nuages sont venus les cacher et un grand craquement a annoncé la fin du rituel.
Harry fermait les yeux. Les larmes brulaient à nouveau sous ses cils, mais elles ressemblaient plus à des larmes de bonheur intense que de chagrin.
« Merci pour m'avoir permis d'être témoin de ça » murmura-t-il.
La main de Narcissa passa brièvement derrière son cou. « Tu l'as demandé » murmura-t-elle. « Le feu l'a accepté. La dette des Blacks est payée ». Sa voix changeait redevenant celle de la sorcière dont Harry se rappelait. « Et si je ne te ramène pas rapidement à l'infirmerie, pas mal de personnes voudront me tuer ». Elle le tira gentiment en direction de Poudlard.
Harry rentrait. Son esprit était encore ému par les images qu'il avait vu de Sirius en Padfoot, de l'adulte et de l'enfant, et le feu, et la magie ancienne…
Ses pensées semblaient, bizarrement claires, comme si le feu les avait purifiées elles aussi. C'était la seule explication au fait qu'il ait trouvé le marché qu'il pourrait proposer à Dumbledore à son retour.
Il grimpa dans son lit, pensant tout juste à retirer ses lunettes et à les poser sur la table à coté du lit, et il entendit Narcissa murmurer adieu. Harry marmonna quelque chose en réponse ; ça a du être assez poli car elle est partie.
Il s'endormit en souriant.
À suivre
