Huitième chapitre.

Fred n'était pas dupe, il avait bien compris que la situation était délicate. Les questions que lui avait posées Angelina la veille l'ont aidé à le comprendre. Il pensait pourtant que tout était terminé, que son amie avait tourné la page et qu'elle était passée à autre chose. Fred était navré d'apprendre que ça n'était pas le cas, finalement. Tant d'années, et pourtant, rien n'a changé. Il avait réfléchi longuement à la question d'Angelina. Était-il heureux ? D'après lui, il l'était. Ils avaient quitté Poudlard en beauté, leur magasin faisait des merveilles et, cerise sur le gâteau, il avait Hermione. Il ne voyait pas ce qui l'empêcherait d'être heureux. Ainsi, Fred n'avait pas compris la question d'Angelina. Il ne voyait pas où elle voulait en venir.

- Oui, je suis heureux, avait-il répondu.
- Bien. C'est tout ce que je demande.

La discussion s'était arrêtée ici. Ils étaient restés silencieusement sur le canapé, attendant que George sorte de la douche, ce qu'il avait fait cinq minutes plus tard. L'ancienne Gryffondor avait alors pris sa place, et George avait fait de même en s'asseyant sur le canapé.

- Je crois qu'Angelina a encore des sentiments pour moi, avait lancé Fred au bout de cinq minutes.

George l'avait regardé, étonné, ne s'attendant pas à une telle annonce. Il comprenait mieux le silence qui imprégnait le salon lorsqu'il était arrivé.

- Elle te l'a fait comprendre ?
- Elle m'a demandé si j'étais toujours avec Hermione, et si j'étais heureux.
- Il faut peut-être mettre ça sur le compte de ses parents. Peut-être qu'elle cherche juste du réconfort.
- Ouais. Mais j'ai pas envie de lui faire encore plus de peine.
- Écoute, elle sait que tu es avec Hermione. Si elle se lance dans quelque chose, elle se jette toute seule dans la gueule du dragon. Ne te tracasse pas pour ça.

Fred le savait, George n'avait pas tort. Angelina avait conscience que les choses n'étaient plus comme en quatrième année, qu'ils n'étaient plus libres de faire ce que bon leur semblait. Il pensait qu'Angelina l'avait compris, mais vu la situation, il ne se sentait pas capable de la blâmer. Peut-être réagissait-elle sous le coup de la tristesse et de tous ces sentiments nouveaux en elle. Alors aujourd'hui, au Terrier, Fred n'était, pour une fois, pas vraiment serein. La présence d'Hermione dans la cuisine avait été une surprise totale. Certes, il était ravi de la revoir et de pouvoir l'embrasser à nouveau, mais cela compliquait considérablement les choses, notamment avec la présence d'Angelina. Et qui plus est, leurs parents n'étaient pas au courant de la relation de Fred et Hermione. Oui, c'était décidément une bonne soirée qui s'annonçait.

Hermione avait rejoint la maison en premier, ne voulant pas éveiller les soupçons. Fred s'en était amusé, il ne comprenait pas pourquoi la Gryffondor était aussi angoissée à l'idée d'annoncer leur couple à ses parents. Mais d'un autre côté, ça ne l'étonnait pas plus que ça. Il s'avérait qu'Hermione était une fille particulièrement angoissée quand elle le voulait. Personnellement, il comptait bien profiter de leur présence à tous les deux au Terrier pour annoncer la nouvelle dans la soirée. Elle allait le détester pour ça, mais il avait les épaules suffisamment solides pour affronter les foudres de la jeune femme. Fred rejoignit la maison à son tour, et à l'intérieur, il trouva tout le petit monde en train de s'installer autour de la table pour dîner. D'un mouvement rapide du regard, il trouva Hermione qui était déjà assise à côté d'Harry, et il vit Ron se préparer à s'installer de l'autre côté de la brune. Presque aussi rapidement qu'un vif d'or, le rouquin s'élança et bouscula sans le moindre ménagement Ron, qui poussa un grognement d'animal.

- Hé, mais ça ne va pas la tête ?
- C'est ma place, tu n'as pas vu le nom sur la chaise ?
- Y'a pas ton nom sur la chaise, répondit Ron en lui adressant un regard mauvais. Dégage.
- Toi, dégage.

S'en suivit alors une bataille digne des plus grandes guerres de Trolls, chacun essayant de s'asseoir sur la chaise, s'aidant à coup de pied et de poing. George calculait les points pour savoir qui l'emportait, Hermione levait les yeux au ciel, exaspérée, Harry s'amusait devant le malheur de Ron et Ginny s'en donnait à cœur joie, étant visiblement du côté de Fred. Angelina, elle, regardait la scène d'un sourire amusé, mais quand elle comprit pour quelle raison Fred se battait pour cette chaise, son sourire s'évanouit. Finalement, ce fut Fred qui eut gain de cause, et il prit triomphalement place auprès d'Hermione en souriant à toute l'assemblée.

- Ne me félicitez pas, vous pourrez déposer vos cadeaux dans ma loge qui se trouve à l'étage, annonça-t-il.
- Cours toujours, commenta Ron en grognant.
- Ne serait-ce pas là la rancœur de la défaite ? demanda George en levant le petit doigt. Ne t'inquiète pas, petit frère, un jour, tu pourras t'asseoir où bon te semble.

Ron grogna de plus belle et alla finalement s'asseoir de l'autre côté de la table, à côté d'Angelina qui, elle, se trouvait à côté de George. Énervé, il joua avec sa fourchette et chercha un plan pour réduire la vie de son frère à néant.

- Qu'est-ce que je ne ferais pas pour tes beaux yeux, murmura Fred à l'intention d'Hermione.
- C'est trop d'honneur, commenta Hermione en portant la main à son cœur et en battant faussement des cils.

Fred esquissa un sourire, profitant de la présence d'Hermione. Il n'avait pas eu beaucoup l'occasion de la voir depuis le début des vacances, et lorsqu'ils ne se voyaient pas, il était rare qu'ils communiquent entre eux. Il ne savait d'ailleurs pas pourquoi, mais il ne s'en préoccupait pas outre mesure. Il s'empara d'un morceau de pain aux céréales qui se trouvait dans la panière au milieu de la table, et il commença à l'émietter en se demandant où étaient ses parents. Car oui, ni Molly ni Arthur ne se trouvaient dans la cuisine.

- Où est maman ? demanda-t-il.
- Dans le sellier, je crois, répondit Ginny. Elle voulait montrer quelque chose à papa, et elle nous a dit de nous installer sagement en les attendant.
- Hein, Fred, sagement, répéta Ron.

Fred lui tira puérilement la langue en retour et les discussions reprirent joyeusement. Au milieu de tout ce beau monde, une personne ne se sentait cependant pas à sa place. Angelina jouait nerveusement avec ses couverts. Elle commençait à se sentir de plus en plus oppressée, et voir autant de personnes ne l'aidait pas. Elle pouvait supporter les rires de Fred et George quand ils n'étaient que les deux, mais là, c'était de trop. Angelina trouvait injuste d'être là alors que ses parents ne l'étaient plus, et elle se dit qu'elle aurait mieux fait de rester chez elle plutôt que d'accepter de venir ici. Elle avait l'impression d'étouffer. Elle allait étouffer.

- George, murmura-t-elle.

Mais il n'entendit pas, étant en pleine discussion avec Harry qui se trouvait en face de lui. Son regard se tourna alors vers Harry, et elle l'examina un instant. Elle ne comprenait pas comment il pouvait être là, à sourire, alors qu'il avait perdu autant de monde. Les parents d'Angelina avaient été sa première perte, et elle avait dix-sept ans. Harry, lui, avait tout perdu tellement plus jeune... Mais peut-être était-ce moins dur, puisqu'il n'avait pas de souvenirs. Les situations n'étaient pas comparables, et elle en avait pleinement conscience. Angelina cessa de fixer Harry qui ne s'était rendu compte de rien, et elle se tourna de nouveau vers George.

- George, répéta-t-elle.

Il l'entendit enfin et lui accorda toute son attention, laissant littéralement le pauvre Harry finir sa phrase seul. Angelina soupira, consciente qu'elle allait gâcher leur soirée.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda George.
- Il faut que je m'en aille, murmura-t-elle pour qu'il soit le seul à l'entendre.

George fronça les sourcils et examina son visage à la recherche du moindre indice qui pourrait lui indiquer ce qui n'allait pas.

- D'accord, viens.

Il lui prit la main et ils se levèrent pour quitter la pièce. Inévitablement, tous les visages se levèrent vers eux, et Fred capta le regard de son frère. Il se leva à son tour pour les suivre à l'extérieur en disant à Hermione qu'il revenait. Fred retrouva son frère et Angelina dehors et il comprit rapidement que quelque chose n'allait pas.

- Je ne peux pas rester ici, disait Angelina. Le repas en famille, c'est trop pour moi.
- C'est pas grave, répondit George. Au moins, tu as essayé. Je rentre avec toi.
- Non, non, tu peux rester ici. Profite de ta famille.
- On ne va pas te laisser toute seule, Lina, intervint Fred.

Malgré son cœur qui semblait s'amuser à la torturer de l'intérieur, Angelina ne put s'empêcher d'esquisser un sourire. Le dévouement de Fred et de George était sans condition. Elle était sûre que si elle venait à demander à Fred de rentrer avec elle, laissant Hermione ici, il le ferait. Mais Angelina ne voulait pas profiter de la situation, elle ne voulait pas se servir de son chagrin pour ça.

- Et moi, je veux que vous restiez ici, avec votre famille. Vous pourrez me rejoindre après le repas, ou seulement toi, George, si Fred veut rester avec Hermione. Je vais rentrer, manger un bout et sûrement commencer un nouveau livre pour me changer les idées. Je n'ai pas besoin de vous pour ça, ajouta-t-elle en souriant.
- Tu es sûre ? insista George.
- Je ne suis plus une enfant. Fred, tu t'es battu pour cette chaise, alors va la retrouver.

Fred esquissa un sourire à son tour en se remémorant la bataille pour la digne chaise. Bien sûr qu'il ne voulait pas laisser Angelina seule, mais il voulait presque tout autant aller rejoindre Hermione dans la cuisine. Il était persuadé qu'Hermione ne lui en voudrait pas, et qu'elle prendrait sur elle pour ne rien dire, surtout maintenant qu'elle connaissait la situation.

- Ok, répondit George. Mais dès que j'ai fini de manger, je viens chez toi.
- Ça me va.
- Je viendrais bien, commença Fred, mais...
- T'occupes, le coupa Angelina. Je ne veux pas de toi chez moi ce soir, je t'ai assez vu.
- Tu me brises le cœur, hoqueta faussement Fred.
- Hermione te le réparera.

À cette phrase, les deux frères se lancèrent un regard en repensant à la conversation qu'ils avaient eue la veille, à propos des possibles sentiments d'Angelina à son égard. Fred répondit légèrement à Angelina, cachant ses craintes derrière l'humour, puis il annonça qu'ils les rejoindraient le lendemain à la boutique. Il l'embrassa sur la joue en espérant que ce geste passe pour anodin aux yeux de la jeune femme, puis ils la regardèrent transplaner. Quand il n'y eut plus personne devant eux, ils se lancèrent un regard inquiet.

- Tu crois qu'on a bien fait de la laisser toute seule ? demanda George.
- Elle l'a dit elle même, elle est grande. Je ne vois pas ce qui pourrait lui arriver pendant deux heures.
- Ouais... J'espère. Tu sais pourquoi je voulais rester ?
- Non, mais tu vas me le dire, répondit Fred.
- Parce que je suis sûr que c'est ce soir que maman et papa vont être au courant pour toi et Hermione.

Fred se tourna vers son frère, son rire s'éleva dans les airs lorsqu'il vit le sourire malicieux qu'affichait George. Bien sûr qu'il attendait ce moment, il ne manquerait pas une raison de se moquer de lui. Depuis des mois, ils s'imaginaient moult scénarios quant à la réaction de leur mère en apprenant la nouvelle. Il ne savait pas encore comment s'y prendre, mais il voulait que ce soit fait ce soir.

- C'est possible d'avoir des secrets ici ? demanda-t-il, taquin.
- Pas quand tu as un frère jumeau aussi merveilleux que moi, voyons. Hermione est au courant ?
- Pas encore...

Pas encore, mais elle allait bientôt l'apprendre. Dès qu'ils retourneraient dans la maison, ce qu'ils ne tardèrent d'ailleurs pas à faire. Il trouva Hermione en pleine discussion avec Ginny, et remarqua que leurs parents n'étaient toujours pas revenus. Les deux frères s'en étonnèrent, mais retournèrent tout de même à leur place. Hermione lui adressa un regard interrogateur et, profitant de l'absence de Molly et Arthur, il l'embrassa rapidement.

- Angelina a préféré rentrer, elle ne se sentait pas bien avec tout ce monde.
- Oh... Je vois.
- George la rejoindra après avoir mangé et moi, je reste là avec toi.

Elle hocha la tête, pensive, se demandant si c'était une bonne idée de laisser Angelina partir seule. Mais d'un autre côté, elle était contente d'avoir vu Fred revenir dans la cuisine, et d'autant plus en apprenant qu'il restait ici cette nuit.

- Au fait, surprise pour toi.
- Ah oui ? s'étonna Hermione. Quoi ?
- C'est ce soir que nous l'annonçons à mes parents.

Tout se passa ensuite à la vitesse d'un vif d'or. Hermione allait s'exclamer qu'il n'en était pas question, mais au même moment, les concernés firent leur apparition dans la cuisine, et pour l'empêcher de parler trop fort, Fred fourra un morceau de pain dans la bouche d'Hermione qui s'apprêtait à parler. Elle manqua s'étouffer en avalant de travers et Harry, prévenant, lui tendit un verre d'eau.

- Bah alors, on faisait des cachotteries dans le sellier ? demanda Fred à ses parents pour détourner l'attention.
- Fred Weasley ! s'exclama Molly en lui envoyant un regard menaçant.
- Faut dire que ça fait au moins dix minutes que vous êtes parti, enchaîna George.

Molly balaya la remarque de son fils d'un geste de la main et d'un coup de baguette magique, elle entreprit de réchauffer le plat qui avait refroidi entre temps. Arthur alla prendre place à table et George en profita pour lui poser une question à propos du magasin. Ce n'est qu'en se retournant pour envoyer magiquement le plat sur la table que la mère de famille se rendit compte de l'absence d'Angelina.

- Mais, où est passée Angelina ?
- Elle a préféré rentrer, répondit Fred.
- Mais vous auriez pu la raccompagner au moins ! s'indigna Molly.
- C'est elle qui a insisté pour que nous restions ici, précisa George. Je vais la rejoindre après le repas.
- Bon, d'accord... Tu lui apporteras de quoi manger, dans ce cas.

Fred se retourna vers Hermione au moment où il l'entendit murmurer à Harry qu'elle aussi voulait rentrer. Il en devina rapidement la raison et un sourire amusé se dessina sur ses lèvres. Il capta l'attention de la Gryffondor, et en le regardant, elle chuchota un « non » silencieux que lui seul distingua.

- Ça peut être très rapide, tu sais, ajouta-t-il en chuchotant aussi.
- Non, répéta Hermione entre ses lèvres.
- Donne-moi cinq secondes et ce sera fait, insista-t-il en souriant.

Pendant ce temps, Molly servait tout le monde, et une assiette ne tarda pas à se poser toute seule sous le nez d'Hermione. Elle lança un coup d'œil angoissé à Harry, mais il ne lui fut d'aucune aide puisqu'il semblait attendre ce moment avec impatience.

- Trois...
- Fred, non.
- Deux...
- Ne fait pas ça.
- Un.

Hermione se crispa sur sa chaise, semblant attendre qu'un tsunami renverse la maison ou bien qu'un tremblement de terre se déclenche. Fred, lui, jubilait, et il releva la tête vers sa mère qui servait maintenant Ginny.

- Maman !
- Quoi ? demanda Molly sans lui accorder un regard alors qu'Hermione le couvrait de coups de pied sous la table.
- J'ai un truc à te dire.
- Hum, répondit-elle en reposant la cuillère dans le plat, ayant terminé la distribution.

La Gryffondor, ayant visiblement laissé tout son courage à Poudlard, devait faire un effort surhumain pour ne pas s'enfuir en courant. Elle donna un dernier coup de pied à Fred, mais elle savait que c'était trop tard. Par moment, elle détestait Fred presque avec autant de force qu'elle ne l'aimait.

- Hermione et moi sommes ensemble, termina le rouquin.

Le silence qui se fit progressivement autour de la table angoissa encore plus Hermione. Elle aurait juré être aussi rouge que peuvent l'être parfois les oreilles de Ron. Ginny écarquilla les yeux, Ron ricana, amusé, George leva les deux pouces en l'air et Harry attendait de voir.

- Très drôle, Fred. Bon appétit tout le monde, et surtout, mangez, il y en a pour dix !

Hermione eut envie de rire, mais elle se retint au dernier moment. Ginny, elle, ne s'en priva pas, et Hermione profita du manque de réaction de Molly pour passer sous les mailles du filet. Elle donna un coup de pied à Harry, cette fois-ci, pour l'intimer à relancer les discussions autour de la table.

- Monsieur Weasley ! s'exclama-t-il un peu trop fort pour paraître naturel. Hum... Je ne vous ai pas parlé de la nouvelle acquisition de mon oncle.
- Oh, raconte-moi, Harry. Encore un de ces objets coupants qui font des merveilles ?

Soulagée, Hermione se tourna vers Ginny et elle prononça le mot "parle" silencieusement. Celle-ci s'en donna à coeur joie, et elle raconta une énième aventure de Poudlard à sa mère, dont elle était bien sûr l'héroïne. Ron se joignit à la conversation pour contredire chaque fait énuméré par Ginny, et une fois rassurée, Hermione sentit enfin le regard de Fred sur elle.

- Ça n'a pas marché, lança-t-elle doucement.
- Tu sais, je peux relancer le sujet, répondit-il en souriant. Ou mieux, je t'embrasse là, devant tout le monde.

Hermione sentit instantanément ses joues rougir, et pour cacher sa gêne, elle lança un regard assassin à Fred qui trouvait la situation bien trop amusante pour ne pas être exploitée.

- Tu ne ferais pas ça, murmura Hermione.
- Je vais me gêner, tiens, affirma-t-il en portant sa fourchette à ses lèvres.

Ne sachant plus où se mettre, Hermione se concentra sur son assiette qu'elle n'avait toujours pas touchée. Discrètement, elle approcha celle-ci d'Harry, puis sa chaise ne tarda pas à suivre, mettant le plus de distance possible entre elle et Fred. Le rouquin le remarqua, et il se mit à rire seul, ce qui n'étonna personne.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda Harry qui en avait terminé avec Arthur.
- C'est dangereux à droite.

Hermione passa le reste du repas dans un état de pure angoisse. Elle craignait que Fred ne lui saute dessus à n'importe quel moment, ou bien qu'il aborde de nouveau le sujet avec sa mère, ce qu'il ne fit pourtant pas. Entre temps, George était venu s'asseoir près de Fred, ne pouvant être séparé trop longtemps, et leur discussion animée ne lui présageait rien de bon. La table se débarrassa ensuite rapidement à l'aide de la magie, et Hermione se dit que ce silence était trop beau pour être vrai. Quand Fred se leva et passa derrière la Gryffondor pour faire Merlin sait quoi, sa main s'attarda sur la hanche de la jeune fille qui rougit instantanément.

- Comporte-toi comme si elle savait, murmura-t-il. Après tout, on le lui a dit.
- Je ne peux pas faire ça, hoqueta Hermione, rougissant de plus belle en imaginant le regard de Molly sur eux.

Par chance, la scène était passée inaperçue, et Hermione se dépêcha de passer au salon pour échapper à Fred qui lui tournait autour. Elle se laissa tomber lourdement sur le canapé, à côté de Ginny qui s'y trouvait déjà. Celle-ci lui lança un regard compatissant et elle écouta Hermione se plaindre que Fred allait finir par la rendre folle. Comme attiré par l'écho de son prénom qui voletait dans la pièce, il arriva à son tour et poussa Ginny pour s'asseoir à côté d'Hermione. Elle lui adressa un regard en coin, puis, en le voyant sourire, elle prit une décision qu'elle n'aurait jamais cru prendre.

- Ginny, tu peux aller chercher tes parents ?

La concernée écarquilla les yeux de la même manière que Fred, qui s'était attendu à tout sauf à ça. Ginny se leva, toute guillerette, et s'empressa d'aller rejoindre ses parents dans la cuisine. Fred voulut parler, mais Hermione l'en empêcha en levant le doigt. Molly et Arthur ne tardèrent pas à arriver, et la Gryffondor eut peur de voir tout son courage partir en fumée.

- Ginny a dit que tu voulais nous voir, Hermione ? demanda Molly en s'asseyant sur l'un des fauteuils qui se trouvaient en face du canapé.
- Oui, répondit Hermione après un court silence. Je voudrais vous parler de quelque chose.
- Fred, l'interrompit la mère de famille, tu ne vois pas que c'est le moment de partir et de nous laisser seuls ?
- Hum... Non, il doit rester, grimaça Hermione en devançant Fred.
- Qu'est-ce que tu as fait, encore ? interrogea Molly, suspicieuse.
- Et sinon, il existe le bénéfice du doute dans cette maison ? Je n'ai pas toujours le mauvais rôle !
- Molly, chérie, et si tu les laissais parler ? intervint Arthur, qui était resté jusqu'à présent silencieux.

Hermione le remercia silencieusement et prit une profonde inspiration. D'un coup, elle se sentait lasse, et plus du tout capable de faire face à cette discussion. Elle se décida tout de même à se lancer. Maintenant, elle n'avait plus qu'une envie, en finir au plus vite. Hermione regarda rapidement Fred qui lui adressa un sourire confiant.

- Tout à l'heure, pendant le repas, Fred vous a fait croire que nous étions ensemble, commença-t-elle.
- Oui, encore une de leurs idées ingénieuses, soupira Molly. Mais ne te préoccupe pas d'eux, ajouta-t-elle.
- En fait... Il ne mentait pas.

Jamais Hermione ne s'était sentie aussi gênée de toute sa vie. Heureusement, les autres membres de la famille avaient eu la présence d'esprit de quitter la pièce, mais elle savait qu'ils ne se trouvaient pas loin pour écouter toute la discussion. Elle releva les yeux et vit une lueur passer dans ceux d'Arthur qui regarda son fils d'une intensité nouvelle.

- Comment ça, il ne mentait pas ? demanda Molly.

À ce moment-là, Fred décida de prendre le relai, et Hermione lui en fut infiniment reconnaissante. Il se redressa et elle le laissa faire, se sentant totalement lessivée.

- Comment te dire... Hermione est enceinte, et c'est moi le père.

Arthur esquissa un sourire en levant un sourcil étonné, Hermione lança un regard noir à Fred qui se retenait de rire, et Molly devint blafarde. Depuis la cuisine, la Gryffondor entendit Ginny dire que Fred n'était qu'un idiot à l'intelligence d'une fée, connues pour leur intelligence médiocre. Le rouquin comprit rapidement que son père n'était pas dupe, mais ce n'était visiblement pas le cas de sa mère, qui le regardait sans dire un mot, étant sûrement à la recherche du sort le plus cuisant à envoyer à son fils.

- Tu as fait quoi ? siffla-t-elle entre ses dents, les yeux plissés.
- Madame Weasley..., commença Hermione pour rétablir la vérité.
- Comment as-tu osé ? la coupa Molly sans lui accorder le moindre regard. Par Merlin, mais qu'ai-je fait pour mériter un fils aussi indigne ? Tu viens d'avoir dix-huit ans, et Hermione n'en a que seize ! Seize, sombre idiot, il n'y a rien qui te paraît étrange ?!
- Maman, intervint Fred en levant les mains.
- Je ne sais pas ce que je vais faire de toi, non, je ne sais vraiment pas ! Et toi, ajouta Molly en se tournant vers Hermione, comment as-tu pu laisser ça arriver ?! Je te pensais mature, responsable ! Je...

Molly s'interrompit d'elle-même, puis regarda Fred et Hermione en fronçant les sourcils. Quelque chose venait de l'interpeller, mais Hermione n'arrivait pas à savoir quoi. Elle voulut intervenir de nouveau, mais Fred posa la main sur son genou pour l'en empêcher.

- Attendez, il y a une chose que je ne comprends pas, reprit Molly. Comment est-ce que cela a pu arriver entre vous deux ?

Fred esquissa un sourire et reçut en retour un regard assassin de la part de sa mère. Arthur, lui, restait silencieux, assistant à la scène en tant que spectateur. Hermione aurait juré qu'il avait déjà tout compris.

- Il n'y a rien à comprendre parce que ce n'est pas arrivé, répondit Fred. On pourrait croire qu'après toutes ses années, tu saurais faire la différence entre nos farces et la vérité, mais faut croire que seul papa y arrive, ajoute-t-il malicieusement.

Arthur lança un regard pas peu fier à son fils, et posa l'une de ses mains sur l'épaule de Molly pour calmer la tempête qui risquait de se préparer.

- Donc tu n'es pas enceinte ? demanda Molly à Hermione.
- Non, répondit celle-ci, ravie d'en finir avec cette blague de mauvais goût.
- Tu m'as fait peur idiot ! J'aurais dû comprendre dès le début que toi et Hermione, ce n'était pas crédible. Ceci dit, je suis étonnée de te voir contribuer à ce genre de blague, Hermione.
- En fait... On avait vraiment quelque chose à vous annoncer, avoua Hermione en pinçant les lèvres. L'intervention de Fred n'était pas prévue.
- Bon ! intervint Ginny en entrant dans le salon. C'est trop long là, moi j'en ai marre d'attendre dans la cuisine !

Hermione regarda Ginny se placer devant ses parents, et elle en fut presque soulagée. De l'aide extérieure ne serait pas de refus, et elle aussi en avait marre de voir cette conversation durer. Bien sûr, Ron, Harry et George imitèrent Ginny et firent à leur tour leur apparition.

- Que manigancez-vous, encore ?
- Maman, papa, commença solennellement Ginny, laissez-moi vous présenter ma nouvelle belle-sœur, et donc votre belle-fille, j'ai nommé Hermione Granger !

Molly regarda toute la petite assemblée à tour de rôle, mais Hermione comprit que ce n'était pas encore bon lorsque son regard s'attarda sur Ron, qui se trouvait derrière le canapé.

- Oh ! Ron ! Je suis si contente pour toi ! s'exclama Molly en se levant pour aller l'embrasser.
- Quoi ? couina Ron en devenant rouge tomate. Mais lâche-moi, j'ai rien fait !
- Ne fait pas ton timide ! Va donc t'asseoir à côté d'Hermione, Fred, laisse-lui la place !

Ginny éclata de rire, rapidement suivie par Harry et George qui se délectaient de la scène qui se passait sous leurs yeux. Ron ne savait plus où se mettre alors que sa mère le poussait vers le canapé, et ce fut finalement Arthur qui se décida à intervenir.

- Molly, chérie, je crois que tu fais erreur sur la personne.

La concernée se tourna vers son époux, ne comprenant pas où il voulait en venir. Hermione soupira, comprenant qu'aux yeux de Molly, elle ne pouvait être qu'avec un seul de ses fils, Ron. Elle s'attendait à tout sauf à Fred, et elle niait de toute évidence les détails qui s'étalaient sous ses yeux.

- Maman, arrête de faire la sourde oreille, intervint Fred. Hermione n'est pas avec Ron, elle est avec moi.

Des yeux écarquillés, une bouche qui s'ouvre, mais aucun son qui en sort, un regard vers toute la petite assemblée pour essayer de comprendre s'il s'agissait encore d'une blague, puis, enfin, elle sembla voir Hermione et Fred pour la première fois. La Gryffondor avait de nouveau rougi, elle pouvait sentir la chaleur jusqu'à la racine de ses cheveux. Fred, lui, défiait sa mère du regard.

- Tu... Toi, avec Hermione ? demanda-t-elle enfin, abasourdie. Mais... comment cela a-t-il pu arriver ?
- Là, mon cher frère, elle veut dire que tu n'es pas assez bien pour Hermione, commenta George.
- Ne dit pas de sottises, je n'ai jamais dit ça ! Mais comment dire... C'est assez inattendu. Pourquoi suis-je la seule à avoir l'air surprise ?
- Nous sommes déjà tous au courant, répondit Ginny. Et papa a visiblement compris avant toi.

Molly regarda de nouveau tout le monde à tour de rôle, puis elle exigea des explications. Elle voulut savoir quand cela était arrivé, et elle faillit faire un malaise en apprenant que ça datait de presque neuf mois. Elle voulut savoir ce qu'il s'était passé, mais tout le monde garda le pari des jumeaux sous silence. Ils prétextèrent qu'ils s'étaient rapprochés pendant les cours de l'armée de Dumbledore, et que c'était apparu comme une évidence. Hermione restait la plupart du temps silencieuse, ne sachant pas où se mettre, et quand Molly la regarda après avoir entendu toutes les explications, elle lui adressa un sourire gêné.

- Je vois bien que tu es gênée, commença Molly en lui souriant. Mais ça ne change strictement rien, tu faisais déjà partie de la famille, et je suis heureuse de te savoir avec mon fils. J'ai toujours pensé que ça serait Ron, mais tu ne peux apporter que du bon à ce garnement.
- Je suis d'accord, ajouta Arthur. Lui et George ont besoin de stabilité, et entre toi et le magasin, je pense qu'ils sont sur la bonne voie.
Hum... Herminione est belle, hein, mais moi je ne suis pas avec, répondit George.
- Oui, et bien dépêche-toi de nous trouver une belle-fille semblable ! commenta Molly. Je crois que tout ça mérite bien un petit verre, que d'émotions !

Elle se leva pour se rendre à la cuisine, et Hermione remarqua le regard de Fred posé sur elle. Elle tourna la tête pour le regarder, et en le voyant lui sourire de la sorte, elle sentit son ventre faire un tour sur lui-même. Elle l'avait fait. Molly et Arthur étaient au courant, et tout s'était bien passé. Alors pourquoi une sensation d'incertitude planait au-dessus d'elle ?