Chapitre 17

Après son épisode pendant le bal, Darcy insista pour qu'Elizabeth retournât voir le Dr Whittling, Elizabeth insistant en retour sur le fait que ce n'était pas nécessaire.

« Je vais bien, Darcy. Il n'y a pas la moindre évidence qu'il y ait le moindre problème », lui dit-elle. « Et nous partons demain pour Pemberley. C'était la principale recommandation du Dr Whittling, que nous quittions la ville dès que possible. »

« Juste – allez-le voir, s'il vous plaît », Darcy prit une brusque inspiration, montrant à Elizabeth qu'il était plus frustré qu'il ne voulait l'admettre. « Faites-le pour moi, sinon pour vous. Votre santé représente deux vies qui me sont incroyablement précieuses, et irremplaçables. »

« Je comprends », dit-elle avec sympathie, lui touchant la main. « Mais qu'allons-nous faire de Georgiana ? Sans Mme Annesley, elle ne peut recevoir de visites, si nous sortons. Vous savez que le capitaine Stanton va lui rendre visite, et ce sera leur dernière chance de se voir avant notre départ – je déteste l'idée que M. Miller lui refuse l'entrée. »

« Qu'en est-il de Lady Tonbridge ? »

« Une vicomtesse est un peu au-dessus de ce qui est requis d'une dame de compagnie temporaire pour Georgiana. »

« C'est vrai, mais je ne pense pas que la vicomtesse verrait une objection à passer une partie de la journée dans sa propre maison, avec Georgiana et son fiancé, particulièrement si Georgiana amène suffisamment de partitions. »

« C'est une bonne idée », dit Elizabeth, se résignant à un nouveau rendez-vous avec le Dr Whittling.

La journée de Georgiana avec Lady Tonbridge, et la compagnie là-bas du capitaine Stanton, furent arrangés à travers un ensemble de billets échangés entre les hôtels particuliers de tous les participants. Elizabeth et Darcy déposèrent leur sœur à Grosvenor Square, une épaisse liasse de partitions sous le bras, avant de se rendre au cabinet du Dr Whittling.

Le médecin écouta Elizabeth lui décrire son coup de chaleur pendant le bal, ainsi que sa promesse qu'ils partiraient pour le Derbyshire le lendemain matin, et heureusement, ne vit pas de raison de mener un examen aussi minutieux qu'au premier rendez-vous. Il prit le pouls d'Elizabeth, lui donna une potion absolument infâme à boire, et l'encouragea à se reposer autant que possible au cours du voyage vers Pemberley, et à rester là-bas jusqu'à la naissance.

Elizabeth, qui trouvait toutes ces recommandations raisonnables, mais ni plus ni moins logiques que ce que Jane ou Sarah lui auraient dit – hormis le breuvage, qui lui avait retourné l'estomac – ne trouvait pas que la visite valût le nombre de guinées que son époux allait dépenser. Néanmoins, se remémorant ses compétences, elle le remercia de façon convaincante elle rassura son époux dans la salle d'attente que tout allait bien, pour elle comme pour l'enfant, et fut surprise par la force de son étreinte à ces mots.

Elle le serra contre elle avec la même force qu'il la tenait, et se rappela qu'elle devait faire preuve de compréhension à son égard, car il ne pouvait sentir la progression de l'enfant comme elle le faisait. Certainement, elle leur avait donné à tous deux de bonnes raisons d'être inquiets, en mettant tant de temps à tomber enceinte. Ils quittèrent le cabinet du Dr Whittling, et regagnèrent leur voiture, où Darcy dit :

« Cela a pris beaucoup moins de temps que je ne m'y attendais. Lady Tonbridge ne nous attend pas avant au moins une heure. Il n'y a pas le temps d'aller à Richmond, mais que pensez-vous d'une promenade à Hyde Park ? »

Elizabeth se sentit un peu coupable de profiter de l'hospitalité de Lady Tonbridge, mais vraiment, si l'on en croyait le dernier billet envoyé à Curzon Street par celle-ci, qui avait incité Georgiana à emporter avec elle tant de partitions, c'est surtout de sa propre sœur qu'elle profitait et elle était plutôt sûre que leur absence ne dérangerait pas sa sœur aussi longtemps que son fiancé serait présent.

« Une petite promenade serait agréable », dit Elizabeth. « Cela me rappellera à quel point je préfère le parc de Pemberley, une fois que nous y serons. »

XXX

A Grovesnor Square, Georgiana se trouva ravie de retrouver la compagnie de Lady Tonbridge, même si celle-ci était un peu plus portée sur les commérages qu'elle ne s'en souvenait. Ceux-ci étaient faits dans un bon esprit, heureusement, et consistaient surtout à écouter Lady Tonbridge lire les meilleurs morceaux des journaux à Georgiana, comme elles attendaient la visite du capitaine Stanton.

« Oh, regardez celui-là. Il est charmant – vous dépeint de façon extrêmement avantageuse », dit Lady Tonbridge. « "Nous avons eu un aperçu de l'insaisissable Mlle G. Darcy, présente avec M. et Mme F. Darcy, et au bras de son fiancé, l'héroïque capitaine Sir M. Stanton. Mlle Darcy était vêtue de blanc, a dansé avec le P.R. et le D. de C., et bien qu'elle n'eût pas eu l'occasion de jouer du piano, comme elle l'a fait de façon spectaculaire au dîner de Lord A., nous sommes convaincus que sa conquête est égale, au moins, à celle du Polonais." »

Georgiana rougit terriblement, et ne sut que répondre, mais il semblait qu'elle en était dispensée, car Lady Tonbridge continua : « Une danse avec le prince régent et le duc de Clarence – voilà qui est fort bien fait, Mlle Darcy. Je dois admettre que les bals du régent me manquent. On ne fait rien de semblable ailleurs, mais lui et moi – enfin, c'était il y a longtemps. »

Georgiana rougit à nouveau, à l'idée évoquée par Lady Tonbridge – bien sûr, le prince régent avait de nombreuses maîtresses, mais elle n'avait jamais pensé que son amie pût être parmi elles. Pourtant le commentaire de Lady Tonbridge, et sa manière de le dire, semblaient indiquer exactement cela, et Georgiana pouvait l'imaginer, maintenant qu'elle y pensait. Elle avait vu le portrait de Lady Tonbridge, réalisé environ une décennie plus tôt, dans son vestibule, où son amie était nettement plus jeune, la silhouette bien plus svelte qu'aujourd'hui – veuve titrée et dotée d'une telle apparence, il n'aurait pas été surprenant qu'elle eût attiré l'attention du prince durant un certain temps.

Il n'y avait aucun moyen pour Georgiana d'exprimer poliment ce qu'elle venait de réaliser, ni d'indiquer qu'elle avait compris ce qu'avait dit Lady Tonbridge. C'est pourquoi, même si elle aurait de toute manière été heureuse d'entendre le majordome de Lady Tonbridge annoncer la visite du capitaine Sir Matthew Stanton, elle fut positivement soulagée par la diversion.

XXX

Elizabeth et Darcy descendirent de la diligence et découvrirent qu'il y avait déjà du monde au parc, même si ce n'était pas encore l'heure en vogue pour la promenade. Elizabeth se promenait de façon absente, contente d'être dehors et au bras de son époux, et s'attendant à ne rencontrer que peu, voire aucune, des connaissances qu'ils avaient encore en ville.

Elle fut donc surprise d'entendre : « Mme Darcy, M. Darcy, quel plaisir de vous voir ! » et de réaliser que ces mots avaient été prononcés par Lady Stewart, qui s'approcha d'elle et lui fit une profonde et adéquate révérence.

« Lady Stewart, quelle plaisir de vous voir – également », dit Elizabeth, perturbée par la tournure des événements, mais lui retournant la révérence.

« J'ai cru comprendre que vous étiez au bal du régent la nuit dernière », dit Lady Stewart, se tournant pour pouvoir marcher aux côtés d'Elizabeth, accompagnée par la domestique qui la suivait. « Quel événement ! Vous devez me raconter les détails. »

Elizabeth comprit les raisons pour laquelle Lady Stewart l'avait approchée – un désir d'en savoir plus sur un événement auquel elle n'avait pas été invitée – et s'amusa de la façon dont son importance avait apparemment changé aux yeux de Lady Stewart. Elle ne put s'empêcher de laisser cette réalisation colorer sa réponse.

« Eh bien, c'était une soirée agréable. Ma sœur, Mlle Darcy, a dansé avec le prince régent et le duc de Clarence, malheureusement son fiancé n'est pas encore suffisamment guéri pour danser. »

« Ah oui, le capitaine Sir Matthew – quelle belle connexion pour votre famille. Et je dois dire, il est très plaisant de voir le fils d'un comte s'emparer d'un vaisseau tel que le Polonais, au lieu d'un navire quelconque. »

« Oui, nous avons tous du respect pour sa victoire », dit Elizabeth.

« Et avec qui avez-vous dansé, Mme Darcy ? »

« Seulement avec mon époux et le duc de Clarence, au final », dit Elizabeth. « Je suis enceinte, voyez-vous, et même s'il était agréable de danser une dernière fois, c'était une incommodité dont nous sommes toujours en train de récupérer – et il faisait chaud et étouffant sous la rotonde. Nous sommes allés voir mon obstétricien, ce matin, pour nous assurer que tout allait bien, et M. Darcy a suggéré une promenade dans le parc pour prendre l'air, avant de rentrer chez nous. »

« Oh, enceinte, oui, bien sûr, quelle affreuse incommodité, et pourtant nécessaire. Eh bien, toutes mes félicitations, à vous et à votre premier-né. J'espère que nous vous reverrons en ville, après la naissance ? »

« Oui, je suppose », dit Elizabeth. « Je crois que nous mettrons un certain temps à revenir du Derbyshire. »

« Bien sûr », dit Lady Stewart. « Enfin, venez nous rendre visite, à votre retour. »

Là-dessus, Lady Stewart s'éloigna, et Elizabeth ne put s'empêcher de dire : « Le bébé m'a-t-il rendue folle, ou cela s'est-il passé ? »

« Cela s'est bien passé », dit Darcy.

« On me pardonne donc le fait que vous n'ayez pas épousé la sœur de Lady Stewart ? »

« J'en doute, mais vous vous révélez peut-être une connexion à laquelle elle préfère ne pas renoncer pour le moment, en particulier avec la présence de notre sœur dans les pages des potins ces derniers temps. »

« C'est étrange ; j'avais cru qu'elle avait déjà renoncé à cette connexion. »

« C'est la flexibilité de la bonne société, Elizabeth. Les connexions peuvent toujours être rétablies quand elles se révèlent utiles, à moins que la rupture n'ait été publique. »

« Je dois admettre avoir souhaité faire exactement cela, quand elle m'a approchée de façon si enthousiaste », dit Elizabeth.

« Vous avez trop bon cœur pour cela », dit Darcy. « Même si, croyez-moi, évoquer le bal du régent comme étant incommode lui portait un coup aussi sûrement que vous pouviez le faire, si vous en aviez vraiment eu l'intention. »

« Je ne souhaitais pas la blesser ainsi, mais je ne peux prétendre avoir des regrets », dit Elizabeth. »

« Et vous n'avez aucune raison d'en avoir », répondit Darcy. « En fait, j'ai plutôt apprécié d'observer sa réaction. »

« Je – je dois admettre que c'est aussi mon cas », dit Elizabeth, un coup d'œil à son époux l'assurant qu'il était aussi amusé qu'elle par la situation.

Elle se mit à rire franchement, et ils continuèrent leur promenade, l'image parfaite du couple amoureux, même s'ils n'obtinrent pas la même proéminence que leur jeune sœur dans les pages de potins du jour suivant.