* gros soupir de soulagement *

Bon, ce n'était pas gagné, mais c'est fait, je suis parvenue au bout de cette histoire !

Ça va être le passage « cérémonie des Césars », vous avez le droit de filer directement à la ligne : « On se retrouve donc lundi prochain »

Tout d'abord un grand merci à toutes celles qui ont laissé un petit mot sympathique en passant… et un énoooooorme merci à celles qui m'ont boustée tout au long de cette histoire. J'ai commencé à l'écrire pour mon petit plaisir personnel, mais si vous ne vous étiez pas montrées aussi enthousiastes ( voir trèèèès enthousiaste(s) pour certaine(s) !^^), je me connais, je ne serais peut-être pas allée jusqu'au bout.

Et vous, mes bêtas, vous avez toute ma gratitude. Imaginez le soulagement de ptitesfrimousses qui ne jure que par les « Tous Humains », et qui s'est coltinée du loup-garou et du vampire depuis plus de deux ans et demi… si c'est pas de l'amitié, ça !^^

Quant à Arwen… Arwen, elle m'a carrément offert un cadeau pour l'anniversaire de publication de cette fic, (oui, ça existe, mais uniquement si a) vous êtes assez tarée pour vous lancer dans la fic-fleuve qui dure une éternité et b) si vous tombez sur une lectrice assez déjantée pour avoir l'idée de vous en faire un, de cadeau ). C'est sa version du chapitre « Le 6 juin ». Perso, je l'ai trouvé heu… comment dire… * o * absolument génial, et je pèse mes mots. J'étais très émue, super zémue, même, et avec son aimable autorisation, je vais vous le faire partager…

On se retrouve donc lundi prochain, pour un ultime rendez-vous ! Bon week end !

EPILOGUE

Ce n'est pas fini pour tout le monde…

Le soleil ne s'est pas encore levé, même si le ciel est déjà plus clair à l'est. Les odeurs changent, mais celles de nos proies restent les mêmes : douceâtres, glacées, viciées. Et surtout moins marquées. On perd du terrain, et ça n'a pas l'air de vraiment inquiéter mes frères de meute.

« Continuez à faire les idiots, et vous pouvez être certains qu'elle les aura avant nous ! »

Cette simple pensée fait taire les ricanements télépathiques des quatre jeunes crétins qui m'accompagnent pour cette ultime chasse avant un bon bout de temps - enfin, en ce qui nous concerne, ma femme et moi -

« On arrivera à se passer de vous, grand chef, arrête de prendre la grosse tête ! »

Merde. Je ne voulais pas qu'ils puissent ressentir ma légère angoisse à l'idée de les laisser se débrouiller tout seul à l'avenir. A leur place, un tel manque de confiance m'aurait irrité… non, eux, ça les fait plutôt rigoler. Mais ils ont raison, mes craintes sont totalement injustifiées, ils ont fait leur baptême du feu il y a longtemps, déjà.

Trois ans. Trois ans depuis le raid contre les Volturi. Kyle, Jason, Scott et Simon y ont survécu, ils ont gagné le droit de ne plus être considérés comme des louveteaux sans expérience.

« Tu l'as dit, bouffi ! On est les meilleurs !

- Seulement si on arrive à chopper les sangsues avant qu'elles n'arrivent à porté de Johanna, Scott. On a parié gros, cette fois-ci… j'aimerai autant éviter d'être à la disposition pleine et entière des femmes de ma famille pendant toute une journée… Dieu sait ce qu'elles sont capables de nous infliger…

- Pourquoi on devrait se farcir ça, nous aussi, d'ailleurs ? On n'est même pas imprégnés !

- Parce qu'on a parié tous les cinq, petit malin ! Alors si tu crois pouvoir te défiler, tu te mets la patte dans l'œil ! »

Concerts de grognements. Mais je m'en tape. On est tous dans la même galère, et si ça peut les motiver à se concentrer sur la chasse, tant mieux. Le challenge est de parvenir à croquer du vampire sans que Johanna n'ait à intervenir. Nous sommes rapides, il est rare qu'elle en ait l'occasion . On prend en chasse les sangsues et on les rabat vers l'endroit où elle est postée, en général un espace dégagé d'où elle peut voir arriver nos proies de loin. Si on ne les a pas taillés en pièces avant, elle arrête leur progression le temps qu'on les rattrape et qu'on s'occupe de leur cas.

En trois ans, on a dû organiser une douzaine de chasses. Sur deux continents. La nouvelle de la chute des Volturi s'est propagée comme une traînée de poudre dans le petit monde des vampires, et en seulement trois mois, nous avons dû intervenir cinq fois. Puis ça s'est calmé. Il est admis à présent que ce sont les Cullen qui veillent à la place des Italiens sur la discrétion de leurs congénères. Ou plutôt, qu'ils laissent leurs chiens de garde s'en charger. A une autre époque, cela aurait fait grincer bien des dents chez les Quileutes. Maintenant, c'est une vieille blague qui circule à la Push. Et les petits jeunes sont ravis de voir du pays au frais de la princesse, vu que c'est la mère Robbins qui s'occupe de toute l'intendance de nos déplacements. Comme aime à le répéter Harry, le Quileute s'exporte bien. Et il ne manque pas de volontaires, du moins chez les non-imprégnés. Les « vieux », comme nous appellent tous ces morveux ( et oui, moi aussi on me taxe de croulant ), préfèrent quant à eux profiter enfin d'une vie de famille tranquille.

« Plutôt me couper un bras que de pantoufler comme eux !

- Ha, laisse-moi rire ! Attends un peu de tomber sur la bonne, et je suis sûr que tu seras un parfait chien-chien à sa chérie ! »

Et les voilà repartis à se chamailler ! Coup d'épaule dans le voisin, mâchoire qui claque à deux millimètres de l'oreille du premier.

« Commencez pas ! Je vous jure que si on perd, je m'arrangerai pour que cette journée avec les femmes Cullen soit la pire de votre vie ! »

Je ne suis pas leur Alpha, mais ma menace suffit à les calmer. Je connais Johanna, Rosalie, et surtout Alice. Je ne veux pas perdre ce foutu pari. On accélère notre course, à travers cette forêt inconnue, sur la piste laissée par les deux fuyards.

Mon esprit reprend le cours de ses pensées. Pantoufler. Ouais. On peut appeler ça comme ça. Sauf que parfois, je me demande si la guerre contre des vampires n'était pas moins stressante.

La Push connaît en effet un véritable Babyboom. Jordy s'en donne à cœur joie pour falsifier les documents de naissances, pour éviter que l'administration de l'Oncle Sam ne mette son nez dedans. Faut dire que certains « jeunes » parents ne le sont plus vraiment tant que ça.

Prenons l'exemple de Leah, qui a ouvert la marche.

« Toujours à faire l'originale, celle-ci

- Je te parie 200 dollars que t'auras pas le cran de penser ça la prochaine fois que Leah viendra courir avec la meute !

- Tenu !

- Tu ne prends pas trop de risque, Simon, elle ne vient quasiment plus nous rejoindre ! »

Et pour cause : des triplés, ça occupe ! Et Kyle n'a pas tort, originale est le second prénom de Leah : seule fille loup-garou, jamais imprégnée, mais enceinte avant même qu'on ait combattu les Volturi. Comme si son corps savait que c'était bon : la menace allait disparaître et c'était le moment de s'y mettre. Après des décennies à se croire stérile, la surprise avait été de taille. A présent, elle mutait très rarement, car comme elle l'affirmait, avec quatre gosses à la maison, elle n'avait plus trop le temps de jouer au grand méchant loup avec une bande d'ados débiles ( dont je faisais parti, à ses yeux. Comme quoi, entre le vieux pantouflard et le gosse immature, j'ai l'embarras du choix. Tout dépend des points de vues ).

« On va dire que t'es carrément sénile, plutôt ! Des triplés, chez moi ça fait trois, pas quatre !

- C'est parce qu'elle inclut leur père ! »

Ricanement général. Jordy a la côte auprès des loups-garous. Et je sais que Leah le charrie par habitude : quand Johanna et moi avons été leur donner un coup de main, lorsque les enfants n'avaient que deux semaines, j'ai vu mon beau-frère manier les couches et les biberons avec une surprenante dextérité, et faire preuve d'une patience infinie avec ces petits êtres braillards. Johanna aussi, m'a surpris. Elle couvait les bébés comme une mère louve. Finalement, le plus gauche, c'était ma pomme.

« C'est vraiment dommage qu'ils n'aient pas eu des jumeaux et une fille, au lieu de l'inverse ! » songe Simon.

Même moi je sens le rire monter : jusqu'au bout de la grossesse, le sexe des bébés était resté incertain. On savait juste une chose : la présence de vrais jumeaux ou jumelles, et un enfant isolé. Jordy avait clamé haut et fort que s'il avait deux fils, il les nommerait Mario et Luigi. Leah avait affirmé quant à elle qu'elle s'arrangerait pour que ses enfants soient orphelins de père s'il lui faisait un coup pareil. Finalement, elle n'eut pas à commettre l'irréparable, puisque ce furent deux filles et un garçon qui vinrent au monde. Harry, Eryn et Zelda. Le dernier prénom fut la seule concession que Leah fit à Jordy. Et encore, je crois que le premier choix de mon beau-frère était Peach. La petite s'en sort pas si mal.

Une pensée de Kyle me replonge dans des souvenirs encore plus lointains. Il revoit la future mère, à moins de deux mois de l'accouchement. Je me demande si sa mémoire n'est pas altérée de telle sorte que les proportions s'en trouvent exagérées, ou si Leah étaient réellement aussi énorme que ça. Elle est vêtue d'une ample robe bleu roi, et elle ressemble à une montgolfière. Je reconnais ce vêtement : c'est ainsi qu'elle est venue le jour de mon mariage.

Comme à chaque fois que je repense à cette journée, mon cœur s'emballe. J'entends les jeunes se moquer à la lisière de mon esprit, mais je les ignore. Je ressens à nouveau l'excitation, quand je me tenais debout devant l'autel, attendant fébrilement mon amour, mon âme sœur. La bouche sèche, les mains qui tremblent, le cœur qui résonne dans ma poitrine comme un tambour. Et quand elle est apparue, au bout de l'allée, au bras de son père, j'avais laissé échapper un son entre le rire et le sanglot : elle portait la même robe, à l'infime détail près, que celle dont elle était vêtue dans le rêve que j'avais fait, celui où je l'avais sauvée d'un dragon. Johanna m'a avoué après la cérémonie qu'elle s'était assurée l'aide de Jacob et d'Alice pour parvenir à ses fins. L'un avait lu dans mon esprit un jour où je courrais avec sa meute, l'autre avait fait prendre corps à la vision. Et le résultat était parfait.

« Elle serait venue à l'autel habillée d'un sac poubelle, tu l'aurais quand même trouvée époustouflante ! » se moque Scott.

C'est vrai. Mais avec cette robe aux allures médiévales, les manches s'évasant jusqu'à toucher le sol, le décolleté décoré de centaines de minuscules diamants faisant ressortir sa peau délicieusement hâlée, Johanna avait vraiment l'air d'une princesse elfe sortie d'un conte de fée.

« Et toi tu avais l'air d'un idiot avec la bouche ouverte et les yeux grands comme des soucoupes ! »

L'ironie de Kyle me ramène sur terre. Je grogne un peu, pour la forme. Il a raison, je devais vraiment avoir une tête d'ahuri. Johanna répète à qui veut l'entendre que ça compense légèrement son humiliation lors de notre rencontre. Mon épouse a la rancune tenace.

« Allez, on se concentre, ils ne sont plus loin !

- Eh, concentre-toi toi même ! C'est pas nous qui planons à 15 miles, la tête pleine de princesses et de dragons !

- Peut-être, mais moi, j'ai plus d'expérience que vous !

- Parlons-en ! Pas foutu d'attraper une vampire haute comme deux pommes à genoux ! »

Et c'est reparti ! J'essaie de ne rien laisser paraître, mais je sens qu'ils ne sont pas dupes, ils savent que je suis un peu vexé.

Mon père a sa croix : sa rencontre avec Johanna, où elle lui a fait mordre la poussière. J'ai la mienne : malgré tous mes efforts, je ne suis pas parvenu à tuer Jane. Ce n'est pas faute d'avoir essayé, mais les plans bien huilés ont la fâcheuse tendance de se transformer en sauve qui peut général au beau milieu de la bataille. A deux reprises, j'ai eu cette vampire de malheur à portée de crocs. A deux reprises, elle m'a échappé. Finalement, c'est Edward qui a eu le privilège d'arracher sa petite tête de fouine, protégé de son pouvoir par Bella. Comme le clame Jacob à chaque fois que cette discussion vient sur le tapis, c'est à peu près le seul coup d'éclat de son beau-père, ce jour là. Pure jalousie de sa part, je sais que Jake crevait d'envie de lui faire la peau lui-même. Il a eu son lot de consolation, qu'il ne se plaigne pas : la dernière chose qu'ait vue Aro, c'était la gueule grande ouverte d'un loup roux. Emmett a été moins chanceux. Son duel contre Félix a été interrompu par Sam et compagnie, qui avaient décidé que mon oncle était en trop mauvaise posture et qu'il était temps pour eux d'intervenir. Quand il a eu la force de se remettre sur pied et qu'il a vu que son combat lui avait été volé, Rosalie et Esmée ont vraiment cru qu'il allait transformer les loups-garous en pâtée pour chien. Il s'est approché d'eux comme un ours à qui on aurait piqué son déjeuner, s'est planté devant Sam et... lui a entouré l'encolure de ses bras en le remerciant. Les autres membres de la meute ont été épargnés de l'accolade reconnaissante d'Emmett pour l'unique raison qu'ils se trouvaient un peu au milieu d'une bataille, mais ils eurent droit à des remerciements ultérieurs en bonne et due forme. Esmée nous disait bien que son fils n'était pas le joyeux crétin que tout le monde pensait, qu'il savait se servir de son cerveau, parfois. Je crois que même Rosalie en doutait, mais il nous a prouvé ce jour-là qu'Esmée disait vrai. Il n'aurait pas gagné son combat contre Félix, et mieux vaut être sauvé par ses alliés et vivant que vaincu et mort.

Edward nous a donc débarrassé de Jane, mon père d'Aro... et moi, dans tout ça ? Oh, j'ai eu mon moment de gloire, à ma façon. Trois jours après la bataille. Et je m'en serais bien passé.

Non pas que je me sente coupable, ou autre chose de ce genre. C'était un vampire. Et je suis né pour les détruire. Seulement, Johanna, elle, en a été bouleversée. Je sens mon cœur se serrer aux souvenirs de ma femme en larmes dans mes bras, au beau milieu de la nuit. Elle a mis du temps à s'en remettre... je ne sais pas si c'est encore le cas, en fait. Mais je ne regrette rien. Il allait la tuer.

« Je l'aimais bien, moi... »

Moi aussi, je l'aimais bien. Mais je n'étais pas aussi proche de lui que ne l'était Johanna. Ils avaient passé beaucoup de temps ensemble, et je crois qu'il lui rappelait un peu Jordy. Sans compter qu'il avait un pouvoir particulier, comme elle, et que ça les rapprochait encore d'avantage. Ce pouvoir qui, d'une certaine manière, a coûté la deuxième vie de Sean.

Je sens mes poils se hérisser sur mon échine, et un grondement sourd s'échappe de ma gorge, comme à chaque fois que je revis cette scène.

On sait que les vampires nouveaux-nés ne sont pas spécialement sociables. Les membres de ma famille maternelle, du moins ceux qui ont été transformés sous l'égide de Carlisle, sont une exception. Le réveil de Sean s'est donc fait sous la haute surveillance des Cullen, seuls autorisés à être dans la pièce sécurisée de la base militaire italienne où ils veillaient sur le corps de l'adolescent. Johanna et moi étions dans le couloir attenant, assis à même le sol. Elle ne voulait pas s'éloigner, maintenant qu'elle savait que Sean allait survivre à sa transformation .On attendait donc là, en silence, quand j'ai entendu des cris et des bruits de lutte dans la pièce. J'ai tout juste eu le temps de me lever en repoussant Johanna derrière moi quand la porte pourtant blindée s'est ouverte si violemment qu'elle s'enfonça partiellement dans le mur, attachée par un unique gond tordu. Je n'ai pas eu le temps de réfléchir : Sean se tenait dans l'encadrement, ses yeux rouges se vrillèrent derrière moi, et il retroussa les lèvres, exhibant ses dents. Il a bondi en même temps que moi, ma mutation survenant avant même que je ne quitte le sol. Il eut le temps d'avoir l'air surpris avant que je ne lui enfonce mes crocs à la jonction de son cou et de son épaule : son pouvoir télékinésiste ne marchait toujours pas sur moi. Pouvoir qui avait pris des proportions terrifiantes lors de sa transformation. Bella m'a raconté plus tard qu'elle ne s'attendait pas à une telle puissance, et qu'elle avait négligé de protéger sa famille lors du réveil de Sean. Carlisle, comme toujours, a rejeté la faute sur lui-même, arguant que l'âge du sujet aurait dû l'inciter à la méfiance : les adolescents ne sont pas réputés pour leur caractère posé et conciliant. La vampirisation n'a pas amélioré cette tendance naturelle. Le pouvoir de Sean aurait été moindre, on aurait pu patienter, attendre de voir si les choses pouvaient s'améliorer. Mais compte tenu de ses aptitudes, c'était courir à la catastrophe. Edward en a parlé longuement avec Johanna. Il n'a vu dans l'esprit de Sean que violence, avidité et vice. Ce n'était plus l'ami qu'elle avait apprécié. Pourtant elle reste persuadée qu'avec le temps... mais du temps, on n'en a pas eu. Il voulait lui sauter dessus, boire son sang... il voulait la tuer. Aucun regret.

L'odeur devient plus forte. Bientôt, je suis sûr qu'on pourra les entendre. On va gagner notre pari ! J'accélère encore mes foulées, imité par les autres. Je peux sentir leur excitation qui se mélange à la mienne, les babines qui se retroussent instinctivement, l'envie de massacrer les vampires qui accélère notre rythme cardiaque, nous permettant d'accentuer à nouveau notre vitesse. Les fougères et les buissons ne sont plus que des tâches floues, fantômes odorants que l'on frôle ou que l'on piétine.

Ça y est, je les entends. Eux aussi, ils nous ont repérés. Kyle, Scott, Jason et Simon se déploient. Il n'est pas question que les vampires dévient de leur trajectoire.

La chasse est ouverte.

Je passe sur le flanc gauche, cours à leur vitesse, à cinq mètres d'eux. Scott. m'a suivi, restant un peu en arrière. Jason tient sa position, leur coupant une éventuelle retraite. Les deux autres se postent sur le côté droit. On court comme ça plusieurs minutes, avant que les vampires, voyant qu'ils n'ont aucune chance de nous semer, décident de défendre leur vie.

Comme toujours, ils attaquent les loups-garous qui sont postés sur le côté opposé du mien. A chaque fois c'est pareil. Ça leur enlève d'ailleurs tout effet de surprise. Je suis le plus imposant des chasseurs, et les vampires sont comme les vrais loups, de ce point de vue : ils s'en prennent toujours aux plus faibles en premier.

Je peux sentir la vexation de Kyle et Simon au milieu de leur ardeur à entamer les hostilités. Ils accueillent leurs ennemis de front, tandis qu'accompagné de Scott et Jason je me jette sur les vampires par derrière. Deux mâles. Pas bien combatifs. Je regrette presque toute cette course-poursuite pour si peu d'action au bout. S'il n'y avait pas ce fameux pari...

« LES PLUS FAIBLES ? »

Ah, apparemment, Kyle n'a toujours pas digéré ma dernière pensée.

« T'énerve pas, c'était juste... je veux dire, c'est quand même moi, le plus costaud, c'est normal que les vampires préfèrent tenter leur chance avec vous plutôt que contre moi !

- C'est ça... putain, si on arrive un jour à remettre la main sur Marcus, je te jure que c'est moi qui le boufferai. Et que je ne le laisserai personne d'autre que moi s'en occuper ! »

J'émets un son qui pourrait passer pour un éternuement, à la fois pour marquer mon dédain et mon exaspération.

Marcus. L'énorme grain de sable qui a quelque peu relativisé le succès de notre mission en Italie. Lui et quelques vampires de sa cour sont parvenus à nous échapper, et la chasse à l'homme,( façon de parler), qui a été mise sur pied les semaines qui ont suivi s'est révélée vaine. Personne ne sait ce qu'ils sont devenus. Nul doute que notre cher Marcus réapparaîtra un jour, et je mets ma main à couper qu'il sera bien entouré, notamment de tous les vampires mécontents du nouveau groupe dirigeant, qui a le toupet de s'allier non seulement à des humains ( certes peu nombreux dans le secret, mais tout de même ), mais surtout à une bande de loups-garous organisés et surmotivés. Les Cullen se sont mis à dos pas mal de leurs congénères, y compris d'anciens alliés. Personnellement, ça ne m'empêche pas de dormir. Je conseille juste vivement aux dissidents de ne pas manifester leur mécontentement de façon trop ostentatoire, et surtout pas trop près de ma famille, s'ils veulent continuer à profiter de leur éternité.

Simon me regarde, un bras pendant dans sa gueule comme un monstrueux bâton, les babines étirées comme s'il souriait. Il sourit véritablement, en fait. La pensée de vampires venant s'en prendre aux Cullen sur leur territoire l'amuse. Les temps ont bien changé.

Bon, je n'ai plus rien à faire ici, je les laisse finir le boulot, et me dirige vers le point de rendez-vous. En galopant. L'envie d'atteindre mon but est encore plus impérieuse que lors de la chasse qui vient de se terminer, bien que pour des raisons totalement différentes. Voir opposées.

Son odeur me parvient bien avant que je ne sorte des fourrés. Dès que je la sens, j'interromps ma course et je reprends ma forme humaine. J'arrive même à m'accorder le temps d'enfiler mon pantacourt. Merde, c'est moi qui ai gardé le briquet, que je sens dans ma poche. Pas grave, j'y retournerai après.

Je me remets à courir, et atteins mon objectif au bout de quelques minutes.

Quand je surgis à l'orée de la clairière, elle se tient debout au milieu, dans les ombres allongées des arbres dont seule la cime est éclairée par le soleil de l'aube, les bras croisés, faisant la moue.

« Et zut. J'espérai que c'était les autres... »

J'adore ma femme.

Je m'approche d'elle, et son regard change. Elle m'ouvre les bras et se blottit contre moi. Je sens un coup, léger mais bien réel, au niveau de ma hanche. Je me recule en fronçant les sourcils.

« C'est pas vrai, il recommence ?

- On dirait... ça promet, si déjà on ne peut plus s'approcher l'un de l'autre sans qu'il rue comme un mustang alors qu'il n'est même pas né, qu'est-ce que ça sera quand il sera là ! »

Quand je dis que la guerre contre les vampires, c'était moins angoissant.

« Je suis certain que c'est une fille. Ça ne peut être qu'une fille pour être aussi chieuse.

- Pas sûre. Regarde mon frère, champion toutes catégories confondues, et bien c'est un mec. CQFD. »

Je la reprends contre moi en riant, enfouissant une main dans ses longs cheveux bruns, respirant son parfum.

« Bon, on a perdu notre pari », soupire-t-elle en essayant de se dégager de mon étreinte, mais je resserre mes bras autour d'elle, l'empêchant de s'éloigner.

« Oui. Ce qui fait que tu vas partir direct en congé maternité. A nous, le soleil des tropiques ! »

Je me recule un peu, et baisse mes yeux sur le ventre rebondi.

« Et toi, le petit squatteur, donne encore un seul coup de pied, et je te promets que tu le regretteras toute ta vie ! »

Johanna proteste, mais j'étouffe ses paroles en l'attirant à nouveau contre moi et en l'embrassant à pleine bouche. Elle ne met pas longtemps à me répondre avec enthousiasme, tandis que notre futur enfant se tient miraculeusement tranquille.

L'autorité paternelle, il n'y a que ça de vrai.

ooO FIN Ooo