Partie I. 6 : 1000 ans – Guerrier

Bonjour, bonjour ! C'est comme toujours un plaisir de vous retrouver, amis lecteurs. Je suis affreusement désolée d'avoir pris du retard pendant ces vacances ; j'étais un petit peu désorganisée. Et puis il faut que je vous dise, j'entre dans une période de révisions intensives pour préparer des concours, et le rythme de publication va probablement ralentir. Là encore, je vous en demande pardon ! J'espère que ça ne vous dérangera pas trop et que vous resterez fidèles Alors n'attendons pas plus pour commencer ce chapitre. Un grand moment aujourd'hui : Legolas rencontre un nouvel ami

Chapitre 51 : Jour 3

Seul dans la forêt au petit jour, j'attends Medrigor en trépignant presque d'impatience. Ça y est ! J'ai enfin pris ma décision, je vais la mettre en pratique : je vais devenir soldat. Et pour commencer, je vais apprendre à me battre. Pas de lutte grossière ni de vulgaire pugilat, non, mais l'arme la plus gracieuse et la plus digne que les Elfes aient jamais conçue : l'arc. Je ne sais pas encore tirer à l'arc, mais Medrigor va m'apprendre. Et je l'attends.

Je n'ai pas à m'impatienter longtemps, car j'entends bientôt la terre recouverte de feuilles sèches crisser légèrement au pas de Medrigor. Le son m'indique qu'il est lourdement chargé, et de fait, quand il apparaît au détour d'un vieux chêne, je m'aperçois qu'outre un grand arc de bois assorti d'un carquois, il porte sur son dos ce qui ressemble à un mannequin de paille.

— J'arrive ! clame-t-il à mon adresse.

— Veux-tu que je vienne t'aider ?

— Non merci, ça ira.

En effet, Medrigor a plutôt l'air encombré qu'écrasé par le poids de tout ce qu'il porte. Il franchit en quelques pas la distance qui nous sépare, laisse tomber le mannequin, puis dépose le carquois au sol avec plus de précautions. Il se redresse enfin et me sourit d'un air satisfait. Je crois qu'il a été heureusement surpris hier quand je suis venu lui dire que j'avais décidé de faire quelque chose de ma vie, et il a l'air d'avoir aussi hâte que moi de me voir devenir un guerrier émérite.

— Comment vas-tu, ce matin ? J'espère que tu es en forme !

— Tout à fait.

— Alors c'est parfait ! Il ne nous reste plus qu'à commencer. Je t'ai trouvé un arc d'entraînement, m'explique Medrigor, il est un peu rudimentaire, mais ça fera l'affaire.

Je dois avouer que l'arc n'a rien de très brillant ; on dirait plutôt une branche d'arbre un peu tordue qui a reçu quelques coups de couteaux expéditifs pour prendre la bonne forme. La corde n'est qu'à moitié fixée et pend assez lamentablement. Mais c'est mon arc !

— Qu'est-ce que je dois viser ? demandé-je avec exaltation.

— Du calme, du calme, m'arrête Medrigor en souriant. On va y aller tranquillement, d'accord ? Mine de rien, le tir à l'arc ne s'apprend pas en un jour. Pour le début, on ne prendra pas de flèches : allez, prends cet arc et bande-le.

— Pardon ?

— Ça veut dire qu'il faut que tu fixes la corde aux extrémités.

— Oh ... D'accord.

Ce début n'est pas très glorieux, mais tant pis. Dans mes mains, l'arc est étrangement lourd et encombrant, la corde ne cesse de m'échapper des doigts. Voyons, comment la fixer ? L'air un peu penaud, je commence par l'enrouler tout simplement autour d'une des extrémités, mais Medrigor m'arrête.

— Non, pas comme ça : regarde, il faut que tu la mettes dans les encoches qui sont là, tu vois ?

Ah oui, je les vois. Je défais donc la corde, puis je l'installe dans les encoches ; je dois m'y reprendre à deux fois pour que Medrigor estime que je l'ai suffisamment serrée. Il me montre ensuite comment faire un nœud adéquat ; j'essaie de le reproduire, mais mes doigts manquent d'habileté. Quand enfin je parviens à faire un nœud maladroit, Medrigor secoue la tête et m'ordonne de tout refaire, sous prétexte que la corde n'est pas assez tendue. Je m'exécute en soupirant.

Au final, il me faut un bon moment pour bander mon arc, et je sens que je suis bien parti pour finir la journée avec les mains couvertes d'ampoules. Apprendre à me battre semble plus fastidieux que ce que je pensais, mais je ne me décourage pas pour autant. Medrigor, que je commençais justement à trouver un peu trop exigeant à mon goût, me sourit pour me motiver.

— Allez, c'est bien comme ça. Ça va toujours ?

— Ce n'est pas évident, mais bon.

— Ne t'en fais pas, c'est normal, c'est le début. On est tous passés par là.

— Je vais pouvoir tirer, maintenant ?

— Tout à l'heure ; il faut que tu fasses quelques échauffements avant.

Je me retiens de grincer des dents. Des échauffements ! Ça promet de n'être que ennuyeux et fatiguant.

— Qu'est-ce que je dois faire ?

— Commence par faire de grands cercles avec tes bras, et puis diminue leur taille. Sans ça, tu finirais très tôt par avoir mal aux épaules et aux bras.

Il ne manquait plus que le ridicule ... De quoi ai-je l'air, maintenant, à faire ces stupides moulinets dans le vide ? On ne me parlait pas de ça quand je voyais passer des archers. J'espère que tout ça en vaut la peine, au moins. En attendant, je ne peux que suivre docilement les injonctions de Medrigor et continuer à faire mes cercles pendant qu'il teste la souplesse de l'arc. La Soleil monte peu à peu dans le ciel, mais bientôt les nuages viennent la dissimuler à mes yeux.

Je commence – détestable sensation – à transpirer, quand Medrigor consent enfin à mettre fin à mon échauffement. Je laisse retomber les bras, et l'afflux du sang me fait sentir un long bourdonnement désagréable. Lentement, je reprends mon souffle et j'accepte avec joie la gourde d'eau fraîche que Medrigor me tend. Ça donne soif, de ne pas tirer à l'arc !

— C'est très bien. Tu vas pouvoir reprendre l'arc, maintenant.

— Vraiment ? Je n'osais plus l'espérer, dis-je d'un ton un peu ironique.

— Tu verras que tout ce que je t'ai fait faire était nécessaire.

— Je vais installer le mannequin ?

— Rien ne presse : il faut encore qu'on travaille ta position.

Pendant un moment, je crois que Medrigor se moque de moi, mais non ! C'est avec le plus grand naturel qu'il me met l'arc dans les bras et m'indique comment positionner mes pieds, mes bras, mes mains, et ma tête. J'ai du mal à me concentrer pour l'écouter. Quel ennui, tout cela ! Mes muscles maintenant échauffés lancent des fourmillements dans tout mon corps, et la corde de l'arc n'attend que d'être tendue.

Quand enfin Medrigor s'éloigne avec le mannequin pour aller l'installer à quelques pieds de moi, j'ai tant attendu que ça ne m'intéresse plus. Il doit sentir ma lassitude, car le sourire que je vois sur ses lèvres est trop petit et trop crispé pour ne pas être forcé. Il tente encore de m'encourager, mais je le crois au fond aussi dubitatif que moi. Finalement, c'est essentiellement pour en finir plus vite que je prends une flèche dans le carquois, que je soulève l'arc et que je me mets en position de tir.

La flèche me tombe des mains. Je me baisse en grommelant pour la ramasser, je me remets en position, mais elle m'échappe encore. Si elle aussi commence à faire des siennes ..! J'arrive finalement à la prendre en main, et je m'efforce alors de tendre la corde de l'arc, mais la difficulté de l'exercice me prend de court et, quand je lâche la flèche, elle retombe à deux pouces de mes pieds.

— C'est normal, c'est normal, me répète Medrigor. Respire calmement, reprends la flèche et réessaie.

Je voudrais l'y voir ! J'ai bien envie de l'assommer avec ses conseils, mais je me contente de lui répondre par un silence lourd de sous-entendus. Si j'avais su ... Je récupère la flèche, redresse l'arc, tends la corde, et tire à nouveau. Même résultat.

— Maintiens la tension sur ton bras d'arc.

— Mon quoi ?

— Ton bras d'arc, c'est-à-dire celui qui tient l'arc. Ne te recroqueville pas comme ça sur toi-même, prends plus d'espace ... Non, pas comme ça, ton bras dévie trop vers l'extérieur. Allez, courage, tu peux y arriver.

L'arc se fait lourd à mon bras, et mes mains sont de plus en plus douloureuses. J'ai beau m'échiner à suivre les conseils de Medrigor du mieux que je peux, c'est peine perdue, je n'y arrive pas. Ma flèche, que je dois à chaque coup me retenir de briser, retombe invariablement à moins d'un pas de moi, quand elle ne part pas en arrière. Le mannequin me semble une cible aussi lointaine que la Soleil, laquelle sera bientôt sur le point d'achever sa course.

Pour mieux me montrer la manœuvre, Medrigor vient se placer juste derrière moi et corrige directement la position de mes bras. Enfin, j'arrive alors à envoyer la flèche se planter la tête la première un peu plus loin dans le sol que d'habitude. Mais ce n'est pas non plus très encourageant.

— Eh bien tu vois, c'est un début.

— Un début bien piètre, oui. Je n'y arriverai jamais, Medrigor, c'est évident !

— Tu dis n'importe quoi, tout le monde met du temps avant de réussir à tirer convenablement. Croyais-tu vraiment toucher le cœur de la cible dès aujourd'hui ?

Je n'ose lui avouer ma naïveté, et je pars reprendre la flèche sans mot dire.

— La seule différence entre toi et les autres archers, c'est que tu es plus âgé. La plupart des Elfes commencent à apprendre le tir à l'arc dans leur premier ou leur deuxième siècle. Sans vouloir te vexer, c'est presque impensable que tu aies mis tant de temps à t'y mettre.

— Oui, eh bien, personne ne supposait que combattre redeviendrait nécessaire quand j'avais cent ans, si ? dis-je d'un ton énervé.

— Ne t'emporte pas, Legolas, je ne disais pas ça pour te critiquer. C'est juste un fait, voilà tout, tu peux reconnaître que tu commences plus tard que les autres.

— Puisque tu le dis.

— Allez, ne t'en fais pas, ça ira. Tu es prêt à retenter le coup ?

Je hausse les épaules et, après être allé boire une grande rasade d'eau qui n'est plus très fraîche, je reprends mon arc. Comme il est lourd ! Tous les muscles de mes épaules crient au supplice malgré mes échauffements, et je ne peux retenir une grimace. Mais il ne faut pas que j'y attache trop d'importance. J'essaie de me placer comme Medrigor me l'a montré tout à l'heure, je prends une grande respiration pour mieux me concentrer. La flèche part ... et retombe. Plus loin de moi que d'habitude, mais plus près que lorsque Medrigor m'aidait. Je suppose que je devrais y voir un progrès, mais à mes yeux ce n'est qu'un échec de plus. Et je soupire.

— Bon, il commence à faire sombre, finit par déclarer Medrigor. Tu peux reposer ton arc. Range les flèches, s'il te plaît, et va chercher le mannequin pendant que je défais la corde.

Est-ce de paille ou de pierre que cette cible est faite ? Mes bras sont si douloureux que j'ai peine à la soulever, mais ma fierté me défend d'appeler Medrigor. Je rapporte donc le mannequin, puis je regarde l'état de mes mains. Elles sont écarlates, boursouflées de cloques, affreuses. Mes pauvres mains ! Je croise les bras pour ne plus les voir.

— Tu veux bien m'aider à rapporter tout ça ? demande Medrigor en se chargeant du mannequin. Allez, courage mon ami. Tu vas te reposer cette nuit, et ça ira mieux demain.

Demain ? Ne me dites pas qu'on va recommencer !?

En souvenir de toutes les fois où des gens ont tenté de me faire accomplir des performances honnêtes en tennis / natation / rollers / vélo /ski / football / volley /ping-pong / badminton / gymnastique et tant d'autres, bref, en sport.

Eh, qui a dit que Legolas devait devenir le meilleur archer de TdM en un jour ? Rassurez-vous, l'histoire n'est pas finie ...