Petite note : j'ai répondu à ma review de guest pour Miss Devil à la fin du chapitre.

Un peu de blabla d'autrice :

Je suis légèrement en retard, mais voici mon modeste cadeau de Noël, un nouveau chapitre. J'ai pas mal écrit ces derniers temps et les chapitres suivants ont déjà largement pris forme. Je vais essayer d'être plus régulière dans ma publication, tenter de revenir à un chapitre par mois, mais je ne promets pas d'y parvenir.

La tradition voudrait que je vous présente des vœux en rapport avec le calendrier.
Si j'étais Merle, je vous souhaiterais de manger le plus possible de la bouffe chère et riche en protéines animales, de boire comme un trou et de recevoir le plus de cadeaux possible.
Vi, davantage portée sur le politiquement correct, vous dirait juste de passer un bon moment avec ceux que vous aimez, quelle que soit votre religion (ou son absence), et de la façon qui vous rendra le plus heureux.
Quant à moi je me contenterai de vous remercier pour votre soutien (même discret, même muet), et vous souhaiter une belle année 2018.

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Chapitre 53 : Trucs de filles

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Il n'y a pas de lieu plus favorable qu'un lit aux révélations confidentielles entre amis, je ne sais pourquoi.

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« Pas fâchée de me débarrasser de ces horreurs ! »

Kitty retira ses bottes en skaï rouge, et essaya la paire de chaussures de randonnée qu'elle venait de trouver. Elle sourit en constatant qu'elles lui allaient parfaitement.

Le complexe hôtelier proposait également des activités de plein air, golf, randonnée, tyrolienne, ski… et shopping. Pour aller des chambres au restaurant, on traversait un long couloir qui était en fait une galerie marchande, avec des boutiques assez chic, de vêtements surtout. L'une d'elle était un petit magasin de sport, pour des sportifs franchement riches.

« Ah ben voilà, là tu as plus l'air de quelqu'un qui va survivre, déclara Vi.
- Pas sûre que ce soit une question de godasses.
- C'est déjà un bon début.
- Si tu le dis. »

Le second jour au Omni Homestead Resort avait été un peu entaché par la découverte au réveil d'un temps pourri, pluie, froid et vent, qui ne donnait pas très envie de sortir. Qu'à cela ne tienne, Kitty avait eu l'idée de fouiller les boutiques.

Merle avait dédaigneusement repoussé l'offre d'aller faire du shopping. « Trucs de gonzesses », avait-il marmonné. Lui était allé s'occuper d'un vrai boulot de bonhomme, à savoir aller au stand de tir voir s'il restait des trucs à récupérer - car oui, le Omni Homestead avait même un stand de tir. God bless America. Secrètement, il espérait aussi dénicher une de ces petites voiturettes de golf, pour s'éviter de devoir marcher entre l'hôtel et la piscine.

Vi, elle, avait décidé de suivre Kitty pour un moment entre filles. La brune en avait été ravie et touchée. Elle était encore terriblement émue de leur discussion de la veille, et de ce que Vi avait fait pour elle, avec le pistolet et tout. Cette enfant - car elle persistait à la voir comme une sorte d'enfant, d'enfant sauvage en fait - avait un vrai cœur d'or, sa joie de vivre et sa force de caractère étaient contagieuses, elle commençait à comprendre Merle. S'il semblait être plus souvent le moteur du groupe, Vi en était sans conteste le carburant.

Kitty avait envie de passer davantage de temps avec elle, d'apprendre à mieux la connaitre. Elle s'était rendue compte, après avoir beaucoup réfléchi, qu'elle avait envie de rester avec eux. Pas parce qu'elle avait peur d'être seule, mais parce qu'elle les appréciait. Et Merle… et bien, c'était vrai qu'elle avait couché avec lui la première fois sans la moindre attirance, pour s'attribuer ses faveurs. Vi lui avait dit qu'elle n'était pas forcée de continuer à coucher avec, et elle l'avait cru. Mais en y réfléchissant… et bien elle en avait envie quand même. Merle était un super bon coup, étonnamment à la hauteur de sa vantardise, pour une fois qu'un mec l'était, elle n'allait pas se priver. Elle aimait le sexe et ça lui faisait du bien, surtout en ce moment. Donc elle avait décidé de continuer à coucher avec. Ce qu'ils avaient d'ailleurs fait pas plus tard que la nuit dernière, et dans la piscine s'il vous plait. Un sacré moment de jouissance, à se demander si Vi n'avait pas été en mesure de les entendre depuis l'hôtel.

Vi, de son côté, regardait ce matin-là sa nouvelle amie jouer à faire du shopping en pleine fin du monde, et trouvait ça très rafraichissant.
Kitty était une vraie femme, elle, une femme féminine. Vi n'avait pas d'amies comme ça dans sa vie d'avant, de filles qui aimaient faire les boutiques, qui parlaient de mode, de cosmétique, qui assumaient d'aimer des choses très futiles, frivoles. Forcément, en tant qu'électricienne, elle avait peu de collègues femmes, et quand elle sortait avec son frère et leurs potes, garçons ou filles, c'était plutôt pour aller jouer au billard, boire des coups ou partager un ciné. Elle ne s'était jamais maquillé, n'avait jamais acheté de sous-vêtements autre que des culottes en coton toutes simples au supermarché. Elle se fichait d'être séduisante, ce qu'elle voulait c'était être une fille cool, à l'aise, sans prise de tête. Pas celle sur qui les hommes se retournaient, juste celle dont on disait « Vi, c'est vraiment une chouette fille ». Elle mettait les habits qui lui plaisaient à elle, et ne se cassait pas trop la tête pour les choisir. Elle ne portait presque jamais de jupe, encore moins de robes. Ses seules chaussures qui n'étaient pas des chaussures de travail ou des baskets étaient une paire de tongs. Elle était restée une grande gamine qui ne pigeait rien aux jeux de drague, de séduction codifiée, de charme féminin. Quand un garçon lui plaisait, elle lui disait tout simplement, ça donnait lieu éventuellement à une relation sans promesses, sans complications, presque détachée. En matière de sentiments, Vi n'avait jamais éprouvé davantage pour ses partenaires qu'une tendre camaraderie. Elle n'aurait pas beaucoup exagéré en déclarant qu'au fond, les garçons et le sexe ne l'intéressaient pas vraiment.

C'était tout nouveau pour elle de se retrouver à faire les boutiques avec Kitty. C'était amusant. Son ainée était une femme incroyablement épanouie, elle parlait de son corps, de sexe, des hommes, avec gourmandise, franchise, humour, et avec une absence totale de complexes. Elle parlait avec elle comme si elles se connaissaient depuis toujours, comme si elles étaient des amies intimes, elle parlait de trucs de filles, de vêtements, de bijoux, de chaussures, d'elle-même, de Vi aussi. Elle lui posait des questions sur sa vie d'avant, sur ses préférences en matière de garçons, sur son style - comme si Vi avait un style.

Kitty fut très étonnée d'apprendre que Vi était électricienne. Et lorsqu'elle lui raconta qu'elle l'avait imaginée travaillant dans la mode, ou même mannequin, ce fut au tour de Vi d'être stupéfaite.
« Tu aurais fait un malheur dans un défilé ! affirma Kitty.
- Bof, des filles grandes et maigres, y en a plein d'autres.
- Pas avec des cheveux aussi stupéfiants, ni des yeux comme ça.
- J'ai dit ça à Merle une fois, que j'aurais pu faire mannequin, il s'est foutu de ma gueule.
- Nan mais Merle, forcément, tu t'attendais à quoi ? Pour lui le summum du bon goût, c'est un teeshirt avec des loups. »
Vi explosa de rire. C'était méchant, mais tellement vrai.
« En tout cas aujourd'hui, même comme modèle pour une combinaison d'astronaute, personne voudrait de moi, j'ressemble plus à rien.
- Arrête, dis pas ça, t'es super mignonne.
- Non, stop. »
Vi perdit son sourire l'espace d'un moment.
« C'est gentil, mais c'est pas la peine. Je préfère en rire que mentir. Je m'en fiche de pas être attirante. J'en ai pas besoin, j'ai pas l'intention de tenter de séduire qui que ce soit.
- Qui a parlé de ça ? Se sentir belle, c'est d'abord pour soi. Tu n'as pas besoin du regard des autres pour ça, tu peux te trouver belle à ta façon.
- Je me trouve pas belle, de n'importe quelle façon que je me regarde.
- Et si tu commençais par te mettre un peu en valeur ?
- Je ne sais pas faire ça, avoua-t-elle en toute sincérité.
- Et ben moi je sais. »

Elle la guida hors de la boutique de sport jusqu'à un magasin de vêtements. Ça, c'était vraiment un endroit pour habiller les femmes. Les femmes féminines. Tout y était très cher, très élégant, et, du point de vue de la jeune fille, importable.
Vi parcourut les rayonnages avec un petit sourire.
« Ils auraient mieux fait d'appeler ça Collection printemps-été des accoutrements les moins pratiques pour faire face à une attaque de rôdeurs.
- Allez, fais pas ta rabat-joie, y a pas que les rôdeurs dans la vie. »
Kitty semblait vraiment avoir l'intention de lui refaire sa garde-robe ici.
« Si tu trouves un truc là-dedans qui me fera pas ressembler à une girouette sur laquelle une tempête a fait voler des vieux sacs poubelles, je te sacre Reine de la Mode de la Fin du Monde et Personal Shopper des Cas Désespérés.
- Ça sonne bien, je vais me faire faire des cartes de visites.
- En attendant… bon dieu, ces chaussettes sont en cachemire ?
- Les foulards là-bas aussi.
- Ok, si tu me cherches, je suis en train de me rouler dedans. »

Quelques minutes plus tard, Vi avait entassé dans un sac assez d'objets en cachemire pour acheter une voiture d'occasion. Bon sang, il y avait vraiment des gens capables de payer un châle huit cent dollars ? Bon ok, ils étaient assez grands pour s'en faire une petite couverture, mais quand même.
« Pas rouge, intervint Kitty qui venait de débouler les bras plein de fringues.
- Quoi, pas rouge ?
- Ça, précisa-t-elle en désignant le châle qu'elle tenait à la main. Les couleurs vives comme ça, ce sera une catastrophe sur toi, teint de vampire garanti.
- J'ai toujours un teint de vampire.
- C'est pas une raison pour l'aggraver.
- Je dois prendre quoi alors ?
- Des couleurs froides, bleus, verts, prune, mauve, gris, des tons clairs, surtout pas pétants. »
Kitty farfouilla dans le sac et tria impitoyablement.
« Ça oui, ça oui, ça non, celui-là, impeccable, lui, surtout pas, du blanc sur toi : jamais de la vie, ça non plus…
- Il était pour Merle celui-ci.
- Ça vaut pour lui aussi. Personne de sensé ne devrait porter de foulard orange. »
Vi souriait, amusée et fascinée devant le sérieux de son amie.
« Tiens, je t'ai trouvé un truc phénoménal, déclara-t-elle. Ça, ça va être génial sur toi. »
Vi écarquilla les yeux devant ce qui pendait sur le cintre qu'elle lui tendait.
« J'ai jamais porté un machin pareil. »
Et jamais elle ne se serait imaginée le faire non plus.

C'était une longue robe en tissu chatoyant, d'une matière magnifique, peut-être de la soie, mais très épaisse, et doublée sur le revers du vêtement. Les manches étaient longues et amples comme celles d'un kimono et l'ensemble se fermait à l'aide d'une grande ceinture, façon cache-cœur. Le tissu était dans des nuances de verts et de bleus, avec des motifs végétaux sinueux. L'inspiration du vêtement était clairement japonaise, mais en plus moderne.
« On dirait une robe de chambre, s'amusa Vi.
- Une robe de chambre à deux mille dollars, ouais. »
Des femmes pouvaient vraiment acheter ça et le porter normalement ? Ça paraissait trop beau pour être un vêtement, ça ressemblait plus à un costume de théâtre. Elle ne se voyait pas du tout dedans, mais elle ne pouvait s'empêcher d'admirer le vêtement, de caresser le tissu, le contact était terriblement soyeux. Elle était belle, cette robe.
« Allez, essaie-la.
- Arrête, j'vais avoir l'air de rien là-dedans.
- Bien sûr que si, ce truc va être parfait sur une fille grande et très mince. Tu n'as même pas besoin de porter de talons tellement tu es naturellement élancée.
- Ce serait comme être déguisée. »
C'était exactement ça, déguisée. Costumée en une autre Vi. Ce serait amusant ceci dit. Comme avec la robe de mariée.
« Et alors ? Rétorqua Kitty. C'est la fin du monde, tu peux t'habiller comme tu veux. »

Elle ne s'embêta pas à aller dans une cabine, elle changea d'habits devant Kitty, sans se gêner. Elle se retrouva un peu empêtrée dans le tissu au début, la fermeture et les manches très larges étaient compliquées, et elle n'avait pas l'habitude de flotter dans autant de tissu. Mais une fois la robe nouée à la taille, elle était étonnamment confortable. La sensation du tissu précieux sur la peau était délicieuse.
« Alors, comment ça me va ?
- C'est à toi de décider comment ça te va. »
Kitty la prit par les épaules et la fit pivoter vers le miroir.
Vi ne se reconnut pas.

Elle avait exactement la taille pour que le bas du tissu frôle le sol sans y trainer. La robe se portait près du corps au niveau de la ceinture, mettant en valeur sa taille très fine, et s'amplifiait le long des jambes, camouflant leur maigreur. En haut, la fermeture en portefeuille ne laissait pas de décolleté, mais découvrait juste ce qu'il fallait de gorge, de cou et de la naissance des épaules de la jeune fille pour en révéler la finesse. Les manches surdimensionnées donnaient une ampleur somptueuse, presque chorégraphique, à chaque mouvement qu'elle faisait.
La robe était faite pour elle, et elle devenait parfaite dedans.

« Vi, je te présente Vi », déclara Kitty théâtralement.
La jeune fille était perdue dans la contemplation de son reflet.
« Avec un chignon dégageant la nuque, ce sera encore mieux. Alors, je le mets sur mon CV, Reine de la Mode de la Fin du Monde ?
- Carrément.
- Bon, alors tu me laisses te choisir d'autres habits ?
- Si tu veux, mais des vrais trucs, des trucs que je puisse porter dehors, dans lesquels je peux bouger correctement. Et qui se lavent facilement, par pitié.
- À vos ordres, Madame la sportive. À condition que t'enlèves pas ta robe.
- Merle va tellement se payer ma tête.
- Seulement après avoir ramassé sa mâchoire par terre, crois-moi sur parole. »
Vi sourit à son reflet. Elle avait bien envie de passer quelques heures dans cette robe, et dans la peau de cette jolie inconnue.
« Bon ben, adopté. »

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À son retour, Merle était ravi. Le stand de tir s'était révélé une mine d'or. Il était clair que les gens avaient emporté du matériel lors de leur fuite, mais ils en avaient laissé beaucoup derrière eux. Ils ne s'étaient probablement pas doutés que les armes à feu deviendraient si précieuses par la suite.

Il en était revenu avec une caisse remplie de munitions - qu'il avait laissée à l'arrière de la voiturette de golf, par flemme - mais aussi trempé. Les filles n'étaient nulle part, il fit un saut dans la chambre qu'il partageait avec Kitty pour récupérer des habits secs, puis décida d'aller voir chez Vi, peut-être faisait-elle la sieste ? C'est torse-nu et en se frottant les cheveux avec une serviette, qu'il poussa la porte de son amie, sans frapper bien évidemment.

Il tomba nez à nez avec Kitty assise dans un fauteuil. Devant elle, le jeu d'échecs de Susan était prêt pour une nouvelle partie.
« Hey, salut Merle. Tu te joins à nous ? On prend le thé.
- Tu sais jouer aux échecs ? demanda-t-il en enfilant son teeshirt propre.
- Non, Vi va m'apprendre. »

Kitty avait une expression terriblement malicieuse, il le vit immédiatement. Il constata aussi qu'elle avait de nouveaux vêtements. Elle portait une robe noire courte et moulante qui épousait admirablement ses formes. Par dessus, un cardigan rouge soulignait son décolleté hypnotique. Est-ce que c'était pour ça, son sourire ? Parce qu'elle s'était faite encore plus sexy que d'habitude ? En tout cas il appréciait franchement l'initiative.
Il était sur le point de faire une remarque grivoise, lorsque soudain…
« Kit', tu prends du sucre avec ton… »
Vi s'était figée, la théière à la main, en entrant dans la pièce, en voyant la tête que Merle faisait.
Et Merle avait fait cette tête en la voyant elle.

« Pas de sucre, merci », répondit Kitty.
Merle retrouva sa voix et se tourna vers elle.
« Première question : qu'est-ce que t'as fichu de Vi ? Deuxième question : c'est qui cette fille superbe ? »
La brune éclata franchement de rire.

Il n'aurait jamais imaginé que son vilain petit canard préféré pouvait se déguiser en cygne pareil. La seule autre fois où il l'avait vue dans des vrais vêtements de femme, à part pour leur mariage, c'était lors de la soirée au lac avec Susan. Mais sa robe rouge ne lui allait pas, elle était émouvante et mignonne dedans, ça c'était indéniable, mais là ça n'avait rien à voir, là elle était belle, pas attendrissante ou un peu jolie, juste belle.

Bon Dieu, la fin du monde entouré de femmes, c'est bon, il signait des deux mains. Métaphoriquement.

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Le repas de midi fut superbe. Vi cuisina un truc époustouflant, des gnocchis frais, qu'elle avait faits elle-même, accompagnés d'une sauce brune à tomber par terre, avec les restes du lapin de la veille. Elle avait cuit du pain aussi. Du vrai pain maison, doré, croustillant, avec une mie moelleuse à l'intérieur. Ça faisait des mois qu'aucun des trois n'avait mangé de pain. Vi avait fait une tapenade artichaut-tomate-mascarpone pour tartiner dessus. Enfin, du yaourt de soja remplaçait le mascarpone, mais selon elle c'était quasiment pareil.

C'était sincèrement le meilleur repas qu'elle avait jamais cuisiné depuis le début.

Pas mal de vin délicieux fut bu pour l'occasion, Vi se limita à un seul verre, mais Merle sortit de table avec du plomb dans l'aile, tout à fait de bonne humeur, et plutôt émoustillé par le décolleté de Kitty, qui lui avait fait face durant tout le repas. Il se rendit compte que Vi s'était esquivée sans rien dire.

Merle et Kitty tentèrent une sieste digestive qui se termina comme on pouvait s'y attendre.

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La pluie avait cessé, le soleil revenait pour une belle fin d'après-midi. Kitty était partie profiter de la piscine seule, Merle, lui, commençait à se demander où avait disparu sa Brindille. Pas qu'il s'inquiétait mais bon, il aimait mieux savoir où elle était.

Il finit par la trouver dehors, venant à sa rencontre à travers la vaste pelouse centrale du complexe. Elle avait troqué sa superbe robe contre ses habits normaux, jean sale, chemise et pull. Un châle en laine bleu pâle venait nouvellement compléter sa tenue.
« T'étais passée où ?
- Oh, par là-haut, vers le club pour enfants. J'ai lu sur le plan qu'ils avaient le poste de secours là-bas, je voulais jeter un œil à la pharmacie.
- Il te manque quelque chose ?
- Nan, rien de précis, c'était juste pour voir s'il y avait des trucs intéressants à récupérer, on sait jamais.
- Et alors ?
- Bof, pas grand chose, des trucs de base, la bobologie. Ils ne sont pas vraiment habilités à délivrer de vrais médicaments, mais je m'en doutais un peu.
- Mouais.
- Par contre, y a un truc de parapharmacie dans la galerie, ils ont des machins qui ont l'air vraiment cool pour la peau, des crèmes bio, tout ça. Je suis en train d'en tester une pour l'eczéma, avec de l'aloé vera, et on dirait que ça marche bien, ça gratte beaucoup moins.
- Bonne nouvelle. »

Ils continuèrent à se promener au pif dans le domaine, discutant de tout et de rien. Il y avait un second restaurant dans le bâtiment central, Merle voulait le visiter parce qu'il avait lu qu'il y avait un bar. L'endroit était superbe, chaleureux, feutré, avec des fauteuils en cuir, des murs lambrissés en bois, des tapis élégants, et un choix de roi en matière d'alcool. Ils se lancèrent dans une dégustation de whiskies et Vi improvisa des toasts pour aller avec.

« Tu vas bien en ce moment ? finit-elle par demander.
- Pourquoi j'irais pas bien ? »
Elle haussa les épaules.
« Et d'abord c'est quoi cette question ? Pourquoi tu m'demandes ça ?
- Ça va peut-être t'étonner, mais figure-toi qu'en tant qu'amie, je me soucie de ton bien-être, rétorqua-t-elle.
- Ah oui ?
- Et ouais, c'est fou, hein ?
- Plutôt inhabituel je dois dire », dit-il en faisant tourner son tourbé vingt ans d'âge au fond de son verre.
Il prit le temps d'en savourer une petite gorgée avant de répondre.
« Et ben, je vais bien, rassurée ?
- T'en es où avec ton petit bras et Kitty, depuis la dernière fois ?
- Oh, ça ? » C'était Vi, il pouvait être sincère. « Ça continue à poser problème, un peu.
- Problème ?
- Pas pour elle, mais pour moi. J'sais qu'je suis pas à la hauteur.
- Quoi ? C'est quoi ces conneries ?
- Allez, Brindille, tu sais très bien de quoi j'veux parler. J'me sens diminué, c'est frustrant. Faut deux mains pour faire ces trucs-là. Quelle gonzesse serait satisfaite d'un mec qui peut faire que la moitié du boulot ?
- La moitié ? Te fous pas d'ma gueule, Merle. J'ai vu comment t'utilises ta main, j't'ai vu t'rouler une clope, sortir une allumette de la boite, la gratter et allumer la clope en moins de vingt secondes, et en utilisant rien d'autre que tes cinq doigts. Ce que les mecs normaux font avec deux mains, t'es capable de l'faire avec une seule. J'appelle pas ça faire la moitié du boulot, moi, j'appelle ça faire le boulot deux fois mieux ! Quelle gonzesse serait satisfaite de se faire tripoter par la main gauche la plus habile de tous les temps ? Mais toutes, bordel ! »
Il ne put s'empêcher de rigoler.
« Tu dis ça comme si ça sentait l'vécu, pourtant j't'ai jamais tripotée.
- Non, mais tu m'as massée, rétorqua-t-elle, je sais donc parfaitement de quoi je parle.
- C'était si bien qu'ça ?
- Sur une échelle de un à dix ?
- Oui ?
- Quatre-vingt-douze.
- Wah. Flatteur.
- Plus sérieusement… je pense que si Kitty appréciait pas ce que tu lui fais, elle ne s'embêterait pas à coucher avec toi.
- Tu marques un point.
- Et donc ?
- Et donc elle est plutôt ravie pour l'instant, admit-il. En tout cas elle se plaint pas. »
Il vit le petit sourire de son amie.
« Quoi ? Elle t'a fait des confidences ? Des secrets entre filles, c'est ça, hein ? Allez, crache le morceau, s'amusa-t-il.
- Aaaah, c'est secret, minauda-t-elle.
- Ouais, ouais, c'est ça. C'est toujours pareil, quand une nana goûte à mon charme, elle peut pas s'empêcher d's'en vanter après. Ma réputation me précède.
- Le seul qui se vante, ici, c'est toi ! s'esclaffa Vi.
- Pas de fausse modestie, c'est ce que j'ai toujours dit. Hey, je t'ai déjà raconté quand j'ai rencontré une Vietnamienne au bowling ? »

Vi se resservit un fond de cet excellent Islay qui lui montait déjà à la tête, et, posant son coude sur le bras de son fauteuil, la joue contre sa main, écouta avec un intérêt amusé l'énième anecdote grivoise de Merle, lequel ne bouda pas son plaisir.

À partir du moment où il s'était dit qu'il n'allait jamais coucher avec Vi, paradoxalement, le sexe était devenu un sujet de conversation beaucoup plus détendu entre eux.
Enfin, de conversation… disons plutôt que lui parlait en long, en large, en travers et en profondeur de sa vie sexuelle, et qu'elle écoutait malicieusement en essayant de démêler le vrai du faux.
Ce n'était même pas pour se vendre ou se vanter, il lui avait raconté ses moments de virilité les plus flamboyants, mais aussi ses ratés les plus pathétiques.
Les histoires qu'on ne devrait absolument jamais raconter à personne et qui avaient abouti à des actes sexuels qui l'enverraient certainement en Enfer si Dieu existait.
L'histoire de la voisine mariée et de la sauce tomate.
L'histoire de la fille dont le téléphone portable pouvait filmer, et l'usage, disons, particulier, qu'elle aimait en faire.
L'histoire de la femme de vingt ans de plus que lui – un de ses souvenirs les plus émus de l'adolescence.
L'histoire de la nana superbement gaulée, qui, hem… n'était en fait pas vraiment une nana. Enfin, pas durant les vingt premières années de sa vie, selon elle. Enfin, selon lui. Enfin… oh, et puis merde, il avait pris son pied comme jamais.
Même l'histoire qui lui avait valu d'être fiché comme délinquant sexuel – celle-là, elle avait fait tellement rire Vi qu'elle avait dû s'asseoir pour reprendre son souffle.

Deux heures plus tard, Kitty, qui commençait à s'inquiéter, vit revenir les deux compères bras dessus bras dessous, copieusement ivres, avec une grosse caisse remplie de bouteilles de whiskies entamées - les grandes gagnantes de la séance de dégustation.

Exceptionnellement, ce fut Kitty qui cuisina ce soir-là, parce que Vi, qui n'avait plus l'habitude de boire, se retrouva malade et fila au lit avant neuf heures, avec un mal de ventre intense. Merle et la brune se retrouvèrent à boire du whisky à table, et ne tardèrent pas à être tous deux complètement bourrés. Le reste de la soirée et de la nuit fut assez flou, mais plutôt réjouissant.

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Quand Merle se réveilla le lendemain, en plus de faire les frais d'une sale gueule de bois, il se rendit compte qu'il n'était pas dans la même chambre que le jour précédent, et qu'il était nu et seul, avec ses habits éparpillés dans tous les coins. Il y avait des chandeliers vides un peu partout et de la cire de bougie avait coulé sur les meubles et la moquette. Des bouteilles et des verres vides trainaient par terre. Encore heureux qu'ils aient pas foutu le feu. Il sursauta en se voyant dans le miroir de la salle de bain. Son dos et ses épaules étaient couverts de griffures et son cou noirci de suçons comme si un vampire s'était acharné sur lui.

Kitty, qu'il retrouva dans le restaurant, semblait en meilleure forme. Elle l'accueillit avec un baiser sur la joue et une tape sur le cul. Il ne se souvenait plus trop ce qu'il lui avait fait, mais de toute évidence, elle avait sacrément apprécié. C'était tout lui ça, l'alcool le transformait toujours en grand romantique.

Vi fit son apparition beaucoup plus tard, presque à midi. Elle avait remis sa robe japonaise spectaculaire, mais son aspect physique à elle n'avait plus grand chose de somptueux.

« Ça va pas mieux depuis hier soir ? »
Ce n'était pas vraiment une question. Merle pouvait deviner juste à son expression, et à sa posture, crispée, légèrement penchée, qu'elle avait toujours mal.
« C'est pire, souffla-t-elle.
- Tu veux t'asseoir, manger un truc ?
- Oh, pitié, non, pas ça. »
Rien que l'idée de manger semblait douloureuse.
« Tu préfères pas retourner t'allonger ?
- J'crois qu'oui, avoua-t-elle. Mais si t'as besoin de moi pour…
- Pour rien du tout, coupa Merle. Tu t'fous d'moi ? T'es blanche comme un drap et t'arrives même pas à t'tenir droite. T'es bonne à rien c'matin, va t'recoucher.
- Ok, merci.
- Ouais, ouais, de rien, allez file.
- J'me prépare une bouillotte d'abord.
- Laisse tomber, c'est moi qui m'en occupe. »
Elle se doutait bien que pour Merle, s'en occuper signifiait en réalité ordonner à Kitty de le faire à sa place. Mais ça restait une gentille attention.
« Merci, t'es une crème. »

Un quart d'heure plus tard, il se pointa dans sa chambre, avec la bouillotte promise. C'était vraiment la classe, cet endroit, ils avaient même des bouillottes. Celle qu'il apportait était dans un sac en tissu brodé avec le monogramme de l'hôtel. Ces riches, ils savaient vivre, quand même. C'était autre chose que foutre de l'eau chaude dans une bouteille en plastique et la rouler dans une serviette, ce que Vi faisait en temps normal.

Elle s'était allongé sur le lit sans retirer sa robe. La pièce baignait dans une semi-pénombre, et, il fallait l'admettre, une légère odeur de vomi. Merle s'assit au bord du lit discrètement. Vi avait sa tête des très mauvais jours, livide, les paupières et ses cernes presque aussi sombres que ses propres suçons dans le cou.

Au début, Merle se sentait un peu coupable de l'avoir incitée à boire autant, mais là, son état n'avait rien à voir avec une gueule de bois normale. Mais ça, c'était pas le whisky écossais, c'était les bon vieux copains Churg et Strauss qui revenaient faire un petit coucou. Et ils revenaient un peu trop souvent à son goût, ces deux-là.

Depuis le temps, Merle avait appris instinctivement à sentir, à travers des petits signes, que son amie était vraiment fatiguée et avait besoin d'une pause.
Quand elle remettait sans arrêt ses mèches de cheveux derrière ses oreilles, qu'elle tirait sur les manches de son pull pour s'en couvrir les doigts, qu'elle se tenait moins droite que d'habitude et que son regard se perdait dans le vague. Elle ne cessait jamais de se marrer, de sourire, de balancer des blagues, ni d'être énergique et volontaire. Mais maintenant, il savait dire si elle bluffait ou pas.
Et il savait quand il était temps de la laisser un peu respirer, de faire un petit effort de sympathie, notamment en ne se disputant pas avec elle, même si elle lui tendait des perches pour. Le caractère de Vi se dégradait souvent en même temps que sa santé, plus elle se sentait mal, plus son humour devenait noir, affuté, agressif même. Merle faisait l'effort de prendre sur lui, parce qu'il savait très bien qu'elle réagissait comme ça parce qu'elle était fatiguée, parce qu'elle avait mal. Parce qu'elle était angoissée, aussi.

« Hey… salut, Capitaine, fit-elle d'une petite voix, ouvrant les yeux.
- Salut, marin d'eau douce. T'as dormi, un peu, depuis hier ? »
Elle fit non de la tête. C'était un grand classique, épuisée mais incapable de s'endormir à cause de la douleur. Ça et ne pas pouvoir garder quoi que ce soit dans l'estomac.
Mate-moi un peu cette bouillotte de luxe. J'suis sûr que la reine d'Angleterre en a une pareille. »
Le trait d'humour tomba un peu à plat, mais Vi fit disparaître la bouillotte dans les replis de sa robe avec un soulagement visible.
« Merci.
- Ben de rien, j'espère que ça va te faire un peu du bien.
- Moi aussi, j'ai vraiment super mal.
- Plus que d'habitude ?
- Ouais.
- T'as déjà eu ça avant ? »
Vi fit un autre non de la tête.
« Ça, c'est le pire… quand je comprends pas ce qui se passe.
- T'as mal à l'estomac ?
- J'en sais rien. J'sais même pas d'où ça vient.
- T'as la gerbe?
- Nan, j'ai mal, c'est tout.
- Où exactement ?
- Juste là, fit elle en posa un doigt dessus.
- C'est pas l'estomac, là.
- Quoi, alors ?
- J'sais pas, la rate ?
- Bordel de merde, y a pas une seule partie de mon corps qui me fera pas chier, saloperie. Je sais même pas à quoi ça sert, la rate.
- Moi non plus. »

Une fois de plus, il était impuissant et ne savait pas quoi faire pour la soulager. Comme d'habitude, tout ce qu'il pouvait faire, c'était des clopinettes, mais il allait le faire quand même.
« J'reste un peu, qu'est-ce que t'en dis ? » proposa-t-il.
Elle eut un petit hochement de tête. Evidemment, devina-t-il, c'était ce qu'elle espérait, sans avoir osé le demander. Il n'était pas stupide au point de s'imaginer qu'il allait la soulager magiquement avec un gros câlin, elle non plus d'ailleurs, mais c'était une réaction instinctive. C'était sa façon de la rassurer, de la soutenir. C'était son boulot, et c'était important.

Il déplia la couverture qui se trouvait au pied du lit. Lui aurait trop chaud, c'était sûr, mais elle serait probablement mieux. Elle était allongée recroquevillée sur le côté, lui tournant le dos. Il vint se caler contre elle et glissa son bras autour.
« Pardon, j'ai mal si je bouge, se justifia-t-elle.
- Pas de souci, reste comme tu préfères. »

C'était son bras gauche qu'il avait passé par dessus sa taille, il en profita pour le replier contre sa poitrine, l'enlaçant complètement, appuyant sa paume contre son front, ses doigts terminant parmi ses cheveux, caressant son crâne à travers les boucles. Ce genre de mouvement répétitif parvenait parfois à l'endormir, surtout lorsqu'elle était fatiguée comme ça. Visiblement, elle appréciait, car elle remua un peu, blottissant son dos contre lui, se roulant un peu plus en boule.
« T'es bien, là ? Mon bras te gêne pas ?
- Si on fait exception de mon corps qui essaie de me tuer, je passe un merveilleux moment avec un type adorable.
- En tout cas, si c'est ta rate, on pourra dire… qu'elle t'a pas raté.
- C'est ta blague qui est ratée, Merle.
- Tu peux l'appeler Jack Sparrow, ta rate, tu sais pourquoi ?
- Je sais pas si je veux savoir.
- Parce que c'est la pire rate.

- Pire rate, pirate. T'as pigé ?
- Va-t'en. Hors de ma vue. Je veux plus jamais te voir.
- Hey, t'as souri. J't'ai vu, t'as souri. Ça veut dire que c'était drôle.
- Merle, tu me donnes le cancer. »

N'empêche qu'elle souriait.

Elle n'allait pas bouger de là pendant un bon moment, et lui, avec son reste de gueule de bois, était mûr pour une sieste. Ça faisait longtemps qu'ils n'avaient pas fait ça, dormir l'un contre l'autre, comme avant. Lorsqu'il avait passé son bras autour d'elle, la sensation du corps de Vi contre le sien l'avait presque fait sursauter. Il ne se souvenait plus qu'elle était efflanquée à ce point. Pourtant, il avait vu la veille à la piscine à quoi elle ressemblait. Mais le sentir, avoir ses omoplates qui pointaient contre son torse comme deux bouts de bois, c'était autre chose. La comparaison de ce corps avec celui, opulent et plein de largesses, de Kitty, qu'il avait vue nue si souvent ces derniers jours, était terriblement cruelle.

C'était étrange de dormir avec quelqu'un d'autre que Vi. Mine de rien, il s'y était attaché, à sa grande maigrichonne, et même si elle était gaulée comme un vélo, il aimait bien l'avoir contre lui, la sentir dans ses bras la nuit, dormir bercé par sa respiration bizarre. Il s'était tellement habitué à elle que la présence de l'autre en devenait perturbante.
Lors de la nuit précédente, leur première à l'hôtel, il s'était réveillé peu avant l'aube et il avait eu un bref moment de confusion et d'anxiété, presque de panique, encore à la lisière du sommeil, en devinant quelqu'un près de lui mais en n'entendant pas son souffle. L'espace d'une seconde, il avait été glacé de trouille à l'idée que son amie avait cessé de respirer, juste avant de se réveiller tout à fait et de se souvenir que ce n'était pas elle, et que Kitty respirait normalement, pas bruyamment comme le faisait Vi.
Il avait été si troublé qu'il n'était pas parvenu à se rendormir. Il savait que c'était stupide, mais il n'avait pas pu résister au besoin de se lever et d'aller voir si Vi respirait, si elle dormait bien. Il avait poussé silencieusement la porte de sa chambre et depuis le seuil, devinant sa silhouette dans l'obscurité, était resté un petit moment à la regarder et l'entendre respirer. Après avoir refermé la porte, il était resté là un moment, le front appuyé contre le bois, perdu dans ses pensées, se sentant à la fois confus et idiot.

Et maintenant qu'il était allongé sur son lit, la serrant contre lui, envahi de sa présence, de son odeur, il se rendit compte qu'il se sentait bien, vraiment bien. Il se traita mentalement d'âne et d'emmerdeur. Il fallait toujours qu'il se complique la vie quand il s'agissait de gonzesses. Il n'avait pas envie de dormir avec la fille qu'il baisait, par contre il avait envie de dormir en tenant dans ses bras celle avec qui il ne baisait pas : qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez lui, bon Dieu ?

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Plus tard, sans pouvoir dire combien de temps s'était écoulé, Merle émergea du sommeil, incapable de déterminer ce qui l'avait réveillé. Puis il se rendit compte que c'était parce qu'il crevait de chaud. Vi avait un peu bougé, le coussin s'était barré et c'était le bras droit de Merle qui lui servait d'oreiller. C'était ça qui irradiait de chaleur, sa joue posée sur sa peau, et aussi son dos plaqué contre lui. Elle était brûlante.

Il se redressa et retira son bras doucement. Elle dormait mais était trempée de sueur, les sourcils noués, la respiration rapide, saccadée. Sa robe trop épaisse était devenue une éponge humide. Il dénoua la ceinture et lui retira. À moitié réveillée, elle protesta mollement. Il récupéra un teeshirt propre dans ses affaires et lui fit enfiler, avant de l'aider à s'installer dans le lit, au sec. Elle avait toujours mal au ventre, mais moins qu'avant. Il y avait des antidouleurs sur la table de nuit, mais rien pour la fièvre, et pas d'eau.

« J'vais t'chercher à boire et des cachetons, je reviens tout de suite. » Et aussi une nouvelle bouillotte, ajouta-t-il mentalement, ses pieds étaient gelés.

Quelques minutes après, il farfouillait dans le coffre de la voiture à la recherche du sac qui servait de pharmacie, en pestant contre Vi et sa manie de tout ranger n'importe comment. Et d'abord, pourquoi est-ce qu'elle gardait tout ça dans la bagnole au lieu de l'avoir sous la main ? Elle faisait vraiment tout pour lui compliquer la vie, cette foutue gamine. Bien entendu, la soi-disant trousse à pharmacie était une besace remplie jusqu'à la gueule de boites, de flacons et de plaquettes de cachets en vrac. Excédé, Merle finit par la retourner à l'envers, faisant tout dégringoler sur le plancher du coffre. C'est là qu'il la vit. La boite rectangulaire plus grosse que toutes les autres, trônant en plein milieu. Souvent les médicaments portaient des noms à coucher dehors, c'était impossible de savoir à quoi ils pouvaient bien servir sans déchiffrer la notice, et encore, à condition d'être un Champollion de la notice médicale. Mais avec ce truc, pas de souci. C'était écrit un énorme dessus.

« Bordel de putain d'merde », souffla-t-il.

C'était un test de grossesse.

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Lorsqu'il revint dans la chambre, il fit comme s'il ne s'était rien passé. Vi le remercia pour l'eau et la bouillotte neuve, et s'empressa d'avaler un cachet pour la fièvre et un antidouleur. Après quoi elle se remit dans le lit.
« T'es pas forcé de rester là tu sais, je vais dormir.
- T'es sûre ?
- Oui, c'est vraiment gentil d'être resté, mais t'as pas que ça à faire. »
En vérité ça l'arrangeait bien de se barrer, parce que là il avait la cervelle en ébullition, et vraiment besoin de s'isoler pour réfléchir.

Une fois hors de la chambre, il marcha comme un somnambule jusqu'à son propre lit, où il s'affala comme si le monde venait de lui tomber dessus.
Vi enceinte, putain de merde !
Elle ne pouvait pas être enceinte, bordel, c'était juste une gamine ! Enceinte de qui, pour commencer ? Hein ?

Est-ce que c'était seulement possible ?

Il se creusa la cervelle. Qu'est-ce qu'il connaissait des femmes enceintes ? Pas grand-chose, à part ce que tout le monde savait : elles dégueulaient sans arrêt, elles dormaient beaucoup parce qu'elles étaient tout le temps crevées, elles se sentaient souvent patraques, elles… oh, bordel de putain d'merde, Vi était peut-être bien vraiment enceinte !

Depuis combien de temps est-ce qu'ils se connaissaient ? Plusieurs semaines… elle aurait dû avoir ses règles au moins une fois. Mais il avait beau fouiller dans ses souvenirs, il n'avait rien remarqué. Peut-être qu'elle avait été très discrète, mais probablement aussi qu'elle ne les avait pas eues du tout. Il n'y avait jamais eu de machins pour ça dans leurs affaires, de tampons ou quoi, il l'aurait remarqué, elle rangeait tout tellement n'importe comment, avec tous leurs produits d'hygiène au même endroit, il aurait forcément dû tomber dessus. Elle n'aurait eu aucune raison de les cacher. Et puis il n'était pas né de la dernière pluie, il avait vécu avec assez de nanas pour savoir quand une femme avait les Anglais qui débarquent. Et Vi les avait pas eu.

Bien évidemment, ça ne pouvait pas être une grossesse désirée, même elle n'était pas inconsciente à ce point.
Elle lui avait dit qu'elle avait fait des mauvaises rencontres, mais elle n'était jamais entrée dans les détails. Une fille fragile comme elle, toute seule, sans arme à feu… il pouvait lui arriver n'importe quoi. Quand elle s'était fait attraper par ces gars, sur la route, la nuit où ils s'étaient retrouvés dans l'arbre, ils avaient eu l'intention de la violer. Cette fois-ci, ils n'en avaient pas eu le temps… mais ça avait pu se produire, avant qu'elle ne le rencontre.
Est-ce que c'était ça ? Est-ce que quelqu'un l'avait violée et mise enceinte ?
Peut-être que c'était pour ça qu'elle avait réagi si mal ce fameux jour où il avait tenté de coucher avec elle et poussé la plaisanterie trop loin. Et peut-être que c'était pour ça qu'ils n'avaient jamais eu de relations sexuelles, que leurs contacts physiques étaient toujours restés platoniques. Parce que même si elle avait confiance en lui au point de le laisser la toucher, et même la tenir dans ses bras, le sexe la dégoûtait.
Pourquoi est-ce qu'elle ne lui avait rien dit ? Ils avaient plaisanté tellement de fois à propos de cul, elle avait l'air à l'aise avec ça, est-ce qu'elle faisait semblant ? Peut-être qu'en fait ça lui faisait du mal, ça lui rappelait des trucs douloureux, et lui il n'avait jamais fait attention parce qu'il était un gros con handicapé de l'empathie.
Pourquoi est-ce qu'elle avait caché sa grossesse comme ça ? Parce qu'elle en avait honte ? Elle avait peur de sa réaction s'il l'apprenait ? Il se sentait mal à l'idée qu'elle n'ait pas osé se confier à lui, qu'elle ait gardé pour elle un tel secret. C'était son amie, s'il l'avait su, il n'aurait pas mal réagi, au contraire, il l'aurait soutenu, il aurait été là pour elle, pour l'aider.
Elle savait qu'elle pouvait compter sur lui, qu'elle pouvait toujours lui parler de ce qui n'allait pas. Elle le savait, non ? Peut-être bien que non en définitive.

Son cerveau rembobina le film des dernières semaines en retour rapide, et il se repassa mentalement tous les moments hardcore que Vi avait traversé, les mauvais traitements qu'elle avait subis malgré elle. Les coups dans les côtes donnés par Hermès, l'accident de moto, la pneumonie… bordel, elle s'était retrouvée à quatre mètres d'une grenade en train de péter. Et tout ça alors qu'elle était enceinte ?
Rien qu'y penser le rendait fou.

Il était déjà en train de s'imaginer cent scénarios plus épouvantables les uns que les autres. Vi faisant une fausse-couche, là, au beau milieu de nulle part, avec des rôdeurs partout et lui forcé de gérer ça. Ou pire encore, Vi d'ici quelques mois, au bout du rouleau, mourant en couches en lui laissant un bébé trop minuscule et mal fichu pour survivre. Ou l'inverse, Vi inconsolable après la mort de son enfant, ayant perdu le seul espoir de famille qui lui restait, la seule chose qui aurait pu la remettre un peu sur les rails.

Ok, ok, stop, il était en train de partir en vrille, là, il s'imaginait déjà n'importe quoi, mais elle n'était peut-être pas enceinte. Après tout, le test de grossesse était juste là, pas utilisé, ça ne voulait rien dire en soi.

Ah ouais, et pourquoi elle a ça dans ses affaires alors, gros malin ?

Ben, il pourrait y avoir des tas d'autres raisons. Déjà, Vi avait tendance à rafler tout ce qu'elle trouvait en pharmacie, même des trucs inutiles. Et puis peut-être qu'elle s'est dit que ça serait éventuellement utile plus tard, si jamais elle avait des relations sexuelles, consenties ou non. Une précaution, voilà. Dans sa trousse à pharmacie, elle avait même du viagra, si ça c'était pas idiot, alors un test ne l'était pas plus.

.

Quelques heures plus tard, Vi se leva et rejoignit le monde des vivants, reposée et ravigorée. Plaisantant sur le fait que sa belle robe était réduite à l'état de serpillère. Comme si de rien n'était. Kitty entama une discussion sur la meilleure façon de laver un tissu aussi délicat, à la main et à une certaine température.

Merle avait l'impression qu'il allait exploser. Tout le monde le prenait pour un con en faisant semblant que tout était normal. Kitty avait bien pigé que Vi avait un grave problème de santé, mais agissait comme s'il n'existait pas. Et Vi qui lui cachait peut-être un truc énorme… elles le prenaient vraiment pour un con, toutes les deux, chacune à sa façon, foutues gonzesses, que des problèmes avec elles.

Il avait beaucoup trop de mal à dissimuler sa mauvaise humeur, et bien évidemment ce qui devait arriver arriva, il se disputa avec Vi pour un prétexte totalement stupide, jusqu'à ce qu'ils en viennent à se hurler dessus devant une Kitty tétanisée, avant que Vi ne parte furibarde, juste après lui avoir souhaité de mourir seul et aigri comme le vieux connard imbuvable qu'il était.
Sans surprise, Kitty s'esquiva rapidement et il se retrouva effectivement seul à fulminer contre le monde entier.

Le soir, il parvint à se réconcilier avec une Vi calmée et d'excellente humeur - elle avait eu la bonne idée d'aller diluer son courroux dans l'eau chaude de la piscine, accompagnée de Kitty. Décidément, ceux deux-là devenaient copines comme cochonnes - même si techniquement une seule des deux l'était, cochonne. Mais ça ne calma pas son inquiétude, il en était presque à imaginer que c'était fait exprès, une conspiration de femmes contre lui. Si ça se trouve, les deux savaient, et parlaient dans son dos, parlaient de lui évidemment, complotaient.
Ou bien il était en train de devenir complètement con et paranoïaque, ce qui était fort possible.

Pour se rassurer, Merle retourna en douce dans les affaires de son amie juste avant le repas du soir, pendant qu'elle cuisinait. Et constata que le test de grossesse avait disparu.
Donc elle l'avait utilisé.
Donc elle était enceinte.
C'était une catastrophe.

À partir de ce moment, Merle ne pensa plus qu'à ça. Il scrutait l'expression de Vi en permanence, y cherchant tout et rien. S'il la voyait souriante, il s'offusquait qu'elle puisse trouver le culot de rire dans sa situation, et si elle semblait sombre, il se disait que c'était forcément parce qu'elle y pensait aussi. Stupidement, il regardait son ventre. C'était idiot, qu'est-ce qu'il s'imaginait, qu'il aurait grossi en l'espace de deux jours ? Elle était plate comme une sole, aucun doute là dessus. Oui, mais si elle n'était qu'au début de sa grossesse, ça se pouvait non ? Et puis elle était tellement malade, aucune chance qu'un fœtus se développe correctement là-dedans.

Il devenait obsédé, surveillant chacun de ses gestes. Pourquoi est-ce qu'elle continuait à fumer autant ? Quelle andouille irresponsable !
Il fallait qu'ils en parlent. Il avait beau retourner le problème dans tous les sens, il en revenait toujours à ça. Ça ne pouvait pas durer, elle ne pouvait pas continuer à lui cacher ça plus longtemps, il fallait qu'il lui dise qu'il savait, qu'ils en discutent calmement, comme des adultes.
Oui, mais comment ? Il n'avait jamais été doué pour amorcer la conversation sur des sujets graves. Et pourtant, il devait trouver un moyen.
Et s'il en parlait d'abord à Kitty ? Une femme, peut-être qu'elle serait de bon conseil ? Il repoussa immédiatement cette idée. C'était l'intimité de Vi, ça devait être juste entre elle et lui.

Alors qu'il se tourmentait l'esprit, il vit justement passer l'objet de ses inquiétudes devant lui. Vi venait depuis la cuisine en portant un gros carton, probablement rempli de provisions. Il se précipita.

« Donne.
- Hein ? Mais qu'est-ce qu…
- Donne, bordel. Porte pas ça, c'est trop lourd. »
Elle lui lança un regard effaré.
« Trop lourd ? Et les cinquante autres fois où tu m'as vu porter une caisse ?
- Ouais, et ben, j'm'en tape de ces fois-là, ce coup-ci c'est moi qui la porte.
- Et en quel honneur, j'te prie ?
- Fais pas chier, merde, j'fais ça pour t'aider. Dans ton état…
- Mon état ? Tu m'prends pour qui, espèce de connard ? Une grabataire ?
- Putain d'abrutie, tu vas m'donner cette connerie d'caisse, oui ou merde ? »
Vi lui lança un regard furibond, et lui lâcha la caisse sur les pieds.
« Merci d'ton aide, enculé », cracha-t-elle en tournant les talons, ignorant ses cris furieux.

.

La nuit était tombée depuis très longtemps. Merle était allongé dans son lit, les yeux ouverts dans l'obscurité. À côté de lui, Kitty dormait paisiblement, lui tournant le dos. Pour la première fois, il avait repoussé ses avances ce soir-là. Et ça faisait des heures qu'il ne parvenait pas à trouver le sommeil.

Deux disputes en l'espace d'une journée, c'était beaucoup, même pour lui et Vi. Et les deux fois, c'était de sa faute. Ça ne pouvait pas continuer comme ça. Ils avaient plus important à s'occuper que des engueulades puériles.
Ayant pris sa décision, Merle se redressa d'un coup dans le lit et récupéra ses habits, presque rageusement.
Kitty se réveilla lorsqu'il alluma la lumière.
« Où tu vas ? s'étonna-t-elle d'une voix pâteuse.
- Voir Vi.
- En plein milieu de la nuit ?
- C'est pas tes oignons.
- Encore heureux », marmonna-t-elle en se retournant.

C'est seulement dans le couloir qu'il se sentit un peu idiot. Il allait vraiment la tirer du lit pour ça ? Oui, et tant pis pour elle, décida-t-il. C'était maintenant ou jamais.
Mais Vi n'était pas dans sa chambre. Elle ne semblait pas s'être couchée. À vrai dire, il ne l'avait plus revue depuis la mésaventure de la caisse sur le pied.

Quelques minutes plus tard, en voyant les rais de lumière à travers les trous du toit octogonal de la piscine, il su que son intuition avait été la bonne.
Il y avait plusieurs chandeliers allumés sur le bord. Vi était en train de flotter paisiblement sur le dos, une frite sous les bras, une autre sous les jambes, et elle fumait la pipe tout en se baignant. Le bien-être incarné. Elle sourit lorsqu'elle le vit.
« Je me doutais que j'te trouverai là, dit-il.
- Il avait raison le président Jefferson, prendre les eaux c'est la classe. C'est un milliard de fois mieux qu'une bouillotte.
- Je vois ça.
- Toi aussi t'es candidat au bain de minuit ?
- Non, j'arrivais pas à dormir.
- Un souci ? »
Il faillit répondre oui, mais se retint.
« Nan, des fois je cogite trop c'est tout.
- Si tu veux un conseil d'amie, la cogitation, ça se dilue bien dans l'eau chaude. »

Il faillit se laisser tenter. Mais il était venu pour lui parler, et vu le sujet de discussion, la baignade risquait d'être moins agréable que prévu.
« Ça me dit rien.
- T'es sûr ? J'ai ramené assez de serviettes.
- Vraiment, je préfère rester au sec.
- Comme tu veux. Un petit café ?
- T'as du café ?
- Une thermos pleine.
- Tu m'étonnes que tu dormes pas si tu bois du café en pleine nuit.
- C'est du déca.
- Alors ok. »

Elle fit mine de sortir de l'eau.
« Nan mais c'est bon, j'peux me servir tout seul.
- J'allais sortir de toute façon. »

Merle servit deux tasses tandis qu'elle enroulait ses cheveux dans une serviette et disparaissait à moitié au milieu d'un énorme peignoir. Ils s'assirent ensuite contre le mur et il lui tendit le café.
« Attention, c'est chaud.
- Merci. »

Ils se regardèrent l'un l'autre, et un petit sourire de connivence apparut au coin de leurs lèvres. Autant de politesses, ce n'était pas dans leurs habitudes. C'était seulement quand ils avaient des trucs à se faire pardonner.
Ce fut Vi qui fit le premier pas.
« J'te demande pardon pour la caisse.
- Ça ? Oh, c'est pas grave.
- J'suis vraiment désolée.
- Mais non, c'est bon. Laisse tomber », ajouta-t-il malicieusement.
Vi rigola en pigeant le jeu de mots.
« Idiot. J'espère que j't'ai pas fait trop mal.
- Pfff, c'tait trois fois rien. Pas besoin d'en faire des caisses.
- Tu vois qu'elle était pas si lourde, finalement dit-elle, avec un petit clin d'œil.
- C'est toi qu'es lourde. »

Ils burent en silence, profitant du calme de l'atmosphère tiède de la piscine. Vi se sécha les cheveux et se fit une tresse.
« Je pense que je vais rentrer me coucher, déclara-t-elle ensuite en s'habillant, je commence à me refroidir. Tu fais quoi ?
- J'sais pas trop. »

Il se maudissait de ne pas parvenir à entamer le sujet. Pour n'importe quel autre problème, ça serait venu tout seul, mais ça, ça le bloquait complètement. Les histoires de grossesses et de bébés lui inspiraient depuis toujours un malaise, il se sentait démuni et maladroit par rapport à ça. Pas à sa place. Des trucs de gonzesses, se répétait-il depuis des années, des trucs de gonzesses qui ne le concernaient pas. Mais là c'était Vi. Ce qui concernait Vi le concernait automatiquement.

« Brindille… »
Elle termina de sortir la tête de son pull et le fixa, attendant la suite.
« Je voulais juste… te demander un truc. »
Il avait du mal à tirer les mots de sa gorge.
« En fait non, c'est plus parler d'un truc… je crois. »
Son amie l'étudia un instant.
« À propos de quoi ?
- Non, se rétracta-t-il, non, laisse tomber, c'était rien, c'est pas important. Va t'coucher, c'est bon. »
Vi le dévisagea à nouveau, revint s'assoir à la place qu'elle occupait précédemment, et se resservit du café.
« J'écoute », dit-elle simplement.

Il ne savait pas du tout comment aborder le sujet, alors il l'aborda à sa manière. De plein fouet.
« T'es enceinte ? »
Vi resta un instant bouche bée.
« Pardon ?
- Est-ce que t'es enceinte ? insista-t-il.
- T'es devenu taré ?
- Non, j'suis pas taré, et j'suis pas con non plus. Tu m'caches quelque chose, j'le vois bien.
- J'suis pas enceinte ! »

Elle semblait vraiment tomber des nues. Il ne voulait pas mettre sur le tapis le test de grossesse, elle allait péter un plomb sinon.
« Écoute, c'est pas la peine de faire semblant. Ça fait des semaines qu'on vit ensemble, t'as pas eu tes règles une seule fois.
- Quoi ? »
Elle avait poussé un véritable hurlement. Peut-être qu'il aurait mieux fait de parler du test, finalement.
« C'est quoi ton problème, tu m'espionnes, putain de malade, enfoiré d'gros dégueulasse !?
- Non mais c'est pas ça, tenta-t-il de se justifier, c'est juste que j'ai habité avec des filles et du coup quand elles avaient leurs règles je le voyais…
- Espèce de vieux pervers, qu'est-ce que ça peut te foutre que j'aie des communistes à la fête foraine ou pas ?
- Si t'as plus tes règles c'est qu't'es enceinte, non ?
- Y a pas qu'la grossesse qui empêche d'avoir ses règles !
- Et quoi d'autre ?
- La santé, bordel ! Quand on est malade, ça arrive qu'on n'ait plus de règles.
- Si c'est ça, pourquoi tu m'en as jamais parlé ? »
Elle roula des yeux exaspérés.
« Comme si j'allais te parler de ce qui se passe dans mon slip ! T'imagines la conversation, entre deux attaques de rôdeurs : hey au fait Merle, chuis tellement malade que mon corps fonctionne même plus correctement, alors j'ai plus mes règles. Super comme info, j'parie qu'ça t'aurais vachement intéressé d'savoir ça !
- Alors t'es pas enceinte ? » répéta-t-il, s'accrochant à son idée.
Elle soupira. Elle n'avait plus l'air en colère, juste agacée.
« Je ne peux pas être enceinte, pas de règles ça veut dire pas d'ovulation, pas de conception, pas de grossesse. »
Il écarquilla les yeux, sous l'effet de la prise de conscience.
« T'es stérile, c'est ça qu'ça veut dire ? »
En voyant son expression, il se rendit compte que le choix du mot n'était peut-être pas très heureux.
« En gros, ouais, répondit-elle. Le corps humain, c'est un truc intelligent, il sait ce qu'il peut faire ou pas. Et le mien, il sait qu'il est en train de mourir. Je suis plus en état d'mettre un enfant au monde, et mon corps, il le sent, alors il a arrêté ces trucs-là, les trucs de femme normale. »
Elle lui adressa un petit sourire, mais c'était un sourire absolument sans joie.

« Pourquoi tu crois qu'on n'a jamais couché ensemble ? »
La question le prit de court, il ne s'attendait pas du tout à ce que la discussion s'engage sur ce terrain-là. Mais il croyait néanmoins connaitre la réponse.
« Parce que j'suis qu'un vieux con repoussant ? proposa-t-il, sans la moindre ironie.
- Peut-être, mais t'es mon vieux con repoussant préféré, rétorqua Vi. Si j'avais eu l'envie de coucher avec qui que ce soit, ça aurait été toi et personne d'autre. »
Il en resta un instant sans voix. Il se rendit compte que cette déclaration n'était pas juste inattendue, mais aussi, et il en était le premier surpris, émouvante.
« J'me sens bien avec toi, continua-t-elle, à voix basse, sans regarder dans sa direction, ses yeux perdus dans l'eau sombre, fixes, brillants. Et j'te trouve très bien, comme tu es, enfin, pas juste physiquement, mais comme… comme personne, tu vois ? Mais moi, ben… j'ai quasiment plus d'libido avec toutes ces conneries. J'suis complètement détraquée, j'ai plus grand-chose qui fonctionne. Alors bon, c'est pas la peine qu'on couche ensemble, si j'suis pas capable d'assurer. Ça aurait été plus pitoyable qu'autre chose. J'sais bien qu'tu peux être gentil, quand tu veux, mais quand même, j'allais pas te demander de m'faire de la charité sexuelle, c'est franchement pathétique. Déjà qu'je suis moche, si en plus j'suis frigide, t'imagines le plan de merde… Et pis rien qu'd'en parler avec toi, bonjour la gêne ! »

Il était estomaqué.
Vi, la fille la plus gentille du monde, l'adorable Vi avec ses cheveux magnifiques, ses mains gracieuses, ses yeux d'azur, elle avait repoussé ses avances à lui, Merle Dixon, parce que était persuadée de ne pas être assez bien pour lui !
« C'est pire depuis que Kitty est là, continua-t-elle sur sa lancée. Je fais tellement pas le poids face à elle, c'est même pas la peine d'essayer, ce serait trop ridicule.
- Me dis pas qu't'es jalouse d'elle ? »

S'il y avait bien un truc qu'il ne pigerait jamais dans sa putain de vie, c'était ce qu'il y avait dans la tête de ces putains de bonnes femmes.
Comment est-ce que quelqu'un comme Vi, une survivante-née, intelligente, forte, la seule femme qu'il avait jamais considérée sur un pied d'égalité, pouvait envier quelqu'un dont le seul talent consistait à avoir des seins énormes ? Ça le dépassait complètement.
« Non, c'est pas ça, protesta Vi, enfin si, c'est d'la jalousie, mais pas vis-à-vis d'toi, j'te vois pas comme ça, t'es pas à moi, j'suis pas… possessive. En fait, j'étais jalouse de vous deux, de c'que vous faisiez. Parce que moi j'le ferai plus jamais. Vous deux vous êtes… vivants. Et moi, ben, d'vous voir comme ça, j'me suis sentie toute seule. Je me suis rendu compte que toi et moi, on prend des routes différentes, on s'éloigne. C'est toujours comme ça, quand il y a des gens autour de moi. Ça m'a fait pareil avec Susan et Richard, et des fois, même avec toi, ça me l'fait. L'impression de vous regarder vivre, alors que je suis de l'autre côté d'une vitre. Je sais que tout ça c'est fini pour moi.
- Pourquoi tu m'as rien dit ?
- Parce que c'était stupide. C'est pas d'ta faute tout ça, et t'y peux rien. J'voulais pas t'en parler parce que j'voulais pas risquer d'te gâcher ton truc avec Kitty, et pis j'avais peur que tu l'prennes mal, que tu comprennes pas.
- Pourquoi j'aurais pas compris ?
- Parce que tu sais pas c'que ça fait, de t'retrouver périmé à vingt-cinq ans. Regarde Kitty, regarde-moi. C'est un putain d'canon, et moi j'suis un putain d'sac d'os. Elle est jolie d'partout et chez moi y a tout qu'est déglingué, j'ressemble même plus à une fille. C'est vrai c'que tu m'as dit l'autre fois, personne peut vouloir de moi.
- C'que j'ai dit c'est des conneries, j'l'ai jamais pensé. Bien sûr qu'on peut vouloir de toi. »
Il hésita un instant, mais il était trop tard pour reculer.
« Moi, j'veux bien de toi. Plus que ça. J'ai envie d'toi. »

Vi accueillit cet aveu avec une expression morne.
« T'as jamais eu envie de moi, on a dormi plein de fois ensemble et il s'est jamais rien passé.
- Bordel, si tu savais ! Tu t'rends pas compte de c'que tu dis. Tu crois quoi ? évidemment qu'j'ai déjà eu envie d'toi ! Toi t'as p't'être pas d'libido, mais moi si. C'est arrivé plein d'fois qu'le matin j'me réveille avec toi dans mes bras et une trique d'enfer. »
Vi écarquilla les yeux.
« Hein ? Mais pourquoi ?
- Pourquoi ? À ton avis, débile ? Tu crois p't'être que c'est pas excitant pour moi ? Quand j'ouvre les yeux et que j'te trouve endormie contre moi, là, toute chaude, en train d'respirer dans mon cou, avec ton espèce de… de parfum, là !
- De quoi ?
- Mais ouais, ton odeur, c'truc que tu sens, j'sais pas comment ça s'fait, si c'est ta peau, ou ton foutu tabac, ou ta connerie d'crème pour l'eczéma, mais t'as tout l'temps cette espèce d'odeur qui sent bon, et moi ça m'fout la gaule, voilà ! »

Vi avait le regard fuyant et sans l'obscurité de la piscine, il l'aurait sans doute vu devenir toute rouge, ses joues normalement si pâles enflammées par l'émotion. Elle eut un éclat de rire nerveux qu'elle planqua dans ses mains.
« Putain, c'est la discussion la plus gênante qu'on ait jamais eue. Je m'suis jamais rendu compte que j'te faisais cet effet-là.
- Ben évidemment, tête creuse, je m'suis toujours arrangé pour qu'tu l'saches pas. Tu m'as dit que c'était pas ton truc, que t'avais pas la tête à ça, ni avec moi, ni avec personne. Alors j't'ai foutu la paix. J'y ai pensé plein de fois, mais j'me suis retenu. Et puis finalement, j'me suis dit que c'était mieux comme ça. J'me suis dit que c'était pas une bonne idée dans l'fond.
- Pourquoi ?
- Des gonzesses à baiser, j'en ai eu des centaines, je me rappelle même plus du nombre exact, et y en a, j'ai même jamais su leur nom… mais des amies, des vraies amies, j'en ai presque pas eu. En fait… j'crois bien qu'j'en ai eu qu'une seule. Et j'veux pas gâcher ça.
- Attends… tu penses que si on couchait ensemble, après on serait plus amis ?
- J'en sais rien. Kitty, j'peux tirer mon coup avec, y aura jamais rien d'autre, je l'sais et elle le sait, tôt ou tard, elle va m'laisser et disparaître. Toi, c'est différent. Même si des fois on s'engueule, et qu'on n'est pas d'accord sur plein d'trucs, ben toi, tu… tu vas rester, tu vois ? »
Il avait du mal à trouver ses mots, ce qu'il était en train de dire sonnait stupidement, comme un truc qu'un gosse aurait pu déclarer. Mais c'était pourtant ce qu'il pensait. Il n'avait jamais réussi à garder auprès de lui aucune des filles avec qui il avait couché au cours de sa vie, même celles auxquelles il tenait vraiment. Mais Vi, sans qu'il puisse s'expliquer pourquoi, il avait la certitude qu'elle resterait toujours à ses côtés, quoi qu'il arrive. Que seule la mort les séparerait.
Il ne s'était jamais senti aussi proche de quelqu'un, ne s'était jamais autant confié, n'avait jamais autant montré ses propres faiblesses devant personne d'autre. Vi le connaissait mieux que quiconque. Alors il s'en fichait de ne pas pouvoir coucher avec.
Une amie comme ça, c'était mille fois plus précieux que toutes les séances de baise du monde.

« Donc, si j'résume bien, dit-elle, on vient de se déclarer mutuellement qu'on se trouve beaux et attirants, et on en a déduit chacun de notre côté qu'on n'allait pas coucher ensemble.
- En substance, ouais, c'est ça.
- Vachement logique. »

Vi était visiblement embarrassée d'en avoir tellement dit sur son intimité. Mais elle avait quand même son petit sourire ironique, comme si au fond, tout ça, c'était quand même une bonne blague.
Une fois de plus, Merle le trouva vraiment mignon, ce sourire.
C'était idiot, tout ça. Se connaître si bien, et passer pourtant totalement à côté de l'essentiel.

« T'as pas à être jalouse de Kitty, déclara-t-il. T'as raison, t'as rien de comparable avec une fille comme ça… parce que tu vaux cent fois mieux. Toi t'es pas l'genre de fille qui vend son cul en échange d'une boite de conserve et d'une place au coin du feu. Tu veux que j'te dise, Vi… quand on s'est connu au tout début, là-bas, dans la baraque de Georges, et que j't'ai proposé d'rester avec moi la première fois, j'm'imaginais quelque chose comme ça. J'me suis dit qu't'étais jeune, paumée, et pas d'taille à t'défendre seule, et qu'tu cherchais un mec balaise pour faire la paire. J'pensais que notre future relation, ça allait être la même chose que moi et Kitty en c'moment, que j'allais nous faire survivre tous les deux et qu'toi en échange t'allais… » Il se rendit compte de ce qu'il sous-entendait et se reprit immédiatement. « J't'aurais pas forcée, hein, c'est pas c'que j'dis, ça aurait pas été un truc malsain, je t'aurais jamais obligée, j'ai jamais obligé personne. Je me disais juste que ça t'aurait convenu comme ça. Y a plein d'filles qui préfèrent ça, Kitty elle préfère ça. Et c'est pas ce qui s'est passé, putain, ça non. J'avais tort sur toute la ligne en c'qui t'concerne. »
Vi en resta bouche bée, avec une expression scandalisée.
Il se gratta l'arrière du crâne, emmerdé.
« Ouais, j'sais, c'était dégueulasse de penser ça d'toi, tu peux m'traiter d'porc si tu veux. J'peux rien dire d'autre à part que j'me suis planté en beauté et qu'j'regrette.
- Non, j'm'en fous d'ça, répliqua-t-elle. Tu le savais ?
- Savais quoi ?
- Pour Kitty, tu le savais ? Qu'elle… qu'elle couchait avec toi en échange de ça ?
- Évidemment. Je l'sais depuis le début.
- Mais ça te dérange pas ? Tu trouves pas ça… dégradant ? »
Il eut un sourire incrédule, qui vira à l'éclat de rire.
« Te fous pas d'moi, j'suis sérieuse !
- Mais non Brindille, j'me fous pas de toi. Juré.
- Pourquoi tu t'marres alors ?
- Pour ton grand mot, là, dégradant. Tu voudrais qu'ce soit dégradant pour qui ? Pour elle ?
- Pour vous deux !
- Pourquoi j'me sentirais dégradé ? J'adore baiser, j'allais pas dire non. C'est même une putain d'aubaine, elle est sacrément bien gaulée, et niveau cul… enfin, j'vais pas entrer dans les détails, mais j'ai pas à m'plaindre du deal.
- Et elle alors, t'y as pensé ?
- Ben quoi, j'la viole pas, je l'ai jamais forcé à rien, c'est elle qui est venue me chercher figure-toi, et crois-moi sur parole, au pieu, j'suis pas un égoïste. Elle non plus elle a pas à s'plaindre. Elle est en sécurité, elle bouffe à sa faim, et toi et moi j'ai pas l'impression qu'on la maltraite, si ?
- Le consentement, c'est pas ça ! protesta Vi avec véhémence.
- Et c'est quoi alors ? L'premier soir, dès qu't'as été hors de vue, elle m'a carrément sauté dessus, ça s'invente pas. Et depuis c'est elle qui prend l'initiative à chaque fois. Si ça c'est du viol, j'ai été l'violeur le plus feignant d'toute l'histoire des agressions sexuelles, parce que c'est elle qu'a fait tout l'boulot.
- Mais… vendre son corps comme ça, c'est… c'est dégueulasse ! Juste parce que c'est la fin du monde, ça veut pas dire qu'on revient à l'état sauvage, putain !
- Qu'est-ce qu'il y a d'mal à c'qu'elle vende son cul ? C'est une pute ! »
Il vit l'expression de son amie et se justifia immédiatement avant d'un prendre une.
« Attends, t'enflamme pas, pute c'est pas une insulte. J'ai dit que c'était une pute parce que c'est vraiment une pute. C'est ce qu'elle faisait avant comme boulot, pute. Prostituée, quoi, si tu préfères. »

Vi écarquilla les yeux, calmée net.
« Non. Non, c'est pas, elle est pas… Elle m'a dit qu'elle était danseuse.
- Stripteaseuse dans un bar à putes. Quoi ? Tu croyais vraiment que Kitty c'était son vrai nom ? »
En voyant la tête qu'elle faisait, il se sentit soudain dans la peau d'un type qui venait d'annoncer à sa fille de six ans que le Père Noël n'existe pas.
« Elle m'a menti. »
La voix de Vi était remplie de déception.
« Mais non, elle t'a pas menti. J'suis sûr qu'avant de se foutre à poil, elle dansait. J'parie même qu'elle danse bien. Du coup, ouais, y a bien un arrangement entre nous qui stipule que j'l'entretiens et qu'en échange on baise. Mais l'arrangement, c'est elle qui l'a mis en place. Honnêtement, j'pense que le bénéfice est mutuel, on s'y retrouve bien tous les deux, c'est gagnant-gagnant comme deal. Tu crois pas ?
- J'en sais rien. C'est tellement compliqué.
- Mais nan, Brindille, c'est simple. C'est p't'être pas très élégant comme procédé, mais c'est la vraie vie ici, pas une foutue comédie romantique. C'est pas nouveau, ça fonctionnait déjà comme ça avant la fin du monde. Tu peux être pas d'accord, mais t'y changeras rien.
- Ça veut dire que si Kitty arrête de baiser avec toi, tu la fous dehors ?
- Wow. C'est quoi cette question ?
- Répond.
- Je sais pas quoi t'dire, j'ai pas réfléchi aussi loin. On s'entend bien au plumard elle et moi, j'vois pas pourquoi on arrêterait. Mais si c'était le cas, ben… j'en sais rien, moi. Elle est là, c'est fait c'est fait. Faudrait vraiment qu'elle pose problème, je veux dire, un vrai problème, pour que je veuille la virer. Ça te va comme réponse ?
- Ouais, plutôt. »

Un silence s'installa. Merle se dit que ça faisait vraiment beaucoup de confidences d'un seul coup. Il était presque assommé d'en avoir autant dit. Vi aussi, car elle reprit :
« Bordel, j'crois qu'on n'a jamais autant parlé de trucs intimes toi et moi.
- Ouais, ça fait drôle. Enfin, c'est pas plus mal de s'être raconté tout ça, nan ?
- Ouais, c'est vrai que c'est mieux d'être honnête.
- Toutes ces discussions d'gonzesses, c'est vraiment pas mon truc, j'y comprends rien, moi, à ces conneries-là. Mais si t'as besoin d'parler, faut qu'tu parles. Au moins, je suis rassuré, t'es pas en cloque. Ça fait depuis hier que je psychote là-dessus. »

Elle leva les yeux au ciel.
« Bon Dieu, comment t'as pu te fourrer dans le crâne que j'étais enceinte ?
- J'ai trouvé le test de grossesse dans tes affaires, et après, il y était plus, donc forcément c'est qu't'as dû t'en servir.
- Quoi ? s'écria-t-elle, outrée. Depuis quand tu fouilles dans mes affaires ?
- Depuis que tu ranges tes médicaments n'importe où ! rétorqua-t-il. T'es vraiment nulle à chier pour cacher des trucs, tu peux t'en prendre qu'à toi-même si j't'ai captée ! Et d'abord, qu'est-ce que tu branles avec un putain d'test de grossesse dans ton sac si t'es pas enceinte ? Tu crois p't'être que j'ai pas pigé que t'étais allé le chercher au poste de secours l'autre jour ? Si c'était pas pour toi, c'était pour qui ? »

Vi ne répondit rien du tout, arborant soudain un air très, très embarrassé, et Merle ouvrit la bouche en grand. Son cerveau venait de se mettre à fonctionner. Avec douze heures de retard.

« Ah nom de Dieu, la salope ! »

Vi se facepalma.

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Et voilà, c'est fini. Programme pour le prochain chapitre : un trésor de pirate, un choix difficile, et un bain de sang. A bientôt.

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Réponse à Miss Devil :

Yes yes yes yes yes ! J'au commencé cette fictio grosse semaine et en voyant la dernière uptaded je me suis dit « merde, encore une bonne fic inachevée ... » quand j'ai vu le mail arriver dans ma boîte j'étais tellement contente !

Alors d'abord merci pour ta review, et puis bienvenue à bord ! Tu arrives au bon moment, je reprends la publication après plus d'un an de hiatus, quel timing.
Mais comment tu as fait pour recevoir un mail ? Tu t'es abonnée à l'histoire sous un autre pseudo ?

J'avoue Kitty me fait profondément chier à essayer de s'incruster entre Brindille et Manchot ... maintenant que je sais ce qu'elle a du faire pour survivre, je vais peut-être revoir mon jugement.

Ce qui est intéressant dans TWD c'est qu'on voit des survivants être forcés de se retrouver ensemble et de s'allier plus ou moins alors qu'ils ne l'auraient sans doute jamais fait dans la vie normale. C'est le cas dès le début dans le groupe de Rick (enfin, de Shane plutôt), et on voit bien que les personnalités très variées clashent entre elles : Merle le raciste qui fout la merde, les autres qui considèrent Daryl comme un pauvre bouseux, beaucoup qui sont choqués par le comportement violent d'Ed… on voit que tous ces gens n'ont pas eu le choix et qu'ils sont bien forcés de faire avec. C'est pareil ici. Merle et Vi n'ont pas choisi Kitty, et vice versa… mais ils ne peuvent pas l'abandonner, et elle a besoin d'eux.

C'est vrai que du coup elle fait un peu figure d'intruse dans le duo d'amis tellement fusionnels et intimes… mais crois-moi, Kitty a plus à apporter dans l'histoire qu'un rôle de plan cul ou de « victime ».

La scène des confidences au sources chaudes était trop cute ! La relation entre ces deux là est indescriptible et trop géniale ! Moi aussi je veux un Dixon comme meilleur pote ( même si ça doit pas être de la tarte tout les jours )

C'est pas plutôt une Vi que tu voudrais ? Ahahaha ! Parce que franchement, Merle, c'est pas un cadeau !

Hâte de voir la suite des aventures de cette joyeuse bande !

Et bien j'espère que la suite te plaira.