Chapitre 49 : Être une famille
Remus s'étira en tendant ses bras, un bâillement lui fit ouvrir la bouche alors qu'il avalait une goulée d'air, lui faisant pousser un petit gémissement de bien-être. Il ouvrit les yeux en se demandant pourquoi ses mains n'étaient toujours pas entrées en contact avec le corps de son amant et au même moment où il constata le vide à ses côtés, il se souvint que Severus n'avait pas dormi dans leur appartement la veille, car il était parti pour deux jours donner une conférence sur les potions à l'Université magique de Londres.
Il ne reviendrait que ce soir.
Le loup-garou sentit quelque chose bondir sur son lit et, l'instant d'après, une petite boule poilue se glissa sous sa main pour quémander des caresses en ronronnant. Un sourire attendri prit place sur ses lèvres tandis qu'il caressait le petit chaton noir et blanc qui se frottait contre lui, rentrant et sortant ses griffes dans le drap recouvrant le matelas, les yeux fermés de bonheur.
Soudain, la petite bête ouvrit les yeux et se mit à attaquer pour jouer la main qui le caressait une seconde plus tôt. Remus hoqueta lorsque des petites dents s'enfoncèrent dans son pouce et il retira sa main. Cela ne fit qu'exciter le chaton davantage et il se jeta sur le côté pour mieux rouler et partir dans une course folle et désordonnée sur le lit.
L'homme ne put s'empêcher de rire en le voyant faire. Il était tout simplement adorable. Il espérait que ce soit aussi l'opinion de son amant à son retour, car il n'était pas au courant de l'ajout de ce nouveau membre à leur famille. C'était Hagrid qui était venu le voir, la veille, alors qu'il déambulait dans le parc, pour discuter. Le demi-géant lui avait dit qu'une chatte avait mis bas dans sa remise, un peu plus de deux mois auparavant, et qu'il avait huit chatons à donner à ceux qui seraient intéressés et que le professeur de soins aux créatures magiques jugerait digne de s'en occuper.
Remus avait d'abord dit non, sachant quelle serait la réaction de Severus s'il ramenait un animal dans leur appartement, mais il avait tout de même accepté d'aller les voir, juste comme ça. Erreur fatale… Une heure plus tard, il était revenu en direction de Poudlard, une petite boule de poil ronronnante pelotonnée contre son torse, se disant qu'il parviendrait à faire accepter l'animal à son conjoint, il savait se montrer particulièrement persuasif, après tout…
Il se leva non sans avoir jeté un œil à l'horloge qui était posée sur sa table de chevet : 5h30. Il regrettait parfois ses jeunes années, quand il était encore capable de faire la grasse matinée, mais depuis bien longtemps, déjà, il lui était impossible de se réveiller plus tard que 6h00, même sans réveil. Son corps s'entêtait à penser que 5h30 du matin était l'heure parfaite pour reprendre ses activités.
Le petit chat sauta par terre en miaulant et sortit de la chambre au petit trot, il avait certainement faim. Le loup-garou hésita un instant et enfila la robe de chambre de Severus, plutôt que la sienne, s'enveloppant de l'odeur de son amant qu'il pouvait aisément discerner grâce à son odorat surdéveloppé de lycan. Il savait que c'était d'un romantisme un peu niais de sa part, mais il n'y avait personne pour en être témoin et, de toute manière, il l'assumait pleinement.
Il prit place à la table de bois foncé placée dans la cuisine, posant la tasse de thé qu'il venait de préparer devant lui. Le chaton dévorait ses croquettes dans le bol posé le long du mur, avec une grande concentration. Remus jeta un œil au mot croisé encore posé sur la table qu'il avait commencé la veille et qui provenait de l'édition du samedi de la Gazette du sorcier. Il approcha le jeu et accota sa tête contre son poing fermé, relisant la première définition "Paralysant", c'était un mot de 6 lettres. Alors que la veille il ne parvenait pas à le trouver, cette fois-ci, il inscrivit rapidement le mot "curare" dans les petites cases.
C'est alors qu'on cogna à la porte de l'appartement. Il s'interrompit en fronçant les sourcils, qui pouvait bien venir cogner chez lui à une heure aussi matinale? Pire, qui ne craignait pas de venir déranger le terrifiant professeur de potions de Poudlard, un dimanche matin de si bonne heure? Ça ne laissait présager rien de bon. Il se leva et se dirigea vers la porte qu'il ouvrit après avoir resserré la ceinture du peignoir autour de sa taille.
Draco Malfoy se tenait debout devant lui, les yeux bouffis, la mine défaite et les cheveux en bataille, il n'eut jamais cru voir le jeune homme dans cet état un jour. Il bougea pour le laisser passer et il pénétra dans l'appartement sans un mot, puis, contre toute attente, il fondit dans les bras du conjoint de son parrain qui les referma aussitôt sur lui, le collant sur son torse, sans rien dire. Remus sentit un profond sanglot traverser le corps de Draco qui se mit à pleurer contre lui. Alors qu'il aurait pensé qu'une telle situation l'aurait mis extrêmement mal à l'aise, il n'en fut rien, bien au contraire.
Il caressa le dos du blond dans un mouvement qui se voulait rassurant et le maintint fermement collé à lui, cherchant à le consoler silencieusement. Il savait que le jeune homme parlerait lorsqu'il serait prêt et qu'il ne servait à rien de le brusquer. Il se doutait bien que Draco n'était certainement pas venu pour le voir, lui, même s'il n'avait rien dit. Il ignorait sûrement que Severus était absent et il espérait qu'il serait en mesure de l'aider, même s'il n'était pas son parrain.
Ils restèrent ainsi un long moment, puis les sanglots de Draco s'espacèrent et il finit par se calmer, peu à peu. Remus l'invita à s'asseoir sur le canapé et alla lui préparer une tasse de thé, la posant devant lui, tandis qu'il réchauffait la sienne. Il s'assit ensuite à ses côtés. Le blond s'était essuyé le visage avec le mouchoir que lui avait donné le loup-garou quelques instants auparavant.
Voyant qu'il ne parlait toujours pas, Remus se permit d'amorcer la conversation. "Severus n'est pas là. Il est parti donner une conférence pour tout le weekend et ne reviendra que ce soir."
"Ça explique pourquoi il ne m'a pas forcé à venir le voir hier, après ma sortie de l'infirmerie." Dit Draco d'une voix étonnamment calme, même si elle était éraillée d'avoir trop pleuré. "Mais ce n'est pas lui que je venais voir, de toute manière."
Remus leva les sourcils, surpris, il n'aurait jamais cru qu'il était venu pour le voir lui. Il pouvait sentir la profonde tristesse qui émanait du jeune homme, sa douleur et sa détresse. C'était presque trop pour ses sens si sensibles, c'était très intense.
"L'infirmerie?" Répéta-t-il doucement, craignant que le jeune homme se braque, comme il le faisait normalement quand on se mêlait de ses affaires, même si c'était lui qui avait ouvert la porte à ce sujet.
Draco acquiesça, prenant la tasse remplie de liquide chaud entre ses mains pâles. "Hier, dans le parc, j'ai… j'ai fait une crise d'angoisse, j'ai perdu connaissance, Neville m'a vu et il m'a amené jusqu'à l'infirmerie." Raconta-t-il d'une voix très lente, comme si chaque mot lui peinait.
Remus ne dit rien, se contentant d'écouter, surpris que le jeune homme si secret se confie à lui de la sorte.
"Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive depuis…euh…depuis..., tu sais? Mais c'est la première fois que c'est si…intense. Je… je me suis disputé avec Harry. Il-il ne veut plus me voir…" Continua Draco et un nouveau sanglot le traversa, voyant cela, Remus posa sa main sur son avant-bras. "Il dit que je lui ai menti… Il dit que je fais semblant, mais c'est faux! Il n'a plus confiance, il dit que je ne fais que mentir, tout le temps, mais c'est faux! Il a rompu, je crois, je ne sais pas… Il a dit que j'ai besoin d'aide et je crois… qu'il a raison. Je n'ai pas dormi de la nuit, j'ai juste pensé et pensé et pensé encore. J'ai tellement honte, je suis faible, je pensais pouvoir tout régler moi-même. J'ai tout perdu, Remus, je ne peux pas vivre sans lui, mais je l'ai blessé et je ne sais pas si si… ça peut revenir. J'ai tout gâché et je le savais que ça finirait comme ça. Personne ne veut d'un malade comme moi, je me dégoûte, si tu savais, je suis tellement faible…"
"Non, tu n'es pas faible, bien au contraire! Tu es la personne la plus résiliente que je connaisse et j'admire ta force, je ne pense pas que beaucoup aurait pu survivre à tout ce que tu as vécu, Draco. Ça prend du courage pour admettre qu'on a besoin d'aide et c'est juste normal. Tu n'as pas à traverser ça tout seul. Tu es fort." L'interrompit Remus en serrant un peu plus sa poigne sur le bras du blond.
Draco secoua la tête négativement. "Non, je suis faible, je les ai laissés faire!" Cria-t-il alors que ses larmes recommençaient à couler et qu'il se reculait, se soustrayant au contact du loup-garou. "Bellatrix avait raison, Finnigan avait raison, je suis un lâche! J'avais trop peur, je les ai laissés faire! Comment Harry peut-il avoir envie d'être avec moi en sachant cela? Comment peut-il avoir envie de me toucher? Je suis sale, dégoûtant. Pourquoi est-ce que je me suis laissé baiser par ces mangemorts et que je suis incapable de le laisser faire, lui?" Cria Draco alors que ses prunelles se teintaient de noir au fur et à mesure que la panique montait en lui.
"Draco, calme-toi! Tu es en train de perdre le contrôle de ta magie, calme-toi!" Intervint Remus, tendu, n'osant pas approcher le blond de peur de le voir réagir dangereusement.
Aussitôt, les prunelles reprirent leur couleur argentée habituelle et le serpentard sembla revenir à lui. Remus le prit dans ses bras pour le calmer, soupirant de soulagement en même temps. Il avait craint le pire, mais il semblait que le séjour de son filleul par alliance parmi les sorcières du clan lui avait vraiment permis d'acquérir la maîtrise de son don.
"Chut… Ça va aller. Je suis là. Nous allons t'aider, nous sommes là pour toi, Severus et moi." Murmura-t-il dans son oreille. "Tu n'es pas sale, ni dégoûtant, ni faible. Chut… Nous allons t'aider et tout ira bien, je te le promets. Tu n'as pas perdu Harry, il t'aime comme il n'a jamais aimé personne, si tu l'avais vu pendant ces quatre mois loin de toi, un véritable lion en cage. Calme-toi…"
"Tu ne comprends pas, je les ai laissés faire… J'aurais dû me défendre, me débattre, mais j'avais trop peur." Dit Draco d'une voix faible, les larmes continuaient de couler sur ses joues, son regard était tourné vers le sol.
"Non, je t'ai soigné, j'ai vu tes plaies, ils t'avaient battu, tu n'avais plus ta baguette, ils te retenaient, tu n'as rien à te reprocher! Ce n'est pas de ta faute. Ils étaient une quinzaine contre toi, qu'aurais-tu pu faire de plus? C'est à eux qu'appartient la honte, pas à toi." Répliqua le lycan.
Un silence se fit entre eux.
"Parfois… je… je me dis qu'il aurait mieux fallu qu'ils me tuent ce soir-là et je n'aurais plus à vivre avec tout ça." Murmura le blond.
"Draco, regarde-moi." Répondit aussitôt Remus d'une voix sévère, en lui agrippant la main, ce qui fit sursauter son vis-à-vis. "Je t'interdis de dire ça, tu entends? Tu vas guérir et nous ferons tout pour t'aider, Severus, Harry, Ron, Hermione et moi. Nous tenons tous à toi."
Draco releva les sourcils, septique. "Harry ne veut plus me parler… et je ne crois pas que Ron…"
"Non, tu n'as pas compris. Nous tenons TOUS à toi, même si parfois c'est difficile, qu'il y a des conflits, ça ne change pas ça. Nous allons faire ce qu'il faut pour que tu ailles mieux."
Comme s'il rendait les armes, le serpentard acquiesça lentement. C'est ce moment que choisit le chaton pour sauter sur les genoux de Draco qui sursauta. Remus relâcha sa main.
"Un chat?" Dit le jeune homme en caressant l'animal.
Remus sourit, lui racontant d'où provenait le chaton. Draco s'essuya les yeux et les leva vers l'autre homme. "J'ai hâte de voir la réaction de Sev… Il ressemble à Neville lorsqu'il était un chat. Tu ne trouves pas?"
"Je n'y avais pas pensé, mais tu as absolument raison." Répondit Remus.
Un mince sourire étira les lèvres du blond. "Tu devrais l'appeler Neville, ça ferait probablement sourire mon parrain…"
Le loup-garou rit. "Ça, c'est certain, mais je ne suis pas sûr que le vrai Neville apprécie beaucoup."
Draco leva un sourcil, reprenant de son attitude habituelle. "Il n'a pas besoin de savoir…"
Remus secoua la tête. "Vous, les serpentards… Je crois que je ne m'habituerai jamais à vos manières fourbes, même si je vis avec l'un des vôtres." Dit-il à mi-voix.
Remus pensa alors à Severus et se dit qu'il avait choisi le pire moment pour s'absenter. Il se demanda s'il avait agi de la bonne façon avec Draco. Les propos de ce dernier l'inquiétaient. Il aurait voulu que son conjoint soit présent pour qu'ils en discutent et trouvent la meilleure solution pour le blond. Après tout, il n'était pas son tuteur légal.
"Je crois que je n'ai jamais autant pleuré… Si mon père me voyait." Commenta alors Draco, interrompant les pensées du loup-garou. "Je n'ai pas envie de retourner dans mon dortoir."
"Tu peux rester ici sans problème, après tout, c'est un peu comme à la maison, c'est chez toi. Je veux dire, puisque Severus est ton tuteur…" Hésita Remus, ne sachant pas quelle perception avait Draco de sa relation par rapport à eux, même s'il avait vécu avec eux plusieurs semaines avant de partir pour la Roumanie. Il n'y avait pas de vacances cet été, mais si s'eut été le cas, le loup-garou aurait pris pour acquis que le filleul de Severus les aurait passées chez eux.
Malfoy le dévisagea longuement, scrutant son visage comme s'il s'assurait qu'il comprenait bien la portée des mots prononcés par l'autre homme.
"À la maison…" Répéta le jeune homme.
"Oui, à l'Impasse du tisseur. Je… je sais que tu n'y as vécu que quelques semaines avec nous, mais Severus et moi en avons parlé et… ce serait plus à lui de te dire ça, mais on pensait que tu… Je veux dire, c'est certain que tu seras majeur bientôt, mais nous, on pensait que, si tu veux, tu pourrais vivre avec nous. Je sais que c'est bizarre de dire ça, comme ça, mais puisque tu es le filleul de Severus, je te considère comme euh… de la famille."
"…famille." Dit Draco en même temps.
"Et on n'essaiera jamais de remplacer tes parents, loin de moi l'idée de dire ça! Je ne me permettrais jamais." Ajouta aussitôt le brun, nerveux.
Il espérait que le jeune homme ne réagisse pas mal. Il se sentait horriblement maladroit, soudainement. Encore une fois, il maudit l'absence de Severus, car c'était plutôt à lui d'avoir cette conversation avec son filleul.
Le blond hocha lentement la tête. "Merci et… je ne t'ai d'ailleurs pas remercié pour les sucreries."
"Ce n'est rien voyons."
Le regard perçant de Draco s'attarda alors aux initiales brodées sur le peignoir que portait Remus. "Ce n'est pas le peignoir de mon parrain ça?"
Le loup-garou se sentit rougir et se leva du canapé. "C'est possible… Tu dois avoir faim, non?" Dit-il, pour changer de sujet.
Ron arrêta une nouvelle fois le souaffle, qu'il avait ensorcelé pour qu'il se dirige perpétuellement vers les buts, avant qu'il ne pénètre dans le cerceau doré situé le plus sur la droite. Il interrompit le sortilège un moment, reprenant son souffle. McGonagall avait affiché la liste des membres de l'équipe de Quidditch de Gryffondor et c'est avec joie qu'il avait appris qu'il avait été sélectionné comme gardien.
Ginny avait aussi été choisie comme poursuiveuse, avec Seamus Finnigan, Richie Coote, Suzan Tobias et deux autres nouveaux joueurs de troisième et cinquième année. Comme tout le monde s'y attendait, Harry avait repris son poste d'attrapeur et avait été unanimement nommé Capitaine de l'équipe par les autres joueurs.
Leur premier entraînement officiel aurait lieu lundi soir, mais Ron avait eu envie de se pratiquer un peu seul avant ce dernier. Après tout, il y avait longtemps qu'il n'avait pas joué. Donc, contrairement à son habitude, il s'était levé très tôt, avait revêtu sa tenue de Quidditch et s'était dirigé vers le stade, sachant que personne n'y serait à cette heure. Il n'avait pas envie d'avoir un public. Avant de sortir du dortoir, il avait lancé un regard vers le lit d'Harry dont les rideaux étaient fermés.
Le jeune homme était rentré tard la veille et le rouquin ne l'avait pas aperçu au diner, mais, comme Draco n'y était pas non plus, il s'était dit qu'ils devaient être ensemble. Lorsqu'il avait enfin vu le brun, ce dernier arborait une mine lugubre et avait clairement fait savoir à son ami qu'il n'avait aucune envie de parler. Ron avait remarqué ses yeux rougis et cela l'avait choqué. Harry ne pleurait quasi jamais. Quelque chose de grave avait dû se passer et il se doutait que cela devait avoir quelquechose à voir avec Draco Malfoy. Il avait cependant respecté, pour une fois, le désir de silence de son ami, se disant qu'il tenterait de le faire parler le lendemain.
Ron s'apprêtait à continuer son entraînement, lorsqu'une voix féminine se fit entendre.
"Je ne pensais pas que le terrain serait occupé à cette heure." Dit la jeune femme blonde en passant près de lui sur son balai.
Elle portait la tenue de Quidditch de l'équipe de Serpentard et Ron en conclut qu'elle devait être une nouvelle membre de leur équipe. Ses longs cheveux blonds étaient attachés et virevoltaient derrière elle au gré du vent. Il l'avait déjà aperçu, c'était la petite sœur de Daphné Greengrass, mais il ignorait son prénom. Elle était en cinquième année.
"C'est aussi ce que je croyais." Répondit Ron, méfiant.
"Ils t'ont repris comme gardien à ce que je vois… Ce n'est pas un mauvais choix." Commenta-t-elle en le scrutant de ses yeux bleus clairs qui brillaient d'une lueur espiègle.
Ron n'en crut pas ses oreilles. De quel droit se permettait-elle de parler de la sorte? Qui était-elle pour dire qu'il était un bon ou un mauvais joueur? Après tout, c'était la première fois qu'il la voyait sur un balai, c'était donc la première année qu'elle faisait partie de l'équipe de Serpentard. Pour qui se prenait-elle?
"Il ne me semble pas t'avoir déjà vu jouer auparavant…" Commença-t-il d'un ton qui se voulait hautain, mais qui sonnait plutôt maladroit.
Elle sourit et s'approcha, lui tendant la main qu'il serra brièvement, après une fraction de seconde d'hésitation. "Astoria Greengrass, je suis en cinquième année, je suis la nouvelle attrapeuse de Serpentard. Tu n'as pas besoin de te présenter, je sais qui tu es, Ronald Weasley."
"Mes amis m'appellent Ron." Corrigea-t-il automatiquement, car il détestait qu'on utilise son nom complet.
"Alors tu veux qu'on devienne amis, Ron?" Se moqua Astoria, un sourire moqueur aux lèvres.
Ron se sentit rougir. "Ce n'est pas ce que j'ai dit…"
La jeune femme saisit alors le souaffle qui était immobile dans les airs, stoppé suite au sort que lui avait lancé Ron un peu plus tôt.
"Alors, on joue ou pas?" Proposa-t-elle, en changeant de sujet.
"Je croyais que tu étais attrapeuse." Commenta le rouquin.
"Ouais, mais tu vas voir que je peux tout de même te mettre une raclée en tant que poursuiveuse!" S'exclama-t-elle en s'élançant vers les buts.
Ron mit son balai en mouvement, mais elle avait pris trop d'avance et elle lança le souaffle à travers le cerceau dans un mouvement agile.
"Un à zéro pour moi, Ron Weasley." Dit-elle avec un sourire carnassier.
Mais qui était donc cette fille, pensa Ron en se positionnant devant ses buts, prêt à arrêter le souaffle qu'elle ne manquerait pas de récupérer et de lui lancer à nouveau.
Draco hachait finement les feuilles de bleuets du Japon en écoutant distraitement la voix d'Hermione qui lisait les prochaines étapes de la Potion de Félicité qu'ils concoctaient. Il transféra les feuilles dans un bol et saisit une racine de mandragore qu'il devait d'abord peler avant de la couper en dés. Il entendit alors la voix d'Harry s'élever à quelques places de la sienne et son attention se déroba une fraction de seconde, se fut suffisant pour que la lame glisse sur la peau inégale de la racine et vienne lui entailler le pouce. Il lâcha immédiatement le couteau et poussa un petit cri de douleur, enserrant son doigt qui se mit à saigner abondamment. En entendant son cri, sa partenaire se tourna vers lui et hoqueta en voyant la blessure, puis Draco perçut un mouvement de recul de sa part et une lueur de peur dans son regard alors que ce dernier allait de son visage à son pouce.
"C'est bon, je n'ai pas été passer quatre mois avec le clan pour qu'une si petite coupure me fasse perdre le contrôle!" S'impatienta-t-il en se dirigeant vers le devant de la classe pour rincer sa main et poser un pansement sur sa blessure.
Il croisa le regard de son parrain et lui murmura un "Tout va bien", en passant près de lui. Lorsqu'il retourna s'assoir à sa place, Hermione lui lança un regard désolé.
"Excuse-moi, je ne voulais pas t'insulter." Chuchota-t-elle en brassant lentement leur potion dans le sens des aiguilles d'une montre, comme cela était indiqué dans la recette.
Draco soupira. "Pas la peine de t'excuser, c'est moi qui suis plutôt à cran. Jai… j'ai un rendez-vous important après le cours. À… à l'hôpital." Murmura-t-il si bas qu'elle dû tendre l'oreille pour entendre. Elle se retint cependant de toute réaction, sachant combien il devait être difficile pour son ami de lui confier une telle chose.
"Est-ce que… vous vous reparlez depuis samedi?" Demanda-t-elle, s'assurant que personne n'épiait leur conversation murmurée. Bien entendu, elle était au courant de ce qui s'était passé entre les deux jeunes hommes. Elle n'avait pas revu Draco avant ce matin, mais Harry s'était confié à elle et à Ron dans la journée de dimanche, lorsque ces derniers l'avaient presque forcé à leur dévoiler ce qui s'était passé, excédés de le voir ruminer dans son coin avec ses airs de désespéré.
Draco fit non de la tête. "Non, j'ai passé la journée d'hier avec Remus."
"Ça a assez duré, c'est ridicule! Lui a passé la journée d'hier et le petit-déjeuner à se morfondre et à soupirer et toi tu as une mine de déterré et on croirait que tu vas exploser à la moindre remarque. Parlez-vous, nom d'un chien!" Dit Hermione un peu plus fort.
Instinctivement, Draco se retourna pour voir si le brun l'avait entendu et son ventre se tordit en voyant les deux prunelles vertes qui le fixait ardemment avant de détourner le regard pour se concentrer sur le chaudron posé devant lui. Le serpentard soupira et se concentra sur son travail, mais le cœur n'y était pas. Le restant du cours passa si lentement que le blond se demanda si on ne lui avait pas jeté un sortilège altérant ses perceptions.
Heureusement qu'Hermione était là pour mener à bien la concoction de leur potion, sinon il n'aurait pas pu finir avec un aussi bon résultat. La mixture avait pris une belle couleur bleutée, comme il se devait, et un parfum de noisette s'en dégageait. Néanmoins, il avait dû l'entendre lui dire combien sa dispute avec Harry était absurde et comment il devrait aller lui parler pendant le reste de l'heure et demie que dura le cours.
Lorsque le carillon annonçant la fin des cours sonna, tous les élèves se levèrent et la cohue habituelle s'en suivit. Les voix des élèves s'élevèrent alors qu'ils quittaient le cachot, certains finissaient de ranger leurs instruments, d'autres se précipitaient à l'avant pour remettre un échantillon de leur potion qu'ils venaient tout juste de terminer. Draco ramassa son manuel de potions et le fourra dans son sac, le reste de son matériel avait déjà été rangé depuis longtemps. Il salua Hermione qui devait se dépêcher à partir, car elle devait se rendre à son cours d'arithmancie qui commençait dans moins de cinq minutes et qui avait lieu à l'autre bout du château.
"Salut…" Dit une voix près de Draco et il sentit son cœur sombrer en la reconnaissant, il leva lentement les yeux pour voir qu'Harry se tenait juste à côté de lui, il semblait très mal à l'aise.
"…salut." Répondit le blond dans une voix étouffée, évitant le regard émeraude qui cherchait le sien.
"Il faudrait qu'on parle, Draco."
Ces paroles eurent l'effet d'une gifle sur le serpentard qui se recula d'un pas. Jamais, dans toute l'histoire de l'humanité ces paroles n'avaient laissé présager quelque chose de bon et il en était bien conscient. Le brun avait l'air fatigué, mais, mis à part cela, son visage ne trahissait aucune émotion, ce qui était très rare le concernant.
"Draco, nous devons partir." Appela la voix de Severus du devant de la classe.
Harry fronça les sourcils. "Tu vas quelque part?"
Draco détourna le regard en se mordant la lèvre inférieure. Pourquoi avait-il été capable de dire si facilement à Hermione qu'il avait un rendez-vous à l'hôpital et ne parvenait-il pas à le dire à son amoureux? Le soupir d'impatience provenant du brun le décida à parler.
"Oui… Je… J'ai un rendez-vous à… Sainte-Mangouste." Avoua Draco en prononçant le dernier mot d'une manière à peine audible.
Le visage d'Harry s'éclaira et il sembla à Draco qu'il s'était rapproché de lui.
"Draco, nous allons être en retard!" Répéta le professeur de potions en s'avançant vers les deux jeunes hommes, le reste de la classe s'était vidée et ils étaient maintenant seuls dans celle-ci.
"Ce soir, vingt et une heures, dans la salle sur demande?" Proposa Harry et le blond acquiesça en réponse, puis le gryffondor quitta la salle de cours.
Draco se tourna vers son parrain impatient, le suivit dans le couloir et jusque dans ses appartements. Remus les y attendait et il fit un sourire discret au blond en le voyant. Severus les somma une nouvelle fois de se dépêcher et jeta une pincée de poudre de cheminette dans le feu de foyer qui devint vert. C'était le moyen le plus simple pour se rendre à l'extérieur de Poudlard puisqu'il était impossible de transplaner dans l'enceinte de l'école.
"Sainte-Mangouste!" Crièrent-ils l'un après l'autre en passant dans la cheminée.
Ils se retrouvèrent dans le hall de l'hôpital qui, comme toujours, bourdonnait d'activités. La réceptionniste discutait avec deux hommes qui, d'après ce que Draco comprit de leurs voix hautes perchées, cherchaient un certain M. Finlus, tandis qu'une femme rondelette tenant une fillette tout aussi joufflue par la main s'impatientait en attendant son tour. Draco n'était venu que très rarement dans cet établissement, la dernière fois était lorsqu'il s'était cassé un bras, enfant.
Heureusement, Severus semblait connaître les lieux et ils n'eurent pas besoin de faire la file pour s'adresser à la réceptionniste. Remus et Draco suivaient le maître des potions et s'engouffrèrent dans l'ascenseur magique. Le blond vit que son parrain avait appuyé sur la touche menant au quatrième étage "Service de pathologie des sortilèges", il fronça les yeux, ce que vit immédiatement l'homme plus âgé.
"Le service de psychiatrie est aussi à cet étage." Expliqua-t-il.
Draco hocha la tête brièvement, nerveux, soudainement. Le mot psychiatrie ainsi prononcé dans la bouche de Severus rendait la chose encore plus réelle et non moins terrible. Une nausée monta en lui, il avait besoin de sortir de cet ascenseur immédiatement. Il fut presque aussitôt exaucé, car les portes s'ouvrirent dans un tintement de clochette et il entendit une voix enregistrée leur annoncer l'étage et ce qui s'y trouvait, mais il n'y porta aucune attention, se ruant à l'extérieur de la cage de métal.
Ils étaient dans un long couloir et sur le mur d'en face était vissé un écriteau indiquant les numéros des différents services et leur direction. Severus l'observa un instant et bifurqua vers la gauche. Ils passèrent une double porte et virent, qu'en haut de celle-ci, était écrit : Service de psychiatrie. Contrairement à ce qu'il avait pu imaginer, ils se retrouvèrent dans une salle d'attente absolument normale, un jeune homme était assis derrière le bureau de la réception et lui fit un sourire poli alors qu'il approchait.
"Bonjour, quel est votre nom?" Demanda le réceptionniste.
"Draco Malfoy." Répondit le blond à voix basse, espérant éviter d'attirer l'attention des autres personnes présentes dans la pièce sur lui, sachant les préjugés défavorables qui étaient associés à son nom.
Le réceptionniste tourna les pages d'un petit livret, cherchant du bout de son doigt et s'arrêta en poussant un petit "Ah Oui.".
"La psychomage Webbs vous rencontrera dans quelques instants, vous pouvez vous asseoir." L'invita-t-il en désignant la salle d'attente d'un geste vague de la main.
Draco marmonna un "merci" et prit place entre son parrain et Remus, comme s'ils voulaient l'entourer pour le protéger de quelque chose. Une jeune femme blonde vêtue d'une robe turquoise les dévisageait de l'autre côté de la salle, visiblement, elle l'avait reconnu et ne se cachait pas pour lui signifier le mépris qu'il lui inspirait. Draco évita son regard, tentant de se concentrer sur ses mains, tâchant de se calmer, car il craignait ce rendez-vous.
"Tout va bien, Draco?" Demanda soudain Remus, brisant le silence qui s'était installé entre eux depuis qu'ils avaient pénétré dans la salle d'attente.
"Ouais…" Répondit-il à voix basse.
"Penses-tu que le premier rendez-vous sera plus long que les autres? J'imagine qu'il faudra que tu remplisses des papiers." Continua le conjoint de son parrain.
Draco haussa les épaules. "Je ne sais pas…"
"As-tu vu, la fenêtre donne sur le parc en face, c'est très beau." Dit Remus en pointant ladite fenêtre.
"On n'est pas obligé de parler, Remus." Répondit Draco qui n'avait pas du tout envie d'engager la conversation, car il tentait uniquement de conserver son calme alors qu'il sentait le stress monter en lui.
Le loup-garou se tut en faisant une moue et se tourna vers Severus, mais ce dernier ne dit pas un mot, appuyant silencieusement son filleul. Remus parut vexé et prit une revue qui était posée sur la table basse devant eux et commença à en tourner les pages rapidement.
"Monsieur Malfoy?" Interpella alors une voix grave et calme.
Il leva les yeux et aperçut une grande femme revêtue de l'habit vert pâle des psychomages de Sainte-Mangouste, ses cheveux très courts lui donnaient un air sévère, mais son regard était doux et un sourire sincère éclairait son visage. Il se leva, jetant un dernier regard vers Remus qui souriait trop, comme d'habitude.
"Bonjour, je suis la psychomage Vivian Webbs, psychiatre." Ajouta-t-elle en lui tendant une main qu'il serra, puis elle l'invita à le suivre.
La journée avait été longue et éprouvante pour Severus, mais il n'osait imaginer ce que ça avait dû être pour son filleul. Autant il était persuadé qu'ils avaient pris la bonne décision et que Draco devait être suivi par des professionnels, autant il se doutait que cela devait être difficile pour lui et pour eux. Son souffle s'était bloqué dans sa gorge l'instant d'un battement de cils lorsqu'il avait aperçu le mot "Psychiatrie" apposé sur le mur de l'hôpital un peu plus tôt. C'était un mot tellement lourd, tellement chargé de sens, un mot qui se prononce à voix basse en s'assurant que personne autour ne tend l'oreille, un mot qui donne l'impression qu'on a atteint un point de non-retour.
Pourtant, il savait que c'était non seulement la meilleure solution, mais la seule ou, du moins, la seule connue de lui et de Remus qui était devenu, il fallait l'avouer, le second parrain de Draco. C'était d'ailleurs au loup-garou que le blond s'était confié et cela confortait le maître des potions qu'une telle relation ait pu se tisser entre les deux hommes les plus importants dans sa vie.
À leur retour de Sainte-Mangouste, devant l'évidente hésitation de Draco à quitter leur appartement, Remus et Severus l'avaient invité à diner avec eux, loin de la Grande salle. Ils avaient discuté de tout et de rien, évitant sciemment de parler de l'hôpital, se disant que si le blond désirait aborder le sujet, il le ferait, mais n'ayant pas envie de le brusquer, au risque que ce dernier se braque.
À un moment donné, cependant, au détour d'une conversation sur les propriétés insoupçonnées des algues de la baie de Fundy dans les potions d'invisibilité qui ennuyait profondément Remus, cela arriva. Draco cessa abruptement de parler, puis un air pensif s'afficha sur son visage aux traits tirés par la mauvaise nuit qu'il avait passée.
"Elle m'a donné certains exercices de respiration, j'ai un peu de mal à croire que cela puisse changer quelque chose." Dit-il, sans préambule, le regard dans le vague comme s'il se parlait plus à lui-même qu'autre chose.
Remus déglutit en lançant un regard à son amant, se demandant s'il ferait mieux de répondre ou pas, mais il n'en eut pas le temps, car le blond continua.
"Elle n'a pas voulu me dire combien de temps ça prendrait, elle ne sait pas si un jour je serai complètement guéri, elle a dit que je devrais travailler pour y arriver." Pousuivit Draco, sans lever les yeux. "Et…euh… il se peut que les potions doivent être réajustées… elle… m'a dit que c'était normal, que si je ne me sentais pas bien, je devais l'en aviser, que c'est difficile de trouver le bon dosage, parfois."
"Si c'est le cas, tu pourras lui en parler la semaine prochaine." Dit Remus pour combler le silence qui s'était à nouveau déposé sur eux, comme une fine pellicule, les empêchant de respirer tellement ce qui se déroulait était fragile, éphémère.
Draco acquiesça. "Même si je n'y crois pas, je vais les faire, les exercices de respiration, ne vous inquiétez pas."
Remus posa une main sur celle de Draco, mais ce fut Severus qui parla, plongeant son regard noir dans celui du fils de l'homme qui avait été, jadis, son meilleur ami. "Tu n'es pas seul là-dedans et tu es fort, tes parents seraient fiers de toi."
Le jeune homme leva les yeux au ciel, comme si ce que venait de lui dire son parrain était non seulement ridicule, mais impossible à croire. "Pfff, je ne pense pas non… Je suis…" Il haussa les épaules en détournant le regard, honteux. "…minable."
"Je t'interdis de dire une telle chose, Draco Malfoy!" Se fâcha soudain le Directeur de Serpentard, faisant sursauter les deux autres par ce brusque changement de ton. "Tu n'es pas minable, bien au contraire! Tu as accompli plus, en moins d'un an, qu'un nombre incalculable de personnes, tu as combattu durant la bataille finale, tu as survécu à des choses… innommables, tu as appris à maîtriser une magie puissante en quelques mois, tu t'es relevé chaque fois, de plus en plus fort. C'est normal que tu aies besoin d'un peu d'aide, on a tous besoin d'aide un jour ou l'autre. J'ai été le premier à en avoir besoin après la Première Guerre… Alors je t'interdis de dire de telles énormités!"
Draco l'écouta avec attention, un air surpris sur son visage. Peu habitué à ce que Severus tienne ce genre de discours.
"Je voudrais juste que tout se règle, tout de suite. Je…avec Harry…" Hésita le blond, visiblement un peu mal à l'aise de parler de son amoureux en présence des deux hommes.
Severus fronça les sourcils, se demandant ce que le maudit gryffondor avait fait à son filleul, mais Remus parla avant lui, coupant court à la réplique acerbe sur le brun qu'il s'apprêtait à sortir.
"Ne t'en fais pas avec ça, il est têtu comme une mule, mais ça va s'arranger. Il… il t'aime sincèrement et je suis certain qu'il souffre autant que toi de votre dispute." Dit Remus d'un ton calme. "Il est un peu comme son père quant à cela et je suis certain que s'il en a discuté avec Ron ou avec Hermione, ils ont dû lui faire entendre raison."
"Une dispute?" Intervint Severus, mais les deux autres l'ignorèrent, ce qu'il n'apprécia pas du tout.
"Je ne sais pas…" Répondit Draco au loup-garou et la tristesse présente dans ses yeux fit serrer les dents à son parrain qui avait bien envie de se rendre jusqu'à la Tour des gryffondors pour lancer un sortilège particulièrement douloureux à celui qui avait fait souffrir son filleul.
Un cognement fort à la porte interrompit leur conversation et ils se tournèrent tous vers celle-ci. Severus se leva en grognant, certain qu'il s'agirait de McGonagall, car c'était l'une des seules personnes qui oserait venir cogner à sa porte un lundi soir sur l'heure du repas. En ouvrant la porte, il fut donc surpris de se retrouver en face de Kingsley Shacklebolt. La mine sérieuse affichée sur le visage de l'auror lui fit froncer les sourcils, car l'homme à la peau noire affichait normalement un sourire invitant et sa bonne humeur semblait à toute épreuve.
"Bonsoir Severus." Dit l'homme en posant une main sur le côté de son bras, comme il le faisait toujours en guise de salutations.
Severus le salua en retour. "Tu veux voir Remus?" Demanda-t-il, sachant que son amant et l'auror étaient amis, même si la mine sérieuse de l'homme lui laissait croire qu'il n'était pas ici pour une simple visite de courtoisie.
"Non, est-ce que tu me permets d'entrer?" Répondit-il et Severus acquiesça lentement en refermant la porte derrière lui tandis qu'il pénétrait dans l'appartement. Le maître des potions vit que le regard de Kinglsey était posé sur Draco et cela réveilla un instinct de protection en lui, il aurait voulu soustraire son filleul à ce regard, sans trop savoir pourquoi.
"Je suis ici dans le cadre de mes fonctions et je désire parler à monsieur Malfoy, en fait." Ajouta-t-il.
"À moi?" Demanda Draco, étonné.
Severus s'interposa aussitôt. "C'est à quel sujet?"
"Il vaudrait mieux que je parle avec lui seul à seul." Répondit l'homme.
"Hors de question, je suis son tuteur légal et j'exige de savoir de quoi il s'agit!"
"Inutile de te fâcher Severus, je ne suis pas ici pour accuser ton filleul, bien au contraire. Assoyons-nous tranquillement, ce sera assez difficile comme ça, nul besoin de s'énerver." Dit-il en prenant place à la table où étaient assis Remus et Draco. Ce dernier le dévisagea avec méfiance. ""Draco, préfères-tu me rencontrer seul?
Le blond fronça les sourcils et Severus se doutait que mille pensées devaient s'agiter dans sa tête. Kingsley n'aurait pas pu choisir un pire moment, son filleul était fatigué de sa journée à l'hôpital.
"Ils peuvent rester, je préfère qu'ils restent." Répondit Draco, rapidement en regardant tour à tour Severus et Remus.
L'auror hocha la tête lentement et sortit du sac qu'il avait avec lui, un dossier volumineux qu'il posa devant lui, ainsi qu'une plume. En ouvrant les pages de ce dernier, Rogue put voir qu'il contenait des pages et des pages de textes, de notes et des photos qui défilèrent trop rapidement pour qu'il puisse voir ce qu'elles représentaient.
"Draco, je suis ici parce que l'un des mangemorts accusés après la guerre a fait certains aveux te concernant…" Commença l'homme, mais il fut interrompu par Severus.
"Qui?" Coupa-t-il.
"Severus, je te saurai gré de ne pas m'interrompre, sinon je devrai te demander de sortir." Répliqua Kingsley.
Severus soupira d'agacement, détestant ce qui se déroulait sous ses yeux sans qu'il ne puisse rien y faire. "Tu es tout de même chez moi." Maugréa-t-il entre ses dents serrés et cela lui valut un regard agacé de l'auror et de Remus.
"Il s'agit d'un évènement qui se serait déroulé le…" Il tourna les pages de son rapport rapidement et Rogue constata qu'à chaque fois qu'une page était tournée, Draco pâlissait de plus en plus, ses mains agrippaient fermement le rebord de la table. "Ah voilà… Le 12 août dernier. Est-ce que tu sais de quoi je veux parler?"
Le serpentard fit non de la tête et répéta le mouvement encore et encore, comme un automatisme, alors que son corps était parcouru de tremblements. Severus lança un regard à Remus qui posa très doucement une main sur le bras de Draco, tout en se rapprochant de son filleul.
"Tu en es sûr? Je comprends que c'est difficile, mais tu dois me dire ce qui s'est passé, ceux qui t'ont fait ça ne doivent pas rester impunis. Nous avons déjà les aveux de l'un d'eux, mais ce ne sera pas suffisant pour faire condamner les autres." Insista l'auror.
"Je ne sais pas de quoi vous voulez parler... Ils finiront leurs jours à Azkaban de toute manière, pour la plupart…" Répondit le blond en croisant les bras sur sa poitrine et Severus soupira.
"Draco…" Commença le maître en potions qui comprenait la réaction de son filleul, mais qui était d'accord avec Kingsley, ces monstres devaient être punis pour leurs crimes, tous leurs crimes.
Draco se leva soudain de la table et tapa de toutes ses forces sur le dessus de la table d'acajou. "Quoi? Ça ne vous satisfait pas comme réponse? Vous préférez que je vous raconte ce qu'ils m'ont fait dans les moindres détails? Ça vous plairait ça de savoir que les Malfoy ont finalement eut ce qu'ils méritent?"
"Il serait préférable de se rencontrer à un autre moment, lorsque tu seras plus calme." Intervint l'homme à la peau noire d'un ton apaisant, tentant de calmer le jeune homme.
"Non! Hors de question! C'est maintenant ou jamais et ensuite, ne vous avisez même pas de remettre les pieds ici pour me parler de ça." Répliqua le blond.
"Bon… très bien, je vais prendre des notes, raconte-moi."
Draco se rassit à la table et prit une profonde inspiration, Severus vit qu'il tremblait. "Étienne me retenait." Dit le serpentard à mi-voix.
"Étienne qui?"
"Étienne Frédyk, il est mort de toute manière. C'était dans le parc du manoir. Ils… ils me frappaient, m'insultaient."
"Combien étaient-ils?"
"Dix, vingt, je ne sais pas."
"Est-ce qu'ils ont tous…"
"J'ai cessé de compter après le cinquième, mais je pense que oui. Ça a duré… longtemps."
"Au manoir Malfoy?"
Draco acquiesça. Puis les questions s'enchaînèrent et le blond y répondit, d'une voix détachée lointaine, souvent il ne parvenait pas à se rappeler tous les détails, il s'en voulait, se fâchait, mais il ne pleurait pas. L'auror lui demandait toujours de plus en plus de détails qui semblaient sans importance à Severus, mais son filleul y répondait, comme un automate.
"Dans quelle position étais-tu?"
Draco eut un haut-le-cœur, mais il ne vomit pas. "Quelle importance ça a? Pourquoi voulez-vous savoir ça?" Demanda-t-il avec agressivité, toutes ces question l'épuisaient.
"Pour le procès, nous devons connaître tous les détails." Expliqua Kinglsey.
"Il m'a souri."
Le récit du serpentard était décousu, il l'avait été depuis le début. Comme si raconter ce qui s'était passé en partant du début et en se rendant à la fin, de manière chronologique était trop difficile. Comme s'il ne pouvait appréhender ce qui lui était arrivé d'un seul coup, il préférait y plonger et en ressortir aussitôt et, à chaque fois, il atterrissait dans un endroit différent de sa narration, ce qui n'était pas facile à suivre. Cela donnait l'impression de regarder un album photo dont les pages auraient été mélangées.
"Qui?" Demanda l'auror.
Draco haussa les épaules. "Greyback a été le premier, puis le père de Goyle, ensuite je ne sais plus. J'avais tellement mal. J'étais sur le dos. Tout ce temps, il me tenait les bras et il me souriait, je suis certain, je suis certain qu'il me souriait. Ils poussaient des grognements, des halètements, comme des animaux et ils s'agrippaient à moi. J'étais sur le dos. Je crois, non, je suis sûr. Ils puaient, j'avais envie de vomir, de mourir. J'aurais voulu qu'on me tranche la gorge, qu'on me tue. J'étais sur le dos, je pense, non, je ne sais pas. Je sais qu'il me souriait, ça je suis sûr."
Il revenait sans cesse à ce détail, de sourire.
"Ont-ils posés d'autres gestes?"
"Ils grognaient, ils soufflaient, ils riaient et moi je regardais ses yeux pendant tout ce temps, j'ai perdu connaissance. Je me suis réveillé dans les donjons et j'ai pleuré de ne pas être mort."
"Mis à part la pénétration anale, ont-ils posé d'autres gestes?" Redemanda l'auror.
"Oui… dans ma bouche." Répondit Draco dont le voix se brisa, mais il ne pleura pas.
Severus serrait les dents à les faire grincer et depuis un long moment, Remus tenait sa main, posée sur sa cuisse, comme s'il s'accrochait à lui pour ne pas couler, pour ne pas être noyé par l'horreur de ce qu'ils entendaient.
"Tu as dit qu'Étienne te tenait, y avait-il quelqu'un d'autre?"
"Je ne sais pas… Oui, peut-être."
"De quelle façon de tenaient-ils? Avec quelle force?"
"Par les bras, fort, sinon je me serais débattu." Répondit Draco.
"As-tu tenté de te débattre?" Demanda Kinglsey.
"C'est sûr! Pensez-vous que je me suis laissé faire? Pensez-vous que c'est ce que je voulais? Pensez-vous que je le méritais?" S'écria le blond alors que les larmes inondaient son visage pour la première fois depuis le début de l'interrogatoire.
"Non, bien sûr que non, je dois néanmoins tout savoir. Ce n'est pas de la curiosité malsaine, c'est le seul moyen de s'assurer que ces salauds auront ce qu'ils méritent."
"Oui, je me suis débattu. Mes poignets étaient marqués…après. Je m'en souviens."
"Pendant combien de temps Greyback t'a-t-il pénétré?" Demanda l'auror d'un ton qui se voulait le plus neutre possible.
"Je ne sais pas… Longtemps, je ne sais pas."
"Et Goyle?"
"Je ne sais pas… J'avais tellement mal…" Répondit Draco dont les larmes s'intensifiaient.
Remus intervint. "On ferait peut-être mieux de prendre une pause?"
"Non, on continue." S'objecta Draco et il continua de répondre aux questions pendant les deux heures qui suivirent.
Note de l'auteur :
Chers lecteurs,
J'avoue que j'abuse un peu de la relation quasi paternelle qui s'installe entre Remus et Draco, mais je ne peux absolument pas résister. C'est beaucoup trop, mais beaucoup trop tentant d'écrire des scènes comme cela. En plus, puisque les 48 premiers chapitres étaient plutôt durs, je me permets cet intermède un peu plus sentimental, et ce, sans aucun remords.
En espérant que cela vous plaise.
Pour le passage de l'interrogatoire de Draco, je remercie mon amie intervenante, car moi je suis une avocate de la défense, donc je suis habituellement de l'autre côté… C'était donc assez bizarre d'écrire cela.
Merci de votre continuel soutien, je répondrai, comme toujours, aux reviews, mais ça, vous le savez déjà.
À très vite,
-xxx-
Harley
