HELLO mes raviolis cartonnés ! Ca faisait presque un mois que vous l'attendiez et le voici !
Au programme, des gâteaux au béton, des lettres à en chialer et des photos SEXYYYY !


Chapitre 12 - Le sauvetage du jour de l'an


— L'âme d'Ariana Dumbledore ?!

C'est en entendant l'écho de sa voix que Kate se rendit compte qu'elle venait de crier sans le vouloir. Cela ne concordait clairement pas avec toutes les hypothèses qu'elle s'était construites jusqu'à présent. À côté d'elle, Maggie et Terry restèrent cois. En particulier ce dernier qui commençait enfin à identifier cette personne qui parlait certaines nuits à travers Kate.

— Comment pourrions-nous en être sûrs ?
— Pourquoi chercheriez-vous à le savoir ?! C'est dangereux !
— C'est… encore plus dangereux de porter ça en sachant ce que vous venez de nous dire ! trembla Kate. Vous êtes en train de me dire que ce pendentif est maudit et que l'âme d'une morte s'y trouve ! Je veux en avoir le cœur net ! Je veux le savoir !
— Ça t'apporterait quoi, Kate ?!

La remarque craintive de Maggie attira l'attention vers elle afin qu'elle étale davantage sa pensée.

— Laisse le pendentif ici ! Ça vaut mieux ! Moins on en saura, mieux ce sera !
— Je refuse de le récupérer ! s'opposa Griselda en secouant l'index.
— C'est le pendentif de ma mère, expliqua Kate à sa meilleure amie, en tentant de garder son calme. Je ne peux pas. Il représente beaucoup trop ! Mais si on peut éclaircir le mystère…
— Cela fait presque quatre ans que l'on essaie d'éclaircir des mystères, reprit Maggie, et jusqu'à présent, ça nous a attiré beaucoup d'ennuis.
— Donc, pour toi, l'ouverture de Papillombre est un ennui ?
— Non, mais la Sorcière Bleue fait pencher la balance !

Sans s'y fier, Kate, déterminée, reformula sa question :

— Y a-t-il un moyen de savoir si l'âme d'Ariana est réellement dans ce pendentif ?

Griselda se tripota ses vieux doigts ridés.

— Peut-être. La divination est une science qui permet bien de communiquer avec les esprits de l'autre monde. Mais j'ignore comment faire dans ce cas précis.
— Nous n'avons rien à perdre !
— Oh, si, si ! se haussa Maggie. On peut y perdre ! C'est dangereux !
— Je pensais que tu ne croyais pas à la divination ?
Cette interrogation fit rougir Maggie.
— Non, je n'y crois pas, mais avec toi, tout peut arriver !
— Que risque-t-on ? demanda Terry à la vieille sorcière.

La mine de Griselda s'assombrit et elle fit léviter ses doigts devant elle pour imiter le mouvement d'un voile.

— Les esprits qui viennent de l'au-delà peuvent jouer de mauvais tours. S'ils sont malveillants, ils peuvent nous influencer.
— Ariana Dumbledore n'était pas une personne malveillante, de ce que j'en sais… marmonna Kate, peu rassurée.
— La petite a tué sa mère, jeune fille, lui rappela Griselda avec de grands yeux de chouette. Qui sait quel sombre être se cachait au fond de ce regard de lumière ? Aussi… est-ce ce que tu désires réellement ?
— Je n'aurais jamais dû vous proposer de venir ici ! pestait Maggie à voix basse, alors que Griselda disposait une ouija sur une antique table basse.
— On doit le savoir.
— Kate, je suis assez d'accord avec Maggie, objecta Terry. Partons d'ici. On trouvera d'autres moyens.
— Quand ? Dans deux mois ? Deux ans ? Deux décennies ? On n'a pas le temps, Terry. Moi non plus ça ne me fait pas plaisir. Mais je dois savoir.
— On va payer fort le prix de ta curiosité, Kate… grinça Maggie.
— Mais non, tout va bien se passer, tenta-t-elle de la rassurer en lui frottant le bras.

Quand la disposition des pièces fut fin prête sur le plateau, Griselda les invita à les rejoindre et tous les quatre s'assirent en tailleur autour de la table.

— Ecoutez bien mes instructions, les enfants. Car ne pas les respecter pourrait vous nuire. Ceci est une ouija.

Elle leur désigna l'objet en bois en forme de goutte, aussi gros qu'une main, et percée en son centre par un trou. En-dessous se trouvait une grande surface pyrogravée, garnie d'ornements occultes anciens, de l'alphabet, de chiffres et de mots tels que « oui », « non » ou encore « good bye ».

— Quand je vous le dirai, vous mettrez deux de vos doigts dessus et vous ne devrez pas les retirer, quoi qu'il arrive. La politesse est de mise quand on s'adresse à un esprit. Si vous voulez poser des questions, demandez-moi en premier, mais surtout soyez calmes et prudents. Ils peuvent être manipulateurs. Peuvent vous mentir. Aussi, même si ça peut être beaucoup vous demander, réfléchissez deux fois avant de parler. Compris ?

Les trois acquiescèrent d'un signe de tête. Puis Griselda demanda à Kate :

— Pose délicatement le pendentif sur la goutte. De façon à ce qu'il laisse le trou libre.

Sortant le pendentif de la poche, elle souleva le cordon, faisant balancer la pierre, mais Maggie l'attrapa.

— Hey !
— Je vais le faire ! intervint-elle. Avec ta maladresse, tu vas le faire tomber à côté.

Devant reconnaître ce fait, Kate le lui céda en soupirant, vérifiant que Griselda ne s'y opposait pas. Avec minutie, Maggie amena le pendentif au-dessus de la ouija et la déposa, faisant retomber le disque violet sur le bois.

— Bien. Nous allons pouvoir commencer. Vos doigts…

Après un dernier regard de réconfort mutuel, ils avancèrent leurs doigts et les posèrent sur la goutte mobile, guettant la moindre réaction de leur environnement.

— Esprit, es-tu là ? gronda Griselda avec sa voix râpeuse de vieille femme, les yeux mi-clos.

Aussitôt, leurs doigts convergeant tremblèrent et la ouija roula lentement sur le plateau jusqu'au « oui ». Maggie ouvrit la bouche, s'apprêtant à répliquer, mais le regard sévère de Griselda eut raison de sa désinvolture. La sorcière attendit que la goutte revienne au milieu du plateau pour poursuivre.

— Résides-tu dans ce pendentif ?

De nouveau, la plaquette de bois rejoignit le « oui ». Le sang de Kate lui montait à la tête à tel point qu'elle entendait les battements sourds de son cœur et sentait ses vaisseaux taper la cadence dans son cou. Et soudainement, la ouija glissa jusqu'au « non ».

— Qu'est-ce qu'il se passe ?! s'inquiéta Terry.

Mais Griselda lui fit signe de se taire pour ne pas compromettre la séance de spiritisme.

— Es-tu… Ariana Dumbledore ?

De nouveau, le « non » fut pointé. Les quatre participants partagèrent un regard empli de doute. Qui pouvait donc bien s'exprimer s'il ne s'agissait pas de la supposée Ariana ? Griselda se pencha et marmonna alors d'une voix prudente :

— Comment t'appelait-on de ton vivant ?

Doucement, la ouija roula par-dessus les lettres et effectua un arrêt sur le « M ». Avant d'être saisie de tremblements chaotiques. De plus en plus puissants.

— N'enlevez pas vos doigts ! leur ordonna Griselda en contenant sa propre panique.
— Kate ?

Maggie avait apostrophé sa voisine en remarquant que cette violente hésitation de la ouija ne la faisait pas réagir. L'adolescente était penchée au-dessus du plateau, le regard vide. Et cela éveillait bien plus de crainte en Maggie que la frénésie de la plaquette. Car cela rappelait en elle l'épisode du Samain, durant lequel Kate, possédée, avait molesté Chad dans une clairière de la Forêt Interdite.

— On doit arrêter ! implora-t-elle Griselda. Maintenant !
— On ne peut pas ! Calmez-vous !
— Kate ne peut pas supporter ça ! Si on continue, il sera trop tard !
— Qu'est-ce… que voulez-vous dire ?!

L'avertissement de Maggie prit tout son sens quand Kate redressa la tête, affichant des yeux opalescents. Peu à peu, la ouija se calma au bout de leurs doigts.

— Kate… ? osa Terry, prudent, alors que le silence était brutalement retombé dans la réserve de l'antiquaire.

Le visage sans expression de son amie se tourna vers lui et il reconnut sans mal ces yeux, qu'il avait déjà croisés, cette nuit-là, sur le toit de son appartement.

— Ne faites pas ça, supplia avec indifférence la voix à travers Kate. Elle n'est pas prête pour le savoir. Vous risquez de réveiller quelque chose qui la surpasse.

Alors qu'elle parlait, la ouija se mit à fumer ; le pendentif brûlait sa surface, aussi chaud que le fer de forge. Griselda était épouvantée par ce phénomène, alors que tous se faisaient violence pour ne pas détacher leurs doigts, de plus en plus douloureux.

— Elle n'est pas prête, répéta Kate.
— Prête à quoi ? s'inquiéta Maggie avec une voix aiguë. À savoir quoi ?

La ouija tenta de bouger, mais une résistance s'exerça dessus ; les doigts possédés de Kate refusaient de se mouvoir. Sur le bois, le pendentif sifflait. Un sourire s'étira alors sur le visage de la jeune sorcière.

— Pas maintenant.

Et de manière délibérée, elle poussa la ouija brûlante jusqu'au « Good Bye ». Comme une marionnette dont les fils auraient été coupés, Kate s'écroula sur la table et lâcha la goutte, abandonnée tour à tour par les autres participants.

— Kate !

Terry se précipita et la souleva légèrement pour pouvoir l'allonger à terre tandis que les sifflements du pendentif se tarirent.

— Elle respire ! constata Maggie avec soulagement. Kate ?

Tapotant sur sa joue, elle força la jeune fille à reprendre connaissance, papillonnant des paupières.

— Je ne veux plus jamais vivre ce genre d'expérience ! scanda Maggie. C'est compris ?!
— Tu as eu encore une absence, lui expliqua Terry alors que Kate les dévisageait avec un regard à la fois douloureux et interrogateur.

Elle lui attrapa alors le poignet : la peur se lisait sur ses traits.

— Qu'est-ce que… j'ai fait ?!
— Rien, la rassura-t-il.
— Tu n'as frappé personne cette fois, renchérit Maggie.
— Ca va aller.

Alors qu'ils la relevaient, Griselda observait les dégâts que le pendentif avait fait sur la ouija encore fumante et toute noircie.

— Sortez d'ici, leur intima-t-elle, terrifiée, en leur jetant le pendentif que Maggie attrapa d'un réflexe. Et ne revenez plus jamais.

Ils ne cherchèrent pas à se défendre et quittèrent l'antiquaire en soutenant Kate, chacun d'un côté.

— Plus jamais, répéta Maggie. Qu'elle ne s'inquiète pas. Je ne comptais pas revenir ! Ça va mieux, Kate ? Tu peux marcher seule ?

L'adolescente hocha la tête et se secoua légèrement pour stimuler ses membres engourdis.

— Ce n'était pas Ariana, souffla-t-elle.
— On n'en sait rien, réfléchit Terry. Sur la ouija, ça a dit « non »… Mais peut-être que ça a menti.
— Quand on lui a demandé son nom, ça a commencé par « M », puis ça s'est affolé. Tu penses que ça peut être Maëva ?
— Aucune idée, Maggie… Je ne sais pas vraiment quoi en penser.
— La ouija ne semblait pas savoir non plus quoi en penser. Tu as vu un peu ?
— Non, justement. Je… je ne me souviens pas. J'ai perdu le fil…
— Tout s'est affolé sur le plateau, raconta Terry. Ca alternait « oui », « non », plein de lettres dans le désordre. Comme si…
— Comme si ça se battait.
— Attends. Tu penses qu'il serait possible qu'il y ait eu non pas un, mais deux esprits ?! Et qu'ils n'arrivaient pas à communiquer parce qu'ils étaient justement deux à essayer de nous parler ?

Kate se tut et enroula son écharpe, comme un refuge à son incompréhension, fourrant son nez dedans, alors qu'ils reprenaient leur marche dans les rues de Londres.

— Je ne sais pas… Je veux juste rentrer chez moi. C'est tout…


Maggie se porta volontaire pour raccompagner Kate jusqu'à Carlton par Magicobus. Ils n'éventèrent pas leur plan ; moins les gens en savaient, plus ils pouvaient garder Electra écartée du chemin de sa proie.

— Merci encore d'être venue… souffla Terry à sa petite amie, devant les marches du Magicobus à l'arrêt, tandis que Kate payait les places auprès de Dean avec l'argent des Dawkins, son sac sur le dos et son Fuselune en main.
— Tu avais besoin de moi, lui sourit-elle. Et ça me donnait une bonne occasion de m'enfuir de chez moi !
— J'ai tout le temps besoin de toi…

Touchée par ses mots, Maggie se haussa sur la pointe des pieds et l'embrassa avec tendresse, sans se soucier des éventuels spectateurs, comme cette sorcière d'âge mûr qui les observait avec un air intéressé depuis l'intérieur du Magicobus.

— C'est que tu serais devenu accro, Diggle, nasilla-t-elle, leurs visages proches.
— Pas autant que toi ! répliqua-t-il en lui enfonçant son bonnet sur les yeux.
Maggie râla en remontant la laine, qu'elle réarrangea sur ses cheveux ondulés.
— Hé, on y va ! l'appela Kate, en haut des marches du Magicobus.
— Prends soin de ton père, marmonna Maggie à Terry. Et de toi aussi, surtout…

Elle mâchait ses mots, comme espérant qu'il ne les entende pas.

— Je t'envoie Hiccup tout à l'heure.
— Pas de soucis. Je le réceptionnerai à Thinkshold dès que j'arrive.
— Bon voyage, Maggie. Je t'aime.
— Oui, tu me l'as déjà dit tout à l'heure.

Terry préféra en rire et laissa Maggie monter dans le Magicobus – retenant sa respiration pour éviter d'avoir à supporter les premières odeurs du transport – avant qu'elle et Kate ne se dirigent vers un duo de sièges libres.

— Tu veux la fenêtre peut-être ? lui proposa Kate après avoir rangé son Fuselune dans le porte-bagages.

Maggie opina du chef et prit place près de la vitre. Les premières secondes, elle évita de poser son regard au dehors. Mais elle céda et croisa le regard de Terry, qui assistait à leur départ depuis le trottoir. Elle en fut tellement absorbée qu'elle manqua de s'accrocher quand le bus bondit à la vitesse de la lumière.

— Vous devriez faire un pari sur « quand tu arriveras à le lui dire », se moqua Kate. En vrai, je veux dire. Par pendu, ça ne compte pas !
— Tais-toi, Whisper, grommela Maggie, agrippée à la barre du siège de devant, se retenant de vomir. Tais-toi… !


— Carlton !

L'annonce de Dean fit bondir Kate de son siège qui courut rattraper son Fuselune ayant roulé au fond du bus avec la violence du trajet.

— Merci de m'avoir accompagnée, s'arrêta-t-elle en repassant vers Maggie.
— Pas de quoi, trancha cette dernière, pâle.

Kate se pencha alors vers sa meilleure amie et déposa un baiser sur sa joue tout en lui frottant l'épaule, geste qui déconcerta Maggie.

— Rentre bien, lui souhaita-t-elle. Et encore bravo pour tout ce que tu as fait aujourd'hui.
— Je ne le referai pas deux fois… ! grommela Maggie.

Après un dernier sourire, Kate la quitta et descendit du Magicobus en saluant Dean Thomas au passage. Une fois qu'elle fut seule sur Owlstone Road, l'adolescente soupira et ne put s'empêcher d'éprouver de la tristesse en détaillant la voiture noire de son père, toujours garée dans l'allée du garage et inutilisée depuis l'incarcération de son propriétaire. Par respect, Grace n'y touchait pas non plus, se contentant de parquer sa propre petite voiture cabossée en biais sur le trottoir.
Kate ne prit pas la peine de sonner avant d'entrer et entendit le bruit lointain d'une émission de radio. En franchissant la porte de la cuisine, elle retrouva alors sa mère, occupée à donner de la compote à sa sœur, déjà barbouillée de purée de carotte. Aussitôt, Grace leva vers elle de grands yeux et cessa toute action.

— Chérie !

Grace mit de côté le pot de fruits mixés – au grand désespoir d'Abby qui brailla – et se leva pour étreindre sa fille aînée.

— Est-ce que ça va ? s'inquiéta-t-elle en tenant ses épaules.
— Oui, je n'ai rien, maman. Ça va…
— Et mister Diggle ?
— Il… il est blessé. Pour l'instant, il ne peut pas remarcher.
— Mon Dieu !
— Mais bon. Les guérisseurs sont optimistes. Les sorciers arrivent même à soigner ça.

Grace poussa un soupir peu convaincu, puis, après quelques secondes de silence, retourna vers sa fille cadette qui gigotait sur sa chaise haute, dans l'attente de la suite de ses entremets de bébé.

— Viens t'asseoir.

Sans un mot, Kate prit place à la table et accorda une petite caresse à Abby.

— Raconte-moi, alors, souffla Grace.
— Azkaban ?

Le hochement de tête de sa mère valida sa réponse. Alors, Kate lui narra tout en détails. Du voyage pour parvenir à la prison, du directeur fou qui avait réagencé les lieux, des conditions de l'entretien, de ses retrouvailles avec son père, de la discussion qui s'en était suivie. Elle n'omit aucune précision. Si ce n'était le drame qui s'était produit sur le chemin du retour. Grace écoutait avec une mine qu'elle aurait voulu indifférente, tout en finissant de donner à manger à Abby, inconsciente de la portée des propos partagés.

— Et… j'ai quelque chose pour toi.

Quand Kate ramena son sac rapiécé sur ses genoux et ouvrit la fermeture éclair, Grace pivota la tête. Elle afficha une expression dubitative en voyant cette vieille boîte en carton que Kate tenait entre ses mains comme un véritable trésor.

— Des lettres de papa.

En fouillant dedans, Kate en sortit les plis adressés à sa mère et les lui tendit. Grace les attrapa avec une main tremblante, les lèvres entrouvertes et frissonnantes, et les ramena vers elle pour en lire les titres.

— Il y en a aussi pour Abby. Et… Maman ?

La main pinçant l'arrête de son nez, Grace avait commencé à sangloter alors qu'elle continuait de fixer les lettres, confectionnées à partir de journaux délavés, avec des yeux embués de larmes. Après des mois de retenue, de paraître et de mensonges auprès de sa famille, elle craquait.
Kate reposa la boîte en carton sur la table et se leva, peinée, retira Abby de sa chaise haute, étonnement silencieuse face au chagrin de sa mère, et la plaça dans les bras de Grace. Puis, l'adolescente la contourna et enroula ses bras autour du cou de sa mère, sa joue contre sa tempe.

— On sera toujours là pour toi, maman. Moi et Abby. Toujours…

Un goût amer lui restait en bouche, alors qu'elle était remontée dans sa chambre quand ce fut l'heure pour elle de se coucher. Sans prendre la peine de fermer ses volets, elle s'assit sur le lit, son sac à ses pieds, et médita un instant, le regard fixé sur la peluche de licorne que lui avait offert Terry. Puis, après un temps, elle se décida à déballer les lettres de son père du carton, à la recherche d'une qui ferait l'affaire pour cette journée bien singulière. Phil avait tout prévu. Elle en avait la certitude en lisant la mention « Quand tu seras revenue à la maison » sur l'une des enveloppes. Tremblant de tous ses membres, Kate ouvrit le billet froissé tout en s'allongeant en douceur.

Ma chipie,

J'espère que toutes les lettres n'ont pas été trop lourdes à porter pour toi. Et que tu n'as pas renversé ton sac. Il ne manquerait plus que tu aies semé des lettres sur le chemin du retour ! Mais étonnamment, ça te ressemble bien.

Je t'ai écrit ces lettres pour tous ces moments particuliers de ta vie, auxquels je ne pourrai pas assister. Pour qu'une petite partie de moi soit encore là malgré tout. Tu verras. Il y a de tout. Mais je suis certain que tu trouveras les mots qu'il te faudra au moment venu. Même pour t'engueuler ou te mettre des coups de pied au cul ! Je reste ton père, après tout, sale gamine !

Ici, rien ne change jamais. Le temps est toujours aussi maussade et les gardiens aussi impolis. Ah non, pardon. Les gardiens ne parlent pas, ahahaha. Malgré tout cela, je pense quand même très fort à vous. Carlton me manque. Ma voiture me manque (j'espère que ta mère ne l'a pas mise au garage, elle va prendre la poussière !). Je donnerais un bras pour un CD. Mais je donnerais mon âme pour rester une journée de plus avec vous. Pour revivre ces bons moments. Créer de nouveaux souvenirs avec vous.

Je me souviens, il y a un an. Je t'ai ramenée de Londres en voiture. Et tu m'en voulais. Tu refusais de discuter. Des crétineries d'adolescente. Comme j'en ai témoigné bien avant toi. Et pourtant, de ce trajet, j'en garde le souvenir de mes confessions, par rapport à Merrick, sur l'aire d'autoroute. Le fait de t'avoir expliqué la vérité m'a libéré d'un poids. Je me livrais à toi, sans crainte. Je pouvais enfin tout te dire. Ces choses qui sont restées enfermées en moi si longtemps, que je ne pouvais te raconter à cause de ton âge. J'aurais voulu te préserver tellement plus longtemps de toutes ces horreurs qui ont façonné nos vies, mais quelque chose, je partageais à cet instant quelque chose avec toi, que les mots ne suffiraient à décrire. Nous étions là, sous la neige, et nous étions vrais. Je n'avais plus rien à te cacher. Tu étais ma fille et tu méritais de tout savoir.

J'aurais aimé être aussi honnête qu'à ce moment-là tout au long de ton enfance. Hélas, il m'a fallu faire des choix pour te protéger et j'espère qu'un jour, tu seras capable de le comprendre et de me pardonner mes silences.

Bon. Je pense que tu mérites une bonne nuit de repos après cette journée. En espérant que le truc qui te sert de chat ne t'embête pas de trop. Ces sales opportunistes… Enfin. Des fois, ils ont leur utilité. Des fois que tu veuilles leur faire part d'un excès d'affection. Ils n'apprécient pas toujours, mais tant pis pour eux.

Prends soin de ta sœur et de ta mère. Plus que jamais, c'est de toi dont elles ont besoin.

Je t'aime, ma chipie
Papa

La lettre retomba sur la poitrine de Kate, qui la serra fort contre elle. Des larmes coulaient sur ses joues et imbibaient son oreiller d'une auréole de tristesse. Elle la relut. Encore et encore. Jusqu'à ce que ses paupières tombent de fatigue et qu'elle ne s'endorme, la lettre entre ses doigts.


Le lendemain matin, un hibou, chargé d'apporter une lettre, manqua de se faire happer par Mister Minnows qui tentait désespérément de prouver à sa maîtresse ses dons inouïs de chasseur. Du moins, c'est ce qu'il avait cru. Et c'est ce qu'avait déploré sa jeune propriétaire en constatant que le félin avait mis sa chambre sens dessus dessous, le hibou s'étant posé à l'abri sur une poutre trop haute à atteindre tant que le chat épuisé par ses vaillances était étalé dans le panier à linge sale renversé.

Ce n'était pas la Gazette qu'apportait ce jour-là le rapace, mais une invitation très spéciale. Kate reconnut sans mal la calligraphie très soignée, voire esthétisée de lettrines et d'enluminures, de Scarlett. Cette dernière l'invitait à les rejoindre pour la soirée du réveillon chez elle, en continuité de celle de l'année précédente, qui s'était déroulée ici-même, à Carlton. Cette soirée exceptionnelle proposait même un thème « chic » pour fêter cela en bonne et due forme.

L'idée enchantait Kate, cependant, elle avait du mal à se résigner de laisser sa mère seule, malgré les insistances de cette dernière pour que sa fille aille faire la fête avec ses amies.

— Les Wayne m'ont invitée pour célébrer le jour de l'an avec eux et avec Jimmy, lui avait-elle avancé. Ça sera plus drôle pour toi si tu vas chez Scarlett. Je suis sûre que vous allez bien vous amuser !

Une conversation avec Maggie par le biais du grimoire aux turquoises eu raison des dernières appréhensions de Kate. Elle se rendrait chez Scarlett et profiterait d'un bon temps avec ses amies. Cependant, l'épisode d'Azkaban lui revenait sans cesse en mémoire : et si la Sorcière Bleue revenait ? Si elle s'attaquait aux Gryffondor ?

« Tu ne dois pas t'isoler pour cette folle ! » lui avait sommé Maggie par écrit.

Néanmoins, la menace planait au-dessus de sa tête et ne lui laissait pas l'esprit tranquille. Après avoir répondu à l'invitation de Scarlett, cette dernière lui proposa de manière spontanée que l'une de ses mères vienne la chercher pour éviter de lui faire prendre le Magicobus. L'idée de transplaner avec quelqu'un d'autre que son père ne réconfortait pas Kate, mais cela restait plus raisonnable que de voyager seule.

Après avoir passé sa journée à préparer des petits cakes individuels avec l'aide de sa mère – qui n'avait pas pu hélas rattraper la fournée que sa fille avait fait tomber par terre en la sortant du four – quelqu'un frappa à la porte. Quand Grace alla ouvrir, repoussant du pied Icarus qui aboyait devant, elle se rappela de cette sorcière blonde et extravertie, qui souriait avec de grandes dents blanches.

— Comme quoi ma mémoire n'était pas si mauvaise, j'ai retrouvé votre maison facilement ! Bonjour, Mrs Whisper ! Vous allez bien ?
— Bien, merci, répondit Grace en partageant une poignée de mains énergique. Je vous en prie, entrez donc.
— Ce n'est pas de refus ! Il fait si froid ! Brr !

Angela Hodgson secoua son épais manteau orange pour épousseter les quelques flocons qui s'étaient accrochés à son col de fourrure jaune.

— Kate est en cuisine, lui expliqua Grace alors qu'Angela tentait de caresser Icarus qui continuait d'aboyer. Elle finit les derniers préparatifs pour ses petits cakes.
— Quelle douce attention ! Je suis certaine que les filles vont s'en régaler !

La grimace de Grace ne trahit pas totalement le fait que sa fille s'était méprise dans les quantités de farine et que le goût de ses gâteaux devait plus se rapprocher du béton que du chocolat.
Les deux femmes s'installèrent au salon et en profitèrent pour discuter un peu pendant que Kate rangeait ses prouesses culinaires dans une boîte en plastique pour le transport. Quand cela fut fait, elle grimpa à l'étage, consciente que son accompagnatrice était déjà arrivée, attrapa son sac, dans lequel se trouvait une robe de soirée empruntée à sa mère, remplit la gamelle de Mister Minnows, passa dans la chambre de sa sœur endormie pour lui embrasser le front et descendit, fin prête.

— Bonjour, Mrs Hodgson ! s'annonça-t-elle au salon.
— Oh, bonjour Kate ! s'enchanta Angela en se retournant dans le fauteuil. Tu es resplendissante, aujourd'hui !

Kate se permit d'en douter. Cela faisait des jours que son sommeil se faisait désirer, elle avait à peine pris le temps de se coiffer ce matin-là et elle n'avait pas nettoyé toutes les traces de chocolat sur elle, laissant apparaître une belle bavure sur sa joue.

— Et… vous aussi ! trouva-t-elle bon de répondre.
Angela frappa alors sur ses cuisses avant de se lever.
— Eh bien… si tu es fin prête ! Les filles n'attendent plus que toi !
— Elles sont déjà toutes arrivées ?
— Oui ! Il ne manque plus que toi et la bande sera au complet !
— Je…

La grimace de Kate ne passa pas inaperçue et Angela comprit aussitôt son erreur.

— Vous penserez à Moira malgré tout…

De par ses origines moldues, Moira restait cloîtrée chez elle le temps des vacances, sans qu'elle ne puisse avoir de contact avec aucun de ses amis sorciers. Et certains événements avaient laissé penser que son père levait la main sur elle. Cependant, personne ne pouvait intervenir. La scission entre le monde des sorciers et celui des moldus les empêchaient de réagir et ni les professeurs ni ses amis n'étaient en mesure de stopper cette tragédie que tous devinaient.

— Tu as tout pris avec toi ? demanda Grace à sa fille, quand il fut temps pour elle de partir.
— Oui, maman.
— Tes gâteaux ?
— J'ai.
— La robe ?
— J'ai.
— Ta brosse à dents ? Ton pyjama ?
— J'ai, j'ai, soupira Kate, agacée de devoir répondre à cette liste.
— Des chaussettes de rechange ?

Face au silence de sa fille, Grace esquissa un sourire malicieux.

— Je savais que j'avais oublié quelque chose…
— Je te connais trop bien.

Une fois que Kate eut récupéré ses affaires manquantes, elle rejoignit Angela Hodgson dans le salon, sa baguette en main, prête à transplaner.

— C'est parti, jeune fille ! déclara-t-elle d'un ton enjoué en lui tendant sa main libre, la sollicitant pour qu'elle l'attrape.

Confiante, Kate saisit sa poigne et accorda un dernier regard à sa mère qui les observait, sans s'empêcher d'être inquiète, les bras croisés contre elle.

— Profites-en bien, lui souhaita Grace dans un sourire tremblant.
— Je penserai fort à toi, maman…

Elle eut à peine le temps de deviner la gratitude de Grace que sa vision se brouilla et que ses pieds décollèrent du sol. Les yeux fermés pour ne pas vomir à cause des incessants vertiges qui la malmenaient, Kate se laissa faire, alors que la main d'Angela tirait son bras jusqu'à la ramener à la terre ferme. La jeune fille en eut le souffle coupé. À tel point qu'elle se demanda si elle serait un jour capable de passer son permis de transplanage si elle avait toujours autant de mal à le supporter d'ici trois ans.

— Tout va bien, jeune fille ? Toujours entière ?
— Je… crois !

Elle vérifia l'état de ses gâteaux, rangés dans la boîte qu'elle avait maintenue sous le bras pendant le violent transport, avant de balayer les environs d'un regard encore oscillant.

Il n'y avait pas à discuter du charme du petit village de Winchcombe. Le bourg possédait encore de ces anciennes maisons aux charpentes apparentes et aux grandes fenêtres à carreaux, aux balconnets desquels étaient suspendues des bougies. Des guirlandes colorées, rendues sombres par la nuit à peine tombée, reliaient les bâtiments. L'architecture des boutiques, qui émerveillaient les rares passants avec ces vitrines saillantes, rappelait celle de Pré-au-Lard. À cette heure de la journée, en cette date de réveillon, les habitants s'affairaient à leurs plats et à leurs fêtes. Il n'existait pas cette ambiance propre aux villes. À Winchcombe, on célébrait le passage à la nouvelle année dans une douce intimité chaleureuse. Cette modestie, cette authenticité, submergeaient Kate. Car elle retrouvait là tout ce qu'elle pouvait apprécier. Il ne manquait plus que la neige et les chants de Noël.

— C'est très joli, comme endroit ! avoua-t-elle à Angela, alors qu'elles marchaient à travers North Street.
— C'est exactement ce qu'on s'est dit quand on s'est installées ici. C'était quand… Oh ! Il y a bien vingt ans ! Tiens, voilà, c'est ici. Fais attention à la marche.

Elle lui désigna le passage adjacent à une coquette librairie, aux bois extérieurs rehaussés de peinture bleu ciel, portant sur son enseigne le nom de « Moon's Books », illustré par la silhouette d'un jeune homme lisant, assis dans un croissant de lune.

— C'est Brittany qui tient la librairie. Elle avait toujours rêvé de faire cela. C'est aussi pour cette raison que nous nous sommes installées ici. Ça lui a permis de réaliser son vœu.
— Des livres sorciers ou moldus ? s'intéressa Kate.
— Les deux. Elle a ensorcelé certains étalages pour éviter que des curieux ne s'y intéressent ! A la place, ils ne voient que des ouvrages politiques et sans intérêt ! Ou de vieux guides touristiques. Mais les clients sorciers restent assez rares, tu crois bien ! Nous ne sommes que trois familles sorcières, ici, à Winchcombe.

Après avoir traversé la petite cour qui donnait aussi sur l'arrière-boutique, dans laquelle se trouvaient des arbrisseaux et un chaudron vide qui servait à recueillir les eaux de pluie qui tombaient de la gouttière percée, Angela ouvrit la porte d'entrée de sa maison. Une lumière à l'étage, au-dessus de la librairie, accompagnée de rires et de bruits, indiqua à Kate que ses amies avaient d'ores et déjà entamé les premières festivités.

En pénétrant dans les lieux, Kate retrouva ces petits détails caractéristiques qui lui indiquaient qu'elle venait de franchir le passage d'un monde à un autre. L'odeur du feu de cheminée, des multiples plantes accrochées en fagots sur les planches de la rampe de l'escalier. Les quelques photos animées, accrochées entre certaines planches de scores mythiques de Quidditch et une réplique miniature d'…clair de Feu gagnée dans un exemplaire limité de Quidditch Magazine sorti en 1994.

— Les filles ! tonna Angela d'une voix forte dans l'escalier, sa voix résonnant dans l'étage que l'on devinait vaste. Kate est là !

Des pas battirent le plancher, dans un roulement de plus en plus sonore, jusqu'à ce que les filles passent la tête par-dessus la rambarde. Kate eut du mal à les reconnaître du premier coup d'œil. Les trois s'étaient parées de leurs plus beaux atouts, maquillées comme si elles s'apprêtaient à rencontrer leurs futurs maris.

— Kate !

Scarlett s'élança la première dans l'escalier, avec sa robe à manches courtes ornée d'un gros nœud enrubanné noir au niveau de sa clavicule droite. Sa chevelure rousse, qui tournait parfois vers l'acajou, scintillait plus que d'habitude ce soir-là. Tout comme le sourire radieux qui s'étirait sur ses lèvres rehaussées de gloss discret. On la sentait sur son territoire, là où elle pouvait enfin se permettre d'assumer sa personnalité, sans être éclipsée par son masque de timidité.

— Ah, je crois que tu as quelque chose… lui fit remarquer Scarlett qui s'était apprêtée à l'étreindre, en désignant sa propre joue pour lui faire comprendre.

Kate effaça maladroitement la trace de chocolat tandis que son amie la déchargeait de ses affaires. En haut des escaliers, Suzanna continuait d'en ricaner, secouant ses grandes boucles blondes surmontées d'une tresse en couronne, son appareil photo abaissé. Cette dernière avait opté pour une robe courte à froufrous noirs, avec un joli bustier rouge au flanc duquel étaient accrochées de petites guirlandes perlées d'argent.

Mais parmi les trois, Maggie demeurait, sans aucun doute, la plus resplendissante. Sa prestance était, à cet instant, inégalable. Elle paraissait être une duchesse, dans sa grande robe en soie écarlate, assortie à son rouge à lèvres qui mettait en valeur les arrondis de sa bouche sciée d'un sourire malicieux. La flanelle, qu'elle portait sur les coudes et qui retombait derrière ses cuisses, insistait sur la préciosité de la demoiselle. Quant à sa richesse, elle se repérait aisément à ce qui semblait être une rivière de perles, autour de sa gorge, deux d'entre elles aussi pendues à ses oreilles. Personne n'aurait pu deviner qu'il se trouvait là une adolescente de quatorze ans tant Maggie ressemblait à une véritable femme sous de tels attraits. D'ailleurs, ces apparats accentuaient la ressemblance avec sa mère, la vaniteuse Miranda Dawkins.

— Vous êtes toutes les trois… splendides ! lâcha Kate, époustouflée.
— La salle de bains est en haut ! lui indiqua Scarlett. Je suis sûre que d'ici dix minutes, tu nous surpasseras !

Cependant, les trois filles déchantèrent bien vite en voyant sortir de la pièce une Kate accoutrée d'une robe trop grande pour elle et maquillée de manière très approximative, à tel point que l'on pouvait discerner la ressemblance avec un panda. Elle n'avait jamais essayé auparavant de se faire belle, préférant les habits pratiques aux coquets. Et son corps de petite fille lui donnait encore l'excuse de pouvoir se comporter comme un garçon à l'encontre de la mode. Personne ne lui avait jamais appris. Cela ne l'intéressait simplement pas. Mais ce soir-là, elle se sentit en terrible décalage par rapport aux Gryffondor.

— Je vais essayer de te récupérer ça, s'amusa Maggie, l'index plié devant sa bouche, avant de s'approcher d'elle pour lui prendre le bras et la ramener vers la salle de bains. Viens.

Une fois la porte fermée, Kate tira la moue et soupira, déplorant son échec dans le miroir, tandis que Maggie réfléchissait à la meilleure manière de réarranger la tenue de sa meilleure amie.

— Dommage que cette robe ne soit pas à ta taille. Tu portes bien le bleu.
— Je préfère le violet.
— Comme si je ne le savais pas suffisamment… !
— Et ça me rappelle trop les couleurs d'Electra. Le bleu.
— Je ne comprends pas. Pourquoi tu as mis cette robe, alors ?!
— Ma mère n'a pas beaucoup de robes de soirées. Elles ont toutes brûlées durant la guerre…

Maggie hocha la tête dans un silence embarrassé puis sortit sa baguette magique sous les yeux écarquillés et barbouillés de Kate.

— Tu ne vas tout de même pas… !
— Personne ne saura, trancha Maggie en haussant les épaules. Mes parents m'ont expliqué. Le Ministère détecte les endroits où la magie est utilisée, à proximité des porteurs de la trace, mais pas les lanceurs de sorts. Donc dans un foyer sorcier, on peut penser que ce sont les parents. Par contre, ceux qui vivent chez les Moldus… on les pince rapidement !

D'un coup de baguette adroit, Maggie rattrapa les mesures de la robe de Grace pour l'adapter aux formes discrètes de Kate. Elle rétrécit les manches et ajouta une large ceinture brodée.

— Tu crois qu'un jour… je deviendrai comme toi ? lâcha Kate alors que Maggie s'affairait à la remaquiller.
— Arrête de bouger ou je te pétrifie.
— Pardon.
— Arrête de bouger, j'ai dit !

Cependant, Maggie fronça les sourcils.

— Devenir comme moi ? Je te souhaite tout, sauf ça !
— Arrête. Tu es belle, Maggie. Je rêve de te ressembler.
— Je t'assure que non ! rejeta-t-elle en secouant la tête, l'expression éberluée.
— J'aimerais être comme toi. Fière d'être une fille. Alors que moi…
— Whisper !

Le ton de Maggie s'était fait tranchant alors qu'elle refermait sa boîte de fard à paupière.

— Je vais finir par t'arracher la langue. C'est quand que tu comprendras que c'est nous qui sommes jalouses de toi ?
— Jalouses… ?
— Oui, jalouses ! Tu n'as pas besoin de ce genre de choses ! Tu es naturelle ! Toute ma vie, on m'a répété que tout n'était qu'une histoire d'apparences. Je devais bien me tenir, bien m'habiller. Patati patata. Mais toi, tu n'es pas prise dans ce piège. Tu t'assumes, telle que tu es.
— Je ne m'assume pas vraiment… rougit Kate.
— Tu t'assumes plus que je ne le fais envers moi, ça, c'est une certitude.

Un sourire timide s'étira sur les lèvres de Kate, qui ne put s'empêcher de répéter :

— Tu es belle, Maggie.
— Tais-toi, Whisper, l'invectiva Maggie à voix basse, sans dissimuler son sourire.

Une fois qu'elle eut appliqué le rouge à lèvres sur la bouche de Kate, Maggie se recula :

— Fais comme moi, l'invita-t-elle à imiter le roulement de ses lèvres, l'une contre l'autre.

Cependant, après que Kate se fut exécutée, Maggie se tapa le front de sa paume.

— Quoi, j'ai fait quelque chose de mal ? s'inquiéta son amie devant son expression dépitée.
— Il n'y a que toi pour réussir à t'en mettre partout comme ça !
— J'ai pas compris… C'est mal ou pas, alors ?

Une fois Kate parée de manière convenable, les deux filles redescendirent à la cuisine, où Scarlett et Suzanna déballaient les plats préparés pour l'occasion.

— Bon, par contre, prévint Scarlett, on évite de faire comme l'an passé, chez Kate ! Pas de nourriture au plafond !
— J'ai encore souvenir de cette banane qui avait réussi à se coincer sur le grillage de la ventripulation, rit Suzanna.
— Ventilation, corrigea Kate, en se remémorant ce soir-là avec un sourire.

Elles ramenèrent tout ça au salon, situé à l'étage, au-dessus de la librairie, et posèrent les plats sur la table basse, taillée dans un bloc de bois brut qui n'avait guère de forme, si ce n'était sa surface plane.

— Et donc, ce sont tes mamans qui tiennent la librairie ? lança Kate à Scarlett, qui ramenait des bouteilles de Bièrraubeurre.
— Oh, juste Moune.
— Moune… ?
— Juste Brittany, quoi ! bredouilla Scarlett, consciente de la confusion.
— Ah !
— Du coup, tu l'appelles comment, ton autre maman ? s'intéressa Suzanna.
— Mimma.
— Mimma ?
— Je ne pouvais pas appeler les deux « maman » ! Et il paraît que c'est comme ça que je les différenciais quand j'étais bébé. Je disais Mimma et Moune. Alors c'est resté.

En voyant la bouche de Maggie s'ouvrir, Kate craignit immédiatement l'absence de sens de la mesure de cette dernière.

— Dans la recette de potion magique, dans ce genre de cas, il me semble avoir compris – arrêtez-moi si je me trompe – qu'il faille un membre de la gent masculine. J'ai du mal à comprendre comment tu peux avoir deux mamans.
— Et pourtant… c'est comme ça ! bafouilla Scarlett, le teint pivoine.
— Mais c'est laquelle ta vraie mère ?
— Maggie ! intervint Kate.
— Bah quoi ? Je n'avais pas le droit de le demander ?
— Ce sont toutes les deux mes vraies mamans !
— Enfin, Scarlett ! Tu n'as pas grandi dans deux ventres séparés ! Arrête-moi si je me trompe, Kate, sur ce domaine…

Lors de leur deuxième année à Poudlard, la grossesse de Grace n'avait eu de cesse d'alimenter les conversations au dortoir des Gryffondor avant la naissance d'Abby. Pour une ignorante en la matière comme Maggie, ses parents ne lui ayant jamais accordé de temps pour l'éclairer sur ce genre de mystères, cet événement avait été l'occasion pour elle de rejeter la légende des bébés apportés par les dragons, grâce aux réseaux de cheminées, à laquelle elle avait longtemps cru. Kate lui avait alors expliqué la réalité, ce qui n'avait pas manqué d'horrifier Maggie durant de longues semaines.

— Non, Maggie, c'est juste, mais… tu ne peux pas demander des choses comme ça à Scarlett ! Ça ne se fait pas ! Pas sur ce sujet !
— Ah. Désolée. C'est qu'il me manque encore beaucoup de notions en termes de relations sociales.

Debout et terriblement embarrassée, Scarlett se tripotait les doigts.

— Petit-four au caviar de kraken ? l'amadoua Suzanna avec un sourire ravi, agitant l'assiette sous le nez de son amie.
— Moune est ma mère biologique, si c'est ce que tu voulais savoir, Maggie, répondit Scarlett. Mais je porte le nom de famille de Mimma.
— Mais c'est qui ton père, alors ?
— Maggie ! l'interrompit une deuxième fois Kate.
— Oui, bon, ça va, j'ai compris ! Sujet tabou !

Maggie imita alors un lacet autour de ses lèvres pour signifier qu'elle ne parlerait plus à ce propos. Cependant, après quelques minutes de conversation autre, alors qu'elles se servaient à boire, Maggie, qui n'avait soufflé mot jusqu'à là, retomba sur le sujet :

— Mais du coup, tu as déjà vu ton père une fois dans ta vie ?
— C'est pas vrai, mais Maggie ! Tu es obsédée par ça !
— Je me renseigne, c'est tout !
— Qu'est-ce que ça changerait ? raisonna Suzanna, une tartine à moitié engloutie dans la bouche.
— Mais pourquoi vous vous liguez toutes contre moi ? s'offusqua Maggie. Si on n'a même plus le droit de poser des questions !
— Maggie…

La voix douce de Scarlett ramena le calme dans le salon.

— Je comprends que c'est une… situation qui peut en étonner plus d'un. Si tu tiens vraiment à le savoir, je ne sais pas qui est mon géniteur et je ne tiens pas à le savoir. Parce que j'ai deux mamans qui m'aiment et cela me suffit.

Les regards de Suzanna et Kate quittèrent Scarlett pour guetter la réaction de Maggie, alanguie sur le fauteuil, les jambes emmaillotées dans la soie de sa robe. Celle-ci sourit puis haussa les épaules.

— Oui, toi, au moins, tu as des parents qui t'aiment.

Il y eut un court silence gêné, voire chagriné, avant que Maggie ne reprenne d'un ton plus égayé :

— Tu as bien de la chance ! Tiens, passe-moi une Biéraubeurre, Suzanna.

Cette demande étonna sa meilleure amie :

— Une Biéraubeurre ?! s'exclama Kate. Depuis quand tu aimes ça ?
— Depuis que j'ai décidé que je devais me plier aux goûts du petit peuple ! ricana Maggie après que Suzanna lui eut tendu une bouteille.

Les rires recommencèrent rapidement à fuser et l'apéritif dégénéra en une séance photo dès que Suzanna annonça qu'elle avait reçu une grosse pellicule pour l'occasion des fêtes. Elles immortalisèrent alors des moments de complicité, de joie, de tendresse et de rires.

— Et pourquoi on n'en profiterait pas pour faire des poses un peu plus… enfin, vous voyez ! proposa Suzanna, toute enjouée, son appareil fumant entre ses mains.
— Un peu plus quoi ? s'interrogea Maggie. Explosives ? Exotiques ? Apathiques ?
— Non ! Mais on est toutes sur notre 31, ce soir ! Et je suis sûre qu'on pourrait faire des photos qui feraient mouche auprès des garçons !
— Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, douta Kate, qui en rougit.
— Arrête, Kate ! Tu es superbe ! Et comme ça, Griffin sera obligé de craquer ! Une fois pour toutes !
— Et Scarlett pourra en envoyer une à Dennis par hibou !
— Q-Quoi ? C'est hors de question !
— De toute façon, de nous quatre, Maggie est la seule à avoir officiellement un copain ! Allez, Maggie ! Pose pour l'exemple !

Séduite par l'idée, Maggie retourna à son fauteuil et s'installa en position semi-allongée.

— Attention les yeux, ça va être plus éblouissant qu'un Lumos maxima !

Avec un sourire aguicheur, elle remonta alors le pan de sa robe le long de sa cuisse, révélant sa jambe pâle.

— Parfait ! s'enchanta Suzanna qui commençait déjà à activer son appareil en réglant la mise au point. Encore plus sexy ! Allez, c'est pour Terry !

Maggie remonta alors la main le long de son flanc d'un geste langoureux jusqu'à son sein, dont elle s'empara en le soulevant pour accentuer les reliefs de son décolleté. En assistant à cette mise en scène, Kate ne put s'empêcher d'éprouver de l'embarras, mais aussi de comprendre mieux les propos de Terry quant à sa relation avec Maggie. Par rapport à ce trop-plein d'assurance qui lui jouait des tours, cette carte de la séduction, parfois vulgaire, qui ne lui convenait pas. Ses idées préconçues sur ce qu'était l'amour la piégeaient.

— C'est dans la boîte ! Bien joué, Maggie !
— A ton service.
— Maintenant, à Kate !
— Quoi ?! Non ! Non, non, je refuse !
— Allez, juste une petite photo !
— N'insiste pas ! C'est non !
— Si ! trancha Maggie. On nain-siste !

La blague les fit rire quelques secondes avant que Maggie ne se rappelle :

— Hm. …videmment, la concernée n'est pas là quand on se moque d'elle. Ce n'est même plus amusant.

De nouveau, un silence attristé retomba.

— Moira me manque, avoua Scarlett à voix basse. J'aimerais tant qu'elle soit ici.
— Moi aussi.
— Moi aussi.
— Ca me fait très mal de l'avouer, mais moi aussi, soupira Maggie. Je ne peux plus harceler quelqu'un gratuitement.
— Et si on allait la chercher ?

L'idée subite de Suzanna fit converger des yeux écarquillés sur elle.

— La chercher ?!
— Eh bien oui ! Avec les relations qu'elle a avec ses parents, je suis sûre qu'elle ne s'amuse pas à l'heure qu'il est ! Peut-être même qu'elle est déjà couchée !
— Quelle horreur…
— Allons la sauver !
— Ola, ola, Simmons, du calme. Tu parles d'aller kidnapper une sorcière mineure chez ses parents moldus au beau milieu de la nuit. Et c'est une naine, qui plus est !
— C'est exact.
— Tu es complètement fêlée, Simmons. J'aime ça.
— Quoi ?! s'étrangla Kate. Même toi tu supportes l'idée, Maggie ? C'est dangereux ! Son père est violent ! Et comment on ferait ? On aura des représailles !
— Si t'avais lu les biographies d'Harry Potter, tu sauras qu'on est venu le chercher en voiture volante, une fois. Et il n'y a pas eu de suites !
— Oui, mais quand même !

Même Scarlett se joignit à l'idée :

— On a des balais dans la réserve ! Assez pour toutes !
— On ne va pas prendre un balai en plus pour Moira, si ? Ce n'est pas facile de voler avec deux balais !
— Petite comme elle est, elle tiendra bien sur l'un des nôtres.
— Peut-être, mais par rapport au poids… !
— Maggie, tu es mauvaise langue !
— Et j'ai son adresse ! C'est facile à trouver !
— Est-ce que je pourrais avoir mon mot à dire ?!

Le ton haussé de Kate les força à stopper un temps leur initiative démesurée et elles prirent au sérieux cette expression apeurée qui apparaissait sur son visage.

— …coutez. Il y a quelques jours, je me suis faite attaquer en vol groupé par une folle furieuse. Je refuse d'en refaire l'expérience !
— Comment pourrait-elle être au courant puisqu'on vient d'en avoir l'idée ? objecta Maggie. Encore, l'escorte pour Azkaban, c'était notifié au Ministère. Mais là…
— Je ne veux pas que l'une d'entre vous soit blessée à cause de moi !
— Personne ne sera blessé, Kate, tenta Suzanna à son tour. Arrête de te faire des idées ! Tu vis dans la terreur de cette femme ! Vis un peu ! Viens nous aider à libérer Moira ! Tu vas voir ! Ça promet d'être épique !
— Non !

Face à sa réponse catégorique, les trois Gryffondor s'échangèrent des regards soucieux, jusqu'à ce que Scarlett déclare :

— Tu n'as… qu'à rester ici.

Admettant qu'il s'agissait très certainement de la meilleure solution, Kate hocha la tête pour confirmer. Elle aurait voulu participer aux bravades de ses amies mais cela ne lui était pas permis. La seule chose qu'elle pouvait s'autoriser était de les soutenir dans leur entreprise insensée. Elle les accompagna alors jusqu'à l'entrepôt de balais, assista à l'argumentaire enflammé de Maggie qui réclamait à ce qu'on lui prête le balai le plus récent, et les vit enfiler de grands manteaux chauds.

— Tu es sûre de ton choix ? s'assura Maggie, alors qu'elles sortaient une par une dans l'arrière-cour de la librairie.
— Je n'ai pas le choix, nuança Kate, la gorge serrée. Je ne veux pas que vous preniez des risques à cause de moi.
— Oh, tu sais, à la longue, on s'y habitue… !

Le sourire de Maggie s'évanouit en voyant que cela n'amusait pas Kate autant que prévu. Elle ramena le col de fourrure de son faste manteau contre sa mâchoire et lui dit alors :

— A tout à l'heure. Attends-nous quand même avant de dévaliser le reste des plats.

Sans mot dire, Kate observa alors leur départ tumultueux, alors que Maggie continuait de râler, cette fois-ci à cause de sa robe qui ne rendait pas l'installation pratique sur le balai, avant qu'elle ne se décide à le monter en amazone. Et lorsqu'elles décollèrent, les trois filles disparurent très vite dans les ténèbres de la nuit, ne laissant planer qu'un silence festif, au loin résonnant des musiques d'occasion ou les rires des voisins.

Lorsqu'elle revint au salon, après s'être attardée sur les photos de la famille de Scarlett dans l'escalier, elle prit soin de recouvrir les plats avec des tissus pour éviter qu'ils ne sèchent avant le retour des filles. Et s'asseyant dans l'un des sièges, Kate poussa un long soupir.

Elle regrettait ce que ses amies pensaient être de la couardise. Si cela ne tenait qu'à elle, Kate aurait été la première à s'élancer dans le ciel à la rescousse de Moira. Cependant, la dure réalité était bien différente et l'obligeait à freiner ses ardeurs héroïques. Electra Byrne contrôlait ses pensées et ses peurs.

Les mots que Maggie lui avait laissés dans le grimoire lui revinrent alors en pleine face : « tu ne dois pas t'isoler pour cette folle ». Et pourtant, c'était bien ce qu'il se passait, en ce moment-même. La Sorcière Bleue éloignait Kate de ses amies, petit à petit. Viendrait le jour où elle refuserait peut-être de les fréquenter. Mais plus elle restait seule, plus elle était vulnérable.
Depuis sa première rentrée à Poudlard, la prise de risques avait été une seconde nature pour Kate. Et en faisant la rétrospective de ces instants de courage déraisonnables, elle en vint à la conclusion que beaucoup lui avaient permis de dénouer des situations qui auraient pu déboucher sur une fin dramatique. Eliot serait mort, à force de dépérir sous le sortilège d'Electra, Wolffhart aurait succombé à son pacte de calice et Terry serait devenu un vampire. C'était parce qu'elle avait pris des risques qu'ils étaient encore à ses côtés aujourd'hui. Et Moira ne devait pas devenir cette triste exception.

Ni une ni deux, Kate se précipita jusqu'à la réserve et piqua un autre balai. Elle enfila son manteau à l'envers et sortit dans la cour. Avant de décoller, elle prit soin de régler la boussole de son père, qu'elle prenait souvent avec elle, lors des sorties extérieures, de manière à retrouver facilement ses amies.

Durant les premières minutes de son vol, même si elle craignait de tomber sur Electra avant ses amies, Kate ne put s'empêcher de sourire. Cette sensation la faisait vibrer. Vivre l'interdit. Au fil des années, elle s'était surprise à l'apprécier, à la savourer. Comme une drogue de laquelle on devenait de plus en plus dépendant.
La boussole la guida à travers la nuit et ses sombres nuages tandis qu'en bas, les villes resplendissaient de mille lumières. Au loin, certains avaient déjà lancé leurs premières fusées. Finalement, elle retrouva bien trois silhouettes en vol, les filles ayant pris un rythme de croisière.

— Hé !

Quand elle les apostropha d'une voix forte pour espérer se faire entendre, elle hoqueta de surprise en voyant Maggie effectuer un demi-tour rapide, sa baguette braquée vers elle, la faisant piler net au-dessus du vide.

— Kate ?! s'étonna Maggie.
— Non mais ça ne va pas ?! Tu m'as foutu une de ces frousses ! J'aurais pu tomber par-dessus mon balai !
— Kate ! s'enchanta Suzanna qui s'était également arrêtée. Finalement, tu t'es décidée ? Génial !
— Je ne pouvais pas vous laisser faire ça sans moi !
— Reprenons la route, leur conseilla Scarlett. Moira nous attend !

Il ne leur fallut que vingt minutes supplémentaires de vol pour atteindre le village de Kennybrooke, placé au beau milieu de la campagne.

— Moira habite dans une ferme, leur indiqua Suzanna.
— J'ai l'impression qu'il n'y a que ça, à vue d'œil, nasilla Maggie. En tout cas, c'est ce que j'en déduis à l'odeur… !
— Moira disait que dans sa ferme, ils avaient gardé un petit moulin. On devrait le voir !

Lorsqu'elles l'eurent trouvé, elles atterrirent en douceur devant les boîtes aux lettres, Maggie veillant à ne pas abîmer ses belles chaussures à talons en les posant malencontreusement dans de la boue rurale.

— Miller, lut Scarlett sur l'étiquette délavée. C'est bien ici.
— Parfait. Et qu'est-ce que l'on fait maintenant ? demanda Maggie. On frappe à la porte et on leur dit : « excusez-moi, monsieur, il paraît que vous battez votre fille comme un cognard – d'ailleurs ça lui a laissé de sacrées séquelles – on voudrait savoir s'il était possible qu'on vous l'enlève. Cordialement, à bon entendeur. »
— Inspectons la ferme et la maison, proposa Kate. On trouvera probablement la fenêtre de la chambre de Moira.
— Toutes ?! On se fera griller en moins de deux minutes ! Surtout avec toi, Whisper !
— Hein ?
— On dira que la discrétion n'est pas ton fort. Dans le pire des cas, tu serais capable de mettre feu à la grange sans même le vouloir !
— Je vais y aller.

Leurs visages se tournèrent vers Scarlett, l'expression déterminée.

— Tu es sûre ? lui demanda Suzanna.
— Si être discrète et ne pas dire un mot peut enfin me servir… ! s'en amusa Scarlett en haussant les épaules.
— On est derrière toi ! Enfin… dans l'expression, hein ! On reste ici, on t'attend.

L'adolescente aux cheveux roux hocha la tête et chevaucha de nouveau son balai pour vérifier à chaque fenêtre.

— J'espère qu'elle ne tombera pas sur les parents avant Moira… marmonna Kate, soucieuse.
— Et si Moira est avec ses parents à ce moment-là ? On fait comment ? On ne va pas l'enlever sous leurs yeux !
— Ca m'étonnerait. Miller ne participe pas aux fêtes de famille…
— Depuis quand tu écoutes et tu retiens ce que dit Moira, Maggie ?
— Depuis que j'ai découvert que Miller n'était pas un gnome mais un être doté de la parole. Ce qui doit faire deux mois.

Quelques minutes plus tard, les filles commencèrent à s'impatienter, guettant les quelques lumières devant lesquelles passaient de temps à autres des silhouettes.

— Je commence à m'inquiéter, avoua Kate.
— On n'a pas entendu de cris, relativisa Maggie. Donc je dirai que tout va bien.
— Attendez. Je vois quelque chose… Enfin, je crois.

Suzanna avait effectivement vu juste ; ce n'était pas une chauve-souris géante ni une grosse chouette, mais bien Scarlett qui revint vers elle. La nuit ne leur permettait pas de constater son visage rougi, mais sa voix laissait transparaître son essoufflement.

— On a besoin de vous !
— Moira va bien ? lui demanda Kate, toujours angoissée.

Au silence de Scarlett, elles en déduisirent la négative.

— Il faut que nous fassions quelque chose.
— Pour quoi ?
— Suivez-moi… !

Sans un mot de plus, Scarlett reprit son envol et ses amis enjoignirent sa trace. Elle les mena jusqu'à l'une des fenêtres du deuxième étage de la grande ferme. La seule qui comportait des barreaux de fer. Derrière, on pouvait deviner la petite silhouette trapue de Moira. Kate avait le cœur battant de joie à l'idée de la revoir, mais il s'emballa lorsque la lumière mit en valeur les couleurs de la cruauté qui peignait sa peau. Cette violence visuelle choqua Maggie elle-même.

— Moira… ! couina Suzanna, désolée.
— Les filles… ! J-je… Vous n'imaginez pas ce que je suis heureuse que vous soyez ici.
— C'est ton père qui t'a fait ça ?! lâcha Maggie.
— Chhh ! lui intima Scarlett, prise d'angoisse. On va se faire repérer !
— S'ils savent que vous êtes là, ils vont me tuer !
Jamais Moira ne leur avait paru aussi terrifiée, elle qui s'exprimait toujours avec une voix forte et assurée, allégorie-même de la témérité. Des larmes saillaient à ses yeux gonflés de cocards.
— Ils t'ont… enfermée ici ? marmonna Kate.
— Ils ne voudraient pas que leurs invités me voient comme ça. Je…

Son regard se fit implorant.

— Je vous en supplie, sortez-moi d'ici.
— Prépare tes affaires, trancha Suzanna. On déguerpit sitôt qu'on trouve le moyen de t'enlever ces barreaux.
— Comment tu veux faire ?! lui demanda Scarlett à volume réduit. On ne peut pas utiliser la magie ! Nos baguettes sont inefficaces ! Sinon, on risque de se faire pincer par le Ministère.
— Toutes les magies sont reconnues par la Trace, Maggie ?

Cette dernière comprit immédiatement les intentions de sa meilleure amie, qui la fixait avec des yeux déterminés.

— Tu crois que ça marchera, Whisper ?
— J'ai déraciné des arbres. Ce ne sont pas trois bouts de ferraille qui vont me faire peur.
— Ton pouvoir ? s'intéressa Suzanna, à la fois apeurée et fascinée par ce don dont ils avaient aperçu la puissance à plusieurs reprises, en cours.
— On n'a rien à perdre…
— Tu penses qu'il est revenu ? s'intéressa Maggie, la seule au courant que Kate ne possédait plus de contrôle sur l'Immatériel depuis plusieurs mois.
L'adolescente ne répondit rien et s'approcha lentement de la fenêtre en guidant de manière habile le manche de son balai.
— …loigne-toi, conseilla-t-elle à Moira alors qu'elle avait attrapé deux barreaux avec ses mains.

La naine opina du chef et s'écarta de la fenêtre, tandis que Kate rassembla toute sa concentration. Malgré sa détermination, elle ne sentit aucun courant, aucun flux la parcourir et, elle eut beau forcer, le métal ne cédait pas.

— Ne te froisse pas un muscle, quand même, lui lança Maggie.
— Je vais y arriver. Je le sens !

Kate ferma les yeux de nouveau et se focalisa sur cette seule idée de sa réussite. Elle devait le faire, pour Moira. En pensant à son père, lui-même enfermé derrière des barreaux.

« S'il vous plaît, pria-t-elle. Juste cette fois. Laissez-moi juste utiliser l'Immatériel. Juste cette fois… ! »

Et alors qu'elle se répétait ces mots, des filets argentés et lumineux émanèrent de sa peau glacée par le vol en nuit d'hiver.

— Ca marche… ! murmura Suzanna, ébahie.

Ses doigts rayonnants se crispèrent sur le fer, jusqu'à ce que ce dernier se plie, alors que Kate demeurait les paupières closes, les sourcils froncés et les dents serrées. Cela sonna comme une victoire pour les filles. Triomphe éphémère qui dégénéra bien vite, quand la puissance surnaturelle prit le dessus de la situation ; sans se rendre compte de sa force, Kate arracha les barreaux dans un bruit tonitruant de ferraille. Il y eut un grand silence et une angoissante prise de conscience.

— Nous devons partir, maintenant ! cria Scarlett, alors que du bruit se faisait entendre dans le couloir, comme des pas lourds qui grimpaient l'escalier en quatrième vitesse.
— Mes affaires !
— Laisse-les ! Nous devons déguerpir !

Le bruit de quelqu'un s'affairant à la serrure de manière précipitée accentua leur panique.

— Grimpe ! lui ordonna Suzanna qui était rentrée dans la chambre en lui présentant la place derrière elle sur le balai. Vite !

C'est alors que la porte s'ouvrit à la volée. Les filles découvrirent avec horreur l'homme qu'elles avaient déjà aperçu lors du cours sur l'épouvantard. Le père de Moira était bien plus terrifiant en vrai qu'en salle de défense contre les force du mal. Il n'était pas spécialement grand ou large, mais possédait cette expression de haine et d'abandon total à la déchéance de l'alcool, apprécié doublement ce soir-là sous excuse de la fête, qui le rendait à la fois méprisable et terriblement dangereux.

— Les filles ! hurla Maggie, la seule qui n'en avait pas perdu sa voix.

Cependant, lorsque Suzanna chercha à décoller, son balai ne supporta pas le poids de deux passagers et vacilla sans parvenir à passer par la fenêtre. La poigne du père se saisit de l'épaule de la blonde pour la pousser violemment contre le mur, l'éjectant de son balai. Moira n'eut pas le temps de crier le nom de son amie que l'homme referma la fenêtre coulissante, sous le nez des trois filles sous le choc, et empoigna la tête de sa fille pour l'en éloigner. Le balai retomba au sol dans un bruit mat.

— Tu croyais vraiment t'enfuir comme ça ?! hurla-t-il. Avec tes copines les timbrées !
— Suzan… !

Moira ne termina pas son mot, alors que son père la bouscula contre la porte du placard. Dans le coin, Suzanna, affaissée, assistait à la scène, sonnée et le nez en sang.

— Putain !

Maggie crissa des dents et sortit sa baguette magique, sous le regard affolé de Scarlett.

— On ne peut pas, Maggie !
— On n'a pas le choix !

Elle la pointa sur la vitre et scanda alors :

— Expulso !

Dans un souffle puissant, la fenêtre explosa et la bourrasque projeta Mr Miller à l'autre bout de la chambre, se cognant la tête contre l'une des arêtes de la table de chevet, le visage scié par les morceaux de verre. Quand le silence de courte durée revint, Moira se releva en titubant et observa le corps inanimé de son père au milieu des fragments de bois des meubles rompus sous l'impact.

— Maggie, qu'est-ce que tu as fait ?! cria Kate d'une voix suraiguë.
— On en parlera plus tard !

Elle pénétra à son tour dans la chambre et ramassa le balai pour le remettre à Suzanna et détourner Moira de sa contemplation.

— Monte sur le balai de Scarlett, Miller, lui ordonna Maggie en écrasant les débris de verre. Elle a un meilleur modèle.
— Moira ?!

Un jeune homme d'à peine vingt ans aux cheveux bruns et mi-longs apparut derrière la porte, le teint pâle en constatant que la pièce était devenue un véritable champ de bataille et que son père gisait dans un coin. Aussitôt, Moira prit peur tandis que les filles restèrent béates en pensant qu'il s'attaquerait aussi à elles.

— Ian ! Je… Je ne voulais pas… !
— Va-t'en, Moira !

Ses mots n'étaient pas prononcés avec agressivité. Au contraire, on pouvait y reconnaître une pointe de compassion.

— Casse-toi ! Et ne reviens plus jamais !

Moira ravala un sanglot et un sourire alors que son grand frère ne lâchait qu'une expression d'indifférence.

— Merci…

Sans plus d'explication, Moira grimpa derrière Scarlett et prit la voie des airs, suivies par leurs amies qui laissèrent derrière eux une chambre saccagée aux barreaux tordus et déracinés de la pierre. Kate en avait encore le cœur qui battait à la chamade, prenant conscience de tout ce qu'il venait de se produire.

— Hé ! On peut… se poser un moment ?

La requête de Suzanna fut entendue et approuvée en silence. Le groupe atterrit sur un carrefour routier à la sortie du village.

— Je crois que mon nez est cassé…
— Je vais vérifier ça, lui proposa Kate en descendant de son balai.

Elle s'approcha de Suzanna, le teint blême, le sang coulant jusqu'à sa robe bustier. Son amie en avait tant perdu que ses vertiges en devenaient visibles, avec son regard fuyant et ses jambes flageolantes.

— Pince l'arête de ton nez, comme ça, lui conseilla-t-elle. Et met la tête en arrière. On va attendre un peu.

Suzanna hocha légèrement la tête de gratitude, tandis que Scarlett avait pivoté vers Moira, qui demeurait cramponnée à elle malgré leur atterrissage.

— Moira… souffla-t-elle.

L'adolescente avait commencé à sangloter, le visage enfoncé dans la cape de Scarlett, qui l'obligea à quitter le balai pour pouvoir l'étreindre contre elle.

— Ca va aller, c'est fini…

Après quelques minutes de silence respectueux, Moira marmonna :

— Mais… mes affaires ?
— Ma mère viendra les chercher, lui expliqua Scarlett.
— Ta mère… ? en ricana Moira, peu convaincue qu'une sorcière fasse le poids face à son monstre de père.
— On voit que tu ne connais pas Mimma quand elle est en colère… ! Allez. Rentrons. Faire la fête. Avec toi. Sûrement qu'on pourra te trouver une robe dans mes placards. On la réarrangera spécialement pour toi. C'est bon pour toi, Suzanna ?
— Deux petites secondes ! leur réclama-t-elle. Je sens que ça commence à arrêter de couler !
Maggie, qui n'avait soufflé mot, rejoignit Kate qui, sans que les filles ne l'aient remarqué avec le chagrin de Moira, s'était éloignée d'une bonne dizaine de mètres.
— Kate, nous allons repartir.

Mais la Papillombre avait le regard rivé sur le panneau d'indications de directions du carrefour. Maggie détailla son profil abasourdi puis lut alors le nom des villes signalées sur les plaques. Il y apparaissait entre autres celui de Graveson.

— Graveson ? répéta-t-elle, entre méfiance et surprise. Là où… ?

Les membres de Kate tremblaient, laissant deviner la réponse à l'interrogation amputée de Maggie. Cette dernière attrapa alors délicatement l'épaule de son amie en espérant la détacher de cette fixation.

— Rentrons, Kate…
— Je veux y aller.

La déclaration de Kate glaça le sang de Maggie.

— Quoi ?! s'étrangla-t-elle. Pourquoi ?
— J-je ne sais pas… je… J'en ai besoin.

Maggie ne trouva pas à redire. Elle savait que ce lieu la reliait à des souvenirs, pas si lointains que cela. La ramenait à son père, à ce qu'il avait accompli là-bas et ce qui justifiait sa condamnation.

— Tu es sûre… ?

Quand Kate hocha la tête pour valider sa décision, Maggie soupira et revint un instant vers les trois autres Gryffondor.

— Rentrez sans nous. Kate et moi avons quelque chose à faire avant.
— On ne peut pas vous laisser seules ! réagit Scarlett. Pas après tout ce qu'il vient de se produire !
— Rentrez, leur répéta Maggie d'une voix plus tranchante. On se débrouillera. Une courte affaire. Kate a sa boussole, nous retrouverons le chemin facilement. D'accord ?

Les doigts toujours sur son nez, Suzanna fut la première à approuver. Et tandis que Moira ne soufflait mot, encore sous le choc et noyée sous ses émotions muettes, Scarlett demeurait la moins convaincue des trois. Elle se résigna finalement sans rien ajouter et prit la tête des opérations en conduisant leur nouveau décollage vers Winchcombe. Une fois que les deux adolescentes se retrouvèrent seules, sur le carrefour, au beau milieu de la campagne britannique, en cette nuit particulière du jour de l'an, Maggie retourna vers Kate, le regard toujours cloué sur le panneau alors qu'elle voyait défiler toutes ces images sombres la rattachant à la guerre.

— Alors, allons-y, lui suggéra Maggie. En restant ici, près de la route, avec nos robes chics, les gens qui passeraient pourraient se méprendre… !

Renfourchant leurs balais, les deux jeunes sorcières volèrent côte à côte jusqu'à atteindre la petite ville silencieuse de Graveson. Les vieilles maisons en briques s'alignaient dans les rues de cette ancienne cité industrielle, quasi indifférenciées les unes des autres. Quelques habitants avaient osé décorer la façade de leur foyer avec quelques guirlandes lumineuses de couleur.

Maggie demeura silencieuse en suivant Kate alors qu'elles parcouraient leurs derniers mètres à pied. La Papillombre pouvait reconnaître cette rue, même de nuit. Il n'y avait qu'à ce moment de la journée qu'elle avait eu les rares droits de sortir. De la bouche d'extincteur cabossée au pot de géranium rose bien entretenu par l'une de leurs vieilles voisines, ou encore les morceaux d'une carcasse de voiture dans le jardinet d'un autre habitant. Les choses étaient restées telles quelles.

Kate s'immobilisa devant l'un de ces bâtiments, caractérisé par sa porte barricadée avec des planches clouées, destinées à condamner l'endroit, visiblement abandonné.

— C'est ici ? présuma Maggie, mal à l'aise.
— Oui…

Après avoir grimpé les marches du seuil et déposé son balai contre le mur en briques, Kate tira sur les planches pour les arracher une à une.

— Tu crois que tu as le droit ?
— On n'en est pas à une effraction de domicile près ce soir…

Un passage suffisant pour laisser passer une personne penchée fut dégagé. Cependant, l'intérieur était submergé par les ténèbres glauques de ce lieu sans vie.

— Lumos.

Une étincelle bleue scintilla au bout de la baguette de Maggie, ce qui ne manqua pas d'effrayer Kate :

— Maggie… !
— Oh.

Elle préféra en sourire et hausser les épaules.

— Quant à moi, je n'en suis pas à ma première utilisation illégale de la magie ce soir. Le Ministère va m'épingler de toute façon. Autant en profiter pour l'utiliser plein pot. Tu ne penses pas ?

Touchée et incapable d'exprimer son immense gratitude, Kate retourna auprès de Maggie et lui attrapa son autre main libre. Et ainsi, les deux amies explorèrent le tombeau des souvenirs de Kate. Elles ne s'attardèrent pas dans le séjour vidé de ses meubles, tel qu'il l'avait toujours été et se dirigèrent peu à peu vers les profondeurs de la cave. Alors qu'elle descendait les marches, le cœur de Kate ralentit ses battements, étirant chaque seconde, rendant chaque geste infini. Quand son soulier se posa sur la fine couche de poussière sur le sol de béton glacé une fois en bas, le temps s'arrêta. Car elle redécouvrit, à la lumière bleue de l'enchantement de Maggie, cet endroit qu'elle avait tant maudit.

Muette, Maggie observa Kate déambuler sans but dans cette salle aveugle. Les murs étaient marqués par des sortilèges violents qui avaient effrité la surface, témoignant de la violence de l'affrontement qui avait eu lieu ici-même. Peu à peu, elle comprit la souffrance de Kate tout au long de la guerre, durant laquelle elle avait été enfermée là par mesure de protection avec sa mère. Dans cette grande pièce vide. Dans ce caveau.

— Je me souviens… soufflait Kate. Mon père se tenait là. Moi… moi, j'étais dans ce coin. Ma mère était ici et derrière elle, il y avait Merrick. Son corps… il était étendu là. Comme ça.

Cette description morbide éveilla les frissons de Maggie. Reproduisant la situation, Kate se positionna dans son coin et s'y recroquevilla le regard levé, alors que sa meilleure amie lui faisait face.

— Quand je me suis réveillée…

Ses propres mots sonnèrent en écho dans sa tête.

— Quand je me suis réveillée… répéta-t-elle, incertaine.

La réalité se mélangeait à ses souvenirs, à tel point que les syllabes qu'elle venait de prononcer se transformèrent.

— Quand elle se réveillera, elle… ne se souviendra de rien.

La voix de son père devenait de plus en plus nette.

— Et… je dois faire la même chose pour toi.
— Phil. Non…
— Il le faut. Tu ne peux pas vivre avec ça.
— Phil, non ! Je t'en supplie !
— Grace, écoute-moi ! Ecoute-moi ! Tu ne peux pas vivre avec ce souvenir ! Pas celui-là ! C'était juste un cauchemar. Un terrible cauchemar…

Les sanglots bruyants de Grace résonnèrent.

— Phil, ne fais pas ça… !
— Grace ! Je ne peux pas te laisser avec ça ! Avec ce souvenir de Kate !
— Et toi ?! Qu'est-ce que tu vas faire ? Continuer de faire avec ! Non, Phil ! Ça, ça… ce qu'il… s'est passé ! On le vit tous les deux ! Tu n'as pas à être le seul gardien du secret ! Phil… ! Je t'en supplie. Je t'aime… Ecoute-moi ! Ne m'enlève pas ça !

Un silence tendu, ponctué par les pleurs aigus de Grace.

— Je suis désolé, mon amour.
— Phil. Non, Phil ! Ne fais pas ça ! Phil !

Alors que le nom de son père résonnait dans sa tête, à lui en percer les tympans, Kate reprit conscience alors que devant elle, Maggie s'était accroupie, inquiète d'assister à une nouvelle absence de son amie.

— Kate ? Ça va ? préféra-t-elle s'assurer, craignant que quelqu'un d'autre n'ait repris le contrôle de ses esprits.
— Mon père… Il a voulu changer les souvenirs de ma mère. Pas pour le meurtre de Merrick. Mais pour moi… !
— Pour toi ? Je… Pourquoi pour toi ?

Un froid terrible retomba sur Kate, tétanisée par la peur.

— Peut-être parce que Gloom avait raison. Peut-être que mon père est bien innocent. Et que c'est moi qui ai tué Merrick MacNair…


Un chapitre un peu plus court que d'habitude, j'admets. HE. Je ne peux pas toujours faire de plus en plus longs, sinon, vous imaginez, j'atteindra des chapitres de 100 pages bientôt ! xD NOPE NOPE.
Pourquoi ce chapitre a mis du temps à sortir ? Vous vous souvenez des difficultés que je vous exposais lors de la parution du chapitre précédent ? Eh bien, ça ne s'est pas tari de suite. Ca a même été un peu compliqué. Aussi, pour ce chapitre, j'aimerais rendre deux hommages :
- Le premier, à l'intention de Mme M., résidente de la maison de retraite dans laquelle je travaillais et qui m'a inspirée le personnage éphémère de Griselda, et qui est décédée il y a trois semaines (juste avoir avoir bouclée la scène de l'antiquaire quoi... Pauvre elle.) C'était une chouette dame très sympathique, à laquelle j'adorais rendre visite et qui a quitté ce monde très subitement.
- A Johnny, mon cochon d'inde, qui n'a pas survécu à ses opérations et à ses petites malformations. Je t'aime mon choupinet (OUAIP, je rends hommage à un chon ! NA ! Mais River vous ait des ZEUBOUS !)

Je suis actuellement en congés (OUAIS, VACANCES) très courts, et j'en ai profité pour me rendre au Salon du Livre de Paris avec mon asso et des potes. Merci aux lecteurs de LMA qui m'y ont surpris et qui m'ont fait part de leurs petits désirs pour l'histoire ! Héhé ! Ca m'a touchée que certains de vous m'aient reconnue et soient venus me parler ! Je vous coeur !
Du coup, je suis maintenant chez ma keupine (et correctrice) Tiphs, durant quelques jours, avant de repartir pour mes montagnes en passant chez une autre très bonne pote littéraire, qui m'a proposée d'intervenir en tant que guest dans l'une de ses vidéos.
OH, vous ne saviez pas que je faisais des vidéos ? DAMNED. Voui, j'ai commencé à faire des courts vlogs à propos de l'écriture, LMA, tout ça, c'est ici mes mignons : user/Ielennna/videos?shelf_id=3&view=0&sort=dd
Mais comme la vidéo sur LMA est en privé, je vous mets le lien ici VOILA Z'AVEZ PAS D'EXCUSES (coeur) : watch?v=BXvryGUP_HU
Le prochain chapitre a été bien entamé. Sachant que je participerai très certainement au CampNaNo d'avril. Je prévois de terminer cette quatrième partie pour juin. Comme ça, pouf, on reprend avec la cinquième courant juillet-août ! Comme d'hab quoi. Une partie par année !
Comme d'habitude, n'hésitez pas à donner votre avis sur ce chapitre, sur l'intrigue, sur la suite, tout ça ! Je suis toujours très curieuse de savoir ce que vous vous imaginez, de connaître vos hypothèses.

Poster une review plante un arbre au Groenland. Si si.