Chapitre 47

-80 jours

Je balançai mes bras le long de mon corps, tentant en vain de me détendre et d'occulter par la même occasion la présence agaçante d'Alice et Emmett installés à côté de moi.

Nous étions dans le jardin des Cullen en compagnie de nos alliés loups, vampires et autres. Jasper avait planifié une séance d'entraînement non facultative à l'intention de famille et invités qui étaient très aimablement conviés à « apprendre comment ne pas se faire bêtement trucider ».

C'était pour cette raison que nous étions en train d'attendre stupidement que tout le monde soit réuni pour commencer l'entraînement. Nous avions déjà pratiqué quelques séances, mais malgré ça personne n'était jamais prêt à l'heure. La ponctualité ne faisait par partie des mœurs des vampires, qui aimaient se faire remarquer en arrivant en retard, ni de celles des loups-garous, qui avaient toujours quelque chose de plus urgent à faire que se dépêcher pour des vampires.

-Donc, laisse-moi récapituler, fit Alice d'un air pincé. Vous allez nous abandonner lâchement pendant trois jours pour aller faire bronzette au bord d'une plage de la Push.

-On ne vous abandonne pas… commençai-je à protester. Et puis zut ! Si, c'est exactement ce que nous faisons. Je suis adulte et je fais ce que je veux de ma vie. Si j'ai envie de profiter de mon mari et de mon fils avant l'affrontement, rien ne pourra m'en empêcher. Point.

Emmett renifla comme un enfant de cinq ans.

-Ma petite Nessie, tu vas tellement me manquer ! Il y a une place pour nous dans votre cabanon ?

Je grommelai entre mes dents. Billy nous prêtait une minuscule maisonnette située au bord de la mer, d'où l'appellation peu flatteuse de mon oncle. La maisonnette, donc, faisait partie du territoire des Quileute, mais elle était suffisamment loin de tout pour nous garantir un peu d'intimité. Malheureusement, c'était un terme que ne connaissaient pas les Cullen.

-Non, Emmett, il n'y a pas de place pour vous. Et même si c'était le cas, on ne vous inviterait pas, parce que nous avons envie d'être seuls.

-Mais…

-Fin de la discussion ! le coupai-je. Arrête de te comporter aussi puérilement !

Emmett croisa les bras sur son torse et arbora une moue boudeuse. Jasper se dirigea souplement vers nous :

-Je sens des ondes de mauvaise humeur par ici…

-Sans blague, marmonnai-je impoliment.

-C'est à cause de la couleur de son survêtement, expliqua Alice. L'orange est agressif pour les yeux, surtout dès le matin. En plus, Nessie est rousse et c'est une couleur qui ne lui sied pas du tout au teint.

Je plissai les yeux.

-Rappelle-moi qui est venu nous tirer du lit à six heure du matin, parce que personne n'avait eu le bon goût de nous prévenir qu'on avait un entraînement aujourd'hui même ?

-Cette remarque est totalement hors-sujet, répliqua ma tante. L'heure à laquelle je t'ais réveillée n'a rien à voir avec la façon dont tu es vêtue.

-Je pense que si. D'autant que tu es en train d'expliquer à Jasper que je suis de mauvaise humeur parce que je porte du orange.

-C'est scientifiquement prouvé ! s'insurgea Alice.

Je balayai sa tirade d'un geste de la main.

-A d'autres. Tu m'excuses, mais il faut que je trouve quelqu'un pour garder Elliot, vu que ce « détail » t'es complètement passé par-dessus la tête.

Je saluai Emmett, Alice et Jasper d'un signe de tête avant de les planter dans le jardin. Je croisai Zafrina, qui vint me saluer amicalement :

-Renesmée, comment vas-tu aujourd'hui ?

Je lui souris. Au début, j'avais eu un peu de mal à me faire à notre nouvelle amitié parce que je ne me rappelais pas de mon enfance, mais Zafrina me mettait en confiance, malgré sa personnalité atypique.

-Bien, merci. En fait, je cherche Elliot et quelqu'un susceptible de le garder. Il doit être avec Jake mais je les ai perdus dans… tout ça.

Je fis un vaste geste du bras pour désigner le jardin des Cullen. Il y avait de tout. Partout.

Esmée était en train de réprimander un jeune indien qui avait piétiné ses plantes Khadija, la vampire du clan Africain, lorgnait ce chahut d'un air dédaigneux Fred, du clan Canadien, se servait de son don pour repousser les loups-garous qui s'approchaient trop près de lui Jared et Paul se disputaient à propos de je ne sais quel sujet et… bref. Ce capharnaüm me donnait mal à la tête.

-Je garderais bien ton fils, proposa Zafrina, mais Jasper a besoin de moi pour sa séance d'entraînement. Et je doute que ton loup-garou soit d'accord.

Je grimaçai. J'avais averti tous mes amis vampires que je ne tolérerais pas de commentaires désobligeants sur Jacob, mais ils savaient montrer un certain dégoût sans se départir de leur politesse.

-Exact, fit la voix de Jake, qui apparu soudainement à côté de nous.

Elliot, qui était dans ses bras, sourit à Zafrina mais ne fit pas mine de vouloir l'approcher. Il n'était pas un grand fan des vampires non-végétariens, tout comme Jake. Leurs yeux rouges devaient l'effrayer.

-Violet accepte de garder Elliot, m'informa Jacob. Elle va assister à l'entraînement parce qu'elle a envie de voir son cher et tendre se prendre des tartes en pleine figure.

Les deux intéressés se dirigeaient justement vers nous.

-Parle pour toi, grommela Embry.

Son imprégnée rigola joyeusement et prit notre fils dans ses bras.

-Comme tu es mignon, roucoula-t-elle.

Elle le câlina durant quelques instants et je vis distinctement Embry pâlir un peu. Jake, mort de rire, se mordit la lèvre inférieure. Il attrapa ma main, moyen discret pour communiquer.

« Combien de temps à ton avis avant qu'ils ne fassent un enfant comme Emily et Sam, Paul et Rachel ou encore nous deux ? »

« Pas longtemps, vu la lueur dans les yeux de Violet quand elle regarde Elliot. »

« Il est vraiment trop fort, son charme ravageur fonctionne sur n'importe qui ! Si il arrive à faire ça à deux mois à peine, tu imagines ce qu'il parviendra à faire quand il sera adulte ? » s'enthousiasma Jacob.

« C'est un truc de vampire » signalai-je en souriant.

« Je sais. Tu fascinais les gens toi aussi. »

Jasper interrompit notre conversation silencieuse en s'adressant à tout le monde. Il escalada les marches du perron de la villa, ce qui lui permit d'être vu par tout le monde.

-Merci d'être venus. Je sais que la plupart d'entre vous ne sont pas heureux de cohabiter avec d'autres races, mais vous allez devoir vous supporter durant trois mois alors autant vous y faire tout de suite.

-Tu parles ! marmonna Paul.

- Etant donné que nous sommes très nombreux et que nous avons besoin d'un large espace, nous allons nous entraîner dans un lieu très spécial. Que tout le monde me suive, s'il vous plaît.

Tout le monde obtempéra avec plus ou moins de bonne volonté. Jake et moi abandonnâmes Elliot à Violet, qui promit de bien s'en occuper et rentra à la Push avec lui.

Notre troupe s'enfonça dans la forêt. Nous marchions au ralenti, parce que les Quileute surveillaient les vampires et vice-versa. Au bout de quelques mètres, une odeur de bois fraichement coupé se fit sentir. L'air extrêmement satisfait de lui-même, Jazz nous désigna l'immense et toute nouvelle clairière qui se trouvait devant nous. Au milieu de la clairière se trouvait ce qui ressemblait à un stade. Il était délimité par des rangées de gradins en bois et l'herbe y était tondue. Bien entendu, j'y étais déjà venue, pour avoir aidé ma famille à fabriquer ça. Ca ne nous avait pris qu'une petite heure.

-Bonjour l'écologie, s'amusa Siobhan, goguenarde.

Esmée appuya sa tirade d'un regard approbateur dirigé vers ses enfants.

-Les arbres étaient déjà abimés ici. Ca va être trop cool pour s'entraîner sans faire de dégâts, se défendit Emmett. En plus, on peut avoir autant de spectateurs qu'on en a envie.

Jasper se plaça au centre de la clairière, manifestement très à l'aise et habitué à dispenser ce genre de cours. Il invita tout le monde à s'assoir sur les gradins de bois, ce qui était une excellente idée de sa part puisque ça forçait les protagonistes à abandonner tout comportement agressif. Après moult grognements, les Quileute convergèrent vers la droite des gradins et les vampires vers la gauche. Je remarquai que certains d'entre eux s'étaient accroupis sur leur siège, ce qui leur permettait d'être plus réactifs et moins exposés. Le large espace qu'ils laissèrent entre les deux camps permit aux Cullen, à Jacob et à moi d'y prendre place tout en restant on ne peut plus neutre.

-Bien entendu, chacun n'aura pas le temps d'apprendre à se battre aujourd'hui, fit Jasper. Mais l'apprentissage passe aussi par la vision donc c'est une très bonne chose que vous voyiez les autres s'entraîner. C'est le premier cours de combat officiel, aussi je vous demanderais de ne pas vous exempter de ces entraînements. Notre survie en dépend.

Emmett, qui était installé juste derrière Jake et moi, se pencha vers nous. Je sentis sur souffle sur ma nuque, signe qu'il allait parler -sans doute pour sortir une énième énormité.

-Vous ne trouvez pas qu'il se donne de grands airs ?

Rosalie lui assena une claque sur l'arrière de la tête et Jacob fut secoué d'un rire silencieux.

-Ces entraînements ont plusieurs buts, poursuivit Jasper. Certains sont évidents, d'autre moins. D'abord, comme je l'ai déjà spécifié, vous devez pouvoir survivre le plus longtemps possible au combat. Pour cela, nous allons développer vos capacités physiques, mentales pour ceux qui ont des dons et vous apprendre à travailler en équipe. Vous allez aussi devoir vous familiarisez avec les membres de notre coalition, histoire de ne pas bêtement les prendre pour des Volturi au moment de se battre. Je m'adresse notamment aux loups-garous, qui n'ont pas l'habitude de différencier les vampires.

-C'est vrai, approuva aussitôt Jake. Nous allons devoir enregistrer les odeurs spécifiques de chaque vampire. Heureusement, notre mémoire olfactive est quasiment éternelle.

Je souris. Jacob était rarement aussi sérieux, sauf quand il s'agissait de passer en mode Alpha ou de gérer la sécurité de notre fils et la mienne.

-Dans ce cas, on devrait sans doute passer tout de suite à la séance de reconnaissance olfactive, suggéra Jasper. A moins que quelqu'un ne trouve quelque chose à redire.

Il y eut un léger brouhaha chez les vampires. J'entendis Kate grommeler qu'elle n'était pas certaine de résister à la tentation d'électrifier un ou deux loups. D'autres, comme les vampires des clans Africain et Canadien, marmonnèrent qu'il était hors de question qu'un clébard les approches. De leur côté, les Quileute paraissaient seulement rebutés par l'irritation dont leur odorat si sensible souffrirait.

-Je crois que nous allons devoir montrer l'exemple, sifflota gaiement Alice, qui anticipait déjà le refus de coopérer des vampires.

Elle prit ma main d'office et me tira vers son cher et tendre. Emmett bondit joyeusement de son siège et se rua vers nous, tandis que mes parents et mes grands-parents nous rejoignaient plus calmement. Rosalie soupira lourdement, grommela quelque chose d'inintelligible et se posta aux côtés de son frère.

-Il s'agit juste de rester immobiles et alignés quelques secondes, expliqua Jasper à nos alliés. C'est sans danger. Les loups vont se transformer et nous renifler afin de retenir nos odeurs. Si personne ne fait de geste brusque, tout se passera bien.

-Vous n'avez aucune raison de vous inquiéter, le soutint Carlisle. Les loups-garous ont toute notre confiance.

Les membres du clan de Denali furent les premiers à se lever, sous la direction de Tanya. Gareth entraîna Kate dans son sillage. J'adressai un clin d'œil rassurant à Zafrina, comptant sur notre vieille amitié pour la décider. Elle nous rejoignit à son tour, suivie par Senna et Kachiri. Les hybrides du clan Mapuches furent les troisièmes à se décider, sans doute parce que leur statut de demi-vampire leur conférait une plus grande ouverture d'esprit. Néanmoins, Serena traînait les pieds de façon plutôt comique. Benjamin et Tia leur emboitèrent le pas sans ciller. La petite Maggie, qui devait avoir été transformée plutôt jeune, pris son compagnon Dave par la main et se dirigea vers nous sans aucune crainte. Siobhan et Liam, les aînés de leur clan, échangèrent un regard et les suivirent.

-Allez, s'impatienta Jacob, on ne va pas y passer la nuit.

Il ne récolta que des coups d'œil peu amènes.

Jasper convainquit Peter et Charlotte de quitter les gradins, et les autres couples de vampires nomades les imitèrent un par un. Les clans Canadien, Roumain et Africain furent les derniers à nous rejoindre. Fred, le vampire qui pouvait dégouter les gens, dégageait une forte et désagréable aura qui me retourna l'estomac.

Une fois tout le monde descendu dans la clairière, nous nous alignâmes tels des soldats.

Les Quileute, qui avaient observé la scène avec plus ou moins d'amusement, dégringolèrent des gradins pour bien montrer leur bravoure. L'immense stade que nous avions créé leur permit de se transformer aisément. Je repérai facilement Jacob, l'un des seuls loups au pelage couleur de feu, ainsi que les trois adolescents qu'il ne jugeait pas aptes à se battre : c'était les trois seuls loups qui trébuchaient encore en marchant.

Jake, totalement détendu, fut le premier à se diriger vers nous pour montrer l'exemple, et je saisis à quels point se faire renifler par une vingtaine d'énormes bêtes pouvait se révéler effrayant pour un non-habitué.

Il commença comme de bien entendu par ma famille : il renifla les cheveux de Rosalie et les décoiffa artistiquement du bout de son museau.

-Je te tuerai plus tard, grogna ma tante, furieuse, en reculant d'un air dégouté.

Le loup souffla par la bouche, ce qui était sans doute à interpréter comme un ricanement. Il administra le même traitement aux habits d'Alice, laquelle jura de s'allier à Rose pour mettre fin à ses jours. Il donna des coups de têtes amicaux à ma mère, Emmett et Jasper, et évita mon père qui avait préventivement reculé.

-Tu aimes te donner en spectacle, à ce que je vois, commenta Edward.

Jake bondit vers moi et enfouit sa tête dans mon cou. D'instinct, je levai les bras et les nouai autour de son propre cou, dont la fourrure était si soyeuse. Lorsqu'il redressa la tête, je sentis mes pieds quitter le sol. C'est à c'est instant que j'eus une idée. Après tout, les Cullen et moi étions censés montrer l'exemple, prouver que les loups ne représentaient nulle menace, n'est-ce pas ?

Au lieu de lâcher le cou de Jake, je me hissai sur son dos à l'aide de mes bras. Le loup secoua la tête et haleta bruyamment, ce qui signifiait qu'il approuvait mon idée.

-Tu es folle, marmonna Nahuel, qui se trouvait quelques rangs plus loin. J'ignore si on te l'a déjà dit, mais c'est vrai.

Je ris avec désinvolture.

Jake poursuivit rapidement son petit tour. Manifestement, notre petit numéro avait contribué à détendre l'atmosphère. Si les vampires étaient anxieux, ils restèrent stoïques, le don de Jasper aidant. Seth, que je reconnus grâce à son pelage sable, suivit son Alpha et imita chacun de ses gestes, sauf celui qui consistait à embêter Alice et Rose –il n'était pas suicidaire. Quil, Embry, Sam, Jared et Ben, qui se tenait maintenant à carreau, ne firent pas plus de simagrées. Paul -l'animal argenté- et les loups plus jeunes se montrèrent beaucoup plus réticents, mais Jake ne leur laissa pas le temps de tergiverser –j'entendis l'ordre silencieux qu'il leur lança.

Quand ils en eurent terminé pour de bon, les loups-garous reculèrent lentement. Ils ne se changèrent pas en humains, parce qu'ils avaient besoin d'être sous leur forme lupine pour se battre de toute façon.

Les vampires se relaxèrent enfin et regagnèrent leurs sièges. Je ne quittai pas le dos de Jake. D'une part, je voyais mieux de mon perchoir d'autre part son pelage était autrement plus confortable que des gradins de bois.

« Ravi de pouvoir rajouter 'confortable' à mes innombrables qualités » ironisa Jacob dans ma tête.

Jasper se plaça de nouveau au centre de la clairière, prêt à continuer l'entraînement. Je me focalisai sur Jake au lieu d'écouter mon oncle.

« J'aime être sur ton dos. » répliquai-je.

« Jacob Black, monture officielle de Renesmée » se moqua une voix que je ne perçus que faiblement, puisqu'elle parlait dans la tête de Jake et non la mienne.

« C'est Paul, qui d'autre ? » grommela mentalement mon mari. « Mêle-toi des conversations qui te regardent, tu serais sympa. »

« Je m'exécute, ô suprême Alpha. »

-Jacob, Renesmée, nous interpela Jasper, je sais que vous avez quitté le lycée depuis longtemps mais ce n'est pas une raison pour ne pas m'écouter. Je parie que vous n'avez pas la moindre idée de ce dont je parlais à l'instant.

« On dirait mon prof de maths.» remarqua un jeune loup dont j'ignorais le nom.

-Comment as-tu deviné… commençai-je à l'intention de Jasper.

-… que vous étiez ailleurs ? Vous dégagez une forte aura de distraction.

Il y eut des murmures tant chez les loups que chez les vampires. Mon oncle prouvait sa valeur, et il ne s'était encore jamais battu. Emmett ricana.

-Venez ici, tout les deux, poursuivit Jasper. Je dois tester quelque chose avec vous.

Comme Jacob rechignait, il ajouta précipitamment « s'il te plaît ». Le loup roux alla au centre de la clairière au petit trot.

-Qu'allons-nous faire ? questionnai-je pour nous deux.

-Nous allons voir comment un couple d'immortels se bat, expliqua Jazz. J'ai remarqué que certains couples de vampires possèdent une excellente coordination quand ils combattent ensemble, mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Chez les personnes les plus fusionnelles, ça peut se révéler handicapant.

Jake émit des doutes sur sa théorie, et mon père traduisit plus vite que moi :

-Jacob ne voit pas en quoi ce pourrait être handicapant. Moi non plus, d'ailleurs.

Edward contempla Bella d'un air perplexe, l'air de se demander comment sa présence à ses côtés pourrait provoquer une catastrophe.

-Vous allez voir, répliqua Jasper. Qui est volontaire pour essayer de vaincre Nessie et Jake ?

Je ne fus pas surprise de voir Emmett faire des bonds sur son siège en criant « moi, moi, moi », pas plus que ne m'étonna de voir le loup argenté qui me servait de beau-frère sautiller joyeusement vers nous. Paul et Emmett nous rejoignirent avec enthousiasme.

Au contraire, Jacob se tendit et fit plusieurs pas en arrière.

« Non ! Ils vont blesser Nessie, prenez quelqu'un d'autre ! »

-Quoi ? m'exclamai-je. Ce n'est pas parce qu'ils sont un peu musclés que…

« Sois sérieuse un instant Ness, tu ne tiendrais pas une minute face à eux ! »

Jazz, qui avait compris la situation, nous désigna d'un geste de la main aux invités.

-Premier problème. Il va essayer de trier ses ennemis pour la défendre un maximum et au final elle ne va pas se battre du tout.

Je serrai les dents, furieuse. A cet instant, Jacob qui reculait toujours, Jasper qui dispensait son cours et Emmett et Paul qui se tordaient de rire me tapaient sérieusement sur les nerfs. Je savais que si je ne faisais pas mes preuves, ma famille trop protectrice me cloitrerait en sécurité avec Elliot pendant le combat, ce que je voulais absolument éviter.

Je dégringolai du dos de mon imprégné et pointai mon index vers son poitrail roux.

-Ecoute-moi bien, Jacob Black. Que l'idée que je me fasse attaquer te fasse frissonner, je veux bien. Que tu sois mort de trouille à la perspective que quelque chose m'arrive, je veux bien. Que tu doutes de mes capacités combatives, je veux bien. Mais il est hors de question que tu décides que je ne suis pas apte à me battre sans avoir regardé avant. J'ai vécu trois mois chez les Volturi et, crois-moi, ce n'était pas une partie de plaisir, donc je pense être encore en mesure de décider ce qui est bien pour moi ou non. Est-ce que j'ai été suffisamment claire ?

Je levai les yeux vers ceux dorés du loup en face de moi. Comme d'habitude, il m'avait été plus facile de l'enguirlander sans croiser son regard. Il abaissa son museau et l'enfouit dans ma chevelure. Je mis mes mains de part et d'autre de sa grosse tête.

« Je suis désolé, Nessie. C'est mon instinct de loup qui refuse de laisser quoi que ce soit de mal t'arriver. »

« Ce n'est rien. Même si ça me dépasse parfois, je comprends. Mais tu dois me faire confiance. »

« Promis. »

Jasper se racla la gorge et me désigna discrètement nos invités qui observaient la scène avec curiosité et un soupçon de dégoût. Comme d'ordinaire, j'avais occulté le monde extérieur pour me concentrer sur Jake. Je me mordis la lèvre inférieure pour ne pas rougir.

-Maintenant que vous vous êtes mis d'accord, venez prendre la raclée de votre vie, les microbes, fanfaronna Emmett.

Mon père se trémoussa sur son siège, guère plus à l'aise que Jake. Je le vis adresser une menace silencieuse à son frère. Ce dernier l'ignora et se mit en position d'attaque, un grand sourire aux lèvres. Le loup gris l'imita, ses muscles noueux tendus au maximum.

Jacob gronda et me donna un léger coup de tête. Je compris que le droit de commencer le combat me revenait. J'hésitai un court instant : qui attaquerais-je en premier, de Paul ou d'Emmett ? Je choisis rapidement Paul, parce que je n'avais jamais combattu un loup-garou : Jake et moi nous contentions toujours de joutes amicales qui se transformaient bien vite en jeux amoureux.

Ne voulant pas perdre davantage de temps, je filai vers Paul. Celui-ci, impétueux, répondit aussitôt à mes attaques. Je constatai aisément que s'il n'était pas aussi fort que Jake, il était très agile. Ses dents claquaient souvent près de mon corps, sans jamais parvenir à m'attraper cependant.

De son côté, mon mari combattait Emmett, mais je sentais souvent son regard sur moi, ce qui m'agaçait : comment comptait-il gagner son propre combat, hein ?

Paul, qui ne parvenait toujours pas à me maîtriser, accéléra le rythme. Je m'étais seulement contentée de parer ses coups et ça le confortait dans l'idée que je n'étais pas un adversaire dangereux. J'augmentai moi aussi la vitesse de mes mouvements, et le monde extérieur devint si flou que j'eus à peine conscience de son existence.

Sans même avoir besoin de le toucher, j'envoyai à Paul des images d'une Rachel souriante. Comme toutes les personnes n'ayant jamais expérimenté mon don, il fut si surpris qu'il cessa brusquement de se mouvoir et roula sur le sol. D'un bond, il se remit debout, mais il secouait frénétiquement la tête, comme pour chasser la vision de son imprégnée. Joueuse, je sautai sur son dos, et il roula de nouveau par terre pour se débarrasser de moi. Je tins bon cependant, ce qui n'était guère difficile car Paul avait perdu toute sa fureur guerrière.

Soudain, le loup gris auquel je m'agrippais disparut : mes mains ne trouvèrent plus de prise. Jacob venait de lui bondir dessus et il me remplaçait à présent. Ejectée du combat, je fis un vol plané et atterrit en position accroupie quelques mètres plus loin. Je cherchai Emmett du regard : le tee-shirt de mon oncle était déchiré par endroits et il grommelait dans sa barbe, profondément vexé.

-Hé ! C'était le mien ! feulai-je à l'attention de Jacob.

Ce dernier m'ignora, concentré sur Paul. Habité d'une force inconnue, il semblait plus puissant, et surtout plus vif que d'ordinaire. Il ne lui fallut que quelques secondes pour terrasser son adversaire.

Manifestement fier de lui, Jake me rejoignit au petit trot et me flanqua de petits coups de tête taquins.

-Hum, commenta Jasper. Renesmée, c'était excellent, malgré l'intervention de Jacob. J'étais sûr que le problème de l'imprégnation se poserait avec vous deux. On va devoir vous décoller l'un de l'autre pendant le combat. En gros, vous éloigner le plus possible.

-Jacob veut en connaître la raison, énonça mon père. Il trouve cette organisation parfaite.

-Contre deux, voir trois attaquants, c'est vrai que ça peut sembler optimal pour Nessie, développa mon oncle. Jake est transcendé par son instinct de protection, ce qui lui est favorable également, car ses forces en sont décuplées. Mais au cœur d'un combat, il va finir par perdre conscience de sa propre réalité spatiale pour se concentrer sur celle de Renesmée. C'est dangereux pour Jacob, Nessie et la meute en général. Vous devez vous battre uniquement pour vous-même, aussi égoïste cette solution semble-t-elle. Ou sinon, vous mourrez.

Jake émit une série de grommellements peu enthousiastes. Jasper, autoritaire, nous fit signe à Emmett et à moi d'aller nous rasseoir.

-Bien. Même si vous devez apprendre à vous battre pour vous-même, nous devons aussi vous enseigner à travailler en équipe, ce qui est plutôt bien parti puisque les loups ont enregistrés vos traces olfactives. A présent, nous allons nous séparer en deux groupes afin que ceux qui ont des dons puissent les travailler. Quant aux autres, ils iront avec Emmett pour apprendre à canaliser leur force, ce qui, rappelons-le, est…

Je soupirai en me rasseyant sur mon siège. Je n'avais qu'une seule chose à dire : vivement les vacances.